Health and Social Services — 20 February 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CSSS 2019-02-20
Quebec — Committees
M. Soucy
(Yvon) : Merci beaucoup, M. le Président. M. le
ministre, M. le Président, MM., Mmes les députés, merci d'accueillir la Fédération
québécoise des municipalités dans le cadre de cette commission parlementaire
sur le projet de loi n° 2.
Fondée en 1944 — nous célébrons cette année
nos 75 ans d'existence — la fédération est la porte-parole des
régions en regroupant près de 1 000 municipalités locales et
régionales au Québec. Ce sont quatre municipalités sur cinq et la presque totalité
des MRC qui, sur une base volontaire, forment nos rangs. Notre rôle est de faire entendre la voix des régions, de porter les ambitions locales et régionales et de
défendre les intérêts des gouvernements de proximité. La FQM constitue donc le
plus grand rassemblement du monde municipal au Québec.
Permettez-moi
de vous présenter les gens qui m'accompagnent : M. Pierre Châteauvert,
directeur des recherches et politiques,
Me Antoine Bouffard, avocat à la FQM, et aussi, derrière moi, Me Érika Giroux,
également avocate à la FQM.
Si vous le permettez, M. le Président, si c'est
possible, je ferais passer peut-être un document, qui est l'outil d'accompagnement que nous avions mis en place pour
aider nos municipalités à adopter des réglementations sur l'usage du
cannabis.
Depuis le 17 octobre 2018,
les municipalités sont devenues des acteurs clés de la mise en oeuvre des lois encadrant la légalisation du cannabis. Bien que la
légalisation du cannabis à des fins récréatives découle de la compétence
fédérale en matière de droit criminel et que
l'usage, la possession, la distribution, la production et la vente de
cannabis soient encadrés par le gouvernement
du Québec, il n'en demeure pas moins que plusieurs acteurs liés à la
légalisation du cannabis relèvent de la
sphère municipale. Les municipalités disposent en effet de plusieurs pouvoirs
généraux de réglementation, en matière d'urbanisme, de nuisance et de sécurité
publique, qui leur permettent d'encadrer la production, l'entreposage,
la vente et la consommation de cannabis sur
leurs territoires. Ces pouvoirs se retrouvent notamment dans la
Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme ainsi que dans la
Loi sur les compétences
municipales.
Au
chapitre de la
vente de cannabis, la loi québécoise prévoit expressément que la Société
québécoise du cannabis est assujettie à la réglementation municipale en matière
d'urbanisme et de zonage. Une municipalité peut notamment déterminer les zones où la vente de cannabis est autorisée,
pourvu qu'elle permette cet usage dans une zone sur son territoire,
comme le prévoit la loi québécoise.
ce qui a trait à l'usage du cannabis, les municipalités ont le pouvoir
d'adopter des règlements pour encadrer la consommation dans les lieux publics sur leurs territoires, tels que les
voies publiques, les parcs et les autres lieux extérieurs où peuvent se dérouler certains événements
populaires. Les municipalités peuvent ainsi moduler leur réglementation
afin de répondre aux préoccupations de leurs citoyens et de refléter la réalité
qui leur est propre.
Les municipalités participent
également à l'application de la loi en consacrant des ressources additionnelles
à la sécurité publique. Elles jouent aussi un rôle d'information auprès des
populations et de formation auprès des différents services municipaux.
À la FQM, nous avons
fourni à nos membres tout le support nécessaire pour les assister dans
l'application de la nouvelle législation. L'équipe a produit trois outils de
référence pratiques : une description des pouvoirs réglementaires
municipaux en matière d'encadrement, un modèle de règlement pour encadrer
l'usage du cannabis et un modèle de politique en matière de drogues, alcool,
médicaments et autres substances similaires, à l'égard des employés municipaux.
C'est le modèle de règlement qui vous est distribué actuellement. Plusieurs
municipalités ont pu s'en inspirer et concevoir leurs propres règlements ou
politiques à l'image de leur réalité. Bref, elles ont pleinement assumé leurs
responsabilités.
