CRC — 27 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CRC 2023-09-27
Quebec — Committees
(Onze heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de
consultation intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027 .
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée par Mme Bogemans
(Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est
remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors,
Mmes, MM. les élus, bienvenue. Nous entendrons donc ce matin les groupes suivants : l'association des
industriels de l'automobile du Canada et Québec réunifié.
Je souhaite
donc la bienvenue à notre premier intervenant, monsieur... — attendez
que je me retrouve... — M. Jean-François
Champagne, président-directeur de l'association des industriels de l'automobile
du Canada. Bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Alors,
M. Champagne, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour votre exposé, et nous allons, par la suite, procéder à la période
d'échange avec les parlementaires. Alors, votre 10 minutes commence
maintenant.
M. Champagne (Jean-François) : Parfait,
merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, encore une fois, permettez-moi de me présenter. Jean-François
Champagne, président-directeur général de l'Association des industries de
l'automobile du Canada. Nous sommes également connus sous la version abrégée, comme étant AIA
Canada.
En fait, l'association a pour principale mission
de porter la voix des acteurs de l'industrie du marché secondaire de
l'automobile partout au pays. Cette industrie, essentiellement, englobe tous
les biens et services offerts après la vente initiale d'un véhicule au consommateur.
Donc, on parle notamment de l'entretien préventif, de la réparation du véhicule
et de la conception et de la vente de pièces de rechange. C'est une industrie
d'une importance considérable au Canada, elle génère, à elle seule, près de
37,8 milliards de dollars chaque année. Avec plus de
4 000 membres à travers le pays, dont une importante proportion au
Québec, l'AIA Canada est la voix officielle des détaillants et fournisseurs de pièces de rechange automobiles, des
carrossiers, et des ateliers, et des garages indépendants partout au
Canada.
Au Québec,
l'industrie secondaire de l'automobile est particulièrement dynamique. On
estime qu'elle contribue à 7 milliards de dollars au PIB de la
province à chaque année. Elle compte 5 895 ateliers de réparation et
d'entretien automobile et
1 524 entreprises dans la chaîne d'approvisionnement, qui sont
enracinés aux quatre coins de la province. Et donc, en tout et pour tout, l'industrie secondaire de l'automobile au
Québec, c'est actuellement plus de 100 000 emplois, que ce soient des techniciens, des
approvisionneurs, des commis aux pièces, des carrossiers, et autres.
Donc, l'AIA Canada est bien heureuse de pouvoir
intervenir aujourd'hui dans le cadre de la consultation générale sur le
document de consultation intitulé La planification de l'immigration au
Québec pour la période de 2024 à 2027 . Nous tenons particulièrement à
remercier les parlementaires pour cette opportunité et espérons que nos
commentaires et recommandations contribueront à alimenter leur réflexion.
Historiquement, le marché secondaire de
l'automobile a toujours représenté une porte d'entrée de choix pour les
nouveaux arrivants québécois, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord,
parce que les métiers de l'automobile sont accessibles, bien rémunérés, sont
stables et offrent des très bonnes perspectives. Ensuite, parce que les savoirs
permettant à un individu d'oeuvrer dans
notre secteur sont, pour la plupart, universels, c'est-à-dire qu'ils se
transportent très bien d'un endroit à l'autre du monde. La mécanique des
véhicules, c'est, essentiellement, de la même nature à travers le monde, les
voitures sont souvent les mêmes, ou se ressemblent beaucoup. Donc, la mise à
niveau requise lors de l'arrivée au Québec, pour quelqu'un ayant déjà travaillé
dans le secteur de l'automobile dans un autre pays, est accessible, ce qui permet une intégration rapide au marché du
travail et une contribution rapide à la société d'accueil. Et même quand
un candidat à l'immigration ne dispose pas des prérequis dès son arrivée au
Québec, celui-ci peut, s'il le désire, se qualifier adéquatement en complétant
une formation spécialisée.
Finalement,
notre secteur représente un environnement de travail idéal pour les nouveaux
arrivants en processus de francisation. Grâce à leurs interactions avec
leurs collègues et superviseurs, qui leur serviront souvent de mentors et
d'enseignants informels, ceux-ci peuvent se familiariser progressivement avec
l'usage de la langue française en mettant en
pratique les notions vues en classe. Compte tenu que plusieurs emplois au sein
de notre industrie ne nécessitent pas d'interaction directe avec le
client, le tout se fait sans impact sur la qualité des services offerts,
laissant le temps à un nouvel arrivant de s'implanter dans son nouveau milieu
de travail.
Donc, pour
toutes ces raisons, et pour bien d'autres, au cours des dernières décennies, de
nombreux nouveaux arrivants ont joint les rangs de notre industrie. Ces
responsabilités d'accompagnement et de soutien dans l'accueil, l'intégration et la francisation des nouveaux
Québécois, nos membres s'en acquittent depuis toujours avec grande fierté.
