Transportation and the Environment — 9 June 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CTE 2020-06-09
Quebec — Committees
(Dix
heures trois minutes)
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, à
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte. Je demande à toutes les personnes
dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 44, Loi
visant principalement la gouvernance efficace de la lutte contre les
changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. M. Barrette (La Pinière) sera remplacé par M. Derraji
(Nelligan); M. Benjamin (Viau), par M. Kelley (Jacques-Cartier); Mme St-Pierre
(Acadie), par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); et M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine), par M. Gaudreault (Jonquière).
La Présidente (Mme Grondin) : Merci. Lors de l'ajournement des travaux
vendredi dernier, nous en étions à l'étude
d'un amendement proposé par le ministre à l'article 1
du projet de loi. Nous en étions également... c'était Mme
la députée de Mercier qui terminait les échanges. Souhaitez-vous poursuivre?
Mme Ghazal :
Oui, oui. Merci, Mme la Présidente. En fait, j'essaie juste de me rappeler...
C'est qu'on peut discuter, dans l'article,
de n'importe quel paragraphe de l'article 1, pas uniquement des deux amendements
que le ministre présente. Moi, ça
serait... J'essaie juste de voir... un, deux, trois, quatrième alinéa ou paragraphe : «Le ministre doit être consulté...»
J'aurais une question. «Le ministre doit être consulté lors de l'élaboration
des mesures qui pourraient avoir un impact
significatif en matière de lutte contre les changements climatiques.» Si c'est
possible, que le ministre
définisse c'est quoi, un impact significatif.
M. Charette :
Parfait. Mme la Présidente...
Présidente (Mme Grondin) : M. le ministre.
M. Charette :
Bonjour, d'ailleurs, à vous, à tous ceux qui nous accompagnent ce matin, aux
collègues des différentes formations politiques.
On le mentionnait à travers un des amendements qui avaient aussi été discutés par rapport aux cibles, en fait, un impact significatif, c'est un impact sur l'environnement, qui est digne de mention. Mais il
n'y a pas de... Par exemple,
est-ce que c'est x tonnes d'émissions par année? Il n'y a
pas... on ne vient pas déterminer, à travers cet article-là, à partir de
combien de tonnes, annuellement, d'émissions ça devient un projet... un impact
significatif.
Ce que l'on
dit : Dès qu'il y a un impact sur l'environnement, le ministre de
l'Environnement sera appelé à accompagner ses collèges pour voir est-ce que
c'est la bonne approche, est-ce que c'est le bon projet, est-ce qu'il y a possibilité d'atténuer l'impact de ce projet-là. Mais ça vient confirmer le rôle de
coordonnateur de l'action gouvernementale en matière d'environnement,
là, qui est une des principales caractéristiques, là, du projet de loi
n° 44.
Ghazal : Donc le terme «impact significatif», c'est dépendamment du
ministre, c'est lui qui le détermine. Ce que je comprends, c'est qu'il n'y a pas de critère objectif mentionnant : Ah! bien là,
il y a un impact significatif, donc je vais faire un avis. Ça fait qu'un ministre pourrait, tout le long qu'il est
ministre, ne jamais... En fait, ce que ça dit, c'est que c'est le ministre qui doit être consulté, ce n'est
pas lui-même qui détermine : Ah! il y a un projet important, donc je
vais faire un avis, même si on ne m'a pas consulté.
Charette : Le collègue ministre pourrait solliciter l'avis du ministre
de l'Environnement comme le ministre de l'Environnement pourrait donner son avis sans que cette demande ait été
formulée. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que la façon dont les comités
ministériels ont été bâtis par la présente législature, c'est que
l'environnement est déjà dans le comité ministériel économique. Dans les faits,
c'est le Comité ministériel économie et environnement. Donc, tous les projets, on
les voit évoluer ensemble.
Par le passé, à
l'occasion, l'environnement était davantage associé aux comités ministériels
dits sociaux, en quelque sorte. Donc,
l'économique évoluait de son côté, le social évoluait du sien, et c'est à la
fin que l'Environnement pouvait réellement prendre connaissance de
l'impact d'un projet sur l'environnement. On a voulu mettre fin à cette dichotomie environnement-économie, ce qui fait que,
dès qu'un projet est discuté, même à travers ses premiers balbutiements,
l'économique et l'environnement sont ensemble, et on les travaille ensemble. Et
cette philosophie-là s'incarne depuis le début du mandat.
Je pourrais faire référence à bon nombre de
projets qui, dès le départ, ont évolué — environnement, économie — de sorte
que l'impact soit plus positif sur l'environnement ou moins négatif, plus
positif, par exemple, dans tout ce qui est gestion des matières résiduelles. Je peux vous dire qu'avec mon
collègue, Pierre Fitzgibbon, on a fait beaucoup de projets communs pour
la valorisation du plastique, par exemple. Donc, oui, c'est de l'économique
parce qu'on cherche de la matière, on veut
la conditionner, mais il y a une vertu environnementale. Donc, même si le
financement pouvait venir du ministère de l'Économie, pour le support d'un
projet en particulier, c'est des projets qui s'incarnaient bien dans notre
stratégie de gestion de la matière résiduelle.
Donc,
l'économique et l'environnement, dès le départ, ont la possibilité de suivre
les projets, mais à tout moment le ministre
de l'Environnement, avec ce projet de loi là, pourra conseiller ses collègues
pour être sûr que les projets qu'ils défendent aient l'impact le plus
réduit possible sur l'environnement ou aient l'impact le plus positif possible
sur l'environnement.
Ghazal : Mais j'essaie juste de comprendre. C'est-à-dire que je
comprends que le ministre dit que, de toute façon, le ministère
de l'Économie, l'Environnement ou
d'autres ministères, dépendamment des projets... le ministre de l'Environnement est déjà impliqué dans le
processus. Mais ça, ce n'est pas un truc légal, c'est vraiment un choix, de
ce que je comprends, de ce que, dans cette présente législature, le
gouvernement a décidé de faire. Mais ce n'est pas une obligation légale. C'est-à-dire que, projet de loi n° 44
ou pas, vous dites que... le ministre dit que ça se fait, mais ici, si,
par exemple, dans un autre gouvernement, ça
ne se fait pas, bien, ce n'est pas de cette façon-là que les projets sont
étudiés, où le ministre peut... est impliqué, le ministre de l'Environnement
est impliqué dès le début, s'il ne l'est pas.
Si je lis... puis, par exemple, on se fie
uniquement à cet article-là, le ministre doit — déjà, c'est une obligation — être consulté s'il y a un impact significatif. Mais oublions la
partie que le
ministre de l'Environnement est déjà impliqué dans les projets dès le départ, oublions cette partie-là.
Si on se concentre uniquement à ce qui est écrit dans le projet de loi, il
doit être consulté. Mais, si, par exemple, aucun de ses collègues ni lui-même
ne juge que les projets qui ont cours n'ont un impact significatif, puisqu'il
n'y a pas de critère objectif, donc le ministre pourrait ne jamais être
consulté, même si c'est marqué «doit».
M. Charette :
Où la deuxième phrase prend tout son sens : «Il donne aux autres
ministres et aux organismes publics tout
avis qu'il estime opportun...» Donc, s'il n'est pas sollicité, le ministre va,
lui, donner un avis aux organismes ou aux ministères. Donc, en tout
temps, un autre ministère peut solliciter, mais sinon, en tout temps, le
ministre a la prérogative de donner des avis
aux autres ministres et organisations. Donc, il faut voir le paragraphe en un
tout, donc : et sollicitation et proactivité, là, de la part du
ministre de l'Environnement.
Ghazal : Ça, en le relisant, donc, ce que je comprends, c'est que les
critères objectifs pour que le ministre décide de donner son avis seraient que, par exemple, le projet ne soit
pas conforme aux objectifs de la politique-cadre sur le climat, un autre
critère, que ça ne permette pas d'atteindre les cibles de réduction de GES.
Donc, ça serait ça, si on veut, les deux critères?
Charette : Bien, c'est-à-dire, la
Loi sur la qualité de
l'environnement, elle a une multitude d'incidences dans bon nombre d'activités, donc s'y conformer, ça
ratisse tout de même suffisamment large. Et, si un projet,
effectivement, allait à l'encontre de nos
objectifs de réduction de gaz à effet de serre, là aussi, forcément, soit qu'il
n'est pas sollicité, mais assurément le ministre de l'Environnement, peu
importe qui il sera, aurait à réagir, là, en vertu de cet article-là.
Ghazal : Donc, avec cet article-là, une fois qu'il est adopté, c'est
sûr que le ministre de l'Environnement va devoir produire un avis.
D'ailleurs, je voudrais savoir s'il peut être rendu public.
Charette : C'est-à-dire, il n'y a pas d'obligation. Vous comprendrez
que, dans bien des cas, il y a des avis entre ministres et ministères,
qui se partagent. Tous ne peuvent pas être rendus publics, pour des raisons de
confidentialité évidentes, mais il n'est pas dit que les avis ne seront jamais,
eux, rendus publics. Et on va le voir dans des articles subséquents. Le raisonnement du ministre de l'Environnement ou du ministère
de l'Environnement sera appuyé par des avis du comité indépendant qui, eux, seront tous et systématiquement rendus
publics. Donc, à ce niveau-là, aucun filtre, aucune distinction, tout
avis du comité indépendant sera systématiquement rendu public...
Mme Ghazal :
Mais pas celui-là.
M. Charette :
...qu'il soit favorable ou pas à une position, là, qui serait par la suite
défendue par le ministre.
Ghazal : Mais est-ce que c'est possible, par exemple, après que l'avis
rendu par le ministre... Par exemple, je prends... pour le troisième lien, c'est clair que les émissions de
GES vont être dépassées. Donc, j'ose croire que le ministre va présenter un avis qu'il va présenter à ses
collègues ou au Conseil des ministres. C'est ce que je comprends. Est-ce
que c'est possible qu'une fois qu'il ait discuté au Conseil des ministres, et
tout ça, plus tard, il puisse être rendu public?
Charette : Ce que je mentionne, plusieurs de ces avis-là sont
confidentiels, mais il n'est pas dit que des portions d'avis ou certains avis pourraient l'être. Mais
c'est difficile de baliser ça. Des avis ministériels entre ministères,
c'est, par définition, confidentiel. Mais,
lorsqu'un projet ne sera pas bon... Et ça, on ne se gênera pas. Et je l'ai
mentionné à plusieurs reprises, au
niveau de la diminution de nos émissions de gaz à effet de serre, l'important,
c'est que le total, lui, baisse. Mais il n'est pas dit qu'il n'y aura pas des projets...
je ne fais pas référence à un projet en particulier, là, mais il n'est pas
dit qu'il n'y a pas un projet qui ne sera
pas un générateur important d'émissions de gaz à effet de serre. Ça, l'avenir
nous le dira. Mais l'important, c'est le total. Donc, un projet qui
générera des émissions de gaz à effet de serre importantes, on l'admettra, mais on réitérera que c'est la volonté
globale de l'action et gouvernementale et de la société québécoise, là,
qui vont nous permettre de diminuer nos émissions.
Ghazal : Donc, juste pour, encore, vraiment comprendre, il est
possible que, pour un projet comme le... prenons cet exemple-là, le troisième lien, que le ministre décide
de ne pas faire d'avis, avec un
article comme celui-là?
Charette : C'est-à-dire, le ministère de l'Environnement aura
assurément à faire un avis. Et d'ailleurs, dans la procédure même d'examen d'évaluation, c'est un projet qui va
assurément faire l'objet d'un BAPE, par exemple. Donc, toute cette procédure-là, elle est publique. Le
BAPE va produire son rapport qui sera aussi public. Le ministère aura à
se prononcer sur les impacts négatifs et
positifs, parce que je pense qu'il peut y en avoir, là, de très, très valables.
Et ultimement, si le projet de loi
devait... pas le projet de loi, mais le projet devait aller de l'avant... Et ce
sera tout le temps le rôle du
ministère de l'Environnement d'accompagner le ministère responsable de la
construction de cette infrastructure-là pour minimiser, à chacune des
étapes, les impacts qui pourraient être négatifs au niveau de l'environnement.
Mme Ghazal :
Pour les avis, je n'arrive pas à comprendre pourquoi est-ce qu'ils seraient
confidentiels. C'était quoi, la raison? Quelle est la justification derrière
M. Charette :
En fait, c'est une pratique... Et ce n'est pas parce que ça s'est toujours fait
que ça doit toujours se faire, ce n'est pas ce que je dis. Mais des avis
ministériels entre ministères, souvent, avec avis juridiques et autres, ce n'est pas de la documentation qui est publique, ce
n'est pas de la documentation qui est accessible, accessible via la loi
sur la protection, là, de...
Une voix :
De l'information.
M. Charette :
Voilà. Voilà, c'est «l'information» qui me manquait. Donc, c'est une pratique.
Parce qu'autrement, si c'étaient des
avis qui devaient systématiquement être rendus publics, probablement que ce
sont des avis qui seraient moins
complets parce que les différents organismes qui seraient appelés à contribuer à
cet avis-là se censureraient, en quelque
sorte. Donc, des avis interministères, ce ne sont pas, là, des avis, là, qui
sont assujettis, là, à la loi en question.
Présidente (Mme Grondin) : Ça va? Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit :
Je vous remercie. Je ne voulais pas interrompre la députée de Mercier, mais ça
va dans le même sens que ses
questions. Donc, je pense que ça va nous permettre de continuer parce que je...
Bien, deux questions par rapport aux avis. Est-ce que les avis du
ministre sont péremptoires?
M. Charette :
Si les avis sont...
Mme Montpetit :
S'ils sont péremptoires. Si...
M. Charette :
S'ils ont une durée déterminée dans le temps?
Mme Montpetit :
Non. «Péremptoire», ça veut dire est-ce qu'ils sont...
M. Charette :
Ah! O.K. Parfait.
Mme Montpetit :
...est-ce qu'ils donnent une obligation, dans le fond, d'être... Est-ce que les
avis c'est à simple
titre d'avis ou ils donnent une consigne qu'il est
obligatoire de suivre, dans le fond.
M. Charette :
J'avais mal saisi la question, mais très, très pertinente en effet. C'est comme
tout ministère, c'est un avis avec la
lunette du ministère concerné, mais il n'y a pas forcément une contrainte ou
une obligation. C'est la même chose
quand le Conseil du trésor nous donne un avis sur tel et tel projet, c'est la
lunette qu'il nous invite à considérer, mais il y a un tout à envisager par la suite. Donc, non, ce
n'est pas une contrainte, là, qui est incontournable. Mais, en même
temps, à partir du moment où il y a une cible à atteindre, à partir du moment
où il y a des objectifs qui doivent être rejoints, on ne pourra pas indéfiniment aller à l'encontre des
avis qui nous aideraient à atteindre ces objectifs-là. Mais je vous dirais,
à ce niveau-là, c'est au même
titre qu'un avis du ministère de la Justice, un
avis du Conseil du trésor, un avis de la Santé, donc, c'est des lunettes, là,
qui demeurent incontournables malgré tout.
