Culture and Education — 28 November 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-11-28
Quebec — Committees
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci. Donc, avant de débuter les remarques préliminaires, je dépose les mémoires
reçus depuis la fin des consultations
particulières et que vous avez reçus par courriel de la part de la commission
scolaire Marie-Victorin, l'Association des cadres de Montréal, le Regroupement
des organismes en déficience physique de
l'île de Montréal, Mme Renata di Giulio, la commission scolaire
Sir-Wilfrid-Laurier et l'Association des comités de parents anglophones.
M. le secrétaire, merci.
Nous débutons avec les remarques préliminaires.
M. le ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur, vous disposez de
20 minutes. La parole est à vous.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Je veux remercier, avant de commencer, toute l'équipe ministérielle
qui a travaillé à la rédaction de ce projet de loi, qui est volumineux, qui est
important. On a travaillé sur ce projet de loi, sur les prémices du projet de
loi depuis notre arrivée en fonction. On a commencé à le rédiger, à voir les
principes en même temps qu'on consultait. Et puis on a toujours travaillé à le
bonifier, jusqu'à son dépôt, mais je sais
que ça a exigé des dizaines, je vais dire, des centaines d'heures de l'équipe,
qui a travaillé, là, d'arrache-pied, en tenant compte de toutes les contraintes
puis de toute l'expertise des gens qui travaillent au ministère avec nous
autres, qui en ont vu d'autres et qui, souvent, ont été, même, des
acteurs du réseau de l'éducation avant de travailler dans l'équipe ministérielle. C'est important de le mentionner,
on a dans notre équipe, sous-ministre, sous-ministre adjoint, direction et tout
ce monde-là, beaucoup de compétence,
beaucoup d'expérience sur le terrain, dans les écoles, dans les commissions
scolaires.
Je veux remercier aussi notre équipe de députés
qui a été là pendant... tout le long des auditions, qui ont travaillé très fort à prendre connaissance des mémoires et à
questionner les gens qui sont venus intervenir pour faire sortir le plus
d'information possible. Parce que l'objectif, c'est d'améliorer le projet de
loi. Et souvent on les a questionnés par rapport à ce que disaient les
personnes qui étaient venues avant ou par rapport à ce qu'il y avait dans leurs
mémoires pour dire : C'est correct,
vous êtes d'accord avec le projet de loi, mais qu'est-ce qu'on peut faire pour
l'améliorer?, ou : C'est correct, vous avez des craintes, comment
on peut faire pour vous rassurer? Vous avez des objections? Comment on peut
faire pour améliorer le projet de loi pour
en tenir compte, pour le bonifier? C'est toujours notre intention première,
améliorer le projet de loi, améliorer la gouvernance scolaire. Puis je
veux remercier toute l'équipe de députés qui a travaillé en commission pendant
les auditions. Ça a été fait de manière très constructive. Puis on a pris des
notes tout le long de la commission sur peut-être des amendements possibles ou
des meilleures façons d'expliquer les visées du projet de loi.
Et ceux qu'on
a écoutés le plus depuis le début, depuis la fondation du parti, bien, c'est
les Québécois au complet, l'ensemble des Québécois. Dès le départ, on avait
cette vision qu'il fallait améliorer la gouvernance, il fallait éliminer
les postes de commissaires scolaires tels
qu'on les connaît en ce moment sans éliminer le palier administratif régional,
qu'on a besoin pour maintenir une vitalité régionale, pour maintenir une
administration régionale, pour que les gens, partout au Québec, peu importe qu'ils habitent dans une
petite ville, dans une grande ville, dans un petit village éloigné, que tout le
monde sache que le droit à l'éducation, c'est le même, une éducation de même
qualité peu importe la taille de l'établissement qu'ils fréquentent, que
tout le monde a le droit d'être entendu, d'être écouté puis d'avoir un service
de proximité qui amène nos enfants, mais
aussi nos adolescents et nos adultes, parce qu'on n'en parle pas assez, de nos
adultes qui sont en formation générale des adultes ou qui sont dans nos
centres de formation professionnelle... Donc, tout ce monde-là a droit à des services de
qualité. Et, en réformant notre gouvernance scolaire, en transformant nos
commissions scolaires en centres de
services scolaires, on est convaincus, absolument convaincus qu'on ne perdra
pas la cible de vue, qui est d'améliorer la réussite éducative, de faire plus de chemin avec chaque dollar qu'on
investit dans notre réseau d'éducation pour, à la fin, que les gens développent
leur plein potentiel, obtiennent le plus souvent possible une qualification, un
diplôme qui leur permettra de réaliser leurs rêves.
Et on a continué
d'écouter après, même. Après la fin des consultations officielles, bien, on a
continué nos consultations avec nos partenaires. Puis, quand on dit «nos partenaires»,
c'est très, très large. Donc, oui, il y a des commissaires scolaires, il y a
des directions générales, il y a des cadres scolaires, des enseignants, des
directions, des employés de soutien, des professionnels, qu'on a contactés de manière...
directement, un à un, là, dans des rencontres personnelles, dans des appels
personnels soit avec moi, des membres de mon cabinet.
continue de discuter aussi avec leurs représentants, que ce soient les
syndicats ou des associations professionnelles, puis on parle aux deux,
des fois aux gens directement puis des fois à leurs représentants, pour tester
puis toujours améliorer le projet de loi, pour améliorer la gouvernance.
Bien sûr, il y a des
gens qui, malgré tout, ne sont pas d'accord avec le principe du projet de loi,
qui souhaiteraient tout simplement qu'on ne touche à rien ou qui souhaiteraient
qu'on fasse des ajustements. Bien, ne toucher à rien, ça a déjà été fait, hein?
Ça a déjà été fait avec les résultats que l'on sait, et, des ajustements ou des
reculs, il y en a eu assez.
Moi, ça fait déjà
maintenant cinq ans que j'ai le privilège de représenter mes citoyens ici, à
l'Assemblée nationale, puis j'ai le privilège d'avoir les dossiers de
l'éducation et de l'enseignement supérieur. J'ai vécu un peu la même chose en
étant de l'autre côté, il y a quelques années, lors du précédent gouvernement,
quand ils ont déposé un projet de loi qui n'allait peut-être pas assez loin à
mon goût mais allait assez loin pour eux, c'est-à-dire quand même d'éliminer
les postes de commissaires scolaires tels qu'on les connaît puis d'avoir un
conseil d'administration. On avait fait des
auditions particulières, et finalement ils ont complètement reculé. Ils n'ont
pas amendé le projet de loi, ils l'ont retiré complètement. Ça a été un
acte manqué.
Et je vous dirais
qu'il y a des gens, dans le réseau, qui ont peur que le gouvernement de la
Coalition avenir Québec fasse la même chose. Bien, je veux rassurer les gens
qui nous écoutent. Partout dans le réseau ou les gens à l'extérieur du réseau,
les parents qui ont des enfants à l'école ou tout simplement les citoyens, je
veux vous dire : La Coalition avenir Québec ne retirera pas le projet de
loi n° 40. On peut l'amender, on peut le bonifier,
mais on va aller de l'avant. On va aller de l'avant, on va transformer nos
commissions scolaires en centres de services scolaires, on va décentraliser la
prise de décision, on va éliminer les postes de commissaires comme on les
connaît, on va remettre les écoles entre les mains des communautés puis on aura
des instances régionales avec les mêmes territoires qu'on a en ce moment. C'est important de le mentionner. On ne
s'en va pas, là, vers des fusions forcées, des redécoupages. Ce n'est
pas l'objet du projet de loi à ce moment-ci. On aura des conseils
d'administration qui seront mieux équipés, qui seront plus représentatifs et
qui auront enfin une voix pour les gens qui font l'école à tous les jours.
Inverser la pyramide des pouvoirs, ça se fait, oui, bien sûr, en donnant plus
d'autonomie à ceux qui font l'école à tous les jours, décentralisation pure de
prise de décision. Ça se fait aussi en permettant aux gens qui sont sur le
terrain d'avoir leur mot à dire sur l'instance régionale.
Donc,
ce n'est pas de dire qu'il n'y a plus rien qui se décide au C.A. du centre de
services, mais la décentralisation, c'est
aussi d'amener l'enseignant, la direction, employé de soutien, le cadre, le
professionnel au conseil d'administration puis lui dire : Toi qui
es sur le terrain, toi qui interagis tous les jours avec les parents, avec les
élèves, on reconnaît ton expertise, on
reconnaît la pertinence de ton propos. Puis on ne fait pas juste te consulter,
on te donne une voix sur le conseil d'administration, sur l'instance
régionale. Ça aussi, c'est une façon de faire de la décentralisation.
Et cette voie a été
soulignée, il faut le mentionner, par des gens de l'extérieur du réseau mais
par des gens aussi, là, qui ont les deux
mains dedans. La Fédération des comités de parents nous demande d'adopter ce
projet de loi là, et on parle de plus de 18 000 parents qui sont
impliqués à tous les niveaux dans les instances scolaires au Québec, des gens
qui sont bénévoles, qui siègent des fois au
conseil d'établissement mais aussi au comité de parents de la commission
scolaire, aussi sur le comité EHDAA de la commission scolaire, qui sont aussi
des fois commissaires-parents et qui siègent à
titre de commissaires,
des parents impliqués, des parents compétents.
Ce n'est pas parce
qu'on est parent qu'on ne parle qu'au nom de notre enfant. C'est un peu
réducteur. J'ai entendu ça à quelques reprises puis je trouve ça un peu
insultant de la part de ceux qui l'ont mentionné. On peut être parent et parler pour le bien de toute la région,
parler pour le bien de toute la communauté. On peut être parent et apporter un
éclairage intéressant parce qu'on a une expérience de gestion, parce qu'on a
une expérience de vie, tout simplement. Et ça, c'est important, je pense, de le
reconnaître.
Donc, il y a des
parents qui nous ont dit : Écoutez, on est dans le réseau, là, on le vit
de l'interne, dans toutes les commissions scolaires, on siège sur les comités
de parents — donc
ce n'est pas un regard extérieur — on siège sur les conseils d'établissement,
on siège puis on dit : Ça ne marche plus. Changez le système actuel.
Il y a les directions
d'école aussi, deux fédérations nationales... deux associations nationales de
directions d'école, qui sont sur le terrain, mais à tous les jours. Et il faut
préciser que les directions d'école au Québec, ce sont des enseignants, ce sont des gens qui ont enseigné un certain temps, souvent plusieurs
années, qui connaissent très, très
bien la réalité pédagogique, la prise de décision pédagogique, qui savent très
bien que les enseignants, en ce moment, ont peu d'autonomie professionnelle, ne
sont pas suffisamment valorisés socialement, mais même dans le réseau scolaire. Donc, ces directions d'école là, qui ont
une expérience d'enseignement, qui ont maintenant
une maîtrise, donc un diplôme de deuxième cycle,
en administration scolaire, ce sont des spécialistes de l'administration et de
la gouvernance scolaires, ils ont une
maîtrise en administration scolaire, et qui travaillent évidemment
sur les instances des commissions
scolaires telles qu'elles sont, donc
ces experts-là sont venus nous dire : Adoptez le projet de loi n° 40. Modifiez tel article, ajustez tel article,
mais adoptez le projet de loi
n° 40. Changez la gouvernance. Donnez enfin un vrai sens au
principe de subsidiarité, qu'on retrouve en
ce moment dans la
Loi sur l'instruction publique mais de manière presque
risible. Il y a le mot
«subsidiarité», puis tout de suite après on dit : On entend par
«subsidiarité» la possibilité de prendre la décision à peu près
n'importe où. Ça n'a pas de sens.
Donc, ces experts-là,
qui sont des leaders pédagogiques, qui sont d'ex-enseignants, qui sont encore
des enseignants, je dirais, et qui voient de l'intérieur les forces du système
actuel, parce qu'il n'a pas que des faiblesses, le système actuel, les forces du système actuel et ses failles sont venus
nous dire : On est dus pour une amélioration de la gouvernance. On est dus pour transformer nos
commissions scolaires en centres de services, pour avoir une vraie
subsidiarité, pour avoir une administration qui soit plus coopérative,
complémentaire.
Il y a même deux
commissions scolaires... en fait, deux commissaires scolaires, et pas n'importe
lesquels, les présidents des commissions scolaires, qui sont venus nous
dire : Nous, on n'est pas des employés, là, on a le rôle d'élus scolaires
puis on vous le dit, ça ne marche pas, le rôle d'élu scolaire tel qu'on le vit
en ce moment au quotidien.
Alors, il me semble
qu'on doit écouter ces gens-là, qui ont le mérite de savoir vraiment de quoi
ils parlent, mais, je vous dirais même, le
courage de briser une espèce d'omerta puis de dire : Bien, nous, là, on
prend la parole, on dénonce ce qui doit être dénoncé. Puis on ne dit
pas : Jetez le système à terre, mais on dit : Réparez-le.
Parce que le projet
de loi n° 40, ce n'est pas une révolution. C'est une évolution. Et on le
fait en écoutant notamment des présidents de
commission scolaire, notamment des présidents de... commission scolaire des
Laurentides, commission scolaire des Navigateurs, Mme Hogue,
M. Demers, qui sont venus avec leur direction générale nous dire : On doit changer la gouvernance scolaire. Le statu
quo n'est pas une bonne option. Ils sont venus nous faire des propositions
d'amendement aussi. Puis c'est ça, la beauté de la chose, lors des auditions
particulières, c'est d'avoir des gens qui des fois s'y opposent mais qui nous disent pourquoi, puis
des fois ils nous permettent de le bonifier, puis des gens qui l'appuient,
qui nous permettent de le bonifier aussi. Et ça, c'est une bonne chose.
Donc,
je vous ai parlé des parents, je vous ai parlé des directions d'école, je vous
ai parlé des commissaires. Il y a aussi des gens qui ont un regard plus
extérieur, une posture externe, là, qui s'élèvent et qui regardent le système
de l'extérieur, qui sont venus nous dire qu'il y avait des éléments positifs
dans ce projet de loi là mais qui nous ont aussi recommandé, des fois, des amendements, des modifications. Je pense à
l'Institut du Nouveau Monde qui sont venus nous dire qu'il y avait, dans ce
projet de loi là, de vrais éléments de décentralisation, de subsidiarité puis
qu'il y avait probablement, justement, avec cette nouvelle façon de reconnaître
l'expertise des gens, des éléments qui allaient améliorer la réussite
des jeunes : plus grande implication,
plus grande mobilisation, plus grande réussite. C'est ce que nous a dit aussi
Mme Lassonde, du Conseil supérieur de l'éducation, qui porte un
regard d'expert sur le réseau, qui avait des questions sur le projet de loi n° 40, qui nous
disait : Oui, il y a du bon, mais il y a des choses à corriger,
certainement, mais qui est venue nous dire aussi que les éléments de subsidiarité et de décentralisation, ce qui
permet de remettre l'école entre les mains de la communauté, bien, ça va être
bien vu. Ça va permettre aux équipes-écoles de déployer leurs ailes puis ça va
permettre à plus d'élèves de réussir. Et ça, à chaque fois, ça me
conforte.