À l'heure où le Québec consulte sur les
orientations futures en matière d'immigration, nos membres tiennent à exprimer
leur volonté de poursuivre dans cette voie. Pour eux, ce n'est pas seulement
une option, c'est une nécessité, notamment pour faire face aux transformations majeures qui attendent notre
industrie au cours des prochaines années. La principale est, évidemment,
l'arrivée massive des véhicules électriques sur nos routes. Au Québec, d'ici
2035, c'est 100 % des véhicules neufs vendus qui devront être électriques.
Pour vous donner une petite idée, l'année dernière, au Québec, il s'est vendu
370 000 nouveaux véhicules au Québec, donc c'est énorme. Si on veut
que ce virage souhaité par tous soit une
réussite, il est essentiel que nos membres aient, dans leur coffre, tous les
outils nécessaires. Alors, quels sont
ces outils? Bien, essentiellement, l'accès aux données, l'accès à la formation
de nos travailleurs actuels et, finalement, un accès accru à de nouveaux
travailleurs.
En ce qui concerne l'accès aux données des
conduites, bien, le gouvernement a déposé, et nous tenons à le saluer encore une fois, un projet de loi qui
forcerait les fabricants à partager ces données, cruciales pour l'entretien et
la réparation de nos voitures
intelligentes. J'ai d'ailleurs eu le plaisir, récemment, de présenter aux élus
les recommandations de l'AIA Canada à ce chapitre.
Concernant la mise à niveau des compétences de
nos travailleurs, et même s'il reste du travail à faire, les investissements
récents dans le programme Compétences VE ont définitivement été très appréciés
par nos membres. Pour le virage électrique, notre industrie aura, finalement,
besoin d'un dernier élément, soit un nombre important de nouveaux travailleurs
qualifiés au cours des prochaines années. En effet, les professions de la
mécanique automobile n'échappent pas à la pénurie de main-d'oeuvre qui frappe
le Québec. Encore aujourd'hui, notre secteur éprouve des séquelles de la
pandémie de COVID-19. Lors des deux premières vagues, nous avons perdu plusieurs
travailleurs qualifiés, qui se sont réorientés vers d'autres corps d'emploi. À
cela s'ajoute, évidemment, le vieillissement naturel de notre main-d'oeuvre actuelle. Plusieurs de nos travailleurs sont à
quelques années seulement d'accrocher leurs outils. D'ailleurs, pas moins de
35 % d'entre eux pourraient prendre leur retraite au cours des cinq à...
cinq à sept prochaines années, ce qui illustre le besoin criant de
main-d'oeuvre dans notre industrie.
À l'heure
actuelle, il est de plus en plus difficile d'attirer et de retenir des
travailleurs qualifiés. Il s'agit d'ailleurs d'un problème majeur pour
la grande majorité de nos membres. C'est particulièrement vrai pour les
ateliers qui sont situés en région, où le bassin de travailleurs qualifiés est encore
plus précaire, et, paradoxalement, ce sont, justement, dans ces régions, dans ces plus petites communautés, où les
concessionnaires automobiles ne sont pas présents, que nos services sont
encore plus essentiels.
Il n'y a pas
juste nos travailleurs qui approchent de l'âge de la retraite, c'est aussi le
cas de plusieurs propriétaires de garages et d'ateliers indépendants.
Pour eux, trouver une relève est un casse-tête, à tel point que certains sont carrément obligés de reporter ad vitam aeternam
leur départ, faute de pouvoir y parvenir. Notre industrie n'a pas seulement
besoin de davantage de travailleurs, elle a
également besoin de davantage de repreneurs. Au cours des dernières années, nous
avons pu observer que des garages et des ateliers indépendants ont été en
mesure de poursuivre leurs activités grâce à
des repreneurs issus de l'immigration. Bien souvent, ces repreneurs ou leurs
parents ont été accueillis, à leur arrivée au Québec, au sein de notre secteur,
et y ont travaillé plusieurs années. Pour elles et eux, le repreneuriat devient,
avant tout, un moyen de poursuivre cette histoire d'amour qui les lie à leur
communauté d'accueil.
Pour toutes ces raisons, donc, l'AIA Canada est
favorable à une augmentation des seuils d'immigration au Québec. Des deux
scénarios présentés dans l'étude, nous avons ainsi une nette préférence pour
celui qui prévoit une augmentation des seuils à 60 000 d'ici trois ans.
Et, compte tenu des besoins criants de notre industrie, nous appelons même le gouvernement du Québec, si possible, à
revoir son échéancier afin d'atteindre cet objectif encore plus rapidement.
