Institutions — 4 April 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CI 2023-04-04
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante-six minutes)
Le Président (M.
Bachand) : Bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions
ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 14, Loi modifiant diverses dispositions relatives à la
sécurité publique et édictant la Loi visant à aider à retrouver des personnes
disparues.
Mme la députée... Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Lemieux (Saint-Jean) est remplacé par M. Lamothe
(Ungava); M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Nous débutons
ce matin par les remarques préliminaires. Donc, M. le ministre, la parole est à
vous. Merci.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Mes salutations à vous-même, avant de débuter, à mes collègues du
gouvernement qui sont avec moi, mon adjoint parlementaire, nos collègues de
l'opposition qui sont là ce matin. On va avoir passé trois belles journées
ensemble à rencontrer des corps de police, différents organismes qui vont nous
aider à peaufiner et améliorer, s'il le faut, ce projet de loi, ce projet de
loi qui, comme vous le savez, a déjà été déposé à l'Assemblée nationale
voilà... voilà quelques mois déjà. C'est le fruit du travail du Comité
consultatif sur la réalité policière, du Groupe d'action contre le racisme et
plusieurs, plusieurs intervenants qui y ont participé depuis des mois déjà, des
organismes que j'ai aussi rencontrés avec mon collègue député... ministre
responsable de la Lutte contre le racisme après les fêtes.
Donc, on est allé chercher... On a grosso modo
le même projet de loi, ou à peu près, mais avec certaines améliorations qui, je
crois, sont importantes pour... Retenir trois points, selon moi, qui touchent
le coeur même de cette loi, c'est : outiller la police pour retrouver les
personnes disparues. Ça, je pense que tout le monde va être d'accord que
d'avoir, dans ce projet de loi, des outils additionnels pour retrouver des
personnes disparues... On sait, malheureusement, que les premières minutes,
sinon les premières heures, sont extrêmement importantes quand on veut
retrouver des personnes disparues ou même des personnes enlevées. Donc, sur
ordonnance d'un juge, bien, les policiers pourront obtenir des informations,
que ce soient les infos cellulaires, géolocalisation, les infos santé, infos
bancaires ou autres, donc tout ce qui sera disponible, qui sera mis à la
disposition des policiers pour retrouver ces personnes. Je pense que c'est un
atout non négligeable pour, on va l'espérer, sauver des vies.
Donc, outiller la police pour les personnes
disparues, moderniser la police et la déontologie est une portion de
transparence qui, pour moi, est importante dans ce projet de loi. Une des
premières choses qu'on retient ici ou quand on parle de moderniser la police,
moderniser la déontologie, c'est... on le sait, que le profilage racial a été
un sujet extrêmement important dans les... dans les derniers... derniers mois.
Et, pour nous, ce qui était important dans ce projet de loi, c'était d'établir
des lignes directrices sur les interpellations policières, sur les
interceptions routières, d'accompagner les policiers dans leur travail et que,
nécessairement, ces interpellations, interceptions ne se fassent pas sur des
motifs discriminatoires. C'est déjà une recommandation qui était du CCRP, du
Comité consultatif sur la réalité policière, excusez-moi, je vais utiliser
l'acronyme quelques fois, là, mais c'est le Comité consultatif sur la réalité
policière, recommandation 36, les pouvoirs réglementaires qui vont suivre
aussi, qui était déjà une... une recommandation des consultations.
Du côté de la déontologie, je me suis bien rendu
compte qu'on se devait, selon la commissaire et nous-mêmes, établir des
nouvelles fonctions de prévention et d'éducation pour le Commissaire à la
déontologie. C'est un outil important, ce
sera des outils importants pour mieux faire connaître, autant... autant du côté
des citoyens... surtout du côté des
citoyens, le travail que la commissaire a à faire. C'est une recommandation
aussi qui était... qui était recommandée par le CCRP, la recommandation 110. On va aussi permettre à la
commissaire, si elle le souhaite, comme pour elle-même, là, de débuter
une enquête, un peu comme le coroner peut le faire, permettre aussi un
processus d'accompagnement aux différentes étapes du processus déontologique
pour les plaignants. Ça, c'est un ajout au PL qui n'était pas dans l'ancien...
l'ancien projet de loi, donner le choix aussi à ces mêmes plaignants de
participer ou non au processus de conciliation. Donc, c'est un ajout, ça aussi,
du côté... du côté du PL.
l'ai mentionné, donc, pour ce qui est des personnes disparues, du côté... du
côté transparence, on va rendre publiques
les informations des commissaires pour la libération conditionnelle. Donc,
suite à une libération conditionnelle, bien,
la population, les journalistes, toutes personnes pourraient obtenir, donc, les
informations de la décision de la libération conditionnelle pour
expliquer pourquoi telle ou telle personne, donc, a été libérée.
Donc, voilà, M. le
Président. Je ne prendrai pas trop de temps. Je sais qu'on a plusieurs
personnes à entendre aujourd'hui. Donc, je
pense qu'on a trouvé, dans ce projet de loi, un équilibre important, autant
pour le travail des policiers que pour entendre les plaignants, ceux qui
sont venus nous rencontrer dans les dernières semaines, sinon les derniers
mois, les corps de police aussi, et leur dire que, dans ce projet de loi, pour
moi et pour nous, c'est de moderniser leur travail, c'est de les accompagner.
Ce n'est pas une forme de désengagement, ce qu'on met dans ce projet de loi.
On sait que,
présentement, les différents corps de police, particulièrement la Sûreté du
Québec, vivent... on vit une situation extrêmement tragique, extrêmement triste
avec la disparition de la sergente Breau. Encore une fois, je veux envoyer mes pensées les plus profondes et
mes sympathies, je pense qu'on peut tous le faire ensemble, à la famille, aux corps de police, la Sûreté du
Québec, à tous les policiers et policières du Québec. Alors voilà, M. le
Président. Merci.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, pour 3 min 36 secondes.
Maccarone : Merci, M. le Président. Bon matin, collègues. Un plaisir
d'être ici avec vous. Un plaisir de partager des échanges que je souhaite...
puis je pense qu'on va être fort constructifs en ce qui concerne ce projet de loi. Le ministre et moi, nous avons un élément
en commun, nous sommes tous les deux nouveaux dans le dossier de
sécurité publique. Je peux être nouvelle, mais ça reste que c'est un milieu que
je connais, dans le fond, que je suis une
fille d'un policier. Mon père, c'est un ancien sergent détective des crimes
majeurs pour le SPVM. Alors, j'ai été élevée dans une maison où j'ai
bien connu les réalités policières. Je sais que c'est un métier qui est très
difficile. Je sais que la réalité, pour nos policiers, ce n'est pas facile. Je
sais, quand on parle de la santé mentale et la protection de ceux qui nous protègent aussi, on a un devoir à
travailler à l'intérieur de ce projet de loi pour le bonifier, pour s'assurer
qu'on rencontre et on aide nos policiers.
Puis,
quand le ministre a fait mention pour la sergente Maureen Breau, évidemment,
nous aussi, ma formation politique partage nos sincères condoléances à sa
famille, à ses proches, à la fraternité, parce que je ne peux même pas imaginer
comment c'est difficile. Et ce qui est désolant dans ce projet de loi, c'est
qu'on n'adresse pas la réalité policière en ce qui concerne l'état
mental perturbé, la fameuse porte tournante. Alors, on a des moyens de bonifier
ce projet de loi pour s'assurer qu'on
protège ceux qui nous protègent. Alors, on a l'intention d'avoir un débat
constructif là-dessus.
suis aussi la porte-parole en matière de lutte contre le racisme, alors, c'est
clair, je vais porter une attention, M. le Président, en ce qui concerne la
protection aussi de nos communautés. Il faut trouver un juste milieu en
ce qui concerne la protection et de bien
outiller nos corps policiers pour la sécurité publique, pour protéger notre
population, mais il faut aussi protéger les droits humains de la
population. Alors, il faut trouver un juste milieu pour ceci. Puis il ne faut
pas oublier que, chaque fois qu'on dépose un projet de loi en commission
parlementaire, j'ai beaucoup appris ça de Lise Thériault, ce n'est plus le
projet de loi du gouvernement, ce n'est plus le projet de loi du ministre,
c'est le projet de loi, maintenant, de la société.
Alors, nous avons une
responsabilité d'avoir un débat, de porter la voix de nos citoyens et de ne
jamais oublier, surtout dans un projet de loi comme celui... Le projet de loi
n° 14, c'est un projet de loi qui est très humain. Nous avons des humains
derrière tout... que nous allons en débattre, surtout quand on parle des
personnes disparues. On a les familles qui nous regardent. On a des témoignages
puis des mémoires qui ont déjà été déposés, donc nous devrons prendre en
considération... Je sais que c'est la suite d'un travail qui a été fait lors de
la dernière législature. C'est un projet loi
qui est gros. C'est un projet de loi qui n'adresse pas tout à fait toutes les
recommandations. Dans le fond, c'est à peu près 22 % de toutes les
recommandations, dans le livre vert, qu'on voit intégrées dans ce projet de
loi.
Alors, le ministre...
C'est la première fois que nous aurons un projet de loi ensemble, et il verra
en moi quelqu'un qui souhaite bonifier le projet de loi, de faire un travail
constructif. Je souhaite voir un projet de loi qui sera probablement adopté,
qui est une réflexion de notre société pour le bien-être de toutes les
personnes concernées. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Laurier-Dorion, pour
1 min 12 s, s'il vous plaît.
Fontecilla : Merci, M. le Président. À mon tour de saluer M. le
ministre, la partie... les députés de la
partie
ministérielle, mes collègues de l'opposition. Ça me fait plaisir de vous
retrouver ce matin ici, dans l'étude de ce projet de loi en sécurité publique,
le projet de loi n° 14. C'est aussi, moi, un baptême de feu, c'est la
première fois que j'étudie un projet de loi en sécurité publique, et on
va mettre tout notre effort et notre bonne volonté. Et évidemment nous arrivons ici avec la meilleure... la
meilleure disposition pour faire avancer un certain nombre de dossiers et
étudier attentivement les différentes dispositions, là. Le projet de loi... la
pièce législative qui est devant nous est quand même très importante, et
cela se déroule dans un contexte, au Québec, tout à fait particulier.
Moi aussi, je
profite de l'occasion pour saluer la mémoire de la sergente Maureen Breau et
l'ensemble... envoyer mes condoléances, évidemment, à leur famille, et aux
communautés affectées, et à l'ensemble de la communauté policière qui a été
fortement ébranlée par cet événement violent et d'une tristesse sans nom.
Personne ne devrait mourir dans le cadre de son travail, là. Et donc c'est dans
ce contexte-là que nous commençons ce projet de loi et pour étudier
certaines propositions qui semblent louables, d'autres plus... plus
problématiques, là. Tout d'abord, la question d'établir une nouvelle philosophie, pour le travail des corps
policiers, fondée sur le principe de la concertation avec les communautés
locales, avec les milieux dans lesquels ils sont insérés...
Le Président (M.
Bachand) : ...12 secondes, hein,
alors donc en terminant.
M. Fontecilla : C'est parfait. Donc,
c'est avec beaucoup de bonheur que je suis ici, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Merci de votre
compréhension. Mme la députée de Vaudreuil, la parole est à vous.
Mme Nichols : Oui, merci, M. le
Président. Je vais faire ça très court. D'abord, bien, je remercie... je
remercie le ministre, là, de son accueil et les différents collègues des
différents partis. Bien sûr, le projet de loi n° 14, c'est une pièce législative assez importante.
Quand on prend connaissance, là, des 137 articles, je vous dirais qu'on va
avoir besoin, évidemment, de spécifications, on va avoir besoin... Moi, ça me
semble plus comme un mini-omnibus. On parle de nomination, de formation,
de déontologie, d'employés civils, de milieu carcéral, donc on touche un peu à tout. J'apprécie les différents groupes,
particulièrement, là, les syndicats, qui vont sûrement pouvoir aussi nous
apporter beaucoup d'éclairage sur ces différents articles. Et, bien sûr,
j'assure toute ma collaboration à M. le ministre.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Donc, nous
allons débuter nos auditions avec le premier groupe, la Fraternité des
policiers et policières de Montréal. Donc, on reconnaît M. Francoeur, président.
Donc, on vous souhaite la bienvenue. Donc, vous avez 10 minutes de
présentation, et, après ça, on aura un échange, mais, d'abord, je vous
inviterais à présenter les gens qui vous accompagnent. M. Francoeur.
Francoeur (Yves) : D'accord, merci, M. le Président. J'aurai à parler
vite. À ma gauche, Me Mario Coderre, de Roy Bélanger Avocats, qui fait
la déontologie policière des policiers, policières de Montréal depuis 1994; à
ma droite, Me Jean-François Raymond, avocat en relations de travail aussi pour
la fraternité, de Roy Bélanger Avocats; et,
à mon extrême droite, Éric Vermette, vice-président exécutif à la Fraternité
des policiers et policières de Montréal.
Donc, je vais débuter immédiatement pour ne pas
empiéter sur mon temps. M. le ministre, M. le Président, Mme la vice-présidente
et Mme, MM. les députés, membres de la Commission des institutions, merci de
nous avoir convoqués à cet exercice démocratique crucial afin de bonifier les
projets de loi et d'éviter que des erreurs aux conséquences majeures ne
viennent miner la mise en oeuvre d'objectifs gouvernementaux légitimes. Avec le
projet de loi n° 14, l'État veut se
donner un cadre mieux adapté en matière policière, un cadre s'inscrivant dans
la modernité et qui permette une meilleure uniformité et une plus grande
flexibilité.
Cependant, nous vous soumettons qu'en matière de
déontologie le projet de loi n° 14 s'égare complètement quant aux moyens
d'y parvenir. En effet, les sanctions déontologiques par tous les
professionnels couverts par l'un des 46 codes de déontologie au Québec
sont de l'ordre de la réprimande, de l'amende, de la radiation temporaire ou
permanente, de la révocation de permis et, enfin, de la limitation ou de la
révocation du droit d'exercer. Or, le projet de loi n° 14 introduit un
type de sanction déontologique qui n'existerait pour personne d'autre que pour
les policiers, c'est-à-dire la soumission du policier à un examen médical, la
participation à un programme d'aide, de soutien ou une thérapie, la
participation à un programme d'engagement communautaire ou à un stage
d'immersion sociale et citoyenne. Nous estimons donc que ces sanctions nouveau
genre dépassent totalement les bornes.