Donc, Mme la
Présidente, le projet de loi n° 40 est un projet de
loi avec lequel on va aller de l'avant. Je répète encore... Parce que je sais
qu'il y a des gens, dans le réseau, qui s'inquiètent. Il y a des gens, dans le
réseau, à qui on demande de se taire. Puis, fort heureusement, il y en a qui
ont brisé cette loi du silence, qui ont parlé dans les médias. Mais il y a des
gens à qui on dit : Vous devriez avoir un devoir de réserve, à moins que
vous disiez comme moi. Il y a des
commissaires scolaires qui ont dit, qui ont même écrit ça dans une
lettre : «Je vous rappelle votre devoir de réserve.» Ça, c'est une autre façon de dire : Je vous
rappelle votre devoir de vous taire. Vous êtes des experts, mais ne prenez pas
la parole, s'il vous plaît.
Mais moi, je veux
rassurer les gens : vous pouvez parler pour dire que vous êtes en
désaccord avec le projet de loi, là. Vous avez le droit. Mais, pour dire que
vous êtes en accord aussi, vous avez le droit. On va vous écouter, on va faire
tout ce qu'on peut pour vous protéger, pour protéger la liberté d'expression
puis pour tirer bénéfice de toute l'expertise que vous avez. Les gens qui sont
dans le réseau, c'est les gens qu'on veut entendre. Les directions, les
enseignants, les employés de soutien, les professionnels, les cadres, les
directions générales, n'ayez pas peur de vous faire
entendre, d'un côté comme de l'autre. Ne laissez personne vous museler ou
tenter de vous faire taire. Parce que, oui, on va aller de l'avant avec ce projet de loi là. Nous ne ferons pas
comme le précédent gouvernement libéral, ne reculerons pas devant un groupe de pression. On peut ajuster
un projet de loi. On ne va pas simplement le retirer et vous laisser tomber.
Donc,
à la fin, on est convaincus qu'il y aura une vraie décentralisation, qu'il y
aura une plus grande mobilisation des
acteurs dans le réseau, qu'il y aura des économies, donc des réinvestissements
nets, des gens qui vont être embauchés pour donner des services directs aux
élèves parce qu'on aura été de l'avant avec ce projet de loi là. Et la période
que l'on commence est une période importante pour les élèves et pour tous ceux
qui sont dans le réseau scolaire. On est prêts à travailler de manière
constructive avec tout le monde autour de la table, les députés du côté
gouvernemental et les députés des
oppositions. On souhaite que tout le monde adopte cette approche constructive,
nous propose des amendements et qu'on débatte sereinement de cette
amélioration de la gouvernance. Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant la
porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation et
d'enseignement supérieur et députée de Saint-Laurent à faire ses remarques
préliminaires pour une durée de 20 minutes. Mme la députée.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Hier, le matin, le premier ministre disait, en réponse aux
journalistes, qu'effectivement il y avait du travail à faire, qu'ils devaient
rester humbles, à l'écoute et travailler plus fort.
Et, quand j'entends le ministre de l'Éducation, je me demande s'il a écouté les
sages paroles de son premier ministre, «humbles, à l'écoute et travailler plus
fort», car, en ce moment, le projet de loi n° 40,
là, on n'a pas eu une grande écoute, et, d'entrée de jeu, il a dit : Moi,
je ne recule pas. Le problème, c'est que l'ensemble, quasiment l'ensemble
des partenaires lui demandent de reculer et de reporter son projet de loi parce
qu'il est allé trop vite.
En un an, Mme la Présidente, là... Faisons le
bilan du ministre de l'Éducation.
Mme Rizqy : Je vous entends
quand vous murmurez.
Alors, Mme la Présidente, la première chose qui
a été faite, ça a été le p.l. n° 3. Donc, on est allé
réduire l'assiette fiscale. Et, bien que tous les partis d'opposition, on a
essayé d'expliquer, tant bien que se peut, aux différents ministres
responsables et porteurs du ballon que la réduction de la taxe scolaire, bien, il y avait un impact assez
important pour les non-résidents... On donnait un congé fiscal à des
gens qui n'habitent même pas au Québec puis qui, des fois, louent, là, leurs maisons, font du Airbnb. Puis,
eux autres, on leur dit : C'est correct, payez moins de taxe. On a eu des
experts qui sont venus dire :
Hi! ce que vous faites, là, vous pouvez encourager la fraude fiscale. Ils n'ont
pas écouté, ils sont allés de l'avant.
Par la suite, c'était le p.l. n° 12.
On leur a posé la question : Il y a combien de programmes pédagogiques
particuliers au Québec? Pas capables de répondre. Ça coûte combien? Ils ne
savent pas. Quand nous, on avance des chiffres,
on lui dit : Il y a des programmes à 5 000 $, il y a des programmes
de 10 000 $, le ministre trouve ça drôle, il dit : Bien
non, c'est exagéré. Donc, il a fallu qu'on lui sorte des tableaux.
Et je tiens à remercier un certain Marc Patrick
Roy, qui a même fait, lui-même, le travail à la place du ministre et son équipe
ministérielle, qui a fait un tableau pour ressortir le nombre de projets
pédagogiques particuliers à travers les six plus grandes commissions scolaires
du Québec puis dire : Non, non, c'est sérieux, au Québec, dans notre système public, on a des parents qui déboursent
2 000 $, 5 000 $, voire 10 000 $ pour mettre
leurs enfants dans un projet pédagogique particulier, et qu'on créait par
conséquent, noir sur blanc, grâce au ministre de l'Éducation... devenait...
intronisait au Québec l'école à deux vitesses dans le système public.
Par la suite,
dans le même projet de loi, il a dit : Inquiétez-vous pas, tout va être
réglé avec le projet de loi n° 12, les frais facturés aux parents, il n'y
aura plus de surprises. Comment explique-t-il aujourd'hui qu'il y a des parents
qui se retrouvent avec des factures assez
élevées, mirobolantes, pour que leurs enfants puissent s'asseoir à la cafétéria
pour manger leurs propres lunchs? Puis là il a dit : Bien non, il n'y a
pas de problème, c'est les parents qui vont régler ça avec le conseil
d'établissement. Quand on lui a dit : Ça peut faire en sorte qu'il y a des
parents qui vont avoir des factures plus salées
que d'autres puis que ces parents-là, peut-être qu'ils ne sont pas au conseil
d'établissement pour avoir leur voix au chapitre, il a dit : Pas de problème. Mais là, maintenant, c'est
qu'il y a des parents qui, pour que leur enfant puisse manger sur l'heure du dîner son propre lunch...
1 440 $ qu'un père doit payer pour un enfant. Quand vous en avez
trois, là, hi! Noël arrive, hein?
Mais, maintenant, micro-ondes. Si vous voulez
chauffer votre lunch, le conseil d'établissement dit : Bien, voici les
trois différents services, celui-là, il n'a pas de frais, celui-là, il a un
frais. Ah! bien, si votre enfant est à l'école et qu'il a pris le forfait a, il n'a pas le droit au micro-ondes, alors il
va regarder ses amis qui, eux, peuvent faire la file pour les micro-ondes parce qu'ils ont payé presque
900 $ pour avoir accès à un micro-ondes. Puis l'autre enfant, il a intérêt
à avoir des sandwichs froides, puis
il a intérêt à aimer énormément manger des sandwichs froides, même en hiver.
Ça, c'est le p.l. n° 12, Mme la Présidente.
Maternelles quatre ans, ah bien là! on n'a pas
chômé. On lui a demandé de faire un report, il n'a pas voulu faire de report.
Conséquence, dès février, les commissions scolaires Marie-Victorin et la
commission scolaire de Laval ont envoyé des premiers drapeaux rouges, là, pour
dire : Explosion de coûts d'au moins 30 %, puis ce n'est pas ça, nos
priorités. On a d'autres priorités, il nous manque des enseignants, il nous
manque des locaux pour nos besoins actuels. Alors,
ils disaient, là, dès le mois de février : Explosion de coûts d'au moins
30 %, il y a vraiment une surchauffe dans le domaine de la construction. Réponse du premier
ministre pour calmer la surchauffe en matière de construction? Ça coûtera ce
que ça coûtera, il n'y en a pas, de problème, les valves sont immensément
ouvertes, ça va couler. Bien, moi, je comprends, là, qu'au Québec il y a certaines
personnes qui se sont frotté les mains, comme dire : C'est la ruée vers
l'or, les maternelles quatre ans.
Mais pas plus de services éducatifs aux élèves, pas plus d'air pour les
enseignantes puis enseignants. Pas plus de stabilité pour le personnel de
soutien, que d'ailleurs on salue, qui font un travail... C'est eux, là, qui
ouvrent les écoles, ferment les écoles. Le projet de loi n° 40
ne parle pas d'eux, là. Pourtant, eux sont affectés par son projet de loi.
Les maternelles quatre ans, on a fait 80 heures
à cause de l'entêtement du ministre. Parce que, pendant, quoi, trois semaines, trois semaines, les partis
d'opposition, on lui a répété qu'il faut continuer de prioriser le milieu
défavorisé. Il refusait d'entendre raison pendant trois semaines. Mais on a
fait un choix de société, Mme la Présidente, au Québec. On sait qu'il y a des
endroits, au Québec, où est-ce que le niveau de vulnérabilité est plus élevé.
Ah! oui, il faut des services partout,
mais il y a des endroits où est-ce que le taux de vulnérabilité est de
40 %, bien, c'est important d'en mettre un peu plus à cet endroit de façon prioritaire. Ça lui a
pris trois semaines. Vous comprendrez que, quand ma collègue la députée de
Westmount—Saint-Louis
lui parle que, bien, ça prend aussi des services pour les enfants handicapés
puis que les maternelles quatre ans à temps partiel peuvent répondre à
un besoin, bien, si ça prend une semaine pour comprendre, au ministre de l'Éducation, nous, on va aller à
son rythme à lui. Alors, j'espère qu'il va nous écouter plus activement et plus
rapidement s'il veut qu'on avance. Mais maternelles quatre ans, à ce jour, ça
n'a pas eu l'appui de la population, puis ça commence à coûter le gros
prix, puis, pendant ce temps-là, on n'a pas plus de services.
Mais, maintenant
qu'on a fini le bilan de ces projets de loi, on arrive au projet de loi
n° 40. D'entrée de jeu, il a dit qu'ils ont passé des centaines
d'heures, lui et son équipe, à travailler sur ce projet de loi. J'espère qu'il
comprend que nous, on n'a pas eu la centaine
d'heures à travailler sur son projet de loi, on n'a pas eu de briefing
technique non plus et que, quand on
arrive et que, durant les consultations, ce sont nos invités qui expliquent le
projet de loi au ministre de l'Éducation, moi, je suis un petit peu surprise lorsque le ministre de l'Éducation
veut donner une petite leçon à un invité en lui disant : Bien, non, dans mon projet de loi, non, non, il
n'y a pas de fusion, là, si... je ne sais pas où vous avez lu ça, là, dans ce
projet de loi là, là, 40. Où vous voyez la fusion de territoires? Il faudrait
que j'adopte un nouveau projet de loi. Nous, nos mâchoires, de côté-ci,
là, je peux vous dire, nos mâchoires ont disloqué, rendu là, franchement, on
comprend qu'il ne l'a pas écrit, son projet
de loi, mais au minimum c'est de le lire. Puis il a fallu qu'on lui dise :
Bien, M. le ministre, vous n'aurez pas besoin d'adopter un nouveau
projet de loi pour faire la fusion de territoires par décret, il est déjà prévu
à l'article 46 de votre projet de loi actuel, le projet de loi n° 40.
Quand on lui a parlé de gonflage de notes, on
s'est vraiment demandé qu'est-ce qui est arrivé entre le ministre qui était député de l'opposition, le ministre qui
faisait la tournée des médias au mois de mai puis le ministre qui a déposé une
loi, le projet de loi n° 40, là. C'est celui qui nous a dit que c'était
fini, le gonflage de notes, qui est venu l'inscrire noir sur blanc dans son projet de loi. On va
gonfler les notes au Québec nonobstant que nous avons des enseignants et des
enseignantes qui vivent déjà des pressions indues pour leur faire augmenter
leurs notes, que, malgré qu'on a déposé une
décision... puis là j'ai même souligné en jaune les passages pertinents pour le
ministre, qui expliquent une décision d'un arbitre qui dit
clairement : C'est l'enseignant qui donne les notes, qui attribue les
notes aux élèves, c'est de sa compétence à lui, c'est son autonomie
professionnelle. Je ne suis pas certaine qu'il l'a lue. Je ne sais pas s'il
peut juste par hochement nous dire s'il l'a lue, la décision, là, parce que
c'est quand même assez important, dans cette décision, il y avait plusieurs
enseignants qui ont expliqué, eux, c'est quoi, la pression qu'ils subissent
lorsqu'un directeur d'école vient leur
dire : Tu as peut-être été un petit peu sévère, hein, dans ta note. Parce
que, s'il l'avait lue, bien, d'entrée de jeu, là, l'article 34... quand je
lui ai demandé, là, rapidement de supprimer ces mots, il n'a pas voulu.
J'espère qu'entre-temps il a cheminé puis qu'il a lu la décision.
Mais vous comprendrez qu'entre-temps, il faut le
dire, le ministre a réussi à faire une chose, à mettre presque tout son réseau
contre lui. Et là j'insiste, je ne parle pas de lobbyistes, je parle de
Québécoises et Québécois. Le collectif Debout
pour l'école!, il y a pas mal de parents là-dedans. Le Comité de parents de la
CSDM, la commission scolaire de Montréal est la plus grande commission
scolaire au Québec, quand il parle d'un comité de parents avec
70 000 parents, j'ai envie de lui
dire : Bien, on ne fera pas un concours, mais la CSDM a
113 700 élèves, un peu plus de 200 000 parents. Puis ce comité de parents, ils sont venus ici pour
dire que, non, ils ne sont pas capables de voir quels services additionnels
ils ont pour leurs enfants, ils ne sont pas capables de comprendre pourquoi que
les comités qu'eux se sont dotés par eux-mêmes, comités de parents mais aussi
des comités EHDAA... pourquoi que tous les comités qu'ils avaient déjà
disparaissent. Ils ne sont pas capables de voir qu'est-ce qui est décentralisé
vers eux, sauf la volonté dictée du ministre à
partir de ses fonctionnaires de Québec. C'est la seule chose qu'ils voient qui
est décentralisée. Ils nous ont fait de très beaux pictogrammes où
est-ce qu'on peut voir le ministre qui prend beaucoup, beaucoup de galon, lui,
ses pouvoirs sont vraiment plus forts, mais,
pour les parents, leur voix au
chapitre diminue grandement. Ce n'est pas des
inquiétudes que les parents ont
seulement, c'est des constats. Ils réalisent, à juste titre, que le ministre, à
toutes fins pratiques, bien, rapatrie
les pouvoirs chez lui, dans son ministère, loin de la réalité des parents, loin de la
réalité des élèves, loin de la réalité des enseignants, loin de la
réalité des professionnels de soutien puis des personnels de soutien. Maintenant,
c'est Québec qui va dire au monde, là, c'est
quoi, nos priorités au Québec. Le comité des parents Chemin-du-Roy, le comité
de parents chemin des Chênes, même constat. Mais nous, on s'est promenés
en région, on est allés voir différentes personnes.