Montpetit : Vous nous avez dit, bien... donc, ce que vous nous
dites : ils ne sont pas péremptoires, ils ne sont pas obligatoires, ils ne sont pas impératifs, c'est un avis
comme un autre. Un Conseil des ministres ou un de vos collègues au Conseil des
ministres, un ministre, pourrait s'objecter, pourrait en prendre acte et ne pas
le suivre.
Vous
avez fait grand frais, quand vous avez présenté le projet de loi n° 44, au mois de novembre, je pense, l'année dernière puis encore la semaine dernière, quand on
a eu des discussions, sur le fait que votre objectif, c'était
d'augmenter les pouvoirs du ministre. Je vois déjà un enjeu sur le fait que
vous ne prenez pas la décision d'augmenter la portée des avis du ministre
de l'Environnement, en ce sens
qu'on demeure dans une dynamique où vous faites un avis et grand bien
fait à vos collègues de le suivre ou de
ne pas le suivre, donc. On travaille
avec vous là-dessus, là, hein, on cherche tous le même objectif. En théorie, c'est effectivement
d'augmenter les pouvoirs du ministre de l'Environnement autour d'une
table.
Est-ce qu'il n'y a pas un intérêt, justement, à
ce que ces avis, on leur donne une force supplémentaire? Parce qu'avec le texte
de loi que vous déposez vous ne donnez pas au ministre... qui était le fond de
votre proposition, vous ne donnez pas au
ministre de l'Environnement plus de pouvoirs. On a rajouté des mots, mais on
n'a pas rajouté plus de pouvoirs.
Charette : C'est là où peut-être on n'a pas la même perspective. Il
faut voir le projet de loi n° 44 à travers l'ensemble de ces articles-là. Là, on aborde un
article en particulier
où déjà c'est une avancée significative par rapport à ce qui se fait maintenant. Mais il ne faut pas voir
cet article-là comme la seule justification ou la seule légitimité du
projet de loi par rapport au pouvoir accru qui sera reconnu au ministre de
l'Environnement.
Je le
mentionnais tout à l'heure à la collègue de Mercier, que ce soit le comité
indépendant, que ce soit le rôle du Vérificateur général, ce sont tous
les articles qui vont venir augmenter de façon significative le rôle du
ministère de l'Environnement, du ministre de
l'Environnement dans un gouvernement. Et ce ministre-là aura aussi un rôle de
coordination de l'ensemble de
l'activité gouvernementale en matière d'environnement. Donc, oui, il y a des
rôles et un pouvoir accrus, comme ce ne fut jamais le cas par le passé,
d'où les avancées qui sont significatives. Mais, disons-nous ceci, il n'y a
aucun ministère qui, par sa seule intervention, peut diriger l'action
gouvernementale, ça demeure un tout.
Mais cet avis-là, moi, avec ma courte
expérience, là, d'une année et demie au Conseil des ministres, quand le Conseil du trésor, ou quand la Justice, ou
quand... peu importe le ministère, nous partage un avis, bien, je le lis
toujours avec beaucoup d'intérêt, et ça va venir assurément influencer ma
propre vision du sujet. Donc, ce ne sont pas, loin de là, des avis, là, qui
sont partagés en vain ou sans valeur particulière.
Montpetit : Bon. Le ministre me parle, d'ailleurs, dans le projet de
loi... Moi, je lui parle de la
section sur laquelle on travaille, à l'heure actuelle, qui s'appelle quand même Les
pouvoirs du ministre, là. Donc, les pouvoirs du ministre, on va en discuter dans Les pouvoirs du ministre. Vous me
confirmez bien que, de la façon dont vous l'entendez, de la façon dont le projet de loi est rédigé, un
avis qui est émis par le ministre de l'Environnement, je n'ai pas d'autre
mot que «péremptoire», là, ce n'est pas...
ne donne pas une force obligatoire d'être respecté là-dessus? C'est bien
l'intention qui... je lis bien l'intention qui est dans l'article, là, qui est
déposé?
Charette : Bien, en fait, il faut... ça dépend du rôle que l'on donne
à un avis. Un avis, c'est aussi un accompagnement.
À partir du moment, par exemple, où le gouvernement décide d'aller de l'avant
avec tel ou tel aspect d'un projet,
même si au final le projet peut avoir
un impact momentanément négatif sur l'environnement, ces avis vont prendre tout leur sens. Ça ne veut pas dire que le projet
ne se réalisera pas. Ça veut dire que le projet, tout au long de son
élaboration, va devoir diminuer ses impacts négatifs au niveau de l'environnement.
Donc, ce n'est pas symbolique, ce n'est pas anodin, ce sont réellement des
pouvoirs accrus.
Mais il faut
se dire qu'aucun avis, à moins, là, que
ce soit contraire à une loi, c'est
bien certain... Si je recevais, sur un
dossier x, un avis disant : Vous ne pouvez pas aller de l'avant avec
telle mesure ou tel projet parce
qu'il est contraire à la législation,
là, on s'entend que l'avis va avoir une portée différente. Mais sinon l'avis,
c'est réellement un accompagnement, c'est réellement des informations
à transmettre. Et moi, ce qui me rassure, c'est que ça va être fait à toutes
les étapes, l'élaboration d'un projet. Donc,
je ne veux pas minimiser sa portée, au contraire, là, c'est une avancée, là,
qui est significative.
Montpetit : Loin de moi de
dire que l'avis est symbolique. C'est juste qu'il faut qu'on s'entende. On
peut... tu sais, vous pouvez me répondre très, très
longtemps, le fait est que la réponse, c'est oui ou c'est
non. Soit, l'avis, il y a une obligation
de le suivre, soit, l'avis, il n'y a pas d'obligation de le suivre. On n'est
pas à cheval sur une clôture quand il est question
d'interpréter une loi en ce sens. Donc, ce qui est très clair, c'est que, non,
par le projet de loi qui est devant nous, ça ne vient pas augmenter
les pouvoirs du ministre au niveau de sa capacité à... ce n'est pas juste à
conseiller, à accompagner, là, j'entends
bien qu'il garde un rôle d'accompagnateur par ses avis ou de conseiller par ses
avis, mais ça ne lui donne pas un pouvoir qui est supplémentaire.
Moi, je vous
avise tout de suite qu'on y a réfléchi, on déposera un amendement
en ce sens, parce que ce qu'il... Puis on
travaille dans le... je voulais dire... je ne sais pas si c'est le carré de
sable, on travaille dans la démarche que le ministre souhaite faire, qui est d'augmenter les pouvoirs
du ministre. Mais, si on veut augmenter les pouvoirs du ministre,
encore faut-il que ça se reflète plus que,
par des simples paroles, il faut que ça se reflète dans les pouvoirs de ministre.
Et on va déposer un amendement,
dans le fond, qui va venir un petit peu plus tard, le
temps de le rédiger, qui va venir camper ça.
J'avais une
autre question, toujours sur la question des avis. Puis la collègue de Mercier
a posé des questions sur la confidentialité.
Puis peut-être vous pourrez nous éclairer, dans un contexte de lutte aux changements climatiques puis dans
un contexte de protection de
l'environnement, puis je veux vraiment une réponse claire, pour vraiment bien
la comprendre, parce qu'encore là, sinon, nous, on apportera un
amendement qui va dans une autre direction.
Donc,
j'essaie vraiment de comprendre votre dynamique. En quoi, dans les dossiers...
Puis ma question, elle n'est pas... je ne veux pas de révélations
confidentielles, ici, mais vraiment des exemples factuels à savoir qu'est-ce
qui est confidentiel et qui n'est pas
d'intérêt public. Parce que, pour avoir siégé moi aussi autour d'un Conseil des
ministres, moi, je peux vous dire que, dans mon ministère, les avis qui étaient émis, je
n'aurais eu aucune difficulté à les rendre publics si ça avait été la dynamique qui avait été demandée.
C'est d'ailleurs les discussions que nous, on a eues, comme
gouvernement, de les rendre publics. Qu'est-ce qui, à votre avis, est
confidentiel et pas d'intérêt public?
Parce que,
dans la lutte aux changements climatiques, on est tous concernés, tous les
Québécois, les 8 millions de Québécois, dans la protection de
l'environnement, aussi. Et je pense qu'au contraire... puis vous vous êtes
targués, en arrivant, d'être un gouvernement
qui allait augmenter la transparence — en tout cas, j'émettrai mon commentaire
dans un autre forum qu'ici — mais force est de constater que ça a reculé.
Mais, si on reste dans cette discussion-là d'augmenter la transparence, est-ce qu'il n'y aurait pas un
intérêt à trouver une façon, si ce n'est pas de rendre publics tous les avis,
encore là, est-ce qu'il y a une façon, est-ce
que vous avez réfléchi à une façon de rendre certains avis, ou dans certaines
circonstances, ou dans un échéancier plus bref, mais plus bref qui n'est
pas après que la décision soit prise, mais avant, justement,
pour éclairer le bien commun et l'ensemble des gens qui ont une évaluation à
porter, dans le fond, sur un projet ou sur un dossier, là?
M. Charette : La question est aussi très pertinente. Juste revenir sur la question
des avis, là, étant donné
qu'on a changé de sujet dans l'intervalle.
Un avis ne pourra jamais être un décret. Un avis, c'est quelque chose qui est discuté en Conseil
des ministres pour adoption. Et ultimement
ça peut prendre la forme d'un décret, mais il n'y a aucun avis pour
aucun ministère qui est en soi un décret. On parle de deux choses
différentes. Donc, je vais accueillir avec intérêt l'amendement qui sera proposé
par la collègue, mais il ne faut pas confondre ce qu'est un avis.
Autrement, un ministre
pourrait gouverner par sa seule intervention, et tout notre régime
parlementaire, tout notre régime de gouvernance ne correspond pas à cette
notion qu'un avis serait en soi un décret.
Pour ce qui
est de la transparence, nous en sommes. C'est aussi une volonté. C'est la
raison pour laquelle, dans le régime
d'évaluation environnementale, qui est actuellement revu au niveau de
l'évaluation, on veut ajouter un impact sur les changements climatiques. Il faut savoir que tous les grands
émetteurs sont déjà soumis au marché du carbone, là, que nous avons conjointement avec la Californie. Donc, au
niveau des émissions, ce sont des données qui sont automatiquement rendues publiques sur une base qui est régulière
et qui est déterminée. Donc, la transparence... ou l'information, elle
est souvent disponible.
Et encore une fois, lorsqu'un projet aura, lui,
un impact négatif, on ne le niera pas, mais on sera en mesure de présenter un portrait complet de la situation.
Mais un avis et un échange au niveau du Conseil des ministres ne peut
pas être systématiquement rendu public. D'ailleurs, c'est aussi une des bases
de notre système actuel. C'est la raison pour laquelle ces discussions-là
demeurent confidentielles et sous scellés pendant un certain nombre d'années.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Mercier.
Ghazal : Merci. Lors des échanges — je reviens encore sur les avis — le ministre a dit : Ah! mais
inquiétez-vous pas, le comité consultatif,
là, des experts et des scientifiques, lui... là, je ne me rappelle pas de
l'article, comment c'est écrit, mais
ces avis-là vont être publics automatiquement. Ma question, c'est : Pour
élaborer cet avis-là, que ça soit par le ministre ou parce qu'un
collègue lui pose la question, est-ce que le ministre va consulter le comité
consultatif?
M. Charette :
Bien, ça le dit, hein, un «comité consultatif», donc, forcément, il y aura des
interrelations, mais d'aucune façon le ministre n'aura l'autorité ou une
ascendance sur ce que produira le comité et ses membres. C'est la raison pour laquelle on spécifie que c'est un
comité consultatif, oui, mais qui est indépendant. Il y aura peut-être, à
l'avenir, des avis qui seront publiés par ce
comité-là, qui ne seront pas à la faveur d'une décision gouvernementale ou qui
aura... ou qui nécessitera une réponse du ministre de l'Environnement et du
gouvernement, et, ça, on l'assume pleinement.
Si on regarde
actuellement, la situation actuelle, il y a un conseil de gestion qui peut
produire des avis, et ces avis-là peuvent
être rendus publics, mais c'est à la discrétion du ministre de l'Environnement.
Ce qui fait que, si l'avis peut être un petit peu plus réticent à
l'égard d'un projet ou par rapport à une volonté gouvernementale, on peut
deviner qu'on ne l'a jamais vu, cet avis-là, par le passé. Or, là, qu'il soit
favorable ou pas, qu'il aille dans le sens ou non d'une volonté gouvernementale, l'avis sera systématiquement
rendu public, ce qui va forcer le gouvernement à préciser son intention.
Et c'est peut-être là qu'on va dire :
Écoutez, tel projet, c'est vrai qu'en termes d'émissions, par exemple, de gaz à
effet de serre on augmente les
émissions du Québec. Et c'est là où on va dire : Il faut regarder le
global, le portrait général, et il faut...
Et ça, c'est
un rappel qu'on se fait à tous. L'environnement, c'est beaucoup les émissions
de gaz à effet de serre, mais ce serait dommage qu'on se limite uniquement
à cette variable-là, qui est incontournable, spécialement dans un contexte de réchauffement climatique, mais il faut
avoir une lunette aussi plus grande, et c'est une lunette qu'aura le
comité consultatif, je le souhaite. C'est à
travers cette lunette-là, je le souhaite, que le Vérificateur général aura
aussi à rendre ses rapports et c'est
à travers cette lunette-là, assurément, que le gouvernement considère tous ses
projets, c'est-à-dire avec ses bons et ses moins bons côtés, en quelque
sorte.
Mme Ghazal :
Mais est-ce que... C'est-à-dire que, moi, ma question, c'est : Est-ce que
le ministre, pour produire cet avis-là, va consulter le comité
consultatif? Donc, moi, ce que j'entends, c'est que, oui, c'est possible. Parce
qu'on pourra avoir une discussion sur le
comité consultatif, puis c'est vrai que c'est une très, très bonne chose, là,
c'est un des éléments qui a été bien vu, là, de ce projet de loi là, de
dire que le comité consultatif, il va pouvoir produire des avis puis il est
autonome. Il peut le faire sur ce qu'il veut, puis que ça va être public, ça,
c'est une bonne chose.
Maintenant,
moi, je vais parler de cet avis-là qui est dans cet article-là du projet de loi
n° 44. Est-ce qu'un ministre pourrait
décider de ne jamais les consulter pour faire cet avis-là? C'est-à-dire qu'avec
la... Parce qu'il y a beaucoup de possibilités, l'univers des possibles est immense,
mais un ministre pourrait décider de ne jamais faire d'avis, aucun de
ses collègues ne... malgré cet article-là,
aucun de ses collègues ne le consulte pour en faire un, et, en plus, s'il
décide d'en faire un, il pourrait ne
jamais consulter le comité consultatif. Est-ce que c'est vrai? Parce que, moi,
mon point, il y a l'élément de le
rendre public, mais il y a aussi : Est-ce qu'il pourrait, le ministre,
pour produire cet avis-là, demander l'avis du comité consultatif?
