Health and Social Services — 4 October 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2016-10-04
Quebec — Committees
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Paradis (Lévis) est remplacé par M. Martel
(Nicolet-Bécancour) et M. Picard (Chutes-de-la-Chaudière), par M.
Schneeberger (Drummond—Bois-Francs).
Président (M. Villeneuve) : D'accord. Alors, ce matin, nous recevrons
l'Association des conseils multidisciplinaires
du Québec, qui sont déjà prêts à passer à l'audition, la Fondation
Marie-Vincent et le Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.
Donc, je tiens à vous
souhaiter la bienvenue à tous et à toutes pour ce travail en commission. Pour
les fins d'enregistrement, je vous demande
de bien vouloir vous présenter. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé.
Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Alors, sur ce, la parole est à vous.
Roy (Vanessa) : Merci beaucoup. Monsieur à la présidence de la
commission, Mme la ministre, Mmes les députées,
MM. les députés, nous tenons à vous remercier chaleureusement pour votre
invitation à la Commission de la santé et des services sociaux. Nous
sommes très heureux d'être là aujourd'hui pour notre première participation en
commission parlementaire.
Je me présente,
Vanessa Roy, physiothérapeute dans le réseau, également adjointe aux
communications pour l'Association des
conseils multidisciplinaires du Québec. Je suis déléguée par Mme Isabelle
Goffart, qui est la présidente de
l'Association des conseils multidisciplinaires. Je vous présente mes
collègues : Mme Myriam Ouellet, qui oeuvre au programme jeunesse du CISSS de
Chaudière-Appalaches, qui est travailleuse sociale et agente de relations
humaines, et M. Michael Monast, qui oeuvre comme personne autorisée par la DPJ
à la direction de la protection de la jeunesse au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. Mes collègues sont tous
deux présidente et président de leur conseil multidisciplinaire de leur établissement. Donc, c'est à ce
titre qu'ils
sont là aujourd'hui avec moi pour m'accompagner.
Donc,
qu'est-ce que l'Association des conseils multidisciplinaires du Québec? C'est
une association qui existe depuis
environ 20 ans. Notre but, c'est de faciliter les échanges d'information
et la collaboration entre les différents conseils multidisciplinaires des établissements de santé et
de services sociaux du Québec. Comme vous le savez peut-être, la
Loi sur
les services de santé et les services sociaux édicte que, dans chaque
établissement de santé et services sociaux, il doit y avoir un conseil
multidisciplinaire. Son rôle, qui est probablement peu connu, c'est de formuler
des avis et des recommandations directement
au C.A. de l'établissement et directement au président-directeur général de
l'établissement concernant la qualité des
services, l'organisation des services, la compétence professionnelle et
concernant l'amélioration des pratiques professionnelles. Donc, ça,
c'est le mandat des conseils multi dans chaque CISSS, CIUSSS, CHU ou
établissement de santé du Québec.
Donc,
nous, au niveau national, qu'est-ce qu'on fait? On partage les innovations
entre les différents conseils multi. On
facilite leur travail en favorisant l'efficience dans la réalisation de leurs
mandats, qui sont dévolus par la loi. On met à jour à chaque année un guide de fonctionnement de conseils
multidisciplinaires pour les aider à prendre leur place, avoir davantage de leadership, qui formule bien des avis
et des recommandations, tel que c'est prévu par la loi. On organise des
activités de formation puis on soutient tous leurs questionnements, là. Quand
ils ont des questionnements, c'est vers nous
qu'ils se retournent. On les représente également auprès du ministère de la
Santé et des Services sociaux quand c'est pertinent. Toute question qui a rapport à la qualité des services
offerts à la population dans ce cas-ci et de la qualité des services offerts aux enfants et aux familles,
c'est vraiment là-dessus que notre mandat est orienté. Donc, nos valeurs
qui sont chères à l'association, c'est l'efficience dans la réalisation des
mandats, la qualité des services.
Donc,
dans l'ensemble, le projet de loi n° 99 est globalement très bien
accueilli par l'Association des conseils multidisciplinaires. Étant donné
qu'on a reçu une invitation au mois d'août, c'est sûr qu'on n'a pas pu procéder
à une évaluation exhaustive de tout ce qui
était prévu dans le projet de loi. Pour cette raison-là, on a décidé de
circonscrire notre étude sur trois enjeux qu'on va vous présenter à tour
de rôle.
Le premier enjeu, ça concerne
l'harmonisation des règles applicables à un enfant, quel que soit son milieu de
vie. Dans l'ensemble, on accueille très
favorablement ces modifications-là, notamment qu'est-ce qui a trait à la
reconnaissance de la famille d'accueil de
proximité. On est vraiment d'accord avec ces dispositions-là parce que ça
reconnaît ces familles-là au même
titre que les autres milieux et ça
permet d'avoir des règles environ semblables pour tous ces milieux-là. Ça permet un meilleur suivi entre les intervenants
sociaux et les familles pour s'assurer que le plan d'intervention, par
exemple, est bien appliqué par ces familles-là.
Cependant,
on a une considération à vous communiquer par rapport à ça, on souhaite
vraiment que ça ne soit pas systématique,
la reconnaissance des familles d'accueil de proximité. On désire laisser une
certaine latitude, une certaine flexibilité
aux intervenants sur le terrain pour juger au cas par cas les situations parce
que, par exemple, un oncle qui pourrait vouloir prendre en charge un enfant pourrait ne pas vouloir s'engager
dans des processus de reconnaissance de famille d'accueil de proximité soit parce que c'est contre ses valeurs de
recevoir une rémunération à cet effet-là ou encore parce qu'il a déjà suffisamment de moyens financiers
puis il ne désire pas s'engager dans cette démarche-là.
Malgré tout, ça reste le milieu qui est le mieux approprié, puis
ça arrive, sur le terrain, qu'on n'ait pas besoin de faire cette
démarche-là, c'est ce qui est projeté par les intervenants-cliniciens ici, à
mes côtés.
plus, par rapport à l'harmonisation de la terminologie, on a relevé dans le
projet de loi certains endroits qui nous
laissaient perplexes quant à la compréhension. Nous, c'est sûr qu'on n'est pas
des juristes, on est des cliniciens, donc on avait des recommandations quant à l'harmonisation terminologique. On
a mis un tableau dans le mémoire qui résume, par exemple, trois endroits où ça nécessiterait probablement d'harmoniser la terminologie. Par exemple, remplacer, bon, l'énumération de divers milieux par «milieu de vie
substitut». Peut-être que ce n'était pas à clarifier, mais, pour nous,
c'était quelque chose qui causait un petit peu de confusion. Donc,
peut-être porter attention à ces trois éléments-là. Pour terminer cet
aspect-là, peut-être qu'on serait d'avis de formuler une recommandation à
l'effet qu'à l'article 1 de la
Loi sur la protection de la jeunesse qu'il faudrait peut-être clarifier les
notions d'«hébergement», de «placement» et de «confié à» parce que ce
qu'on entend sur le terrain versus ce qu'on lit dans la loi, des fois c'est
différent. Donc, ça serait gagnant de clarifier ces notions-là. Je
laisse mes collègues poursuivre.
Ouellet (Myriam) : Le
deuxième enjeu sur lequel on souhaite attirer votre attention, c'est la
possibilité de prolonger ou de modifier l'entente provisoire et la possibilité
d'une entente sur une intervention de courte durée.
Dans un premier
temps, la possibilité de prolonger l'entente provisoire, c'est favorablement
accueilli par l'association des conseils
multi, puisque le délai d'intervention supplémentaire pourrait permettre de mobiliser l'enfant, ses parents, de leur laisser le temps d'amorcer un
changement. Et ça pourrait aussi susciter leur engagement et permettre à
l'intervenant de déterminer l'orientation qui est la mieux adaptée aux besoins
de l'enfant. Ça pourrait aussi éviter la judiciarisation
dans des situations où est-ce que ce n'est pas nécessaire et, donc, éviter un
stress et un délai qui sont imposés parfois à des familles qui sont déjà
fragilisées par l'intervention du DPJ dans leur famille.
D'autre part, la possibilité d'une entente sur une
intervention de courte durée, bien, en fait, c'est que le projet de loi encadrera une pratique qui est déjà éprouvée,
là, dans les centres jeunesse depuis les dernières années, à l'étape de l'orientation plus précisément. Cette mesure-là
pourrait aussi contribuer à éviter la judiciarisation et favoriser l'engagement
des parents par une intervention de
conciliation qui amène le parent et l'enfant à collaborer à la recherche et à
la mise en place de moyens de changement pour que cesse la situation de
compromission.
deux modifications législatives là, par ailleurs, vont dans le sens des
objectifs et des principes généraux de la
Loi sur la protection de la jeunesse. D'une part, on doit privilégier,
quand les circonstances sont appropriées, les moyens qui permettent à l'enfant et à ses parents de
participer activement à la prise de décision et au choix des mesures qui
les concernent. D'autre part, on doit agir
avec diligence, donc éviter des délais qui sont superflus, et on doit être en
respect toujours du caractère exceptionnel de l'intervention de l'autorité du
DPJ dans les familles.
Les deux
modifications législatives reconnaissent et mettent de l'avant l'aspect
primordial de l'intervention sociale au-delà
de l'intervention judiciaire avec tous les défis que ça comporte, là, les
interactions entre la pratique clinique et l'intervention judiciaire.
ailleurs, ces mesures législatives là nous semblent connexes dans leur esprit
aux innovations en matière de déjudiciarisation
des dossiers qui impliquent des personnes ayant des problématiques de santé
mentale en matière pénale, par
exemple le Programme d'accompagnement Justice et Santé mentale de la cour
municipale de Montréal. On peut aussi penser
à la médiation, qui est souvent préconisée au niveau des conflits de séparation
ou dans toute autre situation. C'est devenu
une avenue qui est privilégiée. Donc, on croit que le projet de loi est
innovant au même
titre que ces exemples-là que je viens de vous donner.
dernier élément qui attire notre attention concernant l'entente provisoire puis
l'entente sur une intervention de courte
durée, c'est la notion du respect du droit de l'enfant d'être entendu. Donc, on
doit favoriser l'adhésion de l'enfant de
moins de 14 ans dans les ententes. Et ce qu'on veut souligner, c'est que
l'opinion de l'enfant, exprimée de façon libre, fait
partie déjà intégrante des bonnes pratiques des intervenants, mais
on peut comprendre qu'il y a certaines inquiétudes reliées au respect de
ce droit-là qui sont soulevées par des juristes. Donc, ce qu'on suggère, c'est
d'ajouter à certains articles de la LPJ une
notion concernant le devoir du DPJ de respecter le droit de l'enfant d'être
entendu dans l'élaboration de l'entente provisoire ou de l'entente sur
une intervention de courte durée. Donc, ça pourrait contribuer à ce que les
intervenants et les DPJ accordent une attention particulière à la libre
expression de l'opinion de l'enfant dans des contextes déjudiciarisés.
Le Président (M.
Villeneuve) : ...avant de prendre la parole, s'il vous plaît.
Monast (Michael) : Michael Monast. Je
suis président du Conseil multidisciplinaire du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.
Je suis intervenant à la protection de la jeunesse à l'intérieur du CIUSSS.
Le Président (M. Villeneuve) : Et
vous avez la conclusion, monsieur.
M. Monast (Michael) : Donc, la
conclusion et notre dernière idée, c'est celle qui est évoquée au mémoire de l'ACMQ et qui a trait au délai nuisant à la
continuité des services, et à l'article 53 du projet de loi n° 99
visé par l'article 90 de la Loi
de la protection de la jeunesse concernant le délai de 60 jours que doit
respecter le tribunal pour consigner par écrit une décision ou une ordonnance à compter de la date où elle est
rendue à l'audience ou à compter de la date de prise en délibéré. Il ressort que cette modification
législative a un impact positif dans les situations prises en délibéré, mais
que ces situations ne sont pas la majorité.
Donc, c'est un progrès que nous qualifierons, là, de partiel. Ces
situations-là, les situations qu'il y a des délais, c'est une mince partie,
comme je disais, puis la judiciarisation occasionne souvent de longs délais qui sont préjudiciables pour les enfants.
Donc, les intervenants sociaux constatent que les délais vécus par les
enfants et leurs parents auxquels les législateurs devraient davantage accorder une attention sont ceux rencontrés entre
le moment où débute l'enquête par le tribunal et le moment où ce dernier
rend sa décision ou son ordonnance.
Donc, le projet de loi aurait sans doute un plus grand impact sur le long délai rencontré par
les enfants et leurs parents si, par
exemple, on aurait inscrit au projet
de loi qu'il y aurait un maximum de
60 jours pour rendre une décision ou une
ordonnance à compter du début de l'enquête. Une telle mesure contraindrait le
système judiciaire à s'adapter
pour réduire les délais liés aux multiples
remises. De tels délais peuvent faire en sorte qu'un enfant, par exemple, est
maintenu dans un milieu où ce qui nuit à son développement pour une période,
des fois, allant jusqu'à 12 mois, 18 mois...
Président (M. Villeneuve) : M. Monast, je dois vous interrompre, le
temps imparti est écoulé. Vous aurez l'occasion
d'échanger avec les parlementaires. Alors, je suis convaincu qu'ils vont vous
donner le temps nécessaire pour pouvoir
terminer. Donc, merci pour votre présentation. Et nous allons maintenant
débuter la période d'échange, et la parole est à Mme la ministre.
Charlebois :
Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Villeneuve) : 17
min 30 s.
Charlebois : 17
minutes, d'accord. Alors, bonjour à vous tous, M. Monast, Mme Ouellet et Mme
Roy. Merci d'être venus et de présenter
votre mémoire, c'est super intéressant. Puis j'ai pris note, là, que vous avez
traité de certaines parties du projet
de loi, mais ça ne veut pas dire que vous n'êtes pas intéressés par le restant.
Même que vous nous dites que vous
êtes plutôt en accord avec beaucoup de choses qu'on propose. Vous auriez aimé
élaborer, mais, évidemment, le temps
qui nous est imparti, d'une part, et, d'autre part, le temps que vous aviez
pour rédiger votre mémoire font en sorte que vous ne pouviez pas toucher tous les aspects, puis je comprends ça.
Mais merci d'être là et de nous parler des aspects où vous souhaitez
qu'on fasse des changements.
J'ai lu votre
mémoire avec attention, et vous nous faites mention que vous accueillez
favorablement le fait que les familles
d'accueil de proximité soient encadrées. Ce que vous nous dites, c'est que vous
souhaitez qu'elles soient encadrées sensiblement
par les mêmes règles concernant l'évaluation du milieu, la signature du
contrat, les allocations financières, les
contributions parentales. Et vous nous dites aussi — je vous ai entendu nous l'expliquer un petit
peu — que vous
ne souhaitez pas que ce soit systématique.
D'une part,
je vais vous parler de l'encadrement et je vais vous ramener à ce que certaines
personnes nous ont dit ici. Il y a
des gens qui nous ont dit qu'ils souhaitaient que les familles d'accueil de
proximité et les familles d'accueil aient les mêmes conditions, c'est-à-dire qu'elles aient la même formation, les
mêmes questionnements quant à la certification des antécédents judiciaires, la solvabilité, les
dimensions pour les chambres. En tout cas, tous les critères qu'on a pour
les familles d'accueil, ils souhaitaient que
ce soit... Deux groupes nous ont dit qu'ils souhaitaient que ce soient les
mêmes conditions aux familles d'accueil de proximité. Qu'est-ce que vous pensez
de ça, vous?
