House Proceedings — 23 March 1999 (36th Legislature, 1st Session)
1999-03-23
Quebec — Debates (Hansard)
Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version finale
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36 e législature, 1 re session
(2 mars 1999 au 9 mars 2001)
Le mardi 23 mars 1999 - Vol. 36 N° 10
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Table des matières
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur la motion du ministre des Finances proposant que l'Assemblée approuve la politique budgétaire du gouvernement et sur les motions de censure
M. Marc Boulianne
Mme Danielle Doyer
Mme Denise Carrier-Perreault
M. Sylvain Simard
Poursuite du débat en commission parlementaire
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
M. Joseph Facal
M. Michel Després
M. Rosaire Bertrand
M. Claude Béchard
Présence du président du Conseil régional NordPas-de-Calais et maire de Dunkerque, M. Michel Delebarre
Affaires courantes
Présentation de projets de loi
Projet de loi n° 202 Loi remplaçant la Charte de la Ville de Sainte-Foy
Mise aux voix
Renvoi à la commission de l'aménagement du territoire
Mise aux voix
Projet de loi n° 201 Loi modifiant la Loi concernant la Fédération des commissions scolaires du Québec
Mise aux voix
Renvoi à la commission de l'éducation
Mise aux voix
Projet de loi n° 200 Loi concernant la Municipalité régionale de comté du Bas-Richelieu
Mise aux voix
Renvoi à la commission de l'aménagement du territoire
Mise aux voix
Dépôt de documents
Message du lieutenant-gouverneur
Crédits supplémentaires n° 1 pour l'année financière 1998-1999
Renvoi à la commission plénière
Rapport annuel du ministère des Relations internationales
Rapport annuel du ministère du Revenu et mise à jour du Plan d'utilisation des fichiers de renseignements et avis de la CAI
Rapport de mission de la XVe session de l'Assemblée régionale Amérique de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, à Aylmer
Interventions portant sur une violation de droit ou de privilège
Absence de ministres lors de débats de fin de séance
Décision du président sur la recevabilité de la question de privilège et sur une demande de directive sur l'absence d'un ministre lors d'un débat de fin de séance, sur son remplacement et sur la possibilité de soulever une question de règlement
Questions et réponses orales
Communication de renseignements personnels au ministère du Revenu
M. Jacques Chagnon
M. Lucien Bouchard
Mise sur pied d'une commission d'enquête sur la communication de renseignements personnels au ministère du Revenu
M. Jacques Chagnon
M. Lucien Bouchard
Participation des membres du Conseil des ministres à la décision concernant la mise sur pied d'une commission d'enquête sur la communication de renseignements personnels au ministère du Revenu
M. Thomas J. Mulcair
M. Lucien Bouchard
M. Thomas J. Mulcair
M. Lucien Bouchard
Tenue d'une enquête publique sur la communication de renseignements personnels au ministère du Revenu
M. Jean J. Charest
M. Lucien Bouchard
M. Jean J. Charest
M. Lucien Bouchard
Pénurie appréhendée de médecins
M. Jean J. Charest
Mme Pauline Marois
M. Jean J. Charest
Mme Pauline Marois
Disponibilité d'infirmières dans les communautés cries
M. Geoffrey Kelley
Mme Pauline Marois
M. Geoffrey Kelley
Mme Pauline Marois
M. Guy Chevrette
M. Geoffrey Kelley
M. Guy Chevrette
Utilisation des budgets des CLD à des fins de dotation en personnel médical
M. Bernard Brodeur
Mme Pauline Marois
M. Réal Gauvin
M. Jean-Pierre Jolivet
Réorganisation du Centre hospitalier universitaire de Montréal
Mme Michèle Lamquin-Éthier
Mme Pauline Marois
Mme Michèle Lamquin-Éthier
Mme Pauline Marois
Mme Michèle Lamquin-Éthier
Mme Pauline Marois
Financement du réseau collégial
M. Claude Béchard
M. François Legault
Investissements dans le réseau de l'éducation
M. Claude Béchard
M. François Legault
M. Claude Béchard
M. François Legault
Primes à l'établissement pour les diplômés en agriculture
M. Yvon Vallières
M. Rémy Trudel
M. Yvon Vallières
M. Rémy Trudel
Conclusions du rapport du coroner Malouin sur l'accident de la côte des Éboulements, dans Charlevoix
M. Yvan Bordeleau
M. Guy Chevrette
M. Yvan Bordeleau
M. Guy Chevrette
Votes reportés
Motion proposant de souligner la Journée internationale de la francophonie et de rappeler les liens unissant les francophones du Canada et l'importance de la francophonie internationale
Avis touchant les travaux des commissions
Renseignements sur les travaux de l'Assemblée
Décision du président sur la recevabilité d'une motion de censure présentée par la députée de Marguerite-Bourgeoys lors du débat sur le discours sur le budget
Motion amendée déposée
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
M. Claude Cousineau
M. André Tranchemontagne
M. Benoît Laprise
M. Jean-Marc Fournier
M. Claude Boucher
M. Réal Gauvin
Projet de loi n° 11 Loi modifiant la
Loi sur l'Assemblée nationale et la
Loi sur les conditions de travail et le régime de retraite des membres de l'Assemblée nationale
Présentation
M. André Boisclair
Mise aux voix
Adoption du principe
M. Pierre Paradis
M. André Boisclair
Mise aux voix
Commission plénière
Étude détaillée
Mise aux voix du rapport de la commission
Adoption
Mise aux voix
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
Mme Céline Signori
M. André Chenail
M. Jean-Paul Bergeron
Débats de fin de séance
Réorganisation du Centre hospitalier universitaire de Montréal
Mme Michèle Lamquin-Éthier
Mme Pauline Marois
Mme Michèle Lamquin-Éthier (réplique)
Investissements dans le réseau de l'éducation
M. Claude Béchard
M. François Legault
M. Claude Béchard (réplique)
Disponibilité d'infirmières dans les communautés cries
M. Geoffrey Kelley
M. Guy Chevrette
M. Geoffrey Kelley (réplique)
Journal des débats
(Dix heures cinq minutes)
Le Vice-Président (M. Pinard): Mmes, MM. les députés, veuillez vous asseoir.
Je vous souhaite la bienvenue à nos travaux.
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur la motion du ministre des Finances proposant que l'Assemblée approuve la politique budgétaire du gouvernement et sur les motions de censure
Nous débutons avec les affaires du jour, et, à l'article 1 du feuilleton, aux affaires prioritaires, l'Assemblée reprend le débat, ajourné le 18 mars 1999, sur la motion de M. le vice-premier ministre et ministre d'État à l'Économie et aux Finances proposant que l'Assemblée approuve la politique budgétaire du gouvernement et sur les motions de censure de Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, de M. le député de Verdun, de M. le député de Rivière-du-Loup et de M. le député de Nelligan.
Je vous informe qu'il y a 12 h 52 min d'écoulées à la première étape de notre débat. Il reste un total de 38 minutes au groupe parlementaire formant le gouvernement. Je cède donc la parole au député de Frontenac. M. le député.
M. Marc Boulianne
M. Boulianne: Merci, M. le Président. Je suis très heureux que ma deuxième intervention en cette Chambre porte sur le budget, un budget équilibré et porteur de bonnes nouvelles.
D'abord, je veux féliciter le ministre de l'Économie et des Finances pour son budget 1999-2000, prononcé le 9 mars. Nous sommes tous d'accord pour reconnaître que c'est un budget historique, non seulement dû à l'atteinte du déficit zéro, mais aussi par sa rigueur, sa transparence et surtout par sa considération des désirs et des besoins de toute la collectivité québécoise.
Le gouvernement du Parti québécois a fait preuve d'une très grande responsabilité lors de ses derniers budgets alors qu'il a su tenir les engagements pris durant la campagne électorale. Les priorités que représentent la santé, l'éducation et la création d'emplois sont bien visibles au sein des orientations budgétaires énoncées par le ministre d'État à l'Économie et aux Finances.
Le budget fait état de réalisations majeures de la part de notre gouvernement. La cure d'assainissement des finances publiques a été difficile, mais cela fait maintenant
partie du passé, alors que le gouvernement peut maintenant se permettre de réinvestir dans des secteurs qui ont écopé durant ces dernières années.
Déjà, on voit que la performance économique du Québec sous le gouvernement du Parti québécois est exceptionnelle. Au niveau de la création d'emplois, par exemple, en 1998, c'est près de 70 000 nouveaux emplois qui ont été créés, dont la moitié pour les jeunes. C'est fort de cette statistique intéressante, M. le Président, que l'amélioration de la qualité de vie de nos jeunes fait
partie des priorités du Parti québécois. Nos jeunes peuvent enfin entrevoir l'avenir avec plus d'optimisme alors que s'ouvrent devant eux des perspectives d'emplois intéressantes.
La réalisation principale de ce budget, M. le Président, est évidemment d'avoir ramené le déficit à zéro un an avant le moment prévu. Le Québec présente donc un budget équilibré pour la première fois en 40 ans, et ceci a été rendu possible en raison des énormes sacrifices auxquels la population a consenti et dû aussi surtout à une administration rigoureuse de la part du gouvernement. Les Québécois et les Québécoises ont su se serrer la ceinture en ces durs temps de compressions, et c'est tout à leur avantage. Ils méritent maintenant qu'on leur retourne l'ascenseur, et c'est précisément ce que s'applique à faire le budget 1999-2000.
Un premier exemple, la santé. Les investissements que s'apprête à faire le gouvernement du Parti québécois dans le domaine de la santé sont considérables et permettront à notre réseau de continuer de s'améliorer. En effet, c'est un montant de 1 700 000 000 $ dont il est question. Que ce soit au niveau des déficits absorbés par notre gouvernement ou au niveau des enveloppes budgétaires qui leur sont accordées, nos hôpitaux pourront améliorer les services aux bénéficiaires tant au niveau de la qualité que de l'accessibilité à ces mêmes services.
Le deuxième exemple, M. le Président, c'est l'éducation. En ce qui a trait à l'éducation, les universités voient le gouvernement s'attaquer à leur déficit et injecter des fonds supplémentaires. Des montants sont également distribués aux établissements collégiaux afin de développer des techniques nouvelles qui répondront aux besoins de la population. Donc, partout dans le système de l'éducation, le gouvernement injecte des sommes destinées à consolider le réseau.
De plus, on peut également compter sur l'argent rendu disponible pour l'achat de volumes et de manuels dans les commissions scolaires. Le gouvernement injecte, de plus, 342 000 000 $ pour préserver et accroître la qualité de l'enseignement et des services dispensés aux étudiants. Aussi, le budget présenté le 9 mars dernier alloue des fonds importants pour permettre de développer des programmes de recherche promoteurs et avant-gardistes.
Maintenant, pour ce qui est du développement régional, M. le Président, toutes les régions, y compris Chaudière-Appalaches, vont bénéficier d'un montant de 60 000 000 $ pour la création d'emplois. Une somme de 385 000 $ est ajoutée au fonctionnement des centres locaux de développement pour la région Chaudière-Appalaches, en plus des budgets consentis à l'aide aux jeunes entrepreneurs qui seront également majorés. Un carrefour de la nouvelle économie sera également implanté dans la région afin de favoriser la création d'emplois.
(10 h 10)
Concernant le développement local, M. le Président, d'autres points du budget ont une incidence directe sur le comté de Frontenac, que je représente. Un aspect important sur lequel je veux intervenir maintenant, c'est l'enveloppe destinée aux chemins de fer d'intérêt local, qui contient un montant de 19 000 000 $ sur cinq ans. Ce montant vise à favoriser la restructuration et l'amélioration des infrastructures de chemins de fer, et tout particulièrement le lien ferroviaire du Québec Central qui, tout en traversant mon comté d'un bout à l'autre, va contribuer à son développement économique ainsi qu'à celui de toute la grande région de l'Amiante.
En 1993, M. le Président, je faisais
partie d'un comité de sauvegarde de ce chemin de fer dans la région Chaudière-Appalaches, et tout particulièrement dans la région de l'Amiante. De ce comité faisait
partie le promoteur Jean-Marc Giguère qui avait pour intention de faire fonctionner le Québec Central sur une distance de 350 km, de Lévis à Sherbrooke. On nous a traités de tous les noms: de farfelus et de bien d'autres épithètes encore. De plus, nous nous sommes butés, à ce moment-là, à un non catégorique de la part du gouvernement fédéral, qui a toujours été beaucoup plus préoccupé par les chemins de fer de l'Ouest, dans lesquels il a investi plusieurs millions de dollars, au détriment des chemins de fer du Québec.
Le ministre de l'Économie et des Finances avait promis de nous aider, d'aider la région et de soutenir le projet de Jean-Marc Giguère, et il a agi en ce sens comme un homme de parole, un homme responsable. En effet, M. le Président, pour permettre le démarrage du lien ferroviaire du Québec Central, dans le budget c'est un montant de 3 000 000 $ qui est mis cette année à la disposition du promoteur du projet. C'est extrêmement important pour la région Chaudière-Appalaches et pour l'Amiante.
