CRC — 2 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CRC 2015-02-02
Quebec — Committees
Deuxièmement,
à l'image de ce que le Québec a déjà négocié avec la France, nous pensons qu'il faut
entamer sans plus attendre des négociations pour la reconnaissance mutuelle de compétences avec les pays qui sont
les principales sources d'immigration francophone qualifiée. Actuellement,
des accords existent entre le Québec et la France, il en existe entre la France et des pays tels que la
Tunisie ou l'Algérie. Il serait logique que le Québec conclue, à son tour,
des accords avec ces pays. Par exemple, actuellement en France, un ingénieur tunisien peut exercer son
métier et un quart des nouveaux médecins ont été formés à l'étranger, principalement
en Roumanie, en Algérie ou encore en Belgique. Au Québec, pour élargir la
reconnaissance des compétences étrangères, il ne manque que la volonté politique.
Notre
troisième proposition quant aux problèmes d'insertion au
marché du travail est d'offrir des formations ciblées pour les nouveaux arrivants francophones. Ces
immigrantes et immigrants sont pénalisés par le fait qu'ils ne parlent
que le français et que les immigrants anglophones
ont droit à des cours de francisation et deviennent par conséquent
bilingues, ce qui constitue un avantage indéniable sur le marché du travail.
Enfin,
nous tenons à ce que les critères de sélection restent objectifs. Les quotas
par pays, qui sont, par définition, discriminatoires puisque basés sur
les origines, sont inacceptables.
Nous
passons maintenant à la deuxième
partie de notre présentation, qui
porte cette fois sur la lutte contre la discrimination et le racisme.
pluralisme est à la fois une richesse de la société québécoise
et un idéal à poursuivre inlassablement. L'actualité récente nous a rappelé la part de défi qui accompagne la
diversité. Les médias et les milieux communautaires ont en effet rapporté une multiplication
d'agressions subies par des minorités ethnoculturelles et religieuses ainsi que
des discours homophobes et misogynes des prédicateurs religieux.
Depuis plus de 20 ans, de nombreuses enquêtes
scientifiques confirment la persistance, au Québec, de comportements
à caractère raciste dans les domaines de
l'emploi, du logement, de la surveillance policière, de l'école, de la santé,
des services sociaux, etc. En 2012, les chiffres rapportés par la commission
des droits de la personne et de la jeunesse illustraient
on ne peut plus clairement les ratés des institutions au
chapitre de
l'intégration professionnelle. La commission réaffirmait de fait
l'existence d'une discrimination systémique des Québécois et des Québécoises
appartenant à des minorités ethnoculturelles. Les réponses à ces problèmes sont
de deux ordres : législatifs et éducatifs.
Chartes,
valeurs et laïcité. Le document de consultation aborde la notion de valeur.
Vous n'êtes pas sans savoir que, depuis
le débat sur la charte des valeurs québécoises puis sur la charte de la laïcité, les tensions
sociales se sont exacerbées. Il nous semble important de préciser le
concept de valeur et de clore par un résultat légal le débat sur la laïcité.
Pour nous, la charte
des droits et libertés québécoise représente le pacte citoyen qui définit les
valeurs du vivre-ensemble. Comme la
commission des droits de la personne et de la jeunesse, nous préférons le terme
de «valeurs démocratiques». Pour ce qui a trait à la laïcité, il faut
déposer un projet de loi réaffirmant que la laïcité est un outil démocratique
ayant pour but de favoriser la cohabitation et le vivre-ensemble dans une
société.
La laïcité se base
sur trois fondements principaux : la liberté de conscience et de religion,
la neutralité de l'État, et la séparation
des institutions religieuses et des institutions de l'État, et non pas la
séparation de la religion et de l'État comme il est inscrit dans le
document de consultation.
La neutralité de
l'État se manifeste avant tout dans ses lois et ses politiques. L'État laïque
ne doit ni favoriser ni défavoriser un citoyen sur la base de ses croyances ou
de sa religion. L'État s'interdit de prendre parti en faveur d'une religion aux dépens d'une autre, ni en
faveur ou aux dépens des non-croyants. Pour donner un exemple concret,
dans un État laïque, un enseignant qui porte
une kippa doit pouvoir exercer son métier comme n'importe quel autre
enseignant.
Lutte contre la
haine. Dans son rapport sur l'intimidation, la commission des droits de la
personne et de la jeunesse recommandait
l'ajout d'une disposition à la charte qui interdirait les propos ou les
actes qui exposent les personnes à la haine pour un motif de
discrimination interdit. Dans une société où il existe des discours haineux
contre les homosexuels, contre les femmes, les musulmans ou les Juifs, cette disposition
nous apparaît essentielle pour protéger les groupes vulnérables.
En parallèle à ces
efforts législatifs, il faut mettre en place des politiques publiques
d'éducation et de lutte contre la discrimination. Nous pensons qu'il faut
enseigner les principes de la charte québécoise des droits et libertés à
l'école secondaire, en insistant sur la lutte contre le racisme et la
discrimination. À cet effet, le programme scolaire d'éthique et culture
religieuse serait un cadre idéal. Les moyens d'une formation ou d'une
sensibilisation des personnels de l'État, notamment des enseignantes et des
enseignants, sur ces questions doivent être mis en place. Enfin, une campagne
de sensibilisation nationale pour valoriser la diversité au Québec devrait être
organisée. À
titre d'exemple, le gouvernement pourrait faire distribuer dans la
boîte aux lettres de chaque citoyenne et citoyen un dépliant qui affirme que la lutte contre la discrimination est une
valeur québécoise et que la diversité est une richesse.
Nous vous remercions
pour l'attention que vous nous avez accordée et sommes à votre disposition pour
répondre à toute question.
Président (M. Picard) : Merci, M. Bouazzi. Dans un premier
temps, avant d'entreprendre nos discussions, nous avons la chance d'avoir le député de Mercier ici. Donc, nous devons
déterminer si nous acceptons qu'il participe aux travaux. Est-ce que
j'ai consentement?
Le Président (M. Picard) : Il
est là, oui.
Président (M. Picard) : Et consentement? Et pour la durée? J'ai
besoin de savoir le nombre de minutes que nous lui accordons et qui
donne les... quel groupe lui cède les minutes.
Le Président (M. Picard) :
Mme la ministre offre trois minutes. C'est correct comme ça?
Président (M. Picard) : Une minute? Donc, M. le député de
Mercier, quatre minutes. Mme la ministre, c'est à vous pour
14 min 30 s.
Mme Weil :
Oui. Alors, bonjour, M Bouazzi. Merci beaucoup, beaucoup de participer à cette
importante commission, où on veut
vraiment mettre tout sur la table. Je pense que c'est une occasion unique de
revoir notre politique d'immigration mais en même temps cette autre
fonction de la société... bien, du gouvernement et de la société en général, c'est de contrer les préjugés, de
promouvoir l'inclusion. Le nom, auparavant, c'était le «ministère de
l'Immigration et des Communautés
culturelles», et ce bout, «communautés culturelles», n'était pas très bien
défini. Alors, avec le nouveau nom
vient un nouveau mandat, ce que j'appelle souvent un appel à l'action, et je
vois que, dans vos propos, c'est vraiment un appel à l'action, qu'on
puisse se dire franchement... Il y a des choses qui vont très bien, évidemment,
on le sait. Je pense que vous partagez peut-être mon point de vue que la
société québécoise est quand même une société ouverte et inclusive, mais il
reste des problématiques.
Juste pour vous dire et vous rassurer : Il
n'y a pas question de revenir sur les quotas. Ça, je l'avais éliminé en 2011, lorsque j'ai fait la consultation. Le mot
«quota», ce n'était pas vraiment avec un objectif de discrimination,
mais c'était un mot qui était utilisé pour
dire qu'on voulait s'assurer d'une diversité de bassins, mais, lors des
consultations, j'avais perçu vraiment que le sens qui était donné à ce mot
était un sens discriminatoire. Alors, on l'a remplacé par «une orientation de
diversité», qui veut dire que le fardeau repose, si on veut, sur l'État, de
faire la promotion un peu partout dans le
monde. Donc, il n'y aura pas de... On ne revient pas là-dessus. Il y a eu une
certaine confusion dans les journaux, mais c'est vraiment la diversité...
Donc, la consultation qui viendra plus tard, c'est sur le volume et la composition, composition dans le sens de
travailleurs qualifiés, qu'est-ce qu'on recherche comme travailleurs
qualifiés, les réfugiés, regroupement familial, c'est vraiment tout ça qui
forme l'immigration, avec des obligations associées, évidemment, à chaque
catégorie. Donc, je tiens à rassurer tout le monde, ce n'était pas du tout
l'intention.
J'aimerais vous amener... Parce que beaucoup de
ce que vous dites va tout à fait dans le sens de ce qu'on a entendu, la commission des droits de la personne,
et c'est très rassurant, on a parlé, justement, de promouvoir les
valeurs démocratiques. Je vous permets,
peut-être, d'élaborer. Parce qu'on a échangé avec M. Frémont, en effet c'est
vraiment ces valeurs-là qui sont des valeurs
dont il faut faire la promotion. Peut-être, si vous voulez... Parce que la
présentation était courte, mais c'est
important. Parce qu'on dit «valeurs communes», il a aussi évoqué «valeurs
communes démocratiques» ou «valeurs démocratiques communes» comme deux
possibilités aussi. Je ne sais pas si vous voulez en dire un peu plus.
Le Président (M. Picard) : M.
Bouazzi.
M. Bouazzi (Haroun) : Oui. Nous, ce
qu'on pense, c'est qu'il faut absolument rassembler autour des valeurs démocratiques.
Il y a souvent un genre d'amalgame, une pensée que nos problèmes viennent de
l'étranger et qui, des fois, d'ailleurs,
nous empêche de régler des vrais problèmes qu'on a sur le terrain. On pense,
par exemple, qu'il est positif aussi
de faire signer des papiers aux nouveaux arrivants pour qu'ils comprennent sur
quelle base, sur quel pacte citoyen ici on travaille ensemble, mais on
pense aussi qu'il faut rappeler ces mêmes pactes à tous les citoyens québécois.
L'idée, par
exemple, que l'inégalité hommes-femmes serait un problème qui serait importé de
l'étranger, alors qu'ici, au Québec,
des femmes gagnent 70 % des salaires des hommes, qu'on a un véritable
problème de violence faite aux
femmes, qu'on a vu dernièrement toute la campagne concernant les agressions
sexuelles faites aux Québécoises, à travers,
donc, des campagnes sur Twitter , etc., agressions non dénoncées, etc. On
a des problèmes aujourd'hui dans notre société
et, plutôt que de faire... d'appuyer ce fantasme que le problème ne vient que
de l'étranger, on pense que c'est très important
d'appuyer l'idée que, nos problèmes, on va les régler tous ensemble, avec les
personnes des minorités visibles mais
évidemment aussi avec tous les concitoyens, sans égard à leurs origines. Ça
fait que, pour nous, c'est très important que ce travail d'éducation se
fasse à tous les niveaux.
On pense
aussi que chaque groupe est capable de discrimination par rapport à d'autres
groupes et qu'évidemment personne
n'est immunisé contre le racisme, contre l'homophobie ou contre le sexisme,
etc., et donc c'est un travail beaucoup plus citoyen qu'autre chose. Le
problème aussi qu'on a pu voir par rapport aux questions de valeurs
québécoises, c'est qu'évidemment les valeurs
d'égalité hommes-femmes ne sont pas propres au Québec, on peut parler de
valeurs universelles.
Nous, on aime beaucoup le mot
«démocratique» parce que c'est un pacte qu'on a pour interagir entre nous.
On peut voir qu'il y a des limites au
système démocratique, mais on peut aussi très facilement démontrer que tous les
autres systèmes sont bien pires. À cet
égard-là, on aime beaucoup l'idée qu'aujourd'hui, notre démocratie, on a un
socle qui est très fort, qui est le
nôtre au Québec, qui est la charte des droits et libertés québécoise, qui est
une véritable fierté pour nous, qui a été
mise en place avant la charte canadienne, et même une des premières donc, si on
parle en Amérique du Nord, etc. Donc, on pense que c'est un véritable
pacte citoyen qui nous unit, quelles que soient nos origines.
qu'on a pu voir sur le terrain, et d'ailleurs ce qu'on a pu voir aussi dans le
débat qu'on a eu concernant la charte de
la laïcité l'année dernière, c'est que les concepts de cette charte peuvent ne
pas être maîtrisés par tous nos concitoyens et que non seulement il faut valoriser le vivre-ensemble, mais il faut
aussi, comme vous dites, Mme la ministre, nommer les choses, et il faut
aller plus loin, et, au-delà de valoriser la diversité, il faut parler de
racisme, de discrimination pour pouvoir les contrer.
Et puis vous vous
rappelez très bien, et à juste titre, qu'heureusement, au Québec, on est bien,
au Québec, effectivement on est une société
réellement démocratique, une société où le dialogue est possible. On a vu que,
quelle que soit l'intention, on est capables
d'avoir un véritable dialogue démocratique dans notre société. Et là-dessus on
est capables de construire quelque chose de mieux, et nous, on espère
contribuer au mieux. Voilà.
Weil : Très bien. Et vous avez raison de souligner que ces
problèmes de discrimination, ce n'est pas juste le problème des nouveaux
arrivants ou des immigrants, on a eu des représentants des communautés noires
qui sont... il y en a une, la communauté
noire historique du Québec, qui parle de façon, comment dire... avec passion
que le problème est encore très, très vivant chez eux. Donc, tout à
fait.
Alors, la Commission des droits a fait deux
recommandations qui encore vont dans le sens de vos recommandations, et
c'est l'éducation, l'importance d'un programme d'éducation, de sensibilisation
à la charte des droits et libertés des droits,
qui peut toucher à toutes sortes d'enjeux, non seulement la diversité, mais évidemment
l'intimidation, l'égalité entre les hommes et les femmes, tous ces
principes. Et beaucoup de groupes sont venus recommander une campagne de
sensibilisation. Donc, vous allez là-dessus aussi, mais je vous dirais que ça
résonne beaucoup, j'aime beaucoup votre idée aussi, peut-être une campagne par
la poste ou autre, mais, en tout cas, c'est quelque chose à retenir.
vous avez d'autre chose à rajouter... mais j'aimerais vous amener sur la
deuxième génération. Quelques groupes, surtout qui représentent les
jeunes, ont une inquiétude par rapport à la deuxième génération. Ils on vu
leurs parents, et souvent évidemment
issus de la diversité, donc deuxième génération issue de l'immigration voulant
dire que... et les parents très qualifiés, scolarisés, qui n'ont pas
trouvé leur place au sein du marché du travail. Et j'ai rencontré des jeunes qui le vivent, ça ne veut pas dire qu'ils
vont virer... mais ils ont une tristesse, et ça peut aller loin cette
tristesse. Je pense que c'était, en fait, la
table du mois de l'histoire des Noirs qui l'ont souligné qu'il faut absolument
s'adresser à cette génération avec des mesures stratégiques
structurantes. Est-ce que vous avez une perspective là-dessus?