Charette : En fait, c'est là où je dois peut-être apporter une petite
précision. Dans aucun des cas... C'est vrai qu'il peut y avoir plusieurs
possibilités, mais dans aucun cas, comme l'évoque la collègue, il n'y aurait
pas du tout de consultation ou d'avis, parce que, si on regarde toujours le
même paragraphe auquel on faisait allusion tout à l'heure, «le ministre doit être consulté». Puis ça, c'est
une chose. Donc, il y a une obligation, là, qu'il le soit. La phrase
suivante : «Il donne aux autres
ministres». Donc, dans tous les cas, il y a naturellement des avis et des
discussions, là, qui vont se faire.
Pour ce qui
est du rôle du comité consultatif, dans tous les cas, le comité consultatif...
En fait, le comité consultatif, tel
que conçu dans le projet de loi, ne sera pas limité à un rapport par année,
puis, en dehors de ça, point de communication. Le comité va pouvoir
produire les avis qu'il souhaite produire, et le ministre aura toujours le
loisir d'aller vers le comité lui-même.
Donc, si
jamais il y avait un projet, la ministre en évoquait un un petit peu plus tôt,
le comité serait tout à fait à loisir de
commenter ce scénario-là. Et moi, j'ai bien hâte, naturellement, que l'on
arrive aux articles qui traiteront du comité en question, parce qu'on proposera des amendements qui, je pense, vont
confirmer le caractère indépendant et qui vont, ces amendements-là, assurer l'expertise du comité.
C'est-à-dire, il y a le rôle du ministre lui-même, qui est en
partie
évoqué dans cet article-là, mais il y a les
autres... on peut appeler ça bretelles, ceintures ou autres mécanismes qui vont
venir encadrer l'action gouvernementale en matière, là, de lutte aux
changements climatiques.
Mme Ghazal : ...très, très précise,
c'est : Est-ce que le ministre peut produire l'avis sans consulter le
comité consultatif? Après ça, le comité
pourrait dire : Oh! bien, moi, je veux intervenir aussi à tel, tel projet.
Mais est-ce qu'il pourrait produire cet avis-là sans les consulter,
juste par lui-même, et on ne pourrait pas l'obliger à ce qu'il les consulte, par
exemple?
Charette : Bien, c'est-à-dire, ça dépend du projet lui-même. Le ministère
de l'Environnement, et là je ne
veux pas vous induire en erreur, mais j'y
vais de mémoire, en termes de certificats d'autorisation, on est à plus de
5 000 par année, de mémoire.
Non, le ministre ne demandera pas un avis au comité scientifique
sur les 5 000 et plus. Donc, tout projet qui va susciter un
questionnement fera l'objet, assurément, de consultations auprès du comité
consultatif.
Ghazal : En fait, ce n'est
pas ça, ma question. Ma question, ce n'est pas : Est-ce que,
pour tous les projets, le ministre va consulter le comité consultatif et faire un
avis? Ce n'est pas ça, ma question. Ma question, c'est : Lorsque le ministre va faire
un avis, selon ce qui est écrit dans cet article-là, est-ce qu'obligatoirement
il doit consulter le comité consultatif ou il va voir si eux, ils ont envie de
se prononcer sur un...
Charette : En fait, là aussi, je ne veux pas jouer avec les mots,
mais, par exemple, j'essaie de me référer à ce qui se vit au Conseil des
ministres. Et la collègue de Maurice-Richard pourra en
convenir, à chaque mercredi, il y a et comité
ministériel et Conseil des ministres. Le ministre de l'Environnement fait
régulièrement des commentaires sur des projets
qui sont portés par d'autres ministères, ce sont des commentaires qui sont
basés sur l'expertise du ministère. Donc, c'est à toutes les semaines,
et le ministère est là pour rédiger, aider à la rédaction de ces avis-là.
Donc, ce
n'est pas chacun de ces avis-là qui passerait par le comité consultatif. Parce
qu'il faut voir l'expertise du ministère selon un angle en particulier
et voir le rôle du comité consultatif d'un autre angle, là. Donc, je ne peux
pas m'engager à dire que tous les avis du
ministère de l'Environnement passeront par le comité consultatif, parce que ce
n'est pas le rôle du comité consultatif,
parce que, dans bien des cas, ce ne sera pas en fonction du mandat qui lui sera
confié. Le comité consultatif a un rôle
précis au niveau de diminuer nos émissions, de la façon de structurer le futur
FECC. Donc, ce n'est pas parce que ça
traite d'environnement que ce serait du concours ou du ressort du comité
consultatif indépendant.
Ghazal : Cet alinéa-là, il ne parle vraiment, spécifiquement, pas de
tous les avis qui sont faits chaque semaine ou pour toutes sortes de choses. Moi, ce que je comprends, puis vous me
corrigerez, l'existence de cet
alinéa-là, c'est en lien avec
uniquement tout l'impact sur la lutte aux changements climatiques. Quand je le
lis, là, l'avis, ce n'est pas sur toutes les questions environnementales. Ça, c'est les avis du comité consultatif.
Ça, j'ai compris, ils peuvent aller sur tout, mais ça, ça a été ajouté et ça a été mis en place pas pour
toutes sortes d'avis. C'est vraiment en lien avec la question de la lutte
aux changements climatiques. C'est bien ça?
Charette : En fait, je ne
voudrais pas répéter ce que je mentionnais tout à l'heure, mais c'est des rôles
souvent bien distincts qui sont attendus du
comité versus lorsque c'est l'expertise même du ministère qui est sollicitée.
Mais, dans ce même article-là,
lorsque... Je comprends qu'avec la collègue de Maurice-Richard on regardait
le quatrième paragraphe en particulier,
mais, lorsqu'on voit, dans l'amendement, le nouveau texte qui dit... qui était
déjà proposé en
partie dans le projet de loi n° 44 dans sa première
mouture : «Le ministre s'assure du respect des cibles de réduction des
émissions de gaz à effet de serre fixées par le gouvernement», c'est là où il
faudra qu'il y ait une cohérence.
Moi, je
serais bien, bien malheureux de réduire la portée du projet de loi à travers un seul... même pas article, à travers
un paragraphe d'un article. Il faut réellement voir le projet de loi n° 44 dans un tout, avec les nouveaux pouvoirs
et les nouvelles
responsabilités, pour ne pas dire les nouvelles obligations, là, qui vont
relever du ministre de
l'Environnement. Mais disons-nous que c'est
un pas de géant par rapport à la transparence, par rapport aux obligations de
résultat également. Donc, l'article 1,
en soi, est important, mais il ne faut pas se limiter à un seul de ces paragraphes,
il faut le lire dans un tout.
Ghazal : Je voudrais
intervenir sur un autre sujet que l'avis, mais je pense que le ministre
a compris que j'aimerais ça qu'il
soit public puis que le comité consultatif soit consulté, ça fait que je...
Mais je voudrais revenir sur le paragraphe 3°, sur la cible... en fait, du respect des cibles
de réduction des émissions de gaz à
effet de serre. Quand on dit «des cibles», on parle — j'essaie
de me rappeler de notre conversation de la semaine passée — des
cibles... Est-ce qu'on parle
des cibles sectorielles, par exemple, ou est-ce qu'on parle des cibles en
fonction du temps?
Charette : Dans le projet de loi tel que proposé dans sa première mouture, il y avait la cible, et,
lorsqu'on parlait de la cible,
c'était la cible totale à atteindre en
matière de réduction de gaz à effet de serre. Mais, à
d'autres endroits, on pouvait lire et
on peut toujours lire «les cibles», par exemple. Et, lorsque ce sont les
cibles, c'est effectivement au niveau sectoriel.
On l'a dit à
plusieurs reprises, et chaque formation, je pense, en est bien consciente, le
gros, gros défi au Québec : oui, il faut réduire de tant de
pourcentage, un minimum de 37,5 %, mais notre gros morceau, ça demeure
encore les transports. Donc, on voudra des
cibles... une cible globale, mais on va... si on veut l'atteindre, cette
cible-là, c'est clair qu'on ne pourra pas l'atteindre si les transports
n'ont pas eux-mêmes une cible sur laquelle travailler. Donc, lorsqu'on fait référence aux cibles, c'est la cible totale et les
cibles sectorielles qui, dans certains cas, sont déjà très bien
déterminées.
Ghazal : Bien, c'est ma prochaine question, les cibles sectorielles.
Moi, je connais celles de la politique sur le transport durable, là. J'oublie le nom, là, mais cette politique-là...
la mobilité durable, et là il y en a une, cible. Donc, ça, c'est une
cible sectorielle. C'est quoi, les autres cibles?
M. Charette : Je sais qu'on aborde
la question un petit peu plus loin dans le projet de loi, mais que...
Charette : Une belle nuance,
là, qui est apportée par le sous-ministre
adjoint : ce sont des cibles
ministérielles, comme la PMD. La Politique
de mobilité durable, c'est une cible ministérielle. Parce que, là aussi, si on
voulait en faire une cible
gouvernementale, il faudrait passer par un processus de commission
parlementaire. Et c'est la raison pour laquelle il y a une nuance à
faire.
Lorsque notre
collègue le député... là, c'est sa circonscription qui m'échappe, Pontiac, je
pense, lorsqu'il a présenté sa
politique, qui était d'ailleurs excellente et à laquelle on souscrit, c'était
une politique ministérielle, mais les cibles qui sont convenues à l'intérieur demeurent des cibles...
C'est une cible que le gouvernement reconnaît pour son atteinte, mais ça
n'a pas fait l'objet de discussions comme le
fameux 37,5 %, qui a fait l'objet d'une consultation, qui a fait l'objet
de débats, pour être ensuite adopté en bonne et due forme.
Mme Ghazal : ...connaissance, il n'y
a pas d'autre cible sectorielle que seulement pour le transport?
M. Charette : Légalement, non. C'est
des indicateurs...
Ghazal : Mais même pas légalement... Légalement, ça, j'ai compris que
non, là, parce que c'est le ministériel,
parce que ça n'a pas passé par le fameux processus. Le seul processus qui a eu lieu, c'est en 2015, et c'était pour la cible globale pour le Québec. Et il y en a
plusieurs, raisons, mais une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens
disent, puis moi, j'en suis, que cette
cible-là globale, c'est-à-dire, pour 2020, n'a pas été respectée, c'est
justement parce qu'on n'a pas de cibles sectorielles. Donc, on a un gros
objectif lointain ou relativement lointain, mais il n'y a pas, comme, de responsabilité de chaque ministère d'avoir sa
propre cible. Ça fait qu'il n'y a pas de cible légale. Ça, je le
comprends. Cible sectorielle ministérielle
qui n'est pas légale, il y en a juste une, c'est celle des Transports. Est-ce
que le ministre le confirme?
M. Charette : Pour... oui, c'est
ministériel, et, encore là...
Mme Ghazal : Mais il n'y en a pas
d'autres? Il n'y a pas...
Charette : Non. Bien,
c'est-à-dire, dans les transports, il y a quand même... c'est vaste, les
transports, il y a des objectifs ou
des cibles à différents niveaux. Mais la raison pour laquelle cette
distinction, elle est importante, puis on l'a mentionné, puis on va le faire, hein, pour l'après-2030, c'est un
engagement, là, qui est... Bien, c'est-à-dire ce n'est pas seulement un engagement gouvernemental, ce n'est
pas seulement une volonté gouvernementale. La loi, telle que rédigée, nous est... contraint, en quelque sorte. Mais,
vous allez voir, c'est quand même une procédure qui va prendre un
certain nombre de semaines.
Et on ne pourrait pas faire en sorte que chaque
cible devienne une cible qui soit une cible de l'Assemblée nationale,
par exemple, parce qu'on ne pourrait pas, à de multiples reprises, accaparer,
même si c'est bien positif, la finalité, la commission parlementaire. Autrement, on pourrait passer l'année
uniquement à consulter et à établir des cibles, alors que la commission
est davantage requise, là, pour soit présenter et adopter ou bonifier, là, des
lois existantes.
Ghazal : Moi, je ne posais
pas la question pour dire : Il faudrait que ça soit légal. Ça, je suis
contente qu'il y en ait une avec...
Puis différents secteurs, là, j'ai la politique devant moi, là, c'est
37,5 % aussi pour le transport. Ça, je suis contente qu'il y en ait une ministérielle. Ma question, c'est que les
autres ministres n'en ont pas, et que pense le ministre qu'il y ait
d'autres cibles ministérielles et qu'on y fasse référence sans les mettre dans
la loi?
Charette : Mais, là aussi,
je suis obligé d'apporter une petite correction. À travers d'autres lois... On
a tous adopté, d'ailleurs, à
l'unanimité la politique zéro émission. Donc, il y a de ces objectifs-là qui
sont confirmés ailleurs, mais il n'y
a pas une loi qui recense l'entièreté, en quelque sorte, là, des cibles. Et
c'est la raison pour laquelle moi, j'étais tout à fait confortable avec la proposition faite
initialement par la collègue de Maurice-Richard de dire :
Les cibles, ça peut autant vouloir
dire la cible globale que ça peut
vouloir dire notre cible pour 2030. Ça pourra vouloir dire la cible pour
l'après-2030, ça pourra... C'est là où ça couvre davantage le spectre qui est
concerné.
Ghazal : Puis que pense le ministre de dire : Bien, il ne
faudrait pas que, quand un ministère décide de se doter d'une cible, bien, il le fait, et tout ça?
Que pense le ministre de rendre... de faire en sorte que tous les
ministères, pas juste celui des Transports,
se dotent d'une cible, que ce soit une obligation pas de mettre cette cible-là
dans la loi, mais de les obliger à
faire cet exercice-là qui a été fait aux Transports, par exemple? Parce que
c'est vraiment une des causes qui fait qu'on
se donne des cibles globales, puis on ne les atteint pas, entre autres, puis ce
n'est pas la seule raison, entre autres, bien, parce que tous les ministères qui sont contributeurs... Même les déchets,
ce n'est pas énorme, mais il y en a quand même au ministère de
l'Agriculture ou d'autres ministères. S'ils se dotaient chacun d'une cible puis
qu'ils s'appropriaient ce 37,5 % en
disant : Bien, moi, ça va être ça, ma part, puis qu'on les obligeait à le
faire, peut-être qu'on augmenterait les chances d'atteindre la cible
globale. Que penserait le ministre de rendre ça obligatoire?
M. Charette : En fait, là, les
prochains mois devront... en fait, contribueront à répondre à certains de ces éléments-là. À partir du moment où on présentera
une politique-cadre, c'est clair qu'il y a des attentes qui seront
dévoilées, là, pour les différents
ministères. Donc, c'est une perspective avec laquelle on travaille
actuellement, mais est-ce que... Encore
là, moi, j'aime bien ne pas perdre de vue l'objectif du projet de loi. Ce que
la collègue dit est tout à fait pertinent, mais ce n'est pas forcément... Moi, je ne viens pas modifier la loi
constitutive de l'entièreté des autres ministères à travers le projet de loi n° 44. On modifie des lois,
oui, mais je ne modifie pas les obligations constitutives des autres
ministères. Mais, clairement, dans la
politique qui sera présentée, là, à l'automne, il y aura des attentes par
rapport à d'autres domaines.