Puis l'autre inquiétude qui a été soulevée par
des parents, par des commissaires puis par des enseignants, c'est la fermeture
des écoles de village. Ça, il n'en parle pas, le ministre, hein? Le Mouvement
L'École ensemble, Je protège mon école
publique, c'est aussi les parents qui sont là-dedans. Mais eux autres
aussi vous demandent de reporter le projet
de loi. Ils disent : Ce n'est
pas ça, la priorité. Vous faites un gros brassage de structures avec des
pseudo-économies. Parce que ça, encore, il n'y a personne qui est
capable aujourd'hui d'affirmer haut et fort qu'effectivement les économies promises par la CAQ sont réelles. En fait, pour
être très honnête, il n'y a plus personne, aujourd'hui au Québec,
qui croit aux chiffres de la CAQ. Pas plus tard qu'hier, à la période de
questions, le premier ministre a dit que ça coûtait... qu'il allait y avoir 21 millions de dollars d'économies, puis le
ministre de l'Éducation a plutôt dit 11. Qui dit vrai, le premier ministre ou
le ministre de l'Éducation? Personne ne croit à ces chiffres-là. Puis,
inquiétez-vous pas, je n'ai pas commencé à faire mes tableaux, parce que
je suis pas mal certaine que ça va commencer à fluctuer dans pas long, là, mes
chiffres, là, 21, 11, 40 millions. Ouf!
Mais par la
suite, moi, où est-ce que j'ai accroché davantage, c'est que non seulement il
n'écoute pas les différents parents dans les différents mouvements, différents
organismes — c'est
des lobbys — mais,
quand la FSE, la CSQ, la FAE, la CSN,
la FTQ, bref, les grandes centrales syndicales, dénoncent le projet de loi, car
il centralise des pouvoirs, attaque l'autonomie professionnelle des
enseignants, cause la précarité d'emploi envers les personnels de soutien, ce
que j'entends, c'est un ministre qui
dit : Moi, je ne cède pas aux lobbys. Ce ne sont pas des lobbyistes, on
parle de nos enseignants, de nos travailleurs, du personnel de soutien. Ces
personnes, ce sont aussi des familles québécoises. Ces personnes s'occupent
de nos enfants et de nos tout petits enfants
telle la prunelle de leurs yeux. Et, quand eux, qui sont supposément les mieux
placés pour prendre les décisions, se font dire par le ministre de
l'Éducation : Bien, vous, on ne vous écoute pas, vous êtes des lobbys, bien, il se tourne à dos tout le
réseau. Si eux ne sont pas là, demain matin, là, il n'y en a pas, d'école
publique, il n'y en a pas, on ne peut
pas les ouvrir. Ils sont vitaux, essentiels à notre maintien d'une école
publique forte, et ce n'est certainement
pas en attaquant, ce n'est certainement pas en insultant qu'on peut maintenir
un réseau public en éducation qui est fort.
Sylvain Mallette, de
la FAE, a dénoncé clairement le projet de loi. Mme Josée Scalabrini, elle
aussi. Nos deux plus grandes voix fortes des
centrales syndicales l'ont dénoncé puis les deux demandent la même chose pour
leurs membres, le recul,
c'est-à-dire : Reportez. Il est tellement mal ficelé, tellement, là, que
les gens ont dit : On ne sait pas comment bonifier votre projet de loi. La seule chose qu'on peut
vous dire, c'est : Vous allez le retirer, faites vos travaux correctement,
puis par la suite on va reconsidérer votre projet de loi. Mais, à ce
stade-ci, les enseignants n'en veulent pas. Ils n'en veulent tellement pas,
c'est à coups de milliers de lettres reçues par le ministre... les enseignants,
là, qui ont écrit, là, au ministre pour
dire : Non, votre projet de loi ne fonctionne pas. Quand on a un ministre
de l'Éducation qui a été ministre de l'Enseignement...
pardon, qui a été enseignant, pardon, se fait dire par ses ex-collègues que
c'est insultant, que c'est comme une gifle, recevoir le projet de loi n° 40, moi, je serais ébranlée si j'étais à sa place. Il leur a promis de
ne pas faire d'ordre professionnel? Bien, il le fait par la bande, par
en arrière, là. Ce n'est pas correct.
Alors, oui,
effectivement, tous les acteurs se mobilisent mais contre son projet de loi.
Puis ce n'est pas parce qu'ils manquent de
volonté, ce n'est pas parce qu'ils manquent de courage, ce n'est pas parce
qu'ils manquent de vouloir travailler
de façon positive et constructive, ils veulent, ils ont tous tendu la main au
ministre. Ils l'ont même rencontré avant le dépôt de son projet de loi.
Il a eu des avertissements. Il n'a juste pas écouté.
Alors,
ici, quand on regarde la série d'organismes, on ne parle pas de 10 000, 20 000 personnes, quand on
additionne les différents parents, les différentes grandes commissions
scolaires, les commissaires scolaires eux-mêmes, ajouter le Mouvement L'École
ensemble, ajouter Je protège mon école publique, ajouter la FSE, la CSQ, la
FTQ, la CSN, la FAE, l'association des
administrateurs des écoles anglophones du Québec, et j'en passe, bien, vous
regroupez des centaines de milliers de Québécois qui vous disent : Non, on
n'en veut pas, de votre projet de loi n° 40, parce qu'il n'apporte
rien à la réussite éducative.
Alors, les trois mots
que le ministre de l'Éducation devrait peut-être entendre, bien, c'est «être
humble», «être à l'écoute» puis «travailler
plus fort». Faire acte d'humilité, bien, c'est de dire : Oui,
effectivement, j'ai réussi à fédérer tout le monde contre moi, c'est un succès;
je vais être à l'écoute, je vais reporter mon projet de loi, puis, oui, je vais
travailler plus fort mais avec tout
le monde, puis je vais commencer surtout à ne pas commencer à insulter le monde
en disant : Ah! ça, c'est un caillou dans mon soulier, ça, c'est des
lobbyistes, on le sait bien. Mais ici, en ce moment, ça ne marche pas, son
projet de loi.
Daniel Turp,
constitutionnaliste, professeur de droit à l'Université de Montréal...
(Interruption)
Pardon, c'est mon rhume qui me rattrape. Ce n'est pas le projet de loi qui me
fait éternuer, hein, mais quand même...
Mme Rizqy :
Désolée, j'entends des blagues, il faut bien rire sur mon éternuement. C'est
mes allergies qui reprennent. J'en avais eu pour les maternelles quatre ans,
puis, je vous le dis, Mme la Présidente, ce n'est pas des farces, ils sont revenus pour le projet de loi n° 40. Il
y a quelque chose dans l'air quand on parle d'éducation avec deux projets de
loi mal ficelés.
Mais
Daniel Turp, qui est constitutionnaliste et aussi professeur de droit à
l'Université de Montréal, a quand même dit qu'effectivement...
Mme Rizqy :
M. le ministre! Non, non, non, je le prends... Je dis merci au ministre de
l'Éducation pour les pilules antiallergie.
Mme Rizqy :
Merci. Mais Daniel Turp, lui aussi, a donné son 100 %. Bien, il a parlé de
votre projet de loi puis il a dit non, ici
on ne respectait pas les droits constitutionnels, les droits fondamentaux, on
crée une distinction, là, entre les francophones et les anglophones. Et,
au Québec, Mme la Présidente, on ne peut pas faire ça, on n'a pas deux classes
de citoyens, on est tous Québécois. Puis le fait français, bien, ça nous
appartient, à
titre de Québécois, de le défendre
haut et fort tout le temps, de le faire progresser non seulement au Québec,
mais aussi hors Québec, parce que, oui, on a des frères d'armes, des francophones hors Québec qui, eux,
continuent la bataille pour avoir des services en français. Alors, comment
voulez-vous que les associations francophones hors Québec continuent, eux, leur
travail, leur combat lorsque nous,
chez nous, au Québec, on est en train de dire que, finalement, les Québécois
francophones, eux, n'ont pas droit de vote pour les commissions scolaires? Ça
n'aide pas les Québécois... pardon, les francophones hors Québec. Ici, on
a quelque chose important à faire, et
là-dessus j'espère que le ministre comprend aussi que ça peut faire un recul
sur le fait français.
Et, je terminerai là-dessus, plus de démocratie,
c'est important. Partout dans le monde, les gens se battent pour plus de
démocratie. Le projet de loi n° 40 abolit la démocratie puis ajoute de la
bureaucratie. Si on veut vraiment élever les élèves de demain à devenir des citoyens
engagés, ce n'est pas en donnant comme exemple un projet de loi qui abolit la
participation active, qui abolit le droit à des gens de se présenter et de
gagner des élections. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Guillemette) : Merci, Mme la députée. Donc, j'inviterais maintenant la députée de Saint-Laurent...
de Sherbrooke, excusez, à faire ses remarques préliminaires pour
20 minutes, s'il vous plaît. Mme la
députée, la parole est à vous.
Mme Labrie : Merci. Je vais
garder ma circonscription, j'y suis très attachée, comme vous, j'imagine.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Je ne veux pas vous déménager, loin de moi l'idée de vous déménager
aujourd'hui.
Mme Labrie : Merci. Écoutez, il
y aurait tellement de choses à dire sur le projet de loi n° 40 que je vais
me concentrer sur quelques éléments principaux. D'abord, moi, je trouve que le
problème majeur avec ce projet de loi là, c'est
que ce n'est pas une réforme qui est le résultat d'une démarche effectuée avec
l'ensemble du réseau de l'éducation, de
tous les partenaires impliqués. Pour qu'une réforme fonctionne, à mon sens,
elle doit être le fruit d'un travail collaboratif, elle doit être le résultat d'une démarche qui a
impliqué tout le monde et qui repose sur des consensus. Donc, encore là, moi,
ce que je vois avec cette réforme-là, c'est une autre réforme à la pièce, qui
est imposée dans le réseau de l'éducation, qui
a été faite sans impliquer tous les acteurs concernés et qui a été faite
encore... qui a été préparée pour répondre à une idéologie politique,
ça, c'est assez clair. Même, on nous le répète, du côté du gouvernement, que,
bon, ça date depuis longtemps, que c'est une
position qui a été prise même depuis l'ADQ, c'est quelque chose qui est
important pour eux et puis c'est tout, ils l'ont nommé.
Par contre, cette réforme-là, bien, elle crée
beaucoup d'insatisfaits. Évidemment, les personnes qui n'ont pas été impliquées dans le processus de réflexion pour
rédiger le projet de loi n° 40 ne sont pas satisfaites de la réforme qui
est proposée. Et, parmi les principales
raisons pour lesquelles ces personnes-là ne sont pas satisfaites, à part de ne
pas avoir été écoutées, c'est surtout que la réforme du projet de loi
n° 40, elle ne s'attaque pas du tout aux priorités du réseau de l'éducation. Il faut faire le constat quand même
que, même si, effectivement, il y a des enjeux de gouvernance sur lesquels
on peut et on doit éventuellement se
pencher, personne, personne qui est venu en commission parlementaire n'a
proposé le statu quo, ça, c'était clair. Personne ici ne le propose non
plus.
Mais il faut quand même reconnaître que la
gouvernance actuelle n'est la cause d'absolument aucun des problèmes du réseau
de l'éducation en ce moment. Ce n'est pas la cause de la pénurie de profs, ce
n'est pas la cause de la pénurie de professionnels, ce n'est pas la cause de la
pénurie de professionnels de soutien, ce n'est pas la cause du manque d'espace,
ce n'est pas la cause du décrochage ni des difficultés des élèves, ce n'est pas
la cause de la ségrégation scolaire. La
gouvernance scolaire actuelle n'a absolument rien à voir là-dedans. Même si
elle est perfectible, ce n'est pas en s'attaquant à ça qu'on va
s'attaquer à ces enjeux majeurs là, qui devraient être le coeur de nos
priorités en ce moment.
Puis d'ailleurs, la ségrégation scolaire, on a
encore eu un bel exemple ce matin avec la question des services de garde. L'exemple qui est apparu dans les
journaux, malheureusement je suis obligée de vous dire qu'il ne m'a pas
surprise, j'ai déjà vu ça dans d'autres écoles, des services qui sont
différents dans le service de garde, du dîner, par rapport à la
surveillance du dîner. Puis moi, quand j'entends qu'il y a des élèves qui
disent : Ah! je vais être obligé de manger dans la cafétéria des pauvres, je pense que c'est assez explicite que c'est
de la ségrégation scolaire, quand même les enfants s'en rendent compte, que les
services sont différents en fonction du niveau de revenus de la famille. Donc,
ce problème-là, il faut le
reconnaître puis il faut reconnaître que ce n'est pas la gouvernance scolaire
qui va changer ça. Donc, on ne s'attaque pas, à mon sens, aux bonnes
choses au bon moment.
Et surtout le
prétexte des économies attendues par rapport à cette réforme-là... ça, c'est
s'il y a des économies, hein d'abord, mais les économies attendues, elles ne
vont permettre en rien de résoudre aucun de ces problèmes-là, absolument
aucun. Le nombre de professionnels qui a été
annoncé qui seraient embauchés avec d'éventuels revenus supplémentaires,
on parle de quelques minutes de plus de services dans chaque commission
scolaire, là, ça n'a absolument rien à voir avec
l'ampleur du problème qu'on a en ce moment. Et en plus, ces économies-là, c'est
plutôt utopiste de penser qu'il va y en avoir. La dernière fois qu'il y a eu une réforme dans le réseau des
commissions scolaires, on anticipait des économies, et finalement ça a
engendré des coûts supplémentaires, c'est assez bien documenté.
Donc, moi, ce que j'ai hâte de savoir en fait,
c'est : c'est quoi, le plan du gouvernement pour la ségrégation scolaire. On attend toujours les informations de
la part du ministre, il s'était engagé au printemps, quand on étudiait le
projet de loi n° 12, à transmettre de l'information, à documenter
l'enjeu des programmes particuliers, c'est un engagement formel qu'il avait
pris auprès de nous, parce qu'on le sait, que les programmes particuliers sont
au coeur de l'enjeu de la ségrégation scolaire. Au mois de septembre, le
3 septembre, je m'en souviens très bien, il nous avait dit que, dans quelques semaines, on aurait accès à ces données-là
qu'il devait récolter dans le réseau. Et là on approche le mois de décembre
et on n'a toujours absolument aucune nouvelle de ça.
Donc, moi, je trouve ça particulier qu'on se
lance dans une réforme, oui, de structure mais en même temps un projet de loi plutôt omnibus, qui touche un paquet
d'autres affaires et qui ne s'attaque pas au problème majeur qui est pointé du
doigt par tout le monde dans le réseau de l'éducation, qui est la ségrégation
scolaire, qui est elle-même à l'origine de la pénurie d'enseignants
parce qu'eux-mêmes, la composition de la classe, ça nuit à leur motivation, à
leur sentiment de compétence
professionnelle. Donc, c'est quand même assez problématique qu'on ait un
ministre qui dit qu'il veut faire de l'éducation sa priorité mais qui ne
s'attaque pas à la priorité des gens qui sont eux-mêmes dans le réseau de
l'éducation. Il faudrait que ce monde-là se parle.