En terminant,
et quelles que soient les orientations retenues, nous tenons à assurer le
gouvernement qu'il pourra compter sur notre pleine et entière
collaboration pour assurer de l'accueil, une intégration et une francisation
réussie de nos nouveaux arrivants au Québec.
Nous sommes maintenant prêts, Mme la Présidente,
à répondre aux questions des parlementaires. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, M. Champagne, pour votre exposé. On va donc, comme vous le disiez, commencer la période
d'échange avec les parlementaires. Alors, du côté du gouvernement, je me
tourne vers la ministre, pour une période de 16 min 30 s, qui
commence maintenant.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci beaucoup, M. Champagne, de prendre part à cet échange, à cet exercice démocratique sur un
thème d'importance transversale. On le voit bien, votre industrie est touchée
également, là, par l'enjeu... en fait, la rareté des talents, et c'est
intéressant de voir, en fait, comment votre secteur s'adapte. Alors bien,
justement, j'aimerais ça que vous nous en parliez avec un peu plus de détails.
Là, vous mentionnez dans votre mémoire, à la
page 4, notamment, que, bon, vos membres ont déployé, là, beaucoup d'efforts pour attirer davantage de
travailleurs de l'étranger, et vous dites même que certaines se sont tournées,
là, vers des
agences spécialisées dans le but de recruter des mécaniciens, par exemple, à
l'étranger. J'aimerais ça que vous parliez à la fois des démarches, là,
qui sont entreprises par vos membres. Comment ça se passe? Est-ce qu'ils les réfèrent d'ailleurs, au soutien du ministère?
Parce que nous, on peut les accompagner dans ces démarches de recrutement
à l'international. Est-ce que, par exemple,
ils participent à Journées Québec? Et puis quels types de conditions salariales
sont associés aux principales professions
pour lesquelles il y a du recrutement à l'étranger? J'aimerais ça que vous nous
dressiez un portrait de tout ça.
M. Champagne (Jean-François) : Certainement.
Écoutez, je n'ai pas les particularités, là, des engagements des divers membres envers, là, les différents
services du gouvernement. Je peux vous dire que c'est certain qu'ils font
des grands efforts pour attirer de la relève étrangère. Effectivement, ils font
l'utilisation de certaines tierces pour les aider
dans cet accompagnement-là. Pour la plupart, ce sont des petites et moyennes
entreprises, donc, qui n'ont peut-être pas
les capacités internes de le faire. Vous avez parlé... on a parlé de
mécaniciens, de techniciens en atelier, beaucoup dans le domaine,
également, de la carrosserie, dont des peintres, des débosseleurs, et ainsi de
suite. Donc, il y a une très grande pénurie, c'est très difficile de recruter
ce genre de types d'employés spécialisés.
Au niveau des compensations, ce sont des bons
emplois bien rémunérés, et, parfois, il faut faire attention. Dans bien des
secteurs, les salaires payés sont déterminés par les comités paritaires dans
les différentes régions, mais il faut comprendre que les comités paritaires ont
des seuils minimums, et donc, souvent, la compensation, en fait, que l'on offre
est supérieure à ce qui est, en fait, là, les taux minimums qu'on retrouve là,
par les comités paritaires de l'automobile.
Donc, des bons emplois bien rémunérés et, évidemment, une activité, là, accrue
de nos membres pour faire ce recrutement-là à l'extérieur du pays.
Mme Fréchette : Et du côté de... des
formations d'appoint à aller chercher, est-ce que vous avez des échos assez positifs? Parce qu'il y a des secteurs pour
lesquels, là, c'est plus long, où ce n'est pas nécessairement facilement
accessible. De votre côté, est-ce que vous avez un écho?
Champagne (Jean-François) : Il y a encore du travail à faire. Notre secteur
économique a des doubles enjeux, parce que non seulement on a des grands
changements technologiques, nos voitures d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'elles étaient il y a cinq ans puis ça
va... c'est continué... ça continue avec l'électrification. Le gouvernement
investit beaucoup dans la transformation
électrique, dont les formations VE, Compétences VE. Fantastique! D'ailleurs,
le gouvernement du Québec est en avance sur beaucoup de juridictions à travers
l'Amérique du Nord à ce sujet-là. Par
contre, c'est sûr qu'au niveau de la capacité et de la disponibilité ça reste
quand même des enjeux. Mais je vous dirais que, de notre point de vue, on voit les efforts, au Québec, de façon
positive, il faut continuer à les faire plus dans le futur. Mais je
pense qu'on est sur le bon chemin ici.
Mme Fréchette : Par rapport au
repreneuriat, vous l'avez mentionné, là, donc, près de 70 % des
entreprises familiales de votre industrie, là, ne vont pas survivre au-delà de
la première génération. Donc, je voulais m'assurer que vous ayez vu, là, le projet de création d'un volet pour le
repreneuriat dans le cadre de notre réforme de l'immigration économique.