M. Bouazzi (Haroun) : Il y a deux points. D'abord, ce qu'on peut voir... D'ailleurs,
toujours, la commission des droits de
la personne et de la jeunesse reste une inspiration pour nous. On lit beaucoup
les différentes publications qu'ils ont faites. On a beaucoup de chance
de l'avoir au Québec, je pense.
Par rapport aux
chiffres, par exemple, qui ont été trouvés dans Statistique Canada, si je ne me
trompe pas, c'est les chiffres de 2011... 2009, je ne sais plus, qui expliquent
qu'en gros un nouvel arrivant, donc, diplômé gagne 20 000 $ de moins que la moyenne des diplômés au Québec et
qu'une personne qui n'est pas des minorités visibles... Donc, la moyenne québécoise est autour de
60 000 $. On parle de 40 000 $, donc 39 000 $ et
quelques pour un nouvel arrivant diplômé membre des minorités visibles,
et puis on parle de 56 000 $, si je ne me trompe pas, pour une
personne aussi immigrante mais n'appartenant
pas à une minorité visible et qui — évidemment, à
part le cas des Français
dernièrement, mais ça, c'était avant, donc,
le changement — a aussi
des problèmes de reconnaissance de diplôme et peut-être aussi des
problèmes par rapport à la langue française. Donc, déjà en soi, c'est
inquiétant.
Mais
le plus inquiétant, c'est quand on regarde les chiffres, toujours de
Statistique Canada, où on voit la deuxième génération et on voit que les
enfants, donc la deuxième génération, qui sont aussi diplômés, gagnent juste 1 000 $ de plus que leurs parents et
toujours 19 000 $ de moins que la moyenne nationale. Et, à nos yeux,
c'est très, très, très perturbant,
parce que cette deuxième génération n'a ni problème de reconnaissance de
diplôme ni problème de maîtrise de langue
française. Et donc on a aujourd'hui un problème, clairement, qui est, on peut
le voir dans les chiffres... où on va se retrouver possiblement à créer des classes sociales qui dépendent de la
pigmentation de la peau ou alors, évidemment, des noms de famille, qu'ils soient d'Afrique
subsaharienne, arabe ou d'Amérique latine. Et ça peut vraiment faire
beaucoup de mal à notre tissu social.
Dans notre
association, on a plusieurs personnes de deuxième génération et on a vu
d'ailleurs que le débat de l'année dernière leur a fait très, très mal, et
peut-être plus mal qu'à nous — moi, je suis moi-même immigrant, ça fait déjà 15 ans que je suis ici — mais les deuxièmes générations étaient
vraiment blessées, parce qu'ils ne se sont jamais sentis autre chose que Québécois et ils se sentent aussi...
Évidemment, ils savent qu'ils ont un bagage culturel avec lequel ils sont à l'aise, mais ils se sont toujours très,
très sentis Québécois. Ils sont nés ici. Et puis le débat a fait ressortir des
choses qui ont laissé énormément de
blessures, et on peut voir dans notre société que ces gens-là peuvent garder un
goût amer.
On a rencontré aussi
des jeunes, ils ne sont pas dans notre association, mais des jeunes, des
adolescents, et là c'est encore plus
compliqué, donc, dans un moment où les gens se forment, quand on voit des
débats publics qui peuvent être très
agressifs envers leur religion ou envers leurs origines, on peut voir une
certaine, j'oserais dire, haine, excusez-moi du mot, dans les yeux de
ces personnes-là, parce qu'elles se sentent vraiment démunies devant la
violence qu'il peut y avoir dans les réseaux
sociaux, sur des sites Internet spécialisés islamophobes ou racistes, et ça
nous fait... effectivement, ça nous fait peur.
Nous,
on voudrait participer à rendre espoir aux gens, et, ces gens-là, un certain
nombre aujourd'hui sont dans le désespoir.
Il y a d'ailleurs, malheureusement, à l'intérieur des communautés musulmanes,
des gens qui ne voient que le côté négatif dans notre société, que
l'islamophobie, que le racisme, et qui donnent beaucoup de désespoir aux jeunes
Québécois de deuxième génération. On pense qu'il faut vite sortir de cet
engrenage-là pour maximiser le rendement du
dialogue qu'on peut avoir entre nous. Vous n'êtes pas sans savoir qu'AMAL, le
nom de l'association, veut dire «espoir» en arabe, et c'est une des
choses à laquelle on veut contribuer.
Mme Weil :
Oui, d'où l'importance de l'éducation par rapport aux droits, aux chartes, mais aussi cette campagne
de sensibilisation, et évidemment d'autres mesures qui seront en développement.
Je vous
remercie pour votre présentation. Et, parce que la question de reconnaissance
des acquis, des compétences est tellement importante et que ma collègue
députée de Jeanne-Mance—Viger
a ce mandat-là, je vais lui permettre de... je lui donne...
Le Président (M. Picard) :
Vous avez 1 min 30 s.
Rotiroti :
1 min 30 s. Mon Dieu! Alors, on va aller directement à la
question. Merci d'être là. Vous avez dit, dans votre document... vous avez parlé d'un statut légal pour le CSQ, le
certificat de sélection du Québec, et au même moment d'informer
l'immigrant par rapport à... si lui, l'immigrant, souhaite d'être reconnu selon
son métier par son ordre professionnel, d'être capable, à partir de l'étranger,
de ramasser les documents nécessaires et de commencer la procédure. Je voulais
vous rassurer que, suite au mandat que le premier ministre m'a donné, il y a un
comité qui est mis sur place justement pour
étudier cette problématique-là, et on s'en va... on est en train de regarder
justement comment qu'on pourrait faire pour, un, responsabiliser
l'immigrant à partir de l'étranger et de voir avec... et justement d'être capable de commencer cette procédure-là. Je ne
sais pas si vous avez des idées ou des... vous pouvez élaborer un petit
peu plus comment vous, vous voyez ça.
M. Bouazzi (Haroun) : Bien, c'est
sûr que nous avons rencontré plusieurs ingénieurs, par exemple, qui ont été diplômés, des Maghrebins, par exemple, et on
sait qu'un des documents qui est demandé, par exemple, c'est tous les programmes et tous les cours, les descriptifs de
cours, etc., en copie conforme, et c'est des choses qui prennent
beaucoup de temps au niveau des administrations des pays d'origine, surtout
quand on est déjà ici. Donc, on pense qu'éviter... Les procédures peuvent durer largement plus qu'une année, et, si on peut
gagner le six mois, le un an où, arrivés ici, on évite de rentrer dans
un engrenage qui est très difficile... hein, surtout les gens qui arrivent en
famille, où il faut trouver un travail, très
souvent au salaire minimum, totalement en dessous des qualifications, donc les
gens rentrent dans une déprime, ou,
des fois, il y a des gens qui n'arrivent juste pas à commencer à chercher du
travail ou même à finir leurs procédures d'équivalence. On pense qu'il y
a vraiment beaucoup à faire pour améliorer.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Bourget.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. M. Bouazzi, soyez le bienvenu, et merci pour votre
contribution. Je rebondis sur votre
souhait bien senti de combattre la discrimination, le racisme au Québec. Je
suis un immigrant comme vous, je ne sais pas pour vous, mais il y a des termes, chez moi, qui ont une résonnance
antinomique au vivre-ensemble. En l'occurrence, quand on m'attribue une étiquette d'appartenance à une communauté
spécifique, on vient de m'exclure de l'ensemble citoyen. Alors, je ne sais pas si cela a une résonnance chez vous.
Est-ce que ce n'est pas là un autre obstacle, justement, qui nous
empêche, de façon optimale, d'en arriver à bout, du racisme et de la
discrimination?
M. Bouazzi (Haroun) : Je n'ai pas
très bien compris votre question. Vous voulez dire par rapport au fait de
cibler des groupes particuliers?
M. Bouazzi
(Haroun) : Bien, c'est une
très bonne question, effectivement. La réalité qu'on a... Nous, par
exemple, dans notre association, on s'est
beaucoup posé la question : Est-ce qu'on utilise... on n'est pas une
association religieuse, on est une
association citoyenne, est-ce qu'on utilise le mot «musulman» et «arabe» dans
le nom de l'association?, parce qu'on ne sentait pas le besoin, à la
base, d'utiliser les mots.
D'abord, évidemment, par exemple, dans le cas
des femmes, ça ne marche pas. Bon, on s'entend que le combat des femmes au Québec a été mené principalement par des groupes
féministes, et puis c'est normal que ça soit des associations de
personnes concernées qui mènent le combat, évidemment appuyées par toutes les
autres forces vives de la société.
Mais, par rapport aux musulmans, nommons les
choses, par rapport aux musulmans particulièrement, notre point de vue sur le point, c'est que la communauté
musulmane, par exemple, n'existe pas. Et d'ailleurs vous vous êtes sûrement... vous le savez aussi bien que moi que
la communauté noire non plus n'existe pas, bon. Et le problème, c'est qu'elle est créée à l'instant où on l'attaque.
Donc, une fois qu'il y a des racistes... C'est pour ça qu'on parle de
personnes racisées aujourd'hui, parce que la
race n'existe pas, mais le racisme existe, et donc on crée le groupe parce
qu'on s'y attaque. Et donc on crée un
groupe de Noirs, qui en fait n'existe pas, parce qu'on est raciste contre les
Noirs. Et on a créé, l'année dernière,
une communauté musulmane à l'instant où on a décidé de s'y attaquer. Elle
n'existait pas un quart d'heure avant.
Maintenant,
malheureusement, aujourd'hui, dans le débat public, on pense qu'il y a beaucoup
de groupes qui ont intérêt à exister,
à revendiquer. Il y a des groupes qui sont plus ciblés que d'autres, on pense
aux campagnes, par exemple, concernant l'homophobie, on pense que c'est
très important de cibler. Et effectivement, dans un esprit républicain français, par exemple, on pourrait espérer qu'on
est aveugles devant toutes ces différences et qu'on n'a même pas à mener
ce genre de combat ou même à nommer les
choses, étant donné qu'on est tous égaux. Mais, dans le terrain,
évidemment, on ne l'est pas. Et on pense
qu'effectivement on n'a pas le choix de nommer les choses par rapport aux
problèmes. C'est pour ça qu'on a
utilisé le mot «racisées» dans notre... plutôt que «minorités visibles», où le
mot «racisées» définit bien l'existence,
en fait, du racisme plutôt que même la minorité en tant que telle, qui ne veut
plus vraiment rien dire, surtout, bon,
ethoculturelle, etc. Bon. Le vrai problème aujourd'hui... normalement, on
n'aurait pas à traiter de ces problèmes-là, le vrai problème, c'est le
racisme et la discrimination.
M. Kotto :
O.K. Plusieurs Québécois d'adoption sont, disons, exclus du marché du travail,
beaucoup sont frappés par un taux de chômage élevé, notamment ceux qui
arrivent du Maghreb. Ce qui est étonnant, c'est qu'ils maîtrisent le français, langue officielle du Québec, langue
publique commune du Québec, langue de travail, mais néanmoins on en trouve...
on en évalue à peu près, tous confondus, 27 % en marge du travail à
Montréal, et le même, parlant français à Toronto, nous donne un pourcentage de
14 %. Comment expliquez-vous cela?
M. Bouazzi (Haroun) : Moi, je veux
me permettre de jeter un pavé dans la mare.
M. Bouazzi
(Haroun) : Je suis très
content que vous me posiez la question. Un des problèmes, justement,
des Maghrébins particulièrement, c'est qu'ils sont, étonnamment, et francophones et diplômés. Donc,
pour être concret, un ingénieur, aujourd'hui, qui veut travailler chez Bombardier ou chez CGI, parce qu'il est francophone, et pas
anglophone, et pas bilingue, il n'a à peu
près aucune chance d'être accepté pour un travail, au-delà des questions de
discrimination. Or, un anglophone qui
arrive ici a droit à des cours de francisation qui lui permettraient justement
d'être fonctionnel. Parce qu'en gros toutes ces compagnies-là sont
plutôt bilingues qu'anglophones, on s'entend, là. À CGI — moi,
je connais bien le côté informatique — on parle beaucoup, beaucoup français, là,
mais on a affaire avec des consultants étrangers qui viennent d'Afrique du Sud comme des États-Unis ou
de Toronto, et donc il y a beaucoup de réunions aussi qui se passent en anglais. Et donc le fait de ne pas maîtriser
l'anglais fait en sorte que ces gens-là sont exclus. Parce qu'ils sont
diplômés. Donc, ils seraient dans le domaine
de la construction ou d'un autre domaine où on n'a pas besoin des
qualifications aussi hautes, ils
seraient en fait... ils seraient favorisés du fait qu'ils sont francophones.
Donc, on a un problème aujourd'hui.
Et puis je comprends que les politiciens peuvent
avoir du mal à aborder... étant donné le côté très «touchy», si je peux me permettre un anglicisme, de la
question, où, à nos yeux, pour des diplômes bien particuliers, il va
falloir oser offrir aussi des formations
ciblées en anglais. Ça ne veut pas dire, évidemment, que ces personnes-là vont
abandonner le français, mais ça voudra dire
qu'on ne va pas les pénaliser parce qu'ils sont francophones, parce qu'ils sont
francophones et diplômés, et, en fin de compte, notre marché du travail n'est
pas capable de les absorber, pour les compagnies qui pourraient le faire.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Merci. Merci. Bonjour. Je suis très heureuse
d'être ici aujourd'hui pour vous entendre. J'aime aussi beaucoup
qu'on ait eu cette petite discussion sur les mots «communauté noire».
J'écoutais la ministre utiliser encore ces mots-là, «communauté noire»,
mais je pense qu'on peut s'entendre autour que... C'est comme le disait mon
collègue, si je lui dis : Es-tu dans la
communauté?, il dit : Non, ce n'est pas le terme qu'on utilise exactement.
Alors, on va essayer d'être plus précis, effectivement, dans nos termes.
Vous dites,
dans votre mémoire : «...il faut déposer un projet de loi réaffirmant que la
laïcité est un outil démocratique — et vous dites — ayant
pour but de favoriser la cohabitation et le vivre-ensemble dans une société.»
J'aimerais ça que vous me disiez un peu quel
serait l'impact d'une loi qui affirme que l'État québécois est laïque, peu
importe le contenu, je ne veux pas
entrer sur les modalités d'application, mais quel est, pour vous, l'impact, pour votre
association, les gens qui la composent, les gens que vous représentez, d'une
telle loi.
M. Bouazzi
(Haroun) : Je vais me
permettre juste de réagir sur les mots de «communauté». On se permet des
fois d'utiliser le mot «communauté» au
pluriel, tant quand il y a en beaucoup, ce n'est pas si mal, hein, mais effectivement
le concept reste flou.
La question de laïcité pour nous est très importante,
ça a été un outil pour inclure. Bon, c'est un concept qui est très français et qui, au début, servait, dans un premier temps, à inclure les protestants dans l'Église... au
temps de l'Église, et puis, ensuite, à inclure les Juifs, et qui, malheureusement,
sur le dernier demi-siècle, s'est transformé en outil de discrimination contre les musulmans en France.