Avec le rétablissement du lien Québec Central, des projets créateurs d'emplois seront mis sur pied, et en particulier à Black Lake, dans mon comté, par l'entreprise Prolab de Jean-Guy Grenier. Sans le chemin de fer, cet entrepreneur, il lui faudra créer son entreprise à l'extérieur du comté. Une cinquantaine d'emplois sont en jeu pour un investissement de plusieurs millions de dollars. D'autres entreprises, telle la compagnie Allican, se proposent aussi d'exploiter un gisement de chromite d'une richesse inestimable, créant ainsi 125 emplois dans une usine intégrée construite à Coleraine, dans mon comté.
Alors, dans cette usine, Allican transformera le chromite en ferrochrome, un composant de l'acier inoxydable. Allican utilisera aussi le train du Québec Central pour ses activités. Bien d'autres entreprises, M. le Président, profiteront de cette nouvelle infrastructure et contribueront ainsi au développement économique de la région de l'Amiante.
En conclusion, M. le Président, nous avons donc un budget qui remet en place les vraies priorités et qui est porteur d'avenir pour toute la société québécoise tant au niveau national, régional que local. C'est un budget dominé par l'élimination du déficit, par une utilisation bien ciblée et rigoureuse des surplus budgétaires dans la santé, l'éducation, dans le développement régional et local, dans la création d'emplois. Et c'est un budget, enfin, qui est dominé par une transparence exceptionnelle des chiffres et des engagements. Merci beaucoup.
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le député de Frontenac. Nous allons maintenant céder la parole à Mme la députée de la circonscription de Matapédia et adjointe parlementaire au ministre des Régions. Mme la députée.
Mme Danielle Doyer
Mme Doyer: Merci, M. le Président. D'abord, je voudrais remercier mes électeurs et électrices du comté de Matapédia pour ma réélection, le 30 novembre dernier. Je suis extrêmement fière de représenter ce comté à l'Assemblée nationale pendant la Trente-sixième Législature.
Comme députée de Matapédia, c'est un plaisir, je dirais, c'est un honneur de prendre la parole sur le présent budget, que je baptise «budget de l'an zéro». En effet, depuis 40 ans, le Québec empruntait pour payer l'épicerie. Aujourd'hui, avec la clairvoyance du ministre de l'Économie et des Finances et la bonne gestion de mon gouvernement, tout le Québec peut respirer. Tous les Québécois et Québécoises, les jeunes surtout, doivent être fiers de ce budget. Désormais, nous aurons les moyens de nos projets. Oui, nous vivrons selon nos moyens, non pas comme de faux riches qui s'orientent directement à la faillite. Voilà une oeuvre de justice élémentaire et d'équité entre les générations.
À vous à qui j'ai enseigné et à tous les jeunes du Québec et de mon comté, je dis: Nous n'avions pas le droit d'hypothéquer continuellement votre avenir, surtout économique. Oui, M. le Président, je suis fière de ce budget. Si nous avons été obligés de faire une réforme en accéléré dans la santé, souvenez-vous que celle-ci devait commencer sous le gouvernement Bourassa. Oui, mais le ministre du temps, Marc-Yvan Côté, lui, il l'avait enlevé, son veston, comme mon collègue de Saint-Hyacinthe, mais il n'a pas été assez culotté pour convaincre ses collègues et obtenir le support de son premier ministre pour la mettre en vigueur.
Il a fallu, M. le Président, un ministre du gouvernement du Parti québécois pour appliquer cette grande réforme qui passera sûrement à l'histoire et que l'on appelle la réforme Rochon. Celui-ci a dû rattraper 10 années d'ineptie et de somnolence des libéraux en mal de pouvoir mais surtout de courage. Mon parti s'est engagé lors de la campagne électorale à investir prioritairement dans la santé. Le présent budget dégage dès maintenant un montant additionnel de plus de 1 700 000 000 $ sur deux ans pour les services de santé, dont 1 000 000 000 $ pour l'année en cours.
Une mesure intéressante s'adresse à nos aînés en perte d'autonomie: ils auront droit à un crédit d'impôt allant jusqu'à 2 750 $ pour un soutien à la vie quotidienne. De tous les services fournis à la population, le système de santé est sans doute celui qui touche de près le plus grand nombre de citoyens et de citoyennes. C'est pourquoi je suis d'autant plus fière des investissements de mon gouvernement dans ce secteur.
En éducation, un autre secteur très important où nous avions pris l'engagement de réinvestir pendant la campagne électorale, mon gouvernement tient parole. Étant moi-même une ex-professeure, vous comprendrez tout mon intérêt pour un meilleur service et une meilleure qualité d'enseignement.
En ce qui concerne la création d'emplois, pour que le Québec et les régions puissent performer dans un contexte de mondialisation des marchés, plus de 300 000 000 $ serviront à accélérer le passage à l'économie du savoir. Plus particulièrement pour les régions, M. le Président, le gouvernement créera 12 carrefours de la nouvelle économie.
Mon comté, le comté de Matapédia, aura sa part des 7 800 000 $ remis aux centres locaux de développement situés dans les milieux moins favorisés afin de renforcer leur capacité d'action. Il y a, dans mon comté, deux CLD très dynamiques: celui de La Mitis et celui de La Matapédia ce dernier fut le deuxième à être accrédité au Québec et, pour chacun, les résultats obtenus au point de vue socioéconomique pour leur première année soulignent l'importance d'un outil tel que les CLD dans nos économies régionales.
(10 h 20)
Mon comté compte 31 municipalités réparties dans deux MRC nommées précédemment, sans omettre d'en inclure une, soit Pointe-au-Père dans la MRC Rimouski-Neigette. Dans les MRC de La Mitis et de La Matapédia, les taux de chômage sont de 18,4 % et de 24,4 %. Il y a, dans la MRC... près de 2 600 personnes, dont près de 1 900 adultes, à la sécurité du revenu, ce qui représente 9,1 % des adultes sur le territoire. Près de 80 % des bénéficiaires de la sécurité du revenu sont aptes au travail, M. le Président. Le taux de travailleurs autonomes, à 12 %, est aussi plus élevé que la moyenne régionale, à 10,7 %.
Des chiffres semblables pourraient être répétés pour la MRC de La Mitis. Dans mon comté, il y a un déficit structurel du nombre d'emplois créés. Nous pouvons constater, M. le Président, l'importance que revêt l'investissement additionnel de 7 800 000 $ aux CLD situés dans des milieux moins favorisés.
J'ajouterais que la création d'emplois a lieu d'être une priorité pour mon gouvernement. J'aimerais mentionner les 7 200 000 $ pour développer la relève entrepreneuriale dans les communautés locales. Compte tenu du nombre toujours plus important de travailleurs autonomes, ces sommes sont les bienvenues et elles seront utilisées à bon escient.
Les argents consentis pour les activités de démarrage d'entreprises communautaires dans le secteur de l'environnement, soit 6 000 000 $, en plus des 6 000 000 $ pour la Route verte et des 3 500 000 $ pour les coopératives de développement régional, amélioreront les possibilités de création d'emplois pour les résidents du comté de Matapédia. Oui, mon comté gagne avec ce budget: radiation de la dette des centres hospitaliers, investissements pour de nouvelles entreprises et pour des entreprises déjà en place.
Je veux, M. le Président, profiter de l'opportunité qui m'est offerte aujourd'hui pour souligner l'importance de développer l'emploi dans les centres de travail adapté. Je prenais connaissance d'un témoignage qui m'a beaucoup touchée alors que nous soulignions, la semaine dernière, l'apport dans la société des personnes ayant une déficience intellectuelle. Il s'agit d'une lettre remise au directeur d'un centre de travail adapté, juste avant Noël, par une jeune chanceuse à qui on avait offert un emploi. Je vous livre ici son contenu.
«Merci de m'avoir acceptée pour travailler ici. Ça m'a aidée beaucoup en moi.» Je reprends ses mots, c'est pour ça que ça donne ces mots-là, mais c'est intéressant à écouter. «Merci de m'avoir acceptée donc pour travailler ici. Ça m'a aidée beaucoup en moi. On se sent moins seul, et, le soir, ça m'a aidée beaucoup pour guérir en moi, ça a ôté la peur et moins de solitude. Ici, je peux apprendre à rire, à m'accepter en moi, à prendre la vie au jour le jour. Ça m'a beaucoup aidée pour remonter la côte. Tu penses à rien. Je me repose en travaillant. Je suis très heureuse ici. Je peux rire.
Un gros merci, Mario, pour ta reconnaissance, merci à tous, et, si vous avez besoin de moi après les Fêtes, je suis là, appelez-moi, je suis disponible pour recommencer. Joyeux Noël et Bonne année!» Danielle Morissette.
Ai-je besoin, M. le Président, de traduire cette lettre. Nous pouvons comprendre tout le sens des paroles de Félix Leclerc, qui disait: La meilleure façon de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire et là je vais vous dire, en féministe que je suis, de tuer une femme aussi. Les gens veulent travailler, quel que soit leur statut, leur condition sociale.
Je félicite et remercie mon gouvernement d'ajouter 2 300 000 $ de plus par année pour les entreprises de travail adapté. Ceci permettra la création de 500 autres emplois. J'en suis sûre, les deux centres de travail adapté situés dans mon comté pourront en bénéficier.
Nous avons, durant mon premier mandat, grâce à l'appui de mon gouvernement et au travail des gens, plusieurs réalisations à notre actif: une baisse du taux de chômage; une diminution du nombre de prestataires de la sécurité du revenu dans la Vallée-de-la-Matapédia, pour vous en donner un exemple, c'est 600 personnes de moins à la sécurité du revenu, et dans La Mitis il y en a aussi des centaines de moins; une stabilisation de la population; une bonne performance pour ce qui est de contrer l'exode des jeunes.
Oui, la situation s'améliore, dans mon comté comme au Québec. J'en remercie les entrepreneurs, les intervenants socioéconomiques, les élus municipaux et les travailleurs de l'État. Je remercie aussi la population, qui, grâce aux efforts consentis, nous permet aujourd'hui de voir l'avenir avec confiance.
Oui, le recouvrement de notre santé financière et l'obligation de présenter un budget équilibré par une loi antidéficit empêcheront ceux qui seraient tentés de le faire de revenir à des situations catastrophiques.
Nous pouvons maintenant faire des choix sociaux importants. Nous avons tenu parole. Grâce à cela, tous les espoirs sont permis. Merci donc à tous les électeurs et électrices du comté de Matapédia de m'avoir fait confiance. Merci à mon personnel de son appui. Je vous réitère ma volonté de travailler au mieux-être de chacun et de chacune. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, Mme la députée de Matapédia et adjointe parlementaire au ministre des Régions. Nous allons céder maintenant la parole à Mme la députée des Chutes-de-la-Chaudière et présidente de la commission de l'économie et du travail. Madame.
Mme Denise Carrier-Perreault
Mme Carrier-Perreault: Je vous remercie, M. le Président. Ça me fait plaisir, à mon tour, de venir appuyer, bien sûr, mon collègue le ministre des Finances et les décisions gouvernementales qui sont le reflet en fait du discours du budget.
En premier lieu, évidemment, comme c'est la coutume en cette Chambre quand c'est la première fois que nous prenons la parole dans une nouvelle Législature, la tradition est de remercier, bien sûr, les électeurs et électrices de notre comté pour nous avoir supportés dans cette campagne électorale. Dans mon cas, M. le Président, c'est la troisième fois que les électeurs du comté des Chutes-de-la-Chaudière m'élisent et, donc, ce faisant, me confient la représentation du comté ici, à l'Assemblée nationale.
Le comté des Chutes-de-la-Chaudière, c'est un comté qui est quand même nouveau. J'ai été la première députée du comté des Chutes-de-la-Chaudière, élue en 1989. Ce comté-là existe donc sur la carte électorale officiellement depuis les élections de 1989. Donc, à date, j'ai été la première et je suis donc l'unique représentante, toujours la même, du comté des Chutes-de-la-Chaudière.
Je voudrais vous en parler un petit peu, du comté des Chutes-de-la-Chaudière. C'est un comté jeune, bien sûr; c'est un nouveau comté, mais, en plus d'être nouveau, c'est un comté jeune. C'est un secteur du Québec qui est en pleine expansion, où le taux de natalité est d'ailleurs exceptionnel. On est considéré, le comté des Chutes-de-la-Chaudière, comme la pouponnière du Québec. Alors, ce n'est pas peu dire, M. le Président. Avec les taux de natalité qu'on a en général, heureusement qu'on est là. Alors, c'est évident que c'est un comté qui est très jeune, un comté jeune, donc de jeunes familles, où le tiers de la population a moins de 20 ans.