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
Roy.
Mme Roy
(Vanessa) : Juste une clarification par rapport à ce qu'on a voulu
dire dans le mémoire. C'est que nous, on
pensait que de reconnaître les familles d'accueil de proximité comme les autres
milieux, ça faisait en sorte qu'elles allaient
être encadrées sensiblement par les mêmes règles. Donc, à cet effet-là, on a
fait cette conclusion-là. Si ce n'est pas ce qu'il en est, c'est que notre compréhension n'était peut-être pas
tout à fait juste. Mais, en fait, oui, on souligne que ça devrait être comme ça, qu'elles devraient être
encadrées sensiblement par les mêmes règles. Mais là il y a certaines
nuances que les intervenants cliniciens du terrain vont peut-être vous
apporter.
Charlebois : O.K.
Je vous écoute.
M. Monast (Michael) : Donc...
Président (M. Villeneuve) : M. Monast, juste quand vous prenez la
parole, vous nommer. Pour la personne qui fait la transcription, c'est
génial. Juste vous nommer, tout simplement. Merci.
M. Monast
(Michael) : Parfait. Donc, Michael Monast. Je me nomme seulement?
Le Président (M. Villeneuve) : Oui,
tout simplement.
M. Monast
(Michael) : Parfait. Donc, Michael Monast. Je le répète, au cas où
pour aider. Donc, oui, ce n'est pas une
mauvaise idée que les familles d'accueil de proximité aient accès aux mêmes
choses que les autres familles d'accueil. Par contre, c'est un peu le point de vue qu'on avait, être famille
d'accueil de proximité, ça inclut certaines choses par rapport à être simplement... Je dis simplement, mais ce
n'est pas simplement. Mais être un grand-parent, par exemple, qui prend
en charge son petit-fils, puis qui n'a pas
envie nécessairement d'avoir tout ce qui vient avec, donc lui donner accès, ce
n'est pas une mauvaise idée. De l'imposer, c'est peut-être une autre chose
parce que ce serait aussi d'imposer l'intérêt à ces formations-là à plein de gens qui ne l'ont peut-être pas. Donc, il n'y
aurait peut-être pas de valeur ajoutée. Puis en plus, bien, c'est aussi la capacité de ces gens-là. Ce
n'est pas tout le monde qui a peut-être cette capacité-là et l'intérêt
d'avoir, par exemple, des formations.
Charlebois :
Est-ce que je dois comprendre que ce que vous privilégiez, c'est le lien, la
force du lien avec l'enfant plutôt qu'une formation? Exemple, on donne
celle-là, là, mais ça pourrait être autre chose, formation RCR, c'est-à-dire que c'est plus important que le lien
d'attachement pour l'enfant soit préservé qu'une formation RCR? C'est que je comprends? Je ne vous dirai pas mon
opinion, là, je vous questionne. Parce que moi, j'en ai, une opinion, mais
je la garde pour moi.
Ouellet (Myriam) : Myriam
Ouellet. Je n'ai pas oublié de me nommer cette fois-ci. En fait, les deux
seront importants à considérer dans l'évaluation du milieu de vie de l'enfant.
Il ne faut pas oublier que, souvent, on a des enfants
qui ont été passablement fragilisés, hein, avant d'être placés. S'ils vivent un
placement, c'est qu'ils ont vécu des choses
aussi avant qui ont mené à ça. Donc, oui, parfois, la sécurité affective, le lien d'attachement doit
être priorisé pour ne pas ébranler
davantage ces enfants-là. Mais c'est sûr que c'est un ensemble de choses. Puis,
pour compléter un peu ce que
M. Monast disait juste avant moi, certaines personnes ne rencontreront pas
les critères, que ce soit au niveau — par exemple, je donne un exemple — du lieu physique, tu sais, la dimension des
fenêtres ou, en tout cas, la disposition des pièces. Mais parfois, ça,
pour nous, c'est secondaire, justement, au lien d'attachement qui doit être
préservé pour cet enfant-là pour qu'on le laisse dans un milieu connu avec des
gens avec qui il a un lien d'attachement significatif.
Charlebois : N'y
aurait-il pas — parce
que j'ai été interpelée là-dessus, même en fin de semaine, hein, on en parle,
des projets de loi, là, sur le terrain — deux critères que nous
devrions cependant considérer, exemple l'évaluation
judiciaire et l'évaluation pécuniaire? J'allais dire la solvabilité et la
certification judiciaire. Est-ce que vous croyez que ces deux
critères-là, cependant, devraient être évalués pour des familles d'accueil de
proximité?
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
Ouellet?
Ouellet (Myriam) : Mme Ouellet, oui. C'est sûr que, dans un monde
parfait, effectivement, on préférerait que
personne n'ait d'antécédents judiciaires, personne à qui on confie des enfants,
du moins, et qu'ils aient les moyens financiers
pour pouvoir subvenir aux besoins de l'enfant de façon égale à tous les autres
enfants qu'on confie à d'autres personnes.
Par contre, ce n'est pas toujours, dans la réalité, ce qui répond le mieux aux
besoins de l'enfant. Par exemple, on pourrait avoir un enfant qui a vécu
avec ses grands-parents et son parent pendant toute sa vie et que, bon, le
parent, pour x raisons, n'est plus en mesure
de supporter cet enfant-là. Donc, l'enfant se retrouve auprès de ses grands-parents,
mais, bon, par exemple, grand-maman a un
dossier judiciaire, là, pour une raison x. Ça ne fait pas nécessairement
d'elle une personne qui est moins apte à
s'occuper de cet enfant-là. Donc, c'est sûr que c'est des nuances, parfois,
qu'on souhaiterait que ça n'arrive
pas, mais, malheureusement ou heureusement, quand les grands-parents sont
impliqués, bien, des fois, ça arrive. Donc, je ne pense pas qu'il faut
faire un trait, là, là-dessus, tout est du cas par cas.
Charlebois : Bien,
c'est ce que j'allais vous dire, étant... Je pense que vous m'avez dit que vous
étiez intervenante vous-même. Alors, il doit
y avoir une évaluation que vous faites, justement, au cas par cas, dire :
Bien, ça dépend de la nature judiciaire du problème, là, tu sais, ça
dépend ce qui a été...
Ouellet (Myriam) : Ça dépend de la situation de l'enfant. Ça dépend
aussi de la situation de la personne qui est...
Charlebois : Donc,
c'est évalué.
Mme Ouellet (Myriam) : Oui, bien
sûr.
Charlebois : C'est
bien important que les gens entendent ça, vous comprenez?
Mme Roy (Vanessa) : J'aimerais
ajouter une précision si je peux me permettre.
Charlebois : Oui, bien sûr.
Mme Roy
(Vanessa) : Vanessa Roy.
Le Président (M.
Villeneuve) : Oui, Mme Roy, allez-y.
Roy (Vanessa) : Ce n'est pas
parce que la famille d'accueil n'est pas reconnue comme famille
d'accueil de proximité que les intervenants sociaux ne procèdent pas à une évaluation approfondie des
besoins de l'enfant. Donc, s'il constate
que, par exemple, il y a absolument besoin d'une formation RCR parce que l'enfant est
à risque de faire un arrêt cardiorespiratoire,
il va quand même pouvoir recommander à la famille de suivre cette formation-là.
Ces intervenants-là ont un excellent
jugement professionnel, puis je souligne la qualité leur travail. Ils
sont aptes à évaluer ces besoins-là pour le meilleur intérêt de
l'enfant, là, même si on n'est pas dans la procédure...
Charlebois : Bien,
merci de clarifier ça parce qu'on n'entend pas parler de ça souvent, puis je
trouvais ça important qu'on apporte la nuance que ce n'est pas parce
que les conditions ne sont pas les
mêmes qu'il n'y a pas eu une évaluation. Justement, on ne met pas les
enfants n'importe où, n'importe comment, avec n'importe qui.
Mme Roy
(Vanessa) : Un dernier aspect, si je peux me permettre.
Charlebois :
Oui, bien sûr.
Roy (Vanessa) : La reconnaissance comme famille d'accueil de
proximité, c'est quand même une bonne chose
parce que ça permet à ces enfants-là, par exemple, de recevoir les mêmes
conditions que les autres enfants placés dans d'autres familles, par exemple les allocations financières. Donc, ça
permet d'éviter la discrimination, par exemple, qui aurait lieu par
rapport au milieu de vie où l'enfant est placé. Donc, c'est vraiment une bonne
chose.
Charlebois : J'aimerais ça que vous nous réexpliquez — mais brièvement, parce que le temps file,
puis j'ai d'autres questions — le pourquoi vous ne voulez pas que ça se
fasse automatiquement. Vous disiez qu'il y a des gens qui ne souhaitent pas ça automatiquement, puis que ça
peut faire en sorte qu'ils se désengagent que d'avoir à être reconnus...
Est-ce que j'ai bien compris?
Ouellet (Myriam) : Myriam Ouellet. Bien, oui, parce que, comme on le
souligne, en fait, dans le mémoire, il
y a des gens qui ont déjà des sous ou qui ont déjà les moyens de prendre en
charge ces enfants-là et qui ne voient pas la plus-value à être reconnus comme étant famille d'accueil de proximité.
Il y en a d'autres pour qui ça entre en conflit avec leurs valeurs parce qu'ils se disent : Bien, moi, c'est mon neveu, c'est mon
petit-enfant, je ne veux pas être payé pour le prendre en charge, pour
moi, je le fais parce que je veux bien le faire.
Mme Charlebois :
O.K. J'ai le goût de vous amener sur les droits de l'enfant. Vous nous dites
dans votre mémoire d'ajouter aux
articles 47.1 et 51.1 une référence à la notion de droit de l'enfant
d'être entendu, j'aimerais ça que vous m'en parliez davantage. Et est-ce
que vous avez un libellé à nous suggérer?
M. Monast (Michael) : Michael Monast. En fait, ce qu'on voulait dire par cette idée-là,
c'est un peu en lien avec l'opposition
à cette notion-là de prolongation des ententes, que certains regroupements
pourraient en faire... qui est de laisser
un enfant un peu dans le néant pendant 30 jours, maintenant 60 jours,
c'est... Dans la pratique, l'enfant est entendu, l'enfant a droit d'être entendu et il l'est. L'intervenant, pendant ce
30 jours là ou ce 60 jours là d'entente, ne reste pas dans son bureau et il intervient auprès des familles et
de l'enfant. Donc, d'inscrire ça dans la loi, c'est un peu de rassurer
les regroupements qui pourraient s'opposer à
une notion qu'on trouve excellente pour les enfants, pour les familles puis
pour les intervenants. Donc, voilà.
Roy (Vanessa) : Puis, si je peux me permettre une intervention — Vanessa Roy — comme proposition qu'on pourrait ajouter, comme libellé, par
exemple, à l'article 47.1 de la loi, à la fin du premier alinéa, on
pourrait rajouter «tout en respectant le droit de l'enfant d'être
entendu» ou «tout en respectant les droits de l'enfant». Je sais qu'au travers de la
Loi sur la protection de la jeunesse
il y a, à certains endroits, cette notion-là, tout en respectant... Ça
serait de l'ajouter à 47.1 ainsi qu'à 51.1
qu'il est prévu, là, dans le projet de loi... Je crois que ça répondrait à des
appréhensions de certains juristes qui sont
venus ici, en commission parlementaire, en disant : Si on prolonge le
délai de 30 à 60 jours, on ne donnera
pas certains services, les droits de l'enfant ne seront pas respectés. Nous, on
répond un peu à ça en disant : Regardez, le travail des travailleurs sociaux, il est efficace, on fait tout ce
qu'on peut, mais, pour répondre à vos appréhensions, on propose
d'ajouter ça à la loi pour être sûr que ce principe-là est respecté.
Mme Charlebois :
Vous en parlez, justement, des délais, puis je veux vous ramener là-dessus.
Concernant le délai de 60 jours que le tribunal doit respecter, là, c'est
un peu ça que vous me parlez, là, vous nous suggérez de le consigner, donc, par écrit pour être certain que
ça va être respecté. C'est ça que vous me dites, en fait, là, pour qu'il
n'y ait pas de délai au-delà de... Est-ce que je comprends bien?
M. Monast
(Michael) : Michael Monast. En fait, si
vous faites référence à la troisième idée du mémoire, qui concerne les délais judiciaires, le libellé du
projet de loi, présentement, nous dit que la décision doit être rendue à
l'intérieur de 60 jours suivant la
prise en délibéré ou la décision rendue, donc, par écrit. La proposition que
l'on fait, c'est que c'est en lien avec le fait que les délais vécus par
les enfants puis les parents, ce n'est pas nécessairement entre la prise de décision puis la réception du jugement écrit, les
délais peuvent être entre le moment où on va une première fois au
tribunal, on va avec... en proposant des
choses, puis là, pour des raisons diverses qui peuvent aller des aléas de la
vie à un avocat qui est malade, à un témoin qui ne peut pas se présenter
ou un rôle de la journée trop chargé... puis là on remet, puis on remet, puis, dans certaines régions, bien, la
chambre de la jeunesse siège une fois par deux semaines, donc on reporte
à plus tard, et ainsi de suite, puis là
l'enfant peut rester, à ce moment-là, dans son milieu, par exemple, alors qu'on
demande qu'il soit retiré parce que
le milieu ne convient pas, et là ça dure comme ça un an, un an et demi. Puis
c'est en lien avec ça, la proposition
qu'on fait, c'est de restreindre le délai entre le moment de la première
audition au tribunal puis la décision. 60 jours, on juge que c'est... La
loi, en général, est faite un petit peu comme ça. Le 60 jours, on le voit
dans l'entente provisoire, le délai de 60 jours, tout ça. Donc, ça serait
un délai qui serait raisonnable.
Mme Charlebois :
Dans le fond, ce que vous dites, c'est : Organisez les affaires. S'il y a
un avocat qui est malade, faites-le remplacer, organisez-vous, mais il
faut que ça prenne 60 jours au maximum.
M. Monast
(Michael) : Exactement.
Puis, s'il manque de journées de tribunal dans une région, bien,
rajoutez-en. Puis faites en sorte que, si le
rôle est chargé, bien, il y aura
peut-être deux salles cette journée-là pour entendre... Tu sais, les solutions sont diverses, mais la proposition
de restreindre les délais, ça permettrait une créativité du système
judiciaire, qui, eux, devraient s'affairer à respecter.
Mme Charlebois :
Je vous rassure, ma collègue de la Justice travaille là-dessus, justement, à
améliorer les délais, oui, pour la protection de la jeunesse, mais plein
d'autres choses aussi.
J'ai une
autre question. Ici, vous nous suggérez de modifier l'article 76 de la Loi
de la protection de la jeunesse afin d'ajouter
la possibilité pour l'huissier de signifier, en laissant une demande à une
personne qui apparaît apte à le recevoir, l'avis. À votre avis, là, ce mode de signification là permet-il
d'assurer une confidentialité du dossier du jeune? Tu sais, moi, exemple, là, je recevrais ça chez moi pour un de
mes enfants. Ce n'est plus le cas parce que je n'en ai plus à la maison,
là, vous le comprenez bien à me regarder.