Puis d'ailleurs j'ai même l'impression que, le
projet de loi n° 40, il y a des éléments là-dedans qui vont plutôt augmenter la ségrégation scolaire, on peut penser
à la question du territoire d'appartenance, notamment. Quand on donne la
liberté aux parents de choisir n'importe quelle école, peu importe le
territoire d'appartenance, bien, ce qu'on fait, c'est qu'on permet aux parents
qui en ont les moyens, la capacité, de choisir une autre école pour leurs
enfants. Mais qu'est-ce qui va arriver? Bien, les parents qui n'ont pas les
moyens ou la capacité de faire ce choix différent là, parce qu'ils n'ont pas la
mobilité d'eux aller reconduire leurs enfants dans une autre école qui est
mieux cotée dans un palmarès, ailleur, bien,
ces enfants-là, ils vont rester dans l'école qui est peut-être moins
intéressante pour eux. Puis moi, j'aimerais
ça qu'on se penche sur des façons de s'assurer que la meilleure école que
chaque parent veut pour son enfant, bien, ça soit toujours l'école de
quartier, et ce n'est pas ce que je vois en ce moment dans ce projet de loi là.
Donc là, je ne vous parle même pas de
l'abolition des contrepouvoirs, de tous les autres problèmes qu'il y a, dans ce
projet de loi là, parce que,
de toute façon, je n'aurais jamais assez de temps, mais surtout parce que
j'ai hâte qu'on l'étudie, ce projet de loi là, et qu'on ait l'occasion
de débattre vraiment en profondeur de chacun de ces problèmes-là, et il y en a beaucoup.
Donc, j'ai hâte qu'on commence l'étude détaillée, et j'espère que le ministre
va être à l'écoute de nos préoccupations parce que ce ne sont pas seulement les
nôtres, ce sont aussi celles de groupes qui sont venus les manifester clairement
ici, qui se manifestent partout sur la place publique depuis des semaines, qui
ont même occupé les bureaux du ministre pour manifester leurs inquiétudes.
Donc, ça va prendre beaucoup d'écoute de la part du ministre pour réussir à
satisfaire ces groupes-là, et j'espère qu'on va prendre le temps, vraiment,
d'analyser chaque
article en profondeur, les
impacts de ces articles-là sur notre réseau de l'éducation et sur les problèmes qu'on y vit en ce moment. Donc, ce
sont mes attentes envers le ministre. Merci.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme la députée de Sherbrooke. Donc, j'inviterais maintenant la porte-parole
du troisième groupe d'opposition en matière d'éducation et députée de Joliette
à faire ses remarques préliminaires pour 20 minutes. Mme la députée.
Mme Hivon : Oui. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, je tiens à remercier et saluer... vous
saluer d'abord, et vous remercier de votre présidence, toute votre équipe qui
est fidèle au poste, et, bien sûr, le ministre, tous les collègues de la
partie ministérielle, toute son
équipe du cabinet et du ministère, et, bien
sûr, mes collègues des oppositions.
Je pense qu'on va avoir un débat très nourri
parce qu'il y a énormément de choses dont on va devoir discuter en étudiant le projet de loi n° 40. On
souhaite le faire sur le fond des choses, parce qu'il y a vraiment à boire et à
manger sur le fond des choses, sur les enlignements qui sont pris par le
ministre. Donc, j'espère qu'on va pouvoir faire un travail vraiment
sérieux pour aller au fond de toutes ces réformes qui sont présentées dans le
projet de loi.
C'est certain que c'est d'abord et avant tout
une réforme de structure, une réforme qui concerne la gouvernance, et on se demande sincèrement pourquoi miser sur ce
cheval-là, alors qu'il y a tellement d'autres besoins plus urgents, dans
le réseau de l'éducation, pour la réussite
éducative des enfants, que de s'attaquer, d'abord et avant tout, à la question
de la gouvernance. Parce que, malgré ce que le ministre en dit... Puis c'est
vrai que, des fois, des réformes de gouvernance peuvent avoir des impacts
positifs sur toutes sortes de choses, c'est pour ça qu'il y en a qui se font,
mais je ne crois pas du tout que c'est la bonne priorité, pour les
raisons que je vais vous exposer.
Et, deuxièmement, je ne crois pas du tout que
c'est la bonne réforme de gouvernance à laquelle on assiste avec le projet de
loi n° 40. Pourquoi ce n'est pas la bonne priorité? Bien, parce qu'il y a
des iniquités extrêmement graves, dans notre réseau d'éducation, au Québec, qui
font en sorte que l'égalité des chances, malheureusement, n'est pas au
rendez-vous pour tous les enfants. Et notre système d'éducation doit être le
fer de lance, le creuset, le pilier fondamental pour l'égalité des chances, avec les mesures pour agir en petite
enfance, pour agir tôt. Donc, c'est ce qui est fondamental dans
l'armature d'une société pour favoriser l'égalité des chances.
Et, avec
l'explosion de la concurrence, de la compétition entre les écoles qui va être
exacerbée avec le projet de loi, puisqu'on met fin à la notion de territoire de
commission scolaire, avec les enjeux que ça va avoir pour les écoles de
quartier, la référence aux écoles de quartier, c'est certain qu'on va, de toute
évidence, accentuer le phénomène de la compétition,
de la concurrence, accentuer la multiplication des projets particuliers.
D'ailleurs, je vais dans le même sens que ma collègue, on attend
toujours la cartographie de ces projets particuliers.
Je vous rappelle qu'on a adopté un projet de loi
sur la question des frais qui peuvent être chargés aux parents sans savoir
l'ampleur du phénomène, sans savoir à quel point il devenait fréquent, sans
savoir l'ampleur des coûts qui peuvent être demandés aux parents, dans le
détail. Alors, c'est assez particulier que, là, on ouvre un autre chantier qui
va avoir des impacts directs sur la concurrence entre les écoles, sur la multiplication
des projets particuliers, parce que c'est évident que, si vous avez le choix
sur tout territoire pour envoyer votre enfant, bien, il va y avoir une volonté pour les écoles de pouvoir se distinguer, et le
financement public de ces écoles-là, qui vont recevoir plus ou moins d'élèves,
va suivre. Alors, qu'est-ce qui va arriver
aux écoles qui vont moins réussir à se distinguer, qui vont être dans des
milieux plus défavorisés? Il y a énormément d'inquiétude par rapport à
Puis, encore
une fois, on met la charrue devant les boeufs, parce qu'on n'a même pas
l'ensemble du portrait de ce phénomène-là puis on va venir l'accentuer avec des
dispositions du projet de loi. Et, jusqu'à ce jour, bien honnêtement, je n'ai entendu aucune
réponse du ministre, à ce sujet-là, sur le bien-fondé et le pourquoi qu'il
décidait de rendre l'exception généralisée
de pouvoir aller dans une école à l'extérieur de ton territoire d'appartenance
de commission scolaire ou éventuellement de centre de services.
C'est un enjeu qui
est réel, et plutôt, donc, de prendre le problème en amont puis de dire :
On va travailler sur les plus gros enjeux en
matière d'éducation, on va faire face à ça, ce phénomène grandissant de l'école
à deux et trois vitesses, la valorisation de la profession
d'enseignantes, les ressources spécialisées pour les élèves... Parce que le
ministre, oui, a fait un effort, on l'avait salué, il a injecté plus d'argent
pour des ressources, mais vous avez vu à quel point au cours des dernières
semaines on a montré que c'était une goutte d'eau dans l'océan des besoins de
ressources spécialisées en orthopédagogie,
en orthophonie, en éducateur spécialisé. Écoutez, un orthopédagogue pour cinq
écoles, imaginez. Plusieurs régions,
c'est la moyenne, un orthopédagogue pour cinq écoles. Il me semble qu'un
orthophoniste c'est un orthophoniste pour deux ou trois écoles. Comment
voulez-vous qu'on y arrive avec les enfants qui présentent des troubles
d'apprentissage? Il me semble que ça, c'est une réelle priorité.
Donc,
il y a tous ces enjeux-là, puis le ministre nous dépose un projet de
loi sur la
gouvernance scolaire qui, plutôt que de venir régler ces enjeux-là, va
minimalement, pour certains d'entre eux, les accentuer.
Puis c'est sans
compter que, quand vous mettez vos énergies à revoir les structures, à revoir
la gouvernance, on l'a vu dans le milieu de la santé, toutes les énergies des
gens dans le réseau vont être mobilisées vers l'atterrissage de cette
réforme-là. Ils ne seront pas mobilisés à trouver les meilleurs moyens, les
plus imaginatifs pour la réussite éducative des élèves. Ils vont être mobilisés
à absorber ce changement-là de structure plutôt que d'être mobilisés à leur
tâche première. Puis c'est particulièrement, je vous dirais, inquiétant de
dire : Wow! On est en train d'implanter les maternelles quatre ans partout au Québec avec les efforts immenses que
ça demande en termes de gestion, en termes de ressources financières, de
ressources humaines, en termes d'adaptation des milieux scolaires puis là ce
n'est pas assez cette réforme-là, on va venir superposer à ça une
réforme de toute la gouvernance scolaire, en gros pour être sûr que tout ça ne pourra pas vraiment fonctionner. On
dirait que c'est comme si on dessinait l'arrivée d'un désastre plutôt que de
dire : Wow! On va faire ça méthodiquement, une réforme à la fois.
Donc, le ministre
voit que la réforme des maternelles quatre ans n'est toujours pas populaire. On
l'a vu encore hier. J'espère que ça l'incite
à plus d'écoute. J'espère que ça l'incite à entendre les cris d'alarme de son
milieu, de son réseau scolaire, des gens avec qui il travaille. Bref, on se
demande vraiment pourquoi cette obsession pour jouer dans les
structures, alors qu'il y a tellement d'autres besoins criants.
Évidemment, la grande
question, puis on va en discuter sûrement abondamment, que j'ai abordée, c'est
toute la question, donc, de la concurrence
entre les écoles, qui est extrêmement préoccupante. Il y a aussi toute la
question de dire qu'on va aller centraliser des pouvoirs auprès du ministre. Le
ministre essaie de s'en défendre. Il n'arrête pas de dire que c'est une réforme
de décentralisation pour faire en sorte que ce soient les gens qui connaissent
les élèves par leurs noms qui puissent avoir le plus de pouvoirs. Or,
c'est exactement l'inverse. C'est qui, les personnes qui connaissent le plus
les élèves par leurs noms? C'est les enseignants. Or, les enseignants, ils sont
contre la réforme du ministre.
Puis je sais qu'il
n'aime pas beaucoup les syndicats, on a noté ça depuis quelques projets de loi,
mais les syndicats, ce sont des
regroupements de professionnels, dans ce cas-ci, notamment, d'enseignants, qui
soulèvent beaucoup, beaucoup de drapeaux rouges pour dire au ministre :
Faites attention à ce que vous êtes en train de faire parce que vous
faites l'inverse de valoriser la profession d'enseignante et d'enseignant dans
la réforme du projet de loi n° 40. Alors, pourquoi ne pas écouter ces gens-là? Pourquoi
faire en sorte que ce ne soient pas justement les enseignants, qui connaissent
les élèves par leurs noms, qui aient droit au
chapitre et qu'on entende les
critiques qu'ils et qu'elles ont à formuler?
Deux exemples, vous
les connaissez. La question de la révision des notes, il y a eu un tollé
généralisé, de notre côté une incompréhension complète comment le ministre peut
arriver avec ça, lui qui, lorsqu'il était dans l'opposition, à bon droit, dénonçait cette pratique-là du
gonflage de notes et qui là vient la cautionner dans son projet de loi, noir
sur blanc, en disant que les directions d'école vont pouvoir modifier
les notes malgré... après avoir consulté les enseignants, comme si c'était un
grand gain, alors que les enseignants n'auront pas le dernier mot. Pour nous,
c'est vraiment une incompréhension, puis on espère sincèrement que le ministre
va reculer sur cette question-là.
Évidemment, il y a
toute la question de la formation, puis, quand le ministre dit : Il n'y a
pas de centralisation, pourquoi, s'il fait
confiance aux enseignants puis au milieu, il ne se dit pas : On va
travailler ça pas de manière centralisée, alors que, là, il se donne les
pouvoirs de déterminer les formations... l'organisation des formations, le
détail, et tout ça? Je ne dis pas qu'il va
imposer à chaque enseignant exactement la même formation, j'ai compris ça, mais
que c'est lui qui va s'arroger ce pouvoir-là.
Donc, ce sont des
exemples de centralisation. Même chose pour le fait de pouvoir... devoir
décider, même pas pouvoir, mais devoir
décider des changements immobiliers, des autorisations de différents projets,
la communication, avec les intervenants du milieu, directe du ministre.
Donc, il y a une pléthore d'exemples de centralisation.
Puis, quand on
cherche la fameuse décentralisation dont le ministre nous parle, bien, on
cherche longtemps. À part de voir que, pour le projet éducatif, le conseil
d'établissement va pouvoir l'approuver sans avoir la signature de la commission scolaire, bien... je veux dire, je
comprends, là, mais on n'est pas dans la grande transformation et révolution de
la décentralisation, on est simplement en train d'enlever une étape de
signature, qui était une étape d'approbation plutôt, je dirais, automatique
pour dire : Bon, l'approbation va se faire directement au niveau des
conseils. Donc, on la cherche, les directeurs d'établissement n'ont pas pu la
trouver avec nous malgré les questions que j'ai posées. On sait que le ministre
invoque toujours que ce sont ses alliés, les directeurs d'école. Or, quand on
leur a demandé ce qu'il en était de la
question des nouveaux pouvoirs qu'ils acquéraient, ils n'ont pas pu nous
répondre et nous dire un seul nouveau pouvoir qu'ils acquéraient.
Donc, il y a
des petites différences pour les conseils d'établissement, mais, pour les
directeurs d'école, on cherche toujours, sauf peut-être celui de majorer
les notes sans avoir l'avis et l'approbation des professeurs. Mais j'imagine que ce n'était pas
l'intention du ministre de vouloir dire que sa décentralisation, c'était
essentiellement parce qu'il permettait maintenant
aux directeurs de fixer les notes quand il y avait du mécontentement plutôt que
ce soit la prérogative unique des enseignants, comme ce devrait être.
Évidemment, beaucoup,
aussi, de questions sur comment on va réussir à faire fonctionner cette
nouvelle mouvance dans l'organisation de la gouvernance scolaire. Est-ce qu'il
va y avoir une réelle imputabilité? Est-ce qu'il va y avoir une imputabilité de gens qui, donc, vont être élus par le
fait qu'ils siègent sur des conseils d'établissement? À qui ils vont être redevables, ces gens-là? Qui va
parler publiquement pour le centre de services? Qui va avoir la marge de
manoeuvre de dénoncer des mesures du
ministre ou du ministère quand ça va être des directeurs, selon ce que le
ministre nous dit, qui vont prendre la parole publiquement?