Donc, vous comprendrez que, ce comté étant jeune, étant en plein développement, il y a énormément de besoins. Pour un député d'une circonscription comme celle-là, je peux vous assurer qu'il y a un travail important à faire. On est constamment en demande. Je suis moi-même constamment en demande auprès de mes collègues ministériels sur toutes sortes de dossiers qui concernent, bien sûr, les besoins de mon comté en matière de services, en toutes sortes de matières effectivement, puisqu'on se développe.
Je voudrais aussi remercier les gens qui ont travaillé de très près à mon élection: mon équipe, l'équipe des Chutes-de-la-Chaudière, qui est une équipe aussi exceptionnelle, je pense, à l'image du comté, une équipe jeune, une équipe qui bouge et qui a beaucoup de volonté, qui croit très fort à l'avenir du Québec souverain. Alors, nous continuons d'ailleurs de nous battre en ce sens, M. le Président, nous continuons de faire avancer le plus possible l'idée de la souveraineté du Québec.
Je voyais tout à l'heure mon collègue de Frontenac. Vous savez, M. le Président, que la région Chaudière-Appalaches a élu un député du Parti québécois de plus lors du dernier scrutin. Alors, mon collègue de Frontenac est la preuve vivante, n'est-ce pas... et il est là pour aujourd'hui représenter les électeurs de son comté. Vous savez, j'ai été quand même... d'assez près au dossier du comté de Frontenac. Je vois mon collègue qui sourit. Vous savez que j'ai eu à défendre plusieurs dossiers, dont, entre autres, celui de l'amiante. J'ai été rapprochée, donc, de façon un petit peu particulière, des citoyens du comté de Frontenac.
(10 h 30)
J'étais donc très fière, moi, le soir des élections, quand je me suis rendu compte qu'on aurait un collègue de plus à l'Assemblée nationale. Je remercie donc aussi les citoyens de Frontenac qui nous ont fait une acquisition pareille, qui nous ont envoyé un collègue supplémentaire.
Je pense que c'est aussi une reconnaissance bien sûr de la qualité de notre candidat, parce que je sais que notre collègue était très impliqué dans son comté, très bien connu, très bien vu aussi, mais je pense aussi que les électeurs de Frontenac ont reconnu l'excellent travail et l'engagement du gouvernement du Québec par rapport à la défense de l'utilisation sécuritaire de l'amiante.
On en a beaucoup parlé, et je suis convaincue que les citoyens de Frontenac ont su reconnaître que le gouvernement du Québec, le gouvernement du Parti québécois avait fait plus qu'aucun gouvernement auparavant n'avait fait sur ce dossier. Alors, merci aux citoyens de Frontenac, M. le Président.
Là, moi, je suis supposée vous parler du budget. Effectivement, je vais prendre les quelques minutes qui me restent pour me prononcer sur le budget. Vous savez, comme je vous le disais, ça fait depuis 1989 que je siège ici, à l'Assemblée nationale.
Donc, ça fait neuf ans, bientôt 10, d'ailleurs, M. le Président, que, année après année, j'assiste à des présentations de discours du budget, que j'ai soit à critiquer le discours du budget, parce que, les cinq premières années, j'étais dans l'opposition, donc j'ai pris connaissance des budgets qui ont été déposés par nos collègues qui sont maintenant de l'opposition officielle, ou encore à défendre les orientations et les décisions de mon gouvernement, depuis 1994, sur les budgets que nous avons présentés.
Je sais, M. le Président, que c'est toujours facile de critiquer un discours du budget. C'est clair qu'il n'y aura jamais de budget parfait. Il n'y aura jamais de budget qui va satisfaire l'ensemble de la population. Il y a toujours des gens qui verront leurs attentes oubliées ou négligées, qui auront bien sûr des récriminations, des demandes. Alors, très clairement, M. le Président, il n'y aura jamais de discours du budget ou de décisions budgétaires parfaites qui vont satisfaire l'ensemble des citoyens.
Par ailleurs, je pense que le budget qui a été déposé par mon collègue est un budget qui est fort honnête, fort honnête en ce sens qu'on atteint l'objectif zéro. C'était un engagement. On l'atteint un an avant la date prévue de cette atteinte d'objectif. Donc, c'est une première depuis 40 ans. Je sais que plusieurs l'ont répété. Ça fait longtemps, au Québec, qu'on n'avait pas connu une situation comme celle-là où on ne faisait plus de déficit.
On s'était engagé aussi à réinvestir dans la santé. On s'était engagé à réinvestir dans l'éducation. Donc, comme telle, je pense que la seule surprise, à toutes fins pratiques, c'est d'avoir atteint plus rapidement que prévu le déficit zéro. Parce que, pour le reste, pour ce qui est des décisions qui ont été prises dans le discours du budget... Réinvestir massivement en santé, c'était un engagement; alors, on le réalise. Réinvestir aussi en matière d'éducation, on s'y était engagé; donc, encore là, je pense qu'il n'y a pas de surprise. On réinvestit en santé.
On réinvestit peut-être un petit peu plus qu'on l'avait prévu au niveau de la santé. Par ailleurs, disons que c'est sûr qu'il fallait prendre des décisions. On a tous suivi la controverse qu'il y a eu entre les budgets de transferts, budgets de péréquation. On a eu une bonne surprise du côté de la péréquation, qui n'est pas récurrente bien sûr, mais une mauvaise surprise par rapport aux budgets de transferts qui, eux, normalement, sont récurrents. Enfin, au moins, l'engagement est pris pour un certain temps. Donc, effectivement, il fallait prendre des décisions.
Comme les budgets de péréquation ne sont pas récurrents, c'est une excellente idée, je pense, d'avoir enlevé, effacé les dettes qu'on avait au niveau des établissements de santé. Ce n'est pas des choses qui vont revenir. Quand on investit dans du fonctionnement, on le sait, M. le Président, il faut continuer l'investissement, il faut poursuivre. Or, comme on ne sait pas ce que seront les enveloppes de péréquation pour les années subséquentes, on ne peut pas s'engager sur un montant global de 1 000 000 000 $, comme ça, en santé, sachant que, l'an prochain, on aura à le redébourser.
Le fonctionnement, lui, est récurrent.
Autre effort qui a été fait par mon collègue des Finances, et je pense que celui-là est fort louable, il y a eu beaucoup d'autres décisions qui ont été prises à l'intérieur du discours du budget, mais je voudrais m'attarder peut-être un petit peu plus sur celui de l'investissement en matière de recherche-développement. Je pense que c'est absolument essentiel qu'au Québec on fasse un effort de ce côté-là.
On sait que les autres provinces bénéficient, en tout cas surtout la province voisine, de transferts gouvernementaux fédéraux beaucoup plus importants que ce que nous pouvons en bénéficier, au Québec, en matière de recherche et développement. Donc, en quelque part, les décisions du ministre des Finances viennent favoriser ce secteur, bien que, auparavant, on avait on a toujours d'ailleurs des mesures fiscales qui sont intéressantes pour la recherche et développement.
Mais là on accentue en investissant aussi de l'argent et donnant des moyens au ministre de la Science et de la Technologie, notre nouveau ministère qui sera créé sous peu.
Bref, je pense, M. le Président, que c'est un budget qui est honnête. C'est un budget qui reflète les engagements que le Parti québécois avait pris en campagne et que le gouvernement avait pris, avec ses partenaires, depuis le Sommet. C'est un budget qui, je pense, devrait combler, en tout cas pour une bonne partie, les besoins de la population.
Moi, je peux vous dire que bien évidemment j'aurais aimé, moi aussi, comme les autres, qu'on baisse les taxes, qu'on baisse les impôts. J'aurais aimé aussi qu'on baisse la dette, à l'instar de notre collègue de Rivière-du-Loup qui dit: Il faut baisser la dette. Je pense qu'il a raison, M. le Président, mais malheureusement, voyez-vous, les finances publiques, ce n'est pas complètement élastique, ce n'est pas infini, il faut faire des choix. La pensée magique, ça existe peut-être dans l'esprit de différents individus, mais il n'en reste pas moins que ça n'existe pas dans la réalité. Il faut prendre des décisions, il faut choisir. C'est ce que le gouvernement a fait.
Dans un premier temps, on réinvestit là où on a des besoins, au service de la population, et par la suite on espère pouvoir y arriver, continuer dans le sens où les gens de l'opposition nous demandent, comme plusieurs intervenants. Parce que ce n'est pas sorcier: quand on est dans l'opposition, le travail consiste à dire ce que les gens qui nous critiquent ont à dire justement, parce que eux autres ne peuvent pas venir s'exprimer, ici, en cette enceinte. Alors, comme porte-parole... Bien sûr, on est les porte-parole des gens qui s'opposent, on est les porte-parole des gens qui ont des demandes; je comprends, donc, dans ce sens-là les critiques de l'opposition.
Par ailleurs, ce que j'accepte moins bien, M. le Président, c'est les critiques gratuites. Je remarque qu'il y a une mémoire sélective du côté de l'opposition. Il y a des gens qui étaient là bien avant. Je vois des députés, là, qui sont dans cette salle, qui étaient ici dans les premières années de 1989 à 1994, qui ont eu à défendre des orientations de leur gouvernement, qui ont déjà entendu les critiques de l'opposition, qui ont fait des choix à ce moment-là. Alors, eux autres, j'ai de la misère à comprendre. Dans leur cas, là, je vous dirai que je trouve ça un petit peu plus difficile. Je trouve que la mémoire est sélective.
Dans le cas des nouveaux, bien sûr je peux comprendre. Je pense qu'il y a une expérience à prendre de ce côté-là, et ça va venir avec les années. C'est quelque chose que l'on acquiert, l'expérience.
Alors, là-dessus je voudrais terminer en disant à nouveau merci à mes électeurs, merci aux gens de Chaudière-Appalaches qui ont voté pour le Parti québécois, merci de nous avoir fait confiance, et en disant que j'appuierai sans réserve les décisions et le budget du ministre des Finances. Et je vous remercie.
Le Vice-Président (M. Pinard): Alors, merci, Mme la députée des Chutes-de-la-Chaudière et également présidente de la commission de l'économie et du travail.
Nous allons céder la parole, pour le dernier sept minutes qui reste à courir au débat avant de se poursuivre en commission parlementaire, au député du comté de Richelieu et président de la commission des finances publiques. Alors, M. le député.
M. Sylvain Simard
M. Simard (Richelieu): Merci, M. le Président. Je suis très heureux d'être le dernier parlementaire de cette première
partie de réactions, de répliques au discours du budget à prendre la parole. Je veux tout d'abord évidemment en profiter pour remercier les électeurs du comté de Richelieu qui m'ont renouvelé leur confiance lors des dernières élections. Vous le savez, nous sommes d'abord et avant tout les représentants du peuple, et la première mission qui est la nôtre, c'est de mériter la confiance des électeurs. Et, pour mériter la confiance des électeurs, il faut, lorsque nous prenons des engagements, respecter les engagements que nous prenons.
Dans le comté de Richelieu, en 1994, la population avait décidé, de façon peut-être étonnante pour certains, de faire confiance à un candidat venu de l'Outaouais qui cherchait à mériter la confiance d'une population qui était en pleine période de crise économique. En effet, depuis la fermeture des installations navales dans le comté de Richelieu, depuis les rationalisations dans les industries traditionnelles, pétrochimiques et surtout sidérurgiques, le taux de chômage et de non-emploi dans le comté de Richelieu avait atteint des pourcentages considérables et catastrophiques.
(10 h 40)
Nous nous sommes donc attelés depuis cette époque, depuis 1994, à entreprendre, à commencer le redressement économique du comté de Richelieu. Lorsque je suis arrivé dans ce comté, dans les mois qui ont précédé l'élection, des fermetures majeures se sont produites, notamment les compagnies Soreltex, Beloit, des centres d'achat entiers; le comté était en train, très rapidement, d'être presque fermé économiquement. Nous avons donc entrepris, pendant quatre ans, de consolider les bases économiques de ce comté.
Nous avons entrepris également de nous donner un plan stratégique de développement économique et de mettre en place les outils nous permettant de rattraper et peut-être même un jour de dépasser les comtés voisins. Il faut dire que nous sommes entourés de comtés relativement prospères; qu'on pense au comté de Verchères, qu'on pense à Saint-Hyacinthe qui est à proximité de chez nous, qu'on pense à Drummondville.
Il y a donc des modèles qui existent près de nous de gens qui se sont pris en charge, qui ont beaucoup investi dans la recherche et le développement et qui ont redonné confiance à leur population dans un modèle de développement économique.
Nous avons donc beaucoup travaillé au cours des dernières années, et la dernière campagne nous a permis de faire le point. Nous avons pu ainsi constater que, dans la grande industrie, la confiance était revenue. La compagnie QIT-Fer et Titane a investi dans une nouvelle usine plus de 350 000 000 $, assurant non seulement la pérennité de l'entreprise dans notre circonscription, mais également l'engagement, l'emploi de nouveaux spécialistes qui viennent s'ajouter à la force de travail de cette usine.