Mais n'empêche que, moi, si je suis quelqu'un qui est en lien avec l'enfant,
ça va, la mère. Mais, exemple, je ne sais
pas, moi, un ami d'un des autres enfants reçoit le papier du huissier, là,
comment vous voyez ça? Est-ce que vous trouvez que c'est suffisamment
confidentiel de remettre ça à quelqu'un qui a l'air apte à recevoir le document?
M. Monast (Michael) : Michael Monast. En fait, l'enveloppe, il n'est pas inscrit
dessus : Rapport psychosocial de
la DPJ, là. Donc, tu sais, je comprends que ce n'est peut-être pas ce qu'il y a
de plus confidentiel, mais, tu sais, à la limite, c'est une requête à l'intérieur d'une enveloppe
qui est CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, par exemple. Donc,
la valeur ajoutée au niveau de la confidentialité est peut-être là, peut-être
pas très grande par rapport aux multiples coûts
qui peuvent être liés, là, à aller rencontrer cette personne-là, elle n'est pas
là, et ainsi de suite, pour les coûts d'huissier, finalement, qui
augmentent.
Mme Charlebois :
Dans le fond, c'est juste un avis de se présenter à la cour, là, il n'y a pas
tout le rapport dedans.
M. Monast (Michael) : Bien,
comme je vous dis, il peut y avoir le rapport, il peut y avoir une requête, ces
choses-là, mais, dans tous les cas, c'est
une enveloppe qui est confidentielle, qui est cachetée, ce n'est pas
inscrit dessus : Ce parent reçoit les services du DPJ.
Mme Roy (Vanessa) : Si je peux
me permettre une précision. Vanessa Roy.
Mme Charlebois :
Bien sûr.
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Roy.
Mme Roy
(Vanessa) : Donc, notre préoccupation, c'était l'augmentation des
coûts rattachés à ça qui devront être assumés
par les établissements de santé et services sociaux, les coûts d'huissier. On
partage la préoccupation des directeurs de la protection de la jeunesse, qui en ont aussi parlé dans leur
mémoire de... Dans le fond, c'est les établissements qui devront assumer ces coûts-là. Donc, on se
questionne sur est-ce que c'est vraiment une valeur ajoutée dans le
contexte actuel. C'est plutôt ça.
Le Président (M. Villeneuve) : Pour
40 secondes, Mme la ministre.
Mme Charlebois :
Hé! Je voulais vous parler des fugues. On n'aura pas beaucoup de temps, mais
peut-être que mes collègues pourront vous amener sur la piste. Et je
voulais vous parler de voir comment vous avez évalué... quels moyens vous pensez que.... les moyens de contrôle
comme les portes barrées, etc., mais je laisserai ça aux autres parce
que je n'ai plus le temps, malheureusement. Merci.
Président (M. Villeneuve) : Merci, Mme la ministre. Alors, pour
les prochaines 10 min 30 s, nous nous dirigeons vers
l'opposition officielle. À vous la parole.
M. Lisée :
Merci, M. le Président. Mesdames messieurs, merci. La question de la ministre
est très pertinente. Bon, vous êtes
aux premières loges pour voir ce qui s'est produit cette dernière année, les
modifications qui ont été apportées. Alors,
je reprends la question de la ministre : Quelle est votre évaluation des
changements? Sont-ils efficaces? Doit-on en envisager d'autres?
Mme Ouellet
(Myriam) : Myriam Ouellet. On n'a pas, comme on disait d'entrée de
jeu, eu le temps de regarder chacune
des questions spécifiques, là, qu'on aurait peut-être aimé faire. Par contre,
ce qu'on peut dire, c'est que oui, on a jeté un coup d'oeil au rapport
Lebon. Moi, ce qui m'a sauté aux yeux, c'est que les éducateurs, les
intervenants sont consciencieux, respectent
les protocoles. C'est ce que moi, je constate dans ma pratique. Donc, il y a
aussi la question de la transition,
là, entre l'encadrement intensif et l'encadrement dans un milieu plus ouvert,
là, qui nous semble être une bonne idée
aussi, mais, encore là, peut-être pas applicable à tous les milieux, là, de
façon obligatoire, puisqu'il y a certaines régions qui ne bénéficient pas d'encadrement intensif sur
leur territoire. Donc, là, de faire un changement progressif, ça devient
un peu plus difficile dans certaines
situations, là. Donc, on n'a pas pu vraiment, là, faire des travaux plus
élaborés là-dessus, malheureusement. Je ne sais pas si mes collègues ont
d'autre chose à rajouter.
Mme Roy
(Vanessa) : Vanessa Roy. Ce qu'on constate, c'est que le projet de loi
semble bien répondre à la question des fugues, dans le sens où ça va
permettre de faire des ententes avec les services policiers. Les modifications
qui sont proposées, rajouter l'exploitation
sexuelle aux motifs de compromission de la sécurité, ça nous apparaît
comme étant un bon moyen de prévenir les fugues.
par exemple, il y a des changements dans les protocoles, des ententes
qui se créent, je crois que ça va
aider en ce sens-là. Par exemple, le rapport
Lebon soulève l'exemple du projet Mobilis en Montérégie. Si toutes les régions
pouvaient appliquer ce genre d'initiative
là... Et là les conseils multi ont peut-être un rôle à jouer à ce niveau-là
aussi, partager les innovations, ça fait
partie de notre mandat. Donc,
partager ça à toutes les autres régions, c'est quelque chose qu'il faudrait
faire.
M. Lisée :
Plusieurs des questions que je voulais poser ont été posées par la ministre, je
vais essayer de prendre la chose
complètement différemment. Vous avez vu le projet de loi, vous avez dit :
Voici ce qu'il faudrait modifier. Très bien, vous avez fait tous vos devoirs. Bien, je vous demanderais autre chose.
Vous êtes, donc, aux premières lignes, quels sont les principaux problèmes, les principaux enjeux
que vous vivez au quotidien et qui devraient faire l'objet de
changement? Qu'est-ce qui vous préoccupe le plus quand vous entrez au travail
le matin?
Mme Ouellet
(Myriam) : Bon, Myriam Ouellet. En fait, pour ce qui est du projet de
loi, moi, je considère qu'on a quand
même une loi qui... on performe bien, hein, au niveau de la protection, je
pense, de l'enfance. On a une loi qui encadre
bien nos pratiques et qui, de plus en plus, quand on la révise, on l'améliore.
Donc, ça, c'est positif. Ce n'est pas tellement là que moi, je vais
vivre la pression, là, au niveau de mon travail. Les problématiques sont de
plus en plus complexes. Les gens, les
familles, les jeunes vivent avec de plus en plus de problématiques
concomitantes. Parfois, on a du mal à accorder autant de temps qu'on le
souhaiterait à chacune des personnes qu'on a à notre charge dans nos «caseloads». C'est peut-être plus ça qui nous
confronte en tant qu'intervenants, moi, je dirais, que le projet de loi en
tant que tel ou que la loi.
M. Lisée :
...le manque de temps?
Mme Ouellet
(Myriam) : Le manque de temps, oui. Ce n'est pas seulement qu'en
protection de la jeunesse, là. Je pense qu'on se leurrerait de dire le
contraire, ce n'est pas juste nous, là.
M. Monast (Michael) : Michael Monast. En fait, pour répondre à votre question, en fait,
ce n'est pas un travail qui est
facile, en général, travailler en protection de la jeunesse. C'est côtoyer des
grandes difficultés, des gens qui ne sont pas nécessairement volontaires à recevoir des services. C'est la protection
des enfants, c'est les gens les plus vulnérables ou dans les populations les plus vulnérables de notre
société. Donc, nécessairement, ça peut être difficile sur le moral. C'est
un travail qui peut être usant pour certains. Pour la plupart, en fait. Puis
c'est une charge qui est lourde. Un intervenant à l'application des mesures, là, peut avoir 20 familles dans sa
charge de cas qu'il doit suivre, qu'il doit faire respecter les mesures judiciaires et volontaires. Il doit les
voir, il doit les aider, les soutenir, puis voilà. Ça fait que nécessairement
c'est une vocation, souvent, c'est un travail qui est demandant. Donc, voilà.
M. Lisée :
Les directeurs de la protection de la jeunesse, qu'on a vus en tout début, un
d'entre eux nous a dit : Écoutez,
il y a une pression budgétaire très importante qu'on doit subir depuis quelques
années, et c'est une très grande préoccupation.
La ministre, ce matin encore, dans une entrevue, dit : Il n'y en a pas eu,
de coupures, ça a été administratif seulement. Est-ce que vous, vous
sentez que vous avez moins de ressources pour faire votre travail ou que, la
somme de travail ayant augmenté, les ressources n'ont pas suivi?
M. Monast
(Michael) : Michael Monast. En fait, la pression budgétaire que
vous parlez, c'est une pression, qui est
imposée à tout le réseau depuis quelques années, de rigueur, d'optimisation,
tout ça. Ça amène le réseau, entre autres, des
centres jeunesse à modifier leurs pratiques, à y aller de créativité pour
essayer de donner les services de façon
optimale. Mais c'est certain que c'est un réseau qui, quand on parle... Je vous
parlais de 20 dossiers à l'application des mesures. Il y a quelques années, le ministère reconnaissait que ce
n'était pas la cible de 20, c'était plus bas que ça. Mais des dossiers
en attente, les listes d'attente qui demeurent à l'évaluation, les listes
d'attente entre l'évaluation et l'application
des mesures, c'est des choses qui existent. Il y a des moyens qui sont pris
pour les résorber puis pour y faire face, mais ça demande de la
créativité avec les moyens qu'on a.
M. Lisée : On avait la présidente de l'Ordre professionnel
des travailleurs sociaux qui nous disait que le mot qui revenait le plus lorsqu'elle parlait à ses
intervenants, c'est le mot «détresse» et qu'il était beaucoup plus fort
maintenant qu'il y a quelques années. Est-ce que vous confirmez ça?
Mme Ouellet
(Myriam) : Myriam Ouellet.
Qu'il y a quelques années? Je pense qu'on aurait besoin d'avoir un intervenant qui a peut-être plus d'expérience
encore que moi pour le dire, mais oui, ce n'est pas toujours facile, il faut admettre que ce n'est pas toujours facile. Puis,
comme on le disait tout à l'heure, ce n'est pas seulement qu'en
protection de la jeunesse, mais oui, on le
vit en protection de la jeunesse. On a un rôle de contrôle et de surveillance à
effectuer. On n'a pas que ça, non
plus, à effectuer, mais j'entends souvent mes collègues dire qu'ils déplorent le
fait qu'on attarde beaucoup de temps
au contrôle et à la surveillance et qu'on n'a pas toujours le temps d'aller
plus en profondeur avec les gens, alors que ce sont des gens qui ont des
grands besoins.
autre chose, c'est que... comment je le dirais? À vouloir uniformiser parfois
les pratiques, il y a du bon, mais nous,
on a une préoccupation, puis mes collègues ont une préoccupation aussi, à
savoir qu'on souhaite que les évaluations se fassent sur la qualité, pas seulement que sur le volume. Je ne suis
pas en train de dire qu'il n'y a pas de mesure de qualité qui est faite,
je ne crois pas que... Puis, pour connaître un peu les dirigeants de mon
établissement à moi, c'est une préoccupation,
là, d'offrir des services de qualité puis de répondre aux besoins des gens,
mais les professionnels sur le terrain ont cette préoccupation-là de
garder en tête que la qualité prévaut sur le volume et sur la quantité parce
qu'on travaille avec des humains. Et, malheureusement, les clients n'ont pas
tous le même besoin, hein, ce n'est pas vrai qu'on
peut dire : Un suivi, ça doit se faire en quatre rencontres puis... Il y
en a qui en ont besoin de trois, puis il y en a qui en ont besoin de
six. Ça demeure la réalité du travail social.
M. Lisée :
On nous a parlé aussi des plaintes pour conflit de loyauté. C'est-à-dire que,
d'une part, vous êtes des professionnels, vous avez un code d'éthique,
vous devez rendre au niveau professionnel le service pour lequel vous avez la responsabilité, mais, d'autre part, vous
n'avez pas les moyens de le faire, le temps de le faire, et que
l'augmentation des plaintes pour conflit de loyauté est notable depuis deux
ans. Est-ce que vous voyez ça, de votre côté?
M. Monast
(Michael) : Michael Monast. On est dans un réseau qui est en transformation.
On a en ce moment la fusion de la
première et la deuxième ligne. Je ne vous apprends rien. Ça fait en sorte que
les... comment je pourrais dire? D'abord,
il faudrait peut-être dire, la Loi de la protection de la jeunesse,
l'intervention en protection de la jeunesse, c'est une pratique de
pointe, spécialisée qui est difficile parfois à saisir. C'est une pratique, je
dirais, qui ne peut pas être toujours inscrite dans un livre de pratiques.
Puis le conflit de
loyauté est peut-être vécu présentement parce qu'on a dans le remaniement des
cadres, par exemple, qui peuvent être issus
de la première ligne, qui encadrent des professionnels de la deuxième ligne,
puis, à ce moment-là, c'est
difficile, peut-être, pour eux de saisir toute la notion de la Loi de la
protection de la jeunesse. Mais on est en
transformation. Ces problèmes-là, c'est difficile de dire s'ils vont être
encore actuels, une fois que la poussière sera retombée, que ces cadres-là, peut-être, recevront, là, les... Peut-être
qu'ils l'ont déjà, je m'avance peut-être, mais peut-être que c'est dû à ça. Parce que, sinon,
théoriquement, un professionnel prend ses décisions puis, pour qu'il y ait une
plainte à l'ordre des travailleurs sociaux,
ça prend une faute grave. Puis je trouve étonnant quand même qu'ils puissent
avoir des conflits de loyauté à ce point, qui mènent à des fautes
graves, mais...
Le Président
(M. Villeneuve) : Merci beaucoup, c'est tout le temps que nous
avions, alors nous allons nous diriger vers
le deuxième groupe d'opposition. Alors, M. le député de — bougez pas — Drummond — Bois-Francs, à vous la parole.
M. Schneeberger :
Merci. Bonjour à vous trois. Rapidement, premièrement, distinction au niveau de
la famille d'accueil. Est-ce que,
selon vous, on devrait faire une distinction entre ce que j'appelle la famille
d'accueil de proximité, entre les
liens parentaux, c'est-à-dire ma tante, oncle... les liens de sang, si on peut
dire plus rapidement ou admettons... Parce
que ce qu'on a entendu, c'est que, des fois, la notion de famille d'accueil de
proximité s'étend au deuxième voisin puis le quatrième voisin, là.
Est-ce qu'il faudrait faire une différence à ce niveau-là?
M. Monast (Michael) : Michael Monast. En fait, la distinction, je ne crois pas qu'elle
est nécessaire. C'est sûr que dit
comme ça, le quatrième voisin, ça fait un peu drôle, mais, pour que ce soit une
famille d'accueil de proximité, il faut
que ce soient des gens qui sont significatifs pour l'enfant. Donc, il n'y a pas
une famille pareille. Des liens significatifs, pour un, ce n'est pas nécessairement les mêmes pour l'autre. On peut
avoir des liens significatifs avec son grand-père, puis pas avec son voisin, puis, dans une autre
famille, c'est totalement l'inverse. Donc, de faire cette distinction-là, je
ne crois pas qu'elle est nécessaire.