En effet, les policiers et policières
appartiennent déjà à la catégorie de travailleurs la plus surveillée par les
institutions publiques et par le public en général. En tant qu'hommes, femmes,
travailleurs et travailleuses, nous avons une mission unique qui se décline en
une variété d'interventions, des interventions d'une complexité, d'une
intensité et parfois d'une tristesse et d'une violence verbale ou physique à
laquelle le commun des mortels fait très rarement face. Assurer efficacement la
sécurité du public dans le respect des droits de tous et toutes est notre
mission. Et, si notre travail comporte son lot d'espoirs et de petites victoires,
en bout de ligne, nous demeurons toujours ceux et celles qui sont toujours là
quand il n'y a plus personne et que toutes les autres institutions, y compris
les institutions judiciaires, carcérales, médicales et sociales, n'ont pas
réussi à éviter qu'une personne ne devienne un danger pour elle-même ou les
autres.
Ce rôle comporte son lot de risques et de
décisions devant être prises très rapidement et pour lesquelles des erreurs,
somme toute, relativement rares sont néanmoins inévitables. D'ailleurs, la Cour
suprême du Canada, dans la Reine contre Nasogaluak, dans un jugement unanime
rendu en 2010, dit : «Les actes des policiers ne devraient pas être jugés au regard de la perfection. Il ne faut
pas oublier que ceux-ci accomplissent un travail exigeant et dangereux
et qu'ils doivent souvent réagir rapidement à des situations
d'urgence. Leurs actes doivent être appréciés selon ce que commande ce contexte
difficile», surtout lorsque l'on sait que, seulement à Montréal, nos policiers,
policières font 1 million d'interventions par année et que des décisions
prises en une fraction de seconde prendront ensuite des mois et des années à être analysées. Il importe donc de
traiter équitablement les hommes et les femmes qui assument ce rôle qui
les garde sur la corde raide pour que les autres puissent dormir tranquilles en
tout temps.
Malheureusement, ce n'est pas ce que fait le
projet de loi n° 14 en matière de déontologie policière. Au contraire, il
malmène sévèrement les droits des travailleurs et des travailleuses exerçant ce
rôle vital. Ce n'est certainement pas voulu, mais c'est l'effet de plusieurs
dispositions, des dispositions qui bouleverseraient l'équilibre du système
déontologique, avec des mesures permettant de traiter injustement les policiers
et policières et, à certains égards, de les
traiter comme des délinquants, car il est absolument inusité d'imposer des
sanctions comme un examen médical, un
programme d'aide, de soutien, de thérapie, d'engagement communautaire ou encore
un stage d'immersion sociale.
Rien de tout
cela n'est de l'ordre ou de la nature d'une sanction déontologique. On a plutôt
droit à un surprenant mélange des
genres avec des paramètres uniques et particuliers, rendant les policiers
passibles de sanctions sans équivalent pour les membres des
46 corporations professionnelles appliquant un code de déontologie. Seuls
les policiers et policières pourraient être condamnés à des sanctions mettant
en cause la confidentialité dans leur dossier médical ou s'apparentant aux
travaux communautaires souvent imposés en droit criminel. Des types de
sanctions applicables, et j'insiste, à aucune autre catégorie de professionnels
et de travailleurs.
De plus, le
projet de loi limiterait fortement les possibilités d'appel des décisions
finales du tribunal. Actuellement, toute décision finale du comité de
déontologie peut faire l'objet d'un appel devant un juge de la Cour du Québec. Mais, dorénavant, on permettrait d'en appeler des
décisions finales seulement sur permission, ce qui est très restrictif quand
on sait que, dans les deux dernières années, près d'une décision sur deux du
comité de déontologie policière qui a été portée en appel a été renversée par
la Cour du Québec.
Maintenir un appel de plein droit est donc une
nécessité claire, surtout que le projet de loi comporte d'autres mesures particulières. En effet, il prévoit que,
dans les cas allégués de conduite discriminatoire, le plaignant puisse, sans justification, refuser la conciliation et surtout
qu'après ce refus le commissaire doive tenir une enquête sans possibilité
d'écarter une plainte frivole, vexatoire ou
portée de mauvaise foi. Par conséquent, lorsqu'une conduite discriminatoire
serait alléguée, des policiers et des policières devraient subir des enquêtes
déontologiques, même si, à sa face même, la plainte était frivole, vexatoire ou
portée de mauvaise foi. Il est manifestement contraire à la bonne gestion de la
justice d'obliger un organisme à
systématiquement enquêter sur des plaintes qui sont, à leur face même, sans
fondement.
Actuellement,
le pourcentage des plaintes jugées recevables par le Commissaire à la
déontologie, la commissaire, en l'occurrence, à la suite de l'analyse
préliminaire est de 35 %. Des ressources seraient donc investies dans
des enquêtes reposant sur des allégations
frivoles, vexatoires ou de mauvaise foi. Il apparaît pourtant essentiel à la
crédibilité du système que les policiers et policières ne subissent que
des enquêtes basées sur des éléments factuels solides.
Une autre proposition périlleuse est d'éliminer
le plafond de 60 jours pour les suspensions... pardon, qui représente déjà environ 28 000 $
d'amendes pour un policier, une policière. En d'autres mots, on propose de
permettre des sanctions monétaires illimitées, ce qui alimenterait un
sentiment d'injustice; ce n'est pas nécessaire.
De plus, il faut souligner à grands traits que
les changements proposés auraient un impact difficile à prévoir sur diverses
causes criminelles en raison de l'arrêt McNeil, qui exige que les sanctions
reçues par un policier qui témoigne, dans un procès criminel, soient divulguées
à un accusé. En découle que les nouvelles sanctions proposées ouvriraient aussi
la porte à une multitude de contestations de la part des policiers qui, avec
raison, devraient se battre pour préserver la nature confidentielle de leur
dossier médical. De leur côté, les avocats de la défense prétendraient que l'examen médical constitue une sanction
imposée par un tribunal et qu'il s'agit donc là d'une information pertinente
à la défense de leurs clients. Vous voyez le
genre de problème paralysant auquel on s'exposerait, alors que les tribunaux
débordent déjà de façon spectaculaire.
Vous aurez donc compris qu'en matière
déontologique ce projet de loi ouvre plusieurs paniers de crabes, sans compter qu'on ne sait même pas vraiment
comment, ni même par qui certaines sanctions seraient suivies, appliquées ou
financées. En somme, l'État québécois ne veut certainement pas créer un régime
particulier, dysfonctionnel et injuste qui, de surcroît, encouragerait le
désengagement policier. Au contraire, nous voulons tous et toutes une police
professionnelle moderne, motivée, efficace, proactive, dans l'intérêt de tous
les citoyens. Malheureusement, une
partie du projet de loi va dans le sens
inverse en lançant un message nuisible au recrutement et à la rétention et en
alimentant, je le réitère, le désengagement policier, de mieux en mieux
documenté.
Nous ne pensons pas qu'il soit dans l'intérêt de
la sécurité du public de traiter les policiers de la sorte. Par conséquent,
considérant que ces propositions font fausse route, il nous apparaît limpide
qu'elles doivent être retirées du projet de loi afin d'éviter d'impacter
l'équilibre et la crédibilité du système. Les problèmes en sécurité publique
présentement sont relativement nombreux, notamment les problèmes de santé, qui
deviennent des problèmes de sécurité, ou
encore la prolifération et l'usage illégal des armes à feu. Nous vous
soumettons donc que, dans ce contexte, donner aux policiers l'impression
que l'on priorise l'élargissement des sanctions à leur égard représente une
posture essentielle à éviter. Les policiers et les policières du Québec n'ont
pas à subir des règles déontologiques injustes, inusitées et comportant des problèmes pratiques qui ont visiblement échappé
aux rédacteurs. J'ai presque fini, M. le Président.
Nous sommes très fiers du travail effectué et du
professionnalisme des policiers et policières de Montréal dans un contexte particulièrement complexe,
accentué par un manque d'effectifs et une flambée inquiétante de la violence et
de la violence armée. Nous espérons donc que vous saurez éviter ce qui nous
apparaît être un beau gâchis. Sur ce, merci de nous avoir entendus, et
nous sommes prêts à répondre à vos questions.
17 859
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup, M. Francoeur. Donc, M. le ministre, pour une période d'échange
avec les témoins pour 16 min 30 s
Bonnardel : Merci,
M. le Président. M. Francoeur, salutations. Très heureux de vous revoir
avec vos collègues et ceux qui vous accompagnent, les différents corps de
police au Québec. J'ai le goût, M. Francoeur, juste de sortir un peu du cadre du projet de loi puis de
vous poser une question sur Montréal comme telle, sur vos... vos hommes
et vos femmes qui sont dans ces... qui sont en poste ce matin, qui seront en
poste demain, après-demain. Nos corps de
police, nos policiers vivent des moments difficiles depuis le départ de la
sergente Breau. On le vit au Canada. On a eu deux policiers qui sont
disparus à Edmonton, on en a quatre qui sont disparus en Ontario. On sait que
certains corps de police... pas certains corps, mais que l'association ou les
policiers souhaiteraient que l'information circule un petit peu mieux entre...
entre la Commission d'examen des troubles mentaux, entre le ministère de la
Sécurité publique et les corps de police.
Et, la
semaine passée, j'étais... j'étais à l'École
nationale de police pour la cohorte
de 72 policiers, là, qui vont... qui
vont être à Montréal dans les prochains mois. On a aussi annoncé une
augmentation des cohortes de 650 à 1 000 policiers pour...
pour l'ensemble du Québec, mais qui vont répondre précisément... d'habitude,
Montréal va chercher un 30 %. Augmenter
aussi le nombre d'attestations d'études collégiales, on passe de 90 à 230,
Montréal va en profiter, je pense, c'est 105, par coeur, sur ces... sur ces
230. Avant de rentrer dans le... dans le projet de loi comme tel, dites-moi,
à Montréal présentement, comment ça va, comment ça va avec vos hommes puis vos
femmes.
M. Francoeur (Yves) : Écoutez,
honnêtement, c'est difficile. J'avais un... j'avais un relevé hier. Depuis que
vous avez annoncé la subvention, là, sur cinq ans pour augmenter les effectifs,
on a presque plus encore, là, de départs à la retraite et de démissions. Et je
vais être clair, une démission, ça exclut quelqu'un qui est éligible à la
retraite. On a eu un record de 78 démissions l'année passée. On a... On en
a eu, je crois, pas loin d'une vingtaine dans les deux premiers mois de
l'année. Donc, on prend... on n'arrive pas à prendre le dessus malgré les
nouvelles embauches. Et, même si ce n'est pas... Je ne suis pas analyste en
affaires policières, mais vous comprendrez que, dans mon rôle, je suis plutôt bien renseigné, et malheureusement on
anticipe un printemps et un été chauds à Montréal, et les policiers puis les policières, que je
représente ces trois dernières années, vivent le temps supplémentaire obligatoire.
Nous avons 34 % de policières à Montréal, dans nos rangs, et nous avons
présentement les mêmes horaires de travail que nous avions en 1978. Puis
je ne veux pas négocier des conditions de travail, mais je veux juste vous
expliquer la réalité. Nous avons, depuis
trois ans, des horaires de travail qui donnent une fin de semaine de congé de
plus à nos gens, et on n'est pas
capable d'en profiter parce que nos gens font systématiquement cette fin de
semaine là en temps supplémentaire
obligatoire.
Nos gens se font payer entre quatre et
12 congés annuels flottants qu'ils se sont vu refuser pendant l'année, faute de personnel pour les remplacer. Nos
policiers, policières, nous autres, nos consultations, c'est reconnu, pas pour
se vanter, mais on a le meilleur programme
d'aide au personnel policier dans le milieu policier non seulement au Québec,
mais au Canada. Je suis aussi vice-président de l'Association canadienne des
policiers, et les consultations à notre programme
d'aide, avec cinq psychologues à temps plein, ont augmenté de 56 % entre
2017 et 2021. J'aimerais bien ça vous dresser un portrait plus positif,
mais disons qu'on a hâte que l'effet se fasse sentir, justement, des nouvelles
embauches du programme gouvernemental qui a été annoncé.
M. Bonnardel : Bien, en tout cas, M.
Francoeur, je reste, en tout cas, convaincu, convaincu, j'en parlais avec votre directeur M. Dagher vendredi dernier,
qu'avec ses 72 policiers additionnels, qu'avec l'augmentation des cohortes
de 650 à 1 000, l'augmentation des AEC, je suis convaincu qu'on va être
capable de répondre aux besoins de Montréal et
de continuer de vous donner, M Francoeur, à vous, à votre directeur
M. Dagher, tous les outils possibles, tous les outils possibles.
Vous le savez, le canal de communication va toujours rester ouvert pour être
capable de contrer la violence armée et de
s'assurer que vos policières, vos policiers aient tous les outils pour
combattre, combattre ce fléau qui, malheureusement,
avec l'arrivée du printemps, risque de s'accentuer. On ne le souhaite pas, mais
on va suivre ça de très près avec vous.
J'ai une première question assez... assez
simple. Vous avez parlé beaucoup de déonto, déontologie, pour moi, de ce que j'ai entendu, d'augmenter le rôle de
prévention de la déonto, de mieux faire connaître la déonto, tant du côté
des personnes qui peuvent se plaindre que du côté des policiers. Voyez-vous ça
comme une bonne chose à la base, avant d'aller sur la portion un petit peu plus
réparation, et autre là, que vous exposez depuis... depuis quelques minutes,
M. Francoeur (Yves) : Oui,
honnêtement, on est ouvert et on comprend que dans une société de droit, dans
une société démocratique, les policiers, policières doivent être imputables. On
est tout à fait d'accord avec ça. Et je tiens à souligner qu'il y a une
nouvelle commissaire à la déontologie policière, je ne veux pas dire n'importe
quoi, mais je pense qu'elle est en poste
depuis un an, un an et demi, Me Mélanie Hillinger. Et justement le canal de communication n'a jamais été aussi bon auparavant
qu'il l'est présentement avec la nouvelle commissaire à la déontologie.
Donc, oui, on est ouverts à améliorer le
processus, naturellement, dans le respect des droits des policiers, policières
que nous représentons.
M. Bonnardel : L'ajout, dans la
décision de mieux accompagner les plaignants dans... pas la conciliation, mais
dans la plainte, là, qui est faite de la part... de la part du plaignant
vis-à-vis le policier comme tel, pour vous, est-ce que c'est une chose qui est
correcte, de mieux accompagner ces plaignants qui, plus souvent qu'autrement,
je vous le dis comme je le pense, qui se sentaient un
peu... un peu seuls face à cette plainte qu'eux-mêmes ont faite face à un
policier? Ce bout-là, est-ce que vous le voyez... vous le voyez équitable, je
vais le dire ainsi?
M. Francoeur (Yves) : Il y a un
terme qui est utilisé en droit, qui appelle... qui s'appelle un mur de Chine.