Dans le cas de la compagnie GEC Alsthom, qui s'appelle maintenant Alsthom International, qui oeuvre comme turbinier dans l'équipement des centrales hydroélectriques, nous avons aussi assisté à une relance remarquable de cette entreprise qui, en 1994, était très près de la fermeture quelques centaines d'employés horaires, un climat de travail qui aurait fait reculer n'importe qui. Depuis, nous avons eu une relance de cette entreprise tout à fait remarquable.
Nous avons d'ailleurs travaillé très fortement, là comme ailleurs, avec les syndicats, avec les directions d'entreprise de façon à relancer la société Alsthom, avec le résultat qu'aujourd'hui ce sont, encore cette année, plusieurs centaines de nouveaux travailleurs qui sont venus joindre l'équipe d'Alsthom, que des contrats pour près de 200 000 000 $ ont été passés pour la prochaine année, avec un carnet de commandes pour les prochaines années extrêmement encourageant.
Rien n'est encore gagné, beaucoup de défis sont encore présents, mais, M. le Président, là comme ailleurs, la détermination, la confiance, la vision commencent à produire des résultats, et surtout la concertation.
Nous avons eu des difficultés considérables pour la compagnie Atlas Steel qui avait des partenaires majoritaires coréens, et vous savez ce qui s'est passé ces deux dernières années sur le marché financier coréen. Faillite, donc, du groupe et reprise en main par des repreneurs. Je peux vous dire qu'au moment où nous nous parlons, M. le Président, cette entreprise fait des profits, sa rentabilité est excellente, et donc devient pour son développement futur une entreprise qui est désirable, qui pourra être reprise par des actionnaires désireux d'investir dans son développement parce qu'elle a atteint un point de rentabilité qui est enviable.
M. le Président, ça ne suffit pas. L'industrie traditionnelle, la grande industrie, ne réussira pas, à elle seule, à absorber l'ensemble des besoins des travailleurs du comté de Richelieu. Pour cela, il faut retrouver l'esprit du budget, retrouver l'esprit de la présentation faite par le ministre des Finances du nouveau budget, c'est-à-dire nous lancer sans réticence du côté de la nouvelle économie. En effet, ce qui créera des emplois dans le comté de Richelieu au cours des prochaines années, ce sont des nouvelles entreprises, petites, moyennes, qui oeuvreront dans les secteurs à haute technologie, notamment et c'est le choix que la région a fait dans les technologies de l'environnement.
Autant nous avons été une région où la pollution a fait des ravages, autant nous avions un retard environnemental considérable, autant nous sommes en train de prendre la tête, le leadership d'un renouveau industriel dans les questions environnementales et dans les secteurs de haute pointe. Et que nous dit le dernier budget Landry? Que nous dit le dernier budget du ministre des Finances? Il nous dit que les carrefours de la nouvelle économie vont permettre aux régions qui ont décidé de se prendre en main et d'exploiter à fond ces secteurs de nouvelle économie, que ces carrefours de la nouvelle économie seront là pour favoriser la recherche et le développement pour attirer l'entreprise.
M. le Président, je vois que le temps qui m'était imparti est terminé, mais je voulais simplement vous dire, dans cette première intervention à l'Assemblée nationale dans cette nouvelle Législature, que je suis très fier de la confiance que m'ont renouvelée, en doublant ma majorité cette fois-ci, les membres, les électeurs du comté de Richelieu, les remercier de leur confiance et les assurer qu'ils n'ont pas fait une erreur en faisant ce vote. Je vous remercie, M. le Président.
Poursuite du débat en commission parlementaire
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le député de Richelieu et président de la commission des finances publiques. Alors, la première étape de 13 h 30 min étant écoulée, je vous avise que, conformément aux dispositions de l'article 275 du règlement, le débat sur le discours sur le budget est suspendu à l'Assemblée et se poursuivra à la commission des finances publiques, M. le ministre d'État à l'Économie et aux Finances étant membre de la commission pour la durée de ce mandat. M. le leader du gouvernement.
M. Brassard: Oui. Alors, dans la foulée de ce que vous venez de dire, M. le Président, j'avise cette Assemblée que la commission des finances publiques, conformément vous venez de le mentionner à l'article 275 du règlement de l'Assemblée nationale, poursuivra le débat sur le discours du budget, à compter de maintenant jusqu'à 12 h 15, à la salle du Conseil législatif.
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le leader. Alors, à votre feuilleton, à l'article 2, toujours aux affaires prioritaires, l'Assemblée reprend le débat, ajourné le 10 mars 1999 par le leader adjoint du gouvernement, sur le discours d'ouverture prononcé par le premier ministre le 3 mars 1999 et sur les motions de censure de M. le chef de l'opposition officielle, de Mme la députée de La Pinière et de M. le député de Nelligan.
Je vous informe que 11 h 45 min ont été utilisées dans le cadre de ce débat. Il reste donc un total de 13 h 15 min réparties comme suit: 6 heures au groupe parlementaire formant le gouvernement, 6 h 15 min au groupe parlementaire formant l'opposition officielle, 60 minutes au représentant du gouvernement pour sa réplique. Le dernier intervenant était Mme la députée de Saint-François, et elle avait terminé son intervention. Je suis maintenant prêt à céder la parole à un autre intervenant, M. le député de Fabre et ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes. M. le ministre.
M. Joseph Facal
M. Facal: Merci beaucoup, M. le Président. Je crois comprendre qu'une tradition en ces lieux veut que nos premiers mots en cette Chambre après la tenue d'une élection générale soient pour féliciter nos concitoyens et concitoyennes qui nous ont fait confiance. Alors, je me plie de bonne grâce et avec beaucoup de plaisir à cette tradition et je remercie infiniment les électeurs de Fabreville, de Sainte-Dorothée, de Laval-Ouest et de Laval-sur-le-Lac de m'avoir fait confiance pour un deuxième mandat et je tiens à les assurer que je ferai tout ce qui humainement possible pour qu'ils soient fiers du choix qu'ils ont fait le 30 novembre dernier.
M. le Président, si je suis ici aujourd'hui, c'est évidemment parce que je suis le candidat qui, dans ma circonscription, a recueilli le plus de votes, tout comme ce fut le cas pour 75 autres de mes collègues du Parti québécois. Or, il se trouve que, dans un régime parlementaire de type britannique, le pouvoir de former le gouvernement, et la légitimité qui va avec, est octroyé au parti dont le plus grand nombre de candidats ont recueilli le plus grand nombre de votes. Et ce parti, c'est le Parti québécois, qui a donc toute la légitimité requise pour gouverner en fonction du mandat qu'il a sollicité.
(10 h 50)
Vous vous demanderez sans doute, M. le Président, pourquoi je dis cette évidence. Pour des raisons fort simples: c'est parce que le chef de l'opposition, visiblement amer de la défaite, semble contester le droit même de ce gouvernement de faire la promotion de son option fondamentale qui est la souveraineté du Québec.
Mais, M. le Président, écoutons plutôt ce que le chef de l'opposition disait, cinq jours avant la campagne électorale, au moment où il aspirait à devenir premier ministre. Voici ce que le chef du Parti libéral disait le 25 novembre 1998, cinq jours avant le vote, je le cite: «Je parle directement à la population du Québec. Le 30 novembre prochain, dans la mesure où ils choisiront de voter pour le Parti québécois, ils vont avoir donné un mandat à un gouvernement de commencer la séparation du Québec et tous les leviers seront dans les mains du gouvernement du Québec.
Si jamais quelqu'un vote pour eux, il va se mettre en branle quelque chose d'irréversible. Il n'y aura pas de retour en arrière.»
C'était ce que disait le chef du Parti libéral, cinq jours avant le vote. Bref, M. le Président, vous voyez la contradiction. Avant le 30 novembre, le chef de l'opposition dit: Si vous votez pour le Parti québécois, vous lui donnez le mandat, une fois au gouvernement, de promouvoir la souveraineté. Après le 30 novembre, à en croire le chef de l'opposition, ce gouvernement n'aurait plus le droit d'en faire la promotion. Il faudrait savoir.
Évidemment, M. le Président, faute de temps, je n'ai pas le temps de relever toutes les contradictions proférées récemment par le chef de l'opposition. Je me contenterai simplement d'en relever quelques-unes contenues dans sa réplique au discours inaugural du premier ministre.
Première contradiction. Voici ce que disait le chef de l'opposition récemment en Chambre, à l'occasion du débat sur le discours inaugural, je cite: «Les Québécoises et Québécois sont fatigués, épuisés, exaspérés par le débat stérile et sans issue que leur impose ce régime du Parti québécois sur leur avenir.»
M. le Président, de décembre 1985 à l'automne 1994, c'est ce débat supposément stérile qui a fait rage au Québec. Ce furent les années Meech, Charlottetown, Bélanger-Campeau, loi 150 et autres. Jamais l'industrie constitutionnelle n'a autant tourné à plein régime qu'entre 1985 et 1994. Qui pourtant était au pouvoir? Un gouvernement du Parti libéral. Et, quand je regarde, M. le Président, les banquettes libérales, je vois aujourd'hui bon nombre de députés qui étaient là à cette époque, qui faisaient
partie de ce gouvernement qui faisait tourner à plein l'industrie constitutionnelle et qui aujourd'hui viennent nous dire que ce débat largement alimenté par eux était un débat stérile. J'avoue ne pas comprendre.
Ce que le chef de l'opposition fait semblant d'ignorer, c'est que, même si le Parti québécois n'existait pas, ce débat continuerait à faire rage. Pourquoi? Mais tout simplement parce que le chef de l'opposition fait semblant d'ignorer qu'il vit dans un pays dont l'un des deux peuples fondateurs ne reconnaît pas la légitimité d'une Constitution qui lui a été imposée de force. Et, évidemment, à chaque fois que l'on fait référence à ces douloureuses réalités, le chef de l'opposition les écarte du revers de la main en disant qu'il s'agit là de rhétorique péquiste.
Assurément, le chef de l'opposition est probablement le seul homme politique québécois, probablement en compagnie de M. Dion, à être capable de faire un discours sur la Constitution en faisant comme si, en 1982, il ne s'était rien passé: pas de rapatriement unilatéral, pas de brisure du contrat fondateur de la fédération canadienne.
En fait, la vérité, et cela transpire dans tous les propos du chef de l'opposition, est qu'il semble fort bien s'accommoder de ce qui s'est passé en 1982 ou, à tout le moins, l'interprétation la plus charitable que l'on pourrait faire de ses propos est certainement d'être en droit de se demander à quelles conditions le chef du Parti libéral du Québec signerait la Constitution de 1982.
On est en droit de poser la question parce que, lors de sa réplique au discours inaugural, M. le Président, on ne pouvait pas manquer d'être frappé par le fait que, dans le discours du chef du Parti libéral, il n'y avait aucune revendication constitutionnelle, il n'y avait aucune demande de réparation de ce qui s'est passé en 1982.
Un autre aspect me fascine dans la pensée du député de Sherbrooke. Dans sa réplique au discours inaugural du premier ministre, il se disait fier des combats menés par les Québécois à l'intérieur du système fédéral pour que le Québec connaisse des succès majeurs en aéronautique, en pharmaceutique. Le chef de l'opposition disait, je le cite: «Je me rappelle de ces combats-là, j'en ai fait partie, et ce que j'en retiens, c'est nos victoires comme Québécois.» M. le Président, il y a là un indéniable élément de schizophrénie politique.
C'est quoi, ce pays où l'on se dit fier d'avoir à se battre pour défendre ses intérêts? C'est quoi, ce pays où l'on doit se dire fier d'avoir à livrer des batailles homériques simplement pour faire respecter ses droits les plus élémentaires et les plus fondamentaux? Il ne devrait pas être dans la logique des choses que, pour faire simplement reconnaître votre existence comme un peuple et votre possibilité de connaître du succès dans certains domaines, il faille à chaque fois remuer ciel et terre. C'est le contraire qui devrait être naturel.
Quand on parle justement de combats homériques qu'il faut livrer pour faire reconnaître des évidences, le chef de l'opposition en a lui-même fourni un bel exemple quand il s'est insurgé du fait que le gouvernement du Québec avait dépensé 500 000 $ et quelques de fonds publics afin d'informer la population des impacts du budget fédéral. Je ne me rappelle pas avoir entendu le chef de l'opposition pousser les hauts cris quand il a appris, s'il l'a appris, que, par exemple, pour l'année 1998-1999, le budget de Patrimoine Canada à des fins de propagande diverse sera de 20 000 000 $ pour une année.
Je n'ai pas entendu le chef de l'opposition s'insurger du fait que, pour vendre le budget fédéral, le gouvernement fédéral, lui, a mis de l'avant une campagne de publicité de 3 600 000 $ dont 1 000 000 $ étaient strictement destinés au Québec, à la
partie santé du budget fédéral.