M. Schneeberger :
Comment vous les retracez, justement, ces liens-là? C'est en parlant avec les
enfants? C'est comment vous faites quand il y a un cas de DPJ, là?
Comment vous savez qu'il y a un lien avec telle famille ou telle personne?
M. Monast (Michael) : Michael Monast. Bien, on demande à la famille. La loi nous dit
qu'on doit demander à la famille, on demande à l'enfant. C'est de cette
façon-là qu'on trouve les alternatives au retrait, là, de l'enfant de son milieu... plutôt le placement dans une famille
d'accueil, là, c'est en demandant : Est-ce que vous avez quelqu'un à
nous proposer, quelqu'un qui est significatif? Ou si on parle à l'enfant :
Est-ce qu'il y a un endroit où tu aimerais être en attendant? Des choses comme
M. Schneeberger :
O.K. Admettons que, demain matin, vous n'avez plus de problème au niveau du
personnel, là, tu sais, tous les cas sont
rencontrés au niveau des délais prescrits par la loi, et autres, est-ce que le
délai de 30 jours serait correct
ou vous demanderiez quand même un 60 jours pour, si j'ai bien compris, le
processus? C'est-à-dire que vous, vous
avez un signalement, vous allez voir les personnes, les parents principaux,
vous regardez, voir s'il y a une amélioration à faire, puis c'est pour ça que 30 jours, selon vous, c'est trop
court, vous demandez un 60 jours, ce serait plus... C'est ça, si je
comprends, l'approche. C'est ça?
Mme Ouellet
(Myriam) : Myriam Ouellet. En fait, ce qu'on dit, c'est que
l'augmentation de ce délai de 30 jours là pourrait nous permettre de mobiliser davantage les gens. Parce qu'on a
beau avoir tout le temps qu'on voudrait, même si j'avais une seule famille dans mon «caseload», cette famille-là,
30 jours, ce n'est peut-être pas suffisant pour elle pour pouvoir accepter qu'il y a des problématiques dans
sa famille, que son rôle de parent est mal exécuté, qu'elle doit faire
des changements puis amorcer un changement.
C'est quand même une intervention qu'on fait dans la vie privée des
gens. Donc, il y a un temps, des fois, qui
est nécessaire aux gens pour assimiler pleinement ce qu'on est en train de leur
dire puis collaborer davantage avec nous.
Parfois, ça va être la différence entre s'en aller vers le judiciaire, parce
que les gens sont en réaction, ou
bien avoir 15 jours ou 30 jours de plus puis pouvoir amorcer un
changement avec ces gens-là, puis amener des réflexions, amener une
évolution, puis de pouvoir travailler plus en collaboration avec eux. C'est
plus dans ce sens-là.
M. Schneeberger :
C'est ça. Mais, par contre, le 60 jours, il faut vraiment qu'il soit tenu,
et non l'étirer, là, pour x raisons que vous avez nommées tantôt, là. O.K. Je
comprends ça. Parfait. Combien qu'il me reste de temps?
Le Président (M. Villeneuve) :
3 min 24 s.
Schneeberger : C'est bon. Vous parliez aussi de demander plus
l'opinion des enfants. Selon vous, quel âge... Y a-tu un âge, selon
votre expérience, qui devrait être pris en considération? À partir de
10 ans, 12 ans?
Mme Roy (Vanessa) : Je vous
invite à nous référer à la convention sur les droits de l'enfant, la convention
internationale stipule que c'est à partir du moment où l'enfant est capable de
discernement. Donc, c'est selon le cas par
cas, le jugement des professionnels. C'est difficile de dire à partir d'un tel
âge, mais mes collègues peuvent préciser s'ils ont des nuances là. Ce
n'est pas nécessairement 14 ans, ça peut être avant.
M. Schneeberger :
Oui, mais, selon vous, votre expérience que vous vivez sur le terrain, je veux
dire, vous êtes pas mal plus en mesure que nous de commenter ça ou
d'émettre une opinion là-dedans, là.
M. Monast (Michael) : Michael Monast. En fait, je crois que, dès que l'enfant est en
mesure de parler, il faut minimalement lui parler. Ça, c'est la base.
Ensuite, son opinion... Peu importe l'âge, ce que l'enfant dit, il faut aussi, l'intervenant, qu'il le décode parce qu'on a un
enfant qui a un vécu, qui a possiblement un conflit de loyauté, qui...
Puis on est, par exemple, la DPJ, donc ça
peut amener l'enfant, je dirais, à adapter son discours. Donc, peu importe l'âge, il faut que
l'intervenant soit en mesure de lui parler puis, ensuite, de décoder, là, ce
qu'il veut bien lui dire.
Mme Roy (Vanessa) : Je tiens à
ajouter une précision si je peux me permettre.
Schneeberger : Oui,
allez-y.
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
Roy.
Mme Roy (Vanessa) : Vanessa Roy.
L'association, une de ses forces, c'est la multidisciplinarité, de faire
travailler plusieurs professionnels ensemble. On n'est pas là pour défendre
uniquement les travailleurs sociaux, notre proposition
est vraiment là pour répondre à une préoccupation qui a été soulevée par des
juristes, puis on a le souci d'arriver à
un consensus en se souciant des préoccupations des juristes. C'est dans ce
sens-là qu'on a amené cette notion-là. Parce que, dans le travail des professionnels, on pourrait vous dire :
Non, non, pas besoin, on le respecte, le droit des enfants, qu'est-ce que vous dites là? Tu sais, non, ce
n'est pas ça, c'est qu'on est conscients qu'il y a des préoccupations puis
on répond à ça pour s'assurer que c'est respecté, le droit de l'enfant d'être
entendu.
Schneeberger : Que ça soit intégré dans le processus, là, et
non juste au désir, ou au besoin, ou au... parce que, dans le fond,
c'est toujours le juge qui a le dernier mot là-dessus, là.
Mme Roy
(Vanessa) : ...on veut déjudiciariser parce que c'est une approche
innovante qu'on fait ailleurs, puis c'est la bonne voie, puis, en même
temps, on veut s'assurer que les droits sont quand même respectés dans ce
contexte-là.
Schneeberger :
Parfait, c'est bon. Ça va.
Le Président (M. Villeneuve) : Ça
va? Alors, mesdames, monsieur, je vous remercie pour votre précieuse
collaboration aux travaux de la commission.
Je vais suspendre les travaux quelques instants
et je demanderais au prochain groupe de bien vouloir prendre place, s'il vous
plaît.
(Suspension de la séance à 10 h 51)
Président (M. Villeneuve) : ...présenter d'abord et avant tout, et
vous avez 10 minutes pour votre présentation.
Mme Cyr
(Mireille) : Alors, M. le président de la commission, Mme la ministre,
Mmes et MM. les députés, je suis Mireille Cyr, cotitulaire de la chaire
interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles et professeure titulaire au Département de psychologie de
l'Université de Montréal. Je suis accompagnée d'Annie Fournier,
directrice des services professionnels au centre d'expertise de la Fondation
Marie-Vincent.
Nous tenons à
vous remercier, la Commission de la santé et des services sociaux, de nous
avoir permis de prendre part aux
consultations sur le projet de loi n° 99. Dans le cadre de cette
consultation, nous souhaitons donner une voix aux enfants et aux
adolescents à qui nous venons en aide depuis plusieurs années et contribuer de
façon constructive aux réflexions des parlementaires.
Fondée il y a
plus de 40 ans, la Fondation Marie-Vincent aide les enfants et les adolescents
victimes de violence sexuelle et leurs familles à surmonter cette
épreuve en s'assurant que des traitements spécialisés à la fine pointe des connaissances leur sont offerts à leur centre
d'expertise. Dans une optique de prévention, le centre d'expertise offre
aussi des services thérapeutiques aux
enfants présentant des comportements sexuels problématiques. La Fondation
Marie-Vincent joue un rôle de premier
plan au Québec dans la prévention de la violence sexuelle. La fondation mise
constamment sur les meilleures
pratiques dans le domaine de la violence sexuelle en soutenant depuis 10 ans la
chaire interuniversitaire Marie-Vincent.
La chaire a pour objectif de développer une expertise québécoise de fine pointe
en matière de dépistage et de traitement des agressions sexuelles envers
les enfants et les adolescents.
Fournier (Annie) : Depuis la création de la
Loi sur la protection de
la jeunesse, le Québec a fait des avancées significatives en mettant sur
pied un système de protection de la jeunesse des plus performants à travers le
pays et le monde. Ce système
a contribué à protéger un nombre incalculable d'enfants victimes d'agressions
sexuelles ou à risque de l'être. Parmi les modifications proposées dans
le cadre du projet de loi n° 99, celle visant l'inclusion de la notion d'exploitation
sexuelle à l'article 38d nous apparaît tout à fait cruciale.
Depuis
quelques années, de nouveaux phénomènes relatifs à l'exploitation sexuelle
apparaissent et prennent de plus en
plus d'ampleur. Ils touchent les
enfants, les adolescents de tous les âges, garçons et filles, et de toutes les
classes sociales, et de toutes les cultures.
Toutes les familles peuvent être touchées par différentes formes d'exploitation
sexuelle : prostitution et proxénétisme
juvéniles, pornographie juvénile, leurre d'enfants, cybervictimisation
sexuelle. Ces enfants et ces
adolescents victimes d'exploitation sexuelle ont, eux aussi, besoin d'aide et
de services adaptés. C'est la raison pour laquelle nous souscrivons de façon très positive à la modification de l'article 38d, pour que le projet
de loi précise que les
situations impliquant l'exploitation sexuelle d'un enfant se trouvent incluses
aux motifs de compromission à la sécurité et au développement portant sur les
abus sexuels.
Nous comprenons que le texte de loi ne peut
expliciter en détail tout ce que le terme «exploitation sexuelle» englobe. Cependant,
comme ce fut le cas pour le terme «abus sexuel», nous sommes convaincus
que des balises pourront être développées à la suite d'autres modifications
apportées à la LPJ par le biais d'élaboration de cadres de référence, de guides de pratique ou encore à
travers des notes explicatives inscrites dans diverses versions de la loi annotée.
En effet,
l'exploitation sexuelle englobe toute une panoplie de phénomènes :
cyberintimidation et cybervictimisation sexuelles, leurre d'enfants, prostitution et proxénétisme juvéniles,
pornographie juvénile, etc. Selon la récente enquête québécoise sur les
parcours amoureux des jeunes, un peu plus d'un jeune sur cinq rapporte avoir
été victime de cyberintimidation au cours
des 12 derniers mois précédant l'enquête. Une portion importante
des actes de cyberintimidation vécus
par les jeunes seraient reliés à la dimension sexuelle. Toutes ces formes
d'exploitation sexuelle, même s'il n'y a pas toujours de contact
physique comme dans l'agression sexuelle, entraînent des conséquences aussi
dévastatrices pour les
enfants. D'ailleurs, nos cliniciens constatent que ces enfants présentent
souvent des réactions et des séquelles semblables à celles des enfants
victimes d'agression sexuelle : symptômes de dépression, d'anxiété, d'état
de stress post-traumatique, troubles de comportement, comportement sexuel problématique,
sentiment de culpabilité, faible estime de soi.
Compte tenu du fait que l'exploitation sexuelle puisse englober plusieurs
phénomènes touchant les enfants et les adolescents,
nous recommandons qu'une démarche contribue à préciser des balises de référence
afin de mieux cerner le concept
d'exploitation sexuelle en tenant compte des phénomènes en émergence, ceci dans
le but que les jeunes victimes de toute forme d'exploitation sexuelle
puissent être protégées et recevoir les services dont elles ont besoin.
Par ailleurs, le phénomène
étant encore méconnu de nombreux intervenants, nous recommandons que les intervenants gravitant autour des enfants soient formés sur les différentes formes
que peut prendre l'exploitation sexuelle. Afin que les enfants et les
adolescents victimes d'exploitation sexuelle puissent recevoir des services
requis, nous recommandons que la
Loi sur
l'indemnisation des victimes d'actes criminels soit également
amendée afin que l'exploitation sexuelle soit reconnue comme étant un
motif de victimisation permettant aux enfants d'obtenir une compensation
financière et des services d'aide financés.
Nous
profitons également de l'occasion qui nous est offerte pour apporter
des commentaires, préoccupations et recommandations en regard des propositions d'amendement
qui concernent les communautés autochtones, les familles d'accueil et les moyens technologiques
mis en place au tribunal. Depuis plusieurs années, par le biais de nos
activités de transfert des
connaissances, nous avons établi des collaborations étroites et fructueuses
avec plusieurs communautés des Premières
Nations du Québec. Nous avons privilégié une démarche partenariale,
collaborative avec les Premières Nations dans le respect de leur culture
et de leurs valeurs, tout en favorisant leur pouvoir d'agir au niveau de la
prévention et l'intervention en matière
d'agression sexuelle envers les jeunes enfants. Nos expériences nous ont permis
de confirmer l'importance de favoriser l'implication des communautés
autochtones, le développement de leur autonomie et la préservation de
l'identité culturelle des enfants.
Dans
le cadre des services offerts à Marie-Vincent, nous constatons que les parents
des familles d'accueil sont présentement
mal outillés pour soutenir de façon optimale les jeunes victimes de violence
sexuelle qui leur sont
confiées. Pourtant, il est démontré que le
soutien donné à l'enfant est un élément très important pour assurer son
rétablissement. Ainsi, les familles
d'accueil ont besoin d'être sensibilisées, mais aussi de savoir comment aider
un enfant qui a dévoilé une agression sexuelle.
ailleurs, certains enfants confiés aux familles d'accueil présentent des
comportements sexuels problématiques. Ces
comportements deviennent souvent un enjeu important pour les familles
d'accueil, puisque l'enfant lui-même ou les autres enfants de la famille deviennent à risque de victimisation
sexuelle. De plus, ces comportements sont très difficiles à gérer pour les parents, qui se disent souvent mal
outillés devant ces situations. Afin de mieux soutenir les familles
d'accueil, nous recommandons qu'une priorité
soit identifiée afin d'offrir de la formation aux familles d'accueil leur
permettant de mieux composer avec des
enfants ayant été victimes d'agression sexuelle, d'exploitation sexuelle ou
encore présentant des comportements sexuels problématiques.
Pour
certains enfants, le fait d'aller témoigner est vu comme une façon d'être
entendu dans sa souffrance, une manière
d'avoir du pouvoir sur la situation et d'être validé quant au caractère inacceptable
des gestes qui ont été perpétrés. Toutefois,
pour d'autres enfants, sans soutien adéquat, les impacts du témoignage à la
cour peuvent être importants et générer des réactions et des séquelles
majeures. Ainsi, l'utilisation des technologies pour minimiser les impacts du passage à la cour nous apparaît positive pour les
enfants. Par ailleurs, le témoignage à distance pourra également permettre à certains enfants de régions éloignées, notamment
les enfants des Premières Nations, d'être entendus sans leur imposer le stress d'un déplacement de leur milieu de vie pour
quelques jours. Nous accueillons donc favorablement la modification à l'article 74 telle
que formulée à l'article 45 du projet de loi n° 99.
En conclusion, la fondation, le centre d'expertise
et la chaire interuniversitaire Marie-Vincent rêvent d'un monde sans violence sexuelle. Nous avons contribué au
développement des meilleures pratiques de traitement et de prévention pour soutenir les enfants victimes d'agression
sexuelle et les enfants présentant des comportements sexuels problématiques.