Et, dans le projet de loi, vous voulez constituer la déontologie policière à un
tribunal. Donc, il apparaît, en tout respect, évident qu'un tribunal se doit
d'être indépendant et impartial. Donc, si vous allez de l'avant dans une mesure
comme celle-là, il serait important que le service, le groupe, les personnes
qui seraient chargés d'accompagner les victimes, soient retirés, soient
indépendants du ...
M. Bonnardel : Je vais mieux
reformuler ma question. Au niveau de l'enquête, quand on parle de
l'accompagnement avec... la plaignante comme telle, au niveau de l'enquête,
vous trouvez ça équitable qu'on puisse aider ces plaignants qui se sentaient un
peu seuls, comme je l'ai dit tantôt, là?
M. Francoeur (Yves) : Qu'on puisse
les aider, oui, je le répète, mais que ce soit directement relié au tribunal ou
au processus, alors que le tribunal se doit d'être indépendant et impartial,
moi, je pense que ça pose un problème minimalement dans les perceptions. On ne
sait pas ce que ça donnerait dans l'usage, mais, minimalement, dans les
perceptions, ça pose un problème au niveau de l'indépendance du tribunal et de
l'équité du processus. Parce que, comme je dis toujours, pour avoir des
policiers efficaces, proactifs, engagés, non seulement les citoyens doivent
avoir confiance dans le processus déontologique, les policiers aussi doivent
avoir confiance. Je le répète, j'ai cité la Cour suprême, là, et beaucoup de
sympathie pour feu la sergente Breau, là.
Mais j'étais dans une enquête publique du
coroner de trois policiers de Montréal l'automne passé, et on a une policière
qui a vécu la même situation que la sergente Breau, elle était sûre qu'elle
perdait la vie. C'est une jeune... c'est une
jeune policière, sa carrière est brisée complètement, et, j'allais dire,
heureusement pour elle, malheureusement pour l'individu, même si on ne
peut pas dire ça, parce que l'individu et décédé, mais l'individu est passé à
côté d'elle, à six pouces de son nez, avec un couteau dans les mains et a foncé
sur ses deux confrères plutôt que s'arrêter à elle.
Donc, c'est des... c'est des situations qui sont vécues, malheureusement,
beaucoup trop souvent en milieu policier. Et moi, je le dis toujours,
j'ai des... j'ai des enfants, j'ai des jeunes adultes, et je serais le premier
qui voudrait vivre dans une société qui n'a pas besoin de policiers.
Malheureusement, l'humain étant ce qu'il est, je pense que ça n'arrivera
jamais.
Ça fait que c'est nos policiers, policières, je
le répète, font un travail extraordinaire, professionnel. Quand on se compare
avec le reste du Canada, quand on se compare en Amérique du Nord, les
formations sont les meilleures. L'École nationale de police du Québec jouit
d'une réputation... d'une réputation internationale, donc, je le répète, et le
désengagement policier nous guette. Je disais tantôt, un policier qui... un
policier, une policière qui a 60 jours de suspension, c'est 60 jours
travaillés, première des choses, ça représente environ 28 000 $. Nos
patrouilleurs à Montréal, patrouilleurs, patrouilleuses, je ne sais pas si ça
se dit, ou patrouilleures, mais ont, en général, moins de 15 ans d'ancienneté. Vous donnez une amende
de 28 000 $ à quelqu'un qui a moins de 15 ans d'ancienneté et
qui a encore 15 ans à faire,
qu'est-ce que vous pensez que ça va faire, ça? Ça, ça va faire que ce gars-là,
cette fille-là, les 12, 15 années qui s'en viennent à travailler,
va être comme un détenu, c'est-à-dire va faire son temps, encaisser son chèque
de paie puis va se dire : Bien, moi,
c'est bien de valeur, je ne m'expose pas, je ne veux pas revivre ça. Puis ça va
avoir un impact sur ses confrères, consoeurs aussi.
M. Bonnardel : Je veux vous amener
sur les mesures de réparation, vous l'avez exposé un peu... un peu tantôt. Vous avez vu... Vous en avez parlé, là, que
ce soit l'évaluation médicale, un plan d'encadrement, un suivi administratif,
vous le savez que c'était une recommandation du CCRP, la
recommandation 109. Exposez-moi un petit peu plus votre... votre vision
ou, si vous aviez à... à modifier ou à amender, qu'est-ce que, pour vous,
serait une situation acceptable ou non? Parce que cette recommandation, vous le
savez, était dans l'ancien... dans l'ancien projet de loi. Vous dites : On
donne... on devrait... Sinon, statu quo, peut-être, si je vous écoute, là,
c'était peut-être ça qui... qui est votre avenue, là, mais peaufinez un peu
plus votre réponse et une suite qui serait acceptable.
M. Francoeur (Yves) : C'est parce
que je pense que ce qui n'a pas été mesuré, c'est les impacts juridiques. Comme
j'ai dit, avec l'arrêt McNeil, les avocats de la défense ou la couronne... les
policiers doivent déclarer s'ils ont été reconnus coupables d'une infraction.
Et donc, quand on parle d'examen médical, ça va être encadré comment? C'est à
dire est-ce qu'on a un policier, une policière qui prend des médicaments pour
un trouble anxieux, admettons, qui est la
maladie du siècle, là, présentement chez... chez les adolescents puis les
jeunes adultes, est-ce que, si la personne, le policier, la policière
prend un médicament, pour un trouble anxieux, va être obligée de le dévoiler à
l'avocat de la défense qui va s'en servir dans son argumentaire pour faire
acquitter son client ou pour faire avancer sa cause? Il y a des impacts comme
ça qui n'ont pas été mesurés. Je ne sais pas si tu veux compléter là-dessus.
M. Raymond (Jean-François) : Oui,
bien... oui, en fait, si vous me permettez, effectivement, c'est des
problématiques dues au fait où elles sont placées aussi ces sanctions-là, parce
que, quand on voit, puis vous le verrez dans le mémoire, c'est de nature
administrative. Et là toute la question des suivis, comme M. Francoeur le
dit, ce n'est pas adapté à un tribunal. Un tribunal, ça
part comment, le
tribunal en déontologie policière? Ça part avec une plainte. Alors, vous avez
une plainte pour un événement. Alors, vous voulez sanctionner le comportement
du policier pour qu'il modifie son comportement. Mais alors, comment on
intègre, dans un tribunal qui a ce rôle-là, de faire une évaluation
médicale? Parce que, vous le verrez, dans les ordres professionnels, ce ne sont
pas ceux qui font la déontologie qui font ce type de mesures, mais ce sont les
ordres. Et, ici, ça fait complètement double emploi. Honnêtement, il n'y a
aucun besoin de ça, avec respect pour les recommandations qu'il y avait eu,
parce que, dans les faits, toutes ces mesures-là sont du ressort de
l'employeur.
Un service de police peut faire expertiser un
policier s'il considère que son état mental est perturbé puis il ne peut pas
faire son travail. Mais ça, ça n'a rien à voir avec la plainte d'un citoyen
pour un comportement, parce que, là, on est
en train de se dire qu'il est inapte au travail. C'est une illustration. Alors,
les employeurs ont ces moyens-là. Et il y a un fort corpus
jurisprudentiel, en matière de relations de travail, qui vient établir des
balises pour les plans d'encadrement. L'arrêt Costco, vous avez ça en matière
de santé mentale. Alors, c'est déjà extrêmement balisé.
Aujourd'hui, ce ne l'est pas, balisé, c'est huit
lignes dans le projet de loi, et on ne sait même pas qui va faire le suivi, par
exemple, d'un plan d'encadrement. Est-ce que c'est le tribunal? Est-ce qu'on va
retourner devant le tribunal, dire : Je l'ai réussi, je ne l'ai pas
réussi? Est-ce qu'on va faire des auditions sur sanction pendant trois ans en
s'obstinant à savoir si on a réussi notre plan alors que l'employeur a ce pouvoir-là?
Je trouve que c'est un bourbier juridique.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Il reste moins de deux
minutes.
M. Bonnardel : Deux minutes.
M. Francoeur, j'ai le goût de vous entendre un peu sur le profilage,
interpellation, interception versus formation continue. Est-ce que vous voyez
ça d'un... Je sais qu'à Montréal vous en faites déjà beaucoup. Juste m'exposer
un petit peu, là, si, pour vous, là, notre volonté d'établir des lignes
directrices concernant... concernant les
interpellations. Vous le savez, on est allés en appel, je ne reviendrai pas sur
ce fait comme tel, mais exposez-moi un peu votre portrait sur notre
volonté d'établir des lignes directrices versus la formation continue que les
policiers devraient ou souhaiteraient faire... ou qu'on souhaite établir dans
ce projet de loi là.
M. Francoeur (Yves) : OK. Oui,
effectivement, au Service de police de Montréal, je crois qu'il y a environ quatre ans tous les policiers et policières ont
été rencontrés, formés pour... sur les interpellations policières, justement,
qu'elles doivent être fondées, qu'elles doivent être basées sur des infractions
et non pas ce qu'on appelle des motifs obliques,
un policier ou une policière voudrait intercepter un véhicule pour aller faire
du renseignement. Mais la ligne est
très mince, comme je le dis toujours, entre la... pas le renseignement, mais
l'aspect, justement, renseignement criminel et encadrer une pratique comme celle-là, beaucoup trop l'encadrer, c'est
particulièrement dans le contexte de violence actuelle, où ce sont, en
majorité, des gangs de rue. Et puis là c'est des gangs de rue, mais, dans le
passé, on a vécu les Hell's lorsque
le jeune Desrochers était décédé, lors de l'explosion d'une bombe dans
Hochelaga-Maisonneuve, je ne veux pas me tromper là, mais dans les
années 1992, mais, présentement, ce sont les gangs de rue.
Et, oui, il est important, puis, je veux dire,
même pas pour les policiers, pour les citoyens qui sont assis dans leur salon et qui n'écrivent pas au ministre, qui
n'écrivent pas à l'opposition, qui n'écrivent pas à la mairesse, mais eux,
là, qui représentent 90 % de la population, veulent vivre dans une société
sécuritaire, veulent pouvoir circuler partout à
Montréal, peu importe l'heure, en sécurité, en sécurité. Donc, ces gens-là
s'attendent à quoi? Des policiers proactifs, s'attendent à ce les
policiers, policières, lorsqu'ils... lorsqu'ils patrouillent, et qu'il fait
noir, puis qu'ils voient un individu dans un stationnement, avec un sac à dos,
qui circule entre les véhicules ou entre des camions dans les parcs industriels, M., Mme Tout-le-monde, il s'attend à
ce que nos policiers aillent voir la personne, peu importe sa couleur de
peau, et lui dire : Tu fais quoi, toi
là, à 2 heures du matin, quand qu'il n'y a pas
personne là? Ça, c'est du renseignement policier.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Merci. Mme la députée de Westmount—Saint-Louis, pour 9 min 54 s.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Francoeur. Bonjour, messieurs. Merci beaucoup pour
votre mémoire puis votre témoignage ce matin. Moi, je souhaite vous
entendre : Est-ce que les policiers ont besoin d'avoir des outils
supplémentaires pour les aider à faire maintenir le respect des lois, l'ordre
sur le terrain? Est-ce que ce projet de loi
va rejoindre ce besoin? Sinon, si oui, quel serait le mi-chemin pour rejoindre
ce que le ministre souhaite faire en ce qui concerne une réforme de la
Loi sur la police, mais aussi de rejoindre vos besoins? Quel serait le
mi-chemin?
M. Francoeur (Yves) : Quel serait le
mi-chemin? Je trouve dommage, en termes de timing, la commission... parce que je suis membre du conseil
d'administration de l'École nationale de police, donc je n'ai pas le droit d'en
parler. Mais on nous a présenté jeudi, il y a deux ou trois semaines, la
troisième étape du... de l'étude qui a été faite sur le désengagement policier.
Je n'ai pas le droit de parler de la troisième étape, mais les deuxièmes... les
deux premières étapes sont publiques, donc je peux en parler. Et l'étude de
l'École nationale de police confirme le désengagement policier.
Les deux premières étapes, c'est que
l'échantillonnage était moins grand, mais, effectivement, nous, on le vit à
Montréal avec nos policiers, policières qui se font filmer, qui se font
enregistrer. Et, nous, ça fait au moins 10 ans qu'on réclame des caméras
corporelles pour que les interventions de nos policiers, policières soient
enregistrées à partir du début et non seulement les quelques secondes où il y a
usage de la force, mais où M., Mme Tout-le-monde n'est pas en mesure de voir
tout ce qui est arrivé avant que nos policiers ont tenté de verbaliser, ont
tenté de faire comprendre, mais, malheureusement, dans le
continuum de forces, sont obligés d'en arriver justement à ce qui est moins
joli. L'usage de la force, ce n'est jamais joli. Donc, ça fait des années que
l'on en veut, ça, ça, c'est un outil.
Et ce qui est
important, je pense, pour vous, puis je ne veux pas vous faire la leçon, là,
c'est votre travail, là, à
titre d'élus, là, de trouver le juste équilibre. Et
le juste équilibre, moi, je vais vous donner un exemple concret d'un policier
qui me disait... L'été passé, alors qu'on avait des fusillades sans arrêt, le
SPVM avait créé une force corporative sur les fusillades, qui comprenait 24,
25 duos, là, 50 polices, à peu près, les jeudis, vendredis, samedis,
dimanches soir. Et on avait des policiers, policières qui nous disaient... À
Montréal-Nord, il y a un quartier qui s'appelle le Bronx, malheureusement, et
nos policiers, policières nous disaient : On est là, on est dans le
véhicule, on se fait narguer par des gangs de rue qui font crisser les pneus.
On aurait des motifs, là, d'intervenir, mais là on se dit : On va se faire
filmer, on va se ramasser en déontologie policière. Tu sais-tu quoi? En fin de
compte, là, regarde l'heure, il me reste quatre heures à faire, puis on est
payés à temps double, là. Ça fait que je ne dirai pas le temps que j'aurais
dit, mais au diable l'intervention, puis, s'il y a un appel après, on reviendra
intervenir, puis ça, ce n'est pas bien servir le citoyen, la citoyenne.
C'est pour ça que je
vous dis que votre devoir est important, de trouver le juste équilibre,
malheureusement, dans une société qui s'en
vient de plus en plus violente. Comme j'ai dit tantôt, pour être vice-président
de l'Association canadienne des policiers, je côtoie régulièrement mes
confrères de Toronto, d'Ottawa, de la police provinciale de l'Ontario, et ça fait 10 ans que c'est
commencé en Ontario. Moi, j'aimerais ça vous dire que toutes les mesures
annoncées vont faire que, dans cinq
ans, les fusillades, ça va être en arrière de nous autres, ça va être un
mauvais souvenir, mais... et je souhaite me tromper, je souhaite me
tromper, mais ça n'arrivera pas.