Je pense que c'est
assez rare, si on regarde le réseau de la santé, que l'on voit un
président-directeur général d'un CISSS ou d'un CIUSSS prendre la parole pour
sortir contre une orientation du ministre. Bien, on risque de se retrouver exactement avec la même réalité dans le
réseau de l'éducation, alors que ce qu'on voudrait, c'est plus
d'imputabilité, plus de liens entre les acteurs du milieu de l'éducation et les
acteurs de la communauté. C'est particulièrement préoccupant pour les régions,
pour les régions éloignées. On a eu, je pense, des témoignages très, très
éloquents, notamment de gens qui venaient de la Gaspésie, de la Côte-Nord, de
l'Abitibi, de l'Outaouais, des gens qui sont
très préoccupés aussi de ce que ça va vouloir dire, ces changements-là, pour
les écoles de village, les écoles qui accueillent un très petit nombre
d'enfants. Qui va parler au nom de ces gens-là alors qu'il va y avoir de la
centralisation plus importante, alors
qu'il n'y a aucune garantie non plus d'avoir une représentation de membres du
conseil qui vont provenir des
différents secteurs d'une région donnée, d'un territoire donné? Il n'y a aucune
garantie à cet égard-là, c'est quelque chose qui a été fortement décrié
également.
Donc,
il y a énormément d'inquiétude. Il y a toute l'inquiétude de savoir comment on
va vivre avec un système... un autre
système à deux vitesses, donc des droits pour la communauté anglophone, pas la
même réalité pour la communauté francophone, avec les risques, aussi,
juridiques que cela comporte, comme l'ont souligné certains
constitutionnalismes, comme Daniel
Turp, notamment. Donc, il y a vraiment énormément de questions qui se posent.
Mais, au bout du compte, la plus grande question, c'est de savoir
qu'est-ce qui concrètement, dans ce projet de loi là, qui va nous occuper
pendant 300 articles
de discussion, qui vient modifier 80 lois... Qu'est-ce qui
va améliorer la réussite éducative? Qu'est-ce qui va améliorer l'égalité des
chances? Qu'est-ce qui va faire que les enfants vont plus s'épanouir à l'école?
Qu'est-ce qu'ils vont faire qu'ils vont réussir? Qu'ils vont graduer davantage?
Qu'ils vont moins décrocher?
Ces réponses-là, on
ne les a pas. Tout ce qu'on nous dit, c'est parce que, par une réforme de gouvernance,
il va y avoir de la décentralisation, qu'on continue à chercher, puis les
éléments de centralisation vont être positifs. On continue à se demander
qu'est-ce qu'il va y avoir de positif tant que ça quand le ministre part de la
prémisse qu'il faut que ce soient les gens
qui connaissent les élèves par leurs noms qui aient le plus de pouvoirs. Je
sais que le ministre est très,
très omniscient, mais je ne pense pas
qu'il connaît le nom de tous les élèves, par leurs noms, au Québec,
et je ne pense pas que ce serait normal non plus, parce que je ne pense
pas que c'est ça, son travail. Alors, c'est pour ça que ce n'est pas lui qui
devrait voir des pouvoirs se centraliser autour de lui et de son ministère.
Alors, Mme la
Présidente, vous avez compris qu'on va avoir beaucoup de questions. Mais c'est vraiment
un débat de fond qui est extrêmement important. Donc, on va le faire avec le
plus grand sérieux possible.
Et bien sûr on aurait
aimé ça que le ministre dise... Parce que, de toute évidence, c'est impossible
d'adopter cette réforme-là dans les
prochains jours, là, et j'espère qu'il ne blâmera pas l'opposition, parce que ce n'est pas nous qui avons décidé de
commencer les consultations juste au mois de novembre, donc cinq semaines après
le dépôt du projet de loi. Je fais juste dire au ministre que, s'il avait
accepté d'entendre quelques groupes de plus et de faire peut-être une journée
ou deux de consultation de plus, on aurait pu probablement commencer deux ou
trois semaines plus tôt les consultations et ne pas perdre un mois à discuter
de si on acceptait ou pas tel groupe ou tel groupe, et ça aurait fait qu'on
aurait gagné du temps, puis on aurait pu avancer davantage. Mais force est de
constater que ce n'est pas l'attitude qui a été prise par le gouvernement.
On souhaite que cette
attitude-là soit plus ouverte pour les prochains jours, pour l'étude du projet
de loi, et je pense que, des fois, c'est bon
d'écouter ce que le milieu nous dit. C'est bon de dire : On va prendre un
petit pas de côté. Le ministre n'aime pas ça quand on dit ça parce que
c'est comme si on disait qu'il faut ne rien faire, ne pas avancer. Ce
n'est pas ça. Des fois, il faut faire un pas de côté pour mieux avancer par la
suite, pour avoir tous les ingrédients de la réussite, pour avoir mobilisé les
acteurs du milieu, pour faire en sorte que la réforme va être la bonne réforme
puis que quand elle va atterrir sur le
plancher, que quand elle va atterrir sur le terrain, bien, on va avoir des
acteurs mobilisés pour l'intégrer et non pas des acteurs qui vont être
contre cette réforme-là, qui vont se mobiliser contre, et qui ne vont pas
comprendre le sens de la réforme, et ce qui va faire en sorte que tous les
autres changements qui pourraient venir par la
suite vont être plus difficiles à appliquer, parce que toutes les énergies
du réseau, qui ne comprend pas, à l'heure où on se parle, le sens de cette réforme-là... toutes ces énergies-là vont
devoir être mises à absorber la réforme plutôt qu'à la réussite éducative. Donc, on espère que le ministre
va être à l'écoute et dans un mode de collaboration. Merci,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, Mme la députée de Joliette. Est-ce qu'il y a d'autres députés qui
désirent faire des remarques préliminaires? Je reconnais... je vois le signe de la députée de
Mille-Îles. Mme la
députée, la parole est à vous.
Mme Charbonneau : Merci,
Mme la Présidente. Je vous avoue, Mme la Présidente, que je ne vais pas bouder mon plaisir. Je le dis comme ça parce
qu'on pourrait penser, quel que soit le siège qu'on occupe dans cette pièce,
qu'on fait exprès pour
parler. Je ne fais pas exprès. Je pense que c'est un projet de loi qui demande
toute l'attention qu'on lui porte puis
qu'on se doit, à quelque part, de lever un peu des drapeaux jaunes à l'ensemble
des collègues dans cette pièce pour dire : Voici où je me situe. Voici
moi, la députée de Mille-Îles, pourquoi je me situe comme ça puis comment je
joins ma voix à celle de mes collègues, ici, pour parler du projet de
loi.
Je vous annonce d'emblée que je ne suis pas
contre le projet de loi. Je ne suis pas contre un projet de loi qui veut moderniser le système scolaire. Je ne peux
pas être contre ça. Je ne peux pas être contre ça parce que je pense que c'est
une bonne chose, de vouloir le moderniser,
de l'amener un pas plus loin, puisqu'en 1961 on a pris la décision de se doter
d'un système d'éducation.
Et c'est drôle parce qu'hier je suis...
Anecdote : Hier, je suis allée souper avec ma grande, qui est en ville
pour faire ses représentations auprès des organismes pour lesquels elle
travaille, et, en rentrant au restaurant, je me suis accroché les pieds sur la
table où était assis le fils de Paul Gérin-Lajoie. Je vous le dis, je suis une
fille, donc souvent je dis : La vie me
parle. Et ça m'a fait plaisir de le voir, de le saluer. D'ailleurs, je lui ai
dit qu'on commençait à travailler le projet aujourd'hui, puis il m'a dit :
Bien, bonne commission! Et je me souviens quand son père a fait les dernières interventions
pour parler de l'éducation et je trouvais que le moment était, pour moi, tout à
fait particulier.
Quand je
dis : Je ne bouderai pas mon plaisir, je pense qu'on a l'obligation de
parler de la démocratie. Le projet de loi qu'on a devant nous, il n'est pas inintéressant, puisqu'il questionne
bien des choses. Et la première chose que j'ai faite, c'est... je me
suis questionnée moi-même, de par l'expérience que j'ai, pourquoi ça venait me
chercher autant, pourquoi, quand le ministre
se lève en Chambre pour répondre à une question, il nous pointe en disant
«clubs-écoles», «lobbyistes». Et les premières
fois, Mme la Présidente, ça m'a heurtée, puis après ça je me suis dit :
Bien non, clubs-écoles, c'est intéressant. Nous, à Laval, on a d'ailleurs le
club-école des Canadiens. C'est positif. Ça fait que je me suis dit :
Francine, clubs-écoles, c'est positif.
Mais après ça
il a changé son discours puis là il a dit «lobbyistes». Et là ça m'a titillée.
Ça fait que je suis allée voir. Un lobbyiste, ce sont «des personnes
qui, en échange d'une contrepartie, pour le compte d'un client, d'une
entreprise ou d'une organisation,
communiquent avec des titulaires de charges publiques en vue d'influencer leurs
prises de décision». Je ne veux pas
influencer une prise de décision, Mme la Présidente. Je veux voter sur le
meilleur projet de loi. Je n'aurai pas de contrepartie, puisque je n'ai pas
d'enfant à la commission scolaire de Laval. Mais j'ai des petits-enfants dans
une commission scolaire. Et, si la contrepartie que j'aurai, c'est d'avoir un
meilleur système scolaire pour eux, croyez-moi, je serai lobbyiste. Croyez-moi que, pour défendre un système d'éducation
qui va donner des services en orthophonie, en orthopédagogie et qui va
s'assurer que ma petite-fille et mon petit-garçon — parce que j'en ai deux, le troisième n'est
pas encore rentré — vont avoir les meilleurs services... Et je
suis assurée, assise dans cette pièce, que personne ne veut pas que je
réussisse, que j'ai le goût de réussir pour mes petits-enfants.
D'ailleurs, le premier ministre lui-même a parlé
de la réussite des élèves, et le ministre lui-même en parle. Et je suis sûre
que, quand il est assis au sein du Conseil des ministres, ses collègues lui
parlent de la réussite des élèves. On veut tous la même chose. Est-ce que le
projet de loi n° 40 parle de la réussite des élèves?
Le ministre a essayé de nous en convaincre. Je suis obligée de vous dire que
moi, je ne l'ai pas vue, mais peut-être que je le regarde au premier niveau.
Peut-être que le temps va faire que le ministre pourra me convaincre, moi comme
les autres, que le projet de loi offre
quelque chose en réussite scolaire. Quand on a parlé des maternelles quatre
ans, soit, oui, je l'ai cru, qu'on parlait de la réussite scolaire, parce qu'on parlait de la petite enfance, des
chances à venir, du parcours scolaire. Malheureusement, un parcours scolaire, ce n'est pas une question de
deux ans. C'est une question de plus de 10 ans. Donc, on saura plus tard.
Peut-être qu'on sera tous à la retraite de
notre vie politique quand on aura le résultat de l'étude qui va faire la
démonstration que les maternelles quatre ans pour tous sont une vertu et
sont un principe même d'amener les enfants à la réussite.
Puis après ça j'ai mis dans mon expérience...
plutôt de parler de mon expérience de présidente de commission scolaire, je me suis dit : Bien, j'ai été
ministre pendant quatre ans et demi. Et, quand on a décidé d'un projet de loi,
bien, comme ministre, on assoit les gens de notre cabinet puis on leur
dit : Voici ce que j'aimerais voir d'écrit dans un projet de loi. De ce
fait, je suis capable d'imaginer, puis le ministre aura amplement le temps de
nous l'expliquer, un ministre de l'Éducation
qui s'assoit devant ses fonctionnaires et qui dit : Moi, là, ma formation
politique, elle a promis d'abolir les commissaires scolaires. Pas les
commissions scolaires, Mme la Présidente, parce que ce n'est pas parce que tu
changes de nom que tu abolis quelque chose. Mais j'ai promis, comme député,
candidat de la CAQ, que j'étais pour abolir les commissions scolaires, mais, en
passant, c'est les commissaires scolaires, mais, si on change le nom de
«commissions» à «centres administratifs», ça va jazzer mon affaire, puis je
vais avoir l'air de quelqu'un qui ne fait pas juste abolir une démocratie puis des commissaires scolaires. Donc,
écrivez-moi quelque chose qui met ça en titre, hein, qui... premier geste
que je pose, c'est que je défais la structure puis je la refais. Je joue un peu
dans la structure, mais il faut que, dans mon projet
de loi, il y ait l'abolition des commissaires. J'aimerais ça que les conseils
d'établissement prennent un peu de torque, hein, qu'ils prennent un peu plus de pouvoirs. Si vous n'êtes pas
capable de leur en donner, bien, faites-moi deux, trois phrases qui leur en donnent. J'aimerais ça que mes
directions d'école aient un peu plus de pouvoirs. J'aimerais ça qu'il y ait un
lieu décisionnel que j'ai l'air à consulter. Parce qu'il faut que je consulte.
Comme ministre, je n'ai pas le choix, ça me prend
des organismes à consulter. Donc, donnez-moi une organisation qui met en place... — et ça, je le salue, parce qu'au passage il faut prendre les bons coups — qui va mettre en place une place pour les
parents, mais je veux aussi une place pour mes administrateurs.
Puis je suis
sûre que, sur le coup, il n'y a pas de réflexion qui se fait entre qui qui sera
en contrepartie puis est-ce qu'un enseignant, face à son directeur d'école, va
être en conflit d'intérêts ou va être bâillonné parce qu'il va avoir peur à
quelque chose. Parce que le ministre, il l'a dit, hein, il y a des lettres qui
sont parvenues à certains endroits... moi, je n'en ai pas vu, mais
à certains endroits pour dire : Faites attention à votre droit de réserve.
J'imagine que les commissaires n'ont pas le droit de se prononcer sur les D.G. des commissions
scolaires dans leurs associations, ça fait que j'imagine que les D.G. devaient
être prudents sur comment ils se prononçaient sur les commissaires scolaires.
Mais, ceci
dit, on est en train, d'après le projet de loi, parce que je vais nous rappeler
constamment, là... Le projet de loi, il n'est pas adopté, puis, tant qu'il n'est
pas adopté, il est modifiable, puis ça, c'est la
partie constructive d'un
projet de loi, puis ça, je trouve ça intéressant.
Mais, un coup
qu'on donne un peu notre orientation à notre organisation, bien, eux, ils vont
nous concocter des écrits qu'on va soumettre au ministre pour première lecture,
puis là il va dire : Bien, je me reconnais là-dedans, je ne me reconnais pas là-dedans, expliquez-moi tel
article. Puis ça va permettre, après, au ministre de le déposer en Chambre puis
de le soumettre au long processus. Parce que j'ai compris que les gens de la
CAQ trouvent ça long, le processus pour faire un projet de loi, pas pour le faire mais pour toute la décision qui va
avec. Puis, quand je vous ai dit : Je ne bouderai pas mon plaisir,
à aucun moment, Mme la Présidente, ici, je ne vais me restreindre de parler sur
un article, je vous le dis. Je vous le dis,
j'ai avisé mes collègues que ça me faisait plaisir de le faire, puis ça me
passionne de parler d'éducation, donc je ne vais pas bouder mon plaisir.