Nous sommes présentement à développer des
pratiques tout aussi efficaces pour répondre aux besoins des adolescents
et des adolescentes victimes de violence
sexuelle. Nous tenions, aujourd'hui, à vous dire combien nous trouvions
important d'inclure la notion d'exploitation sexuelle dans la
Loi sur la
protection de la jeunesse. Toutes nos recommandations sont guidées par une
seule chose, la plus importante selon nous, le mieux-être des enfants.
Président (M. Villeneuve) : Oui. Il vous reste
1 min 20 s, Mme Cyr Non, ça va? Merci pour votre
présentation.
vous pose la question immédiatement, on a 10 minutes de retard, est-ce que vous
préférez un prolongement des travaux ou si vous préférez... Qu'est-ce
que vous préférez, prolongement des travaux? Donc, on...
Président (M. Villeneuve) : Non. Bon, d'accord. Ça va pour tout le
monde? Donc, on va réduire le temps un peu de tout le monde au niveau
des partis politiques. Ça va?
Alors, la période des
échanges commence avec vous, Mme la ministre.
Charlebois :
...dire qu'on comprend la situation pour le député de l'opposition officielle,
on sait qu'il y a des choses qui se passent
cette semaine. Et, si c'était dans mon cas, j'apprécierais un peu de
compréhension, alors c'est pour ça...
Je veux juste dire aux invités que ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas
intéressants, c'est parce qu'il y a des... Voilà.
Alors,
d'abord, vous saluer, Mme Fournier et Mme Cyr. Merci d'être là. Pour avoir déjà
rencontré votre regroupement, je sais
combien de bon travail vous faites, et c'est toujours un peu... ça nous jette
toujours par terre d'entendre tout ce
qui se passe. Il faut que vous soyez faites solides pour entendre tout ce que
vous entendez et voir tout ce que vous voyez.
On a entendu des intervenants avant dire combien ce n'est pas facile pour eux
parce que ce n'est jamais joyeux, hein,
que de voir des enfants souffrir. Puis de voir des enfants qui vivent des
phénomènes pas plaisants, c'est encore plus difficile. Et j'aime la conclusion. On travaille pour qui? Bien, pour
les enfants. Alors, bonifions le projet de loi en ce sens-là, et je n'ai
même pas de doute qu'on va pouvoir travailler en étroite collaboration quand on
va arriver à l'article par
article avec mes collègues des oppositions parce
qu'on est tous là pour un même but.
Maintenant,
je vous entends parler du concept, là, vous voulez qu'on définisse mieux le
concept d'exploitation sexuelle dans
la... Mais, en fait, ce que je vous entends dire, c'est-u dans la loi que vous
voulez le voir précisé, mieux défini ou
bien si vous souhaitez des balises en dehors de la loi? Parce que vous avez
touché un petit peu les deux volets, j'aimerais ça que vous nous
entreteniez un petit peu là-dessus.
Fournier (Annie) : Annie
Fournier. Donc, en fait, je pense qu'on est conscients qu'on ne peut pas,
pour alourdir le texte, inclure dans le projet de loi toutes les définitions possibles du concept d'exploitation sexuelle. Ce
qu'on aimerait, c'est qu'effectivement il y ait un cadre de référence ou des balises qui
peuvent être définies, où, par
exemple, dans un projet de loi annoté, où est-ce qu'on aurait, là, un guide qui permettrait de définir
mieux le concept d'exploitation sexuelle
parce qu'encore aujourd'hui c'est un phénomène qui doit être mieux cerné,
mieux connu, là. Il y a encore du travail à faire, notamment par le biais de la recherche, pour bien comprendre ce phénomène-là et il y a
plusieurs avenues qui peuvent être incluses, là, dans le concept
d'exploitation sexuelle.
Donc, c'est sûr que,
dans les derniers mois, là, on a entendu beaucoup parler de la question du
proxénétisme juvénile ou de la prostitution juvénile, mais, en ce qui nous
concerne, l'exploitation sexuelle peut vouloir dire aussi pornographie juvénile, peut vouloir dire aussi
leurre d'enfants, donc des enfants, dans le fond, qu'on va hameçonner
par le biais de l'informatique puis à qui on
va proposer de faire des gestes sexuels à la caméra web. Ça, c'est des
phénomènes qu'on voit en émergence. Puis il
y a aussi toute la cyberintimidation ou la cyberviolence sexuelle, là, que ça
soit à travers les jeunes envers eux,
mais aussi les adultes envers d'autres jeunes ou envers les adolescents. Donc,
c'est un concept qui est quand même
assez large. Donc, notre souci, c'est de s'assurer qu'on va inclure toutes les
problématiques possibles pour ne pas
qu'on laisse de côté des enfants qui seraient victimes ou seraient victimisés
sexuellement, mais qu'on n'aurait pas pensé que c'était un phénomène que
c'était à inclure, donc.
Et l'autre chose
aussi sur laquelle on voulait peut-être... qu'on voulait souligner, c'est de
s'assurer que les intervenants, les gens qui
vont, dans le fond, avoir à appliquer cette loi-là sachent bien de quoi on
parle quand on parle d'exploitation
sexuelle. Donc, c'est pour ça qu'on parlait peut-être par le biais de
formations ou de soutien à ces intervenants-là,
puisque, comme je vous disais, c'est un phénomène en émergence, là, donc il est
encore peu connu, puis peut-être qu'on va se parler dans deux ans, puis
on va inclure des nouvelles problématiques auxquelles on n'avait pas encore pensé parce que les technologies évoluent
rapidement. Donc, c'est un peu ça, notre souci, là. Donc, c'est sûr
qu'on ne tient pas à ce que nécessairement
le libellé dans la loi soit... qu'il y ait une énumération, mais qu'on ait
vraiment des balises ou des guides de pratique, là.
Mme Charlebois :
Oui, qu'on puisse l'inclure, puis, s'il y a des modifications à y avoir, bien,
qu'on puisse les faire, pas attendre que la loi soit rouverte. Et, comme
vous le dites, il y a plusieurs phénomènes, là, à partir de l'abus qui ont été beaucoup médiatisés dans les années
passées, jusqu'à ce vous nous parliez de cyber... Je pense que vous êtes
le seul groupe, d'ailleurs, qui nous parle
de cyberintimidation, cybervictimisation, mais c'est incroyable les
conséquences, vous en parlez dans votre
mémoire, les conséquences sur le restant de la vie de l'enfant qui devient un
adulte. Vous nous parlez de comportements à risque, de problèmes de
santé physique, problèmes académiques, des problèmes de santé mentale,
problèmes émotionnels. C'est quand même important, là, les conséquences de tout
J'aimerais ça que
vous me fassiez la distinction, parce que ce n'est pas clair dans ma tête, la
différence entre la cyberintimidation puis la cybervictimisation sexuelle. Et,
en même temps, tant qu'à faire, est-ce que vous auriez une proposition — vous avez dû vous pencher là-dessus, à la chaire — sur la définition du concept ou, en tout
cas, dans les guides pratiques, là, ce qu'on pourrait inclure?
Mme Cyr
(Mireille) : Toute la cyberintimidation, c'est beaucoup plus large que
juste le volet sexuel. Dans l'étude dont
on parle dans le projet de loi qui a été faite auprès de
8 000 adolescents, il y avait quand même un adolescent sur
cinq qui rapportait avoir subi de la cyberintimidation. Et, de ce nombre-là, il
y en avait 33 % qui disaient qu'il y avait un volet sexuel. Ça fait que ça nous apparaissait important de quand
même mentionner la cyberintimidation parce que c'est une forme de
violence psychologique, et donc c'est un mauvais traitement à l'endroit des
enfants dont il faut protéger les enfants,
et donc ces enfants-là devraient avoir besoin de services. Ça fait que la
cybervictimisation sexuelle, c'est
vraiment, à ce moment-là... intimidation sexuelle, c'est quand ça inclut un
volet sexuel avec l'enfant, au niveau du discours, de lui demander
d'avoir accès à des photos. Donc, ça peut être plus étendu, mais c'est une
dimension, la cyberintimidation peut aussi
comprendre, par moments, des aspects sexuels. Je ne sais pas si tu veux ajouter
autre chose. Je ne sais pas si ça répond à votre question.
Mme Charlebois :
Très clair. Il y en a un qui est plus large que l'autre, mais c'est important
de les tenir en considération, les deux.
Mme Cyr
(Mireille) : Les prendre en considération, les deux, parce que, dans
les deux cas, il y a quand même une violence, hein, qui...
Mme Charlebois :
Mme Cyr (Mireille) : C'est ça.
Mme Charlebois :
Tout à fait.
Mme Fournier (Annie) :
Peut-être que je préciserais...
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Fournier.
Mme Fournier
(Annie) : Oui. La cybervictimisation sexuelle peut inclure, à ce
moment-là, le leurre d'enfants par
ordinateur, peut aussi inclure le harcèlement sexuel, par exemple, dans un
couple amoureux d'adolescents dont un des partenaires harcèlerait sexuellement l'autre puis ferait des pressions
de toutes sortes ou pourrait... Donc, la cybervictimisation sexuelle est un terme assez large. C'est toujours
des violences sexuelles, mais qui sont faites par la voie des technologies de l'information
qu'on a actuellement à notre disposition.
Mme Charlebois :
En avez-vous, une définition, un cadre? Ou je ne sais pas comment vous dire ça,
là, mais, puisque vous précisez qu'on
devrait inclure un concept dans des guides pratiques, etc., vous avez dû déjà
vous pencher là-dessus, vous devez en avoir, une définition, vous
autres.
Mme Charlebois :
Par écrit, je parle, là.
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Cyr.
Mme Cyr
(Mireille) : Je pense qu'on
pourrait s'y pencher plus. Il commence à émerger des définitions un peu partout. Je pense, ça demanderait vraiment
un travail... Nous, ce qu'on vous dit, c'est qu'on serait prêts à s'asseoir
autour d'une table pour y réfléchir avec
d'autres, essayer de voir les définitions qui ont déjà
émergé dans la littérature. Parce que, des
fois, en recherche, on va cibler une définition pointue, alors que d'autres ont
une définition plus large. Ça fait que je pense que ça demanderait... On n'a pas fait une étude systématique de
ces définitions-là, mais on voulait vous sensibiliser au fait qu'il y en a vraiment
plusieurs. Ça fait que ça demande peut-être un travail de réflexion pour bien les définir,
pour être sûr qu'on... Notre souci, c'est
qu'on n'échappe pas d'enfants. C'est que tous les enfants qui sont victimes
puissent avoir accès à des services pour les mauvais traitements qu'ils
subissent.
Charlebois : Je vais vous amener sur un petit peu... bien, pas sur un autre terrain, parce qu'on est toujours dans l'exploitation sexuelle. L'Ordre des
travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux nous
proposait des mesures d'insertion sociale et
de participation citoyenne aux jeunes en situation d'exploitation
sexuelle. Je ne sais pas si vous avez
vu leur mémoire, mais ils nous proposaient, justement, des mesures dans ce
sens-là. Qu'est-ce que vous pensez de ça? Est-ce que vous pensez que
c'est une bonne idée?
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Fournier.
Mme Fournier
(Annie) : Oui. Bien, en
fait, je pense que, nous, notre volet, c'est vraiment le volet clinique,
donc le traitement thérapeutique de ces
jeunes-là. Puis, quand on veut aider des jeunes victimes d'exploitation
sexuelle, il ne faut pas se limiter à
un seul mode d'intervention. Je pense que ce qui est payant puis ce qui est
gagnant, c'est l'adaptabilité des
services aux besoins de l'enfant lui-même. Donc, ce que ça veut dire, c'est
qu'il faut toujours commencer par faire une bonne évaluation des besoins. C'est quoi, les conséquences, les
séquelles associées? Il part d'où, ce jeune-là? Quels seraient les
éléments gagnants pour l'aider à sortir de cette situation-là? Puis, pour un
jeune, les besoins peuvent être vastes. Donc, je pense que tous les moyens sont
bons pour faire en sorte qu'on arrive à sortir un adolescent d'une situation
d'exploitation sexuelle.
Mme Cyr (Mireille) : Si je peux
me permettre...
Mme Charlebois :
Oui, allez-y.
Mme Cyr (Mireille) :
...d'ajouter, c'est qu'il n'y a pas... On sait qu'au niveau des séquelles de
l'agression sexuelle... on en a nommé
plusieurs, on l'a souligné tout à
l'heure, mais il n'y a pas un
portrait type de l'enfant. Il y a des enfants
qui n'ont pas de séquelles, même si l'agression a pu être sévère, alors qu'il y
en a d'autres qui en ont plusieurs dans
plusieurs domaines. Donc, c'est très difficile de pouvoir prévoir au départ les
séquelles, ou le profil, ou les besoins spécifiques de l'enfant, et
c'est pour ça qu'il faut travailler avec plusieurs options.
Puis
je vous dirais, dans le cadre de tout ce qui est plus cyberviolence, bien, on
n'a pas encore de très bonnes études, on
n'a pas suffisamment d'études aussi pour voir l'ampleur des séquelles.
On sait qu'il y en a, on le voit par des enfants qu'on traite à Marie-Vincent. Ces enfants-là ont des profils très
semblables, mais, maintenant, n'a pas de vastes études ou d'études, je
dirais, en nombre suffisant
pour, vraiment, pouvoir comparer ces deux volets-là. Mais je
pense qu'il faut savoir que, parce qu'il n'y a pas un profil précis,
bien, il faut s'adapter aux besoins des enfants et bien les évaluer.
Mme Charlebois : Ça fait 40 ans, hein, que la Fondation
Marie-Vincent existe. Je vais vous poser une question... j'allais dire presque la question qui tue. Vous
avez des enfants qui sont des adultes maintenant,
puisque ça fait 40 ans
que vous existez. Vous avez dû voir des... Puis il y a des gens qui doivent
s'impliquer dans votre fondation qui ont été elles-mêmes
victimes ou eux-mêmes victimes. Est-ce que vous êtes à même de dire que ce
qu'on ajoute dans la loi va nous permettre de moins échapper de jeunes, justement?
Est-ce qu'on en échappait beaucoup, des enfants victimes d'abus sexuel? Le fait qu'on a introduit
l'exploitation sexuelle, pensez-vous qu'on va échapper moins d'enfants,
moins d'adolescents?
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Fournier.
Mme Fournier
(Annie) : Oui. Mais,
d'abord, juste préciser que la Fondation Marie-Vincent existe depuis
40 ans, mais son centre d'expertise,
qui est, dans le fond, le volet services... le service clientèle est
dans sa 10e année. Donc, ça ne fait pas 40 ans qu'on traite... Il y
a eu d'autres volets avant, mais ça fait à peu près une dizaine d'années. Ça
fait que d'abord, pour répondre à votre question,
la première question, on a, effectivement, maintenant des enfants qui sont devenus des adultes, qu'on a la chance parfois de revoir
ou qui décident de nous recontacter pour nous donner de leurs nouvelles,
puis les conclusions sont très positives,
c'est-à-dire qu'on voit énormément d'enfants qui, effectivement, grâce au
suivi qu'ils ont eu, ont pu changer leur trajectoire de vie puis devenir des
adultes épanouis, puis c'est un peu ça qui nous a toujours un peu alimentés, à
Marie-Vincent. Parce que vous parliez tout à l'heure que c'est un travail
difficile, nous, on est dans
l'espoir. Ce qu'on aime, c'est de savoir que les jeunes qu'on traite, bien, on
fait une différence notable dans leur vie puis qu'on est là pour ça.