Bon. Nous, on considère que c'est un outil très utile pour la
démocratie, que c'est un outil qui doit
rester fidèle à ce que c'est, qui est que tous les citoyens, sans égard à leurs
religions, ne doivent être ni favorisés
ni défavorisés. Et donc, à ce
moment-là, il va falloir inclure tous
les gens et les juger non pas sur leurs religions, mais sur leurs actes, sur leurs paroles, et, à ce
titre-là, nous pensons que, si on ne falsifie pas le concept, il restera un
outil formidable d'inclusion dans notre société. Et on va s'assurer que toutes
les forces, quelles que soient leurs religions, vont pouvoir contribuer
positivement à la construction de notre nation.
y a trois concepts à nos yeux, et c'est ce qu'on dit dans notre document, il y
a trois concepts principaux, et je vais peut-être
avoir le temps, du coup, de les élaborer. Le premier, évidemment,
est la liberté de conscience, qui est un véritable joyau dans une
démocratie. Ce n'est pas quelque chose d'acquis partout ailleurs dans le monde.
Donc, pour donner un exemple concret, s'il y
a une femme qui décide d'enlever son voile, une musulmane, et qu'il y a
quelqu'un ou une institution qui veut l'obliger à garder son voile sur la tête,
l'État laïque se doit de protéger cette femme dans sa liberté de conscience et donc se doit de la protéger dans son droit à
enlever son voile. De la même manière, si une femme fait le choix de
mettre un voile sur la tête, se cacher les cheveux, l'État laïque doit la
protéger contre toute personne ou toute institution qui voudrait lui enlever
son voile sur la tête. Donc, ça, c'est pour la liberté de conscience.
Ensuite, il y a la
question de neutralité, et puis c'est un point qui a été... il y a eu beaucoup
de tergiversations, malheureusement, des fois... bon. La neutralité, pour nous, c'est
un concept clair, c'est qu'un État neutre ne favorise pas ou ne
défavorise pas les citoyens en fonction de leurs religions. Dès qu'il favorise
ou défavorise des gens en fonction de leurs
croyances, il arrête d'être neutre. Or, par définition, si on décide de mettre
en place une politique qui met à la porte un médecin parce qu'il
a une kippa sur la tête, on vient de défavoriser, par définition, une
partie de
nos Juifs dans l'accès au travail dans la fonction publique, et donc on pense
que ce genre de propositions qu'on a pu entendre, par définition, enlèvent la
neutralité de l'État et donc sont contre un des principes fondamentaux de la
laïcité.
dernier point, c'est la question de séparation de l'Église et de l'État ou,
plus communément, des institutions religieuses
des institutions de l'État, ce qui est, à nos yeux, un acquis, mais on peut toujours
le développer, qui veut dire qu'et les institutions religieuses sont
protégées que l'État s'immisce dans leurs affaires et, de la même manière,
l'État est protégé des institutions religieuses, qui n'ont pas le droit de
s'immiscer dans les affaires de l'État.
Le Président (M.
Picard) : Merci, monsieur.
Maltais :
Est-ce que vous croyez que...
Le Président (M.
Picard) : Non, Mme la députée, le temps est écoulé.
Maltais :
Ah! dommage. Merci.
Président (M. Picard) : J'ai même excédé d'une minute pour
permettre à M. Bouazzi de terminer. M. le député de Borduas, c'est à
vous.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. À mon tour de vous saluer, M.
Bouazzi. Merci de votre contribution.
le même sujet, selon votre définition de la neutralité de l'État, le fait que
l'État prenne position en faveur de la laïcité, ce n'est pas, en soi,
une contravention au concept de neutralité de l'État? Parce que vous avancez le
fait qu'un État laïque, un État neutre,
c'est un État qui ne favorise pas une religion au détriment de l'autre, dans un
sens positif, dans un sens... ou de ne pas permettre. Mais le choix de
l'État, à partir du moment où il choisit la laïcité, bien, il contrevient
également à sa neutralité.
M. Bouazzi (Haroun) : Je ne comprends pas très bien comment il peut contrevenir à... Nous, on
est partisans du fait qu'il faut
absolument apporter une loi. D'ailleurs, je vais me permettre de ne pas être
d'accord avec le gouvernement en place
qui, aujourd'hui, attend longtemps. Je vais peut-être vous faire plaisir, mais
on pense qu'il faut fermer ce débat-là et il faut absolument affirmer le
côté laïque de l'État.
Maintenant, la
question qui se pose, c'est : Quelle laïcité? Bon, quelle laïcité, si la
laïcité veut dire qu'on a le droit de mettre
à la porte un médecin qui a une kippa sur la tête, nous, c'est un non
catégorique, et on va se battre jusqu'au bout pour que ça ne soit pas ça. On pense qu'au contraire affirmer la
laïcité et la neutralité de l'État est un atout. On peut se le permettre aujourd'hui, il y a un momentum
politique, et évidemment ça passe par la neutralité comme on l'a
définie, et non pas comme un outil de
discrimination contre des minorités religieuses, qu'elles soient sikhes, juives
ou musulmanes.
Jolin-Barrette : Vous avez abordé tout à l'heure la question des
quotas par pays, en invoquant le caractère discriminatoire. À la page 40 du document de consultation, à
l'avant-dernier paragraphe, le libellé du cahier de consultation est le suivant : «Par ailleurs, le récent
rehaussement des exigences de connaissance du français peut paraître
difficilement conciliable avec la réponse à d'autres besoins importants de la société
québécoise, notamment le recrutement de candidates
et de candidats dont la formation et les compétences sont recherchées sur le marché du travail et la diversification des
bassins d'immigration.» J'aimerais connaître... C'est le document
gouvernemental qui a été déposé, puis ça va un peu à
l'encontre de votre positionnement puis de la réponse, tout à l'heure, de la ministre,
à moins que j'aie mal compris.
M. Bouazzi
(Haroun) : Alors, pour nous, c'est clair qu'une des choses qu'on
combat, c'est les questions de discrimination. Et on pense qu'une des discriminations,
c'est les discriminations basées sur les origines. On ne juge pas des gens sur
leurs origines. Bon. Mme la ministre a été rassurante sur ce point. Et on dit
ça, et, jusqu'à présent, il y a des pays, donc principalement des pays
d'Afrique de l'Ouest, par exemple, ou des pays d'Afrique du Nord, où les
temps de... les délais de traitement sont tellement
longs qu'on peut toujours dire qu'on accepte des gens de partout, etc., en fin de compte on se retrouve avec des
délais de trois ans, de quatre ans, de cinq ans avant de pouvoir immigrer au
Québec, alors que d'autres pays on peut
attendre même moins qu'une année. Donc, on pense qu'en soi ce genre de délai
est, en soi, aussi discriminatoire.
Jolin-Barrette : Vous voulez dire que ces délais-là seraient
institutionnalisés à l'intérieur du ministère?
M. Bouazzi
(Haroun) : On se retrouve...
Voilà. On sait qu'une énorme
partie du problème est quand même au niveau fédéral. Pour en avoir parlé à M. Kenney,
j'ai été très étonné de la réponse, et je ne pense pas que ça soit le
moment d'en parler ici, mais une des
solutions, ça a été de dire :
Bien, le problème, c'est qu'il
y a une grosse file d'attente,
donc la solution, c'est d'arrêter de prendre
des demandes. Ça a été, donc : on arrête le problème en arrêtant l'immigration de ces pays-là, et puis, pour
lui, il a réglé le problème. Bon. On pense que ce n'est pas très sérieux.
Il y a un problème de délai de traitement clair.
Je sais qu'il y a une modification qui va être apportée dans la manière de prioriser ces demandes-là, et, nous, ce
qu'on veut, c'est que, dans cette priorité, dans cette manière de
prioriser, l'origine ne soit pas prise en
compte mais plutôt des caractères objectifs comme la maîtrise du français,
comme le diplôme qui est attendu au niveau du marché du travail, et pas
du tout, évidemment, ni la religion ni l'origine des requérants.
M. Jolin-Barrette : La facilitation
de la reconnaissance des diplômes, vous avez abordé la question d'une entente
globale sur la reconnaissance des compétences de la main-d'oeuvre, un peu à
l'image que ce que le Québec a signé avec la
France il y a quelques années. D'ailleurs, ça a été un processus assez long
pour réussir à mener cette entente. Est-ce
que vous avez une autre suggestion, plutôt que d'avoir des ententes-cadres,
pour faciliter d'une façon qui serait plus rapide, plus souple?
M. Bouazzi (Haroun) : Bien,
aujourd'hui, ce qu'on peut voir, c'est que, pour les Français, maintenant que ces ententes-là sont là, ça facilite énormément le
mouvement des immigrants. Évidemment, il faut aussi ouvrir un débat avec les ordres, qui, aujourd'hui, ont une grande
force politique et puis qui se permettent possiblement de nous priver de
forces vives au Québec, que ce soit chez les
ingénieurs ou chez les médecins, par exemple, où on voit bien qu'on peut
avoir des manques et on se retrouve avec des
médecins très compétents qui viennent
de l'étranger et qui ne peuvent pas nous soigner aujourd'hui au Québec.
Jolin-Barrette : Vous avez
abordé la question de l'égalité entre les hommes et les femmes. Le
corpus législatif comprend déjà, à l'intérieur des chartes, cette
égalité de fait là. Comment voyez-vous une atteinte de ce concept-là
concrètement dans la société, en lien avec les nouveaux arrivants mais aussi
avec la société d'accueil? Quelles sont les actions concrètes que le gouvernement
devrait prendre?
M. Bouazzi
(Haroun) : Bien, nous, on
pense qu'il y a un gros
volet éducatif à faire, et ce que les... Et «éducatif» touche aussi l'égalité entre les hommes et les
femmes mais touche tout type d'inégalités qu'on peut avoir. Aujourd'hui,
on voit bien qu'il y a aussi d'autres types
d'inégalités, par rapport aux communautés noires, par exemple, ou par
rapport aux personnes qui ont des noms à consonance musulmane. On pense qu'il y
a un travail à faire dès le plus jeune âge. Il faut parier sur la prochaine
génération.
C'est des
problèmes compliqués, on n'est pas les seuls à les avoir. Il va falloir parier
sur le long terme, ça ne peut pas se régler très vite. Aujourd'hui,
notre meilleure solution est au niveau de l'éducation, il faut utiliser les
réseaux de l'éducation que nous avons, à nos
yeux. Et puis, à court terme, il faut, comme je l'ai déjà dit, démarrer des
campagnes de sensibilisation et puis il faut
affronter les problèmes. Quand on sait qu'une femme gagne 70 %, en
moyenne, du salaire d'un homme, là on
a un vrai problème de société, étant donné que ça, en fait, institutionnalise
un moyen de domination basé sur le sexe, étant donné que l'émancipation
passe évidemment par l'émancipation financière.
Donc, il y a
beaucoup à faire. Et il y a les questions de violence aussi faite aux femmes,
où on voit bien que les chiffres sont
assez alarmants. À toutes les semaines, il y a des femmes qui meurent parce
qu'elles sont dans des cas de violence
conjugale. On pense qu'il y a aussi un gros volet de prévention à faire pour
éviter des catastrophes comme celles-là.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Mercier.
M. Khadir : Merci, M. le Président. Je remercie encore une fois mes collègues pour
le temps qu'on m'alloue, parce que c'est vraiment une gracieuseté de mes
collègues de la commission.
Donc, M.
Bouazzi, comme les collègues ici, alentour de la table, et nos collaborateurs,
collaboratrices, vous êtes Québécois. Mais, si je comprends bien, vous
êtes né à l'extérieur du Québec. Comme moi — je suis né à l'extérieur, je
pense qu'on est quelques-uns — vous êtes né à l'extérieur du Québec?
M. Bouazzi (Haroun) : Oui.
M. Khadir : D'après ce que j'en sais... Parce que je me souviens que nous avons été
sollicités il y a quatre ans par des gens issus de l'immigration
d'Afrique du Nord, notamment de la Tunisie, pour appuyer le soulèvement du printemps arabe, qui a commencé en Tunisie, vous
étiez un de ceux-là qui s'étaient adressés. Donc, je le rappelle ici
parce que je crois que vous êtes un de ceux,
donc, qui ont combattu une dictature justement pour défendre des valeurs
démocratiques, du vivre-ensemble dans un contexte démocratique.
Mais je me souviens également qu'il y a quelques...
il n'y a pas très longtemps, on vous a entendu beaucoup militer en faveur des
groupes démocratiques qui étaient en élection contre le parti islamiste qui
était au pouvoir en Tunisie, qui avait un
petit peu profité de la révolution pour prendre les pouvoirs, et ils voulaient
imposer le dogme religieux fondamentaliste sur la tête des Tunisiens.
Vous avez combattu ça également, n'est-ce pas?
M. Bouazzi
(Haroun) : Oui.
M. Khadir : Bon. Alors, je le
rappelle parce que je pense qu'on a là un interlocuteur qui a milité contre le fondamentalisme islamique, ce n'est pas juste des
prétentions, il l'a combattu. Et il a défendu aussi le... Bon. Mais vous
nous avez dit, par le même biais, que, si un État doit être laïque... l'État a
des responsabilités par rapport aux individus de la société qui font face soit... par exemple, vous avez nommé le cas de
la femme musulmane qui voudrait enlever son voile et que quelques-uns, sa famille, la mosquée ou des...
voudraient l'en... ou l'inverse. Est-ce que vous pourriez élaborer un
peu là-dessus?
M. Bouazzi
(Haroun) : Oui. Je tiens à
dire effectivement que je suis Québécois, et la seule condition pour
entrer dans notre association, c'est d'être Québécois, et ce n'est vraiment pas
à
titre de mes activités sur les droits de la personne en Tunisie que je suis
ici.
Il nous
semble très important, justement, de comprendre pourquoi est-ce qu'on se bat
pour cette démocratie. Vous savez, on
a vu, par exemple, le cas de l'imam à Hochelaga, et je me permets de ne pas
répéter ce que j'ai dit tout à l'heure, donc l'imam à Hochelaga qui a des propos extraordinairement sexistes et
homophobes et qui voulait ouvrir une mosquée, et je pense qu'il faut se rappeler pourquoi est-ce qu'on est une
démocratie. On est une démocratie parce qu'on ne juge pas les gens sur leurs croyances. Et puis il y a justement
des systèmes religieux, qu'on peut trouver à l'étranger, qui jugent les
gens sur leurs croyances. Nous, on pense qu'il faut absolument juger les gens
sur leurs actes et qu'il faut être fidèles à nos libertés fondamentales, il
faut être fidèles à nos principes en tant que Québécois, et ne pas glisser, et
en fin de compte subir ce que ces gens-là
voudraient nous imposer, qui est une atteinte à nos libertés
fondamentales. Et donc, entre autres choses,
il va falloir respecter les libertés de tout le monde et appliquer la loi. Ces
gens-là ne sont pas au-dessus des lois, c'est très important, mais ils
ne sont pas en dessous des lois non plus. Et c'est vraiment le concept
démocratique où on ne juge pas les gens sur leurs croyances, quel que soit ce
qu'on peut penser de leurs croyances, qui fait en sorte que notre laïcité est
vraiment quelque chose de constructif, et malheureusement ça comprend aussi des gens qui sont très désagréables à entendre et
possiblement ça comprend aussi de mettre en place d'autres limites qui
ne sont pas des questions religieuses mais des questions d'appel à la haine,
donc des choses concrètes qui permettraient de contrer des choses qui se
passent dans notre société.