Donc, on veut s'assurer que la filière d'immigration puisse offrir une solution
potentielle au phénomène de repreneuriat.
Là, j'entends que c'est quelque chose qui est déjà établi, dans votre secteur, de regarder à
l'international de ce côté-là. Puis est-ce que vous avez eu des échos
aussi de la pertinence de... du nouveau volet qu'on a mis de l'avant dans le
cadre de notre réforme de l'immigration économique?
M. Champagne (Jean-François) : Au
niveau du repreneuriat, je vous dirais que c'est quelque chose qu'on a observé de façon organique dans l'industrie. Donc,
très souvent, les gens qui vont venir travailler dans nos entreprises
vont souvent avoir l'opportunité, dans le futur, de reprendre l'entreprise, et
c'est quelque chose qu'on a vu s'évoluer avec les arrivées de certains
immigrants qui ont eu l'opportunité de faire ce repreneuriat-là de ces
entreprises-là. Et, encore... encore une
fois, ce n'est pas quelque chose qu'on a fait de façon systémique, mais qu'on
observe et, je pense, qui est un élément qu'on ne parle pas assez parce
que ce n'est pas juste des travailleurs qu'on amène ici pour venir nous aider, ce sont également des gens qui vont
être capables d'être les prochains leaders des... de nos petites et moyennes
entreprises, là, partout au Québec.
Et donc on applaudit, finalement, les efforts du
gouvernement dans ce sens-là, et que, oui, ce n'est pas juste d'amener des
travailleurs, mais également d'amener des gens qui vont être nos entrepreneurs
de demain également. Ce sont des points très positifs, de notre point de vue.
Mme Fréchette : Est-ce
que les mesures de francisation sont, par ailleurs, assez monnaie courante chez
vous? Parce que nous, on va mettre de l'avant beaucoup de mesures à travers Francisation Québec, notamment des mesures en
lien avec la francisation en milieu de travail. Est-ce que votre secteur se
prête bien à cette idée d'avoir de la francisation en lieu de travail?
Est-ce que vous êtes déjà passablement engagés, là, vous et vos membres, pour
la francisation?
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
c'est sûr qu'au niveau de la francisation, comme on l'a dit dans mon... dans mon exposé, on offre des
environnements de travail, je pense, qui sont très propices pour aider à
l'intégration, à la francisation des
nouveaux arrivants, puisqu'encore une fois, dans bien des cas, les rôles ne
requièrent pas un accès, une présence directe devant les clients ou la
population, donc ils sont capables de travailler en collaboration avec des
collègues de travail, des superviseurs, et je pense que ce sont des éléments
qui permettent une bonne intégration, une bonne
francisation et permettent, là, une transition qui est bonne pour les nouveaux
arrivants. Et toutes les initiatives que le gouvernement peut mettre de l'avant
pour aider nos petites et moyennes entreprises à activer et accélérer cette
francisation-là, évidemment, sont tout à fait bienvenues.
Mme Fréchette : OK. Bien,
merci. Je vais céder la parole à des collègues, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, la députée de Vimont désire prendre la parole. Il vous reste
10 min 12 s.
Mme Schmaltz : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Champagne, merci de votre présence avec nous.
Bon, écoutez, je vais reparler avec vous un peu
de la question de l'électrification des transports. Tantôt, vous avez mentionné, en termes d'outils nécessaires,
l'accès aux données. Pourriez-vous un petit peu juste élaborer davantage
là-dessus, comment ça pourrait, finalement, vous... vous aider?
M. Champagne
(Jean-François) : Absolument. Écoutez, on applaudit, encore une
fois, la vision du gouvernement du Québec sur l'introduction de la loi n° 29 sur l'obsolescence programmée et la réparabilité des biens. Et,
bien que beaucoup de gens pensent à leur téléphone cellulaire, leur télévision,
leurs électroménagers, leur voiture, également, est un élément important, où, pour être capables de continuer à réparer
les véhicules d'aujourd'hui et de demain, on doit, de plus en plus, avoir accès
aux données, hein? On est encore passés, une fois, d'une voiture qui, quelques
générations... c'était de la mécanique, beaucoup, alors qu'aujourd'hui
ce sont des ordinateurs sur roues.
Alors, que ce soit un changement d'huile, un
changement de pneus, un entretien régulier, de plus en plus, il est nécessaire
d'accéder aux ordinateurs de bord. Et donc on vit dans un monde où est-ce qu'on
doit garantir que les fabricants continuent
de rendre l'information nécessaire pour faire le diagnostic, les réparations de
ces... de ces biens-là. Et nous, évidemment, dans le marché secondaire,
c'est critique qu'on ait accès à ces informations-là.