Tout à
l'heure, on parlait des cibles. C'est vrai qu'instinctivement on pense au
ministère des Transports à travers la Politique
de mobilité durable, mais, au niveau Ressources naturelles, par exemple, il y a
aussi des cibles qui sont précisées par
rapport à la réduction des... Bien, c'est-à-dire, dans certains cas, il y a des
augmentations qui sont visées, c'est-à-dire
la proportion de gaz naturel renouvelable
dans le gaz. Dans d'autres cas, c'est la réduction qui est précisée en matière
de recours aux énergies fossiles. Donc, des
cibles, il y en a un peu partout, mais c'est là où le projet de loi n° 44
va aussi aider le ministre de
l'Environnement, qui... peu importe qui le sera dans l'avenir, en ce sens qu'il
y a des objectifs que les ministères se donnent déjà, mais il faut
s'assurer de cette cohérence-là et que ces cibles soient rencontrées.
Mme Ghazal : ...le droit de parole à
ma collègue. Je voudrais juste terminer. Je comprends... Même dans la politique, j'ai vu toutes sortes de cibles, par
exemple, augmentation de 25 % de tonnage de marchandises
transbordées. Mais moi, je parle de la cible
telle qu'écrite dans l'amendement du ministre, c'est-à-dire cible de
réduction des émissions de gaz à
effet de serre. Je ne parle pas de
toutes les cibles de toutes sortes de choses, je parle juste de ces cibles-là.
Et moi, j'inviterais le ministre à
réfléchir à cette option de dire : Si on veut que notre 37,5 % ou
notre au moins 37,5 %, qui est maintenant
dans la loi, puisse avoir une chance qu'on y arrive, bien, il faudrait peut-être obliger
pas juste dans une politique-cadre. Parce que
je comprends que le ministre m'annonce son intention que, dans la politique,
nous allons inviter les autres à réfléchir
à leur contribution et comment est-ce
qu'ils pourraient réduire, mais je l'invite à rendre ça obligatoire dans
cette loi-là vu qu'on y est.
Charette : Je voulais... Un petit peu plus loin dans le projet de loi,
il y a des articles qui précisent, là... Donc, non seulement vous nous invitez à réfléchir à la question, on y avait
déjà réfléchi et on aura des articles... Je ne peux pas vous nommer
l'article à ce moment-ci, là, je ne l'ai pas en tête précisément. Mais
clairement le débat va nous amener vers cette discussion-là qui est aussi très,
très valable.
La Présidente (Mme
Grondin) : Mme la députée de Maurice-Richard.
Montpetit : Je vous remercie. Puis, pendant que je poserai ma question
au ministre, je pense, ça laissera peut-être
le temps à son équipe de trouver l'article en question. Ce sera opportun pour
la suite des discussions. Je vais continuer sur la question des cibles, puis je pense qu'il y a un petit peu de
confusion qui s'installe, puis je vais donner le... j'aimerais ça donner
l'occasion au ministre de clarifier sa pensée.
Puis c'est
peut-être involontaire de sa part, mais je pense qu'il a dit une chose et son
contraire sur l'interprétation des cibles. Il a commencé en disant, puis
je ne veux pas, comme... je ne veux pas mal le citer, mais il a commencé en répondant à la députée de Mercier en disant :
Il y a une distinction entre la cible... Et il a dit : Quand on parle de
la cible, on parle de la cible nationale du Québec, donc le 37,5 %,
et, quand on parle des cibles, on parle des cibles sectorielles.
Quand on a eu
des échanges... Puis je veux juste clarifier cet élément-là, parce que
peut-être qu'il manquait un petit bout
à la phrase, mais, comme les échanges qu'on a ici sont quand même utilisés pour
interpréter l'esprit du législateur quand vient le temps d'interpréter une loi, je
veux juste que ce soit bien clair. Quand on parle des cibles, on parle des
cibles sectorielles, mais on parle aussi de
la cible actuelle, bien, de 2020, de 2030. Éventuellement, on parlera de celle
de 2040, celle de 2050. Donc, quand il est écrit : «Le ministre
s'assure du respect des cibles de réduction», juste pour être bien certaine,
l'esprit du ministre, c'est bien de l'ensemble des cibles, tant la nationale
que les sectorielles?
Charette : En fait, je pense
l'avoir dit ainsi, mais, si ça nécessite une précision, là, c'est pertinent de
la faire. Ce que je disais dans mon
propos, initialement, c'est que la mouture initiale du projet de loi faisait tantôt référence à la cible et tantôt référence aux cibles. Ce que je disais, lorsqu'on pouvait lire
«la cible», c'était la somme totale des réductions qui était visée, alors que les cibles faisaient référence
aux cibles sectorielles. Mais je pense avoir bien dit que les cibles ou des
cibles, c'est réellement autant ce qui nous
lie jusqu'à 2030, que ce qui va nous lier après 2030, que les cibles
sectorielles, là. Donc, c'est bien de m'avoir posé la question, là, pour
être bien certains qu'on se rejoigne. C'est essentiellement, là, ce que je
disais, là, tout à l'heure aussi.
Montpetit : O.K.,
parfait. Non, non, c'était vraiment juste pour s'assurer qu'on parle tous de la même
chose, comme c'est un élément qui va être...
qui va revenir à plusieurs reprises. Puis, au niveau des pouvoirs du ministre, c'est sûr que ça fait une différence, de la façon dont on
l'interprète. Donc, si on parle bien des cibles nationales et sectorielles,
on va se gouverner comme ça pour la suite des choses. Merci.
La Présidente (Mme Grondin) :
Mme la députée de Mercier, avez-vous d'autres...
Mme Ghazal : Bien, j'essaie de
retrouver... Oui? O.K.
Charette : On l'a légèrement modifié, à travers un amendement, en
général, mais vous voyez que c'est un
article qui est beaucoup plus
large que ça. Donc, cette notion-là sera largement abordée, là, à travers
l'article 17, qui demeure un
article de grande importance aussi.
Ghazal : Mais l'idée d'obliger, tu sais, peu importe c'est où, là,
dans la loi, tout ça, l'idée de profiter d'avoir cette loi-là, de donner
une chance à au moins 37,5 % de réussir, d'obliger tous les ministères de
se doter d'une cible sectorielle, est-ce que
cette idée-là... peu importent les détails, puis les technicalités, puis où
est-ce qu'on met ça, cette idée-là, le
ministre est d'accord avec elle, de rendre ça obligatoire dans la loi et non
pas dans une politique : On s'attend, vous, que vous réfléchissiez à vous doter d'une cible, etc.? Puis, finalement,
ils le font ou ils ne le font pas, dépendamment de leur bonne volonté, mais que ça devienne
obligatoire... Comme coordonnateur qui est responsable, c'est lui qui
doit... c'est le ministre qui doit s'assurer que ça soit respecté. Bien, il
faudrait qu'il mette les chances de son côté.
Charette : Tous seront à
faire leurs efforts. Quand je dis «tous», tous les ministères.
Mais il y a des discussions qui vont
se placer dans le temps, au gré de l'avancée, là, du projet de loi. Rendus à l'article 17, on aura cheminé vers des réponses. Ce que mes deux collègues me disaient, à
juste titre, le marché du carbone détermine là où c'est le plus
important de faire des réductions. Donc, il y a un jeu, pas dans le sens de
ludique, mais il y a des interrelations qui déterminent l'établissement d'une cible et là où les efforts doivent être
concentrés. Mais, je vous dis, tous auront à faire leurs efforts. Je
vous dis qu'il y a des cibles sectorielles, mais c'est davantage à
l'article 17, là, que ces questions-là seront précisées.
Ghazal : Mais, malgré la
bourse du carbone, le ministère des
Transports ne s'est pas gêné de se
fixer une cible. Il l'a fait quand même.
M. Charette : Bien, c'est-à-dire...
Mme Ghazal : De toute façon, cette
cible-là n'est pas dans une loi. Elle est dans une politique.
Charette : En fait, si on regarde un petit peu dans le temps, le
collègue qui a précédé l'actuel ministre des Transports a présenté sa politique de mobilité durable qui était le
fruit d'un beau travail de concertation, mais c'était aussi dans l'optique d'accompagner cette politique-là
d'un plan d'action et c'était l'étape qui n'était pas encore franchie.
C'est le temps, là, tout simplement, qui lui
avait manqué. Donc là, mon collègue aux Transports est à cette étape-là, et,
moi-même, je l'ai accompagné. C'est
que cette table-là de suivi de la Politique de mobilité durable, elle poursuit
ses travaux. J'en fais
partie à l'occasion directement, sinon à travers
le ministère.
Donc,
politique, oui, mais le plan d'action doit, lui, s'incarner à travers des
projets spécifiques, et c'est ce qui est en train d'être... dans certains cas, ce qui a déjà été présenté ou, dans
d'autres cas, c'est ce qui est en train d'être élaboré. Et la
politique-cadre qu'on va présenter à l'automne va naturellement intégrer
plusieurs des éléments de la Politique de mobilité
durable, et le plan de mise en oeuvre va lui aussi intégrer plusieurs éléments
de la Politique de mobilité durable. C'est là où on ne peut pas faire
une cassure aussi claire des rôles et responsabilités de chacun, d'où
l'importance de confier, à travers le projet de loi n° 44,
la coordination de l'ensemble de ces mesures-là pour être certains qu'on s'en
va dans la bonne direction.
Mme Ghazal : Mais le ministre est d'accord avec moi que c'est important que chaque ministère,
organisme qui sont contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre se dotent d'une cible. Est-ce que
le ministre est d'accord
avec ça?
M. Charette : En fait, c'est-à-dire, c'est important que tous les ministères
contribuent, que les programmes soient élaborés
en ce sens-là. Mais c'est pour ça que je vous dis : Il faut
y aller dans l'ordre, en quelque
sorte. Parce qu'on va aussi parler de
stratégie de développement durable, dans les prochains jours, les prochaines
semaines, on va parler également, par exemple, de promotion de l'achat local, et autres. Ça ne
relève pas directement du ministère
de l'Environnement, mais ce
sont toutes des initiatives gouvernementales qui vont faire
partie de cette
action gouvernementale concertée.
Moi,
je peux vous confirmer déjà qu'il y
a des discussions hebdomadaires, parce qu'on parle d'achat local, autant avec mon collègue de l'Économie
qu'avec mon collègue de l'Agriculture, pour ce qui est développer une autonomie
alimentaire, mais même également au niveau du Conseil du trésor, pour ce qui
est d'achat local au sein de la fonction publique,
de l'administration publique, pour intégrer aussi des principes qui
sont fondamentaux, là, d'exemplarité
de l'État. Donc, c'est des choses qui se mettent en place.
semaine dernière... Et je comprenais la nuance, mais c'est important de le
dire, le projet de loi lui-même, dans ses
articles, ne fait pas référence à la pandémie, hein? C'est un petit peu le
débat qu'on a eu la semaine dernière. Mais ce qui va en découler, ce que va permettre ce projet de loi
là, sera absolument influencé par l'expérience des dernières semaines et
des derniers mois.
souveraineté alimentaire a toujours été un concept cher au gouvernement du
Québec, peu importe sa couleur, mais,
clairement, plus que jamais, je pense que non seulement le gouvernement du Québec
en est convaincu, mais je pense que
la population québécoise l'est aussi. C'est peut-être, malheureusement,
l'expérience qu'il nous fallait vivre pour se convaincre à quel point on ne peut pas être dépendants. Je parle au
niveau alimentaire, mais on l'a vécu, là, au niveau de l'approvisionnement, en certains... Les masques,
au début de la pandémie, ça a été l'objet de très, très vives
inquiétudes, parce qu'on était dépendants des marchés internationaux.
Donc,
l'achat local, ça ne sera peut-être pas à travers le projet de loi n° 44
lui-même, parce qu'il ne peut pas tout couvrir,
mais c'est des orientations gouvernementales, là, qui seront précisées au fil
des jours, dans certains cas, ou, sinon, des semaines à venir.
Mme Ghazal :
Non, c'est vrai, pour l'achat local puis l'exemplarité de l'État, ce serait
plutôt de modifier le projet de loi
n° 37, mais ça, c'est un autre sujet, sur toute la... J'ai oublié comment
on appelle ça, mais toute la concentration pour l'approvisionnement, là, de l'État, au lieu de le faire de façon
locale, souvent c'est les plus gros qui gagnent. Mais, bon, vous avez
raison, ça serait un autre projet de loi, peut-être, à être modifié.
Mais,
pour ce qui est... Donc, moi, ce que je comprends, c'est qu'établir des cibles
sectorielles, des cibles ministérielles...
des organismes, c'est un processus qui est en cours. Il est en train d'être
entamé dans différents ministères. C'est
une discussion que le ministre a de toute façon. Donc, ça se fait. Pourquoi ne
pas simplement le marquer dans la loi, au bon article, là, peu importe, de dire : Bien, dorénavant, il est
obligatoire, pour chaque ministère, chaque organisme public, de se doter
d'une cible pour que...
Ceux
qui se prennent de l'avance, ou qui le font déjà, ou qui l'ont déjà fait, bien,
tant mieux, c'est les bons élèves. Mais peut-être que ceux qui se
traînent la patte ou ils le font moins en disant : Bien, nous, on
contribue moins aux émissions de gaz à effet
de serre, bien, qu'ils puissent le faire eux-mêmes, de se doter de cibles,
parce que c'est important. De la même
façon que, quand on a un budget, là, on en a déjà parlé, il ne faut pas juste
dire : Ah! il faut réduire de tant de pour cent les dépenses. Il faut qu'il y ait un budget à chaque...
périodiquement, puis chaque département doit se doter aussi de cibles
pour arriver à l'objectif global.
Donc,
si c'est déjà fait, que pense le ministre de simplement le mentionner de rendre
obligatoire... ou que chacun des ministères et organismes publics se
dote d'une cible sectorielle au lieu de simplement le mentionner comme ça?
M. Charette :
Écoutez, on pourra certainement en discuter à l'article 17, comme je le
mentionnais.
Ghazal : À l'article 17? Donc, je comprends qu'il y a un
amendement qui vient en ce sens, du ministre?
Charette : C'est-à-dire, je ne peux pas présumer des engagements...
c'est-à-dire, des amendements que vous allez
présenter. Nous-mêmes, on en aura, là, d'ici le 17, à présenter. Mais allons-y
dans le temps avec les contraintes que je vous mentionnais aussi. Mais
l'idée que tout le monde doit faire sa part, là, clairement, on n'atteindra pas
une cible comme celle-là si on ne fait pas
tous notre part. Mais, comme je le mentionnais tout à l'heure, le marché du
carbone nous aide à identifier les secteurs prioritaires, là où les
gains sont plus substantiels.