Je n'ai pas non plus entendu le chef de l'opposition s'insurger du fait qu'en 1998, sur les 4 800 000 $ réservés par Patrimoine Canada à l'organisation de la fête du Canada, figurez-vous que le Québec avait reçu 63 % de ces fonds, soit 3 000 000 $. Comprenons-nous bien, M. le Président: sur les 4 800 000 $ que Patrimoine Canada a accordés à l'organisation de la fête du Canada, les deux tiers de ces argents n'étaient dépensés qu'au Québec. C'est au Québec que l'on a investi les deux tiers des argents fédéraux pour faire connaître cette grande célébration qu'est la fête du Canada. Hasard? Coïncidence?
Je vous laisse répondre à la question, M. le Président. Je n'ai pas entendu le chef de l'opposition s'insurger là-dedans. Mais 500 000 $ pour des pleines pages de publicité dans nos quotidiens, ah! là, mon Dieu! les hauts cris, et ainsi de suite.
Le chef de l'opposition parlait également de l'union sociale et, d'un côté, il nous disait que lui-même n'aurait pas signé cette entente bah! vous comprenez que ça nous a rassurés d'un autre côté, il reprenait encore une fois le mythe de la chaise vide: si le Québec avait été présent, ça se serait passé différemment.
Alors, évidemment, j'ai demandé aux fonctionnaires des Affaires intergouvernementales canadiennes des données sur les taux de participation du Québec aux grands-messes fédérales-provinciales pour voir s'il était vrai que nous avions laissé notre chaise vide. D'abord, évidemment, dans le cas de l'union sociale, M. le Président, il faut rappeler que le gouvernement fédéral a mis sur la table sa proposition trois semaines avant la rencontre de Saskatoon à laquelle s'est joint le premier ministre. Donc, il n'y a pas eu de chaise vide. Il n'y avait pas de proposition fédérale. Sitôt qu'il y en a eu une, le gouvernement du Québec s'est joint à la démarche.
(11 heures)
Mais, plus largement, sur la participation québécoise aux rencontres fédérales-provinciales. Alors, voici: Recensement statistique des 10 dernières années quant au taux de participation du Québec. Alors, évidemment, M. le Président, entre 1987 et 1990, soit pendant les trois années qui ont précédé l'accord du lac Meech, le Québec a évidemment assisté à 100 % de ces rencontres. Le taux de participation québécois a ensuite diminué pour atteindre son plus bas niveau, soit 21 %, sous un gouvernement libéral, en 1991-1992.
Des voix: ...
M. Facal: Ah! Quant au gouvernement actuel, si on exclut l'année référendaire, où notre taux de participation aux messes fédérales-provinciales a tout de même été de 61 %, ce taux passe, en 1996-1997, à 89 % des rencontres intergouvernementales canadiennes et à 88 % pour l'année 1997-1998. Bref, curieuse chaise vide! Nous sommes, en 1996-1997, présents à 89 % des rencontres intergouvernementales canadiennes et à 88 %, en 1997-1998. Statistiques qui ne tiennent pas non plus compte de toutes ces rencontres où le Québec n'était pas présent officiellement mais envoyait des observateurs pour savoir ce qui se passait.
Bref, M. le Président, contrairement à ce que véhicule le chef de l'opposition, le gouvernement actuel du Québec s'est présenté à la table des négociations à chaque fois que la défense des intérêts des Québécois et Québécoises a été requise, alors que c'est le Parti libéral du Québec, lui, qui a pratiqué la politique de la chaise vide, notamment lorsqu'une commission parlementaire de l'Assemblée nationale a tenu des audiences spéciales pour savoir ce qu'il convenait de penser de la déclaration de Calgary, réponse du Canada anglais au référendum québécois de 1995, commission parlementaire où le chef de l'opposition a brillé par son absence.
Il n'était pas là, nous ne savons toujours pas ce que sa formation en pense, ce qui ne l'empêche pas, évidemment, de venir nous sermonner sur la chaise vide. Enfin. Continuons.
M. le Président, sans revenir sur les raisons pour lesquelles le Québec n'a pas signé l'entente sur l'union sociale, je crois que ce qu'il convient de noter, c'est que, même si cette question peut paraître technique et n'a pas soulevé les foules, il s'est passé quelque chose de fondamental, le 4 février. Ce qui s'est passé, c'est que le Canada grand bien lui fasse! a choisi de se définir sans le Québec.
Les Canadiens, et c'est leur droit le plus strict, savent enfin quel genre de Canada ils veulent: ils veulent un Canada unitaire, ils veulent un Canada avec un gouvernement central fort, ils veulent un Canada avec un gouvernement central mandaté pour faire la promotion d'une identité canadienne forte. Et, dans ce Canada, la différence québécoise a de plus en plus de difficultés à se faire entendre.
Ce n'est pas nécessairement que l'on ne veut pas du Québec; on veut du Québec à condition qu'il accepte d'être comme les autres. En substance, on dit au Québec: On vous accepte si vous rentrez dans le rang, de gré ou de force. L'union sociale on ne le rappellera jamais assez donne dorénavant au gouvernement fédéral la légitimité d'intervenir dans des secteurs de compétence provinciale si six provinces, représentant à peine 15 % de la population du Canada, donnent leur aval.
La question, donc, qui interpelle les Québécois, est de savoir si, comme francophones en Amérique du Nord, nous pouvons trouver notre place dans ce nouveau Canada. Pourquoi le Canada se redéfinit? Il se redéfinit autour d'un État central fort parce que les impératifs de la mondialisation rendent cela nécessaire. Grand bien leur en fasse! La question est de savoir si les Québécois, si la différence québécoise pourra survivre et s'épanouir si nous acceptons d'être moulés, normalisés dans cette structure canadienne.
En fait, M. le Président, je crois, et je conclus là-dessus, que, très rapidement, l'heure de vérité arrivera pour le peuple québécois. Je crois que le Québec, notre peuple, va devoir réaliser très rapidement que nos gouvernements successifs ont tout tenté, sauf ce qui est le lot de l'immense majorité des peuples normaux sur cette terre, la souveraineté.
Et je pose la question, M. le Président, entre autres, au chef de l'opposition: Peut-il me nommer, en ce moment, sur cette planète, un peuple, un seul, qui serait mieux outillé que les Québécois pour devenir souverain? Au dernier décompte, parmi les pays qui siégeaient aux Nations unies, 120 ont une population moins grande que le Québec, 164 ont une économie de plus petite taille que le Québec. Et, parmi les 100 pays qui sont devenus souverains depuis 1945, je n'en connais pas un qui le regrette, qui voudrait retourner à son ancien statut de subordination.
Pas même un seul de ces pays n'abrite un parti politique faisant la promotion du bon vieux temps et disant: Comme il serait agréable de revenir à notre ancien statut de subordination. Parce que, M. le Président, la liberté, c'est une drogue dont on ne peut plus se passer une fois qu'on y a goûté.
Et la souveraineté, évidemment, ne nous rendra pas parfaits, ne réglera pas tous nos problèmes, mais rendra possibles des choses qui ne le sont pas présentement parce que les outils pour les faire aboutir nous manquent. Et que le chef de l'opposition se rassure, s'il est agacé de nous entendre parler de souveraineté, il n'a pas fini d'être agacé, parce que c'est seulement le début, M. le Président, et que nous entendons, jusqu'à ce qu'elle se fasse, en parler intensément sur tous les tons et sur tous les fronts. Merci.
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le député de Fabre et ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Nous cédons maintenant la parole au député de Limoilou et critique officiel de l'opposition concernant les dossiers de la capitale nationale. M. le député.
M. Michel Després
M. Després: Merci beaucoup, M. le Président. C'est la première fois depuis l'élection, en dehors de la période de questions, que je peux m'adresser à vous, aux députés de l'Assemblée nationale, à la population du Québec.
Par la même occasion, j'aimerais remercier aujourd'hui les électeurs du comté de Limoilou, ceux que je représente pour une troisième fois. À chaque fois que j'ai demandé la confiance des gens du comté de Limoilou, ils me l'ont accordée: en 1985, en 1989 et le 30 novembre dernier.
Je veux, par le fait même, M. le Président, remercier tous ceux et celles qui consacrent, dans une campagne électorale, tellement de temps, tellement d'efforts, tellement d'énergie à supporter l'organisation d'une campagne électorale et sans qui je n'aurais pu me faire élire, aujourd'hui.
Je veux aussi, M. le Président, féliciter tous les candidats, toutes les candidates de ma formation politique qui se sont présentés à la dernière élection. Dans la région de Québec, nous avions une équipe d'hommes, une équipe de femmes extraordinaire. Ils auraient mérité tous, quant à moi, d'être élus, mais la démocratie en a décidé autrement. Nous avons, ma collègue la députée de Jean-Talon et moi, la responsabilité de défendre les intérêts de la région de Québec.
Nous sommes à une étape un peu particulière, M. le Président, parce que, habituellement, on fait le discours inaugural, on fait la réplique. On a interrompu parce qu'on a présenté le discours du budget. Donc, habituellement, on a des orientations dans le discours inaugural du gouvernement et des fois on apprend un petit peu plus de choses dans le cadre du discours du budget. Étant donné qu'on a maintenant, à cette étape-ci, pu entendre le discours inaugural et le discours du budget, cela me permettra un peu de voir et de faire le pont entre les deux discours qu'on a eus.
Mais avant, M. le Président, en écoutant tout à l'heure le député de Fabre, on a encore un bel exemple, un très bel exemple que ce gouvernement péquiste n'a qu'une direction sur sa boussole, celle de la souveraineté du Québec. Un gouvernement qui est coincé constamment par son option politique...
Une voix: ...
(11 h 10)
M. Després: ... oui, vous avez absolument raison qui dirige le Québec constamment en essayant de créer ce qu'ils appellent, eux, les conditions gagnantes pour nous amener, M. le Président, il faut se le dire, vers un autre référendum.
M. le Président, il n'y a à peu près rien ni dans le discours inaugural ni dans le discours du budget qui nous laisse penser ou voir que ce gouvernement a prévu dans son plan d'action un plan de croissance, un plan qui peut stimuler la consommation, stimuler par le fait même la production des entreprises et par le fait même créer de l'emploi. Qu'est-ce que ce gouvernement répond aux hommes, aux femmes, aux jeunes qui cherchent désespérément un emploi pour pouvoir faire vivre leur famille?
Des données intéressantes: le revenu disponible depuis 1995 a diminué de 1,2 % pendant que partout ailleurs au Canada il a augmenté de 3 %, ce qui a créé un écart de 4 % pour les citoyens du Québec. Deux semaines de travail de plus pour les citoyens du Québec, M. le Président, c'est ce que ça représente.
Partout autour de nous, on a connu une croissance économique en Amérique du Nord, mais au Québec le gouvernement péquiste est passé à côté. La population du Québec, M. le Président, s'est appauvrie. Le problème de la pauvreté s'est aggravé au Québec. J'ai constaté durant la campagne électorale une triste réalité de la pauvreté. Le comté de Limoilou, c'est un comté de gens fiers, de petits travailleurs, confrontés pour plusieurs à une réalité difficile, où tous les jours je rencontre des gens qui se battent pour survivre, sortir de la pauvreté.
Le gouvernement a appliqué des politiques, M. le Président, qui n'ont eu pour effet que de constamment diminuer les services à la population, durant son premier mandat, en santé, en éducation et dans le support aux plus démunis. Dans la lecture du discours inaugural du budget, sous ses apparences, il faut le dire, de bonnes nouvelles se cache une réalité très différente.
Si on prend les mesures en santé, en éducation et en création d'emplois pour analyser la situation, voici, M. le Président, ce qu'on y trouve: on nous annonce qu'il y aura une diminution d'impôts, peut-être pour créer de la croissance, mais pas avant l'an 2000, et ça, seulement pour une
partie du budget de l'an 2000, donc une diminution de 200 000 000 $ qui sera une réduction d'environ 40 $ par famille sur une base semi-annuelle.
En santé, on a fait quoi dans le cadre du premier mandat du gouvernement, M. le Président? On a coupé 2 200 000 000 $ dans le secteur de la santé. On a une mesure dans le budget qui nous annonce des investissements de 1 700 000 000 $. Mais à quoi va servir ce 1 700 000 000 $? Est-ce qu'on va augmenter les services à la population? C'est ça qu'il est important de voir. Non, M. le Président, ce n'est pas ça qu'on va faire. Juste d'ici à la fin de l'année budgétaire on va prendre 1 100 000 000 $ pour éponger les déficits dans le secteur de la santé et pour combler ce qu'on appelle les coûts de système.
Donc, il restera, sur le 1 700 000 000 $, 592 000 000 $. Et, sur le 592 000 000 $, pour la prochaine année budgétaire, pour les coûts de système, il faut prévoir 400 000 000 $; pour les augmentations de salaire, 200 000 000 $; pour le déficit récurrent des hôpitaux, un autre 200 000 000 $. Donc, à ce rythme-là, M. le Président, il manquerait encore 200 000 000 $ dans les soins de la santé, donc à peu près rien pour améliorer les soins de santé et les services à la population du Québec.