Donc, effectivement, de modifier la loi permet
d'identifier peut-être plus facilement des enfants qui seraient victimes, mais on sait qu'il y a
encore... Puis ça, Mireille pourrait
encore plus vous entretenir là-dessus, mais il y a encore beaucoup de non-dévoilement, hein, on sait que...
Mais plus on va donner d'outils, que ce soit aux intervenants, aux
enfants eux-mêmes, de mieux comprendre ce
qui est problématique, ce qui ne l'est pas et ce qui est à dénoncer, ce qui ne
l'est pas, qu'on va outiller les parents
aussi, qu'on va outiller les intervenants, plus on va faire en sorte que ces
enfants-là vont avoir un endroit pour
en parler. Mais aussi de leur dire qu'il y a quelque chose à faire. Donc, c'est
aussi ça qui est important, c'est de
retenir qu'on peut les aider. Souvent, les victimes d'agression sexuelle, ce
qu'elles ont peur, c'est qu'est-ce que ça va donner, ce que je dénonce. Ils ont peur plus des conséquences négatives
que ce que ça peut m'apporter. Donc, il faut aussi lancer le message aux victimes, que ce soit
d'exploitation sexuelle ou d'agression sexuelle, qu'on peut faire quelque
chose, on peut s'en sortir, il y a des
traitements efficaces qui permettent de les aider, qui peuvent changer, après
ça, comment ça va aller dans ma vie d'adulte.
Charlebois :
Je pense que le fait d'inclure la notion d'exploitation sexuelle dans la loi
donne un signal, là. Ce n'est pas
juste dans les guides pratiques, là, c'est dans la loi, là. Alors là, il y a
quelque chose là qui marque le terrain. Dites-moi, vous connaissez
l'entente multisectorielle concernant, justement, les enfants victimes d'abus
sexuels et de mauvais traitements physiques,
pensez-vous que la Loi de la protection de la jeunesse, avec l'entente
multisectorielle, va faire mieux son travail
maintenant avec toutes les modifications qu'on propose que ce qui se passait
avant? Parce que vous savez qu'il y a
une collaboration, là, réseau de la santé, le milieu policier, etc., alors
comment vous voyez ça? Santé et services sociaux, bien entendu.
Le Président (M. Villeneuve) : Mme
Cyr, en 30 secondes, s'il vous plaît.
Mme Cyr
(Mireille) : Parfait, merci. Je pense qu'effectivement c'est un plus,
ça va aider, le fait d'inclure une définition
plus large. Vous savez, moi, j'ai la chance de donner beaucoup de conférences
en Europe, de faire beaucoup de formation
en Europe et je suis toujours fière de leur parler de l'entente
multisectorielle, de la loi qu'on a ici. On a une grosse longueur d'avance sur la façon dont on
prend soin des enfants, et je pense qu'on... pour moi, c'est vraiment le
fait qu'on fait encore un pas en avant,
qu'on est plus inclusifs, qu'on suit, au fond, on suit la société, l'évolution
de la société pour inclure les nouveaux phénomènes, et donc je pense que
ça va aider les enfants, clairement, et les intervenants à faire leur travail.
Président (M. Villeneuve) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, nous
allons passer à l'opposition officielle pour les neuf prochaines
minutes, s'il vous plaît.
M. Lisée :
Merci, Mme Fournier, Mme Cyr. Écoutez, ces chiffres-là que vous avez dans votre
mémoire, on les voit une fois de
temps en temps, on est complètement affolés, et ensuite c'est comme si on
passait à autre chose, puis on ne voulait pas que ça s'imprime dans
notre cerveau.
Vous nous
dites, là, que 20 % des filles de moins de 18 ans rapportent avoir été
victimes d'agression sexuelle et 10 % des garçons. 20 % des
filles, 10 % des garçons, mais c'est un niveau épidémique.
Mme Cyr (Mireille) : Oui.
Puis, malheureusement, cette épidémie-là est mondiale. C'est-à-dire on n'a pas
des chiffres qui sont pires au Québec
qu'ailleurs dans le monde, et toutes les études qui sont faites à travers le
monde, on arrive à peu près à ces
chiffres-là. Donc, une femme sur cinq, entre 7 %, 8 %, 10 % des
hommes, ce qui est vraiment énorme. Et le problème de l'agression sexuelle, je pense, c'est qu'on ne veut pas en
entendre parler. C'est un phénomène qui se fait entre deux personnes. Souvent, il n'y a pas de témoin, il n'y a pas...
donc, pour les enfants, c'est excessivement difficile de prendre le
risque de révéler... On l'a vu avec l'affaire Ghomeshi, hein?
Donc, une chance, je vous dirais... C'est
malheureux de dire ça comme ça, mais une chance qu'une fois de temps en temps il
y a un phénomène comme ça qui arrive
parce que, là, on va en parler pendant quelques semaines, quelques mois, ça sensibilise
un peu les gens, puis, après ça, on a tendance à ramener ça dans l'oubli.
M. Lisée :
Bon, maintenant, on a des chiffres, est-ce qu'on peut penser que ça existait
avant, mais on le documentait moins ou est-ce que vous avez suffisamment de données sur suffisamment de temps pour nous dire si c'est stable,
ça augmente ou ça baisse?
Mme Cyr
(Mireille) : C'est assez stable.
M. Lisée :
C'est stable.
Mme Cyr
(Mireille) : C'est stable, c'est assez stable.
M. Lisée :
On peut penser que, dans les années 30 comme maintenant, 20 %, 10 %.
Mme Cyr
(Mireille) : Tout à fait. Oui, tout à fait.
Le Président (M. Villeneuve) :
Mme Cyr.
Cyr (Mireille) : Sauf
qu'avant on en parlait moins. Je pense, ce qui aide un petit peu, c'est le fait qu'on en parle
plus, ça aide certaines victimes à prendre le risque de dévoiler. Mais ces
chiffres-là sont assez stables dans le temps. Avant, dans les familles, là, dans toutes les familles ou presque, on savait qu'il y avait un mononcle qui
avait les mains baladeuses. C'étaient
des phénomènes qui étaient connus, mais on n'en parlait pas. Maintenant, les
enfants ont peut-être un peu plus de chances de savoir que ce n'est pas
correct puis qu'il faut en parler. Donc, ça aide certaines personnes à
dévoiler.
Lisée : Alors, vous proposez des mesures de bon sens, d'abord
une formation sur les pratiques d'exploitation sexuelle pour les intervenants, pour les familles d'accueil et pour les
familles de proximité. Ce qui me frappe, c'est que, si vous dites que ça
devra exister, c'est parce que ça n'existe pas?
Le Président (M.
Villeneuve) : Mme Cyr.
Cyr (Mireille) : Ça existe. Ça existe en partie, mais ça n'existe pas
suffisamment, de notre point de vue. C'est
étonnant de voir comment, dans les formations de médecins, combien d'heures
sont consacrées au phénomène des agressions
sexuelles alors qu'il y a des séquelles physiques, il y a des gens qui se
présentent avec des problèmes de santé physique
qui sont probablement dus à des agressions sexuelles. Ça fait que je vous parle
des médecins, mais ça pourrait être vrai de tous les autres
professionnels qui sont au niveau de la santé ou des services sociaux. C'est
sûr que, dans des endroits plus spécialisés,
en travail social ou en criminologie et psychologie, on va probablement en
parler plus, mais je pense qu'il y a des endroits où on n'en parle pas
suffisamment aussi.
M. Lisée :
Recommandation que vous ne faites pas, mais je voudrais vous entendre
là-dessus, n'est-il pas absolument urgent de réintroduire l'éducation sexuelle
à l'école par des sexologues pour que des enfants, ensuite des adolescents,
soient outillés pour reconnaître l'exploitation sexuelle, et réagir, et le
dénoncer?
Cyr (Mireille) : Si vous permettez, je vais laisser ma collègue, qui
est sexologue, répondre à votre question.
Fournier (Annie) : Annie Fournier. Donc, oui, je pense que, pour
répondre à votre question, c'est déjà prévu, si je ne me trompe pas, qu'il y a un projet actuellement de réintroduire
l'éducation sexuelle à l'école, il y a des projets pilotes en cours depuis l'année dernière et cette
année, là. Donc, c'est déjà prévu que ce soit fait, et, effectivement, je
pense que c'est quelque chose de très positif pour les enfants puis pour les
familles aussi de mieux savoir quoi faire puis...
M. Lisée :
Pas par des sexologues. Le projet, c'est que des enseignants vont faire ça.
Alors, moi, je suis très sensibilisé à ça. Parce que vous connaissez Sophie
Sexologue?
Mme Fournier
(Annie) : Oui, je la connais.
M. Lisée :
Alors, Sophie Morin, c'est ma filleule. O.K.? Alors, je suis très sensibilisé
au fait que, oui, les sexologues sont formés,
et c'est une formation particulière, puis ce n'est pas un enseignant avec deux
jours de formation — bien sûr, beaucoup de bonne volonté — qui va pouvoir le faire. Mais là, pour
l'instant, la proposition, ce n'est pas d'utiliser les ressources des
sexologues que nous avons au Québec pour faire ces enseignements-là.
Fournier (Annie) : Bien, en fait, si je ne me trompe pas, déjà c'est
une sexologue qui a monté le programme, puisque nous, on a participé, on a été consultées, entre autres, et on
est venues, là, ici, à Québec, pour voir ce qui avait été présenté.
Donc, déjà, je pense que la réflexion derrière le programme d'éducation à la
sexualité a été faite par une sexologue qualifiée, et tout ça, puis j'imagine
qu'elle n'a pas travaillé toute seule à tout ça.
L'autre
chose, ce que j'en ai compris, c'est qu'il y a possibilité quand même que
certaines écoles choisissent que ça soit
fait par des sexologues puis décident que ce soit ça. Pour d'autres, ça
pourrait être, effectivement, des enseignants qui se sentent à l'aise de le faire et qui pourraient,
par le biais, peut-être, de support ou d'aide d'un sexologue, le faire aussi.
Donc, c'est prévu quand même que les sexologues soient là.
Maintenant,
je pense que c'est vrai qu'on a des professionnels qualifiés au Québec qui sont
des sexologues, qui sont formés en
éducation à la sexualité, ils connaissent bien le développement psychosexuel
des enfants. Donc, je suis d'accord avec vous qu'il faut utiliser ces
compétences professionnelles là à bon escient.
Lisée : ...à même de dépister même les cas que des enseignants
formés en quelques jours... Maintenant, vous parlez de cyberintimidation, de cybersexualité, et là, évidemment, c'est
affolant, les chiffres dont vous parlez. Évidemment, j'ai des enfants,
ils sont en ligne, et je suppose que, tu sais, il faut être très, très, très
vigilant face à ça. Mais il y a un phénomène
dont vous parlez, c'est le leurre d'enfants. Vous dites que la sollicitation
sexuelle par leurre touche environ le tiers des enfants cyberintimidés.
Expliquez-nous ce que c'est, le leurre d'enfants.
Fournier (Annie) : Alors, Annie Fournier. Le leurre d'enfants, c'est,
en fait, de tromper l'enfant par un discours,
hein, on pourrait... par le «chat» ou l'échange, là, de... que ce soit sur
Facebook ou d'autres plateformes, là, de médias sociaux, amener l'enfant, dans le fond, à discuter. Puis,
d'abord, c'est fait souvent par des... on va commencer par un sujet plus général où est-ce qu'on va parler de
tout et de rien, peut-être des Pokémon parce que c'est un intérêt chez
les enfants, puis, tranquillement, on va
amener l'enfant à parler de sujets plus sexuels, et on peut aller jusqu'à lui demander de poser des gestes sexuels, et de soit se prendre
en photo, se filmer puis, après ça, expédier ça à la personne. Donc, ça,
c'est un premier phénomène.
M. Lisée :
Quand vous dites : On fait ça, c'est qui, «on»?
Mme Fournier
(Annie) : Bien, souvent, c'est des agresseurs sexuels, là, tu as
souvent... La personne qu'il va y avoir à l'autre bout...
M. Lisée :
Des adultes.
Mme Fournier
(Annie) : ...c'est souvent des adultes. Ça pourrait être des
adolescents, là, je ne veux pas exclure cette possibilité-là, mais...
L'autre
phénomène possible aussi, c'est de leurrer des enfants dans le but de leur
donner rendez-vous. Donc, on pourrait
amener l'enfant tranquillement, là, à être en confiance puis lui demander de
donner, par exemple, ses coordonnées ou
de lui proposer un rendez-vous dans un parc X, puis que l'enfant, pensant que
c'est un nouvel ami... On peut se faire passer pour un enfant du même
âge et puis, tout à coup, se présenter au parc, puis être un adulte, là. Donc,
le leurre d'enfants, ça peut prendre différentes formes, mais là je viens de
vous en énumérer, là, deux possibles.
M. Lisée :
La prévention est extrêmement importante, que les enfants soient outillés face
à ça. Il y a une autre statistique
que vous utilisez, c'est dans les communautés autochtones. Vous citez des
études disant : Bon, en moyenne, c'est
50 % des enfants autochtones de moins de 18 ans qui sont victimes
d'agressions sexuelles, et certaines études vont de 75 % à
100 %, à 100 %. Comment est-ce même imaginable?
Mme Fournier
(Annie) : Annie Fournier, toujours. En fait, c'est pour ça qu'on parle
de 50 %, c'est que, bon, il y a de la controverse sur les études,
là, les données sont tellement disparates que... Mais je pense que c'est clair
que c'est beaucoup plus répandu que dans la
population, on disait : Une femme sur cinq, un garçon sur 10, là, dans la
population en général. Chez les autochtones,
c'est plus élevé que ça. Donc, effectivement, c'est un phénomène important pour
lequel il faut vraiment mettre de l'énergie
dans les prochaines années, à mon avis. Ils ont besoin qu'on soit là, qu'on les
soutienne, nous. À Marie-Vincent, ça fait
déjà plusieurs années qu'on travaille avec eux en étroite collaboration. On a
des très bons résultats avec certaines communautés, là, qu'on a des
liens un peu plus étroits. Mais on en a formé, on en a outillé plusieurs à
travers le Québec et même dans le Grand Nord, donc on travaille encore avec les
Inuits...
Président (M. Villeneuve) : Je dois vous interrompre. Merci
beaucoup pour votre précieuse collaboration. Ce n'est pas terminé,
d'ailleurs, ce n'est pas terminé. Je laisse la parole, pour les six prochaines
minutes, au deuxième groupe d'opposition.
M. Schneeberger :
Bonjour à vous deux. Un petit peu sur la même approche, au niveau...
trouvez-vous, premièrement, que... On a
parlé des fugues ce printemps. Actuellement, la procédure qui a été utilisée,
trouvez-vous que l'approche
est bonne, c'est-à-dire ceux qui... Parce que, si je me souviens bien, la
ministre avait dit : Maintenant, ce qu'on fait, là, c'est que les personnes, les jeunes filles qui auraient
peut-être des problématiques au niveau de comportements sexuels, tu sais, elles ne peuvent plus sortir
comme elles veulent, là. Est-ce que l'approche est bonne ou vous
souhaiteriez avoir d'autres améliorations ou approches, si on peut dire?