J'essaie
de voir... puis je ne minimise pas le rôle qu'aura à jouer chaque ministère,
mais je regarde, par exemple... Je fais
un petit peu le tour. Le ministère de la Justice, par exemple, c'est un
ministère qui est central dans notre démocratie, mais ce n'est pas le ministère qui, à travers ses activités, génère le
plus d'émissions de gaz à effet de serre. Mais je ne dis pas que... Par exemple, c'est là où ça devient parfois
embêtant. Le ministère de la Justice, je reprends un exemple, ne génère
pas, dans ses opérations, beaucoup
d'émissions. Par contre, au niveau des
palais de justice, par exemple, les palais de justice, eux, selon la façon dont ils sont chauffés, la
façon dont ils gèrent leurs matières résiduelles... Actuellement, je peux le confirmer, ce n'est pas une surprise, il n'y a pas
de politique qui confirme que tous les palais de justice devront, par exemple,
récupérer leurs matières organiques pour qu'elles soient revalorisées.
Donc,
c'est difficile d'y aller par ministère, dans tous les cas, que par orientation. Éventuellement, pour ce qui est de la
généralisation de la récupération de la matière organique... Là, je semble
m'éloigner, là, mais c'est pour illustrer qu'on ne peut pas dire simplement : Chaque ministère
va devoir. Parce que, souvent, par exemple, de Conseil du trésor, par rapport à une de ses politiques, va venir
intervenir dans les autres ministères. Moi, ce n'est pas le ministère de la Justice qui, demain matin, va dire : Je veux,
moi, récupérer toute ma matière organique. Ça va être une politique gouvernementale
qui va toucher les établissements publics, autant le palais de justice, que
l'école, que l'hôpital, par exemple, dans un milieu.
C'est pour ça que je veux juste
relativiser un petit peu les attentes par rapport à ce qui pourrait
être précisé dans la loi. Mais, clairement, tout le monde, tous les ministères
auront un effort à réaliser, là, pour être certains, là, que l'on atteint nos
cibles.
Mme Ghazal : Il me reste deux minutes, je veux juste comme
préciser... C'est quand même important, ce n'est pas parce qu'on est
sur le marché du carbone puis... Toute la question de l'écofiscalité ne va pas
à l'encontre de l'action gouvernementale, je
veux dire, ça n'empêche pas... l'une
ne remplace pas l'autre, les deux sont complémentaires. Donc, ce n'est pas parce
qu'on a un marché du carbone que,
bien, on ne peut pas commencer à fixer puis à décider : Tel, tel ministère
ou tel organisme devrait réduire. Les deux sont complémentaires.
Puis,
aussi, par rapport aux émissions, en fait, je comprends que c'est
plus compliqué. Mais, si, par exemple, il y a une volonté de dire : Bien, il faut que ces
organismes-là se dotent de politiques... Et peut-être que leur contribution va être minime, d'autres supérieure, mais il faudrait
tout d'abord qu'ils sachent c'est quoi, leurs émissions de gaz à effet de serre. À l'Assemblée nationale, on est en
train de faire un exercice comme
celui-là, et c'est en train d'être fait, un inventaire; les autres ministères,
non, pas encore. On a ici une loi pour qu'ils le fassent, cet exercice-là,
qu'ils sachent combien est-ce qu'ils... à combien ils contribuent, les ministères
et les organismes.
exemple, vous avez donné l'exemple du ministère de la Justice, les cours. Dans
d'autres ministères, la même chose, le même exercice pourrait être fait...
et de se doter de cibles, au lieu qu'il y ait juste une volonté, puis ceux qui veulent embarquer le fassent parce que c'est bien
vu, puis de le rendre tout simplement obligatoire puisque c'est en train
d'être fait de toute façon.
M. Charette :
Encore là, je veux juste mesurer ou pondérer
les attentes. On ne se le cache pas, on avait annoncé... même en
janvier, lorsqu'on a annoncé la modernisation de la collecte sélective, on
avait aussi annoncé, pour ce printemps, notre réforme au niveau la
gestion de la matière organique. Je reviens sur cet exemple-là parce que je
pense qu'il est pertinent à illustrer comme
quoi ce n'est pas chaque ministère qui pourra dire : Moi, je vais diminuer
de tant de pour cent. Donc, cette
politique-là, elle est prête. On va l'annoncer lorsque l'attention sera un
petit peu moins portée sur la santé publique.
Mais, à partir du moment où cette politique-là va être rendue publique, elle va
émaner de l'Environnement, oui, parce
que ça va devenir une politique gouvernementale. Le palais de justice va être,
oui, tenu de s'y conformer, mais ce n'est pas forcément la Justice qui
va pouvoir faire...
C'est
là où...
L'article 17 va nous permettre d'aborder cette question-là. Mais
ce n'est pas si simple de calculer les émissions par ministère que par
catégorie d'actions. La même chose pour la Politique de mobilité durable. Oui,
on pense transports, mais ça va impliquer
des nouvelles façons de faire pas uniquement au niveau du ministère des
Transports, ça va avoir une incidence au
niveau du MAMH, au niveau des Affaires municipales, au niveau des sociétés de
transport.
C'est
pour ça que ce n'est pas forcément simple et même possible d'attribuer une
cible de diminution à chaque ministère.
C'est plus les politiques qui sont transversales. C'est le Conseil du trésor
qui va permettre d'uniformiser une pratique
sans que ce soit une diminution qui soit associée à un ministère, ou un
hôpital, ou un palais de justice en particulier. Mais clairement, là,
c'est des questions qui sont pertinentes, mais, à travers l'article 17,
là, on va pouvoir mieux répondre à cet enjeu-là.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la députée de Mercier, il vous
reste 1 min 30 s.
Mme Ghazal :
Non, ça va, merci.
La Présidente (Mme Grondin) : Ça va aller? Y a-t-il d'autres interventions? Mme
la députée de Maurice-Richard.
Montpetit : Oui, bien, brève intervention. Moi, j'invite le ministre,
effectivement, s'il a déjà une idée d'où il s'en va avec un amendement possible à l'article 17, de nous le
déposer. Je pense que ça faciliterait les échanges, en sachant où il
sera à l'article 17, là, pour... d'ici qu'on y arrive. Et, non, moi, je
n'ai pas de... on n'a pas de commentaire supplémentaire
à faire sur l'amendement du ministre. On est prêts à voter, parce qu'on aura un
amendement... On ne voulait pas
sous-amender, là, on s'est dit : On va procéder par étapes. On aura un
amendement prêt à déposer qui va dans le sens des discussions qu'on a
eues au préalable. Donc, on serait prêts à voter de notre côté.
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, s'il
n'y a pas d'autre intervention, nous
allons procéder... Mme la
députée de Mercier?
Mme Ghazal :
...pour être certaine, parce que le ministre a dit : Je veux modérer les
attentes, mais j'ai un amendement à l'article 17, donc... Parce que, moi, je vais avoir un
amendement sur la question des cibles
sectorielles. Donc, peut-être que ça va me faire changer d'idée si je vois
celui du ministre.
Charette : Là aussi, je veux pondérer ou préciser les attentes. C'est
à travers beaucoup, dans certains cas, les explications qu'on se donne, mais, si la collègue a, d'entrée de jeu, un
amendement qu'elle annonce, elle peut soit le rendre accessible à tous ou attendre au moment opportun
pour le présenter. Mais je pense qu'entre-temps il y aura aussi des
articles qui auront été adoptés qui vont nous permettre de comprendre toutes
ces nuances-là.
La Présidente (Mme
Grondin) : Donc, ça va? S'il n'y a pas d'autre intervention,
nous allons procéder à la mise aux voix de l'amendement par appel nominal. Mme
la secrétaire.
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Pour les membres du groupe
parlementaire formant le gouvernement, M. Campeau (Bourget)?
La Secrétaire : Pour les
membres de l'opposition officielle, Mme Montpetit (Maurice-Richard)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
Présidente (Mme Grondin) :
Donc, l'amendement est adopté. Nous revenons à l'article 1. Y a-t-il...
Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Ghazal : ...à déposer, oui, qui
est en train...
Montpetit : ...qui est déposé par la collègue de Mercier. On l'avait
annoncé. Donc, on aurait un amendement à déposer, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Grondin) : Elle avait déjà annoncé tantôt qu'elle avait un amendement
à l'article.
Mme Ghazal : Ah! c'est ça, la façon
de faire, il faut l'annoncer? O.K. C'est toujours le même groupe qui l'annonce,
ce n'est pas le... il n'y a pas le principe d'alternance?
Présidente (Mme Grondin) :
Non, on ne pigera pas au... On pourra faire l'alternance. Donc là, vous
avez déposé un sous-amendement, la semaine dernière... qu'on va y aller avec la
députée de... Oui?
Ghazal : Je le sais, c'est
des procédures, là, mais c'est quand même important. La dernière fois, c'était
le... le dernier amendement, bien, c'était celui du ministre, là, mais, juste
avant, c'était le sous-amendement de...
La Présidente (Mme
Grondin) : C'était le vôtre, avec... du 37,5 % au 45 %.
Mme Ghazal : O.K. Ça fait qu'eux,
ils l'ont fait, nous, on l'a fait. O.K., je comprends. Il faut comme que je me
mette une...
Présidente (Mme Grondin) :
Idéalement, c'est le premier qui le dépose. Si on peut l'annoncer d'avance,
c'est encore mieux. Et par la suite ça va être l'alternance. Ça vous convient?
Mme Ghazal : Donc, prochaine fois...
Présidente (Mme Grondin) :
Donc, Mme la députée de Maurice-Richard, vous avez transmis l'amendement.
Donc, nous
allons suspendre les travaux quelques instants pour que les députés puissent en
prendre connaissance.
(Suspension de la séance à 11 h 15)
Présidente (Mme Grondin) :
Donc, nous reprenons les travaux. Mme
la députée de Maurice-Richard, je vous invite à lire l'amendement que vous proposez à l'article 1.
Mme Montpetit : Oui, avec plaisir, Mme
la Présidente. Donc, l'article 10.1 de la
Loi sur le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs,
introduit par l'article 1 du projet de loi, est modifié par
l'ajout, à son troisième alinéa, après les
mots «à leur élaboration.» des mots : «Le ministre est chargé de s'assurer
de la compatibilité de tout projet de
loi, de règlement, décret ou d'arrêté ministériel, de même que tout projet
d'acte administratif, tel un projet d'orientation,
de politique, de plan d'action ou de stratégie, avec les engagements de
réduction des émissions de gaz à effet de
serre auxquels est tenu le Québec, ainsi qu'avec les responsabilités de lutte
aux changements climatiques et de protections des acquis
environnementaux.»
Donc, l'article, tel que modifié, se lirait
ainsi :
«Le ministre assure la cohérence et la
coordination des politiques, des plans d'action, des programmes, des processus de concertation et des autres mesures du
gouvernement, des ministères et des organismes publics qui concernent la
lutte contre les changements climatiques et est associé à leur élaboration. Le
ministre est chargé de s'assurer de la compatibilité de tout projet de loi, de règlement,
décret ou d'arrêté ministériel, de même que tout projet d'acte
administratif, tel un projet d'orientation,
de politique, de plan d'action ou de stratégie, avec les engagements de
réduction des émissions de gaz à
effet de serre auxquels est tenu le Québec, ainsi qu'avec les responsabilités
de lutte aux changements climatiques et de protection des acquis environnementaux. Chaque ministre ou organisme
public concerné demeure responsable du choix de la mise en oeuvre des
moyens pour atteindre les résultats.»
Donc, cet
amendement va dans le sens des échanges qu'on avait, un peu... qu'on avait au
préalable, en fait. Le ministre,
lorsqu'il a déposé son projet de loi, et dans les premières interventions,
entre autres, dans ses remarques préliminaires
qu'il nous a faites avec son projet de loi, est venu statuer de sa volonté
d'augmenter les pouvoirs du ministre de l'Environnement.
Moi, force
est de constater que, dans le projet tel que libellé à l'heure actuelle... Puis
peut-être que le ministre aura le...
finira par nous transmettre les amendements qu'il souhaite déposer et qui sont
peut-être déjà préparés, et peut-être que ça nous amènerait une lecture différente, mais, pour l'instant, force
est de constater que, de la façon dont le projet de loi est rédigé, ça n'augmente pas les pouvoirs du
ministre. Je comprends que c'est sa volonté, que c'est ce qu'il
souhaiterait, mais ça ne vient pas donner
une force supplémentaire au ministre. On le mentionnait tout à l'heure avec la
question des avis, les avis du
ministre ne sont toujours pas péremptoires, donc un autre ministre au Conseil
des ministres n'a pas obligation d'en
prendre acte, n'a pas obligation d'en tenir compte. En fait, il peut en tenir
compte, mais il n'a pas l'obligation d'en tenir compte dans ses politiques ou dans les projets de loi qu'il dépose. Et
donc c'est en ce sens que l'amendement est déposé.
Et, je le
répète, comme je l'ai fait pour les autres amendements, et, à moins que je le
mentionne, ce sera toujours le cas,
mais l'objectif, ce n'est pas de s'enfarger dans le choix des mots ou dans les
virgules et à quel endroit est placé quoi. Vous comprenez... je suis sûre que le ministre et son équipe, notamment
ses juristes, comprennent l'intention qui est derrière l'amendement. Si, d'aventure, c'est vraiment au
niveau de la terminologie qui est utilisée, ce qui m'étonnerait, quand
même, parce que c'est un amendement qui a
été déposé, à l'origine, lors des consultations, par des avocats en droit de
l'environnement, et on trouvait fort
intéressant ce que ça venait apporter dans le projet de loi... mais, je le dis d'entrée de jeu, si c'est
vraiment une question de terminologie, je
suis évidemment très ouverte à avoir des discussions en ce sens, dans la mesure
où on vient mettre en application le fond et la direction que cet
amendement vient ajouter.
Donc,
l'objectif de l'amendement, c'est entre autres de venir apporter une meilleure
coordination gouvernementale. Le
ministre nous le disait tout à l'heure que c'était important que la lutte aux
changements climatiques, la protection de l'environnement, mais particulièrement la lutte aux changements
climatiques, ne soient pas seulement dans sa cour comme ministre de l'Environnement, mais encore faut-il
qu'il puisse assurer un rôle de coordination gouvernementale auprès de
ses collègues, notamment, ministres. Et pour
ce faire, bien, cet amendement-là vient justement donner un pouvoir
supplémentaire au ministre, qui est
de s'assurer que l'ensemble des projets de loi, entre autres, l'ensemble des
orientations gouvernementales vont
être compatibles avec les objectifs de lutte aux changements climatiques, avec
nos cibles de réduction des GES, et c'est en ce sens qu'on vient
vraiment le proposer.
Donc, à partir
du moment où on convient... Puis là j'imagine que le ministre conviendra avec
moi qu'on est dans une crise
climatique, on l'a décrété ici, en cette Assemblée, au mois de septembre
l'année dernière, septembre, octobre — mais
je crois que c'était septembre — on
a décrété l'urgence climatique pour le Québec. Donc il faut s'assurer que
toutes les décisions du gouvernement
qui ont un impact potentiel... bien, en fait, que toutes les décisions du
gouvernement, que tous les projets du
gouvernement, qu'on vienne vraiment s'assurer qu'elles sont compatibles,
qu'elles sont cohérentes avec nos objectifs de lutte aux changements
climatiques.