Le gouvernement vient de nous annoncer des surplus de 2 800 000 000 $. La ministre de la Santé, M. le Président, a eu de la difficulté et elle disait dans Le Journal de Québec de la fin de semaine qu'elle avait demandé 50 000 000 $ au ministre de la Santé pour la situation des urgences. Le premier ministre lui a répondu: Impossible. Tout ce qu'on peut faire, c'est de se rendre à 20 000 000 $. Et, quelques jours plus tard, on nous annonce le surplus de 2 800 000 000 $.
Où était l'argent, M. le Président, pendant que les urgences débordaient, pendant que les gens attendaient les traitements pour le cancer? Où était cet argent? Les revenus autonomes du gouvernement ont augmenté de 1 200 000 000 $. On a dégagé 20 000 000 $ pour la situation des urgences, et le premier ministre répondait qu'à cette période-là on ne pouvait faire plus. Et, deux semaines plus tard, un surplus. Où était cet argent?
Dans le secteur de l'éducation, M. le Président, on nous annonce 342 000 000 $ pour l'an prochain. Les coûts de système sont de 300 000 000 $; l'augmentation salariale, de 140 000 000 $. Il y a aura déjà un manque à gagner de 100 000 000 $. Les universités ont aussi un déficit à combler de 325 000 000 $. Donc, 170 000 000 $ seront pris pour diminuer les déficits. On n'a même pas encore réglé, M. le Président, le déficit des universités. Comment voulez-vous augmenter les services aux jeunes dans les écoles et dans les universités?
En matière de création d'emplois, assez impressionnant. Assez impressionnant parce que, lorsqu'on va voir les données dans le budget, dans les prévisions du ministre des Finances, dans ses politiques de création d'emplois, les prévisions démontrent une diminution du taux d'emploi. En 1998, on prévoit 67 000 emplois; en 1999, 54 000 emplois; en l'an 2000, M. le Président, 47 000 emplois. Une diminution constante de la création d'emplois. Où est, M. le Président, le plan de croissance du gouvernement du Québec?
M. le Président, le chef de l'opposition officielle m'a donné la responsabilité du dossier de la capitale nationale. Je vais suivre les dossiers de la région de Québec, interroger les ministres qui ont dans leur ministère les dossiers concernés, pour la région, et voir, par le fait même, le poids politique du nouveau ministre responsable de la région de Québec, le ministre de l'Environnement.
Le gouvernement a déposé, M. le Président, une politique de la capitale en juin 1998. Il a prévu, dans cette politique, de déposer l'automne dernier et cet hiver des plans d'action, des plans d'action qui concernent le ministère de l'Industrie et du Commerce, qui concernent le ministère de la Culture et des Communications, le ministère du Tourisme, le ministère des Transports, le ministère des Relations internationales, le ministère du Conseil du trésor. Combien de plans sont déposés à l'heure actuelle, M. le Président? Pas encore.
Le journal Le Soleil titrait, au mois de janvier: «Les ministères n'ont pas encore fait leur devoir politique sur la capitale.» Le ministre a répondu: Ça s'en vient. On devrait être capable, à la fin du printemps, peut-être au début de l'été, de voir ces plans d'action. Dans le discours inaugural, M. le Président, on prévoyait pour la région de Québec une augmentation du budget de la Commission de la capitale nationale. Le budget est venu par la suite, on n'a pas vu d'augmentation de budget pour la Commission de la capitale nationale. On va laisser le bénéfice du doute.
Les crédits s'en viennent, peut-être qu'on verra dans le dépôt des crédits cette augmentation de budget pour la Commission de la capitale nationale.
On a, M. le Président, pris l'engagement, dans le discours inaugural, d'augmenter le Fonds de diversification pour la région de Québec, un engagement... Je vois le député de Charlevoix, un député de la région de Québec, qui doit sûrement suivre ce que fait son ministre responsable de la région de Québec. Ils ont pris, lui et ses collègues, l'engagement de passer le budget de 20 000 000 $ à 60 000 000 $. Jusqu'à date, le budget a été déposé, M. le Président, je n'ai rien vu jusqu'à maintenant qui prévoie une augmentation du budget sur le Fonds de diversification de la région de Québec.
Le gouvernement a un dossier important pour la région de Québec entre les mains le ministre responsable de la région est au courant, les élus du Parti québécois de la région sont au courant: le projet inter-rives, un projet qui fait consensus dans la région, de relier le transport en commun de la rive sud et de la rive nord. Tous les intervenants ont endossé le projet. Le dossier est sur le bureau du ministre responsable de la région de Québec, et tous les intervenants attendent très rapidement une réponse du gouvernement, M. le Président.
J'ai remarqué aussi, dans le budget, une mesure qui est intéressante pour l'Orchestre symphonique de Montréal. Très bien, 5 000 000 $. Il va falloir interpeller les députés au pouvoir, M. le Président. L'Orchestre symphonique de Québec a sensiblement la même problématique. Je n'ai rien vu, M. le Président, dans le budget, pour venir en aide à l'Orchestre symphonique de Québec.
(11 h 20)
Un autre dossier qui est d'actualité, le dossier du Petit Séminaire de Québec, une institution qui existe depuis plus de 300 ans je vois mon collègue critique au dossier de l'éducation qui est intervenu dans le dossier avec moi-même un dossier qui est dans le comté de la ministre des Affaires culturelles, qui, normalement, a un intérêt pour protéger le patrimoine, un dossier qui est sur le bureau, encore, du ministre responsable de la région de Québec. Jusqu'à maintenant, ni l'un ni l'autre n'ont su convaincre le ministre de l'Éducation.
Ils n'ont même pas pu rencontrer le ministre de l'Éducation jusqu'à maintenant. Bonne nouvelle, apparemment, il y aura une rencontre cette semaine, M. le Président.
Il faut voir que le Petit Séminaire, qui en est à son troisième projet avec le ministère de l'Éducation, un projet qui est viable...
Malgré l'offre que le ministre responsable de la région de Québec a faite dans ce dossier, jamais on a pris publiquement position de s'assurer de la survie du Petit Séminaire de Québec, un dossier que, à tous les jours, M. le Président, on voit les intervenants de la région de Québec venir appuyer et qui cadre très bien dans le discours inaugural du président, qui cadre très bien dans le cadre de la politique de la capitale de protéger le patrimoine, de lui donner une vocation internationale dans la région de Québec.
Si on ne voit pas à la survie du Petit Séminaire, on remettra les clés à ce gouvernement qui aura la responsabilité d'en faire quoi? On ne sait trop quoi. Pourquoi ne pas maintenir en vie l'éducation patrimoniale de cette institution?
M. le Président, je vois le temps déjà défiler. J'aurais aimé vous entretenir sur bien des choses, mais la session parlementaire nous permettra, tout au long de cette session, d'intervenir constamment sur des dossiers, constamment sur des projets de loi et de faire valoir l'intérêt des gens de la région de Québec. L'engagement que je prends, c'est de défendre les intérêts des électeurs qui m'ont élu, ceux du comté de Limoilou et ceux de la région de Québec, pour suivre constamment ce gouvernement, qui a la responsabilité de prendre des décisions pertinentes dans l'intérêt des concitoyens du Québec et de la région de Québec. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le député de Limoilou et critique officiel de l'opposition dans les dossiers de la capitale nationale. Nous cédons maintenant la parole au député de Charlevoix et président de la commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation. Alors, M. le député.
M. Rosaire Bertrand
M. Bertrand (Charlevoix): Merci. Et, M. le Président, député de la très grande et très belle région de Québec et fier de l'être. Et, contrairement à ce que je viens d'entendre, et je suis déçu, je vous l'avoue... J'ai toujours un problème, de toute façon, à entendre les remarques, les critiques de l'opposition. Je comprends très bien leur rôle, mais j'ai toujours espérance qu'il va y avoir quelques éléments positifs à l'intérieur des remarques. J'ai toujours espérance que, en quelque part, ils vont trouver le moyen de parler des vraies choses, qu'ils vont trouver le moyen de parler de quelques éléments positifs.
Et je suis d'autant plus déçu que les remarques que j'avais sur notre nouveau collègue le député de Limoilou, c'était que c'était un homme justement qui était capable de faire la part des choses. Et ou il n'a pas lu, n'a pas entendu ce qui s'est passé dans les dernières années ou il a été mal informé, mais, pour avoir travaillé dans la région de Québec depuis 1994 et avoir été à même de constater tout ce qui s'est fait, c'est de loin, de loin... l'image qu'a faite ou vient de faire le député de Limoilou.
Et je peux le rassurer à l'effet qu'effectivement nous avons travaillé très fort depuis 1994, moment où on a été élus, et nous continuons de le faire. D'ailleurs, déjà, ce matin, nous étions encore sur des dossiers. Parce que, M. le Président, nous réalisons quelque chose dans la région de Québec qui, je pense, est pas mal unique. À toutes les semaines que la Chambre siège, le caucus de la région de Québec se réunit de 7 h 30 à 9 h 30, et on traite des dossiers de la région de Québec. On en règle, M. le Président. Excepté qu'il y a une chose qu'on fait moins que nos prédécesseurs, il faut bien l'admettre: moins de patronage, moins de beau fla-fla, moins de couverture publique peut-être.
Mais, ceci dit, je suis persuadé, tel que je connais le député de Limoilou, qu'il saura prendre des informations dans les prochaines heures sur ce qu'on fait réellement, le caucus de la région de Québec. Et je peux l'assurer de notre entière, entière disposition, d'ailleurs, s'il veut connaître les vraies choses.
Permettez-moi, M. le Président, d'entrée de jeu, de vous répéter d'abord toute la fierté qui m'anime d'être ici pour représenter la population de Charlevoix, ce beau comté au Québec. Mais, depuis que je suis élu en Chambre, juste de se rappeler qu'on est 125 au Québec, juste de se rappeler que, chacune et chacun de nous, on est un des 125 ou une des 125, c'est déjà quelque chose d'assez exceptionnel pour l'être humain que, chacune et chacun de nous, on est. Je remercie la population de Charlevoix de m'avoir fait confiance pour un deuxième mandat.
Je remercie les centaines de bénévoles qui, encore une fois à cette élection-ci, ont travaillé pour ma réélection. Je dis bravo à chacune et chacun de mes collègues, particulièrement du Parti québécois, et aussi de l'opposition, collègues avec qui, quelles que soient nos divergences d'opinions, on a quand même beaucoup de plaisir à travailler.
Mais, encore une fois, je répète: J'aurais beaucoup plus de plaisir si les gens de l'opposition en particulier, évidemment, bien sûr, trouvaient le moyen d'être plus positifs, trouvaient le moyen de trouver des éléments quand même... tout au moins d'apporter des solutions. Je n'ai pas encore entendu, tout à l'heure, du député de Limoilou, quelque suggestion ou solution. J'attends encore, des gens de l'opposition, d'ailleurs, dans quelque domaine que ce soit...
Je vois le responsable de l'éducation, jeune homme avec beaucoup de caractère, jeune homme avec le verbe facile, comme on dit chez nous, mais, depuis que je l'entends en Chambre, j'ai rarement entendu de sa part des éléments positifs, des recommandations, des suggestions sur lesquelles on peut s'appuyer. Critiquer, très bon, mais passer à suggérer des actions plus concrètes, ça semble être très difficile.
Lors de l'élection du 30 novembre 1998, M. le Président, les gens de Charlevoix m'ont à nouveau fait confiance, et, en gens responsables, en gens de gros bon sens, ils ont aussi appuyé l'action de notre gouvernement. Le gros bon sens des gens de Charlevoix, M. le Président, leur a dit que notre gouvernement en est un de responsable, qui n'a pas peur, qui n'a pas eu peur de jouer son rôle et d'oser, oui, oser, pour améliorer les choses, pour améliorer l'avenir des Québécoises et des Québécois.
Il nous fallait redresser les finances publiques au Québec et, pour ce faire, il fallait un gouvernement qui ose changer, qui ose prendre des grandes décisions. Encore jusqu'à tout dernièrement, la dette accumulée dépassait les 80 000 000 000 $ au Québec. Le gouvernement doit dépenser chaque année près de 7 000 000 000 $ de nos taxes et de nos impôts pour payer uniquement les intérêts de la dette. Dieu sait comment nos amis d'en face y ont participé pas à peu près, dans cette fameuse dette qu'ils ont réussi à créer et à nous embourber d'année en année! C'est autant d'argent que l'on ne peut investir en santé, en éducation ou pour améliorer notre filet de sécurité sociale.