Maintenant,
effectivement, moi, je ne suis pas un militant pour aucune religion. On est
vraiment... On ne milite pas, même pas pour une vision de l'islam. On
milite pour une vision de la citoyenneté, et puis on militera comme ça tant et
aussi longtemps qu'on a du temps accordé.
Le Président (M. Picard) :
Merci, monsieur. Ça termine votre présentation.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre à la Fédération des chambres de commerce du Québec de prendre
place.
(Suspension de la séance à 14 h 55)
Président (M. Picard) :
Nous reprenons en recevant la Fédération des chambres de commerce du
Québec. Mme Bertrand, bienvenue. Je vais vous demander de présenter les gens
qui vous accompagnent, et vous avez 10 minutes pour faire votre
présentation. Allez-y.
Bertrand (Françoise) : Merci.
Alors, bonjour, M. le Président, Mme la
ministre, MM. et Mmes les
députés. Je suis Françoise Bertrand, présidente-directrice générale de la Fédération
des chambres de commerce du Québec. À ma
droite, Stéphane Forget, vice-président Stratégie et affaires économiques à la
fédération, et, à ma gauche, M. Michel Cournoyer,
qui est conseiller et consultant à la fédération, et qui est à la fois éditeur
d'un blogue qui s'appelle Job Market Monitor . Alors, nous sommes
très heureux de se présenter devant vous.
fédération, je le répète toujours, représente 140 chambres de commerce locales,
ce qui veut dire 60 000 entreprises
à travers tout le Québec, dans tous les
secteurs d'activité. Et c'est avec grand intérêt que nous participons à votre
commission parlementaire aujourd'hui. Pour
nous, ce qui motive grandement notre présence, c'est évidemment le constat
indubitable du vieillissement de la main-d'oeuvre, pas juste le mien mais de la
population en général. Ce n'est plus une perspective éloignée, puis on le voit bien par le graphique 1 de notre mémoire,
que le revirement démographique, là, ce n'est plus quelque chose à
venir, ce n'est pas virtuel, nous y sommes.
À plus long
terme, les perspectives, donc, du marché du travail sont tout à fait
claires : le taux de chômage sera en baisse constante. Puis il ne faut pas s'en réjouir, ce sera en baisse
constante parce qu'il n'y aura plus la même disponibilité de travailleurs pour le marché de l'emploi. Et,
selon Emploi-Québec, le chômage atteindra 6,2 % en 2017 et 5,7 % en
2022, soit le taux le plus bas connu depuis 1968.
Pour les 15-64 ans, le taux devrait passer sous la barre des 5 %.
L'abondance, donc, de la main-d'oeuvre ne pourra plus servir d'assise à l'élan
de prospérité que nous avons connu par le passé.
Alors que les besoins de main-d'oeuvre sont en
croissance, il est paradoxal qu'en même temps de nombreux nouveaux arrivants
connaissent un chômage prolongé.
Les résultats en matière d'intégration
des immigrants sont tributaires de la performance économique globale, au
Québec comme ailleurs. Ainsi, le premier facteur
expliquant les résultats décevants en matière d'insertion
professionnelle demeure la création
d'emplois insuffisante, en particulier depuis janvier 2011. Et le
graphique 3 du mémoire démontre bien que c'est partout au Québec,
comme d'ailleurs dans le reste du Canada, mais évidemment, ici, on s'inquiète
de la situation chez nous.
Le Québec détient des
leviers importants pour agir, notamment grâce aux arrangements en place en
matière d'immigration. La fédération croit
que des opportunités se dressent devant le Québec et qu'il n'en tient qu'à nous
pour les saisir en faisant de bons choix,
des choix rationnels, basés avant tout sur l'objectif de servir la croissance
économique et la création de richesse à partager.
L'immigration peut
atténuer le choc démographique que vivent déjà les marchés du travail régionaux
au Québec dans la mesure où elle répond aux
besoins économiques et que les nouveaux arrivants sont prêts à participer
rapidement et activement au marché du
travail. Parmi les régions qui connaissent déjà une baisse démographique
chez les 20-64 ans, certaines s'en tirent bien, comme l'Estrie et le Centre-du-Québec. Mais le nombre de personnes immigrantes qui projettent de
s'établir dans la région de la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine, dans le Bas-Saint-Laurent,
sur la Côte-Nord et au Saguenay—Lac-Saint-Jean demeure largement insuffisant. Il est possible de faire mieux dans ces
régions en identifiant et en empruntant les
meilleures pratiques chez celles qui réussissent à tirer leur épingle du jeu et
en renforçant l'arrimage avec les besoins économiques.
taux de rétention pour la catégorie des travailleurs qualifiés a récemment
chuté et il demeure dramatiquement faible pour la catégorie des gens
d'affaires, alors qu'il a atteint le plancher historique de 17,5 % en
Le réseautage dans la
communauté d'accueil constitue, aux yeux de la FCCQ, l'un des moyens efficaces
de favoriser l'établissement permanent au
Québec des immigrants entrepreneurs. Les chambres de commerce du Québec offrent
déjà des services d'intégration à la communauté d'affaires locale. Une
promotion accrue de ces services contribuerait à mieux faire connaître ces
services et favoriserait l'établissement au Québec et dans ses régions.
L'immigration
économique, soit celle qui est sélectionnée en vertu de la grille, est
fortement scolarisée avec près de 40 %
des immigrants ayant au moins 17 ans d'études. Cela comporte des risques,
étant donné que les besoins du marché
du travail, pour lesquels les problèmes de recrutement se font sentir par les
employeurs à ce moment précis, se situent surtout aux niveaux
professionnel et technique, voire au niveau des travailleurs peu qualifiés dans
certains secteurs d'activité où les
conditions de travail sont difficiles. La qualité de l'éducation est variable
et la surscolarisation s'ajoute aux obstacles à l'insertion
professionnelle, et on l'assimile souvent à une surqualification. Pour nous, le
VG soulignait déjà le 9 % de personnes qui avaient été ciblées dans... qui
étaient capables de travailler, parce qu'on avait trop d'universitaires et que ce n'était pas là qu'était le besoin des
employeurs. On nous dit, au ministère, et on a tout pour croire le ministère, que c'est beaucoup mieux
aujourd'hui, mais ça reste certainement encore trop loin de notre but,
et il serait important de partager les informations, d'ailleurs, à cet égard.
La diversité de
l'immigration est à la baisse, avant même que se manifestent pleinement les
effets de la hausse des exigences à l'égard
de la connaissance de la langue française. Pourtant, la crise mondiale des
talents continue... et que, là, on
observe une volonté de plus en plus grande de travailler à l'étranger parmi les
personnes à la recherche de nouvelles
occasions d'emploi. Doit-on, dès lors, livrer bataille sur un terrain plus
étroit? La fédération croit qu'au contraire l'on devrait poursuivre
l'objectif d'accroître la diversité d'origine de l'immigration économique.
Depuis
août 2013, les exigences en matière de la connaissance du français ont été
rehaussées. Les candidats à l'immigration
doivent maintenant démontrer qu'ils ont une connaissance du français au moins
de niveau intermédiaire avancé, à
défaut de quoi, ils n'obtiennent aucun point à la grille de sélection, ce qui
en fait un critère éliminatoire pour des candidats compétents.
Compte
tenu du peu de données soutenant cette modification, il aurait, selon nous, été
plus prudent de l'introduire progressivement pour en mesurer les effets,
en évitant d'en faire un critère éliminatoire. La FCCQ propose que soit revu le
Règlement sur la sélection des ressortissants étrangers afin de rétablir le
pointage original obtenu à partir du niveau 6 et d'octroyer plutôt des points
bonis supplémentaires aux candidats obtenant des niveaux supérieurs.
L'arrimage entre les
chercheurs d'emploi et les employeurs est devenu plus difficile dans la plupart
des pays industrialisés. Le chômage persiste
ou fléchit peu, alors que le nombre de postes vacants augmente. Deux facteurs
sont en jeu : l'application des TI et des carences dans l'adéquation
emploi-formation.
S'adapter
à ce nouveau contexte de recrutement n'est pas simple et facile, en particulier
pour les PME. Les coûts de recrutement
des entreprises pourraient exploser. Ainsi, la FCCQ considère que le
recrutement constitue une fonction de gestion
des ressources humaines où l'aide gouvernementale est attendue et pourrait
faire une différence et que cette aide ne devrait pas se limiter au
recrutement des personnes immigrantes pour être efficace.
Le document de
consultation reste muet sur l'arrimage des procédures de sélection et
d'admission entre les gouvernements du
Québec et du Canada alors qu'entrent en vigueur au Canada des changements
majeurs, tant en matière d'immigration permanente que temporaire. Nous y
voyons une situation d'urgence. Et, bien que nous sachions qu'il y a un
dialogue depuis plusieurs mois, même années, avec Mme Maltais à l'époque où elle était
ministre, je pense qu'il est extrêmement important qu'on continue ce
dialogue pour arrimer le plus possible les mesures et les approches.
Le Président (M.
Picard) : Merci, Mme Bertrand.
Mme Bertrand
(Françoise) : Alors, nous sommes prêts à répondre aux questions, M. le
Président.
Le Président (M. Picard) : Je
cède maintenant la parole à Mme la ministre.
Mme Weil : Oui. Alors, bienvenue. Bonjour, Mme Bertrand, M.
Forget, M. Cournoyer. Beaucoup de nouvelles idées ici aussi. Je vois dans votre mémoire, le mémoire de la Fédération
des chambres de commerce, beaucoup de constats. On est vraiment ici pour
écouter les constats. Parce que c'est sûr que, dans le passé, nous, il y a... Évidemment,
au ministère de l'Immigration, on voit des progrès, mais c'est vraiment...
l'important, c'est de regarder maintenant, en 2015, où en sommes-nous? Où est-ce
qu'il y a des problèmes, des obstacles? Qu'est-ce qu'on peut faire pour aller
plus loin? Vous mentionnez une loi qui a besoin d'être dépoussiérée, ça, ça
viendra à la fin de l'année.
J'aimerais
aller sur quelques questions
précises. Ces questions de recrutement, vous êtes le premier groupe à en
parler, je pense qu'il n'y en aura pas
d'autres qui vont en parler, cette problématique, et que, finalement, c'est
devenu très, très difficile, très coûteux,
et peut-être que les PME sont vraiment prises avec un problème, ils ne savent
pas comment s'y prendre, donc
peut-être nous en parler. Puis, dans une perspective où on va amener la
déclaration d'intérêt, est-ce qu'il y a un mariage qui pourrait être
fait entre ces deux phénomènes? Parce que, derrière la déclaration d'intérêt,
il y a cette notion aussi d'amener les entreprises plus en amont du processus
de sélection. Les régions aussi, ça fait
partie de la vision qui s'en vient. J'aimerais vous entendre sur ça. Comment on
pourrait rendre le processus plus dynamique avec la déclaration
d'intérêt?
Mme Bertrand (Françoise) : Alors, merci, Mme la ministre, de la question.
Je vais m'en référer à notre
conseiller consultant, qui connaît bien
mieux que nous encore les détails des choses et qui va pouvoir vous éclairer. M
Cournoyer.
M. Cournoyer
(Michel) : Bonjour. Quand on interroge actuellement les employeurs,
autant au Québec qu'à l'étranger, parce que
c'est pratiquement universel, la plupart des employeurs vont hisser les problèmes
de recrutement parmi leurs premières préoccupations, même parmi les préoccupations de développement de marché. Partout, je dirais, dans les pays industrialisés, on observe des difficultés croissantes de
trouver, d'identifier, de sélectionner les bons talents. Ça s'explique en général par au moins trois facteurs,
et le premier, certainement, vous savez tous : le monde du
placement, le monde de la recherche d'emploi
a évolué énormément depuis 15 ans, et ce sont, avant tout, les
téléphones intelligents, les tablettes
qui ont tout changé. Aujourd'hui, on juge... J'ai rencontré quelqu'un
du CEFRIO, là, le CEFRIO au Québec
n'a pas de données exactes, là, mais, dans
certains pays, comme au Royaume-Uni, on juge qu'au-delà de 80 % de l'activité de recherche d'emploi, des individus qui se cherchent
des emplois, se fait par téléphone intelligent. Donc, c'est dire l'importance
d'Internet dans tout ça, c'est énorme.
Que fait un employeur lorsqu'il veut recruter?
Bien, ils ont plusieurs choix : Monster , Workopolis , Jobboom — je m'excuse des noms anglais — il y
a Placement en ligne...
M. Cournoyer (Michel) : Il y a LinkedIn ,
oui, LinkedIn . Et la première question qu'ils se posent, c'est celle
que je me pose : Quel est mon mot de passe? Non. Bien, enfin, c'est une
boutade, mais c'est tellement complexe, chaque logiciel a ses propres configurations, les mises à jour se font
régulièrement. Et donc on considère que, partout dans le monde, ces nouvelles technologies là, même si
elles ont facilité le recrutement, ont aussi complexifié. La personne-orchestre
dans l'entreprise, qui a à faire le recrutement, doit d'elle-même connaître ces
logiciels-là, les opérer et donc se débrouiller.
ajoute à cela un fait important aussi, c'est que, voilà une quinzaine d'années,
envoyer un C.V., bien, il fallait faire une photocopie, il fallait payer
le timbre-poste ou même aller le porter soi-même. Aujourd'hui, envoyer un C.V., un résumé, ça coûte une fraction d'un sou,
ça se fait par Internet. En fait, ça ne coûte plus rien. Et donc ce que
ça a fait, c'est que, dans les banques de données où les employeurs vont
recruter, on a multiplié les candidatures, et donc c'est souvent des logiciels
qui vont faire le tri dans les candidats, et ces logiciels-là, ce n'est pas
nous, ce n'est pas vous, là, ils comportent
des biais. Et puis les recherches démontrent qu'effectivement ces logiciels-là
excluent d'emblée, là, des personnes
qui sont compétentes, du fait de leur
programmation ou du fait qu'on y
entre par mégarde des mots clés qui ne sont
pas les bons ou que des personnes qui ont appris la langue d'une autre façon
ailleurs n'utilisent pas dans son résumé mais qu'on va utiliser, nous,
en utilisant ces logiciels-là. Donc, c'est des méthodes, ils ne sont pas
nécessairement discriminatoires, mais,
compte tenu de l'évolution des technologies, disons que ça devient très
compliqué pour un employeur.
deuxième élément, certainement, là, c'est que, partout dans le monde, on
observe une problématique de ce qu'on
pourrait appeler l'employabilité des diplômés, tu sais, dans le sens :
l'adéquation entre la formation et les exigences du marché du travail. D'ailleurs, il y a une grande firme de consultants
qui a parlé de «mondes parallèles» en
disant que les étudiants, les
enseignants et les recruteurs vivent dans des mondes parallèles. Les étudiants
souhaitent que la formation soit la
moins utilitaire possible et la plus... la moins utilitariste possible et la
plus générale, alors que les employeurs souhaitent que la formation réponde aux besoins du marché du travail immédiats, alors que les
éducateurs, généralement, vont dire qu'ils
forment la meilleure main-d'oeuvre. Tout ça fait qu'il est très difficile de s'y retrouver et de vraiment identifier, sélectionner la bonne
compétence au bon moment.