Mme Fournier
(Annie) : Donc, Annie Fournier. Bien, nous, on n'est pas le centre
jeunesse, là, notre mandat, c'est vraiment
d'offrir des services cliniques. Et ce que moi, je pense que... bien, ce qu'on
pense qui est la meilleure approche, c'est
d'avoir plusieurs modes d'intervention. Donc, pour certains jeunes, peut-être
que ça veut dire d'y aller avec un mode fermé où est-ce que le jeune ne peut pas sortir. Mais, pour moi, ça
n'exclut pas qu'il va falloir offrir des services thérapeutiques à cette jeune-là. Parce que les
conséquences, par exemple, du proxénétisme ou de la prostitution
juvénile sont quand même très importantes,
là, au niveau de la santé mentale. Souvent, ça vient avec des agressions
sexuelles très sévères. La grande majorité de ces filles-là ou ces
jeunes femmes là.... Parce que c'est souvent des jeunes femmes, là, il y a quand même des garçons, mais vont avoir
vécu des agressions sexuelles à travers les moments où ils faisaient de
la prostitution, ils étaient pris dans une
situation de proxénétisme. Donc, c'est clair que, si on veut sortir ces
jeunes-là de cette situation-là, il
faut vraiment s'assurer de leur offrir des services cliniques, thérapeutiques
de longue durée, c'est-à-dire qu'ils vont être... jusqu'à temps qu'ils
en aient besoin, donc de ne pas lésiner sur les moyens, là.
M. Schneeberger :
O.K. Actuellement, est-ce vous avez des sons de cloche qui vous disent... dans
le sens, est-ce qu'il y aurait une amélioration au niveau de la coordination
entre les services policiers, les centres jeunesse au niveau de la cyber... — voyons!
Je cherche le nom — cyberintimidation?
Tu sais, souvent, c'est ça, ça arrive de là, c'est
là qu'ils recrutent, par le Net, et autres. Est-ce que, vous, au niveau des
services policiers, on devrait investir beaucoup plus au niveau de la prévention, mettre plus d'inspecteurs là-dessus?
Est-ce que c'est encore pris trop à la légère, selon vous, ou il y a une
nette amélioration depuis les dernières années, là, avec tous les cas qu'on a
eus?
Mme Cyr
(Mireille) : Bien, écoutez — Mireille Cyr — au
niveau de la prévention, je pense qu'on n'en fera jamais assez trop. Ça peut être une façon de répondre. Je pense qu'il y
en a, les policiers vont dans les écoles, vont parler avec les jeunes. Il y a des procureurs aussi qui
vont rencontrer les jeunes. Je pense qu'on essaie de sensibiliser les
enfants et les adolescents au phénomène. Il
faut peut-être continuer à en développer. Les sites Web, c'est aussi une bonne
façon. Il y a déjà des sites Web, un site
Web canadien qui existe à ce niveau-là. Je pense qu'on n'en fera jamais trop,
mais je pense qu'il y a quand même
une bonne collaboration au niveau des policiers et des intervenants sociaux.
Entre autres, l'entente multisectorielle
aussi favorise ces échanges-là. Donc, je pense qu'il y a une habitude qui s'est
prise de collaboration. Mais de la
prévention, on n'en fera jamais trop. Comme je vous dis, c'est un phénomène
dont on parle par vagues et qui a tendance à s'éteindre après ça. Donc,
il faut le tenir...
M. Schneeberger :
Mme Cyr
(Mireille) : ...oui, il faut souffler un petit peu sur le feu pour le
tenir actif, oui.
Le Président
(M. Villeneuve) : Mme Fournier.
Mme Fournier
(Annie) : Oui. Peut-être, ce que je j'ajouterais aussi, c'est que le
modèle qu'on a à Marie-Vincent, c'est
qu'on a décidé de mettre tout sous le même toit, les services dont un jeune
avait besoin lorsqu'il dévoile une agression sexuelle ou une violence sexuelle. Ce qui veut dire que les policiers
vont venir sur place, faire l'entrevue d'investigation. L'enfant peut être vu pour un examen médical, puis
il va y avoir aussi des services psychosociaux qui vont être offerts à
l'enfant puis à sa famille. Donc, cette approche-là aussi, où est-ce qu'on
travaille en collaboration, en multisectoriel, démontre quand même une efficacité. Donc, on pense aussi que ça permet à
l'enfant de revenir toujours au même endroit, dans un endroit qui lui est familier, qu'il finit par connaître, dans
lequel il se sent en confiance. Donc, ça diminue aussi l'anxiété puis le stress associés à cette
situation-là, là, de dévoiler des situations de violence sexuelle. Donc, c'est
clair que de travailler en collaboration et en intersectoriel, c'est l'approche
la plus payante pour les victimes, mais aussi pour leurs familles.
M. Schneeberger :
Vous demandez dans votre mémoire, justement, que les victimes d'actes sexuels
soient reconnues au niveau des victimes d'actes criminels, au niveau de
l'indemnisation. Avez-vous des chiffres là-dessus au niveau du coût? C'est dur
à évaluer en même temps, ce n'est pas... Mais je ne sais pas, peut-être que
vous avez une approximation.
Mme Fournier
(Annie) : Annie Fournier. Donc, je suis contente que vous ameniez ce
point-là parce que c'est quand même très important pour nous de préciser
qu'actuellement les victimes d'exploitation sexuelle ne sont pas indemnisées par l'IVAC. Donc, il va y avoir
possibilité de signalement, tout ça, d'avoir des services pour ces jeunes-là,
mais actuellement, lorsqu'un enfant est
reconnu comme victime d'exploitation sexuelle, il n'est pas indemnisé par
l'IVAC alors qu'il s'agit d'un acte
criminel au sens de la loi criminelle. Donc, il y a une discordance, là,
actuellement. Alors, on rencontre parfois
des familles qui n'ont pas cette possibilité-là, là, d'avoir des services.
Nous, on essaie, autant que faire se peut, de les voir à Marie-Vincent malgré tout, mais je pense
que c'est quelque chose qu'il va être très important de regarder,
surtout si on décide d'inclure
l'exploitation sexuelle dans la
Loi sur la protection de la jeunesse, de
s'assurer qu'on va permettre à ces jeunes-là d'avoir accès à des
services financiers, des services d'aide.
Le Président
(M. Villeneuve) : Le temps imparti étant écoulé, oui, merci
beaucoup, mesdames, pour votre implication et, plus spécifiquement, pour votre
collaboration aux travaux de la commission.
Alors,
j'ajourne les travaux quelques instants et je demande au prochain groupe de
bien vouloir prendre place, s'il vous plaît. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 34)
Président (M. Villeneuve) :
...reprendre nos travaux, s'il vous
plaît. Je demanderais aux parlementaires de bien vouloir reprendre
leurs sièges. Nous accueillons donc les représentants du Centre hospitalier
universitaire Sainte-Justine. Alors, pour
les 10 prochaines minutes, messieurs, si vous voulez bien faire votre
présentation d'abord et, bien sûr, vous nommer, et indiquer votre
responsabilité ou votre titre. Merci.
M. Girard (Marc) : Merci. Merci, M.
le Président. Merci, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés. CHU Sainte-Justine, centre mère-enfant du Québec est
heureux de répondre à votre invitation à commenter le projet de loi
n° 99 modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et des autres
dispositions. Mon collègue va se présenter.
Frappier (Jean-Yves) : Alors, je suis le Dr Jean-Yves Frappier. Je
suis directeur du département universitaire et hospitalier de pédiatrie, donc le département de pédiatrie,
Université de Montréal et CHU Sainte-Justine, et je travaille depuis de
nombreuses années dans le domaine de la protection de la jeunesse, la médecine
sociojuridique au Québec.
M. Girard (Marc) : Mon nom est Marc
Girard. Je suis le directeur des affaires médicales et universitaires au CHU
Sainte-Justine et j'ai pratiqué pendant 30 ans en médecine de l'adolescence
au CHU Sainte-Justine.
Donc, notre
société, par ses lois et ses institutions, a élaboré avec diligence des
règlements et des protocoles qui ont
permis de protéger les enfants et les adolescents victimes des diverses
maltraitances, dont l'abus physique et sexuel, et, comme nous disent les collègues précédemment, je pense que le Québec
peut être fier de l'ensemble de ses lois et des ententes qu'ils ont développées. Cet apport mérite d'être signalé, et
les modifications qui sont apportées aujourd'hui dans la loi n° 99 confirment le souci du
législateur d'adapter ses lois selon l'évolution des problématiques, dont
l'exploitation sexuelle, et les tendances de la littérature en vue d'offrir les
meilleures pratiques en protection de l'enfance.
Globalement, à la lecture de la loi n° 99,
nous souscrivons aux modifications proposées. Compte tenu de l'importance de maintenir l'enfant dans un
environnement familier, l'ajout de la notion de famille d'accueil de
proximité est une avancée intéressante et
importante. Cette notion est d'autant plus pertinente pour les communautés
autochtones afin de préserver optimalement l'identité culturelle de ces
enfants.
L'article 9,
qui balise les droits de l'enfant et de l'adolescent lors des communications
avec toutes les personnes, à l'exception des parents, frères et soeurs,
ajoute, à notre avis, un élément important, car, lorsqu'il est confié à un établissement qui exploite un centre hospitalier,
que le PDJ puisse limiter les communications avec des personnes hors de
la famille immédiate est important. Car nous croyons que l'équilibre entre les
droits de l'enfant et de ses parents et la sécurité
et la qualité des services qui doivent être offerts dans un cadre de soins et
de services mérite d'être balisé, et elle est justifiée et pertinente et
va faciliter le travail en milieu hospitalier ou en centre de réadaptation.
M. Frappier (Jean-Yves) : Alors, au
point 11 de la loi n° 99, on appuie fermement l'ajout, à
l'alinéa d de l'article 38 de la loi, de l'exploitation sexuelle au
motif de compromission à la sécurité et développement de l'enfant et de
l'adolescent. Toutefois, dans la loi, seuls les alinéas d et e, donc
abus sexuels et abus physiques, de l'article 38 notent — et entre
guillemets — «et que
ses parents ne prennent pas les moyens nécessaires pour mettre fin à la
situation». Mais on mentionne dans
l'article 39 que, même si les parents prennent les moyens nécessaires, on
doit, tout de même, signaler pour les alinéas d et e.
Évidemment,
le législateur, à ce moment-là, a voulu éviter d'obliger la DPJ à retenir pour
évaluation une situation, par
exemple, d'un viol d'un inconnu où les parents auraient avisé la police,
encouru les soins des services médicosociaux d'un centre désigné, par
exemple, pour agression sexuelle. Donc, c'est un traumatisme, mais,
effectivement, le législateur a jugé qu'il
n'y avait pas matière à protection, puisque les parents prennent les moyens
nécessaires. Et donc d'autres
traumatismes pourraient arriver, comme le décès des parents, et on ne signale
pas, évidemment, à la protection de la jeunesse pour un traumatisme,
nécessairement.
Toutefois, si
un parent exploite son enfant en le faisant travailler, par exemple, la nuit,
l'alinéa c le dit, «exploitation», on ne mentionne pas «et que ses parents ne prennent pas les moyens
nécessaires pour mettre fin à la situation.» Mais, s'ils l'exploitent
sexuellement, on le mentionne. Deux types d'exploitation. Dans la loi, un
dit : Si les parents prennent les moyens
nécessaires pour mettre fin à la situation; l'autre, non. On comprend et on
trouve important, effectivement, qu'on mette
l'emphase sur la responsabilité des parents ou d'un des parents, en tout cas,
de prendre les moyens nécessaires et que c'est un élément majeur,
d'ailleurs, de l'évaluation de toute maltraitance par le DPJ.
L'article 38.2
le mentionne, d'ailleurs, que ça fait
partie de la décision de retenir le signalement,
mais il peut y avoir confusion dans le libellé de la loi quant aux alinéas de
l'article 38. Si je prends un exemple, parents séparés, le père exploite l'enfant en le faisant travailler
dans sa boutique jusqu'à 3 heures du matin, enfant de huit ans, la mère arrive et dit : J'aimerais que vous examiniez
mon enfant parce qu'il ne l'a peut-être pas nourri non plus suffisamment, il est en garde partagée, je le vois, je le signale,
je dois le signaler, mais, en fait, dans mon esprit, le DPJ est obligé de
le retenir, puisque ce n'est pas marqué «et
que les parents prennent les moyens nécessaires». Si je vois une mère, toujours même situation, garde partagée, qui vient de découvrir que son
mari exploite sexuellement son enfant par des services sexuels à des amis
qu'il a, la mère a appelé la police, me dit : J'ai appelé les policiers,
ils sont vus, au sens de la loi, le DPJ
n'est pas obligé de retenir. Ce n'est pas tout à fait clair, en fait,
et, de toute manière, on doit signaler en d et en e, et, partout à la fin, 38.2, on dit : Le DPJ
évalue si les parents prennent les moyens nécessaires. Il y a
donc quelque chose qui n'est
pas tout à fait clair là-dedans.
Deuxième
point, au point 13, qui modifie l'article 47.1, on encadre le rôle d'une
intervention de courte durée pour l'adolescent
de 14 ans et plus. Cette modification permet d'insister sur l'importance d'une action rapide lors de
situations de compromission ou de protection, particulièrement chez les
adolescents. La mobilisation de toutes les parties permet l'identification de solutions. Le délai
d'intervention entraîne souvent une détérioration des relations avec les
parents et des interprétations souvent néfastes suite à la déclaration
de protection. Donc, malgré l'efficacité d'une intervention de courte durée, la notion de suivi devrait être
précisée suite à une intervention réussie. Ne pas limiter cet
article au
recours à une entente provisoire ou une présentation de la situation au
tribunal en situation d'échec.
Enfin,
en lien avec la loi, mais non lié aux modifications actuelles, on se permet de
soumettre à cette commission quelques
enjeux qui nous paraissent importants. On soulève la question du motif
raisonnable pour un signalement de la part
d'un médecin en quête d'indices de maltraitance ou d'abus. Le médecin, en fait,
il élabore initialement un diagnostic différentiel — la maltraitance peut en faire
partie — pour ensuite identifier, après une
investigation, un motif raisonnable d'une
maladie ou d'une maltraitance, ce qui peut amener à une interprétation
différente de certaines autorités. Le motif raisonnable, si on le prend
large, pas de problème. Si je le prends au sens médical d'un médecin qui est
devant une lésion, là ça devient différent. Ça fait
partie d'abord d'un
diagnostic différentiel, il y a possiblement un problème là.
soulève la question aussi du respect de la confidentialité lors d'un
signalement en protection de la part d'un professionnel en milieu hospitalier qui doit inscrire au dossier médical
qu'il a fait ce signalement et la date. La confidentialité du
signalement, alors, est brimée lors d'une demande du dossier médical de la part
du parent ou d'un enfant de 14 ans et plus.