Aujourd'hui, le déficit est éliminé, grâce au Parti québécois, M. le Président, mais la dette constitue un boulet terrible, un boulet pour le Québec tout entier; il pèse de plus en plus lourd. J'ai hâte, moi, que les gens de l'opposition... Ils nous disent: Il faut baisser les impôts. Qu'ils disent. Après, ils viennent dire: Il faut investir dans le filet de sécurité sociale, la santé. En d'autres temps, ils vont vous dire: Il faut baisser la dette. J'ai hâte qu'ils nous disent des choses beaucoup plus précises et beaucoup plus concrètes.
(11 h 30)
Le gros bon sens, M. le Président, des gens de Charlevoix s'exprime également dans plusieurs régions du Québec. La population veut, de nous, ses élus, que nous avancions avec elle des solutions pour les problèmes qu'elle rencontre oui, j'en parle souvent des vraies solutions, des vraies recommandations. Elle veut qu'on l'embarque dans le bateau. Elle veut que son gouvernement l'implique dans les solutions à trouver pour son avenir.
Comme le mentionnait notre premier ministre dans le cadre du discours inaugural: Si notre jeune Québécois est ambitieux, s'il veut s'inscrire dans les courants mondiaux, être en pointe dans son domaine et visiter la planète, cela ne veut plus dire maintenant qu'il doive pour autant quitter sa région. En fait, notre gouvernement a mis et mettra tout en oeuvre afin que les jeunes Québécoises et Québécois des régions puissent trouver chez eux et chez elles leur carrière d'avenir. On a tous, dans chacune de nos régions, cette fameuse problématique de l'exode de nos jeunes.
Nous pouvons être fiers de la mise en place des carrefours de la nouvelle économie, du Fonds de diversification de l'économie régionale et de l'aide augmentée aux jeunes entrepreneurs et à l'économie sociale.
Plus encore, M. le Président, les centres locaux de développement que notre propre gouvernement a créés seront mieux outillés pour faire plus pour le développement rural, si bien que notre ministre des Régions déposera bientôt la toute première politique québécoise de la ruralité. Et je dois vous dire, M. le Président, que j'ai une confiance assez incroyable envers le comportement de nos CLD dans chacune de nos régions, mais encore faudra-t-il se les approprier, encore faudra-t-il comprendre leur bon fonctionnement et encore faudra-t-il qu'on y participe tous.
Chez nous, donc, M. le Président, on m'appuie et on appuie notre gouvernement, oui, parce qu'on sent que notre volonté d'agir avec la population est bien réelle. Chez nous, on veut que le discours colle à la réalité. Chez nous, on veut que ça ne soit pas seulement des discours que les gens fassent en Chambre mais qu'on agisse, et on agit. Chez nous, dans Charlevoix, on veut bâtir une économie qui intègre les gens au marché du travail. Le développement des régions passe par ce sentiment de confiance entre les élus et la population.
Chez nous, M. le Président, la réforme de la santé, on l'a prise en main et on veut continuer de l'assumer. On sent que le vieillissement de la population est bien réel, et nous voulons à tout prix que les aînés vieillissent bien. On sent que c'est vrai qu'il fallait changer les choses. On l'a fait et on continue à le faire d'une manière réaliste, sans se faire de peurs.
Je voudrais ici, M. le Président, remercier les personnes et les remercier du fond du coeur qui travaillent dans tout le milieu de la santé, les infirmières, les infirmiers, les gens de soutien, médecins, enfin toutes les personnes qui travaillent dans le milieu de la santé, qui ont dû faire face à une réforme qui était plus que nécessaire. Mais il me faut rappeler à la population du Québec, M. le Président, que lors de notre arrivée au pouvoir en 1994 les libéraux nous avaient laissé les finances publiques dans un état lamentable.
Et parce qu'ils avaient accumulé des déficits records durant les dernières années de leur mandat, les libéraux ont mis en péril l'existence même de nos programmes sociaux et de notre système de santé. Et, puisque nous abordons l'ère de la consolidation de notre réforme, je sais que le gouvernement du Parti québécois saura respecter ses engagements électoraux, puisqu'il s'agit pratiquement pour ce gouvernement d'un rituel, c'est notre habitude. Le centre de notre action sera donc le suivant: les personnes et leurs besoins.
M. le Président, je pourrais parler en particulier de la politique familiale, je pourrais parler de beaucoup d'autres domaines, mais, étant donné que j'ai encore plusieurs collègues qui veulent prendre la parole sur cet important discours du président du parti et premier ministre, laissez-moi terminer avec seulement quelques remarques.
Avec le développement touristique, nous avons créé un modèle de qualité de gastronomie régionale dans notre région. Nous associons l'agriculture et le tourisme, la formation professionnelle et le marché du travail. À propos d'agriculture et d'agroalimentaire, je veux saluer les nombreuses initiatives du gouvernement du Parti québécois, et ce que nous voulons créer actuellement, c'est plus de 15 000 nouveaux emplois d'ici 2005. Je suis persuadé que le ministre de l'Agriculture saura réaliser cet important défi. À
titre de président de la commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation, je me réjouis également du fait que ces importantes questions feront l'objet du rendez-vous des décideurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire dans quelques jours, le 25 mars prochain, ici même à Québec.
Dans Charlevoix, nous créons des produits agricoles du terroir à haute valeur ajoutée. Nous voulons incarner la qualité et l'originalité de nos produits, créer une route des saveurs reconnue hors frontières. C'est une longue démarche où on a besoin d'un appui soutenu, mais cette approche ardue promet à long terme, M. le Président, des fruits intéressants et des emplois durables. Pour aller chercher des marchés internationaux, nous devons investir davantage en marketing, et tout Charlevoix est en chantier pour soutenir sa percée sur les plans agricole et touristique.
M. le Président, on est des gens de défi, le gouvernement du Parti québécois. On sait qu'il faut se retrousser les manches, on veut aller de l'avant.
Au niveau politique aussi, le bon sens des gens de Charlevoix leur dicte le cap à suivre, le cap d'un Québec gagnant, M. le Président, le cap d'un Québec qui avance démocratiquement mais sûrement vers la souveraineté de notre pays. Merci.
Le Vice-Président (M. Pinard): Merci, M. le député de Charlevoix et président de la commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation. Nous cédons maintenant la parole au député de Kamouraska-Témiscouata et critique officiel de l'opposition en matière d'éducation. M. le député.
M. Claude Béchard
M. Béchard: Merci, M. le Président. M. le Président, vous ne pourrez malheureusement m'empêcher de commencer mon intervention par une parenthèse sur certains propos, parfois fort éloquents, du député de Charlevoix. Mais quand même lui rappeler certaines petites choses, notamment quand je l'entendais dire que le caucus de la région de Québec se réunissait régulièrement, tous les matins ou presque, histoire de prendre un café sans doute, mais surtout histoire de ne pas discuter des dossiers les plus importants. Et j'en citerais seulement trois qui me viennent à l'esprit rapidement et qu'on voit dans l'actualité.
D'abord, celui du centre mère-enfant où, à mon avis, un des seuls députés de la région de Québec qui s'est prononcé là-dessus est la députée de Vanier.
On ne les a pas trop entendus non plus, M. le Président, dans le dossier du Petit Séminaire de Québec, une institution de plus de 300 ans et qui est menacée de fermeture parce que les gens, semble-t-il, ont de la difficulté à rencontrer le ministre de l'Éducation qui, par hasard, se promène partout présentement au Québec pour dire que finalement il n'a pas eu assez et qu'il est insatisfait du budget qui a été déposé, donc qu'il n'a pas d'argent. Et là, encore une fois, les gens sont obligés de se battre jusqu'à la dernière minute pour garder une institution qui correspond et répond en tous points au discours inaugural du premier ministre.
Et, troisième dossier qui devient presque une rhétorique depuis les quatre dernières années, vous vous souviendrez sans doute que les députés ministériels avaient dit dès le départ que Québec serait la vraie capitale, que tous les débats, les travaux se feraient à Québec et que les principales rencontres se feraient à Québec.
Cependant, M. le Président, force est d'avouer et j'en prends à témoin le ministre responsable de la région de Québec qui se livrait en fin de semaine dernière au quotidien Le Soleil force est d'admettre que rien n'a été fait là-dedans dans les quatre dernières années parce qu'on dénonce toujours cette situation qui est inacceptable et le fait que la région de Québec devient de plus en plus une capitale symbolique et de moins en moins une capitale politique et administrative.
Donc, quelques sujets à mettre à l'ordre du jour du caucus des députés de la région de Québec au cours des prochaines semaines, histoire de leur faire apprécier davantage leur café.
M. le Président, par ailleurs, le député de Charlevoix mentionnait qu'on a rarement, de ce côté-ci, des solutions et qu'on propose rarement, je dirais, des solutions aux problèmes que l'on vit. Je suis un peu surpris de voir qu'il a manqué des travaux fort intéressants au cours des dernières années, des derniers mois, et je vais n'en citer que deux.
D'abord, celui des clauses orphelin. Ceux qui étaient ici avant l'élection d'octobre dernier se souviennent sans doute que c'est l'opposition qui a vraiment amené les véritables solutions au problème des clauses orphelin, et, à preuve, même le député de Rivière-du-Loup semble aujourd'hui se rallier aux propos que j'ai tenus en commission parlementaire au mois d'août dernier et aux propos qui démontraient quelle était la meilleure façon, selon nous, d'encadrer ce phénomène-là discriminatoire envers les jeunes.
Et, deuxième point, M. le Président, au cours des derniers mois, les principales solutions pour régler l'impasse du dossier des bourses du millénaire ont été apportées par l'opposition. Mais, encore une fois, je pense que le député de Charlevoix n'a pas siégé aux même heures et aux mêmes endroits que nous, ce qui fait qu'il a manqué de très bons débats.
(11 h 40)
M. le Président, c'est toujours un petit peu particulier au début, son premier discours en Chambre, et je me souviens, après l'élection partielle de 1997, quand j'avais fait mon premier discours ici, quelle était l'ambiance qui régnait à ce moment-là. On entrait dans une période préélectorale, et je savais fort bien que mon mandat n'était qu'au plus d'un an et que je devais immédiatement recommencer à travailler pour convaincre les gens de Kamouraska-Témiscouata qu'ils avaient fait le bon choix.
Et je suis heureux de voir et surtout les remercie du fond du coeur qu'à la dernière élection ils m'ont reconduit comme député de Kamouraska-Témiscouata pour les représenter, pour les défendre, pour parler d'eux, pour parler de leurs idées et pour parler de leurs projets aussi, mais également et malheureusement pour parler des différentes situations qu'ils vivent et qui parfois peuvent être, je dirais, désagréables et surtout un peu décevantes et non appropriées à une fin de siècle et à la mise en place d'une société supposément plus moderne et plus juste.
M. le Président, juste pour vous rappeler quelques enjeux de la dernière campagne électorale, dans le comté de Kamouraska-Témiscouata comme partout ailleurs, la question de la santé a été au coeur des débats et, comme partout ailleurs, on en a entendu de toutes sortes. On a entendu des gens venir nous dire que tout allait bien, qu'il n'y avait pas de problèmes, et qui promettaient à peu près n'importe quoi à ce niveau-là.
Au niveau de l'éducation aussi, dans mon comté, on a entendu parler de l'antenne collégiale pour le Témiscouata, qui est un outil nécessaire à, je dirais, contrer l'exode des jeunes, qui est nécessaire à fournir aux jeunes du Témiscouata et de la région une formation adéquate pour qu'ils puissent demeurer dans leur milieu. Et, sans doute, le député de Berthier qui a visité à quelques reprises le comté au cours de la dernière campagne se souviendra des engagements qui avaient été pris par son gouvernement à cette époque et qui malheureusement aujourd'hui, force est d'avouer, n'étaient que des promesses d'élection.
Aussi, M. le Président, je ne peux passer sous silence un autre dossier important, qui est le dossier des petites écoles. J'entendais le député de Charlevoix parler éventuellement d'une politique de la ruralité. J'ose espérer qu'elle viendra vite, cette politique, parce que des petites écoles de village sont menacées et que, malheureusement, peut-être que dans un an il sera trop tard pour sauver ces écoles-là et trouver des solutions qui ne font pas en sorte que les municipalités soient doublement taxées ou que leurs citoyens soient doublement taxés, mais qui vont plutôt dans le sens du respect de la
Loi sur l'instruction publique, c'est-à-dire que tous les étudiants et étudiantes du Québec de niveau primaire, secondaire et collégial aient droit à un enseignement gratuit et accessible.
On a aussi parlé beaucoup d'emplois. Ma région, comme toutes les régions, a des problèmes à ce niveau-là, d'exode des jeunes, de pauvreté. Il y a de plus en plus de gens qui s'appauvrissent, de plus en plus de gens qui ont de la misère à, je dirais, joindre les deux bouts et de plus en plus de gens qui se sont appauvris au cours des quatre dernières années, M. le Président, et il en a été question. Mais, encore une fois, on nous disait que, bon, ce temps-là était révolu. Et le Parti québécois nous disait à l'époque que, le plus tôt possible, dès les premiers jours d'un mandat, il y aurait des réductions d'impôts, ce qui n'est malheureusement pas le cas.