Maccarone : Bien, je pense qu'on a une responsabilité commune de
travailler pour ceci. J'ai déposé un mandat
d'initiative hier qui a dressé un portrait assez épeurant. On sait que, depuis
2005, on a vu une augmentation de violence,
à travers la province, de 21 %. C'est énorme. Puis, quand on parle de
l'état mental perturbé, juste pour Montréal, on a vu une croissance depuis... de 47 %. Malheureusement, le projet de loi ne dresse pas ceci. Comment voyez-vous, peut-être,
des amendements dont on peut protéger les policiers qui n'ont aucune idée
qu'est-ce qui se passe, souvent, quand ils sont interpelés, aller sur un appel?
On appelle ça les portes tournantes. Est-ce que nous devons modifier ce projet
de loi pour protéger les policiers en ce qui concerne cette réalité? Sinon,
voyez-vous un autre moyen pour s'attaquer à cette réalité où les policiers sont
non formés? On a parlé d'un manque d'effectifs. Il y a 78 départs, juste l'année
passée, 72, oui, nouveaux arrivés, mais c'est comme une épée dans l'eau, ça ne
va pas régler le problème, surtout quand
vous parlez aussi de désengagement policier. Alors, comment voyez-vous cette
difficulté dont nous faisons face comme société non seulement pour vous,
mais aussi pour protéger la société?
M. Francoeur
(Yves) : Première chose, ça prend un renfort du système de santé, des
travailleurs sociaux, des infirmiers et infirmières sur la rue.
Malheureusement, il y a des gens qui ne sont pas en mesure de prendre soin
d'eux-mêmes, de répondre à leurs besoins primaires. Donc, on a besoin de ça.
Nous, le problème, c'est qu'on est toujours là en urgence, là. Tu sais, à
Montréal, c'est 1 million d'interventions, là, presque 500 000 appels
par année au 9-1-1, et presque 500 000 interventions initiées par les
policiers. Et les interventions qui touchent la santé mentale sont beaucoup plus longues. Bien, nous autres,
c'est beaucoup plus long, là, mais on est pogné avec quelqu'un qui a un
problème de santé mentale sur la rue, là, puis il rentre une personne blessée
ou une personne en train de se faire agresser
sur la radio, nos policiers sont toujours sous pression, là. Oui, je voudrais
m'en occuper, mais je voudrais m'en occuper aussi, là.
Moi, je peux vous
dire une chose, là, essayer de placer même une femme victime de violence
conjugale, qui a des tendances suicidaires, et qu'il faut la surveiller, je
vous mets au défi, moi, de trouver un centre pour la placer, la madame, là, tu sais, qui a besoin d'aide. Mais
c'est un grand ensemble puis je ne veux pas faire de politique, ce n'est pas
mon rôle, mais les libéraux, pendant leur
passage, ont coupé... Les policiers, on a besoin de travailler avec les
organismes communautaires qui s'occupent des jeunes, qui les sortent de
la rue. On a besoin de travailler, justement, coopérer avec les centres qui viennent en aide aux femmes violentées. Il faut
axer là-dessus le financement. Puis, je sais, depuis que le gouvernement
est au pouvoir, ils ont investi beaucoup auprès de ces organismes-là, mais ces
organismes-là, le financement n'est jamais
récurrent. Ils ne savent pas, là, à la fin de l'année, là, s'ils vont fermer,
s'ils vont être obligés de mettre à pied trois, quatre, cinq, six
ressources.
Ça fait qu'il faut
axer, il faut mettre du monde sur la rue qui ne sont pas des policiers, qui
sont spécialisés en santé, en travail social. Puis, je le répète, il faut les
mettre sur la rue, pas dans des bureaux. Il y a des gens... L'itinérance, le
phénomène de l'itinérance, je n'aime pas ça me le faire rappeler par
l'administration municipale, mais 85 %
de mes policiers et policières demeurent en banlieue de Montréal, sur la
couronne nord, sur la couronne sud. Et là, auparavant, il y avait des
itinérants juste à Montréal, à Montréal, c'était tout au sud de Sherbrooke.
Maintenant, il y en a jusqu'à Jean-Talon,
pour ceux qui connaissent la ville, au sud. Donc, c'est des problèmes sociaux
qu'il faut... qu'il faut régler,
parce que ces individus-là, lorsqu'ils ne sont pas médicamentés et s'ils ont le
malheur de consommer aussi des
substances, que ce soient des drogues ou de l'alcool, souvent de l'alcool de
très piètre qualité, ça fait un très mauvais
mélange, ça fait un très mauvais cocktail et ça fait en sorte que ces gens-là
deviennent une bombe ambulante pour la population.
Président (M. Bachand) : Il vous reste une
minute, à peu près, pour question, réponse.
Mme Maccarone : Bon,
bien, très rapidement, est-ce que cette loi va baisser le crime violent à
Montréal? Est-ce qu'on va voir ça avec l'adoption de cette loi?
Francoeur (Yves) : Non, c'est certain. Puis je ne veux pas être
alarmiste, là, parce que nous, dans le fond, je veux dire, là, nous...
Vous êtes les législateurs, là, on va faire ce que vous allez nous dire de
faire. Puis, si nos policiers... Mais, je
vous le dis, je le répète, les sanctions déontologiques ne sont d'aucune
commune mesure. Ça ne fait pas de
sens pour des policiers, policières qui prennent une décision en une fraction
de seconde, contrairement aux autres corporations qui ont le temps de
planifier leurs opérations...
Mme Maccarone : Je pense qu'on
pourrait aussi faire le parallèle avec les ordres que vous avez... mention...
M. Francoeur (Yves) : Exactement.
Maccarone : ...exemple, un
médecin qui fait une erreur, bien, il aura... il ne sera pas assujetti aux mêmes
critères.
M. Francoeur (Yves) : Exactement.
Puis lui, il a le temps d'y penser. Il fait une intervention dangereuse, je le comprends, compliquée, mais il a le temps d'y
penser. Nous, là, ça arrive toujours, en bon québécois, «on the spot»,
tu ne sais jamais, tu es appelé à une intervention. Et les interventions
planifiées vont très bien. Tu sais, quand on a une intervention puis on sait
qu'on fait face à des vrais bandits, là, nos gars de SWAT sont là puis ils sont
rarement blessés. Mais c'est notre gars, notre fille, qui patrouille sur
l'asphalte puis qui fait face à une situation inconnue qui se retrouve toujours
dans le trouble.
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le
député de Laurier-Dorion, pour 3 min 18 s.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Francoeur. Je salue également vos collègues, là.
Vous apportez plusieurs, plusieurs critiques, là, en particulier par rapport au
processus en déontologie. Et évidemment cela découle de... d'une situation qui
existe, en tout cas, alléguée, là, c'est la situation de profilage racial. Moi,
j'aimerais entendre votre opinion sur... sur cette situation-là. Semble-t-il, à
ce qu'on entend de... il y a une situation de profilage racial qui existe au
Québec, particulièrement à Montréal, auprès de certaines communautés racisées,
là. Et, si c'est le cas, comment qu'on pourrait améliorer... en tout cas,
baisser cette... cette situation de profilage racial?
M. Francoeur
(Yves) : Écoutez, moi, comme j'ai... j'ai dit même en
entrevue, on fait 1 million d'interventions par année, là. Est-ce qu'on est parfait? Non, on n'est pas parfait, on
ne se la cachera pas, mais 1 million d'interventions, là, moi, à
Montréal, là, j'ai, en moyenne, 20 auditions en déontologie par année. Il
y a le... il y a le processus avant l'audition, qui sont ces conciliations,
mais des policiers, policières qui se retrouvent en audition devant le comité
qui deviendrait le tribunal, j'ai à peu près 20 dossiers par année. Ça
fait qu'on s'entend-tu qu'on est pas mal meilleur qu'on est moins bons?
situations... Nous, mais nous, à Montréal, c'est sûr qu'on est plus sensibles à
toutes les questions qui relèvent du
profilage. On est plus familiers avec les différentes communautés qui composent
la ville comparativement à d'autres endroits,
parce que Montréal est, pas besoin de vous le dire, très cosmopolite, donc...
Et il y a eu beaucoup d'améliorations qui ont été faites, je dirais,
dans les 10 ou 15 dernières années, justement, en matière de formation sur
le profilage racial, réalité vécue par les communautés. Mais, je le répète,
puis je n'aime pas ça me répéter, mais il ne faut pas mettre tout sur le dos
des policiers non plus, là. Les réalités autochtones à Montréal, on a de plus
en plus d'itinérance en matière autochtone aussi. Puis ce n'est pas nous qui
devrait se retrouver avec ce problème-là, ce n'est pas nous. Il devrait y avoir
des travailleurs sociaux, des infirmiers et des infirmières. C'est toujours
nous qui se retrouve avec ce problème-là, malheureusement.
M. Fontecilla : Concernant plus
précisément les interpellations, là, qui suscitent... bon, se retrouvent à la
source de plusieurs types de problématique, là, dont le profilage, là, est ce
que... Qu'est-ce que, selon vous, la situation actuelle... pour vous, là,
l'état actuel des choses vous permet de faire votre travail? Est-ce qu'il
faudrait encadrer davantage la pratique des interpellations, que ce soient des
interpellations routières ou sur des piétons? Quelle est votre pensée sur ce
sujet-là?
Le Président
(M. Bachand) : Très rapidement,
M. Francoeur, parce que le temps va... ça va très vite, là. Très
rapidement, s'il vous plaît, votre réponse.
M. Francoeur (Yves) : Excusez,
oui. Elle est déjà encadrée à Montréal. La façon de procéder, elle est encadrée
dans une procédure opérationnelle. Et je pense que c'est un peu ce que le
gouvernement, dans le projet de loi, veut
étendre à tout le Québec alors qu'il se donne deux mois pour établir une
politique provinciale sur les interpellations.
Le Président
(M. Bachand) : Parfait. Merci
beaucoup. Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Merci, M. le Président. Merci d'être parmi nous. Merci des explications. Ça
nous aide vraiment à mieux comprendre certains articles du projet de loi. Je
veux... Sur l'accès à la profession, vous avez une
partie dans votre mémoire,
là, que vous parlez de certaines préoccupations relativement à l'accès à la
profession parce que c'est traité dans le projet de loi. Vous avez parlé, entre
autres, que l'École nationale de police du Québec était reconnue de façon...
même à l'international, avait une excellente réputation. Pouvez-vous peut-être
nous faire part de votre position relativement à l'accessibilité, justement, à
rentrer dans la police sans nécessairement avoir passé par l'école... à l'École
nationale de police du Québec?
M. Francoeur (Yves) : Bien, ce
qui arrive présentement, puis là j'ai un blanc au niveau du projet de loi, là,
pour les entrées latérales, là, mais, présentement, les gens qui vont chercher
une attestation d'études collégiales, c'est-à-dire qui n'ont pas passé le
processus de formation usuelle pour les policiers, là, c'est-à-dire trois ans
au cégep et ensuite quatre mois à l'École nationale de police, ces gens-là ont
une formation accélérée parce qu'on présume que, compte tenu du profil que l'on
va chercher, et des formations, et de l'expérience de vie qu'ils ont déjà...
vient compenser, mais ils doivent aller quand même sur les bancs d'école et
aller à l'École nationale de police. Donc nous, on présume, même si, je crois,
ça devra être établi par voie réglementaire, nous, on présume qu'effectivement
quand on parle d'enquête et d'entrées latérales... Parce que, moi, ça fait un
petit bout de temps que je suis là, mais, depuis... depuis 20 ans,
l'objectif, en tout cas, du Service de police de la ville de Montréal, quand on
nous parlait d'entrées latérales, c'était d'aller chercher des spécialistes,
admettons, en crime informatique qui auraient coûté moins cher qu'une police.
Et c'était juste ça, les objectifs, sauf qu'aujourd'hui essayez de trouver un
spécialiste en informatique au salaire d'une police, je vous souhaite bonne
chance ou il ne sera pas bien bon, ça fait que... mais...
Puis les entrées latérales, oui, les enquêteurs
spécialisés, que ce soit en crime économique ou quoi que ce soit, mais il faut
aussi qu'ils connaissent la réalité terrain. Tu sais, faire un dossier de
violence conjugale quand tu n'as jamais... quand tu n'as jamais répondu à un
appel de violence conjugale, les enfants qui crient, la madame qui est blessée,
qui est hystérique, le conjoint qui est violent, là. C'est bien beau, faire des
dossiers sur papier, là, puis arriver à la cour puis monter un dossier de cour,
là, mais, quand tu n'as pas vécu, puis tu n'es pas sensible à ça... Puis
d'ailleurs c'est une approche qu'ont prise les tribunaux depuis plusieurs
années, effectivement, pour avoir une approche
plus humaine, là, avec les victimes. Donc, je pense qu'il ne faut pas oublier
ça. Et, si on y va d'entrées latérales, il faudrait prévoir une
formation minimale, à l'École nationale de police, en matière de patrouille,
gendarmerie, formation initiale, et ensuite, en milieu policier, un stage en
auto-patrouille aussi pour savoir c'est quoi, la réalité, là, pour être plus
sensible aux réalités.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Bien, merci beaucoup d'avoir été avec nous
ce matin. C'est très, très, très apprécié.
Cela dit, je vais suspendre les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 43)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Alors, il nous fait plaisir... d'accueillir,
pardon, les gens de la Sûreté du Québec, dont Mme Beausoleil, directrice
générale. Alors, Mme Beausoleil, bienvenue à la commission.
Alors, je vous invite peut-être à présenter les
gens qui vous accompagnent. Et, comme vous le savez, après, on a une période...
vous avez une période d'exposé de 10 minutes, et on aura une période
d'échange, après, avec les membres. Alors, Mme Beausoleil, bienvenue,
encore une fois, à la commission.
Beausoleil (Johanne) : Merci beaucoup. Alors, permettez-moi de vous
présenter, à ma droite, M. Ronald Boudreault, qui est le directeur général adjoint exécutif; maintenant, le directeur
général adjoint aux enquêtes criminelles, M. André Goulet, qui est
également à ma droite; et, à ma gauche, M. Jérôme Gagnon, qui est directeur
général adjoint aux affaires organisationnelles.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y, Mme Beausoleil.
Mme Beausoleil (Johanne) : Oui.