Et, encore une fois, le projet de loi n° 29
va dans le bon sens, en disant : Bien, écoutez, le manufacturier
automobile se doit, et, évidemment, avec le contrôle de l'OPC, l'Office de la
protection du consommateur, de rendre disponible toute l'information nécessaire
aux propriétaires, locateurs à long terme ou à son mandataire, donc, dans ce
cas-ci, les ateliers de réparation que nous avons partout à travers le Québec.
Et donc c'est un élément très important pour pouvoir réparer nos véhicules
électriques de demain, qui sont tous des ordinateurs sur roues, qu'on continue
d'avoir accès à l'information nécessaire pour en faire le bon entretien et les
réparations.
Mme Schmaltz : C'est
intéressant, ce que vous mentionnez, justement, parce que là, on parle beaucoup
de... Est-ce qu'on peut parler
d'automatisation dans le secteur automobile? Est-ce qu'on... Parce que, oui,
l'immigration est un... est un élément intéressant pour votre secteur,
mais, si on parle en termes d'automatisation, de robotisation du milieu
automobile, est-ce que ça peut être envisagé?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
il s'agit d'un aspect qui est beaucoup plus applicable à ceux qui fabriquent
les véhicules. Donc, on ne représente pas les fabricants de véhicules
automobiles, je ne peux pas parler en leur nom, évidemment. Eux, évidemment,
beaucoup, beaucoup au niveau de la robotisation, l'automatisation, il y a
beaucoup de mouvement, à ce moment-là. Au niveau de l'entretien et réparation des véhicules ou des services de carrosserie, c'est assez particulier. Vous avez un
accident, votre accident est très différent de celui à côté. Donc, il y a
certaines techniques, évidemment, qu'on
utilise pour être plus efficaces, mais de dire : On peut automatiser ou
robotiser l'ensemble des fonctions, pas dans le... dans un futur proche.
Ça va être très difficile à faire à cause de la spécificité, il y a beaucoup de
modèles, différents véhicules. Donc, ce n'est peut-être pas un modèle qui
s'applique très, très bien à notre secteur d'activités.
Mme Schmaltz : ...présence humaine
est encore indispensable.
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
effectivement, absolument.
Mme Schmaltz : Oui, je comprends.
Est-ce qu'il y a des bassins de travailleurs à l'international qui vous
paraissent prêts pour, justement, ce virage-là? Est-ce que vous avez,
j'imagine, déjà peut-être regardé?
M. Champagne (Jean-François) : Vous
parlez, en termes de géographie?
Mme Schmaltz : À l'international,
oui, oui. Oui.
M. Champagne (Jean-François) : Oui?
Je n'ai pas d'information pertinente spécifiquement sur ce sujet-là, sinon de
dire qu'évidemment où est-ce qu'on peut recruter des gens qui ont déjà une
spécialisation, évidemment, qui ont déjà une
éducation dans notre secteur... Puis, comme je l'ai dit dans mon énoncé, les
voitures... les concepts de réparation de voitures sont à peu près
universels, donc c'est assez facile d'aller faire un petit peu partout le tour
du monde et de trouver des gens qui ont une formation de base ou spécialisée
qui s'applique très bien à notre secteur économique. Donc, je me pose la
question à voix haute, là, mais je ne peux pas vous dire s'il y a des bassins
particuliers qui ont été explorés à ce niveau-là. On se fera un plaisir de
faire un suivi là-dessus.
Mme Schmaltz : Mais
est-ce qu'il y a des pays qui sont davantage... qui ont peut-être davantage de
connaissances, peut-être, qu'ici? Est-ce qu'il y a des gens plus
spécialisés ailleurs qu'au Québec?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, les enseignements nécessaires pour faire une réparation ou un diagnostic d'un véhicule sont assez
universels, et donc, peu importe où on va dans le monde, vous allez retrouver
des bassins de gens qui ont ces genres de
qualifications-là aujourd'hui. On n'a pas besoin d'aller dans des... dans des
pays ou des régions spécifiques pour obtenir ces qualifications-là.
Schmaltz : D'accord. Je vais parler un petit peu avec vous de la
francisation. Vous l'avez évoquée tantôt, dans votre mémoire, d'ailleurs, la
ministre aussi vous en a... a échangé un petit peu là-dessus. Ce qu'on voit,
c'est que vous ne vous prononcez pas directement sur les orientations. Par contre,
de ce que j'ai compris tantôt, dans votre
présentation... était que l'apprentissage du français directement sur place
pouvait être envisagé. Est-ce que vous êtes tout de même intéressés par la
francisation en entreprise? Est-ce que c'est un élément qu'on ajoute ou c'est
l'apprentissage sur place de façon brute? Je ne sais pas si vous
comprenez ma... Oui? OK.