Est-ce qu'on donne plus de devoirs, de droits?
Est-ce qu'on donne plus de place aux conseils d'établissement? Bien, à
part le fameux vote sur le plan de lutte à
la l'intimidation, là, il n'y a pas grand-chose de nouveau. Je vous le dis
comme je le sens, puis on pourra me convaincre du contraire, mais il n'y a pas
grand-chose de nouveau.
On ne peut pas donner un droit qu'on avait déjà.
Je vais vous donner un exemple, Mme la Présidente. Est-ce qu'un parent peut
choisir son école? La réponse, c'est oui. En ce moment, là, comme parent, je
peux choisir mon école. Je peux aller dans
n'importe quelle commission scolaire puis dire : Moi, je veux que mon
enfant aille dans votre école, là. Je peux le faire, c'est dans la loi
actuellement. La seule différence, et c'est là où ça commence à me titiller
plus, c'est que, dans chacune des commissions scolaires, le conseil des
commissaires fait des choix, établit des politiques d'inscription et fait en sorte qu'il y a un territoire donné à
cette commission scolaire là. Alors, si moi, la députée de Mille-Îles, je
décide que j'aime mieux amener mon enfant à Montréal puis de l'inscrire dans
une école à Montréal, je peux. En ce moment, sans ce projet de loi là,
je peux. Je vais aller à la commission scolaire et je dis : Je veux inscrire...
Là, ils vont me demander mon adresse.
J'inscris mon adresse. Puis là ils vont dire : Oui, mais votre territoire
de desserte, Mme la députée de Mille-Îles, c'est Laval, alors vous devez
me faire la preuve que la commission scolaire de Laval ne peut pas vous offrir
les services, pour votre jeune, que vous voulez avoir chez nous. Pourquoi?
Bien, parce qu'on assure comme ça une clientèle et on dit à la commission
scolaire : Toi, tu as l'obligation de donner des services pour l'ensemble
de ta clientèle de ta région. Ça fait que, de ce fait, si un parent décide de
changer de commission scolaire, bien, il y a une justification qui se fait.
Parce que chaque enfant vient avec un financement. Ce sont toutes des choses
qu'on ne se dit pas ici, là. On parle beaucoup de, tu sais, il va-tu y avoir
des commissaires, il y en a aura pas, mais il faut parler aussi de tout ce
cycle-là.
Par contre, si je suis un parent qui veut aller
au privé, je peux. Je peux, je choisis l'école privée, je m'inscris, puis
l'école privée, elle ne me demande pas : À quelle commission scolaire
devrais-tu aller puis est-ce que je peux t'empêcher
de t'inscrire? Non, celle-ci dit juste : Vous serez inscrit dans notre
école sous deux conditions. La première, il faut passer les tests. Pour
certaines, parce que, maintenant, de plus en plus, Mme la Présidente, il y a
des commissions... il y a des écoles privées... qui dit : Je vais te
donner une perspective d'avenir, puis je vais te donner une chance, puis tu n'es pas obligé de passer à 90 %, tu peux passer à, puis je peux soutenir
ton engagement. La deuxième condition, c'est qu'il y a des frais. On ne
se cachera pas, là, il n'y a pas d'école privée qui est gratuite, là. Ils ont
des frais et ils ont le droit de charger, ce qu'une école publique n'a pas le
droit.
D'ailleurs, quand on compare, avec beaucoup de
gentillesse, je le dis avec un peu de sarcasme, une école publique et une école
privée, on n'a pas le droit de faire ça. Je vais vous dire pourquoi on n'a pas
le droit de faire ça, Mme la Présidente : parce que l'école privée peut
charger pour améliorer son gymnase. Elle peut dire aux parents : Savez-vous quoi, on veut mettre des télévisions
dans les... j'appelle ça les «lockers». Ce n'est sûrement pas le bon terme,
hein? Aidez-moi.
Une voix : Les casiers.
La Présidente (Mme Thériault) :
Vestiaire. Un casier.
Mme Charbonneau :
Les casiers, mais, vous savez, où on se change pour le gymnase, là.
La Présidente (Mme Thériault) :
Vestiaire.
Mme Charbonneau :
Merci. Dans les vestiaires. J'ai vraiment, là... Il y a des mots, comme ça, qui
n'arrivent pas en français. Donc, dans le vestiaire, on veut des télévisions
pour pouvoir voir le gymnase, quand il est occupé, parce que, des fois, les équipes se changent, puis ça donne
un... Bien, dans l'école privée, je peux charger. Je peux faire un aménagement
puis le partager parmi tous mes utilisateurs parce que c'est mon droit.
À l'école
publique, j'ai du plomb dans l'eau. Je le dis sans accusation, mais j'ai un
problème de tuyauterie. Bien, il faut que j'attende, puis que je fasse la
preuve, puis que je fasse la démonstration au ministère, puis que le ministère
fasse la démarche auprès du Trésor puis du conseil des finances. Pourquoi?
Bien, pour être capable d'avoir les sous.
Ce n'est pas pareil. On n'a pas le droit de
dire : Une école publique pourrait être comme une école privée, comme on n'a pas le droit de dire qu'une école de
Toronto pourrait être comme une école de Laval ou du Québec. Pourquoi? Bien, parce que, passé ces lignes-là, ça me prend
50 % pour réussir. Pourquoi, tous les élèves, leur taux de réussite est
meilleur? Bien, parce que, là, ça me prend 50 % pour réussir. Au
Québec, ça prend 60 %. C'est fou comme un 10 % peut faire toute la différence. Je
vous le dis parce qu'on mettrait 10 % de plus sur le coût de quelque
chose, puis on serait les premiers à
dire : Bien, voyons donc, c'est bien trop cher! Mais 10 % sur la
réussite d'un élève peut faire la différence entre réussir en cinq ans,
réussir en six ans ou réussir son secondaire V en sept ans. Et ça fait en
sorte que, quand on fait le comparatif puis
on dit : C'est bien effrayant, au Québec, on n'est pas bons, on ne réussit
pas dans les délais prescrits, puis nos élèves ne sont pas bons, donc, nos enseignants, il faut se questionner, puis
donc notre système n'est pas tellement performant, bien, c'est faux de
le dire, puisque je n'ai pas le même regard et le même principe sur la réussite
de mes élèves.
Alors, est-ce
que le projet de loi corrige ça? Non plus, mais je ne m'attendais pas à avoir
un projet de loi qui corrigeait le taux de réussite des élèves. Ça ne
dépend pas d'un projet de loi, ça dépend de quelque chose qui relève du
ministre comme tel. Quand un projet de loi est écrit et que sa volonté, c'est
de couper, de retirer et d'enlever une démocratie, oui, je ne bouderai pas mon plaisir de parler, d'autant plus que j'ai
fait
partie de cette démocratie-là. Puis je le dis parce que je ne me trouve
pas lobbyiste quand je le dis. Je le dis parce que j'ai le privilège de le
connaître, comme, quand le ministre dit :
J'ai été enseignant, il a ce privilège-là de savoir c'est quoi, la gestion de
classe, de savoir c'est quoi, faire
partie d'une équipe-école, d'avoir besoin
de services, de les demander, puis de se les faire refuser parce que l'école
dit : Bien, le conseil des
commissaires n'a pas dit oui, d'avoir des livres dans sa classe, puis de ne pas
avoir des livres de qualité, puis de dire : J'en veux plus, puis
d'avoir la réponse du directeur d'école à l'enseignant qu'il est : Je ne
peux pas parce que le conseil des commissaires n'a pas voté plus de budget pour
les livres dans mon école. Je peux comprendre...
Présidente (Mme Thériault) : Et, Mme la députée, je vais devoir
vous interrompre, puisque, compte tenu de l'heure, je vais devoir suspendre les travaux, et vous pourrez reprendre
au retour, à 15 heures. Donc, bon appétit, tout le monde.
Je suspends
les travaux de la commission.
(Suspension de la séance à 13 heures)
La Présidente (Mme Guillemette) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux. Je demande aux personnes
présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Lors de la
suspension de nos travaux, nous étions aux remarques préliminaires de la
députée de Mille-Îles. Mme la
députée, quatre minutes.
Mme Charbonneau :
Merci, Mme la Présidente. Je vous dirais ce que la plupart des gens disent au
moment où ils reprennent un discours après une pause : C'est difficile de
reprendre son élan. Mais je pense que je suis capable de me remettre dedans.
Mme la Présidente, je ne vais pas refaire le
parcours de tantôt, du projet de loi, je l'ai fait. Si les gens veulent savoir
comment on organise et qu'on planifie un projet de loi, ils iront voir le début
de la commission plutôt que le début de celle-ci, mais je vais revenir sur
certains points du projet de loi. Et tantôt je l'ai dit, puis je vais
probablement le dire plus qu'une fois, puis, quand je dis quelque chose comme
ça, habituellement je suis fidèle à ma parole, je ne bouderai pas mon plaisir de pouvoir en parler. De ce fait, est-ce que le
projet de loi valorise l'école publique? La réponse, c'est non, mais ce
n'était pas une promesse qui était faite. Est-ce que le projet de loi valorise
la profession d'enseignant? Bien, je vous dirais... moi, je vais vous dire non.
Je vais vous dire non, puis éventuellement, au fil du projet de loi, le
ministre pourra me convaincre que, de par son expérience d'enseignant, c'est ce
qu'il cherchait à faire, puis je vais me mettre en mode écoute. Mais, pour
l'instant, je suis obligée de vous dire que ma perception, ce n'est pas ça.
Est-ce que le projet de loi valorise l'implication parentale? Encore une fois,
je suis obligée de vous dire non. Pourquoi? Parce que je suis encore de celles qui restent convaincues qu'un commissaire
scolaire, celui qui regarde au-delà de son enfant, au-delà de son école,
mais surtout pour l'ensemble des enfants de la commission scolaire, ça reste un
parent. Et quelquefois, quand la vie est
très bien faite, ça devient un grand-parent très impliqué puis très au courant
de l'histoire du parcours de sa commission scolaire. Est-ce que le projet de
loi met en place un processus pour valoriser la participation communautaire?
Bien, encore une fois, je suis obligée de vous dire non. Mais je vais entendre
les arguments. Mais non parce qu'une participation
sur un conseil d'administration, puis une participation sur un conseil
d'établissement, puis une participation sur un comité de parents, puis une participation sur un comité EHDAA,
bien, il y a des participations qui sont différentes. Puis ma communauté
n'est pas participative sur le même égard qu'elle l'est en ce moment.
Est-ce que je crois que le contrepouvoir vient
agacer le parti au pouvoir? Je vous dirais oui. Je vous dirais oui parce que
j'ai tenu ce bâton de pèlerin là et j'ai dit moi-même, de ma bouche a sorti ces
mots méchants, à une ministre de l'Éducation : Ce n'est pas ta
juridiction. Ça fait que tu ne peux pas décider pour moi. Parce que j'ai eu une
ministre qui m'a dit : Tu ne peux pas
faire ça. Et ma réponse, avec le front que j'ai, Mme la Présidente, et avec la
fougue que j'ai, a été : Ce
n'est pas ta juridiction, c'est la mienne, ça fait que tu ne peux pas me dire
quoi faire. Et je vous dirai que ce débat-là s'est fait sur le principe
même de l'ouverture ou la fermeture d'une école.
Est-ce que le projet de loi vient jouer dans les
règles? Oui, il vient jouer dans les règles. Le ministre dit : Je n'ai pas
la possibilité et je ne me donnerai pas la possibilité de fermer ou ouvrir une
école. Mme la Présidente, je suis obligée de
vous dire que, dans le projet de loi, moi, je l'ai vu. Moi, je l'ai vu. Puis je
l'ai vu parce que, justement, il y a quelques secondes, je vous ai
dit : Je l'ai eue, cette discussion-là. Puis, au moment où j'ai eu la
discussion, la ministre ne pouvait pas venir
me dire que je ne pouvais pas ouvrir ou fermer une école. Ouvrir une école, on
s'entend, là, il faut faire la preuve. Ça prend du temps.
Ça prend au moins deux ans. Mais, de ce fait, je pense que le projet de loi ne
vient jouer que dans une structure, ce qui fait en sorte qu'il y a une
facture et non une économie. Et je crois que, si on veut vraiment avoir une économie, il faut investir dans les enfants, dans
la jeunesse plutôt que d'aller jouer dans un
titre comme «commission scolaire»
ou «centre d'administration». Merci, Mme la Présidente. J'ai vu votre hochement
de tête. J'ai compris, j'arrête.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a d'autres membres qui souhaitent faire
des remarques préliminaires? Oui, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Je vais débuter mes remarques préliminaires à se demander comment
le projet de loi n° 40 va améliorer le taux de réussite des élèves. On a
entendu beaucoup de témoignages en commission parlementaire. Puis, comme ma
collègue la députée de Mille-Îles, je sais que c'est ça qu'on cherche, ça devrait être ça, le but, mais, malheureusement, ça
ne paraît nulle part dans le projet de loi n° 40. C'est une déception. Je
dirais, la communauté se cherchait ça. Tous les gens qui sont venus témoigner
se cherchaient ça. Puis c'est malheureux parce
qu'on sait que brasser des structures... Ce n'est pas en brassant des
structures qu'on va améliorer la réussite de nos élèves. Et tout le
monde le dit aussi, que ce n'est pas la priorité, ce n'est pas notre priorité
actuellement.
Pour moi, le projet de loi n° 40, ça
divise. Ça divise les communautés. Puis je vais débuter à parler de la division
entre les communautés anglophones et francophones. Puis je pense que je suis
bien placée d'en discuter de ceci. Et, avant
de commencer, juste pour parler de la façon que ça divise, je vais lire le
communiqué de presse qui a été émis
par l'Association des comités de parents anglophones, l'EPCA. Ils ont sorti ça
le 22 novembre, après l'intervention du ministre dans la Chambre,
quand on faisait l'adoption du principe.
Et je leur cite, c'est en
anglais : «The English Parents Committee Association, EPCA, is denouncing
the paraphrasing used
by the Minister of Education[...], in the National Assembly yesterday on the
comments made by EPCA Vice-President Katherine Korakakis, during the
parliamentary commission on Bill 40.
«The
Minister of Education used Ms. Korakakis's statement in his own context :
"The Minister of Education used my name to try and promote his bill in the
National Assembly in the wrong context, said Vice-President Katherine
Korakakis.
«”EPCA
is not in favor of Bill 40, and, if he had listened through the entire
proceeding, he would have understood our position as clearly as the other
members of the National Assembly on the Culture and Education Committee.
«”EPCA sees no added value to
student success or to our community with this bill. It should be withdrawn and all education stakeholders should have a voice in
the future of our extremely successful public education system”, concluded
the vice-president.»