Ensuite, je dirais
aussi : Il y a des pratiques, tout simplement, qui existent dans chacune
des entreprises pour faire le recrutement.
Comme par exemple, qu'est-ce qu'un employeur fait pour recruter une
main-d'oeuvre? La première chose qu'il va faire, c'est qu'il va
téléphoner à son réseau de contacts. Or, dans une région où on compte très peu
de personnes issues des communautés, il va
être très difficile pour l'employeur d'entrer en contact avec des personnes
qui sont issues de ces communautés-là par le fait même que la première méthode
de recrutement, c'est le contact de bouche à oreille et c'est le contact des
personnes qui oeuvrent déjà dans l'entreprise. Donc, ces pratiques-là, qui ne
sont pas discriminatoires en soi, rendent très difficile, comment dire, la
pleine utilisation du potentiel de la main-d'oeuvre.
Mme Weil : J'ai combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Picard) : Sept minutes.
Mme Weil : O.K. Parce que
j'ai deux collègues après moi qui ont des questions. Donc, j'aimerais aller sur
la question d'arrimage et la question
d'urgence. À la page 15, vous dites : «...au-delà des TI, le document
reste muet sur l'arrimage des
procédures de sélection et d'admission», des deux gouvernements, le Canada, le
Québec, et vous parlez de travailleurs
permanents, temporaires. J'aimerais que vous m'expliquiez un peu le problème
que vous voyez au niveau de l'arrimage.
Mais aussi est-ce que vous avez un commentaire à faire sur les procédures,
surtout je parlerais des travailleurs temporaires,
les procédures du Québec, les procédures du Canada? Moi, j'entends souvent ça,
les employeurs qui disent : C'est
trop lourd, c'est trop long. Si vous avez des échos à cet égard... Comment on
pourrait rendre les procédures plus rapides, fluides et rapides?
Bertrand (Françoise) : Mais
plus elle sera... Woups! Pardon. Plus elle sera numérique, et plus elle
sera harmonisée, et plus ce sera facile.
Parce que, si la démarche est beaucoup trop longue, forcément... comme on parle
de travailleurs temporaires, ça peut être
une bonne solution, mais, comme disait un de mes anciens collègues,
l'opération a été un succès, mais le patient
est mort, d'une certaine façon. Alors, il faut faire très attention. Plus on
aura une harmonisation et plus ce
sera un système qui soit numérisé, plus il y aura un traitement qui soit
sérieux, avec des critères, et exigeant, mais qui soit plus allège.
Mme Weil :
Pour rester dans les perspectives d'avenir dans les nouvelles façons de faire,
comme vous savez, le Programme de
l'expérience québécoise, qui est un programme très intéressant, on le... je
l'ai mentionné ici la semaine dernière.
Pour la Nouvelle-Zélande, 85 % de leur immigration permanente découle de
l'immigration temporaire. Donc, c'est intéressant, c'est des gens déjà
intégrés avec un emploi, bon.
Les étudiants
étrangers, est-ce que vous, vous avez déjà réfléchi comment les entreprises
peuvent avoir un contact avec les étudiants étrangers? C'est un
programme qui connaît, depuis 2010, une croissance intéressante. On pense qu'il y a plus à faire pour les intéresser, mais
même peut-être presque en amont, alors qu'ils choisissent les
formations, alors qu'ils choisissent leur
formation, formation après diplôme, etc. Parce qu'en 20 jours ils ont leur
diplôme. Est-ce que vous avez réfléchi à cette question-là?
Bertrand (Françoise) : Oui,
nous avons réfléchi à cette question-là, parce que nous étions de ceux,
avec plusieurs autres intervenants, à
l'époque qui pressaient le gouvernement à entrer dans une démarche de
simplification pour les étudiants étrangers. Parce qu'ils ont déjà,
souvent, des copains, ils sont déjà immergés, au fond, dans la culture québécoise
et souvent ont déjà des amours québécoises. Donc, il y a souvent de l'intérêt.
s'aperçoit, si on veut regarder les bonnes pratiques, qu'il y a peut-être
l'Australie, mais il y a l'Estrie qui a fait beaucoup pour s'assurer
qu'entre les entreprises et l'université il y avait un dialogue constant, du
speed dating, et qui faisait en sorte que
les besoins... D'ailleurs, les entreprises, quand elles ont des besoins en
main-d'oeuvre, elles vont recruter dans
les universités, et, le jour où c'est facilité pour un étudiant étranger, bien,
forcément, il ne devient pas exclu pour être un candidat fort
intéressant. Alors, je pense que l'exemple de l'Estrie, à bien des égards...
D'abord, une chose qu'il faut dire, ils
connaissent leurs besoins en main-d'oeuvre, ce qu'on appelle la fameuse
information sur le marché du travail est
très bien défini et déterminé en Estrie. Et tout découle de cela, parce que, si
vous ne connaissez pas les besoins de demain et que vous ne connaissez que ceux du passé, bien, inutile de vous dire
que vous chercherez dans les mauvaises talles.
Mme Weil : Bon, là, parce
qu'on n'a pas plus de temps pour parler des nouvelles stratégies qu'on pourrait
adopter, j'aimerais revenir sur le talent qui est déjà ici. On a beaucoup de
groupes qui parlent de ça, la responsabilité partagée
de toute la société, incluant les entreprises, des constats, autant par la
Commission des droits de la personne que d'autres, d'une fermeture, on va de méconnaissance jusqu'à
discrimination, préjugé. Et nous, on vient de créer un... les Français
appellent ça un label, une certification d'employeur remarquable pour la
diversité ethnoculturelle. Vous, vous avez
aussi une reconnaissance, un prix pour l'entreprise qui se démarque à ce
chapitre-là. Avez-vous des constats, des
idées comment la Fédération des chambres de commerce pourrait nous aider, aider
la société civile pour faire en sorte que
les entreprises s'ouvrent à cette diversité, qui est déjà ici, des gens
talentueux, capables de mettre l'épaule à la roue?
Mme Bertrand (Françoise) : Bien, écoutez,
je pense qu'il y a, à l'intérieur du bassin qui est Montréal, la métropole...
Et on me faisait remarquer comment il y avait un congrès dernièrement sur les
questions de travailleurs immigrants, et
c'est alentour des métropoles, c'est partout dans le monde. Donc, il faut
regarder à Montréal qu'est-ce qui fait... ou le Grand Montréal,
qu'est-ce qui fait qu'un immigrant qui est qualifié n'arrive pas à se placer.
Donc, il y a
une responsabilité de l'entreprise à ouvrir ses portes, il faut qu'elle ait le
besoin, et puis la fameuse régionalisation de l'immigration reste
absolument problématique. Il faut penser à des solutions quasi de groupe, parce qu'un immigrant qui a déjà créé un peu de
racines ici, qui s'est trouvé un groupe d'association ici, il ne sera
pas très tenté de partir pour
l'Abitibi — même
moi, là, j'hésiterais, pas parce que je n'aime pas l'Abitibi. Donc, il faut
vraiment que ce soit l'emploi, l'emploi pour
sa conjointe, la facilité d'avoir des rapports avec autrui, donc la communauté
d'accueil a un travail à faire. Les chambres
de commerce ont, souvent par le CAMO, eu des initiatives à cet égard-là, puis
je pense bien que, quand les besoins sont marqués, elles se mettent en
marche, mais, quand c'est isolé, c'est plus difficile.
L'autre chose, c'est
la reconnaissance des compétences. On en parlait tout à l'heure avec
l'intervenant précédent : Est-ce que
les gens ont vraiment les qualifications qu'ils disent avoir au sens québécois
des choses? Et qu'est-ce qu'on fait pour que la passerelle soit la plus
rapide possible? Parce qu'on le sait, c'est vrai aussi pour des Québécois qui sont nés ici :
plus on est écarté du marché du travail, plus on reste écarté du marché du
travail. Donc, il faut mettre le pied
à l'étrier le plus rapidement possible. Et, pour un immigrant qui a déjà des
diplômes, il faut savoir l'intégrer le plus rapidement possible, avec
des passerelles qui soient adaptées et non pas faire refaire toute la roue, qui
décourage la personne, qui nous découragerait, nous aussi.
Alors, oui,
l'entreprise a des choses à faire, il faut qu'elle ouvre, mais, vous savez,
plus il va nous manquer d'employés, plus on
va être ouverts, la nécessité est la mère de tous les besoins, c'est sûr, et de
toutes les solutions. Mais nous, je
peux vous dire que la Fédération des chambres de commerce du Québec, on est
prêt à vous aider, au gouvernement, pour pousser les entreprises à être
plus accueillantes et, les chambres de commerce, les aider dans l'accueil
familial, si on veut.
Le Président (M.
Picard) : Merci. Je cède...
Mme Weil :
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Picard) : Oui. Je cède maintenant la parole à M. le député de
Bourget.
Kotto : Merci, M. le Président. Mme Bertrand, M. Forget, M. Cournoyer, soyez les bienvenus. Merci
pour votre contribution.
Votre fédération,
longue d'expérience, dispose certainement d'un budget de fonctionnement. Quel
est-il?
Mme Bertrand
(Françoise) : La Fédération des chambres de commerce?
Mme Bertrand
(Françoise) : 4 millions et des poussières.
M. Kotto :
O.K. Et est-ce qu'il dispose également d'un budget de recherche?
Mme Bertrand
(Françoise) : Oui, bien sûr. C'est le budget le plus important à la
fédération, le portefeuille de mon collègue
ici, stratégie et affaires économiques, bien sûr. Plus beaucoup
de bénévolat, dois-je dire, de la part de beaucoup d'entreprises. On a
plus de 400 entreprises qui oeuvrent dans nos 20 comités. Alors, il y a beaucoup
de bénévolat au-delà des sous dépensés.
M. Kotto :
O.K. Mais vous allez garder le montant du budget secret? Le budget de
recherche, j'entends.
Mme Bertrand
(Françoise) : Bien, ce n'est pas secret. Le budget de recherche, les
salaires, c'est au moins... Plus de la
moitié des argents de la fédération sont engagés dans la recherche, la gestion
des comités et puis les contenus que nous moussons, bien sûr.
M. Kotto :
O.K., mais un chiffre derrière ça.
Mme Bertrand
(Françoise) : Bien, si je dis 4 millions, donc c'est au moins 2 millions,
peut-être 2,5, 2,6.
Kotto : 2 millions, O.K.
comprends votre préoccupation relativement aux drapeaux rouges que vous agitez par
rapport aux besoins du marché et en termes
de main-d'oeuvre adaptée de façon tangible à ces besoins. Vous
dénoncez la surqualification — je résume — des
profils qui ne sont pas toujours en phase avec les besoins réels du marché.
Avez-vous, dans votre cercle, travaillé
à énoncer ou à désigner les entreprises, région par région, avec les profils
d'emploi en demande spécifiquement?
Mme Bertrand
(Françoise) : Non, ce n'est pas notre travail. Et, comme on participe de
façon très active à la Commission des partenaires du marché du travail, c'est beaucoup
par cette information-là et ce travail qui est fait. Il est question présentement, la Commission des partenaires du marché du travail, de raffiner...
non, même pas peaufiner, mais raffiner de beaucoup cette situation-là
pour être capable, justement, d'avoir beaucoup plus de cibles précises, et à ça
la Fédération des chambres de commerce est
prête à apporter son apport, parce
que, par le réseau des chambres, on
pourrait, dans le membership de chacune des
chambres locales, être capable de certainement mieux cerner... comme, d'ailleurs,
j'évoquais la réalité de l'Estrie. On sait que la Chambre de commerce de Sherbrooke
a été très active à travailler avec différents intervenants locaux, économiques
et communautaires à identifier ces besoins-là. Donc, ça se fait ailleurs. C'est
possible, c'est certain.
M. Kotto :
O.K. En 2007, de mémoire, au moment de porter les seuils d'immigration à 50 000 immigrants
par année, on projetait un besoin de main-d'oeuvre à hauteur de 700 000.
Et, dans une perspective de 2019... Ça, c'était
pour 2014, 700 000. Pour 2019, c'était 1 400 000. Mais, pour
2014, ce besoin ne s'est pas manifesté concrètement. Sur quoi se
basait-on?
Bertrand (Françoise) : Bien, j'ai
l'impression qu'on supposait les choses égales, par ailleurs, comme trop
souvent les économistes peuvent faire, à
savoir qu'il y avait une perspective où les gens prendraient leur retraite, le
fameux Liberté 55. Je pense qu'on
s'aperçoit, par certains d'entre nous qui avons les cheveux gris, même s'ils
sont teints — je parle
des miens, évidemment — que Liberté 55 ne s'est pas manifesté comme on l'anticipait.
C'est ce que je peux supposer, tout simplement, hein?
M. Kotto :
O.K. Alors, je reviens sur le besoin d'une immigration massive pour combler les
besoins d'emploi. Ce besoin se fait
de nouveau sentir, plusieurs personnes qui vous ont précédé ici l'ont exprimé,
ce besoin. Par contre, les pays
riches, à l'instar du Japon ou de la Corée du Sud, ont une courbe vertigineuse
de dépeuplement, dis-je, mais ils s'en sortent
dans tous les domaines économiques de façon admirable, sans avoir besoin d'une immigration massive. Pourquoi
nous nous inscrivons, à ce chapitre-là, avec des seuils aussi élevés en termes
d'immigration?
Bertrand (Françoise) : Bien,
écoutez, je ne crois pas que le Japon ait le même territoire que nous
ayons. Je pense que c'est une autre culture,
et leur situation économique n'est pas si enviable, puisqu'ils font face
présentement à une déflation assez importante.
Mme Bertrand (Françoise) : Oui. Alors,
écoutez, je pense qu'aussi le Japon vit en Asie. Nous sommes en Amérique du Nord avec des voisins très
compétitifs. On veut prendre notre place, et les entreprises, on le sait, ne
peuvent vraiment se déployer que dans la mesure où elles demeurent
compétitives, où elles développent des marchés. Et le regard que nous posons est un regard où ce que nous avons comme besoins
aujourd'hui, c'est certes maintenir un niveau universitaire de la main-d'oeuvre mais aussi des besoins techniques et
spécialisés, et on sait que, dans ces métiers-là, de plus en plus, que ce soit à 55, à 60 ou à 62, à un
moment donné, les baby-boomers prennent leur retraite, et nous aurons
besoin de les remplacer. Et donc c'est une question démographique, strictement.
M. Kotto : O.K. Et vous
prenez l'exemple du Japon, mais que diriez-vous de la Corée du Sud aussi?
Bertrand (Françoise) : Bien,
c'est dans la même Asie. Je veux dire, c'est une autre réalité.
Franchement, je ne suis pas assez compétente au plan des comparaisons à cet
égard-là.