Et, dans le
texte tel qu'il est, oui, on parlait de... Dans ledit alinéa, d'ailleurs, on
parle que le ministre peut assurer la cohérence,
peut assurer la coordination, mais, encore là, il n'y a pas un rôle, à l'heure
actuelle, dans le projet, où le ministre s'assure, pas seulement de la cohérence, pas seulement de la
coordination, il s'assure, dans le fond, que tout ce qui émane du gouvernement est vraiment compatible avec les
objectifs de lutte aux changements climatiques. Et, à partir du moment
où il nous l'a répété à plusieurs reprises,
que ça doit être une démarche qui est transversale, qui est prise en charge par
l'ensemble des membres du comité exécutif, le fait d'ajouter cet amendement-là
vient renforcer cette volonté mais vient surtout renforcer... puis je veux vraiment souligner, ça vient donner un rôle et
des pouvoirs accrus au ministre de
l'Environnement, qui vient en ce sens...
peut dicter l'action gouvernementale,
ou, si «dicter» n'est pas le mot qui lui plaît, peut, à tout le moins, influencer beaucoup plus fortement l'action
gouvernementale pour s'assurer que cette action-là va dans le sens de la
lutte aux changements climatiques.
Donc, si le
ministre se veut un réel conseiller du gouvernement en matière de lutte aux
changements climatiques, s'il veut être un réel chef d'orchestre d'une
action gouvernementale qui est concertée, encore faut-il aller au-delà des mots. Et là, à l'heure actuelle, bien, ça reste
des mots, qu'il est d'office le conseiller, mais conseiller,
c'est : Je donne des conseils.
Donner des conseils, ce n'est pas péremptoire. Donner des avis... le ministre
nous l'a dit tout à l'heure, ses avis ne sont pas péremptoires. Donc, comment on s'assure que le ministre
augmente réellement son pouvoir par rapport au Conseil des ministres, par rapport à l'action
gouvernementale? Ça, c'est une façon de venir le faire. Donc, c'est un
amendement vraiment qu'on propose pour travailler dans le sens de la volonté du
ministre. Il ne nous avait pas annoncé, de toute façon, d'amendement — mais peut-être que ce sera le cas, puis il
nous le fera — qui lui
permettait réellement d'augmenter ses
pouvoirs. Mais on est dans l'article 1, qui est vraiment la
section des
pouvoirs, et je suis convaincue, en fait, que cet amendement-là est
nécessaire.
Parce que ce
que l'on voit à l'heure actuelle, puis vous me permettrez un petit aparté,
c'est que, par exemple, le projet de
loi n° 61, qui est à l'étude à l'heure actuelle, démontre très bien le...
Bien, déjà, c'est assez ironique d'être ici, au projet de loi n° 44, à étudier un projet qui est censé améliorer la
gouvernance climatique, et d'avoir, dans une autre salle, juste à côté,
l'étude d'un projet de loi qui vient minimiser les évaluations
environnementales. Donc, l'objectif est de s'assurer que... Puis je suis convaincue, dans le
processus, parce que c'est comme ça que ça fonctionne, le ministère de l'Environnement a envoyé un avis... quand le
projet de loi n° 61 a été déposé, le ministère de l'Environnement a
forcément envoyé, dans ce qu'on appelle de
Dossdec, un avis avec les drapeaux rouges qu'il fallait lever. C'est toujours
comme ça que ça fonctionne. Ça a été
partagé avec les ministres concernés. Force est de constater que ça a été pris
en compte ou pas, mais on se retrouve avec le projet de loi n° 61
qui est sur la table.
Donc, la problématique, on en revient à ça,
c'est que l'avis du ministre, il n'est pas péremptoire, il n'est pas obligatoire. Et il y a toutes sortes de
circonstances qui peuvent faire qu'un ministre responsable d'un autre dossier
lui dit : Bien, regarde, j'ai
regardé ça, mais finalement je ne changerai pas les éléments de mon projet de
loi. Et donc, l'objectif est de
donner, comme je le dis, un pouvoir supplémentaire au ministre pour qu'il
puisse s'assurer que, dans les objectifs, qui sont plus grands que lui... Comme il nous l'a répété, il a dit : On
fait une loi, pas pour le ministre actuel de l'Environnement, mais bien pour les ministres, aussi, qui le
suivront, pour s'assurer que, dans notre lutte aux changements climatiques,
on atteindra nos objectifs. Mais il faut
s'assurer qu'il n'y ait pas le ministère
de l'Environnement qui fait un pas en
avant pendant qu'il y a un autre ministère
qui fait deux pas en arrière, parce
que, sinon, à cette vitesse-là, on
n'avancera pas.
Donc, c'est
vraiment de s'assurer que, comme je dis, toute l'action gouvernementale et
politique, les projets de loi qui sont déposés puissent être compatibles avec
les objectifs que le ministre s'est donnés, que le ministre a fait voter
ici, en cette Chambre. Quand il y aura de
nouveaux objectifs, entre autres, de nouvelles cibles de réduction de GES,
bien, il faut s'assurer qu'il ait
l'autorité de pouvoir s'assurer que les autres projets qui sont déposés par
d'autres ministres, par exemple, soient cohérents avec... puissent
travailler dans la même... puissent être compatibles, dans le fond, vraiment,
avec la démarche et les objectifs qu'il poursuit.
Je vous
remercie, Mme la Présidente. Je vais en rester là pour l'instant, je pense
que c'est clair, l'intention qui est recherchée derrière cet amendement.
La Présidente (Mme
Grondin) : ...Mme la députée. M. le ministre.
M. Charette : Mme la
Présidente, merci à la collègue pour
le dépôt de cet amendement-là. Malheureusement, on ne pourra pas
l'adopter ou l'appuyer. Je m'explique.
Les avancées
du projet de loi n° 44 à l'égard de l'environnement sont majeures, on
va le voir tout au long, là, de l'étude,
là, qui va nous occuper au cours des prochains jours, sans doute les prochaines
semaines également. Mais ce projet de
loi là ne fait pas et ne fera jamais
du ministre de l'Environnement ou du ministère
de l'Environnement un gouvernement
en soi. Et c'est un petit peu ce que propose l'article... c'est-à-dire
l'amendement qui est proposé. Et je regardais, avec consultation au niveau des
juristes, il n'y a pas l'équivalent d'un ministère, dans son domaine de
compétences, qui a les pouvoirs que l'on accorderait au ministère de
l'Environnement, essentiellement parce que le ministère n'est pas le gouvernement
en soi.
Ceci dit, par
rapport aux avancées du projet de loi, elles sont notables. On part de pas grand-chose
à quelque chose qui met l'équivalent du ministre de
l'Environnement en environnement, du ou de la ministre de la Santé en
matière de santé, comme on retrouve dans d'autres ministères, donc,
réellement, une portée transversale. Donc, l'amélioration est là, le pouvoir
accru, il est majeur, lorsqu'on lui confère de coordonner l'action
gouvernementale, mais le ministre — peu importe qui il sera dans l'avenir — de l'Environnement ne sera jamais à lui seul en
mesure d'assurer les fonctions qu'on attribue
généralement à un gouvernement et non pas à un ministère ou à un ministre. Et je
le mentionnais tout à l'heure,
jamais des avis ne sont des décrets, et ce, pour peu importe le ministère. Et
ça, c'est en conformité avec notre régime même, politique.
Donc, malheureusement, je comprends les intentions, mais pour ce qui est de coordonner le
respect des cibles, l'élaboration des
stratégies, c'est le but, mais, non, le gouvernement... c'est-à-dire le ministre de
l'Environnement à lui seul ne sera jamais totalement décisionnel à ce niveau-là. Donc, pour ces raisons, malheureusement, l'amendement lui-même ne pourrait pas être appuyé. Je ne sais pas si des collègues souhaitent
intervenir là-dessus, mais j'apprécie l'exercice, mais il y a une
confusion, là, au niveau du rôle d'un ministère versus un gouvernement.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Bien, je dois vous
dire, Mme la Présidente, que je suis déçue, mais pas surprise, parce que la
réponse que le ministre nous fait présentement, c'est exactement la lecture
qu'on a du projet de loi n° 44 depuis qu'il est
déposé.
Donc, le
ministre nous dit beaucoup, beaucoup, beaucoup de mots, beaucoup
d'intentions : Je vais augmenter les pouvoirs du ministre de l'Environnement... J'aimerais ça, d'ailleurs, je
lui pose la question d'avance, ça va lui laisser le temps de réfléchir... mais qu'il me pointe exactement
en quoi le pouvoir du ministre de l'Environnement est augmenté. On lui donne l'opportunité de réellement faire une
différence dans les pouvoirs et dans le rôle du ministre de
l'Environnement, au sein d'un conseil des
ministres, au sein du... voyons! de la coordination de l'action
gouvernementale, et il décline la proposition.
Non seulement... Bien, qu'il la décline, ça ne me dérange pas, parce que, comme
je vous disais, il pourrait proposer
un autre amendement qui va dans le même sens. Là, je ne suis plus à cheval sur
la question du choix des mots, je suis à cheval sur la question de
l'intention.
Ça fait que,
là, déjà, la première réponse qui est faite, puis j'entends... j'ai beaucoup,
beaucoup de respect pour les juristes,
à cet effet-là... mais c'est de me dire : Il n'y a pas d'équivalent de
tels amendements dans d'autres ministères. Bien, j'aurais envie de lui répondre : Il n'y a pas d'équivalent
non plus d'urgence climatique. L'enjeu, il est là. On a une urgence climatique, c'est une situation mondialement
exceptionnelle, on est censé prendre vraiment des... je veux dire, il faut faire preuve
d'audace, il faut faire preuve d'ambition. Et moi, me faire répondre par le
ministre de l'Environnement : Bien, écoutez, il n'y a pas de
situation similaire dans d'autres ministères, ce n'est pas vrai que le
ministère de l'Environnement, finalement, va
dicter à d'autres ministères ce qu'ils doivent faire, ce que j'entends, puis
l'idée n'est pas de lui prêter des
intentions, mais c'est l'interprétation que moi, j'en fais quand on me répond
ça, c'est qu'il abdique ce suprarôle.
Et j'avais
l'impression que c'est ce qu'il...
quand il nous disait : Jamais un ministre
de l'Environnement n'aura eu autant pouvoir. Bien, je ne le vois pas, je
suis désolée, mais je ne le vois pas du tout. Et, si la volonté, elle est
réelle d'augmenter les pouvoirs du ministre de l'Environnement, bien, il faut faire preuve d'ambition puis
d'audace. Et ce n'est pas ce que je
vois, quand c'est cette réponse-là qu'on me fait, de me dire : Bien, il n'y a
pas d'équivalent dans d'autres ministères. O.K. «So what?» Il n'y a pas d'équivalent dans
d'autres ministères? O.K.,
bien, créons quelque chose, innovons, réfléchissons,
trouvons une façon, justement, de réellement donner des pouvoirs
supplémentaires au ministre de l'Environnement et de la Lutte aux
changements climatiques.
Il n'y en a pas, d'équivalent d'urgence
climatique, c'est une situation exceptionnelle. On a une responsabilité comme parlementaires, on a une responsabilité
comme législateurs, il a une responsabilité comme ministre, de
s'assurer, justement, qu'on prenne la bonne
direction pour le legs qu'on va laisser aux générations futures, puis je dis
«générations futures», mais aux générations
actuelles. Le ministre a des enfants, j'en ai, ils sont déjà là, ils ne sont
pas futurs, ces petits cocos-là. Et
je pense qu'on a une responsabilité de s'assurer, justement, de donner du
pouvoir au ministre pour qu'il puisse ne
pas se retrouver dans des situations où, justement, on oppose encore économie
et environnement. C'est extrêmement malheureux de voir que c'est
toujours d'actualité.
Mais
j'aimerais que le ministre réponde à une question qui est quand même assez simple :
Comment il entend, comme ministre de
l'Environnement, coordonner l'action gouvernementale, alors qu'il n'a aucun
pouvoir de le faire, aucun pouvoir de
le faire avec son projet de loi? Son projet de loi parle d'assurer la
cohérence, mais ce n'est pas un cadre qui lui permet d'avoir autorité. Le projet de loi parle d'assurer la
coordination; ça ne lui permet pas d'avoir autorité non plus. Il
«veille» et il «s'assure». On a des verbes qui n'ont aucune autorité. Il peut
donner, s'il le souhaite, son avis, il n'a pas d'autorité non plus, ce n'est
pas péremptoire non plus.
Donc, il faut
trouver une façon de réellement augmenter les pouvoirs du ministre de
l'Environnement et de la lutte aux
changements climatiques, sinon, bien, force sera de constater que tout ce
discours-là du ministre a été du vent, tu sais? Il faut vraiment
trouver, comme je vous dis, si ce n'est pas celle-là... Si le ministre a un
amendement supplémentaire, s'il a une réelle
volonté d'augmenter ses pouvoirs ou les pouvoirs de la fonction, en fait, de
ministre de l'Environnement, bien, qu'il le démontre. Donc, si ce n'est
pas par cet amendement-là, qu'il en dépose un autre.
La Présidente (Mme
Grondin) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
Charette : Mon collègue veut intervenir aussi. Comme je le disais tout
à l'heure, on ne peut pas évaluer la portée
d'un projet de loi uniquement à un
article en question. Moi, je vais déjà... je
sais que c'est un débat qui va avoir lieu dans quelques articles, mais, à l'article 3, je pense qu'on répond
beaucoup aux interrogations de la collègue, quand on parle de nouveaux
pouvoirs ou d'une nouvelle réalité.
Donc, avec la
modification du 12.1, je le lis, c'est un petit peu long, là, mais je vais faire vite : «Dans le cadre de l'exercice de ses fonctions visées à l'article 10.1,
le ministre peut donner des directives aux ministères et aux
organismes publics quant aux méthodes qu'ils
doivent appliquer afin de calculer la quantité de gaz à effet de serre émise, réduite, évitée ou
limitée ou celle retirée de l'atmosphère, ou encore afin d'évaluer et
d'intégrer les risques liés aux impacts du réchauffement planétaire et des changements climatiques dans
l'adaptation à ces derniers si de telles méthodes ne sont pas autrement prescrites par la loi.» Et ça répond en même temps à ce que disait la collègue ou voulait la collègue de Mercier, tout
à l'heure, on termine en disant, et c'est très important, j'insiste : «De
telles directives lient les ministères et les organismes
publics concernés.» Donc, lorsqu'on parle de nouveaux pouvoirs, c'est une
illustration parmi d'autres. Il y en a d'autres, mais c'est une
illustration très claire.
Et, à
l'article 10, on va confirmer le rôle du ministre à l'égard du FECC, donc,
le nouveau Fonds vert, et là aussi c'est
un pouvoir majeur, le ministre de l'Environnement va pouvoir déterminer comment
les affectations vont se faire, de ce nouveau
Fonds vert là, pour être certain qu'il y a des résultats concrets. Donc, ce
sont réellement des portées nouvelles... une portée nouvelle, là, qui concernera le ministre de l'Environnement,
peu importe qui occupera ce siège. Et je ne veux pas parler davantage
parce que d'autres collègues souhaitent intervenir.
La Présidente
(Mme Grondin) : M. le député de Bourget.