Ça fait que,
juste pour démontrer à quel point ça va... en train de diviser la communauté,
plusieurs gens ont dit en commission parlementaire... ils se cherchaient un
partenariat, ils se voyaient vraiment comme des partenaires du ministre,
ils se voyaient vraiment des partenaires des
élus provinciaux. Parce qu'on a chacun des élus scolaires dans nos territoires,
puis ils veulent travailler ensemble. Mais c'est en train de diviser nos
communautés. J'ai vraiment une crainte profonde de la façon que ça va diviser la communauté anglophone envers la
communauté francophone. Je dis souvent : On devrait tous être des
Québécoises et Québécois. On ne devrait pas être étiquetés. Je me sens comme
une Québécoise. J'ai une fierté d'être Québécoise.
Mais ça va diviser la communauté parce
qu'il va y avoir des membres de la communauté québécoise qui vont avoir des droits que d'autres n'en auront
pas. La majorité n'aura pas le droit d'élire leurs représentants au niveau
de la gouvernance scolaire, mais les anglophones, oui.
On ne peut pas avoir deux poids, deux mesures.
On ne peut pas avoir un système à deux vitesses. Ça ne fonctionne pas. On a des élèves. On n'a pas des élèves anglophones, on
n'a pas des élèves francophones, on a des élèves. Alors, on devrait
traiter le réseau scolaire en entier, pas pièce par pièce.
J'ai peur
parce que ça va... Exemple, l'école FACE — je cite souvent l'école FACE — il y a un conseil d'établissement, c'est unique, unique au Québec, ils partagent le
conseil d'établissement entre le réseau scolaire anglophone et le réseau
scolaire francophone. Les parents partagent ce conseil d'établissement là. Ça
veut dire qu'il y aura la moitié des parents qui auront un élu scolaire à qui ils vont pouvoir militer pour changer des
choses s'ils ont des craintes, s'ils ont quelque chose, des bons coups, des mauvais coups, mais le réseau
francophone, il n'en aura pas. La moitié de l'école n'aura pas une proximité
démocratique locale.
J'ai peur parce que ça va nous diviser avec le
réseau de la communauté minoritaire francophone à l'extérieur du Québec. Ils
nous regardent de près. Ils attendent qu'on dépose une jurisprudence qui aura
un impact majeur sur eux et leur droit, en
vertu de la Constitution,
article 22, de gérer et contrôler le réseau de
l'éducation par la communauté. Alors, ils sont inquiets. Parce qu'ils
nous regardent. Ils nous regardent vraiment de près parce qu'il y aura un
impact sur eux. Ils vont... Ils sont en
croissance. Ils veulent ouvrir des écoles, ils veulent militer pour du budget.
Bien, ça se peut qu'eux aussi, ils vont être abolis.
Puis je dis souvent, même pour le réseau
anglophone :
Nobody is giving me rights that aren't
already mine. This wasn't a compromise. My rights have been compromised in Bill 40.
My mother, who is a member of
the community, she doesn't fit any of the profiles within the people that are eligible to sit on this new «comité
d'administration», but she pays her school taxes. She has a right to
participate. She is a rights holder, as she volunteers in her school, but she
is no longer going to be eligible to participate in the management
control of her education system.
Puis
c'est cher pour elle. J'ai été élevée par des parents qui ont toujours fait du
bénévolat. Ma mère est infirmière. Mon père, c'est un ancien détective-sergent
de crimes majeurs. J'ai été élevée dans une communauté où on a toujours milité auprès de nos proches. On a
toujours donné de notre temps. C'est incompréhensible, pour moi, qu'elle ne
pourra plus faire
partie de ceci parce que ses droits ne sont pas respectés. Je
suis déçue pour elle. Je suis déçue pour la communauté, parce que ce
n'est pas un compromis, on enlève nos droits.
Puis je veux parler un peu de, tu sais, le rôle
de l'élu. J'ai entendu le ministre qui a dit : Ce n'est pas une révolution, c'est une évolution. Je dirais que ce
n'est pas une révolution, ce n'est pas une évolution, c'est une abolition.
C'est ça que ça représente pour moi. On n'est pas en train d'abolir les
commissions scolaires, on est en train d'enlever le contrepoids, on est en train d'abolir le palier de démocratie locale,
scolaire, des gens qui militent auprès de leurs élèves. Ils ont seulement une préoccupation, puis c'est la
réussite scolaire. Ils travaillent pour leur communauté, ils travaillent pour
leurs parents.
J'ai été une
ancienne présidente d'une commission scolaire puis je voulais juste parler un
peu de qu'est-ce que c'était, mon rôle comme élue. C'est sûr, j'ai
milité pour la communauté EHDAA. C'est clair. Mes enfants font
partie de cette
communauté-là des élèves handicapés, mais j'ai milité pour toute cette
communauté-là. J'ai reçu je ne sais pas combien d'appels des parents, des gestionnaires pour savoir qu'est-ce qu'on
pouvait faire pour améliorer les services, parce qu'il y avait un manque
de services, parce qu'ils voulaient avoir accès à une école ou à une classe. Je
travaillais pour eux.
Je travaillais sur le recrutement des élèves,
parce qu'on sait que, pour la communauté anglophone, ils sont en décroissance.
Alors, je faisais beaucoup de la promotion des écoles.
travaillais pour avoir un territoire,
parce qu'exemple,
Sir-Wilfrid-Laurier, le territoire, c'est 35 000 kilomètres carrés,
c'est la grandeur de Belgique. J'ai
travaillé fort pour avoir une équité, sur le territoire, entre toutes les
écoles, puis c'est des écoles en
milieu urbain en comparaison avec des écoles en milieu rural, alors comment
qu'on pouvait «gestionner», comment qu'on pouvait gérer pour s'assurer
que tous les élèves recevaient des services, du budget, puis que ce soit
équitable.
J'ai été la
personne qui a entendu les cris d'alerte puis les parents qui étaient fâchés
parce qu'on a fermé les écoles à
cause de la température. Il neige, on est inquiet, on ne va pas mettre les
autobus sur la route. Là, ça va être vous autour de la table qui va
recevoir toutes ces plaintes-là parce qu'il n'y aura plus d'élus.
Changement de
transport, j'ai travaillé pour beaucoup d'élèves : On n'est pas assez
proche. J'aimerais que l'autobus passe ici, pouvez-vous changer ça pour moi?
Pas de problème, je vais faire une investigation, comme on fait dans nos
bureaux de comté, on travaille pour nos
citoyens puis nos citoyennes. Il vient, ils ont des plaintes, on ouvre des cas
de comté, on travaille pour eux, mais là ça va être fois 10. Parce que le
réseau scolaire, là, c'est personnel, c'est chez vous, c'est vos
enfants, c'est votre maison.
Alors,
attachez vos tuques, on va être très occupés. Je n'ai pas eu un moment où je
n'étais pas occupée comme présidente d'une commission scolaire et je sais que
c'était la même affaire pour tous les commissaires avec qui j'ai partagé
le conseil, parce qu'on travaillait sur plein de sujets, que ça soit la
maternelle, que ça soit les partenariats. On a établi des beaux partenariats
avec le municipal, avec le provincial, avec le fédéral, je l'ai déjà mentionné.
À Saint-Eustache, il y a un centre de formation
professionnelle qui est aussi unique, c'était un partage entre la commission
scolaire Sir-Wilfrid-Laurier et commission scolaire de Mille-Îles, et
j'ai pu aller au fédéral pour avoir des fonds d'entente Canada-Québec. Et on a
eu de l'argent provincial aussi pour mettre en pied. C'est un bijou. C'est un
bijou puis c'était nécessaire.
Je n'aurais pas pu faire ça si je n'avais pas un
poids politique, parce que j'ai pu travailler avec mes homologues, on était au même niveau, on travaillait ensemble. Je
ne vois pas la directrice générale, ou le directeur général, ou même les gens
qui siègent autour du conseil d'administration avoir, un, le temps puis, deux,
le pouvoir de négocier, de militer pour avoir le même sens de partenariat.
Parce que je dis souvent : Une commission scolaire, vous êtes...
présentement siégés dans une commission scolaire. On fait tous
partie d'une
commission scolaire. Une commission scolaire, ce n'est pas un siège social.
Alors, j'ai hâte à entendre le ministre, quand
on va commencer
article par article, à expliquer la différence entre un siège social et un centre de services.
Parce que, pour moi, ça va être égal puis c'est la même affaire. Un siège
social offre des services à leurs
écoles, ils sont là pour accompagner les directrices et directeurs d'école, ils
sont là pour accompagner les parents,
ils sont là pour accompagner les élèves, ils sont là pour accompagner les
professeurs, ils sont là pour s'assurer que nos écoles réussissent puis
nos élèves réussissent.
Comme présidente d'une commission scolaire, je
ne me suis jamais vraiment vue comme un contrepoids. On parle beaucoup du
contrepoids, on est en train d'abolir le contrepoids, puis, oui, c'est
nécessaire. C'est vrai, j'ai entendu plusieurs
gens qui sont venus témoigner en commission parlementaire. Je me voyais
vraiment comme un partenaire. Moi, j'ai eu quatre ministres de l'Éducation dans
mes quatre ans comme présidente. Et je me voyais vraiment comme une alliée.
Je voulais travailler avec eux. Je n'étais
pas toujours contente, c'est ça, le rôle d'élu, c'est de militer pour la
communauté, mais je me voyais vraiment comme un partenaire. On n'aura
plus ce lien-là avec le réseau scolaire.
J'ai peur pour les parents. On a entendu ma
collègue, mes collègues parler de l'idée de subsidiarité, l'idée de la centralisation de pouvoirs. Ce n'est pas vrai
que les parents auront plus de pouvoirs. Actuellement, les parents peuvent occuper
chaque siège autour du conseil du commissaire. Ils veulent mettre leur face sur
un poteau, crois-moi, je sais, c'est épeurant, je l'ai fait, puis ce n'est
vraiment pas facile, faire
partie d'une élection scolaire : zéro
financement du gouvernement, ça sort du
budget scolaire. Les listes électorales sont un «mess», les bureaux de vote
sont tellement loin que ça prend... il faut se gazer pour faire un
aller-retour parce qu'on est à 250 kilomètres d'un bureau de vote, puis on
n'est même pas assuré, rendu là, qu'on va
pouvoir voter. À mon estime, nous devrions investir dans la démocratie
pour s'assurer que le vote peut
arriver. Mais les parents, ils peuvent siéger partout, les 13, les
16 places autour de la table. Là, leur poids est diminué.
J'ai entendu le ministre
parler de la Fédération des comités de parents du Québec. Mais ils n'ont pas
fait une consultation de tous leurs membres, ils ont fait une consultation de
leurs présidents. Peut-être qu'ils siègent autour de la table... on parle de peut-être
50 parents? On ne parle pas du poids de tous les parents.
Puis la preuve, c'est que la commission scolaire
de Montréal, leur comité de parents sont venus ici pour témoigner. Puis là c'est les chiffres de l'année dernière, mais c'est
115 000 élèves. On doit
estimer peut-être 250 000 parents? Ça fait que,
250 000 parents, leur voix était ici. Eux, ils ont fait une
consultation puis eux, ils ont dit : Nous croyons dans la démocratie. Nous croyons dans ce contrepoids. Nous croyons dans
nos élus scolaires. Nous croyons dans le réseau scolaire actuel. On est
pour une modernisation, mais on n'est pas pour un ministre qui prend tout le
pouvoir, un ministre qui va pouvoir décider tout pour nous. Eux, ils ont dit...
Ce n'était pas bien caché. Ils ont tout vu qu'est-ce qu'il y avait à
l'intérieur de ce projet de loi.
Mais,
présentement, ils travaillent actuellement avec leurs élus. Est-ce qu'il y a
des choses qu'on peut améliorer? Bien sûr. Je ne suis pas contre la
modernisation. Je suis pour avoir une négociation pour voir qu'est-ce qu'on
peut faire pour améliorer le réseau scolaire, mais pas en abolissant la
démocratie locale.
C'est un
message triste que nous envoyons à nos jeunes, des jeunes qui sont venus ici
témoigner, en commission parlementaire, des jeunes qui nous ont dit : On
veut avoir un legs. Nous aussi, nous voudrions participer. Pourquoi ne
pas parler de modernisation puis dire... Au lieu d'abolir les élections,
pourquoi ne pas dire : On veut avoir des élèves qui siègent? Ça, ça devrait faire
partie de, peut-être, un changement.
C'est des gens qui disaient qu'ils aimeraient faire ça, en contrepartie des professeurs qui sont venus
dire : On n'a jamais demandé de faire ça, c'est un autre... c'est un
pouvoir qu'on n'a pas demandé. D'être consulté, de participer, oui, ça,
ça m'intéresse. Mais ils ne savent même pas comment qu'ils vont choisir leur
membre qui va siéger au sein de ce C.A. Puis ils vont être redevables à qui?
C'est flou, ce n'est pas clair.
Puis, quand on parle de subsidiarité, je peux
donner un exemple de pouvoir que le ministre a actuellement puis comment ça fonctionne mal dans le réseau scolaire
quand les décisions sont centralisées puis qu'ils sont pris ici et pas sur le
terrain. Le ministre avait une bonne idée d'avoir deux récréations par jour.
Mais c'était exigé d'avoir 20 minutes le matin
puis 20 minutes l'après-midi. Ça, ça ne fonctionne pas dans le réseau. Ça fait
qu'il y a plein d'écoles qui sont incapables de respecter cette
règle-là. Ils voudraient, mais ils veulent avoir la flexibilité de mettre en
place ce programme-là. Parce qu'ils y croient, oui, les élèves, il faut bouger,
oui, on croit dans les saines habitudes de vie. Ce n'est pas parce que ce n'était pas une bonne idée. Mais, quand c'est
nous, ici, qui prenons des décisions pour eux, puis c'est eux qui sont sur le
terrain, ils vont être la première à
dire : C'est parce que vous ne comprenez pas. Il y a un impact sur le
transport. Il y a un impact sur comment je gère mon école à midi. Il y a
une école... C'est un impact sur l'heure que les élèves quittent. C'est parce
que j'ai plein d'autres activités qui sont cédulées durant le jour. Est-ce que
je peux mettre, mettons, 30 minutes et
10 minutes? De s'habiller, de se déshabiller, les tout-petits, avec les
mitaines, puis les tuques, puis les bottes, c'est beaucoup. C'est beaucoup. C'est la maternelle... Maternelle quatre
ans, ça va être encore plus long. Les bouts de chou, ça va prendre deux, trois minutes, cinq minutes
juste pour s'habiller pour aller dehors, pour être dehors pour peut-être cinq
minutes. Alors, laissons-nous le soin de déterminer comment que nous allons
mettre ça sur pied.
Ce n'est pas
ça, la subsidiarité. Ça, c'est la centralisation du pouvoir. Puis ce n'est pas
banal. Ce n'est vraiment pas banal parce que... écoute, je l'ai cité, il
y a plein, plein, plein d'articles où le pouvoir est centralisé ici.