M. Kotto : Soyez assurée, je
fais juste l'avocat du diable, parce que...
Mme Bertrand (Françoise) : Je vois ça, je
vois ça.
M. Kotto :
...j'ai besoin d'information, bien, besoin d'information pour raffermir notre
propre réflexion relativement à ces enjeux-là.
Dans votre
mémoire, il apparaît que les exigences linguistiques bloquent l'entrée...
Comment dire? Vous remettez, en fait, en question les exigences du
français.
Mme Bertrand (Françoise) : C'est
l'exigence absolue d'une maîtrise plus pointue. C'est le niveau 6 versus le niveau 7. On dit : Du moment que nous
sommes avec un appétit pour le français, que je me débrouille déjà... Puis
on l'a vu chez les Latino-Américains, par exemple, qui ont été capables de
faire le passage assez bien. Et peut-être, le 7, ce critère-là, ils ne le passeraient pas. Alors, nous, on dit :
Attention. Ça a été quand même une immigration intéressante que cette immigration-là. Et ne faisons pas du parlant
français plus littéraire, si on veut, la marque nécessaire pour immigrer
au Québec.
M. Kotto : O.K. Bien, vous
êtes au fait que près de 40 % d'immigrants qui arrivent, qui mettent leur
pied au Québec pour la première fois ne
parlent pas un mot de français et que cela vient contribuer... compte tenu de
la mauvaise performance de la francisation, vient gonfler le rang de...
M. Cournoyer (Michel) : Je n'ai pas
connaissance de cette statistique-là. Ce n'est pas en éliminant des candidatures compétentes qui connaissent le
français à un niveau qu'on a accepté pendant des décades qu'on va régler
le problème du 40 % qui ne parle pas le français.
M. Kotto :
Non, mais ça ajoute au problème du recul du français à Montréal, notamment, où
80 % d'immigrants atterrissent, et les régions en paient le prix
quelque part. Si d'aventure les régions pouvaient attirer cette immigration, et encore faudrait-il qu'il y ait une demande
concrète, tangible d'emploi, on serait peut-être sur une autre
configuration de la place du français au Québec.
Mme Bertrand (Françoise) : Bien, écoutez,
notre point n'est pas de dire qu'il ne faut pas faire du français... D'abord, ce n'est pas de remettre en question le
français au Québec, pas du tout. Tout ce qu'on dit, c'est le niveau.
Entre un français complètement maîtrisé puis
un français où je m'y intéresse, j'ai déjà les rudiments, nous pensons que,
lorsque cette démonstration est faite, on peut bâtir avec ces personnes-là de
façon fructueuse.
Le Président (M.
Picard) : Et je cède maintenant la parole à M. le député de
Borduas.
Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le Président. Bonjour, Mme Bertrand,
M. Forget, M. Cournoyer. Bon après-midi.
Vous avez parlé de
régionalisation de l'immigration, l'importance de faire une adéquation entre
les besoins du marché du travail et les immigrants
en région. Actuellement, on sait que près de 75 % des immigrants
s'établissent dans la grande région de
Montréal. Il y a une difficulté au niveau de la régionalisation. Il y a des
responsabilités partagées au niveau de la société d'accueil. Il y a
certains intervenants qui sont venus nous voir qui ont abordé la question d'une
obligation, à l'immigration, par le biais d'un contrat, d'aller s'établir en
région. Qu'est-ce que vous pensez de cette situation... de cette proposition?
Mme Bertrand (Françoise)
: Nous ne l'avons pas retenue comme solution. Puis on n'est pas là pour... Franchement, pour nous, on pense que la porte, la
clé de voûte, c'est l'emploi, dans la
mesure où il y a
un réel emploi qui soit porteur,
rémunérateur, avec l'accueil qui veut autre chose que de dire : On vous
invite au souper du dimanche, mais tenter
de trouver le bon travail pour le conjoint ou la conjointe, selon. Et puis
aussi, vraiment, une capacité d'accueil de la communauté,
nous pensons que c'est le meilleur contrat qui puisse exister. Ça ne peut pas
être juste le lien avec la personne qui arrive, il faut que ce soit le
lien de la communauté d'accueil, justement. Alors, le contrat ne nous apparaît
pas, à ce moment-ci... là, on n'est pas...
Jolin-Barrette : Vous
abordez le concept de capacité d'accueil. Actuellement, les taux de chômage sont plus élevés chez les
immigrants de cinq ans de résidence et moins. D'un autre côté, vous
dites : Bien, pour répondre au marché du travail, nous devons augmenter les seuils pour pouvoir combler cette main-d'oeuvre. Mais actuellement on n'est même pas capables de réussir à harmoniser... de créer des liens entre les
immigrants qui sont disponibles, prêts au travail, et les offres d'emploi disponibles. Comment vous
réconciliez ça avec votre approche d'augmenter... pour répondre notamment
à la question démographique? Et, en
sous-affirmation, si je peux dire aussi, il y a certaines études aussi
qui démontrent que l'immigration ne changera pas, ou d'une façon
négligeable, l'impact sur la démographie québécoise.
Mme Bertrand
(Françoise) : Je laisse notre conseiller...
M. Cournoyer (Michel) : Ce qu'on peut répondre à ça, c'est de dire que, même si,
du point de vue conjoncturel,
la création d'emplois au Québec a
ralenti — le
graphique est assez éloquent, là, dans le mémoire — il reste que la majeure
partie du besoin de main-d'oeuvre au Québec
est due au fait... aux besoins liés au remplacement, et ce remplacement-là n'est pas conjoncturel, là, ce remplacement-là, c'est un besoin permanent, qui arrive quotidiennement et qui se manifeste, là, d'une manière continue.
Donc, ce besoin-là,
on le voit, on l'observe, il est mesurable... On voit, hein, il y a des
régions, là, qui sont actuellement en baisse de population 20-65 ans de 7 %. Ça, c'est des besoins de remplacement qui
sont là actuellement, présents. Paradoxalement, on a des immigrants qui
connaissent le chômage. Ça veut dire quoi? Ça veut dire que les personnes qui sont disponibles ne correspondent
pas et ne sont... Ils ne sont certainement pas au bon endroit, parce que
là on parle... Par exemple, le 7 %, c'est la Gaspésie, les
Îles-de-la-Madeleine. Mais c'est certainement du fait que ces personnes-là ne
répondent pas aux besoins qui sont manifestes dans ces besoins de remplacement
de population là.
Mme Bertrand (Françoise) : Et que nous, nous ne sommes pas prêts, toujours, à donner la formation
appropriée. Je me rappelle très bien d'une
situation en Abitibi, mais ça ne concernait pas les immigrants, mais ce serait la
même chose. Les travailleurs de la forêt perdent leurs emplois, parce
qu'évidemment on sait qu'il y a eu une chute importante de l'activité de la
forêt. Les mines étaient en montée. Et il y avait des ouvriers qui avaient de
la grosse machinerie en forêt qui auraient
pu très bien faire le transfert du côté des mines, mais ils avaient besoin de
la transition. On avait besoin que l'école secondaire ou le cégep se
mettent ensemble, donnent une formation d'appoint. Alors, nous nous sommes mis ensemble. Il y avait les chambres de commerce
concernées, il y avait le ministère de l'Emploi, le ministère de
l'Immigration n'était pas là, mais il aurait
pu, s'il avait été... et avec l'Éducation, et on a trouvé une solution, et on
pu, donc, aider ces travailleurs-là à retrouver des emplois de valeur.
Alors, chez les
immigrants, c'est la même chose. Il faut, si la possibilité de la
reconnaissance exacte de leurs compétences ne se fait pas facilement, bien,
peut-être les aider à transiter vers un travail rémunérateur, valorisant et qui
corresponde aux besoins du marché du travail tels qu'on les connaît pour les
prochaines années.
Jolin-Barrette : À la page 18 de votre mémoire, au troisième
paragraphe, vous indiquez que vous remarquez que «l'immigration est de
moins en moins diversifiée alors que la crise mondiale des talents continue de
s'aggraver». Pouvez-vous définir cette affirmation-là?
Mme Bertrand
(Françoise) : Bien, écoutez... Michel, oui, c'est...
M. Cournoyer (Michel) : La crise mondiale des talents, ce n'est pas une
invention locale, là, ça vient des analyses des grandes institutions
internationales qui constatent qu'à l'échelle des pays industrialisés, à tout
le moins, il y a une compétition féroce pour le recrutement des compétences à
travers le monde.
Jolin-Barrette : Diversification?
Cournoyer (Michel) : Au niveau de la diversification, le graphique traite strictement, là, des données
qu'on retrouve dans le recueil, et ce qu'on
a fait, c'est qu'on a additionné, pour la période précédente et la période la
plus récente, la part des cinq pays les plus importants dans l'immigration
au Québec, et puis on s'est aperçu que cette part-là était grandissante. Donc, les cinq premiers pays
accaparent une
partie de plus en plus importante de l'immigration, et, si on le fait à une plus grande échelle, les 15 principaux pays accaparent une
partie plus grande de l'immigration. En
d'autres termes, on concentre l'immigration vers un plus petit nombre de
pays selon cette manière-là de voir les choses.
M. Jolin-Barrette : Et quelle est la
position de la fédération à cet égard?
M. Cournoyer (Michel) : Lorsqu'on a
une compétition accrue, d'une part, et que, par ailleurs, on a aussi des personnes à l'étranger qui souhaitent... et sont
de plus en plus mobiles, il me semble que ça va de soi qu'on élargit son
bassin de recrutement.
Bertrand (Françoise) : Ce
qui veut dire qu'il faut faire des efforts de rejoindre ces clientèles-là,
c'est sûr, mais toujours en gardant l'importance de notre spécificité,
il va sans dire.
Le Président (M. Picard) :
Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député de Mercier.
M. Khadir : Merci. Messieurs, madame,
bienvenue. Mme Bertrand, à ma connaissance, vous êtes la première à avoir la candeur de reconnaître que l'amour
pouvait avoir un rôle dans l'immigration. Donc, en fait, on pourrait peut-être
penser à engager Cupidon comme agent d'immigration, ou quelque chose comme ça.
Mais, pour revenir à des choses plus sérieuses,
vous avez dit d'emblée, et je pense que c'est un élément aussi important de votre mémoire, que le succès de
l'intégration va venir du succès économique, l'emploi, bon, etc., la
croissance. Or, tout récemment, on a eu
quand même des données très importantes sur les États-Unis et l'Europe. Aux
États-Unis, où le président Obama a
pratiqué une politique de relance de l'emploi, d'investissements majeurs dans
plusieurs secteurs, par l'État, l'économie va mieux, l'emploi est en
croissance, le chômage est à la baisse.
Mme Bertrand (Françoise) : ...les
gaz de shale aussi.
M. Khadir : Oui, mais c'est un... Il n'y a
aucun observateur sérieux qui y a fait allusion. Là, les gaz de shale et
tout ça, c'est un facteur incident, mais personne de sérieux, personne de
sérieux n'a mentionné ça comme élément.
Par contre, en Europe, ça fait déjà depuis
longtemps... mais depuis la crise de 2007, les politiques de rigueur budgétaire et les politiques d'austérité sont
pratiquées de manière presque religieuse, avec des conséquences
catastrophiques sur des économies qui sont
en stagnation, en récession, d'énormes problèmes de chômage, avec l'aggravation
de tous les problèmes d'intégration de
l'immigration qui sont flagrants en Europe. Donc, je me demande très
candidement : Est-ce que, conséquemment
à votre analyse, vous ne devriez pas appeler les gouvernements du Canada et du Québec à abandonner les politiques de rigueur budgétaire
et d'austérité et de penser à l'investissement et au soutien à l'emploi?
Bertrand (Françoise) :
Alors, je vais m'abstenir du commentaire
politique, mais je vais dire, M. le député...
M. Khadir : Non, mais non, ce
n'est pas politique...
Mme Bertrand (Françoise) : Non, non.
M. Khadir : ...c'est tout à
fait logique.
Mme Bertrand (Françoise) : Mais,
pour nous, il est important de redresser les finances publiques, puis on appuie
les gouvernements qui, un à la suite de l'autre, recherchent la lutte contre le
déficit budgétaire. Ça, on est d'accord. Maintenant...
M. Khadir : Ça pourrait être
par une contribution plus grande des entreprises.
Mme Bertrand (Françoise) : Oui,
voilà.
M. Khadir : Plus d'impôt des
entreprises.
Bertrand (Françoise) : Mais
on se tourne vers les entreprises, et il faut qu'il y ait des investissements,
du côté de l'entreprise privée, qui soient vers une recherche de meilleure
productivité, meilleure compétitivité...
M. Khadir : Ou plus d'impôt à
l'État.
Mme Bertrand (Françoise) : ...et
avec des emplois supérieurs.
Khadir : Bien oui,
bien oui. Non, non, mais vous demandez à l'État de franciser mieux,
d'accompagner mieux, de régionaliser.
Tout ça, ça coûte de l'argent. Vous dites : Éducation, transition. Ça
coûte de l'argent. Là, l'État dit : Je n'ai pas d'argent. La classe moyenne est déjà étranglée, les moyennes et
petites entreprises sont étranglées par l'impôt. Et les grandes entreprises encaissent d'énormes
économies, il y en a pour 600 milliards, dans leurs coffres, qu'ils
n'investissent pas. Alors, peut-être que les chambres de commerce pourraient
nous accompagner pour...
Mme Bertrand (Françoise) : M. le
député, nous sommes d'accord sur une chose : il y a des capitaux, et l'entreprise privée doit investir davantage. Et un
contexte économique avec des finances publiques saines permettra, nous l'espérons, puis c'est à ça que nous travaillons,
de relancer l'investissement dans le secteur privé. C'est absolument important.
M. Khadir : L'intervenant précédent a mentionné le problème particulier rencontré par les immigrants maghrébins qui ont de hauts niveaux de diplomation, possèdent
le français, mais, quand ils cognent à la porte des grandes entreprises,
comme les grandes entreprises ont besoin que
les gens soient bilingues — puis je suis capable de le reconnaître — bien,
ils sont discriminés à l'emploi, bien, malgré le français, malgré les diplômes.
Est-ce que les entreprises, les grandes, ne pourraient
pas faire quelque chose, au lieu que ce soit tout le temps l'État, là? On dit,
hein : Il faut encourager l'initiative privée. Alors, pourquoi les grandes entreprises n'aident pas en les
anglicisant, en investissant dans l'anglicisation de ses meilleures
compétences, des gens bien diplômés?
Mme Bertrand (Françoise) : C'est une
bonne suggestion, M. le député.
M. Khadir : O.K., ça va se
retrouver...
Le Président (M. Picard) :
Merci, Mme Bertrand, M. Forget et M. Cournoyer.
Et je suspends quelques instants pour permettre
au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 41)
Président (M. Picard) :
Nous reprenons nos travaux en recevant les représentants de la Table de
concertation des organismes au service des
personnes réfugiées et immigrantes. Vous disposez de 10 minutes. Je vous
demanderais de présenter les gens, et après ça il va y avoir un échange avec
les parlementaires. Donc, allez-y.