Alors, M. le Président, bonjour. Bonjour, M. le ministre, mesdames et
messieurs, Mmes et MM. les députés. Avant de débuter, permettez-moi de prendre
un moment pour réitérer, en mon nom
personnel et celui des membres de l'état-major, nos sincères condoléances à la
famille, aux proches et aux collègues de
la sergente Maureen Breau, décédée de manière tragique à Louiseville le
27 mars dernier, au cours d'une intervention. Pour tous les membres
policiers et civils de la Sûreté du Québec, le décès de Mme Breau est une
lourde épreuve que nous devons
traverser ensemble avec le soutien de la communauté policière et de l'ensemble
de la population. Nous déployons toutes les ressources nécessaires afin
de soutenir nos membres de la Sûreté du Québec qui en ressentent le besoin. Je
vous remercie, M. le Président.
Concernant
le projet de loi à l'étude, la Sûreté du Québec tient en premier lieu à
remercier la commission de l'avoir invitée à participer aux travaux
parlementaires sur le projet de loi n° 14. La Sûreté voit en ce projet de
loi une première étape d'une réforme majeure du système policier, faisant suite
à certaines recommandations du Comité consultatif sur la réalité policière.
Aussi, la Sûreté accueille ce projet de loi en offrant sa pleine collaboration
pour participer aux travaux en cours et à
venir. Elle souhaite également profiter de l'occasion qui lui est offerte pour
mettre en lumière les éléments positifs qu'il comporte, de même que
certains enjeux liés aux modifications législatives proposées, en plus de
suggérer quelques pistes de solution.
D'entrée de jeu, il
importe de rappeler le statut unique de la Sûreté du Québec à
titre de corps de
police nationale. La Sûreté est la seule
organisation policière à fournir des services de niveau 6. Ce niveau lui
confère des services qui lui sont exclusifs. En outre, elle assure un
rôle supplétif lorsqu'un corps de police municipale ou autochtone n'est pas en
mesure de fournir l'un des services au niveau duquel il est tenu. Au
31 décembre 2022, la Sûreté desservait 1 041 municipalités
réparties dans 87 MRC, soit un territoire comptant plus de
2,6 millions de citoyens. À cette même date, la Sûreté comptait
8 109 effectifs en place, soit 5 500 policiers,
332 officiers, 72 cadres civils, de même que 2 205 employés
civils.
Au niveau de la
modernisation de la mission policière, la Sûreté est favorable à la
modification législative proposée, car elle fait ressortir clairement la
volonté du législateur de mettre davantage en évidence les principes de
concertation et de partenariat en des termes qui prennent bien en compte la
mission première des corps de police et permettent
d'en conserver l'essence. La Sûreté considère également que l'amendement
proposé offrira aux organisations policières la latitude d'apporter les
ajustements requis à travers leurs propres modèles de desserte afin de mettre
en place les mécanismes de concertation et de partenariat qui lui conviennent
selon les particularités du milieu desservi.
La Sûreté accueille
positivement les modifications législatives proposées ayant trait à
l'indépendance des corps de police. Puisque
cela permettrait de consacrer l'indépendance des corps de police dans leurs
opérations, la Sûreté est en accord avec la proposition précisée
législativement que, dans la conduite des enquêtes et des interventions
policières, le corps de police agisse en toute indépendance et hors de toute
ingérence. La Sûreté accueille aussi favorablement le fait qu'il serait
désormais possible pour la direction générale de nommer les officiers autres
que les directeurs... autres que le directeur général et les directeurs
généraux adjoints. Cela lui conférerait l'autonomie requise dans la gestion des
processus de promotion, à l'instar des autres corps de police municipaux.
Relativement aux
propositions législatives traitant de la compétence territoriale des corps de
police municipaux et autochtones, la Sûreté souhaite porter à l'attention du
législateur l'importance de bien baliser les changements législatifs proposés
aux articles 69 et 93 de la
Loi sur la police pour s'assurer d'une
compréhension commune de la portée de ceux-ci. La Sûreté comprend donc que
l'objectif poursuivi pour ces modifications est essentiellement de s'assurer
que les corps de police municipaux ont compétence pour appliquer les lois du Québec
sur leur territoire. Dans les circonstances, il est suggéré de ne plus inclure
l'extension de la compétence à toute la province pour ne conserver que celle de
prévenir et réprimer les infractions aux lois.
D'emblée, la Sûreté
considère que les modifications législatives visant l'inclusion d'un parcours
parallèle d'accès à la profession policière pour certains types d'enquêtes
spécialisées auraient un impact positif pour les corps de police. Elle estime
que la mesure proposée permettrait de favoriser un apport de compétences
nécessaires pour faire face à une criminalité en constante évolution. À cet
égard, la Sûreté désire souligner le fait qu'elle devra prévoir des mécanismes
de placements distincts et qui limiteront les possibilités de mouvement interne
pour ses enquêteurs spécialisés s'ils n'ont pas complété la formation initiale
en patrouille, gendarmerie ou toute autre formation requise.
Cela dit, la Sûreté
est d'avis qu'un tel processus d'embauche pourrait être élargi à certaines
hautes fonctions spécialisées. Ceci lui permettrait d'acquérir une expertise
indispensable à sa mission et ainsi accroître son efficacité opérationnelle
tout en favorisant une pérennité qui viendrait faire contrepoids au roulement
de personnel. Une telle mesure, si elle était déployée, nécessiterait toutefois
des discussions avec la
partie syndicale afin de convenir des modalités qui
pourraient s'appliquer. Par ailleurs, la Sûreté est également d'avis qu'un
recours accru au programme d'attestation d'études collégiales, le AEC, en
techniques policières permettrait de recruter des policiers de différents
profils et ayant une formation et une expertise nécessaires à ses besoins.
Sûreté envisage positivement la proposition de déterminer le contenu minimal
d'un règlement de discipline dans la mesure où cette disposition
favoriserait l'équité, de même que l'uniformité du traitement de la discipline,
au sein de l'ensemble des corps de police.
L'élaboration du règlement sur la discipline et son application font l'objet
d'un exercice paritaire entre la Sûreté et la
partie syndicale, certains
éléments du processus disciplinaire étant intégrés au contrat de travail. La
Sûreté souhaite donc être consultée en amont de l'adoption d'un règlement du
gouvernement et offre sa pleine collaboration à cet égard.
Au niveau de la
formation des membres, la Sûreté a révisé les profils de compétence des
officiers des différents niveaux d'encadrement en s'appuyant sur le référentiel
de compétences des gestionnaires de la fonction publique, construit avec
l'École nationale d'administration publique, l'intention étant d'uniformiser
les profils de compétence de son personnel d'encadrement civil et policier
appelé à travailler en étroite collaboration au sein de la même organisation.
De plus, il est à noter que la Sûreté désire conserver son autonomie dans le
choix des parcours académiques et des expériences professionnelles admissibles
à la qualification en gestion.
À
titre de police
nationale, la Sûreté doit pouvoir se doter de tous les profils de gestion
requis par la diversité de ses obligations
de service et la complexité de sa mission. Pour les gestionnaires d'expérience,
des clauses grand-père pourraient être accordées en reconnaissance des
acquis expérientiels. Aussi, il serait souhaitable qu'une application
progressive puisse être autorisée pour les gestionnaires qui devront se
conformer aux nouvelles obligations.
En ce qui a trait aux obligations relatives à
la formation continue, la Sûreté suggère que le nombre d'heures de formation
continue puisse être adapté en tenant compte du fait que certaines fonctions
spécialisées nécessitent plus de qualification et de mise
à jour des connaissances. Au niveau de la déontologie policière, de manière
générale, la Sûreté est d'avis que les
mesures d'encadrement de l'activité policière sont déjà très complètes. Bien
qu'elle comprenne que celles-ci soient appelées à évoluer dans le temps, la
Sûreté est également sensible au fait que toute autre mesure supplémentaire est susceptible d'être perçue
négativement par certains policiers et peut, dans certaines mesures, affecter
l'engagement policier, d'où l'importance de la recherche d'un équilibre à cet
égard.
En ce qui concerne le
rôle de prévention et d'éducation, en matière de déontologie policière, qui serait
assumé par la commissaire, la Sûreté accueille favorablement cette proposition
en soulignant l'importance qu'elle accorde à
la prévention des inconduites policières. Quant à la proposition d'ajouter la
notion de signalement, la Sûreté croit qu'il est important d'établir
concrètement la distinction entre le processus de traitement d'une plainte et
celui d'un signalement afin que cela soit bien compris tant par la communauté
policière que par la population en général.
ce qui concerne la proposition portant sur la restriction du statut du
plaignant, la Sûreté l'accueille positivement. Relativement à la
création d'un volet de mesures alternatives de sanction, qu'il s'agisse de
formation, thérapie, plan d'encadrement ou autres, la Sûreté est d'avis que ces
nouvelles dispositions viendraient limiter l'autonomie de l'organisation dans sa gouvernance et ses actions
de gestion en lien avec des situations de comportements dérogatoires du
personnel policier. Dans l'éventualité où les dispositions législatives proposées
sont adoptées, il est suggéré que le choix de la mesure alternative ainsi que
les modalités d'application soient convenus entre la déontologie policière et
le corps policier.
La Sûreté accueille
également favorablement la modification proposée visant à faire en sorte que le
directeur du BEI puisse mettre fin à une enquête s'il est convaincu que
l'intervention policière n'a pas contribué au décès ou à une blessure grave.
Nous comprenons que cela s'appliquera pour le cas où il est manifeste que les
policiers ont agi à
titre de premiers intervenants auprès d'une personne pour
lui porter secours. Au niveau des interpellations policières, nous accueillons
favorablement la modification proposée prévoyant que le directeur de tout corps
de police doive transmettre au ministre à chaque année un rapport faisant état
des interpellations policières effectuées, y compris les interceptions
routières effectuées en vertu de l'article 636 du Code de la sécurité
routière.
Au niveau des
personnes disparues, nous accueillons très favorablement la proposition
d'introduire la Loi visant à aider à retrouver les personnes disparues. La
Sûreté est d'avis que les dispositions proposées fourniraient aux corps de
police des outils supplémentaires significatifs pour retrouver une personne
disparue.
En conclusion, en
définitive, la Sûreté estime que le projet de loi proposé constitue un premier
jalon important d'une réforme majeure d'un système policier québécois. Elle
espère que les observations formulées dans le
présent mémoire pourront contribuer de manière positive aux travaux
parlementaires, et ça, au bénéfice de la communauté policière et de
l'ensemble de la population. Je vous remercie, M. le Président.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup,
Mme Beausoleil. M. le ministre, s'il vous plaît.
Bonnardel : Merci, M. le Président, Mme Beausoleil. Mes salutations à
ceux qui vous accompagnent. D'entrée de jeu, je veux, encore une fois... et je
l'ai déjà fait, mais je le refais, Mme Beausoleil, je veux vous envoyer mes
pensées, nos pensées, nos sympathies les plus sincères à vous, à vos collègues,
à tous les policiers et policières de la
Sûreté du Québec suite au départ de Mme Breau. J'ai posé la question tantôt à
M. Francoeur, je vais vous la poser aussi : Comment va... Comment
vont vos policières, vos policiers présentement?
Mme Beausoleil (Johanne) : C'est
très difficile. C'est un événement tragique, M. le ministre, et j'ai eu
l'occasion de vous le dire. Tous nos efforts, présentement, sont mis à
supporter, à être là en soutien à nos équipes, à nos troupes. Je vais avoir
l'occasion de m'adresser encore à eux demain, c'est vraiment un événement très
difficile à vivre.
Bonnardel : Merci, Mme Beausoleil. J'ai le goût de vous entendre sur
les personnes disparues, les outils que l'on
souhaite vous donner, vous et aux différents corps de police, sur ordonnance
d'un juge, d'être capables d'avoir... que
ce soient des infos de géolocalisation, GPS, infos bancaires ou autres. On le
sait, vous allez sûrement me le confirmer, mais que les premières
minutes, sinon les premières heures sont extrêmement importantes quand on a une
personne qui est disparue ou qui pourrait
avoir été même enlevée par quelqu'un, là, je veux dire, un jeune enfant avec un
adulte, et qu'on puisse retracer cet adulte rapidement. Est-ce qu'il y a
des choses dans ce... dans ces articles, dans cette nouvelle loi qu'on édicte, dans cette loi, en réalité, que nous avons
peut-être oubliées, ou qu'on devrait améliorer, ou qu'on n'a peut-être
pas pensé à savoir... On est quand même allé chercher les pratiques, les
meilleures pratiques du côté du Manitoba et
de l'Ontario, si je ne me trompe pas, qui ont mis en place ces processus. Or,
pour vous, est-ce qu'il y a matière encore à amélioration, à revoir
certaines choses, ou on est à la bonne place présentement?
Mme Beausoleil
(Johanne) : Bien, il faut savoir qu'on a été consultés dès le... dès
le départ, alors on a eu l'occasion de pouvoir le mettre aussi en expérientiel
parce qu'on avait eu certains événements qui s'étaient passés dans le passé qui nous avaient... il nous manquait
des outils. Alors, pour nous, on pense que c'est très intéressant. J'aimerais
donner la parole, si c'est possible avec M. le Président, au DGA, André Goulet,
qui va pouvoir entrer dans le détail au niveau des enquêtes. Mais toute
l'aide, le support que ça apporte, c'est vraiment apprécié.
Président (M. Bachand) : Oui.
M. Goulet, s'il vous plaît.
M. Goulet
(André) : Merci beaucoup, M. le ministre, M. le Président.
Pour faire suite à la directrice générale, vous comprendrez que... les
dossiers que vous mentionniez tantôt, mais aussi des dossiers non résolus, je
tiens à le préciser, parce que le dossier non résolu, on
a beaucoup de familles qui attendent après des victimes, de leurs familles, et
on n'avait pas de moyens, notamment si ça n'avait pas... on ne peut pas faire
de lien avec une enquête criminelle. Et ce volet-là est drôlement plus
important pour nous parce qu'on a plusieurs dossiers non résolus de
disparition, ça va nous permettre d'avancer dans ces dossiers-là et d'avoir, on
espère, pour les familles qui attendent depuis de nombreuses années... bien, de
pouvoir leur donner un côté du côté... pour qu'ils fassent un deuil des
personnes disparues. C'est un avantage énorme aussi, de ce côté-là, qui est,
oui, très important aussi.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Exposez-moi un peu votre vision, vous avez... vous en avez parlé un
peu dans votre préambule, sur la formation continue. On sait que les policiers
qui sortent de l'école nationale... le rôle du policier voilà 25 ans
versus aujourd'hui et dans 20 ans évolue, change, et, pour nous, il était important
d'avoir, dans ce projet de loi, une volonté,
une volonté d'accompagner le travail des policiers aux trois ans, aux cinq ans,
peu importe. Quelle sorte de... quelle sorte
de... comment vous voyez cette formation en continu qui serait... qui serait
imposée aux différents corps de police, aux
différents policiers partout sur le territoire pour être capable les
accompagner?