Je dois aussi ajouter
que, dans le cadre de notre congrès tenu en septembre 2018, nous avons
également tenu un atelier dédié à la légalisation du cannabis et aux mesures à
prendre pour assurer un encadrement adéquat dans les municipalités. Notre
service d'assistance juridique fournit également de l'information et des conseils
auprès de nos membres sur les questions soulevées par la légalisation du
cannabis.
Le projet de loi
n° 2. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est pour parler du projet de loi
n° 2 déposé par le gouvernement du Québec le 5 décembre dernier. Bien
que la nouvelle législation vise avant tout à hausser à 21 ans l'âge légal
pour acheter du cannabis, en posséder et en accéder à un point de vente, elle
resserre également les règles applicables en
matière de possession de cannabis, ce qui a un impact direct sur les pouvoirs
réglementaires municipaux.
Loin
de vouloir nous immiscer dans le débat entourant l'âge légal de consommation,
nous tenons cependant à intervenir concernant les dispositions du projet
de loi qui relèvent de la sphère municipale.
pouvoir d'adopter des règlements visant à encadrer la consommation de cannabis dans les lieux publics, tels que les voies
publiques, les parcs et autres lieux où peuvent se dérouler certains événements
populaires, est conféré aux municipalités en
vertu des lois précédemment citées.
Par le biais de l'article 7 du projet de règlement... du projet de loi n° 2, le gouvernement
du Québec s'immisce dans la sphère municipale
en introduisant de nouveaux lieux où il sera dorénavant interdit de fumer du cannabis et en les désignant
expressément, alors qu'en vertu de leurs compétences les municipalités
possèdent déjà un pouvoir d'action à cet égard.
Force
est de constater que, dans sa forme actuelle, le projet de loi impose uniformément à toutes les municipalités les
mêmes interdictions, et ce, sans égard à leurs réalités respectives et aux
préoccupations et besoins de leurs citoyens. En plus de restreindre, voire annihiler le pouvoir réglementaire des municipalités en la matière, le
projet de loi rend par le fait même
inopérantes des parties importantes des règlements déjà adoptés par bon nombre
de municipalités concernant les lieux
où la consommation de cannabis est interdite sur leurs territoires. En
désignant expressément ces nouveaux lieux où il sera dorénavant interdit de fumer du cannabis, le gouvernement
intervient dans une sphère où les municipalités possèdent déjà un pouvoir réglementaire sans égard à la
réalité de chaque municipalité, aux préoccupations et aux besoins de
leurs citoyens. Le projet de loi vient
imposer à toutes les municipalités les mêmes interdictions mur à mur, de
Cap-aux-Meules jusqu'à Barraute.
respect de l'autonomie municipale. M. le Président, l'autonomie municipale est
un principe cher à la FQM et aux
quelque 1 000 membres que nous représentons. En juin 2017, la
FQM s'est réjouie de l'adoption du projet de loi n° 122 qui
reconnaissait les municipalités comme des gouvernements de proximité. Je tiens
à rappeler que le monde municipal attendait
ce projet de loi depuis plus de 30 ans. Le projet de loi a ouvert un
nouveau
chapitre dans les relations entre Québec et les municipalités en instaurant une relation
d'égal à égal et en établissant la nécessaire collaboration entre les deux
paliers de gouvernement pour assurer
un réel développement de nos territoires. Les municipalités cessaient enfin
d'avoir le statut de créatures de l'État
pour devenir de véritables gouvernements de proximité. La FQM adhère toujours à
la philosophie qui a sous-tendu ce
projet de loi, et nous souhaitons poursuivre le travail en ce sens avec le
nouveau gouvernement.