Reichhold (Stephan) :
Merci, M. le Président. Mme la
ministre, MM. et Mmes les députés. Merci beaucoup pour cette invitation.
Ça nous fait plaisir d'être ici.
Alors, je présente, sur ma gauche, Marie-Claire
Rufagari, qui est membre du C.A. de la TCRI; Eva Lopez, également membre du C.A.; et José Maria Ramirez. Donc, moi-même, je
m'appelle Stephan Reichhold. Je suis le directeur de la Table de concertation des organismes au
service des personnes réfugiées et immigrantes, qui regroupe une centaine
d'organismes communautaires qui oeuvrent auprès des personnes réfugiées,
immigrantes et sans statut au Québec.
Alors, avant
d'entrer dans le vif du sujet, soit les grands principes énoncés dans la
proposition, nous souhaitons souligner
deux éléments qui n'ont pas vraiment encore été abordés, débattus pour
l'instant à la commission : la question du rôle et de la
reconnaissance des organismes communautaires du secteur de l'immigration et de
l'intégration — et
d'ailleurs nous soulignons aussi l'absence... qu'il n'y ait aucun organisme
d'accueil de Montréal, de la grande région de
Montréal, qui ait été invité à la commission nous questionne beaucoup — et, deuxièmement, le cadre financier
dans lequel se joue l'intégration et la francisation au Québec, qui, pour nous,
est important aussi.
Alors, les
organismes communautaires sont des importants joueurs à l'égard de l'accueil,
et de l'accompagnement, et de l'intégration socioéconomique des nouveaux
arrivants. Les organismes de la TCRI sont également le principal partenaire du ministère de l'Immigration en termes
de déploiement de services directs en intégration et en francisation.
Des dizaines de milliers de nouveaux
arrivants s'adressent quotidiennement... enfin pas quotidiennement, en fait
durant l'année, aux organismes de notre réseau pour obtenir des
services. D'ailleurs, on souligne que le taux de fréquentation est d'ailleurs en hausse année après année.
Actuellement, on évalue... à peu près 50 000 personnes qui fréquentent,
par année, le réseau des organismes,
ce qui fait quand même beaucoup de monde, et c'est des personnes, donc, qui
viennent chercher du soutien et de l'accompagnement.
Nous
constatons cependant, dans... le document de consultation fait très peu mention
de cette réalité du rôle des organismes communautaires dans les efforts
et l'expertise déployés pour l'intégration des nouveaux arrivants, alors que tout porte à croire, selon ce qu'on entend et
nos discussions avec nos vis-à-vis, que le gouvernement prévoit
poursuivre cette voie et préconise le modèle
de l'intervention des organismes communautaires en première ligne. Je ne pense
pas que ce soit remis en cause, sauf si vous
l'annoncez aujourd'hui, et donc nous, nous sommes plutôt optimistes par rapport
à ça.
Pour le cadre financier, je reviens à
septembre 2011. Lorsque nous étions ici avec vous, Mme la ministre, vous vous souviendrez probablement, les niveaux
d'immigration en 2011, on était beaucoup plus nombreux à l'époque à cette commission, mais nous tenions plus ou moins les mêmes
propos qu'aujourd'hui. Comment les choses ont-elles évolué depuis 2011, donc depuis quatre ans? Le budget du ministère de
l'Immigration a été amputé de 7 millions de dollars, le budget dédié du ministère à l'action
communautaire a perdu environ 2 millions de dollars, sur 18 millions,
alors que la compensation fédérale
pour l'intégration et la francisation est passée de 283 millions à
320 millions, c'est-à-dire, depuis 2011, il y a 37 millions de
plus quelque part qu'on n'a jamais vus.
Alors, nous
nous questionnons bien sûr sur le cadre financier qui accompagnera le nouvel
énoncé de politique et le plan
d'action et de mesures. Donc, sur ça, nous recommandons vraiment vivement que
l'énoncé et le plan d'action soient accompagnés
d'une refonte du cadre financier, notamment les ententes avec les autres
ministères qui, pour nous... tout le travail
interministériel, pour nous, est la clé, je pense, de toutes les discussions
qui se font ici au niveau de l'intégration.
Sur ça, je passe la parole, parce qu'on a juste
10 minutes. Il reste six minutes, à peu près? Cinq minutes?
Le Président (M. Picard) : Il
reste six minutes.
M. Reichhold
(Stephan) : Oui, c'est bon. Alors,
Marie-Claire.
Mme Rufagari (Marie-Claire) : Nous
sommes très heureux d'être ici, et en plus de parler de l'inclusion, et de parler aussi de responsabilité partagée. Moi,
je travaille beaucoup au niveau du terrain, au niveau des pratiques et
de la formation, et un des défis qu'on
entend sur le terrain, que ce soient des intervenants du communautaire et des
autres milieux institutionnels, c'est
le peu et le manque de préparation de la société d'accueil face aux changements
qu'apportent les nouvelles réalités.
Et un des constats, c'est que tous les milieux qui n'ont pas adapté leurs
pratiques, malheureusement, excluent. Sans adaptation des pratiques, il
est très difficile de parler réellement d'accessibilité de ressources.
Alors, au
niveau de l'inclusion, ça veut dire qu'une des recommandations essentielles,
c'est que la question de la diversité, de l'immigration, du refuge et de
l'interculturel se retrouve dans nos politiques, dans nos programmes, dans nos équipes, dans nos organisations. Parce
qu'en fait, si je regarde les questionnements qui viennent du terrain,
nous tous qui sommes ici, nous sommes des
citoyens avant d'être au niveau professionnel. Et c'est intéressant de voir que
les citoyens ont beaucoup de questions sur l'immigration qu'ils n'ont
jamais l'opportunité de poser, et les immigrants ont beaucoup de questions sur le Québec et les Québécois qu'ils
aimeraient poser mais qu'ils n'ont pas l'occasion de poser. Et, pour un
souci d'efficacité, nous avons eu des projets qui ont fait leurs preuves. Le jumelage
interculturel, qui a été financé à l'époque
et qui a cessé d'être financé, est une réponse incroyable. Et je pense que ce
serait intéressant aussi que tout ce qui a été fait soit documenté et
partagé avec d'autres milieux. Alors, la question des... l'approche
interculturelle — qu'on
reviendra peut-être au niveau des questions — fait
ses preuves sur le terrain et gagnerait à être partagée dans d'autres milieux.
Je laisserai ma collègue parler de la question
de l'emploi.
Mme Lopez (Eva) : Bonjour à tous.
Et, bon, je suis très contente de vous annoncer des bonnes nouvelles concernant nos réseaux à la TCRI, parce qu'on entend parler comme s'il n'y aurait
rien qui se fait en régionalisation de l'immigration ou rien qui se fait
pour accompagner les immigrants en employabilité avec une approche spécifique à
leur situation, et la bonne nouvelle, c'est qu'on a deux réseaux, au Québec,
qui travaillent dans ce champ d'activité : premièrement, la régionalisation de l'immigration et, deuxièmement, l'employabilité
adaptée pour la réalité des immigrants. Alors, pour ne rien perdre, je
vais vous lire un court texte, et ouvrez bien vos oreilles, s'il vous plaît.
Bon. Alors,
commençons par le Réseau des organismes de régionalisation de l'immigration du
Québec, que nous allons nommer le
RORIQ. Depuis 17 ans, le Québec s'est doté d'un ensemble d'organismes pour
faciliter la régionalisation de
l'immigration : 19 organismes représentant 11 régions du Québec
et quatre organismes à Montréal comme porte d'entrée pour la régionalisation. Avec le temps, ces
23 organismes se sont regroupés, formant ainsi le RORIQ. Plusieurs
organismes RORIQ sont impliqués en régionalisation depuis 1998, soit depuis le
début. Ces organismes travaillent de concert à l'atteinte d'un objectif clair : faciliter les projets de vie et
l'emploi des personnes immigrantes dans les régions du Québec.
Étant des pionniers de la régionalisation de
l'immigration, l'expertise développée par nos organismes est concluante et a fait ses preuves. Le RORIQ
s'appuie sur des intervenants expérimentés travaillant en réseau pour
installer durablement près de
1 200 personnes immigrantes par année dans les territoires concernés.
Au cours des cinq dernières années, la mission et les pratiques du RORIQ
ont porté fruit. Nous avons fait le démarchage de 31 536 immigrants
et organisé 11 092 séjours de
prospection. Nous permettons ainsi l'établissement de
6 000 immigrants et 3 254 emplois, avec des
retombées économiques de plus de 114 millions de dollars pour toutes nos
régions concernées. Nos organismes ciblent
une régionalisation responsable et durable pour les familles immigrantes. Parmi
nos actions communes, le RORIQ organise un pavillon de régionalisation
depuis quatre ans à Montréal sous le thème Un emploi, un projet de vie .
Et maintenant, en parlant d'emploi, le Réseau
national des organismes spécialisés dans l'intégration en emploi des nouveaux
immigrants, le ROSINI, un deuxième volet de la TCRI, regroupe une vingtaine
d'organismes partageant une approche spécifique à visée systémique et offrant
des services spécialisés en emploi spécifiquement conçus pour les immigrants, et ce, depuis 20 ans. Le ROSINI vise à
faire reconnaître la spécificité de la situation et des besoins des immigrants. Il fait la promotion de ce
bassin de main-d'oeuvre auprès des employeurs et partenaires sociaux.
L'approche
ROSINI est issue de réflexions, recherches et actions en employabilité qui
permettent le perfectionnement et le
renouvellement des méthodes d'intervention efficaces. Le ROSINI a développé une
intervention spécifique basée sur l'approche
interculturelle adaptée au contexte de l'intégration en emploi. Cette
spécificité repose sur la compréhension du processus migratoire, des chocs identitaires et de la complexité des
situations auxquelles doivent faire face les intervenants en employabilité. L'approche interculturelle ne
focalise pas son action uniquement sur l'immigrant, mais elle reconnaît
la subjectivité de l'intervenant aussi. C'est tout.
Président (M. Picard) : Je cède maintenant la parole à Mme la
ministre.
Mme Weil :
Oui. Bonjour, M. Reichhold et Mme Lopez, M. Ramirez et Mme Rufagari. Bienvenue.
Je pense que c'est
cinq ou six organismes membres de la TCRI qu'on a entendus la semaine dernière,
autant de modèles extraordinaires, beaucoup en région, très dynamiques, des
approches innovantes, et on avait vraiment l'impression
que chaque organisme était adapté à son milieu, avait créé des partenariats.
Donc, beaucoup de matières
qu'on a trouvées... en tout cas, moi, j'ai trouvé beaucoup de matières pour
réflexion.
ce que moi, j'ai apprécié, ce n'est pas nécessairement, comment dire...
C'est sur mesure, c'est des approches, on dirait... puis j'aimerais vous
entendre là-dessus, c'est des approches sur mesure, dépendant des défis,
dépendant des partenaires dans chaque
région, donc une certaine innovation, certains... je pense
à SITO, l'innovation dans l'accompagnement à l'emploi. Et évidemment,
j'imagine, souvent c'est par rapport aux forces vives, les municipalités, le
rôle que jouent les municipalités.
Donc,
ce serait intéressant d'avoir votre perspective là-dessus,
par rapport à l'approche interculturelle, parce qu'une des questions que je pose,
c'est concernant ce modèle unique d'accueil et d'intégration, la question
est : Est-ce qu'il faut aller plus loin, mieux le définir, le formaliser?,
et votre expérience très, très concrète par rapport à ce modèle.
on l'a beaucoup entendu mais sans que ce soit nommé en tant que tel, mais dans
la description de leur façon d'amener
les gens à intégrer la communauté, et, en faisant ça, j'aimerais aussi savoir
comment va le programme premières démarches
d'intégration depuis que vous l'avez assumé, comment vous voyez ça dans la
continuité que vous avez avec la personne immigrante.
Mme Rufagari (Marie-Claire) : Alors, au niveau de l'approche interculturelle,
c'est une approche qui, dès le départ,
met l'accent sur l'interaction. C'est pour ça que la responsabilité partagée,
nous, nous parle énormément. Ça veut dire,
en fait, et c'est un de nos chercheurs et formateurs qui l'a nommé : dans
le processus migratoire, l'immigrant a à s'adapter, mais la société qui l'accueille a à l'intégrer. Quelque part,
en fait, on tient compte des acteurs en présence, des contextes, et de
faciliter l'interaction.
rôle de facilitateur, quand il n'est pas joué, pour du monde qui n'ont pas les
mêmes repères, on se retrouve avec des
défis au niveau des collaborations, au niveau d'intégration et au niveau de
participation. Alors, ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, le
milieu de l'éducation, la collaboration avec le milieu communautaire a donné
lieu à des facilitateurs et des médiateurs.
Je parlais récemment avec des gestionnaires qui nous disaient comment les défis
dans le milieu scolaire sont en train d'être résolus grâce à la
collaboration et la participation, et ils ne jurent que par ça.
seulement ça, ce qu'on remarque, en fait, c'est que, qu'on soit en santé, qu'on
soit en emploi, qu'on soit en éducation ou qu'on soit dans d'autres
réseaux communautaires qui ne touchent pas les questions d'immigration, les nouveaux paramètres, si on n'en tient pas compte,
on se retrouve avec des défis au niveau de nos évaluations et au niveau
des plans d'intervention. Donc, ça veut dire que, d'une certaine manière...
Vous avez parlé de l'innovation, et là c'est intéressant. Toutes les pratiques
adaptées nous renseignent sur une chose : est-ce que ça va permettre aux
cadres en présence, donc le contexte dans
lequel les interactions se passent, d'élargir, donc de toucher à la question de
l'exclusion, et on nous dit que même les pratiques adaptées deviennent des
réponses pour les Québécois qui sont en situation de vulnérabilité ou de pauvreté. Donc, quelque part, adapter n'est pas
seulement une réponse pour ceux qui arrivent, mais aussi pour ceux qui
accueillent, et c'est un rendez-vous pour des innovations, effectivement,
incroyables.
Mais
le défi qu'on a, et c'est ça qui est important à voir, c'est que beaucoup de
pratiques novatrices sur le terrain ne sont
pas nécessairement toutes documentées. On gagnerait à les documenter et à les
partager, sinon on est condamnés à refaire
la roue. Comme disait Stephan, il y a des choses, je pense, qui existent depuis
35 ans, à peu près, et qui quelque part se perdent parce qu'on ne
les a pas documentées ni partagées.
Tout
à l'heure, j'entendais nos prédécesseurs parler de l'emploi — je laisserai ma collègue en parler — moi, j'ai eu l'occasion d'être sur un même panel avec un consultant qui, lui,
travaille beaucoup au niveau de l'employabilité, il nous disait que le premier employeur au Québec, ce sont
nos PME, et elles n'ont pas été préparées face à la diversité. Donc, il y a un
bassin incroyable prêt à travailler et... Le Québec n'a jamais accueilli autant
de francophones, et très scolarisés, on peut se poser la question au niveau des défis, au niveau de les intégrer. Et
je pense que les employeurs se retrouvent exactement dans la même
situation que les autres acteurs.