Puis je fais une parenthèse non négligeable, je
fais une parenthèse sur le profilage. Le profilage a été un sujet d'actualité
important dans les derniers mois, on a rencontré d'innombrables groupes qui
sont venus nous exposer ce qu'eux-mêmes vivent sur le terrain. Et, au-delà de
la formation comme telle, spécifique, qui est donnée à l'école nationale, bien,
comment on peut, dans un continuum... comment on peut avancer avec ces
policiers et de leur donner les... une
formation qui va les exposer à différentes situations qu'ils n'auraient
peut-être pas vues à l'école nationale quand ils sont sortis voilà sept,
huit ans, 10 ans? Donc, exposez-moi un peu votre vision face cette
formation. Est-ce qu'on s'en va à la bonne place avec ça?
Mme Beausoleil (Johanne) : Oui, tout
à fait, on est très content de cette mesure en place parce que... de cette
mesure qui est suggérée parce que la criminalité évolue. La cryptomonnaie, il y
a une vingtaine d'années, on ne parlait pas de ça. Il y a plein d'autres
formations qu'on parlait beaucoup moins de... au niveau du crime, au niveau de choses qui sont en place. Alors, présentement, de
pouvoir s'ajuster aujourd'hui, de pouvoir toujours être actif, s'ajuster
aux nouvelles mesures, s'ajuster à la criminalité, constante évolution,
s'ajuster aux phénomènes sociaux aussi qui peuvent se produire, se passer,
c'est absolument essentiel. Alors, pour nous, on accueille très, très
favorablement tout le volet de
l'accompagnement au niveau de la formation. Par contre, comme on disait, c'est
important aussi de se laisser de la
place pour nos équipes qui sont surspécialisées où est-ce qu'eux aussi
pourraient avoir autres formations évidemment essentielles.
M. Bonnardel : J'aimerais ça juste
pousser un petit peu plus loin ma réflexion ou votre réflexion sur... quand on
parle de formation continue, est-ce que vous... comment vous voyez ça, là?
Est-ce que vous voyez ça sur une période de trois ans, de cinq ans ou à chaque
année, nombre d'heures x? Allez-vous avoir un enjeu de main-d'oeuvre pour être
capable de dire : Bien là, OK, on prend x nombre de policiers à telle
période de l'année pour qu'ils aillent se faire former? Ça fait que je pose une
question peut-être un peu large, là, mais, quand on parle de formation, est-ce qu'on envoie nos policiers huit heures aux
trois ans pour une journée complète? Avez-vous pensé un peu à ça ou pas pour...
Mme Beausoleil (Johanne) : Bien, il
y a des... oui, puis il y a des formations qui sont obligatoires, tu sais, par exemple les formations au niveau du... les
requalifications. Il y a certaines formations qui sont dans un cursus, sont
nécessairement obligatoires. À ça, on pourrait ajouter des formations qui sont
complémentaires et, encore là, je pousse la réflexion en disant : Est-ce
que c'est nécessaire de former sur un seul modèle? Tu sais, on peut avoir des
besoins dans des régions aussi particulières, avec des heures de formation, où
est-ce qu'on donne des formations requalification là également. Des fois, on
peut avoir... Comme la formation qu'on est en train de déployer, REMP, qui est la réponse à un état mental perturbé,
bien, on la déploie pour l'ensemble de nos policiers qui sont sur le terrain,
mais il y a des ajustements pour d'autres types de formation qui ne sont
peut-être pas nécessaires pour l'ensemble ou encore nos spécialistes aux
enquêtes dans différentes catégories qui, eux autres, ont des besoins
supplémentaires.
M. Bonnardel : OK. Merci pour votre
réflexion, Mme Beausoleil. Parlez-moi un peu de notre volonté, là,
d'améliorer le rôle... de mieux faire connaître le rôle de la commissaire en
termes de prévention, de sensibilisation. Est-ce
qu'on est à la bonne place, encore une fois, pour mieux faire connaître ce
rôle, qui... surtout du côté des plaignants? Surtout du côté des plaignants, on a l'impression de méconnaître ou de
mal connaître le rôle que la commissaire a. Est-ce qu'on est à la bonne
place?
Beausoleil (Johanne) : Oui, tout à fait. C'est important de bien faire
connaître le rôle de la commissaire. On s'inscrit... on travaille beaucoup
aussi avec la commissaire. On est sur des comités de travail aussi avec
elle, également avec nos partenaires syndicaux pour s'assurer... On a tous la
même volonté, hein, que les interventions et que
les gens puissent avoir un endroit pour aller porter, justement, plainte si
nécessaire. Alors, on reçoit ça très... de façon très positive. Il y a
le volet aussi, au niveau de la commissaire, de la prévention. Ça fait des
années qu'à la Sûreté, au niveau de la
prévention, on y travaille très fortement, très activement. Alors, pour nous,
de recevoir ça au niveau de la commissaire, de sa volonté de travailler
en prévention, on l'accueille très, très positivement.
Bonnardel : Est-ce que... Deux petites questions encore
rapidement, là, pour laisser la parole à mes collègues. Les
interpellations, les interceptions, colliger les informations, est-ce que...
Vous savez, j'ai toujours pensé, et je souhaite que ce ne
soit pas une forme de désengagement... mais une somme d'outils, des outils
additionnels que nous aurons dans le futur
au ministère pour être capables de colliger, une fois par année, les infos que
vous allez nous envoyer. Présentement, je sais que vous avez un
formulaire qui existe, là, qui... que vos policiers, policières doivent
remplir. C'est un formulaire qui est assez succinct. Est-ce qu'on peut dire que
le policier va prendre une, deux, trois minutes additionnelles pour être
capable de remplir ce document puis de répondre aux questions spécifiques que
vous leur avez demandées?
Mme Beausoleil (Johanne) : Oui, tout
à fait. Le formulaire d'interpellation policière n'existait pas. Avec le ministère
de la Sécurité publique, on s'est questionné à savoir comment on pouvait
documenter les interpellations parce qu'il
n'y avait rien qui existait. Donc, à partir du système CRPQ, le Centre de
renseignements, là, policiers du Québec que nous gérons, on a développé
un outil qu'on appelle le FIN, c'est une fiche d'interpellation, qui est un
outil très convivial, je vous dirais, où le
policier est capable d'indiquer : Je suis intervenu, par exemple, dans tel
parc, trois individus qui étaient
présents, suite à une plainte de, par exemple, trois résidents. Donc, on
aurait... sans, des fois, nécessairement avoir le volet nominatif, on
saurait que le policier est allé interpeler trois personnes parce qu'il y avait
du bruit, par exemple dans la nuit dans le
parc ou quelque chose comme ça, puis des citoyens ont intervenu. Et ça, c'est
un exemple, mais je pourrais vous en donner plein d'autres où est-ce
qu'on dit dans la communauté policière maintenant : Si on prend le temps d'interpeler quelqu'un, on a le
temps avec un outil qui est, comme je vous dis, très convivial, avec des questions
qui passent à l'autre, où est-ce qu'on peut mettre un peu de commentaires, où
est-ce que, nous, ça va nous permettre aussi de documenter les interpellations.
Présentement, après avoir fait les
interpellations, on est en train de regarder pour avoir également un outil qui
serait similaire pour ce qu'on appelle le 636 au niveau des interceptions
policières. Donc : J'ai intercepté monsieur pour telle, telle raison, s'il
n'y a pas, évidemment, de contravention, là, qui va, par la suite, là, avec
l'interception qui a été faite, là, donc, on
pourrait aussi documenter ce phénomène-là. Et la Sûreté a rendu disponible à
l'ensemble de la communauté policière l'outil FIN, comme je vous dis, pour les
interpellations. Présentement, si je ne m'abuse, on est autour de
18 corps de police qui l'utilisent, et, bon, au fil des prochains mois,
là, ça va augmenter.
M. Bonnardel : Merci,
Mme Beausoleil.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. M. le député
d'Ungava, il vous reste un peu moins que cinq minutes.
M. Lamothe : ...Mme Beausoleil,
je vais être rapide, j'ai deux points. Concernant les lignes directrices du
ministre... Moi, j'ai fait carrière dans le même corps de police que vous, là,
pendant 30 ans, là, puis ma deuxième vie professionnelle, des fois, il y a
des choses que j'entends. Quand on dit : Il ne faut pas mêler le politique
et la police, moi, ce que je dis, c'est qu'il ne faut pas mêler la politique
aux enquêtes, il ne faut pas mêler la politique avec des suivis d'enquête. Mais, quand c'est le temps des
orientations policières, je m'excuse, là, mais je pense que le gouvernement
a un rôle à jouer là-dedans.
On parle du mot «uniformiser». Quand on parle
d'uniforme, c'est un uniforme, c'est partout pareil. Ce n'est pas normal... on
parle de renseignements, pour les policiers, qui sont nécessaires avant qu'ils
interviennent sur une scène, ce n'est pas normal que la police de Gatineau, que
la police de Québec, que la police du SPVM, police de Montréal aient leur
propre service, aient leur propre système d'alimentation de données que la
Sûreté du Québec ou d'autres corps policiers n'ont pas accès. C'est-tu parce
qu'ils ont les budgets pour le faire? C'est-tu parce que leurs orientations
face... policière est différente? Sauf qu'au bout de la ligne ce système-là d'alimentation,
qui est perspicace, qui est très bon, devrait être utile à la Sûreté du Québec.
Puis quand je dis l'uniformisation des réflexions policières, des orientations policières, il faut que ce soit uniforme
partout au Québec. Alors, moi, je représente les villes de Matagami, Chibougamau, mais le service doit
être le même, autant pour la population, autant que pour les policiers.
Tu sais, je donne l'exemple de Gatineau, qui a
un système qui s'appelle... excusez. S'ils interviennent sur une scène donnée
puis ils ont affaire avec quelqu'un un petit peu déplacé, mais qui ne fait rien
de criminel, ils alimentent dans leur système. Si cette personne-là déménage à
Chibougamau, si les policiers interviennent, ils ne seront pas au courant de ces interventions-là qui ont eu lieu. Ce que je
veux dire, c'est uniformiser ces informations-là sur le terrain, pour
les policiers, pour tout le monde. De là, que je crois fortement que le
ministre a un rôle à jouer, dire : Écoutez, là, on donne le même service
partout au Québec, que fait-on pour faire en sorte qu'il est très légitime de le faire? Ça, c'est gouvernementalement
parlant. Je ne dis pas, comme je disais, de s'ingérer dans des enquêtes ou de
faire des suivis d'enquête, mais sur des orientations policières afin que le
service aux citoyens soit uniforme partout au
Québec. Je m'excuse, mais je pense que le politique a un rôle à jouer
là-dessus. J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Mme Beausoleil (Johanne) : Bien,
écoutez, je partage votre avis. Effectivement, les lignes directrices, c'est un peu comme les procédures qu'on a au niveau du
ministère, tu sais. Il y a des procédures que le ministère nous envoie avec
certaines... certaines orientations où est-ce qu'on doit, évidemment, tendre
vers, puis s'assurer que nos systèmes, comme vous disiez tantôt, nos
systèmes puissent répondre. Effectivement, on a différents systèmes, dans
quelques corps policiers, qui ne se parlent pas. Tu sais, l'outil qui se parle
présentement, c'est le CRPQ. C'est pour ça qu'on a développé, tantôt, je disais la fiche fine, à partir du CRPQ, pour
s'assurer que tout le monde ait accès à la même information.
Donc, c'est sûr qu'au fil des orientations, des
lignes directrices qui vont nous être données, et tout ça, on a tout intérêt...
Puis c'est un peu pour ça, hein, la modernisation de la police, avec tout le
rapport du CCRP, et tout ça. Ce qu'on veut, c'est de s'en aller vers une
uniformité. Comme vous disiez, M. le député, tous les citoyens ont le droit d'avoir les mêmes services partout où ils sont. Et, quand on
intervient, un policier doit aussi savoir à qui il a affaire, évidemment, sur
son territoire, si, par exemple, un contrevenant a déménagé, ou peu importe,
puis que l'information était dans un autre endroit. Mais on est très sensibles
à ça et, pour nous, les lignes directrices, on les accueille favorablement
parce que c'est normal, sans s'immiscer dans les enquêtes, sans s'immiscer dans
le terrain, je dirais que le gouvernement, le
ministre donnent... le ministère également, appuient ces pratiques policières
sur des lignes directrices.
Président (M. Bachand) : 30 secondes.
M. Lamothe : 30 secondes,
c'est vite fait.
L'article 7, la modification qui vous permettrait de
nommer les sous-officiers puis... je m'excuse, les directeurs généraux
adjoints. Il est où, l'avantage, comparativement à ce qui existe déjà?
Mme Beausoleil
(Johanne) : Oui. Bien, ce n'est pas les directeurs généraux adjoints,
c'est à partir de lieutenant à aller à inspecteur-chef. Présentement, on a tout
revu nos processus, on a des... c'est à l'instar, dans le fond, des autres
corps de police, tu sais, qui nomment leurs propres officiers. On gagnerait du
temps, on gagnerait de l'efficacité. On a revu nos processus avec l'École de
l'administration publique, avec des firmes maintenant, où est-ce que nos gens
vont faire des tests psychométriques, et tout ça. Donc, on pense qu'on devrait
avoir cette autonomie-là, comme tous les autres corps de police, au niveau de
la nomination.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
s'il vous plaît.
Maccarone : Merci, M. le Président. Bonjour. Merci beaucoup pour votre
témoignage. Si vous me permettez, je vous demanderais si vous êtes à l'aise de
déposer vos remarques, je pense que ça nous aiderait. Vous avez lu quand même
quelque chose que je pense serait utile pour nous, si vous êtes à l'aise de le
faire. Ça fait que je vous ferais à... cette demande.
Puis, en passant,
c'est un plaisir de vous rencontrer pour la première fois, même si c'est en
virtuel. Comme vous savez, j'avais quand
même envoyé une demande de rencontre. Je pense qu'on était en train de vérifier
avec M. le ministre, mais sache que la demande, pour moi, reste
toujours, surtout que nous sommes en train de parler du projet de loi
n° 14. Parce que, souvent, on n'a pas assez de temps en commission pour
poser des questions et aussi de faire valoir les points que, pour vous, sont
très importants. Ça fait que merci beaucoup pour tout ceci.