Vous savez, on parle beaucoup de développement rural, de développement régional. Je veux vous parler de deux éléments, M. le Président, là-dessus qui me font particulièrement rire, c'est-à-dire que, d'un côté, on a le discours sur le développement rural, le développement régional, mais, de l'autre, on se rend compte et surtout les maires se rendent compte que les transferts de 375 000 000 $ se sont poursuivis et que ces coupures-là en viennent à faire en sorte que les municipalités s'appauvrissent et que les municipalités doivent soit couper dans les services ou augmenter les taxes, ce qui, en bout de ligne, fait en sorte que le citoyen se retrouve encore appauvri.
Et un autre élément anecdotique qui, au cours de la dernière campagne, me faisait bien rire: à entendre le candidat péquiste dans mon comté, on devrait manquer bientôt de chemins de gravelle et il faudrait reconstruire des routes tellement il y avait d'asphalte de promis. Eh bien, j'ai bien hâte de voir dans les crédits, sauf que, dans le budget, force est d'admettre qu'il n'aurait malheureusement pas pu remplir ses promesses, parce que, évidemment, vous comme moi, M. le Président, qui êtes d'un comté rural, vous vous rendrez compte assez rapidement qu'il n'y a pas d'argent neuf, malgré toutes les demandes que nous avons.
Donc, voici pour le bilan pour la dernière campagne et voici ce qui est la base, je dirais, de mon prochain mandat et de mes quatre prochaines années ici, à l'Assemblée nationale: c'est-à-dire, je dirais, oui, être dans l'opposition mais représenter des citoyens et être le défenseur de ces citoyens-là, être le messager de ces citoyens-là ici, au Parlement, et non pas, comme certains députés gouvernementaux, entre autres le député de Groulx, être le défenseur et, je dirais, si vous excusez le mot, le «cheerleader» du gouvernement dans son comté et dire partout que tout est beau, tout est bon, sans avoir le moindre jugement de la réalité, de ce qui se passe vraiment.
M. le Président, on ne peut pas... Je pense, en réplique au discours inaugural, rappeler certains faits du discours du premier ministre et sans doute que, encore une fois, cette journée-là, vous avez pu comme moi apprécier les talents du député de Groulx comme meneuse de claques dans cette Assemblée donc, se rappeler qu'il disait à l'époque que le président du Conseil du trésor devait déposer un budget et devait déposer un livre des crédits qui allaient mettre fin aux compressions en santé, en éducation et, surtout, qui allaient amener le début des réinvestissements.
Je pense qu'il est clair pour tout le monde, dans le secteur de l'éducation et de l'enseignement supérieur, d'autant plus avec ce que nous allons voir demain, ici, devant le Parlement, que cet engagement-là n'est à l'évidence pas arrivé; c'est-à-dire, seulement trois semaines après le discours, on se rend compte que les faits sont bien différents. Et vous allez aussi me permettre de dire et de soulever qu'à l'époque le premier ministre mentionnait qu'il allait, au niveau du primaire et du secondaire, apporter un soutien immédiat et un encadrement approprié aux étudiants qui sont en difficulté.
On parle de l'embauche de 300 à 400 personnes, alors qu'on en a coupé plus 1 500 depuis quatre ans: nettement insuffisant.
Vous me permettrez aussi, M. le Président, de faire ressortir qu'on mentionnait qu'un accent nouveau allait être donné à l'histoire, car un monde emporté par le tourbillon du changement a besoin plus que jamais de savoir d'où il vient et de connaître ses repères.
Et je pense qu'après ça on a eu droit à quelques larmes du côté du gouvernement; mais, cependant, exactement au même moment, à la même heure, pendant que, ça, c'était dit ici, en Chambre, des gens du cabinet du ministre de l'Éducation annonçaient aux dirigeants du Petit Séminaire de Québec que malheureusement leur projet était plus ou moins valable, qu'il était plus ou moins acceptable et qu'on remettait en question la première institution d'enseignement francophone en Amérique du Nord. C'est un petit peu particulier, mais, encore une fois, je pense qu'on a devant nous le discours et les faits.
On parlait aussi, M. le Président, je dirais, de la création d'un comité sur l'accessibilité financière et du maintien actuel des frais de scolarité pendant tout leur mandat. Ce qui est particulièrement désagréable sur ce point-là, c'est que ces gens-là, d'un côté, se targuent d'être, je dirais, les défenseurs du gel des frais de scolarité mais que, en même temps, encore une fois pendant ce discours-là, on voit une prolifération, je dirais, excessive et sans aucune limite de toutes sortes de frais que les étudiants doivent payer.
Donc, on dit, d'un côté: On n'augmentera pas les frais de scolarité, mais le sous-financement du réseau de l'enseignement supérieur fait en sorte que l'on augmente toutes sortes de petits frais que les établissements sont obligés de mettre en place pour réussir à subvenir à leurs besoins, et donc de faire en sorte que ces sommes-là, c'est les étudiants qui les déboursent, d'un autre côté.
Et inutile de vous rappeler, M. le Président, qu'au niveau des commissions scolaires, par exemple, après voir subi des coupures de 1 200 000 000 $, elles se retrouvent avec presque pas d'argent neuf, se retrouvent avec presque aucun moyen. Et, encore une fois, pour eux qui peut-être avaient cru, ce jour-là, que le premier ministre était sincère dans son discours, ils se sont rendu compte, lors du dépôt du budget, que ce n'était encore une fois que des paroles et encore une fois que du vent, comme nous y avons été habitués au cours des dernières années.
Et je me rappelle le lendemain, dans les journaux, on voyait un peu partout, on disait, si je me souviens bien: Les jeunes, et tout ça, l'éducation, ça va être à l'avant-plan et ça sera un mandat basé sur les jeunes. Ce n'est pas la première fois qu'on entendait ce discours-là, M. le Président.
On a entendu le même discours en 1996, lors de la première assermentation du premier ministre, on a entendu ce discours-là aussi en même temps que se signaient des clauses orphelin un peu partout, et on a entendu ce discours-là juste quelques jours avant la tenue d'un sommet au cours duquel on a sorti les jeunes de la salle. On a dit aux jeunes: Ici, on s'excuse, mais vous n'avez pas votre place. Et là, peut-être pour se reprendre, le premier ministre veut donner à ces gens-là, aux jeunes du Québec, un sommet particulier pour eux.
Si j'ai un souhait à faire, M. le Président, c'est que ce sommet-là ne soit pas qu'une occasion, encore une fois, comme il l'a été trop souvent dans les dernières années de la part de ce gouvernement-là, pour se servir des jeunes pour faire des belles images et que, dans la réalité, dans la vie quotidienne, ça ne soit pas la réalité.
Et il y a quelqu'un qui me disait dernièrement, à mon bureau de comté, relativement au dossier jeunes, il se rappelait du dépôt du plan d'action du député de Gouin et ministre responsable de la Jeunesse à l'époque où, en juin dernier, c'était supposé être une révolution pour les jeunes au Québec, et, accompagné du député de Fabre, ils avaient effectué une tournée partout au Québec pour vendre ce plan d'action là.
Les gens me questionnaient là-dessus, et le bilan que les gens faisaient de ce plan d'action là était finalement que l'oeuvre la plus utile qu'il a eue, c'était de décrire les organismes et de donner leur numéro de téléphone, parce qu'au-delà de ça il n'avait pas de retombées importantes, de retombées, je dirais, visibles pour les jeunes au Québec, ce plan d'action là, et qu'effectivement ce n'était qu'une occasion pour effectuer une tournée préélectorale.
(11 h 50)
M. le Président, il y a, je vous dirais encore une fois, au niveau du discours, quelques aberrations, et je vais ressortir ici un texte où, pendant la dernière campagne électorale, la ministre de l'Éducation de l'époque promettait de réinvestir rien de moins que 150 000 000 $ d'argent neuf par année dans le réseau de l'éducation et de l'enseignement supérieur. Et force est d'admettre, M. le Président, et tout le monde le mentionne depuis le dépôt du budget, qu'il n'y a pas eu d'argent neuf en éducation. Il n'y en a pas eu.
Même le ministre de l'Éducation lui-même dit partout, depuis deux semaines, que c'est insuffisant. Il faudrait peut-être lui dire qu'il est vice-président du Conseil du trésor en même temps, il faudrait peut-être lui dire qu'il a son mot à dire là-dessus et il faudrait peut-être lui dire que son rôle n'est pas seulement d'écouter, dans ces réunions-là du Conseil du trésor, mais aussi de prendre position et de défendre le monde de l'éducation et de l'enseignement supérieur au Québec.
Et seulement pour vous rappeler quelques points du dernier budget, tous mentionnent que les investissements de 600 000 000 $, en bout de ligne, ne donneront pas grand-chose de nouveau; sur le 170 000 000 $ investi dans les universités, il en reste encore autant de dette qui sera là et que les universités doivent gérer. Donc, pas d'argent pour les bibliothèques, pas d'argent pour de nouveaux professeurs, pas d'argent pour des ressources d'encadrement supplémentaires. Et 342 000 000 $ pour les commissions scolaires, les cégeps, les universités. Tout le monde, ici, parle de ça.
Je pense qu'on a mis ça dans le discours type, parce que tout le monde l'a répété, 342 000 000 $. M. le Président, le ministre de l'Éducation lui-même a dit ici qu'il en manquait, au moins 45 000 000 $, 50 000 000 $ pour couvrir les coûts de système, puis on tente de nous faire croire que c'est amplement et qu'on va faire plein de choses avec ces argents-là, alors qu'en bout de ligne il en manque.
Et, s'il n'en manque pas et si les dires du ministre de l'Éducation sont vrais, bien, je tiens juste à souligner à tout le personnel qui, présentement, enseigne au Québec que ça veut dire que les offres qui ont été déposées dernièrement par le président du Conseil du trésor sont finales. Parce que, si elles ne sont pas finales, on ne sait pas, de l'autre côté, où on va prendre l'argent pour financer ces augmentations de salaires là.
Et je vous dirais que c'est particulier de voir ça comment, M. le Président, en politique, certaines personnes peuvent dire une chose et son contraire assez rapidement.
Vous vous souviendrez que, depuis deux, trois ans vous avez quand même une bonne expérience en cette Chambre, M. le Président on a soulevé ici à plusieurs reprises la question du manque de livres dans les écoles, et on nous disait de l'autre côté, la main sur le coeur et, encore une fois, la larme à l'oeil, que ce n'était pas vrai, qu'il ne manquait pas de volumes dans les écoles au Québec, que tous les étudiants avaient ce dont ils avaient besoin. Par hasard par hasard le ministre de l'Éducation annonce 30 000 000 $ dans son dernier budget pour acheter des volumes.
Donc, peut-être que le sondage n'était pas si mauvais que ça. Et, quand il dit que ça va bien dans les universités, peut-être qu'il faudrait faire un sondage aussi. Il pourrait le contester pendant un an ou deux, mais au moins, en bout de ligne, après, il y aurait de l'argent de réinvesti à ce niveau-là.
Et, juste pour vous mentionner, M. le Président, comment le discours inaugural, le budget qui a suivi peuvent être absolument irréalistes et qu'ils ne s'adaptent pas à la réalité du Québec et surtout à la réalité des promesses qui ont été faites pendant la dernière campagne électorale, tous se souviendront d'un titre, dans Le Devoir du 12 mars 1999, où le
titre était concernant le budget en éducation: L'impression de se faire avoir . Et je vous dirais que quelques semaines après, quelques jours plus tard, s'il y a quelque chose qui se dégage, c'est maintenant la conviction de s'être fait avoir au niveau du monde de l'éducation.
Donc, M. le Président, au cours des prochaines semaines, au cours des prochains mois, il y a quelque chose qu'il va falloir regarder très sérieusement, c'est se poser la question on se souvient tous du slogan du parti ministériel pendant la campagne électorale: Faites-nous confiance comment on peut faire confiance à des gens qui, si peu de temps après leur élection, n'hésitent absolument pas à renier ce qu'ils ont dit?
M. le Président, un point que je tiens à aborder en terminant, et j'entendais le député de Fabre, tantôt, discuter à ce niveau-là, c'est-à-dire des relations fédérales-provinciales et de l'avenir du Québec. Moi, je vous dirais que c'est toujours assez particulier de voir un ministre qui, d'un côté, décrie des choses et, de l'autre, fait exactement le contraire. On décrie beaucoup les bourses du millénaire, la Fondation des bourses du millénaire.
Dans le rapport annuel du Secrétariat aux affaires intergouvernementales, sur la Fondation canadienne pour l'innovation, on mentionne, les fonctionnaires du ministre mentionnent que «ce cadre de négociation est basé sur le respect des compétences du Québec ainsi que sur l'obtention d'une part des fonds de la Fondation conforme au potentiel des