M. Champagne
(Jean-François) : Oui, oui, je vous comprends. Mais nous, ce qu'on
observe, évidemment, c'est... La formation brute, là, sur le temps, si on veut,
là, d'être exposé à un environnement de travail dans lequel un superviseur, un
collègue de travail permet des échanges... et donc ça, naturellement, on
observe que ça permet une intégration, une
francisation. C'est sûr qu'on accueille d'un bon oeil des programmes, soit en
entreprise ou à l'extérieur, pour permettre l'adaptation, la
francisation des nouveaux arrivants. Et, effectivement, nous, ce qu'on vient
dire dans notre présentation, c'est de dire : Écoutez, c'est un bon
complément à ce qui peut être également appris en classe. Et donc c'est certain
que permettre de supporter nos nouveaux arrivants avec des programmes de francisation,
je pense que ça continue à être important, et puis c'est quelque chose qu'on
voit d'un... d'un très bon oeil.
Schmaltz : Quand on parle de francisation en entreprise, on parle de
francisation pendant les heures de travail ou après les heures de travail?
M. Champagne
(Jean-François) : Bonne question. À chaque fois qu'on parle de
formation, de façon générale, dans le cas de
nos membres, on fait vraiment face à des problèmes, des enjeux d'emploi.
Souvent, la formation, quelle qu'elle soit, sera de se faire à l'extérieur des
heures de travail, simplement parce que, pendant le jour, bien, on veut
s'assurer de réparer les véhicules des Québécois, des Québécoises, qu'ils aient
des véhicules sécuritaires à conduire. Et donc, de façon générale, sans avoir
consulté mes membres là-dessus, dire : Tout programme de formation
générale va se retrouver souvent à l'extérieur des heures de travail,
simplement à cause des besoins criants qu'on a présentement là, pour assurer,
là, le service.
Schmaltz : Je vous comprends. Par contre, on a entendu plusieurs
organismes qui nous faisaient part, justement, de cet... de cet enjeu-là. Les
gens, souvent, bon, ils arrivent, ils ont... il y a tout le... l'avis, aussi,
de l'immigration, et puis, naturellement, des fois, les gens sont fatigués
après des journées de travail, donc la... c'est plus difficile, disons, de
pouvoir envisager des cours de francisation après les heures de travail,
donc... Mais est-ce que, pour vous, pour votre industrie, c'est faisable?
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, il se fait de la formation continue. Que ce
soit dans des cas de partages études-travail, il y a déjà certains cadres qui
existent dans lesquels ça peut coexister. Je pense qu'on pourrait explorer, effectivement, là, différents modèles,
dans ce cas-là. Mais c'est certain que ce qu'on attend de nos membres souvent, c'est de dire, quand vient le temps
d'arrêter, si on veut, d'offrir un service à la clientèle pour faire de la
formation, que ce soit pour un véhicule électrique ou de la
francisation, ça crée des tensions qui sont difficiles, là, à réconcilier,
c'est certain.
Schmaltz : Vous avez tantôt... J'ai encore un peu de temps,
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...
Mme Schmaltz :
Une minute? Deux minutes,
d'accord. Tantôt, vous avez mentionné, au tout début, qu'il y a...
il s'était vendu 370 000 nouveaux véhicules. Au Québec?
M. Champagne
(Jean-François) : Oui.
Schmaltz : Véhicules électriques?
M. Champagne (Jean-François) : Ce
n'est pas... non, ce n'est pas la majorité. C'est l'ensemble des véhicules
vendus au Québec.
Schmaltz : D'accord. 370 000, c'est un chiffre... c'est élevé. Il
me semble que c'est énorme.
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, il y a... il y a 26 millions de véhicules
sur les routes au Canada. L'âge moyen d'un
véhicule sur les routes au Québec, présentement, est à peu près de 10 ans,
donc vous voyez la courbe de remplacement. Oui, on... parfois, on a de
la misère à saisir l'ampleur de notre industrie, mais c'est lié directement au
fait qu'il y a des millions de véhicules sur nos routes au Québec et puis il va
falloir faire un remplacement, et si on veut,
en 2035, atteindre nos objectifs de 100 % de nouveaux véhicules neufs qui
sont électriques, ça va faire un nombre élevé de nouveaux véhicules sur
nos routes qu'il va falloir faire un entretien, réparation, effectivement, oui.
C'est pour ça que ça prend
100 000 personnes dans notre secteur économique, là, pour assurer
cette... cette sécurité pour les Québécois et les Québécoises.
Mme Schmaltz : C'est exactement la
question que je voulais vous poser, si vous aviez chiffré, justement, en
nombre. Donc, on parle de 100 000 personnes?
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
100 000 personnes.
Schmaltz : 100 000 personnes. D'accord. Alors, j'imagine
qu'on... que j'ai terminé, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 30 secondes, peut-être...