Donc, effectivement, suite, entre autres, aux événements et à ce qu'on a vécu
avec la commission de protection des droits, il est important, pour
nous, d'indiquer qu'on a fait un signalement, d'indiquer la date, mais,
évidemment, c'est dans le dossier, et les parents ont droit au dossier.
a déjà fait des représentations ici et on a soulevé, à l'occasion — récemment, d'ailleurs — de la révision en cours de l'entente
multisectorielle, les enjeux liés à la confidentialité des renseignements que
peut livrer le médecin. J'ai envoyé un document écrit par nos équipes et notre
avocate à l'occasion de la révision de l'entente multisectorielle — récemment, ça a été envoyé — un document qu'on avait fait déjà il y a
deux, trois ans. Les limites associées
au respect du code de déontologie, ça pose problème pour les médecins, ça
entrave le travail qu'on devrait faire avec
les autres. Rappelons-nous que l'entente multisectorielle insiste sur la
communication entre les intervenants. Donc, là, il y a une difficulté,
particulièrement avec les policiers, où c'est difficile de leur donner les
renseignements, et donc ça peut entraver la protection de l'enfant.
Enfin,
en dernier point, un point à l'extérieur un peu de tout ça, mais qui touche,
tout de même, d'une certaine façon à
la protection, la demande de
contraception de la part d'une adolescente de moins de 14 ans. Actuellement, la prescription d'une contraception avant l'âge de 14 ans sans
l'autorisation des parents est illégale, et la divulgation aux parents d'activités sexuelles chez une plus jeune, particulièrement en considérant que ces plus jeunes ont probablement certaines difficultés d'adaptation, ça peut
compromettre la protection de cette adolescente, des gestes impulsifs
pourraient se produire de la part des
parents. Pour l'adolescente sous prescription, la prescription de contraceptifs
n'est pas autorisée par le DPJ si le
parent n'est pas d'accord, et ce flou-là questionne beaucoup
les cliniciens. Et ces situations
compromettent la santé parce que, si une adolescente dit : Non, laissez
faire, on oublie ça, je m'en vais, si elle devient enceinte à cet âge-là, c'est
un risque pour sa santé et, évidemment, son développement.
Le Président (M.
Villeneuve) : Dr Frappier...
M. Frappier
(Jean-Yves) : Le problème relève plus du Code civil, je comprends, on
y touche la protection...
Président (M. Villeneuve) :
Alors, merci, Dr Frappier, Dr Girard. Nous allons débuter la période
d'échange, et je cède la parole à Mme la ministre pour les 14 prochaines
minutes.
Charlebois :
Merci, M. le Président. Alors, d'abord, vous saluer, Dr Girard et Dr Frappier. Merci
d'être là et de venir nous partager vos
réflexions parce que je suis certaine que vous côtoyez tellement
d'enfants que vous avez plein de recommandations à nous faire. Puis je suis certaine que, si vous aviez eu plus de temps, vous
nous en auriez fait davantage.
vais vous amener tout de suite sur les moyens pour collaborer avec le DPJ et
l'ensemble du réseau. Est-ce que vous
croyez que la Loi de la protection de la jeunesse vous donne les moyens
nécessaires de bien collaborer, justement, avec les DPJ et autres
intervenants qui peuvent mener une enquête dans le dossier d'un enfant?
Le Président (M.
Villeneuve) : ... Dr Frappier.
M. Frappier (Jean-Yves) : Jean-Yves
Frappier. La Loi de la protection de la jeunesse comme telle donne des moyens, mais limités. L'exemple que je soulève
sur la confidentialité, la loi permet, quand je fais un signalement, de dire plein de choses,
mais, quand j'arrive au stade de l'évaluation, à ce moment-là le DPJ a le droit
de venir chercher le dossier. Par
contre, un dossier, ça ne dit pas tout. Si ça fait 20 ans que je vois des
situations d'abus, des fractures, tout ça, le DPJ peut me demander : Avec ce que vous avez vu, est-ce que ça
vous allume beaucoup, pas beaucoup, pas du tout? Mais, effectivement, le DPJ, le seul droit qu'il a, c'est de venir
chercher le dossier, et mon code de déontologie, le seul droit qu'il nous donne, on l'a fait changer, c'est
d'aviser les policiers s'il y a une situation de nécessité et de danger. J'ai
le droit de divulguer si je suis en danger immédiat, mais, si la
protection de la jeunesse est impliquée, cette loi-là n'est pas valable. Le danger immédiat à la protection est
impliqué, donc ça ne me donne pas le droit de leur parler, je leur ai
déjà dit, si c'est moi qui ai déclaré ou si c'est nous qui faisons
l'investigation.
Alors,
l'obstacle dans le moment à une bonne protection de l'enfant est au niveau de
la confidentialité. La semaine passée,
on l'a vécu dans une garderie. Un enfant qui boite est amené, il a une
fracture. On est en évaluation complémentaire institutionnelle, le DPJ dit : Je ne viens pas, les policiers sont
là. Si le DPJ est là, et d'emblée, comme ça, je peux lui parler, il est en processus de rétention de signalement. Le
DPJ n'est pas là, je n'ai pas le droit de parler aux policiers, il faut
qu'ils aillent chercher un mandat qui peut prendre une semaine avant de
l'avoir. Les policiers disent : Mais est-ce que votre travailleuse sociale ne peut pas faire effet de?
Non, elle n'est pas DPJ. Donc, il était mal à l'aise. Le médecin n'est
pas pour s'entêter, mais, effectivement, a
dit : Écoutez, je vais vous donner les renseignements, là, on déclenche
une affaire qui peut coûter cher et
qui pourrait peut-être s'arrêter si on pense que c'est une fracture
accidentelle et qu'il n'y a rien d'autre. Donc, le médecin a parlé, mais il n'est absolument pas protégé, là. Si
quelqu'un revient puis l'accuse, là il a les deux pieds dans les plats, mais complètement. Évidemment, il peut
demander aux parents s'il a le droit de parler, mais des parents qui
sont... Bon, si le parent ne sait pas ce qui
se passe puis il dit : Oui, allez-y, c'est correct, mais, dans certaines
situations, on s'entend que ça ne sera pas possible.
Donc, c'est
la situation qu'on a. Et, quand vous dites : Est-ce que la loi aide?, moi,
je peux vous dire que ça fait 40 ans
en 2017 que je travaille en protection de l'enfance, et c'est ce que j'ai fait
presque toute ma vie, en adolescence aussi
parce que je suis spécialiste en adolescence comme Dr Girard, mais je
m'occupe du secteur protection de l'enfance, et les lois ont toujours amélioré la situation, notre situation et la
situation des enfants, la collaboration. Mais là je pense que la protection de l'enfance, c'est beaucoup une
question de collaboration et de communication de plus en plus, et là on a une difficulté avec les outils, et ça fait
quatre ans qu'on le mentionne. En 2011, lors du colloque maltraitance, on
avait fait un atelier qui avait soulevé
plusieurs questions, et, suite à ça, en fait, on a fait des représentations
aussi. Donc, la loi aide beaucoup les
enfants et aide les intervenants et le DPJ à travailler avec nous autres, mais
une difficulté dans ce qu'on peut
donner comme message, eh bien, je ne vous le cacherai pas, les DPJ, moi,
m'appellent et me posent des questions, ça dure une demi-heure, je leur
réponds, mais, en principe, je n'aurais pas le droit de leur répondre, je
devrais leur dire : Mon code ne m'autorise pas à vous répondre, puis la
loi ne vous autorise pas à... sauf à voir mon dossier.
Mais un
dossier, c'est un dossier, ça ne dit pas tout et ça ne parle surtout pas de mon
expérience et de la probabilité que je peux mettre que ce soit même en
abus sexuel, là, parce qu'effectivement, quand on en a vu 4 000, bien, à
un moment donné, on est capable de
dire : J'ai l'impression que cette personne-là est crédible. Et le DPJ
veut l'entendre, lui, il l'a vue deux fois. Moi, j'en ai vu plusieurs,
et il veut avoir cette expérience-là, je ne peux pas lui donner.
Mme Charlebois :
Vous savez qu'on a ouvert un petit peu, dans le projet de loi qu'on a
actuellement, on a ouvert un petit
peu sur la transmission de données et la confidentialité. Mais ce que vous
souhaitez, ce que j'entends, là, ce que vous me dites, c'est qu'il
faudrait faire davantage, plus que ce qu'on a proposé actuellement, là.
M. Frappier
(Jean-Yves) : ...dans
l'entente multisectorielle. Évidemment, ce n'est pas dans la loi, c'est l'entente
multisectorielle. Et j'ai envoyé un document fait par nous là-dessus, on
demande carrément qu'on ait un droit de parler,
quand la DPJ, policiers viennent à l'hôpital, puis ils disent : Là, vos tests sont là,
qu'on puisse parler et qu'on puisse parler
aux policiers indépendamment... Parce
que, des fois, on ne peut pas les avoir les deux en même temps, et le
cas particulier de vérification complémentaire institutionnelle, le DPJ a
décidé qu'il n'était plus là, mais le policier est là. Bien là, je suis bloqué, là, c'est la première fois que ça nous
arrivait. Puis, bang! le médecin a dit : Bien, j'y vais, je parle,
c'est tout, là, mais, effectivement, non protégé, mais absolument pas protégé
du tout. Alors, je pense qu'il faut aller plus loin probablement, et ça peut
demander même... C'est à voir, là, qu'il y ait des adaptations même au code de déontologie du médecin, comme on en avait demandé
une pour pouvoir signaler aux policiers une situation de maltraitance.
C'était impossible avant, maintenant c'est possible dans notre code de
déontologie.
Mme Charlebois :
Je vous entends, puis on va regarder ça attentivement. Honnêtement, vous avez
raison, il y a des situations nouvelles qui se présentent.
Vous avez certainement entendu le groupe qui
vous a précédé. Quand on parle d'exploitation sexuelle, on l'a ajoutée dans le projet de loi, etc., on en a fait
un motif de compromission, mais eux autres, ils nous sont arrivés en
nous parlant de cyberintimidation, cyber abus sexuel... je ne sais pas,
exploitation sexuelle. Ça progresse vite, puis, dans deux ans, il y aura peut-être d'autres choses. Ils nous ont suggéré
d'avoir dans le cadre de référence ou en tout cas... pas dans la loi parce que ça progresse trop vite, mais
d'avoir des balises, une définition du concept d'exploitation sexuelle.
Qu'est-ce que vous pensez de ça?
Le Président (M. Villeneuve) :
M. Frappier (Jean-Yves) :
J'étais là, effectivement, puis je pense que c'est nécessaire de le définir,
comme d'ailleurs, à un moment donné, il y a très longtemps, il a fallu définir
l'abus sexuel, c'est quoi, et on est arrivés à une définition, puisque, bon, quand j'ai commencé,
l'abus sexuel, c'était le viol, point, pénétration vaginale, rien d'autre,
c'était ça dans l'esprit des gens. Aussi,
aujourd'hui, on sait que, peu importe le geste, peu importe qu'il y ait des
séquelles, visibles ou pas, c'est
tout dans la définition et dans les lois, donc. Alors, moi, je pense que ça va
devenir important de le préciser parce
que, si on ne le précise pas, on va toujours rester avec un flou et toujours
avec l'idée que, de toute façon, bien, le jeune, à
14 ans, qui décide de faire de la prostitution, ou à 15 ans, est-ce que
c'est de l'exploitation ou pas? On va rester avec ces flous-là, par
exemple. Alors, moi, je pense que c'est important de le définir mieux.
Et, effectivement, on parlait de services pour ces jeunes-là. Les portes fermées, c'est
une chose. Ils ont bien répondu en disant : C'est multiple. Et une
étude qu'on a faite sur les jeunes des centres jeunesse, santé physique et mentale,
il y a quelques années, montre que ceux et celles qui font des fugues sont, tout
de même, différents, avec des passés excessivement lourds par
rapport aux autres du même centre qui
sont lourds. Alors, si je regarde les événements adverses, de toutes sortes d'abus qu'ils auraient vécus et de toutes sortes de situations
qu'ils auraient vécues, ils ont le double. Et ceux qui fuguent sont évidemment ceux qui sont plus
à risque d'exploitation. Il y a un lien entre les deux. Pas automatique,
mais il y a un lien entre les deux. Donc, effectivement, oui, je
pense qu'il faut le définir. Et, en
définissant, on va savoir à quoi on s'attaque, et qu'est-ce qu'on
évalue, et comment on donne des services à ce moment-là.
Charlebois : Vous
êtes dans le milieu depuis combien d'années, vous m'avez dit?
Frappier (Jean-Yves) : En
1977, les centres désignés ont commencé, Sainte-Justine a été désigné. Donc,
j'ai pris, en octobre 1977, la charge des
abus sexuels, qui étaient là, et donc la charge... J'étais déjà
comme résident. J'avais fait une résidence un peu croche, c'est-à-dire
que je m'étais occupé de troubles de protection. J'avais déjà, en 1973, travaillé à Saint-Vallier, qui était le centre de
détention pour adolescents, et, ensuite, monté un service des
infirmières de Montréal en centre
d'accueil à l'époque pour travailler les aspects santé puis pouvoir être moins
isolé. Donc, j'ai commencé en 1973 à m'occuper... dès la première année
de ma résidence en pédiatrie...
Charlebois :
Est-ce que vous convenez...
M. Frappier (Jean-Yves) : ...qui a
été une résidence croche, comme j'ai dit.
Charlebois :
Excusez-moi. Est-ce que vous convenez avec moi que la réalité des jeunes, leur
vécu, toutes les problématiques... En tout cas, il y en a qui vont vous
dire que plus ça change, plus c'est pareil, mais moi, je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ont évolué, dans
le sens où il y a des choses qu'on ne pouvait pas prévoir qui,
maintenant, arrivent, notamment les cyberintimidations ou victimisations.
Est-ce que vous croyez que les cas sont de plus en plus lourds, ce qui fait qu'il y a quelque chose d'autre... Si vous aviez une
chose que vous voudriez, outre la transmission d'information, là, aux fins, là, de... À la fin du projet de loi, là,
s'il y avait une chose que vous pensez qu'on a oubliée dedans que vous
voudriez voir améliorée outre la transmission d'information plus fluide,
qu'est-ce que ce serait pour vous?
Le Président (M. Villeneuve) : Dr
Frappier.
Frappier (Jean-Yves) : En fait, depuis 40 ans, moi, ce que je dis
toujours à mes étudiants et à mes collègues : Quand j'étais jeune,
je voulais ça. Aujourd'hui, on a ça, et c'est très bien. Et donc on est à cent
lieues d'où on était il y a 40 ans, là, il
n'y a pas de doute là-dessus, et une amélioration qui est régulière, et qui,
même, est accélérée depuis une dizaine,
douzaine d'années, ça, c'est certain. Donc, c'est sûr que ça progresse, et pour
le mieux. Est-ce que la clientèle est plus
lourde? Oui. Je dis toujours : L'époque, là, où monsieur frappait son
enfant, rien d'autre, point, c'est tout, ce qu'on appelle presque un abus physique simple, c'est
presque résolu aujourd'hui... révolu. Aujourd'hui, on est au troisième
mari, à des situations compliquées. Donc,
oui, de plus en plus lourd, clientèle de plus en plus lourde. Et, comme je vous
le dis, quand je regarde les jeunes
des centres jeunesse, avec les événements adverses qu'ils ont vécus,
effectivement, je regarde l'étude de
Felitti aux États-Unis, qui avait commencé ce bal-là des événements adverses,
qui avait montré que ça avait plus de
problèmes physiques, bien, lui, quatre et plus, c'est 14 %. Dans ces
centres jeunesse là, quatre et plus, c'e