Je vais me lancer
tout de suite dans le désengagement policier ou policière. La fraternité des
policiers de Montréal ainsi que l'APPQ, ils ont déposé leur mémoire, ils
dressent, quand même, un portrait assez alarmant en ce qui concerne le
désengagement policier quand on parle des mesures en déontologie qu'on voit
dans ce projet de loi. Alors... Puis vous avez adressé un peu ceci dans vos
remarques. Pensez-vous que nous devrons scrapper le tout, recommencer? Est-ce
qu'il y a un mi-chemin? Comment voyez-vous les modifications qui sont
souhaitées dans cette loi pour rejoindre les
besoins que nous avons comme société civile, mais aussi pour s'assurer qu'on
rejoint les besoins des policiers puis pour éviter, évidemment, le
désengagement policier, policière?
Mme Beausoleil
(Johanne) : Merci pour votre question. Oui, nous allons déposer un
mémoire d'ici la fin de... d'ici... avant jeudi, là, avant que vous ayez
terminé, nous allons déposer un mémoire.
En ce qui a trait
maintenant au niveau du désengagement, l'École de police, l'École nationale de
police, mon collègue, M. Saint-Antoine,
va... ils sont en train de travailler avec la chaire, également, de
Trois-Rivières, de l'Université de
Trois-Rivières, un document pour faire l'analyse au niveau du désengagement.
Parce qu'il y a plusieurs choses aussi qui se sont... qui se sont dites
où est-ce que la communauté policière ne s'entend pas nécessairement sur :
Est-ce que, vraiment, c'est un phénomène, le
désengagement? Est-ce que c'est concret? Est-ce que c'est un lien avec les
jeunes policiers aussi, la
génération, là? Bon, il y a plein de choses à évaluer. Donc, M. Saint-Antoine
va s'assurer de nous déposer ça en
2024. Alors, on fonde beaucoup d'espoir sur, justement, toute cette grande
analyse là dans un projet de recherche, là, sur le désengagement.
Une fois que j'ai dit
ça, si je reviens à votre question au niveau du projet de loi actuel, nous, ce
qu'on dit, c'est : Effectivement, il faut être vigilant, quand on parle de
mesures alternatives, dans le sens que, déjà, c'est une organisation... les
policiers sont très normés. Déjà, notre système... en tout cas, je vais parler
pour la Sûreté, notre système, au niveau de
la discipline, est très rigide. Ça fait un consensus. On se supporte également
pendant qu'on met une mesure à quelqu'un. On va aussi s'assurer que,
oui, il a compris, parce que c'est ça, l'essence même des mesures aussi qu'on veut mettre en place. Oui, il a
compris, mais, en même temps, on va aussi le supporter s'il vit une période
difficile de sa vie, par exemple problème de consommation, ou peu importe, à
l'instar de n'importe qui au niveau de la population.
Donc, ce que je vous
dirais en lien avec ça, nous, ce qu'on dit, c'est que les mesures alternatives,
on devrait garder cette mesure-là au sein de la gouvernance pour être capables
également de voir est-ce que cette mesure-là, elle est applicable. Est-ce qu'on
l'envoie en thérapie? Est-ce qu'on le suit? Parce que, nous, quand j'envoie
quelqu'un en thérapie, à l'heure actuelle, je suis l'évolution de monsieur, je
suis capable de suivre ça, d'être... de l'accompagner. Bon, alors on pense que
ça devrait rester au niveau de la gestion et non pas s'en aller sur le volet
déontologique. On pense qu'on est capable de gérer ça, là.
Mme Maccarone : Alors, avec beaucoup
de respect, je vous demanderais, s'il vous plaît, quand vous déposerez votre mémoire,
ce serait bien que vous élaborez sur toutes les mesures en déontologie dont
vous êtes en accord puis ceux que vous pensez... ne
seront pas facilement applicables ou qui... Tu sais, je comprends que ça va être difficile, peut-être, de trouver une unanimité,
mais un consensus, je pense que c'est ça qu'on souhaite, évidemment. Ça
fait que ce serait bien, pour nous, je pense, pour la prochaine étape de nos
débats, de vous entendre là-dessus.
Je veux vous ramener
à le livre vert qui a été déposé en 2019. On sait qu'on a eu une première
mouture d'une loi qui a été déposée, le
projet de loi n° 18, qui est mort au feuilleton, et là on revient
maintenant avec le projet de loi n° 14. Puis on voit dans cette loi qu'il y a seulement 33
sur 138 recommandations qui ont fait le cheminement dans cette loi. Selon vous, est-ce qu'il y a des manquements?
Est-ce qu'il y a des choses qu'on devrait se préoccuper et des amendements
que nous devons apporter dans cette loi, des 103 autres recommandations
qui ne sont pas prises en considération dans le projet de loi n° 14?
Mme Beausoleil
(Johanne) : Bien, d'entrée de jeu, c'est un peu ce que je disais tout
à l'heure, tu sais, on considère que c'est un excellent départ pour tous les
rapports, le... pardon, le rapport du CCRP. Donc, c'est... c'est vraiment une
première grande étape et c'est un message quand même assez fort dans certaines
étapes. On sait qu'il va y avoir d'autres étapes. Est-ce qu'on serait rendus,
par exemple, à la carte policière, et tout ça? Je ne pense pas, je ne pense pas
qu'on soit nécessairement rendus là. On travaille de plus en plus avec la
communauté, avec l'ensemble de la communauté
policière. Donc, je pense que c'est sage, parce que c'est un grand rapport, d'y
aller par étapes, là. Donc, à ce point de vue ci, je ne pense pas qu'on
était... On trouvait que c'était quand même complet pour un... pour une
première étape.
Mme Maccarone :
Ça fait que deuxième étape, ce serait une autre loi qu'on déposerait? C'est
Mme Beausoleil (Johanne) : Bien, si ça entraîne... Parce qu'il y a plusieurs
recommandations qui n'entraînent pas nécessairement des changements
législatifs. Il y en a qui sont plus administratives. Donc, par contre, il y en
a d'autres qui sont aussi législatives. Donc, peut être un autre projet de loi,
mais pas toujours, là.
Mme Maccarone :
Je veux vous ramener en ce qui concerne tout ce qui est dans le projet de
loi pour vous aider à retracer les personnes
disparues. Nous avons eu un excellent mémoire qui a été envoyé par une maman,
Andrée Béchard, qui parle de la situation de sa fille, Marilyn Bergeron, qui
est disparue. Alors, dans cette loi, selon vous, est-ce qu'on a tout ce qu'il
nous faut pour vous armer, pour vous aider à retracer les personnes disparues?
Parce que, selon elle, dans son mémoire, elle dit, comme, par exemple : Il
nous manque des choses. Elle, elle pense que le ministère de la Santé et
Services sociaux peut apporter, sous toute réserve, une contribution à la
recherche pour les retrouver. Nous avons une occasion en or chaque fois qu'une
loi est déposée, puis on en fait un débat, on a une opportunité d'ajouter tout
ce qu'il nous manque aussi. Alors, selon vous, est-ce qu'on a tout ce qu'il
nous faut? Êtes-vous d'accord avec Mme Béchard, qu'on a des lacunes puis
des choses... des modifications que nous devons aussi apporter pour s'assurer
que vous, vous êtes outillés pour faire ce travail très humain et très
nécessaire?
Mme Beausoleil
(Johanne) : La grande différence dans le projet de loi avec ce qui se
passait avant, c'est tout le volet du criminel. Tu sais, quand on avait
l'information qu'il y avait un événement criminel, on avait tout le support de
la santé, par exemple, pour savoir si la personne est hospitalisée, ou si elle
a un suivi, ou peu importe. Quand on n'avait pas ça, qu'on faisait seulement
que la recherche de personnes disparues, par exemple, on a un exemple avec
l'hélicoptère qui avait crashé, le père et son fils qui étaient là, bien, on
savait qu'il était disparu, mais il n'y avait rien nécessairement de criminel
parce que c'était un crash d'hélico. Donc là, on avait de la misère à aller
chercher l'information, à avoir l'information, son cellulaire, tu sais, en
temps réel, savoir où est-ce qu'il est, tu sais, pour pouvoir mettre des
mesures, on parlait tantôt de GPS, etc.
Donc, ça, le projet
de loi nous permet ça. Et, comme mon collègue le DGA Goulet disait tout à
l'heure, ça va aussi nous permettre d'entamer, au niveau des disparitions pour
les familles... ça va nous donner des outils supplémentaires où est ce qu'il
n'y a pas nécessairement... en tout cas, on n'est pas sûr qu'il y a quelque
chose de criminel. Maintenant, on a les outils pour pousser ces dossiers-là.
Alors, ça va beaucoup aider les familles.
Mme Maccarone :
Ça fait que ça veut dire, selon vous, ce qui est dans la loi, c'est
complet. Ça fait que vous, vous n'êtes pas en accord qu'il y a peut-être des
éléments qui sont manquants, qui peut nous aider à creuser encore plus.
Mme Beausoleil
(Johanne) : Non, non. Puis le fait aussi d'avoir l'obligation de
transmettre aussi... Tu sais, la Sûreté, on va pouvoir aller sur l'ensemble des
dossiers qui se sont passés au Québec après un certain délai, et tout ça. C'est
très positif, là. Tu sais, on est très, très satisfaits. Puis je pense que ça
va répondre à des attentes légitimes aussi au niveau des familles.
Le Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. M. le député de Vaudreuil... Laurier...
Voyons! Excusez-moi. Laurier-Dorion. Je vais l'avoir d'ici la fin de la
semaine.
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Beausoleil. Je salue également
vos collègues. Et il y a une... Je manifeste aussi l'intérêt pour avoir par
écrit votre allocution. Ça nous intéresse beaucoup. Il y a un élément qui m'a
beaucoup... qui m'a intrigué dans votre allocution, qui nous permet d'avoir une
vision beaucoup plus globale, là. Vous avez
dit, je crois, vers la fin de votre allocution, là, que le projet de loi n° 14 constitue un premier jalon vers une
réforme majeure concernant les services policiers du Québec, là. Et j'aimerais
que vous nous expliquiez un peu qu'est-ce que vous vouliez dire plus exactement
par cette idée-là.
Mme Beausoleil
(Johanne) : Ce qui est en arrière du rapport du Comité consultatif sur
la réalité policière, c'était que les citoyens puissent avoir un service
unique, peu importe où est-ce qu'ils se retrouvent au Québec. Alors, l'idée en
arrière du rapport, en arrière du projet de loi n° 14 et des prochaines
étapes, c'est d'avoir une réforme au niveau policière où est-ce qu'on travaille
en communauté, on travaille tous ensemble, et le citoyen, peu importe où il
est, il va avoir le même service.
Alors, ce qu'on
disait à l'essence même de ces changements-là, c'était notamment, si on prend,
par exemple, le PL n° 14 ou que je prenne les
services policiers, c'est que les petits corps policiers n'ont pas toujours la
mesure, les outils pour intervenir. Alors, ce qu'on disait, c'est :
Régionalisez-vous ou travaillons... ou intégrez la Sûreté pour vous donner
cette capacité-là, pour que M., Mme Tout-le-monde, notre citoyen, puisse
bénéficier des mêmes services partout où il
est. Alors, quand on parle d'une réforme majeure, c'est une réforme majeure, le
rapport du CCRP, il nous amenait vers des réflexions de travailler en
communauté, en concertation. Et je dirais, et je suis certaine que mes collègues vont vous dire la même chose, on n'a
jamais travaillé autant ensemble que depuis les dernières années.
La communauté
policière, on se consulte, on échange, on cherche des moyens. Tu sais, je
donnais l'exemple du film tout à l'heure où
est-ce qu'on disait : OK, l'interpellation, on est conscients, c'est une
problématique, comment on peut la travailler ensemble? Nous, on est avec
l'outil, on l'a rendu le plus convivial possible, on a écouté les collègues.
Donc, c'est un peu ça, quand on parle de réforme, c'est d'offrir un service
policier à la hauteur aussi de 2023, hein, parce que ça a changé, hein? Il y a
des choses qu'on va voir ultérieurement, mais, tu sais, tout le volet du privé,
du public privé... tantôt, je donnais l'exemple de la cryptomonnaie, mais tous
ces gros dossiers là, de crimes financiers, aujourd'hui, qu'on a, qu'on
n'aurait jamais vus à l'époque, il faut s'y attaquer, et c'est la criminalité
d'aujourd'hui et de demain.
Donc, c'est pour ça
que je parle d'une réforme majeure parce que ça nous donne des outils
supplémentaires. Et je sais que ce ne sera pas terminé, on va continuer
d'évoluer dans ce sens-là.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme la députée de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols :
Oui, merci, M. le Président. Bonjour, merci d'être parmi nous puis
d'apporter aussi plus d'explications. J'ai
compris, là, dans votre présentation, puis c'est un peu difficile parce qu'on
n'avait pas de matériel écrit, donc... mais j'ai retenu, dans votre
présentation, que vous avez parlé que vous aviez déjà un pouvoir de gestion.
Puis, pourtant, dans le projet de loi... moi, ce que je comprends dans le
projet de loi, c'est qu'on diminuerait l'encadrement du recrutement, entre
autres pour pouvoir nommer, embaucher des civils avec plus de latitude. Est-ce
que ça, c'est un besoin que vous avez à combler? Parce vous l'avez déjà, ce
pouvoir-là.
Mme Beausoleil
(Johanne) : C'est-à-dire qu'on est quand même limités dans certains
pouvoirs parce que soit que les gens, présentement, vont rentrer comme AEC ou
encore ils vont rentrer par ce qu'on connaît de l'école, avec leurs techniques
policières et les semaines qu'ils vont faire à l'école, plus l'induction dans
les corps policiers. L'ajout que le PL n° 14 nous
donne, c'est de pouvoir embaucher certains civils, par exemple, qui seraient
très expérimentés, qui auraient, par
exemple, des formations particulières pour aller jouer dans de la criminalité
d'aujourd'hui, très complexe, où
est-ce qu'un policier, avec sa patrouille gendarmerie de base, ça va lui
prendre peut-être de nombreuses années
pour acquérir cette expérience-là. Donc, cette latitude-là d'avoir... de
pouvoir embaucher en parallèle certains civils, elle est... on l'avait dit dans notre mémoire également, elle est très
positive et va nous donner des outils supplémentaires, là.
Mme Nichols :
Je n'ai pas beaucoup de temps, ça fait que peut-être juste une dernière
mini question. Vous avez parlé des lignes directrices. Là, vous répondez au
ministre puis vous parliez des lignes directrices. Moi, ce que je comprenais,
c'est que vous parliez des lignes directrices, entre autres, en lien avec le
partage de renseignements. Mais est-ce que
vous vous attendez à avoir d'autres lignes directrices, entre autres, sur quoi
prioriser, prioriser la lutte contre
la violence armée, le vol de voiture, l'exploitation sexuelle? Qu'est-ce que
vous entendez par lignes directrices?