Mme Schmaltz : Il reste
40 secondes? Bien, alors, écoutez, je vais vous souhaiter une belle
journée.
M. Champagne (Jean-François) : Merci
à vous aussi. Merci beaucoup du bon travail.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. On
se tourne maintenant, M. Champagne, du côté de l'opposition
officielle, qui a une période de 16... de 12 min 23 s, avec la
députée de Chomedey.
Lakhoyan Olivier : Bonjour. D'abord, merci d'être là. Et puis c'est
alarmant, ce que vous dites aujourd'hui, c'est alarmant, le fait qu'on a
besoin de 100 000 employés. Et vous parlez de
7 milliards de dollars annuellement. Est-ce que c'est au Québec, le
7 milliards, ou c'est-tu au Canada?
M. Champagne (Jean-François) : 7 milliards
au Québec, près de 38 milliards au Canada dans le marché secondaire, oui. Et 100 000 personnes,
il faut comprendre que c'est l'ensemble des gens qui travaillent dans notre
secteur économique présentement.
Mme Lakhoyan Olivier : Je comprends.
7 milliards de dollars, annuellement, dans la province du Québec, c'est beaucoup d'argent. Ça fait vivre des
familles, ça fait vivre toute notre économie, les restaurants, les lieux
touristiques, on peut nommer... Donc,
7 milliards, c'est beaucoup d'argent. Et puis, si on a besoin de
100 000 personnes maintenant, dans cinq ans, on en aura besoin de combien? Je suis en train de faire
les mathématiques, le x, là. C'est alarmant, et on n'a pas de temps à
perdre, si je comprends bien.
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
écoutez, c'est dur, toujours, de mettre un chiffre sur les besoins de main-d'oeuvre. On sait qu'on n'a pas été capables
de ramener les mêmes taux d'emploi qu'on avait dans notre secteur avant la pandémie. On sait qu'avec le tournant au
niveau de l'électrification on va avoir d'autres besoins et, évidemment,
on a une... des employés, présentement, dans le secteur, évidemment, qui sont
près de la retraite, donc il va falloir également assurer qu'on est capables de
remplacer ces travailleurs qualifiés là au cours, principalement là, des... Les
cinq à sept premières... prochaines années vont être critiques, c'est certain,
pour notre secteur.
Mme Lakhoyan Olivier : Je comprends
ça. J'ai de la famille dans les garages, carrosseries, mécanique, «body shop», rembourreurs, vitriers, j'en ai dans
ma famille immédiate, et puis, je sais, ils travaillent sept jours-semaine,
ils ont de la difficulté de garder des employés, les gens ne sont pas
intéressés. On n'a pas... on dirait, on n'a pas ces employés-là ici, je ne sais pas où ils sont, et il y en a qui vont
prendre leur retraite d'ici cinq ans, il n'y a pas de relève. Donc, je
vous entends très clairement pour le repreneuriat et le manque d'employés.
Est-ce que...
est-ce que la précondition de connaître le français avant
d'arriver au Québec pour combler les emplois et reprendre les garages,
est-ce que vous trouvez, dans votre opinion, que ça freine... ça freinerait
notre économie si on met prérequise la langue française?
Champagne (Jean-François) : Bien, écoutez, nous, on est ici pour exprimer une
opinion sur la proposition du gouvernement. C'est certain que nous
supportons beaucoup la deuxième option, de dire qu'on doit augmenter les seuils
d'immigration à 60 000 personnes. On comprend l'objectif du
gouvernement de vouloir faire ça à travers un objectif,
également, de francisation, mais je suis mal placé pour dire : On va-tu
être capables d'attirer 60 000 personnes avec des demandes de
francisation? Je pense que c'est l'intention du gouvernement. Et donc, sur ce
point-là, nous, ce qu'on dit : Ça nous prend des gens dans notre secteur
économique. Nous sommes confiants qu'avec l'option qui est offerte à travers
l'accélération des seuils d'immigration à 60 000, c'est un pas en avant,
et, d'ailleurs, on encourage le gouvernement... on fait la recommandation, dans
notre mémoire, de dire : Est-ce que, s'il n'est peut-être pas capable
d'accélérer l'échéancier pour arriver aux 60 000, peut-être le faire en
deux ans, au lieu de trois, par exemple?
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
quoi, les... d'après vous, c'est quoi, les enjeux d'intégration que vous pouvez
remarquer dans cette industrie-là? L'intégration, est-ce que ça se fait bien?