C'est
donc dans le respect du principe de l'autonomie municipale que la FQM
recommande au gouvernement de retirer
les dispositions du projet de loi qui relèvent de la sphère municipale et de
laisser les gouvernements de proximité, les municipalités, prendre les
décisions qui reflètent leur réalité qui leur est propre.
le Président, avant de terminer, je veux aussi attirer votre attention sur le
fait qu'en plus d'adopter de nouveaux règlements quant à l'emplacement
des points de vente, des zones de production, des lieux de consommation sur son
territoire, les municipalités déploient des
efforts considérables afin d'informer la population, de faire de la prévention
et de mettre en oeuvre la nouvelle
législation. Cette situation, vous vous en doutez probablement, engendre des
coûts pour les municipalités. Dans le
budget 2018‑2019, des sommes ont justement été attribuées aux
municipalités afin qu'elles fassent face
à ces nouvelles responsabilités. Mais les 20 millions de dollars prévus
pour cette année n'ont toujours pas été versés. Les modalités n'ont même
pas encore été annoncées près d'un an plus tard. Par conséquent, nous demandons
au gouvernement de procéder rapidement au versement de cet argent.
Pour conclure, même si quatre mois se
sont écoulés depuis la légalisation du cannabis au Canada, tous les paliers
de gouvernement continuent de relever les défis de sa mise en oeuvre. À
titre
de gouvernements de proximité, les municipalités
jouent un rôle clé et souhaitent demeurer des partenaires de premier plan. Nous
demandons au gouvernement de continuer à travailler dans le respect de
l'autonomie municipale en laissant aux gouvernements de proximité, les municipalités, le soin d'adopter leur propre
réglementation. En parallèle, nous demandons au gouvernement d'accélérer
le 20 millions prévu au budget 2018-2019.
C'est ce qui conclut
notre présentation. Je vous remercie. Je suis prêt à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci pour votre exposé. Nous allons commencer la période d'échange. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Carmant :
Merci beaucoup. Merci à vous tous d'être ici aujourd'hui. Merci de vous être
déplacés pour nous faire votre rapport, qu'on a beaucoup apprécié.
tiens à souligner quand même qu'on parle ici... On ne parle pas nécessairement
juste d'un enjeu d'autonomie municipale,
mais aussi d'un enjeu de santé. Lorsqu'il est question de santé, nous devons
avoir une action cohérente globale et
non aléatoire sur l'ensemble du territoire. Puis, nous, ce qu'on veut vraiment,
c'est harmoniser la loi, limiter les différences
entre les villes voisines et aussi protéger nos jeunes, incluant les
adolescents. La fumée secondaire de cannabis, c'est quelque chose quand même incommodant, qui entraîne des problèmes de
cohabitation. Et on sait que banaliser le geste de fumer à l'extérieur,
comme on a vu avec le tabac, peut causer problème. Donc, l'objectif du projet
de loi n° 2 n'a pas changé, c'est protéger nos jeunes.
En ce qui a trait au budget,
je veux juste vous dire qu'on a pris note. Les démarches sont en cours, ça
devrait se régler.
Quelques groupes,
depuis le début, bien, vous inclus, aussi, nous parlent d'inclure un genre de
droit de retrait pour les municipalités, ce qui permettrait à une municipalité d'appliquer les règles locales. Si vous aviez la
possibilité de mettre l'usage du cannabis
dans les villes, quels critères est-ce
que vous utiliseriez pour définir ces
lieux-là? Est-ce que vous
mettriez les lieux actuels ou est-ce que vous pourriez délimiter certaines
zones plus précises qui pourraient être homogènes d'un territoire à l'autre?
M. Soucy (Yvon) : Bien, en fait, écoutez, nous, c'est plus par question
de principe, là, hein, parce que je
pense que la subsidiarité, dans cette question-là,
comme je l'expliquais, toute la question réglementaire permettait déjà aux municipalités
d'encadrer la consommation de cannabis.
Puis
je vous donnerais un exemple. Hier soir avait lieu ma séance du conseil à la
MRC de Kamouraska. On a fait un tour
de table pour voir où en étaient rendues nos municipalités, puis je