Mme Beausoleil
(Johanne) : Non, parce que, là, vous tombez vraiment dans
l'opérationnel, et la criminalité étant en évolution, bien, vous le savez...
comme, présentement, on met beaucoup, beaucoup d'efforts... la Sûreté, on met
toujours beaucoup d'efforts au niveau du crime organisé, mais, présentement, on
est à lutter aussi beaucoup contre la
violence armée, évidemment, avec CENTAURE, et tous les découlants, et nos
partenaires. On a plein d'équipes mixtes qui sont mises en place.
Donc, les
orientations, les lignes directrices, on ne les voit pas comme... au niveau
opérationnel ou au niveau enquête, on les voit vraiment plus d'un niveau macro,
Le Président
(M. Bachand) : Merci beaucoup.
Mme Beausoleil et aux gens qui vous accompagnent, merci beaucoup d'avoir
été avec nous. C'est très, très, très apprécié.
Cela dit, je suspends
les travaux quelques instants. Merci. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 11 h 32)
Président (M. Bachand) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Il nous fait plaisir d'accueillir les
représentants du SPVM.
Alors, M. Charbonneau, merci beaucoup d'être
avec nous. Je vous inviterais d'abord peut-être à présenter les gens qui vous
accompagnent, s'il vous plaît, et après débuter votre exposé. Merci.
Charbonneau (Marc) : Oui, bien sûr. Donc, Marc Charbonneau, directeur
adjoint du SPVM à la direction de l'intégrité des normes
professionnelles. Puis je vais laisser, là, mes trois autres collègues se
présenter.
Mme Massé (Isabelle) : Bonjour à
tous. Alors, Isabelle Massé, avocate, cheffe de la division Affaires policières
du service des affaires juridiques de la ville de Montréal.
M. Caron
(Jean-Sébastien) : Bonjour à tous. Jean-Sébastien Caron, commandant
aux crimes majeurs au SPVM.
M. Shane (David) : Bonjour.
Inspecteur David Shane, et responsable des communications du SPVM.
Le Président (M.
Bachand) : Oui, la parole est à vous,
M. Charbonneau.
Charbonneau (Marc) : Bien, merci beaucoup, M. le Président, Mme la
vice-présidente, distingués membres de la Commission des institutions.
Donc, si c'est correct avec vous, j'irais avec mon allocution, c'est bien ça?
Le Président (M.
Bachand) : Oui, allez-y.
M. Charbonneau (Marc) : Parfait.
Alors, c'est un honneur pour moi de représenter le SPVM ainsi que son
directeur, M. Fady Dagher, et de vous présenter les résultats de notre
réflexion quant au projet de loi n° 14. C'est avec impatience qu'on attendait ce projet de loi qui... on y voit de
nombreuses améliorations pour la pratique policière. C'est donc
favorablement, dans son ensemble, que le SPVM accueille le projet de loi
n° 14.
Certaines modifications soulèvent toutefois des
inquiétudes, des enjeux et des questions pour le SPVM. Désirant participer
activement à l'amélioration des pratiques et s'inscrire dans les changements à
venir pour les corps de police, nous tenions à vous faire part de nos travaux
quant à ce projet de loi. Le tout doit être interprété dans un esprit
collaboratif.
Dans un premier temps, mentionnons que la
concertation et le partenariat avec les intervenants des milieux concernés par
la mission policière est toujours au coeur des actions du service de police. La
complémentarité de ces partenariats contribue non seulement à bonifier notre
offre de services à toutes les populations montréalaises, mais à rendre nos
interventions plus efficaces.
C'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que nous
accueillons la modification de l'article 48 de la
Loi sur la police.
Celle-ci précise les principes spécifiques à la réalisation de la mission
policière, valeurs auxquelles nous adhérons déjà pleinement. Nous saluons
également l'ajout du principe d'indépendance des corps de police et de leurs
membres dans la conduite des enquêtes et des interventions policières, et ce,
hors de toute ingérence. Nous recommandons, par contre, que l'article 83
soit également modifié afin d'ajouter des interventions policières, et ce, par
souci de concordance avec l'article 48.
Le SPVM émet toutefois certaines réserves à
l'égard de l'article 116, qui prévoit un encadrement par règlement des
obligations relatives à la formation continue, de même que la formation requise
pour exercer certaines fonctions. Nous croyons que les corps de police doivent
être les maîtres d'oeuvre en matière de formation, et ce, en collaboration avec
le gouvernement et les municipalités, compte tenu de leur spécificité et
environnement. Nous considérons détenir, conjointement avec la municipalité, la
connaissance propre au territoire ainsi qu'aux populations desservies
nécessaire à l'élaboration des formations à dispenser à nos membres. Le SPVM
souhaite donc continuer de jouer un rôle central à ce niveau.
Comme vous le savez, le projet de loi n° 14
apporte également de nombreuses modifications relatives à la déontologie
policière. Certaines modifications sont des améliorations souhaitables et
contribueront positivement au lien de confiance et au respect mutuel qui
doivent unir les corps de police et les citoyens. D'autres soulèvent toutefois
certains questionnements dans un souci d'encadrement sain des pratiques
policières. Le SPVM accueille favorablement l'ajout à l'article 128 du
rôle de prévention et d'éducation au Commissaire à la déontologie policière. Ce
nouveau rôle était attendu et souhaité par le SPVM, qui y voit une plus-value
pour les membres, mais également pour les populations.
Par contre, nous nous interrogeons sur la
modification de l'article 143 de la
Loi sur la police, qui vient établir
une distinction entre une plainte et un signalement. Bien qu'intéressante à
première vue, cette distinction soulève la question du traitement réservé au
signalement, qui n'est pas précisé dans le projet de loi et qui laisse
plusieurs questions en suspens. Nous nous demandons s'il y a un avantage
notable à faire cette distinction, advenant que les critères déterminant la
tenue d'une enquête soient les mêmes pour une plainte et pour un signalement.
Par ailleurs, nous nous
demandons s'il ne serait pas plus judicieux de circonscrire la notion de
plainte à la personne ayant fait l'objet de l'intervention policière, et ce, en
respect de l'esprit du code de déontologie policière.
De plus, l'ajout du principe d'anonymat pour les
signalements soulève certaines questions, notamment quant à la valeur de ceux-ci, puisque l'anonymat vient
en limiter l'analyse. Nous craignons aussi un risque d'embourbement du
processus par une utilisation répétitive des signalements anonymes.
Le SPVM aimerait également souligner certains
enjeux de confidentialité liés à l'utilisation de moyens technologiques, comme
prévu à l'article 157 de la
Loi sur la police. Par exemple, nous nous
demandons comment le commissaire compte s'assurer que les conversations ne
seront pas enregistrées ou que des personnes non autorisées soient présentes
lors des travaux de conciliation.
Le SPVM craint également la perception négative
que pourrait générer la nouvelle appellation du Tribunal administratif de
déontologie policière auprès de policiers. Les articles 233 et 234 de la
Loi sur la police sont également très préoccupants. Ces articles redéfinissent
non seulement à la hausse la sévérité des sanctions pouvant être imposées aux policiers, ils permettent
dorénavant d'imposer des mesures d'encadrement par le tribunal administratif.
Si le gouvernement maintient sa volonté
d'inclure de telles mesures, nous sommes d'avis qu'elles devraient être soumises
sous forme de recommandations au directeur du corps de police dont le membre
est concerné. Nous considérons que la direction d'un corps de police détient
les informations contemporaines nécessaires à l'exercice de ce pouvoir
disciplinaire et administratif, et ce, tout en évitant la double sanction.
Précisons que nous sommes actuellement à déployer,
en collaboration avec le ministère de la Sécurité publique et la municipalité,
des stratégies novatrices qui ont pour objectif d'augmenter les effectifs du
SPVM. À cet effet, nous craignons fortement
que l'ajout de mesures, en plus d'une sanction, pourrait engendrer un fort
désengagement policier ainsi qu'une diminution de l'attractivité de la
profession policière.
Aux articles 264, 265 et 267 de la
Loi sur
la police, le SPVM comprend bien le besoin de reddition de comptes du ministre.
Nous nous interrogeons toutefois sous la forme, l'étendue et la fréquence de
certaines de ces redditions. C'est pourquoi
nous proposons de reformuler les paragraphes 3° et 4° de
l'article 267 en collaboration avec les corps de police.
Dans le même esprit, le SPVM souhaite établir
une étroite collaboration et concertation avec le ministre quant à l'élaboration des lignes directrices
relatives à l'activité policière prévue à l'article 307 de la loi. Nous
estimons détenir une
partie de la connaissance nécessaire à
l'élaboration de la planification stratégique, des actions, initiatives et
programmes adaptés aux besoins des citoyens.
Nous avons toujours été à l'avant-garde en
matière d'interpellation policière. Le SPVM contribue d'ailleurs aux actuels
travaux provinciaux en la matière. Nous souhaitons conserver ce rôle auprès du
ministre de la Sécurité publique et participer activement à l'élaboration d'une
ligne directrice incluant les interceptions routières effectuées en vertu de
l'article 636 du Code de la sécurité routière tel que précisé à
l'article 307.1.
Finalement,
le SPVM félicite l'édiction de la Loi visant à aider à retrouver des personnes
disparues. Les outils supplémentaires prévus dans cette loi seront très
bénéfiques et permettront aux corps de police de mieux assurer leur mission et
protection des personnes. Certaines modifications sont toutefois souhaitables
afin d'augmenter l'efficacité de cette loi.
Ainsi, à l'article 3 ainsi qu'à l'article 6, nous proposons de
remplacer les termes «motifs raisonnables» par «soupçons raisonnables».
En effet, l'objectif de la loi milite en faveur d'un degré de preuve moins
élevé. Les communications courriel, ainsi que les communications via des
applications Web, ainsi que toute information pertinente permettant d'aider et
de soutenir les policiers dans la recherche d'une personne disparue devrait
leur être accessible. Nous nous demandons également comment concilier cette loi
à celle de la protection de la jeunesse lorsqu'il
s'agit d'une personne mineure disparue faisant l'objet d'une mesure de
protection lorsque la communication de renseignements personnels ou
publics est nécessaire.
De plus, cette loi doit inclure la notion
d'urgence, alors que, présentement, rien n'est prévu en ce sens. Il est primordial que les policiers puissent agir
rapidement lorsque l'urgence de la situation ne leur laisse pas le temps
d'obtenir une ordonnance de communication ou une autorisation de pénétrer dans
un lieu. Le projet de loi devrait également prévoir une autorisation
judiciaire permettant aux policiers de saisir et de fouiller eux-mêmes le
cellulaire, l'ordinateur ou tout appareil de la personne disparue.
Finalement,
plusieurs modifications apportées au projet de loi n° 14 contribueront
positivement à l'accomplissement de la mission policière. C'est pourquoi le Service de police de la ville de Montréal souhaite participer activement à la
réflexion et vous a soumis certains enjeux ainsi que certaines pistes de
solution dans un esprit de collaboration et d'atteinte d'un objectif commun.
Au nom de mes collègues, je tiens à vous
remercier pour l'attention que vous porterez à notre mémoire. Il nous fera
plaisir d'échanger avec vous sur ces sujets et évidemment de répondre aux questions.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup,
M. Charbonneau. Je rappelle que... Je vous indique que le mémoire
est maintenant sur Greffier, le mémoire du SPVM. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. M. Charbonneau, salutations à ceux qui vous accompagnent,
madame. J'ai quelques questions à vous poser. Peut-être que mes collègues en
auront aussi. La première, vous avez parlé de l'article 116, de la
formation continue. J'ai exposé souvent le cas actuel d'un policier qui gradue
de l'école nationale versus ceux qui ont
gradué voilà 20 ans, 25 ans. Le travail a énormément évolué,
énormément changé. Il sera aussi différent, j'imagine, dans 10, 15 ans, et
on aura, je pense, toujours besoin d'une certaine formation pour les policiers
pour bien les accompagner dans leur... dans leur travail. Puis, j'aimerais ça,
que vous m'exposiez un petit peu, là, comment... Je sais
qu'à Montréal déjà vous faites de la formation. Dites-moi un peu quel est le
modus operandi, à savoir combien d'heures vos policiers font en formation
annuellement. Est-ce que c'est annuellement? Pourquoi l'école nationale ne
pourrait pas être
partie prenante aussi d'un nombre d'heures sur une période x,
là? Je dis, ça peut être deux ans, ça peut
être trois ans, ça peut être cinq ans. Je pense qu'on est à la même place, où
vous vous dites : Oui, il faut accompagner, il faut mieux
accompagner, dans le futur, nos policiers parce que leur rôle change, évolue,
et tout ça. Mais en quoi... en quoi Montréal devrait être différente dans
l'approche que nous souhaitons avoir en termes de formation pour l'ensemble des
corps de police?
M. Charbonneau
(Marc) : Bien, M. le ministre, mes salutations. Je n'avais pas
remarqué votre présence, donc on vous salue. Bien, c'est une excellente question.
La formation est un des créneaux qui est vraiment priorisé au service de
police.
La société est en évolution constante, la population montréalaise
également, et les phénomènes sociaux que les policiers montréalais vivent, on
doit être constamment en adaptation. Donc, la formation a un impact majeur,
puis on lui accorde une très, très grande importance.
Donc, dans un premier
temps, vous mentionnez la collaboration avec l'ENPQ. On a une excellente
collaboration avec l'ENPQ. Donc, plusieurs formations sont dispensées par
l'ENPQ, certaines par le SPVM, mais chaque
formation dispensée obtient évidemment le sceau et l'approbation de l'ENPQ.
Donc, de ce côté-là, le SPVM, là, fournit
plusieurs instructeurs à l'ENPQ. Et depuis quelques années, depuis l'administration
provisoire, on a... également, on s'est assuré que chacune des
formations qui étaient dispensées strictement par le SPVM étaient en adéquation
avec les orientations de l'ENPQ. Donc, évidemment, on a des obligations légales
à respecter. Donc, il y a un certain nombre d'heures par année que nous devons
respecter de par nos obligations légales, tant pour les policiers sur le
terrain que pour nos enquêteurs.
On a également
plusieurs recommandations de différents coroners suite à des commissions, donc
on se doit également de correspondre à ces recommandations-là.
Et, dans un dernier
temps, bien, on sera adaptés à la réalité montréalaise, ce qui fait qu'il y a
la formation dispensée spécifiquement pour le SPVM pour s'adapter à la
réalité...
Le Président (M. Bachand) : Le
député d'Orford, est-ce qu'il est proche? Non? OK. On est revenus. Allez-y. Pardon, ça a coupé. Allez-y,
M. Charbonneau.
M. Charbonneau