M. Campeau :
Oui, Mme la Présidente. Il n'y a peut-être probablement aucun collègue ici qui
va être surpris si je prends un exemple très, très, très terre à terre.
Souvent, comme on dit, dans une vie passée, dans une usine, en étant responsable de l'environnement, tout de suite,
j'avais essayé de me dissocier du fait d'être responsable voulant avoir
raison tout le temps de façon péremptoire. C'est comme : si on veut
améliorer quelque chose, on ne l'améliore pas à coup de «j'ai raison puis je
dois avoir, de façon péremptoire, raison».
Actuellement,
quand on parle de réduire des gaz à effet de serre de 37,5 %, c'est un
projet de société. Et, si on va vers
un projet de société en décidant tout par le ministre de l'Environnement, je ne
vois pas comment on peut y arriver. Alors,
je ne crois pas que d'office on peut avoir un aspect péremptoire à ce projet de
loi. J'irais même un petit peu plus loin. Si on allait avec l'amendement qui vient d'être déposé, c'est comme se
substituer au Conseil des ministres, qui est là pour prendre des décisions en groupe. Et, si je prends
des exemples, n'importe quel projet
qui est présenté par le ministère
de l'Économie, par exemple, souvent on voit l'Économie comme un ministère
qui va avoir beaucoup de «drive» et aller de l'avant. Tout ça, ce n'est jamais
péremptoire, c'est un avis, un projet, une idée qui est présenté au Conseil des ministres, qui est soumise au bureau
du premier ministre, qui finalement va mener à une acceptation. C'est la même
chose pour le Tourisme puis c'est la même chose pour l'Environnement.
Alors, il
faut rester dans cet aspect d'un projet de société, se diriger vers quelque chose, faire participer les autres ministères. Mais je ne vois pas ce que l'actuel amendement
apporte de plus dans ce sens-là. J'ai l'impression que c'est déjà implicite dans le projet de loi. Si on prend, à l'intérieur de l'article 1, le paragraphe 10.1, le
premier paragraphe : «...est d'office le conseiller du gouvernement sur toute question qui...», c'est
un pouvoir similaire à ce que tous les ministres ont à l'intérieur du Conseil
des ministres. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Grondin) : M. le député. Mme la députée de
Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous remercie, Mme
la Présidente. J'invite peut-être le député de Bourget à suivre nos échanges,
parce que le fond du dépôt de l'amendement, c'est justement... Puis je ne
répéterai pas tout ce que j'ai dit préalablement,
là, mais c'est parce qu'il cite le 10.1, qui dit : «Le ministre est
d'office le conseiller du gouvernement». «Conseiller», là, vous chercherez le mot «conseil», là, un conseil, ça
n'a pas force de quoi que ce soit. Moi, je peux vous donner des conseils, mais, une fois qu'on l'a dit,
vous les recevez et vous en disposez comme bon vous semble. Donc, des
conseils, tout le monde a des conseils à donner, mais encore faut-il qu'il y
ait l'étape suivante.
Puis en tout
respect, encore là, pour le député de Bourget... Puis je vais me permettre de faire le
commentaire, puisque le ministre
aussi semblait prendre cette voie-là dans l'interprétation qu'il faisait de l'amendement, puis je veux être certaine qu'on ne bifurque pas sur la proposition
qui est faite. Le député de Bourget a dit : Ce n'est certainement pas avec...
Là, je ne veux pas mal vous citer, là, mais vous avez dit : Décider... en
décidant tout par le ministre de l'Environnement. Il n'est nullement écrit, dans l'amendement qui est sur la table, et ce n'est nullement l'intention qui est derrière cet amendement-là, que le ministre de l'Environnement se substitue à tous les ministres
et décide de tout. Donc, j'invite le député de
Bourget, là, à peut-être relire l'amendement, qui termine par : «Chaque ministre ou
organisme public concerné demeure
responsable du choix et de la mise en oeuvre des moyens pour atteindre les
résultats.» Donc, on s'entend bien
que l'amendement ne substitue pas la responsabilité ministérielle de l'ensemble
des ministres à celle du ministre de l'Environnement, là. Ça, c'est
complètement hors propos.
Donc, l'objectif,
c'est un objectif de compatibilité, c'est une question, comme je
dis, d'augmenter le pouvoir du ministre de l'Environnement pour qu'il puisse avoir... Puis c'est pour ça que
je dis... je reprends exactement les propos du ministre de l'Environnement,
qu'il a faits quand il a déposé son projet
de loi, il a dit : Il faut que
ce soit une responsabilité, la lutte
aux changements climatiques, qui soit partagée par l'ensemble des membres du gouvernement. Et il a dit : Je dépose mon
projet de loi en ce sens que je veux que le ministre de l'Environnement ait davantage de pouvoirs pour s'assurer — ça
a exactement ce sens-là — que
les projets de loi, que les règlements, que les politiques qui sont déposés par les différents ministères soient
compatibles, en termes d'action gouvernementale, avec les objectifs qu'on s'est
donnés.
Encore là, le
ministre me lisait tout à l'heure l'article 12.1, qui n'a, à mon avis, pas
grand-chose à voir avec la discussion
qu'on a en ce sens que, bien... Puis là je reprends le libellé, là, juste parce
que peut-être... Je vais l'inviter à me citer un autre article, par la suite, peut-être pour répondre à la
question de l'augmentation des responsabilités, mais on est encore dans la même dynamique où c'est : «Le
ministre peut donner des directives aux ministères». Il peut donner. Il
peut. Si ça lui tente, il en donne, si ça ne lui tente pas, il n'en donne pas.
Donc, je lui annonce tout de suite que ça, c'est certainement un amendement qu'on va lui apporter, que le ministre doit
donner des directives si c'est nécessaire. Ce n'est pas au bon vouloir
ministre, c'est... il a une responsabilité, on essaie d'accroître cette
responsabilité-là.
Et, quand il
fait référence à l'article 12.1, il est question de... c'est : «Le
ministre peut donner des directives aux ministères et organismes publics
quant aux méthodes qu'ils doivent appliquer afin de calculer la quantité de
[GES]», ça n'a rien à voir avec la
discussion qu'on a à l'heure actuelle. On parle de s'assurer. Puis je vais le
relire, là, peut-être que ce n'était pas suffisamment clair tout à
l'heure, là, mais l'amendement, c'est : «Le ministre est chargé de
s'assurer de la compatibilité de tout projet de loi, de règlement, décret ou
d'arrêté ministériel, de même que tout projet d'acte administratif, tel un projet d'orientation, de politique, de plan
d'action ou de stratégie, avec les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre auxquels est
tenu le Québec, ainsi qu'avec les responsabilités de lutte aux
changements climatiques et de protections
des acquis environnementaux.» Et je l'ajoute, en tout humour, pour le député de
Bourget, élément qui était déjà dans
l'article en question : «Chaque ministre ou organisme public concerné
demeure responsable du choix et de la mise en oeuvre des moyens pour
Donc, l'intention, puis je suis convaincue que
le ministre, en tout cas j'espère... Non, je ne vais pas dire «convaincue», je vais me laisser une marge de
manoeuvre. Et j'espère qu'il la partage,
parce que c'est ce qu'il a dit. Mais, s'il partage
réellement cette volonté de donner des pouvoirs accrus au ministre pour
s'assurer qu'il ait une... puis là je vais dire «influence», «autorité
supplémentaire» auprès de ses collègues — puis il choisira le mot qu'il
veut ou un autre — encore
faut-il qu'il s'en donne les moyens avec le projet de loi. Donc, je lui
repose la question : Comment, avec ce qu'il a sur la table présentement... pas l'amendement mais, je veux dire, les articles qui sont déjà sur la table,
comment il pense qu'il va pouvoir coordonner
davantage l'action gouvernementale pour qu'on arrive à atteindre nos cibles de
réduction de GES avec les efforts...
Charette : Oui. Bien, en
fait, je pense en avoir donné plusieurs, mais, en même temps, il y a
des éléments de réponse dans l'ensemble des 77 articles du projet
de loi, là, ou à peu près.
Juste réitérer, là,
j'ai pris le temps de regarder au niveau des affaires juridiques, il n'y a pas
d'équivalent dans d'autres ministères. On crée, oui, un équivalent en mettant
l'Environnement de façon transversale, comme d'autres ministères
ont des responsabilités spécifiques. Je donnais l'exemple de l'Environnement,
entre autres, mais... parce
que je ne veux pas aller trop loin dans le projet de loi, ne serait-ce que de passer de l'article 1 à 3 me semble très, très, très judicieux, là, dans les circonstances. Les directives que
donnera le ministre de
l'Environnement, c'est écrit noir sur blanc : «De telles directives lient les ministères
et les organismes publics concernés.»
C'est
une avancée majeure. Donc, non, ce ne sont pas que des paroles, et, non, le ministre de l'Environnement ne sera pas que là pour divertir les troupes, là.
Lorsqu'il y a une directive qui sera donnée, bien, c'est
écrit : «De telles directives lient les ministères et les
organismes publics concernés.» Donc, la collègue souhaitait un exemple précis
dans le texte original, là, du projet de loi, c'en est un qui n'est pas très loin. Mais, dans les différents articles
qui vont suivre, à chacune des
étapes, on vient préciser, en quelque sorte, le mandat qui reviendra au ministre de l'Environnement, et, là aussi, les avancées sont majeures.
fait, la seule remarque amicale que je ferais à chacun d'entre nous : On
ne peut pas, encore une fois, évaluer la portée d'un projet de loi à travers uniquement un article.
Et, dans certains cas, on ne parle même pas d'article en soi, on
parle d'un paragraphe ou d'un alinéa d'article.
Il faut réellement voir le projet de
loi dans un tout, et c'est ce tout-là
qui fait en sorte que les avancées sont majeures en matière
d'environnement.
Présidente (Mme Grondin) : Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Mercier.
Ghazal : Merci, Mme la Présidente. Donc, quand je lis le... puis
j'ai bien écouté les échanges puis, quand je lis l'amendement de ma
collègue de Maurice-Richard, ce que je comprends, c'est
que le ministre dit que c'est trop de pouvoirs,
pour un ministre de l'Environnement, d'avoir ça, d'être obligé d'être chargé
d'assurer la compatibilité, c'est beaucoup
trop de lui donner ce pouvoir-là parce que, sinon, il va falloir qu'il annule
ou qu'il demande d'annuler un projet de loi, ou autres, parce que ça va
à l'encontre de la lutte aux changements climatiques, si j'ai bien compris.
M. Charette :
En fait, ce n'est pas que c'est trop de pouvoirs, c'est que ce sont les
pouvoirs qui relèvent d'un gouvernement
dans son ensemble, et non pas d'un ministère uniquement, et non pas d'un
ministre en particulier. Si, à travers
ça, on revient avec l'idée, puis je comprenais le principe, de dire que ça
devrait être le premier ministre qui soit ministre de l'Environnement...
Mais, à ça, je pense avoir répondu à plusieurs reprises.
Nous,
notre lunette à nous, c'est l'environnement, puis, on ne peut pas se le cacher,
c'est notre sujet de prédilection. Mais
je parlerais ou on parlerait à des gens du milieu de l'éducation qui nous
diraient : Non, non, le premier ministre devrait être ministre de l'Éducation; d'autres, qui ont
des enjeux de santé, qui diraient : Non, non, le premier ministre devrait
aussi être ministre de la Santé.
C'est là où notre système parlementaire, notre système politique confère des
rôles aux ministres, confère un rôle
précis au premier ministre. Mais un ministère ne peut pas être un gouvernement
en soi. C'est la nuance que je
disais. Mais je comprends que les collègues ont besoin, et je partage ce
besoin-là, d'être rassurés, c'est pour ça que je fais référence à
certains articles, par moment, ou à certains passages, pour répondre à la
question des cibles qu'on mentionnait tout à l'heure par votre intervention,
dans un premier temps.
Moi,
ce qui déjà, là, sans aller trop loin dans le texte... quand je lis que les
directives données par le ministre de l'Environnement
«lient les ministères et les organismes publics concernés», on va... La
collègue demande : Où ça? C'est très, très simple, c'est à
l'article 3, 12.1. Vous avez un premier paragraphe, et c'est la dernière
phrase du premier paragraphe. Et, par la suite, il y a encore d'autres pouvoirs
qui sont confirmés, mais la phrase en particulier, là, qui a beaucoup de
portée, là, c'est la dernière du premier paragraphe. Je ne sais pas si j'ai...
M. Charette :
Oui. Parfait. Donc, juste pour précision.
Ghazal : Donc, ce que je comprends, c'est que le ministre n'est pas en désaccord avec le fait qu'il faut que le gouvernement, pas nécessairement le ministre,
que le gouvernement s'assure de la compatibilité de tout projet de loi, règlement, etc., avec les engagements de réduction
des émissions de gaz à effet de serre. Si le ministre n'est pas d'accord
que ça doit être la responsabilité du ministre de l'Environnement, est-ce qu'il
est d'accord pour dire que c'est le gouvernement qui doit s'en assurer?
Charette : C'est déjà une nuance qui est importante. Clairement, le
gouvernement reconnaît des cibles ambitieuses, donc le gouvernement
devra et voudra être cohérent dans son action. Mais, quand je dis : Il y a
plusieurs personnes, ou ministères, ou
ministres qui viennent intervenir dans l'action gouvernementale,
éventuellement... Je pense à un projet, le REM, par exemple, sur le côté
de Montréal, qui a été appuyé, qui a été présenté et développé, là, par l'administration précédente, mais qu'on a appuyé
dès le début. Lorsqu'on construit le REM, les premières années, c'est beaucoup, beaucoup d'émissions de gaz à effet de
serre parce que l'on construit des infrastructures, il y a du béton, il
y a plein... de l'acier et tout ça, donc, la
construction, elle est une grande source d'émission de gaz à effet de serre.
Mais, lorsque ce service-là de
transport collectif, de surcroît 100 % électrique, sera en vigueur, avec
toutes les voitures retirées de la route,
par exemple, c'est là où les avancées seront majeures. Donc, c'est pour ça
qu'on ne peut pas se limiter bêtement à une analyse sur le coût, par exemple, des émissions. C'est là où d'autres
ministères vont dire... les Transports vont nous dire : Cette infrastructure-là va nous permettre tant de
voitures, donc tant de réduction, un calcul qui pourrait être fait chez
nous. C'est un travail de gouvernement, ce n'est pas un travail de...
La Présidente (Mme Grondin) : M. le
ministre, je suis désolée, je vous invite à conclure, il est midi.
M. Charette :
Oui. Bien, on se retrouve un petit peu plus tard, là, tout simplement.
La Présidente (Mme Grondin) : Désolée de vous avoir coupé. Merci. Donc, je vous
remercie pour votre collaboration.
Compte tenu de
l'heure, je suspends les travaux.
(Suspension de la séance à
12 h 02)
La Présidente (Mme Grondin) : Donc, à
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des transports et de l'environnement
reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet
de loi n° 44, Loi visant principalement la gouvernance efficace
de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l'électrification.