Comme
citoyen, si la préparation est déficitaire, on se retrouve avec un terreau
fertile au niveau des préjugés et des
stéréotypes et qui est exponentiel au niveau de la xénophobie, au niveau de
l'islamophobie et de la discrimination. Et je pense qu'en termes... l'approche interculturelle est une approche qui
nous permet de travailler sur ces différentes dimensions.
M. Reichhold
(Stephan) : Pour une première démarche d'intégration, je peux dire
que, globalement, ça va assez bien. Je pense
que c'est un grand succès, je pense qu'il y a eu une croissance depuis trois
ans maintenant, et c'est, comme on le dit, la porte
d'entrée pour beaucoup de nouveaux arrivants. Ce qu'on constate, malheureusement,
ce qu'il y a un peu... tout le système
de référence est un peu défaillant. En fait, on échappe quand même
beaucoup de monde. Et aussi, tout l'arrimage entre
la première démarche d'immigration et objectif intégration, là, qui sont censés...
aussi il y a des problèmes d'arrimage. Ça arrive assez fréquemment que les gens
débarquent objectif intégration, alors qu'ils n'ont pas participé à PDI, parce qu'on ne les a pas référés. Donc, ça fait
quelques mois qu'on demande au ministère de pouvoir s'asseoir pour pouvoir discuter de ça. Bon, pour l'instant, on
attend toujours d'avoir une rencontre pour pouvoir, disons, arrimer les
choses, mais globalement je pense que ça apporte beaucoup de gains. En fait,
cette mesure-là aide énormément, oui.
Weil : C'est ça, j'aimerais parler vraiment dans l'objectif
politique, comme orientation politique. Parce qu'à l'époque il y avait un débat là-dessus :
Est-ce que c'est l'État qui devrait maintenir cette fonction? Mais l'autre
vision, c'était un peu plus comme on voit
ailleurs, dans d'autres pays, où c'est plus la collectivité par l'entremise des
organismes communautaires qui travaillent
sur le terrain, qui sont capables de faire le suivi. Donc, c'était de voir
votre perspective plus... Ce n'est
pas philosophique, là, mais, dans la pratique, est-ce que c'est une meilleure
pratique parce qu'il y a cette continuité avec tous les autres acteurs
dans cette collectivité?
M. Reichhold (Stephan) : C'est sûr
que c'est un outil de plus dans la boîte à outils des organismes. Donc, la plupart des organismes qui offrent le PDI,
premières démarches d'intégration, en fait, offrent l'ensemble des
services. Donc, ils passent d'un service,
ensuite, à l'autre. Donc, ils évoluent dans les différentes étapes, jusqu'à
l'accompagnement au niveau de l'emploi, ou s'il faut renforcer la francisation,
ou s'il y a des difficultés avec les enfants à l'école, ou s'il y a besoin d'une halte-garderie pour pouvoir
participer à des activités. Donc, tout ça est dans l'organisme. Donc,
c'est sûr que c'est beaucoup plus efficace que précédemment.
Mme Weil :
D'accord, très bien. J'ai participé à la conférence, où j'ai fait l'allocution
d'ouverture, Voies vers la prospérité — certains d'entre vous, je
pense, étaient là — où
vous partagez les meilleures pratiques, hein, je pense, à travers le Canada.
Est-ce qu'il y a des idées intéressantes qui ont surgi lors de cette
conférence? Est-ce qu'il y a des différences
dans l'approche? Est-ce qu'il y a des... Je sais que le Québec fait bonne
figure, c'est ce que j'ai compris, comparé à des organismes ailleurs,
c'est ce que j'avais compris. Mais peut-être nous en parler, cette comparaison.
Parce qu'on cherche évidemment, dans cette nouvelle politique, de nouvelles
actions.
Mme Lopez
(Eva) : Je dirais que nous,
en tant que province d'accueil, de régionalisation... Parce que, dans
cette conférence, la préoccupation majeure,
au niveau canadien, c'est vraiment l'occupation du territoire, comment attirer
les immigrants vers des centres plus... des
petits milieux, au lieu de les concentrer directement dans les grands centres.
Partout au Canada, c'est la même
problématique. Et je crois qu'on doit se féliciter, au Québec, d'avoir des
pratiques vraiment avant-gardistes par rapport à la régionalisation de
l'immigration, et, en effet, le Québec sert d'inspiration à plusieurs initiatives qui voient le jour dans différentes
régions éloignées des grands centres. Alors, on a de quoi être fiers,
effectivement, et dire qu'il y a un réseau d'organismes de régionalisation de
l'immigration qui fait un peu l'envie de d'autres réseaux partout au Canada.
Mais c'est
une préoccupation globale. Tout le monde veut avoir des immigrants et des
nouveaux employés pour leurs régions
respectives, mais le défi est grand. Je dirais qu'on a beaucoup d'avance par
rapport à d'autres régions au Canada,
et c'est de là l'importance d'enrichir cette expertise et de la préserver.
Parce que les réseaux d'organismes de régionalisation du Québec sont
dotés de l'expertise nécessaire pour accompagner les employeurs et les
communautés différentes, les différents
milieux, pour que la régionalisation de l'immigration, pour que l'immigration
est possible partout, dans le territoire québécois, où il y a un terrain
fertile à les accueillir.
Mme Weil :
Le nouveau système, éventuel, de déclaration
d'intérêt, on en parle beaucoup, et d'ailleurs
avec la Fédération des chambres de
commerce, des acteurs économiques. Évidemment, ça prend de l'emploi dans une région, ça prend du développement
économique, et j'ai l'impression que,
lorsque... Depuis des années, on parle de régionalisation de
l'immigration comme quelque chose d'assez abstrait, finalement, qui n'est pas
très connecté à la réalité, qu'il faut qu'il
y ait des pénuries et des besoins, et que les entreprises s'ouvrent à la
diversité, et qu'on fasse un genre de... On a parlé de speed dating, bon, c'est ça qu'il faut faire, mais que souvent
les compétences, comment dire... la formation n'est pas là si l'immigrant a besoin d'une formation
additionnelle, donc les cégeps, les universités, tout le rôle de ce milieu-là.
Vous, comment vous voyez ça avec ce nouveau système, éventuellement, de
déclaration d'intérêt? On aura l'occasion de voir
comment il va se faire au niveau du Canada, mais d'autres sociétés qui l'ont,
pour avoir un meilleur arrimage plus rapide entre le candidat à
l'immigration et les entreprises. Comment vous voyez ça?
Mme Lopez
(Eva) : Personnellement, je crois qu'une déclaration d'intérêt doit être attachée à quelque chose de très intéressant. Si on parle de régionalisation de l'immigration,
ce n'est pas un secret que c'est l'emploi le moteur mobilisateur pour la régionalisation. S'il n'y a pas d'emploi,
on perd notre temps. Et le rôle de nos organismes RORIQ, c'est vraiment préparer le terrain, et on les prépare très bien.
Pour arriver à placer 1 200 personnes par année, c'est parce qu'on
fonctionne adéquatement. Malheureusement, on
n'a pas les milieux... bien, la réponse directe au complet de la part des
employeurs qui ne sont pas préparés. Mais un grand nombre d'employeurs se préparent
vraiment à accepter l'immigration comme une avenue qui résout leurs problèmes
démographiques et leur manque d'employés.
Alors, une déclaration d'intérêt qui est
attachée aux vrais besoins des entreprises des régions et qui s'ajuste aux intérêts des personnes immigrantes, je crois
qu'elle devrait être travaillée, mais toujours en respectant l'intérêt et
les capacités de la personne immigrante à
répondre aux besoins qui sont représentés un peu partout sur le territoire
québécois. Cependant, il faut ne pas négliger l'aspect accompagnement. Parce
que les organismes RORIQ non seulement vont aller
recruter la personne immigrante à Montréal ou vont l'accueillir directement de
son pays, mais on va préparer le milieu,
et on travaille étroitement avec les différents acteurs dans chaque localité
pour favoriser l'accueil, l'intégration d'immigrants.
Mme Weil : Mais je vous
remercie, parce que je pense que le temps est écoulé.
Le Président (M. Picard) : Il
reste une minute.
Mme Weil : Une minute. Bien, vous parlez de contrer
l'intolérance, les préjugés, la discrimination. C'est important dans votre mémoire. On a beaucoup parlé de ça aussi. Que pensez-vous? Souvent, là,
on répète : Bon, l'éducation
quant à la Charte des droits et libertés. La
Commission des droits de la personne
en parle. Beaucoup de groupes disent : Ça prend une meilleure
éducation des droits et aussi une campagne de sensibilisation pour valoriser la
diversité puis que les gens... démystifier autant pour les entreprises mais que
tous les acteurs de la société civile. Et on parle aussi de l'importance des
milieux scolaires. Avez-vous un commentaire?
M. Ramirez (José
Maria) : Oui. M. le Président, c'est très intéressant, la question, et
je trouve que c'est très important, ce qu'on
fait en ce moment, parce que c'est l'occasion de pouvoir améliorer ce qui a été
déjà fait. Et je pense que, si ce qui
a été déjà fait, ça aurait marché comme il faut, aujourd'hui, au lieu d'y
réfléchir, à comment est-ce qu'on fait, on serait en train de fêter ce
qu'on a bien fait.
Alors,
le problème de dénatalité et de déficit démographique, c'est un problème
social. Mais l'angle pour lequel on veut attaquer, c'est presque
économique tout le temps, on parle d'emploi, on parle de problèmes économiques,
mais, quand on fait venir un immigrant, on
fait venir un nouveau citoyen qui seulement... Oui, il a besoin de travailler,
mais il a d'autres besoins sociaux aussi, et
on ne prépare pas la société d'accueil à le recevoir. Le nouvel immigrant
n'arrive pas dans un désert à tout bâtir tout seul. Mais la grande
responsabilité d'intégration, quand on voit tous les programmes, c'est porté seulement sur les épaules de la personne
immigrante. Malheureusement, la société québécoise, la société
d'accueil, a été exclue de ce travail
d'intégration depuis 2003, quand on a éliminé le programme de jumelage
interculturel. Je ne sais pas si vous
savez c'est quoi, ce programme-là, ce programme permettait à une personne
québécoise de se jumeler pendant une année avec un nouvel immigrant pour
l'accompagner dans toute son intégration, à tous les niveaux : emploi,
société, études, les milieux...
Le Président (M.
Picard) : M. Ramirez, je dois céder la parole à M. le député de
Bourget.
M. Kotto :
Merci, M. le Président. Mesdames messieurs, soyez les bienvenus.
M. Khadir :
...est-ce que je peux offrir une
partie de mon temps à M. Ramirez pour qu'il
complète...
Le Président (M.
Picard) : Il n'y a pas de problème, M. le député de Mercier.
M. Khadir :
...pour qu'il complète son... avec la permission...
Le Président (M.
Picard) : Est-ce que je peux passer à la réponse, puis on va...
M. Kotto :
Il y a consentement, pour nous.
Ramirez (José Maria) :
Alors, j'aimerais juste conclure en disant qu'on a besoin d'inclure la société d'accueil dans cette responsabilité
d'intégration des nouveaux immigrants, parce qu'un nouvel immigrant, ce n'est
pas juste un acteur économique, c'est un
acteur social, c'est un nouveau citoyen qu'il faut qu'il développe un sentiment
d'appartenance. Malheureusement, on ne fait absolument rien pour que le nouvel
immigrant développe un sentiment d'appartenance à cette société.
Tantôt, on a fait une petite blague, si les
exigences, au niveau du français, à mon époque seraient celles d'aujourd'hui,
aujourd'hui le siège où je suis serait vide.
Le Président (M.
Picard) : Merci, M. Ramirez. Je cède maintenant la parole à M.
le député de Mercier.
M. Kotto :
De Bourget.
Le Président (M.
Picard) : De Bourget.
Kotto : Merci. Merci, M. le Président. C'est intéressant, ce que vous disiez. Soyez les bienvenus, d'abord,
et merci pour votre contribution. On est dans le concret, là, on est dans le tangible et dans ce qui
fait sens, relativement à l'immigration, de l'autre perspective. Parce
que, quand — sans
pointer qui que ce soit — on
pose un regard purement utilitariste de l'immigration, on déleste
celle-ci de sa dimension humaine, ce qui n'est pas toujours très valorisant.
Parlant de concret, de
vécu, Portes ouvertes sur le lac, dans son communiqué, disait qu'elle cessait
un certain nombre d'activités — je
pense que vous êtes en lien avec cet organisme-là. Il y a
eu de nombreuses coupures budgétaires qui
ont affecté l'organisation avec les commissions
scolaires, Emploi-Québec, le ministère de
l'Immigration, Diversité,
Inclusion. Conférences régionales des élus, leur budget est passé de 750 000 $
à 450 000 $, si d'aventure les ententes initiales étaient reconduites
pour 2015, donc c'est sous réserve. Donc, on manque de liquidités actuellement.
Il n'y a personne, il n'y a aucun
interlocuteur régional de l'immigration depuis le 19 décembre. Là aussi,
on se sent un peu démunis.
Nous
discutons, certes, d'une politique, on est... on se situe dans l'ordre du
théorique pour l'instant, mais ça, c'est le concret, c'est le pratique.
Est-ce que ce sont des exemples que nous devons voir dans les mois, les années
à venir relativement aux défis que nous lance la nouvelle immigration?
M. Reichhold (Stephan) : Bien, au
niveau des problèmes
structuraux, là, qu'on a, il y en a effectivement
dans plusieurs régions. Dans les Basses-Laurentides aussi, il y a un organisme
qui a arrêté ses activités de régionalisation, Lanaudière aussi, Saguenay. C'est surtout dû à tout un chamboulement de
réorganisation du ministère de
l'Immigration qui... et avec Emploi-Québec, et, comment dire, des problèmes
d'arrimage entre... Parce que, souvent, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en région, les projets, les organismes qui travaillent en régionalisation, c'est les montages
financiers, ce n'est pas une subvention qui subventionne une activité, mais
l'organisme... Alors, s'il y a un des partenaires qui se retraite, le montage,
il tombe. C'est ce qui est arrivé à Portes ouvertes sur le lac. C'est ce qui
est arrivé en Chaudière-Appalaches, un
organisme que je ne nommerai pas. Et donc c'est ça, là, il n'y a pas de...
C'est de six mois à six mois, c'est
comme... Il n'y a pas de vision, on est actuellement... On ne sait pas où
est-ce qu'on s'en va dans ce dossier-là, ça, c'est un problème.
Mme Lopez
(Eva) : Je voudrais continuer par rapport à ça. C'est la fragilité de
la régionalisation, une régionalisation qui
existe, qui est concrète et concluante, mais qui est financée de façon
très difficile dernièrement. On a signé
les ententes annuelles avec six mois de retard, les chèques sont arrivés six
mois plus tard. Il y a des organismes qui ne sont pas capables
d'attendre, et il faut congédier le personnel, et c'est l'expertise qui part
avec ces personnes-là.
c'est dommage parce qu'on parle... on
entend des cris, des demandes d'aide de la part des employeurs, de la
part des communautés, et il y a un réseau de
régionalisation de l'immigration qui fonctionne et qui pourrait être encore
plus performant s'il serait subventionné