Puis le temps
file, je n'ai même pas parlé de la communauté EHDAA, la lutte contre
inégalités. C'est les oubliés. C'est les oubliés dans ce projet de loi. Il n'y
a pas une place qui était assignée pour eux. Puis, même si on corrige ça, même
si on dit : Ensemble, on va adopter un
article qui inclut maintenant un
représentant, un parent de cette communauté-là, ça ne règle pas tous les autres problèmes qu'ils ont,
cette communauté. Ils sont venus en témoigner. J'ai lu tous les mémoires de la
communauté qui représente les élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation
scolaire, puis ils ont tous dit la même affaire : Nous aimerions avoir un peu de souplesse. Nous aimerions
avoir des droits, de ne pas se relever au comité de parents. On n'a pas adressé 80 % des élèves EHDAA quand ils quittent le réseau scolaire. Bien,
ils n'ont pas d'emploi. On ne sait pas qu'est-ce
qu'on fait avec eux à partir de 21 ans. On peut bien faire des
changements, mais on n'est pas rendus là encore, on a besoin des
services.
On peut dire
qu'on va mettre de l'argent, mais on est en pénurie de main-d'oeuvre, ça fait
qu'on n'adresse pas leurs problèmes. Puis, en brassant les structures avec un
projet de loi n° 40, ça ne rejoint pas les besoins de cette communauté-là.
Alors, ils ne se voient pas à l'intérieur du projet de loi n° 40. Pour
moi, c'est non seulement un oubli, c'est un manque de respect pour eux. C'est
une communauté en croissance, on le sait. C'est entre 8 % puis 10 %
de la communauté, ils devraient avoir un poids important dans toutes nos
discussions, ils ne devront plus être oubliés.
J'ai peur pour l'idée d'avoir un monologue et
non un dialogue, parce qu'il faut avoir un respect pour tous les gens qui sont
passés ici, en commission parlementaire, puis ce n'est pas vrai que tout le
monde est pour. Presque tout le monde a
dit : On peut-u prendre du recul? On peut-u avoir une vraie consultation?
On peut-u travailler ensemble? C'est ça que moi, j'ai entendu. Peut-être
que je n'ai pas siégé aux mêmes commissions que le ministre, mais c'est ça que moi, j'ai entendu que les gens disaient, ils
voulaient travailler en collaboration mais pas de cette façon. Ce n'est pas la
façon, pour nous, d'améliorer ce projet de loi. Ça, c'est faire de la
politique.
Ce n'est pas en abolissant un palier de
politique qu'on va enlever de la bureaucratie, ça, c'est une abolition de
pouvoirs, puis je pense que notre communauté en mérite plus. Je pense que notre
communauté en mérite, que nous sommes là, sur le terrain, à être à l'écoute
puis de respecter qu'est-ce qu'ils ont dit. 70 % des gens qui ont témoigné
en commission parlementaire ont dit qu'ils étaient contre le projet de loi
n° 40. Ce n'est pas du n'importe quoi. Puis on a regroupé des groupes
parce qu'on voulait avoir... on n'avait pas plus de temps pour entendre encore
plus d'acteurs sur le terrain, alors on
pourrait même, peut-être, changer ce pourcentage-là. Mais il y a des gens qui
s'attendent, après nous, «to do the right thing». Alors, j'espère que
c'est ça qu'on va faire. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, Mme la députée. Ceci met fin
à vos remarques préliminaires. Est-ce qu'il y a d'autres députés qui
veulent faire des remarques préliminaires? Non? Mme la députée de
Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Mme la Présidente,
j'aurai une motion préliminaire à déposer.
Présidente (Mme Thériault) : Vous voulez déposer une motion
préliminaire? Je vais vous demander une copie de votre motion.
On va suspendre quelques instants pour
distribuer la motion.
(Suspension de la séance à 15 h 28)
Présidente (Mme Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous reprenons nos travaux. Mme la députée de Saint-Laurent, je vais
vous demander de faire la lecture de votre motion préliminaire.
Mme Rizqy : Mme la Présidente,
conformément à l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je
fais motion afin :
«Que la Commission de la culture et de
l'éducation tienne, [...]avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 40 — Loi modifiant principalement la
Loi sur
l'instruction publique relativement à l'organisation et à la gouvernance
scolaires des consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende dès
que possible M. Daniel Turp, professeur à la Faculté de droit de l'Université
de Montréal.»
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, Mme la députée de Saint-Laurent. Donc, évidemment, cette motion préliminaire est recevable et conforme à ce que
nous recevons habituellement en tel cas, en début d'étude
article par article,
donc, et, de la manière dont ça fonctionne...
un simple rappel des règles, où l'auteur de la motion a 30 minutes pour
pouvoir faire sa représentation. Après ça, les représentants des chefs des
groupes parlementaires disposent de 30 minutes, elles aussi, puisque nous avons deux collègues féminines, et
par la suite les autres parlementaires disposent d'un temps de 10 minutes
chacun, pour ceux et celles qui veulent bien prendre la parole. Donc,
évidemment, lorsque le temps aura été écoulé, je mettrai aux voix la motion de
Mme la députée de Saint-Laurent.
Donc, puisque
les règles sont claires pour tout le monde, Mme la députée de Saint-Laurent,
vous pouvez y aller pour votre motion préliminaire. Vous avez
30 minutes.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
Alors, Daniel Turp est juriste, professeur, aussi, à l'Université de Montréal, professeur titulaire, et il écrivait suite au
dépôt du projet de loi n° 40, on pouvait le lire le 11 novembre 2019,
Daniel Turp, dans plusieurs journaux, dont notamment Le Journal de
Montréal mais aussi Le Devoir . Permettez-moi de vous en faire
la lecture.
Le projet de loi n° 40 est
discriminatoire , tel est le
titre de l'article, Mme la Présidente. Daniel
Turp, professeur titulaire à la Faculté de
droit de l'Université de Montréal, et je cite : «J'ai été invité par la
Fédération des commissions scolaires du Québec à me pencher sur les
dispositions du projet de loi n° 40, dont l'objet est de mettre fin à la
démocratie scolaire telle que nous l'avons
connue à ce jour, pour savoir si celui-ci pouvait être considéré comme
discriminatoire à l'égard des francophones.
Comme citoyen engagé, préoccupé par le respect des droits fondamentaux, je
tiens à rendre publiques mes conclusions sur cette question.
«Les modifications proposées à la
Loi sur
l'instruction publique auraient pour conséquence que l'élection de la majorité
des membres d'un éventuel conseil d'administration d'un centre de services
scolaire francophone se ferait par les
parents uniquement, alors que l'élection du côté anglophone se ferait au
suffrage universel. Ce sont ces dispositions concernant les processus
électoraux des éventuels centres de services scolaires francophones qui violent
le droit à l'égalité garanti par
l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne et
l'article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés.
«Ces modifications violent d'abord l'article 10
de la charte québécoise selon lequel — et là il cite — "toute
personne a droit à la reconnaissance et à
l'exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans
distinction, exclusion ou préférence
fondées sur la [...] langue" et selon laquelle il y a discrimination
[...]une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de
détruire ou de compromettre un droit. C'est évidemment le cas ici.
«Préjudice. En appliquant les critères énoncés
par les tribunaux, on se doit de conclure que le projet de loi crée une distinction entre les francophones et les
anglophones relativement au mode d'élection des membres des centres de services
scolaires. Les francophones peuvent ainsi participer à l'élection par
l'intermédiaire d'un collège électoral dont ne font pas
partie l'ensemble des francophones de la
communauté, alors que les anglophones, pour la communauté dans son ensemble, peuvent participer au processus
électoral en élisant les membres des possibles centres de services scolaires au
suffrage universel.
«Il s'agit d'une différence de
traitement qui engendre une distinction fondée sur la langue. On peut aussi
démontrer l'existence d'un préjudice ayant pour effet de détruire et de
compromettre le droit à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, d'un droit garanti par la charte
québécoise. Le droit de vote reconnu à l'article 22 de la charte québécoise,
est celui qui est détruit et compromis dans la mesure où [le] droit n'est pas
reconnu en pleine égalité aux francophones et aux anglophones. La notion d'élection énoncée dans l'article 22
comprend d'ailleurs une élection scolaire, ainsi que l'a reconnu
la commission des droits de la personne et de la jeunesse.
logique s'applique également à la Charte canadienne et à son
article 15
garantissant le droit à l'égalité [pour tous et] pour tous les citoyens.
En bref, tous les Canadiens, anglophones et francophones, ont droit à la même
protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute
discrimination. Selon les critères propres à l'application de cet article, le
projet de loi n° 40 est discriminatoire pour les francophones.
«Est-il raisonnable
de soulever cette question? Il faut surtout poser la question suivante :
Est-il raisonnable, pour le Québec, de
priver les francophones d'un droit citoyen et de le maintenir pour les
anglophones? La différence de traitement ne saurait être considérée
comme raisonnable dans une société libre et démocratique.
«Ce projet de loi ne
réussirait pas le test de l'affaire Oakes, et les tribunaux arriveraient assez
aisément à la conclusion qu'il n'est pas raisonnable de priver l'ensemble des
francophones du droit de vote scolaire et de le maintenir pour la communauté
anglophone.
«Comme
Jean-Pierre Proulx l'a récemment soulevé dans Le Devoir du 5
octobre dernier, et je partage cet avis, le risque n'a pas été
adéquatement mesuré par les auteurs du projet de loi, [...]il appartient maintenant
aux membres de l'Assemblée nationale de rectifier le tir et d'assurer que les
francophones du Québec dans leur ensemble puissent, en toute égalité avec les
anglophones, exercer leur droit fondamental de voter dans le cadre d'élections
scolaires.» Fin de la citation, Mme la Présidente.
Mme la Présidente,
ici, je veux rassurer tout le monde, Daniel Turp n'est pas un lobbyiste, n'est
pas non plus un activiste libéral qui a été
commandé pour venir en appui dans nos inquiétudes face au projet de loi
n° 40. Daniel Turp a étudié à
l'Université de Sherbrooke en droit. Il porte, lui aussi, la couleur verte de
l'Université de Sherbrooke. Par la suite, il a fait une maîtrise à l'Université de Montréal puis, par la suite, il
a fait un doctorat summa cum laude. Ça, ici, c'est la distinction la
plus élevée que nous avons en droit. Mes hommages, M. Turp!
la suite, il a fait, oui, de la politique. D'abord élu à Ottawa pour le Bloc,
par la suite il est venu ici, à l'Assemblée nationale, mais il n'a
jamais perdu une chose, son verbe et son noeud, et il n'a jamais perdu aussi
son verbe en droit. Une fois qu'il a quitté
la vie politique, après plusieurs années tant à Ottawa qu'ici, au Québec,
il a quand même été un juriste qui a été très souvent consulté mais aussi celui qui a porté des
dossiers. Alors, si vous me permettez, son activisme juridique, même lorsqu'il
a fini sa vie politique, bien, elle a pris tout un tournant. Il s'est
d'abord opposé à la vente d'un pavillon à caractère patrimonial, le pavillon 1420.
Lorsque le Canada, sous le régime de M. Harper, voulait se retirer du protocole
de Kyoto, bien, il a mené la charge, justement, avec des élèves, des étudiants
en droit. Lorsque le gouvernement fédéral voulait continuer à vendre des
blindés, il a formé le mouvement Droits blindés pour s'opposer à la vente de
blindés en Arabie Saoudite, car il y avait ici une menace pour la sécurité
d'êtres humains.
Il a gardé ce sens
critique pour venir nous éclairer, tant les parlementaires fédéraux que les parlementaires
québécois. Ici, son regard du projet de
loi n° 40...
Savez-vous ce que j'aime de M. Turp? Contrairement au pseudo-expert que nous
avons eu droit dans le dossier Desjardins, qui ne nous a pas dénoncé son
conflit d'intérêts d'emblée mais qui a attendu d'avoir une une dans Le Journal de Québec pour dire que, ah bien oui! j'ai juste oublié de
vous dire que j'étais subventionné de 1 250 000 $ par
Desjardins et que, par conséquent, même si vous me convoquez puis que vous m'invitez à venir pour le mandat d'initiative
qui porte sur Desjardins, je ne vous parlerai pas de Desjardins. Ici, Daniel
Turp, la première ligne que nous pouvons lire, c'est qu'il dénonce qui
l'a mandaté pour regarder... Et ici c'est clair, c'est la Fédération des commissions
scolaires du Québec.
ministre pourrait dire : Bien oui, c'est sûr, les commissions scolaires s'objectent, bien, on sait bien, hein, les
commissions scolaires veulent garder leurs emplois. Mais laissez-moi
vous rappeler une chose : en moyenne, les commissions scolaires... bien, les commissaires, ça gagne environ
5 000 $ par année. Il n'y a aucun commissaire qui attend après cette
paie-là pour payer son loyer ou son hypothèque ou faire son épicerie. Et, très
souvent, la très grande majorité, c'est aussi des parents qui ont commencé leur
implication dans différents comités, qui maintenant sont devenus commissaires.
Mais ici la Fédération des commissions scolaires du Québec ont fait un travail
rigoureux, ils ont consulté différents intervenants mais aussi un constitutionnaliste
très connu. Puis moi, je peux vous dire, pour avoir été professeure à
l'Université de Sherbrooke, mais aussi très proche de plusieurs étudiants,
Daniel Turp, je peux vous dire que les étudiants l'apprécient particulièrement et que plusieurs personnes aimeraient bien
être dans sa salle de cours. Et je peux vous dire, permettez-moi
l'expression, qu'il prenait des cours à plusieurs d'entre nous.
Mais
ici c'est clair, il a pu résumer en l'espace d'une page ses conclusions d'un
rapport plus grand qu'évidemment un
article de journal. Mais ici c'est
frappant, ce qu'il dit. Il nous met, de façon non équivoque, qu'au Québec
nous sommes en train de violer des droits
avec le projet de loi n° 40. Et pas à n'importe qui qu'on viole, à des
citoyens québécois francophones, la majorité francophone. Et permettez-moi de
revenir : «Ce sont ces dispositions concernant [le processus
électoral] des [...] centres de services scolaires francophones qui violent le
droit à l'égalité garanti par l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne...» Là, ici, je ne parle
pas de la charte canadienne, parce qu'elle aussi, elle est violée mais à
l'article 15. Je parle de notre charte, la nôtre, notre charte
québécoise : «Toute personne a droit à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, des droits et
libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence
fondée sur la [...] langue.» Et ici, lorsqu'il pose la question... exclusion ou
préférence a pour effet de détruire ou de compromettre un droit, il
répond : C'est évidemment le cas ici.
L'arrêt
Oakes, c'est un arrêt qu'il a enseigné à tous les étudiants en droit dans le
cours de droit constitutionnel, il y a des
critères. Et ici, clairement, bien, le Pr Turp, il vous le dit clairement, vous
ne passez pas le test des tribunaux. Je comprends que, pour le gouvernement, ce
ne sera pas la première fois ni la dernière fois en moins d'un an qu'il se
retrouve devant les tribunaux pour
différents projets de loi mal ficelés,
mais ici on a la chance d'avoir, pour pas cher, un constitutionnaliste
qui vient nous éclairer et qui vous dit... à nous tous : Vous foncez directement
devant les tribunaux. Alors, finalement,
c'est vrai que ce n'est pas des jobs à 25 $ que vous allez créer mais bien des jobs à 250 $, puis les
avocats vont être bien contents. Moi aussi, là, je peux vous le dire, si
j'étais encore avocate en pratique, je ne me recyclerais pas en fiscalité mais plutôt en d