Lors
de la suspension de nos travaux, cet avant-midi, nous étions rendus à l'étude de
l'amendement déposé par la députée de
Maurice-Richard et nous étions rendus... Mme la députée de
Mercier, vous aviez amorcé votre enveloppe de temps. Souhaitez-vous
poursuivre?
Mme Ghazal :
Oui, bien, c'est ça, je me rappelle que le ministre répondait à une question
que je lui avais demandée par rapport aux pouvoirs, par rapport à cet
amendement-là, est-ce que ça lui donnait trop de pouvoirs puis est-ce qu'il accepterait que ce soit... Dans le fond, cette
recherche d'avoir une compatibilité entre la lutte aux changements
climatiques et la réduction des émissions de
gaz à effet de serre, cette recherche de compatibilité en tout ce que le
gouvernement fait pour ne pas que ce qu'on fait d'une main soit annulé
de l'autre, qui, dans le fond, devrait être responsable de ça? Puis comment est-ce qu'on s'assure que cette recherche
de compatibilité soit faite, s'il dit que, bien, ça ne devrait pas être
le ministre de l'Environnement et que ça ne devrait pas être dans le projet de
loi n° 44?
Présidente (Mme Grondin) : M. le ministre.
M. Charette :
J'avais, en partie, donné la réponse, mais je peux compléter volontiers, là. Je
faisais le parallèle avec les consultations lorsque les tenants de
l'environnement, dont nous sommes tous, nous disaient : Le sujet est à ce point important que ça doit être le premier
ministre qui devrait avoir la responsabilité de l'environnement. Ça, ce que
j'ai eu l'occasion de répéter à plusieurs
reprises, ceux pour qui la santé est l'intérêt du jour ou la priorité à retenir
seraient d'avis que c'est le premier
ministre qui devrait s'en occuper. Bref, c'est la responsabilité du premier
ministre qui est déléguée à ses ministres.
C'est comme ça que fonctionne notre système et parlementaire mais également
notre système de gouvernement.
Donc,
à travers le libellé qui est proposé, je comprends les tenants et les
aboutissants, mais c'est comme si on faisait du ministre de la Santé un gouvernement en soi... pas de la Santé, mais
de l'Environnement un gouvernement en soi, et c'est là où, malheureusement, le libellé ne peut pas
nous convenir. Puis, en même temps, ce que je donnais comme exemple, la stratégie ou, à tout le moins, ce qui est souhaité
à travers ça, on le retrouve dans différents autres articles. Et c'est là-dessus
qu'on pourra discuter lorsque nous y serons
rendus. Tout à l'heure, je mentionnais, notamment, que les autres ministères seront tenus de respecter ce qui sera demandé, là,
dans une certaine mesure, par le ministre
de l'Environnement. Donc, les
finalités, on les retrouve ailleurs, mais, tel que libellé comme ça, malheureusement,
on ne peut pas s'y retrouver.
Présidente (Mme Grondin) : Mme la députée.
Ghazal : Mais je viens de me
rappeler que le ministre, c'est vrai, il m'avait parlé de l'article 3,
de la dernière phrase de 12.1, où
est-ce que, là, le ministre donne des directives aux ministères
et organismes publics, puis là ils sont liés à ces directives-là, donc
ils doivent... Mais c'est plus des directives par rapport à des éléments peut-être
un peu plus techniques sur la façon de
calculer les émissions de gaz à effet
de serre, d'évaluer et d'intégrer les
risques liés au réchauffement climatique, etc.
Mais,
si ce n'est pas le ministre de
l'Environnement qui ne veut pas
prendre cette responsabilité-là ou ce pouvoir-là de s'assurer de dire à ses collègues : Aïe!
ce que vous êtes en train de faire va à l'encontre de ce que moi, j'essaie de
faire puis ce que la
Loi sur la qualité de l'environnement me demande de faire, si ce n'est pas lui qui fait ça, qui, au sein
du gouvernement, devrait avoir cette responsabilité d'assurer la compatibilité entre... et la cohérence? Parce que c'est
écrit aussi : «Le ministre assure la
cohérence et la coordination». Donc, je n'arrive pas à... Bon, il ne veut pas
l'avoir, mais qui devrait l'assumer, d'abord, cette responsabilité-là?
Charette : En fait, ce n'est
pas que je ne souhaite pas ou que mon successeur ou ma successeure ne
souhaiterait pas l'avoir, c'est qu'il y a
un principe. Dans notre systématique
politique, il y a un premier ministre, des ministres, un gouvernement. Il y a une cohérence qui est assurée
par l'ensemble des membres du Conseil des ministres. Tel que formulé, c'est comme si le ministre était à lui-même et à
lui seul le gouvernement, et c'est ce qui n'est pas possible. À la
lecture ou au dépôt du projet d'amendement, on a consulté nos gens, et il n'y a
pas d'équivalent dans aucun autre ministère.
Cependant, comme le projet de loi
n° 44 est formulé, on fait en sorte qu'il y ait cette fois-ci un rôle
transversal qui soit... qui est confié au
ministre de l'Environnement, ce qui n'existe pas actuellement. En même temps,
lorsqu'il y aura des exigences... Ce
matin, on parlait des cibles sectorielles. Il faut que ces cibles-là aient une
certaine valeur, il faut que ces cibles-là
puissent vouloir dire quelque chose. Et c'est là où l'article 3 du projet
de loi n° 44, à travers les modifications à l'article 12.1, apporte des clarifications intéressantes et
importantes qui ne s'y retrouvent pas actuellement. Et, moi, quand je
lis : «De telles directives lient les ministères et les organismes publics
concernés», c'est qu'il va y avoir une certaine uniformisation dans la... uniformité dans la façon de transmettre les
données pour qu'on puisse s'y retrouver, de sorte que l'on puisse
ensuite s'assurer du respect des objectifs qu'on va se donner.
Mais,
encore une fois, je veux être bien certain. Ce n'est pas que le ministre, et je
parle à la troisième personne parce que je ne me vise pas
personnellement... mais la personne qui aura à occuper cette fonction-là ne
souhaite pas assumer son rôle. C'est que le
ministre, comme peu importe le ministre dans n'importe quel ministère, n'est
pas décisionnel par lui-même. Il y a des... Que ce soit par l'adoption
d'une loi, que ce soit par un décret gouvernemental, que ce soit suite à une autorisation du Conseil des ministres, le ministre, peu importe son ministère, n'est
pas décisionnel par lui-même lorsque vient le temps de proposer une
modification, là, comme celle-ci.
Ghazal : En fait, j'ai très
bien compris que ce n'est pas au ministre
de l'Environnement... je veux dire,
le point de vue, là, du ministre, par rapport
au fait que ce n'est pas au ministre
de l'Environnement de prendre cette
responsabilité-là, mais c'est le
gouvernement dans son ensemble. Mais, comme la lutte aux changements
climatiques... Tu sais, je ne vais pas
recommencer... On a parlé d'urgence climatique, c'est reconnu ici, à l'Assemblée nationale, et, tout ça, il faut que ça veuille vouloir
dire quelque chose.
Donc, c'est quelqu'un
d'autre qui doit l'assurer, cette cohérence-là et cette coordination-là. Si ce
n'est pas le ministre, ça devrait donc être
le premier ministre. Mais est-ce qu'on peut la trouver quelque part? Est-ce que
cette disposition-là d'assurer dans
l'appareil gouvernemental... peu importe qui, que ça soit marqué quelque part?
Est-ce que, par exemple, le ministre
peut dire : Bien, ça ne devrait pas être ici parce que ce n'est pas au ministre de l'Environnement de s'en charger, mais, vous avez raison, il faudrait que
quelqu'un s'assure que ce qu'on fait avec une loi, ou une directive, ou
un projet d'acte administratif, ou un projet
d'orientation, ou une politique, ou n'importe quoi que le gouvernement fait
d'une main, bien, que ça ne vienne pas être
annulé par l'autre main comme on le voit encore aujourd'hui? On le voit,
aujourd'hui même, où on fait des choses, on
fait des amendements à la LQE, mais, après ça, ça vient être invalidé par
d'autres lois ou d'autres projets de loi.
Maintenant,
si ce n'est pas au ministre d'assurer... En fait, premièrement, est-ce que le
ministre est d'accord avec le fait
qu'il faut assurer cette compatibilité-là, peut-être pas par lui, mais que
quelqu'un dans ce gouvernement-là doit assurer une compatibilité en tout
ce que le gouvernement fait et la lutte aux changements climatiques?
Charette : La cohérence du
gouvernement en matière d'environnement, elle va être assurée par le ministre
de l'Environnement, tout comme la coordination, l'action
gouvernementale. Là, on revient à l'article 1, c'est le quatrième paragraphe, et, c'est ce que je mentionnais tout à
l'heure, si on va à la deuxième phrase, c'est bel et bien marqué : «Il
donne aux autres ministres et organismes
publics tout avis qu'il estime opportun pour favoriser la lutte contre les
changements climatiques». Et, bon, je ne continue pas parce que c'est plus
long, mais le gouvernement, oui, il a une cohérence à respecter, mais le
ministre de l'Environnement, à travers ces quelques articles que je viens de
vous citer, va avoir un rôle qui est transversal, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Donc, dans l'article 1,
non seulement il peut être consulté par ses collègues, mais le ministre donne
aussi aux ministres des avis pertinents. Ça, c'est ce qui est confirmé comme
rôle du ministre. Mais, par rapport à la place de l'environnement que l'on souhaite
accorder au sein du gouvernement, je rappellerais aussi les autres instances
qu'on a mentionnées ce matin, soit le comité scientifique indépendant et le Vérificateur
général.
Donc,
non seulement le ministre sera là, mais il sera accompagné par des
instances complètement
indépendantes qui pourront faire le suivi de
l'action gouvernementale, mentionner si on va dans la bonne direction,
mentionner si on ne va pas dans la
bonne direction, et sans aucune pression de la part du ministre
lui-même. Et, ça aussi, c'est des avancées. Jamais un ministre
de l'Environnement, peu importe qui
occupera le siège, ne pourra dire au comité scientifique
indépendant : Retenez cet avis-là, ne
le publiez pas, parce qu'il ne fait pas mon affaire. Ces avis-là, de façon
automatique, seront publiés, que ce soit à la faveur du gouvernement ou,
au contraire, que ce soit pour une remise en question d'une approche qui
pourrait être préconisée par le gouvernement.
Donc,
il ne faut pas voir... Je le mentionnais ce matin, mais, je pense, c'est
important de le rappeler, il ne faut pas évaluer la portée d'un projet
de loi à travers la lecture de seulement
un article, ou, sinon, seulement un paragraphe, ou un alinéa d'article, mais c'est réellement la somme de tous
ces articles-là qui confère la place que veut donner le
gouvernement à l'environnement.
La Présidente (Mme Grondin) : Y
a-t-il d'autres interventions sur l'amendement? M. le député de Jonquière.
M. Gaudreault : Oui, merci,
Mme la Présidente. Je trouve que cet
amendement déposé par la députée
de... — c'est
la députée de Maurice-Richard qui l'a déposé?, oui, c'est ça — Maurice-Richard est pertinent,
d'autant plus que nous faisons, en
parallèle, à l'Assemblée nationale, l'étude du projet de loi n° 61. Et ce matin... alors, je sais qu'on ne peut pas invoquer l'absence d'un député, mais j'invoque ma
propre absence, j'étais au projet de loi n° 61, parce qu'il y
avait des groupes environnementaux qui sont venus témoigner, notamment
Équiterre, qui a plaidé lourdement, fortement pour clarifier des balises dans le projet
de loi n° 44 pour mettre, je
dirais, un contrepoids ou un pare-feu supplémentaire par rapport aux
pouvoirs exceptionnels et exorbitants qui sont donnés au gouvernement dans le projet
de loi n° 61.
Bon,
je comprends que le ministre ne semble pas d'accord avec l'amendement de la députée de Maurice-Richard, parce
qu'il dit : Le ministre
ne peut pas être chargé à lui seul... — on
s'entend que, quand je dis «à lui seul», c'est avec son équipe, ses fonctionnaires et tout — ne
peut pas être chargé de s'assurer de la compatibilité de tout projet de loi,
règlement, décret, etc., avec les projets
d'orientation de politiques, de plans d'action, d'engagements de réduction des émissions de gaz
à effet de serre. Donc, lui, il
trouve... C'est ce que je comprends, le ministre ne veut pas avoir à
lui seul ce pouvoir. Est-ce qu'à date j'explique bien la position du
ministre?
Charette : Malheureusement... bien, avec certaines nuances que je vais
apporter. Ce que je mentionnais aussi ce
matin, la somme des efforts gouvernementaux est ce que nous visons, mais, en
même temps, il y a des projets qui, par moments, à eux seuls vont peut-être faire augmenter les émissions de gaz
à effet de serre du Québec. C'est pour ça qu'on ne peut pas voir un projet pièce par pièce. Il faut voir l'ensemble du
portrait, et c'est au niveau de l'ensemble du portrait qu'on veut une
diminution globale de minimum 37,5 %.
Donc, je ne
pourrais pas, moi, et je ne voudrais pas, moi, me limiter à une évaluation
pure, et simple, et effective sur tous les projets qui sont à l'étude
par le gouvernement du Québec. Donc, ce n'est pas une responsabilité que je ne souhaite pas avoir. C'est une responsabilité qui
est tout simplement impensable. Et on regardait avec les juristes, ce
matin, un pouvoir comme celui préconisé
actuellement, la ministre de la Santé, par exemple, ne l'a même pas en matière
de santé. Mais ce que ça fait, par
contre, le projet de loi n° 44, notamment l'article 1, c'est que ça
permet au ministre de l'Environnement
de jouer un rôle comparable à celui de la ministre de la Santé en santé,
c'est-à-dire un rôle transversal, oui, mais qui n'est pas exclusif à la
ministre de la Santé lorsqu'il est question de santé.
Gaudreault : Oui, c'est parce qu'il y a deux choses dans ce que le
ministre dit. Sur l'aspect global de l'atteinte des cibles d'au moins 37,5 % sur l'année de référence 1990, je
suis d'accord avec lui, mais il existe d'autres formules pour ça, puis on pourra y revenir plus tard. Exemple,
le budget carbone, moi, je pense qu'il y a d'autres juridictions à
travers le monde qui ont adopté des budgets
carbone. Moi, je pense que le Québec devrait avoir cette ambition d'avoir un
budget carbone. Ça permettrait d'avoir un tableau de bord régulier, annuel, où
on s'en va dans la réduction des gaz à effet de serre pour atteindre le
37,5 %.
Alors, ça,
c'est une chose. Puis je suis prêt à dire avec le ministre : Ça ne va pas
là, ça peut aller ailleurs, ça va aller ailleurs. On en fera la proposition en temps et lieu, d'un budget
carbone. Alors, moi, je pense que ça existe, c'est possible, on peut le faire. Ça, c'est la première chose.
Alors, démêlons les affaires. Sur le budget carbone, on pourra y revenir,
puis ça va nous donner un oeil sur l'ensemble du portrait.
La deuxième
chose, deuxième chose, au-delà que ça soit le ministre, ou le gouvernement, ou
le premier ministre, dans le libellé,
est-ce que ce ministre est d'accord avec le principe d'avoir