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, c'est sûr qu'on a des enjeux parce qu'encore
une fois on fait face à des enjeux au niveau de la technologie, au niveau des
outils. J'ai parlé de... l'accès à l'information est un. L'autre, évidemment,
c'est la transformation de notre industrie. Donc, ça crée des enjeux au niveau
de la connaissance et de la formation
continue. Donc, ça, je pense que ça reste, pour nous, des enjeux importants
dans des... souvent, en région, des petites et moyennes entreprises qui n'ont
peut-être pas accès à un bassin de main-d'oeuvre qualifiée autant qu'ils en auraient besoin. Puis, vous l'avez dit,
d'ailleurs, certains entrepreneurs se retrouvent à travailler non pas cinq
jours-semaine, mais bien six ou sept.
Alors, je pense que
c'est ça qui vient peut-être causer un petit peu certains enjeux au niveau de
l'intégration. C'est qu'il faut prendre le temps de former nos nouvelles
personnes, nos nouveaux arrivants mais, évidemment, on a des contraintes, là,
compétitrices en même temps, là, au niveau du futur de notre industrie. Je
pense que ça va être ça, les enjeux devant nous, c'est d'assurer de tout faire
ça pendant qu'on continue à offrir un service de qualité aux Québécois et
Québécoises pour faire l'entretien et réparation de leurs véhicules.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est deux fois le temps de changer nos pneus puis
changement d'huile, là. Il faut prendre nos réservations deux mois d'avance,
même si j'ai des cousins là-dedans.
M. Champagne
(Jean-François) : Absolument. Écoutez, si on peut faire une
recommandation aujourd'hui, c'est de dire à nos gens, nos Québécois :
Prenez... changez vos habitudes, entrez en contact avec votre atelier de choix,
assurez-vous d'avoir une date «cédulée». Ça optimise un peu le processus. On a
parlé de l'automatisation tantôt. Bien,
c'est peut-être une des façons de le faire, un peu, pour tous les Québécois, de
dire : On prend rendez-vous en avance. Ça optimise nos baies de
services, et ça nous permet d'offrir un meilleur service aux Québécois.
Mme Lakhoyan
Olivier : Je suis... Bien, j'ai remarqué, à la page 3, vous
mentionnez que ces... ces employés-là, ils ne sont pas appelés à avoir
l'interaction avec les clients, parce qu'ils ont plutôt des commis
réceptionnistes, service à la clientèle, comptabilité, donc ils ont des gens
qui font affaire avec la clientèle. Donc, il n'y a pas une urgence tout de
suite de s'inquiéter pour la francisation, mais que... Est-ce que vous trouvez,
avec cet énoncé... vous trouvez qu'avec le temps ils vont apprendre le
français, ils vont s'intégrer dans notre société? Et dans combien de temps vous
pensez qu'ils seront plutôt à l'aise avec la société québécoise?
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, écoutez, je pense que la meilleure façon de
voir ça, c'est très... Dans certains secteurs économiques, on reconnaît qu'il y
a une interaction directe avec le public et donc ça crée des beaucoup plus gros
enjeux au niveau de la francisation et l'intégration, alors qu'on a, nous, dans
notre secteur, la balance des deux.
C'est-à-dire que oui, on a certains emplois qui requièrent une interaction
directement avec la population, mais, en même temps, on a beaucoup,
beaucoup d'emplois, que ce soit de travailler dans un atelier, de travailler
dans un... dans un entrepôt, qui permettent une intégration plus... je vais
utiliser un anglicisme, plus «smooth», donc de faire une intégration qui est...
qui est plus harmonieuse pour les nouveaux arrivants. Et donc je pense qu'on
est encore une fois, un secteur économique qui peut très bien bénéficier... et
permettre une intégration et une francisation de nouveaux arrivants, là, qui se
fait d'une façon, là, harmonieuse.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous trouvez que le fait qu'au Québec l'éducation
est gratuite, quasi gratuite à nos enfants,
et puis les gens prônent l'éducation au cégep, université, de ce fait, on a
moins de gens intéressés à aller dans les garages, l'emploi de
garagiste? Est-ce que, vous pensez, c'est la raison que, dans notre... notre
population, il n'y en a pas, d'engouement, là-dedans?
M. Champagne
(Jean-François) : Il y a plusieurs facteurs, c'est certain. Par
contre, je peux vous dire que... Parfois, je
dis à nos... à nos membres : J'ai... Autour de cette table, aujourd'hui,
on me dit : Ah! mon Dieu, 370 000 nouveaux véhicules,
100 000 personnes, peut-être qu'on ne fait pas le meilleur effort
pour valoriser les emplois qu'on a dans notre secteur économique. On a des bons
emplois, ils sont bien rémunérés, ils sont à la... un petit peu à l'abri des changements économiques. Nous sommes un service
essentiel, qui a continué à opérer pendant la pandémie. On a plein de beaux
atouts, peut-être qu'on ne les valorise pas assez. Et je pense que c'est la
responsabilité de tous de dire à nos amis, nos enfants, nos parents,
dans nos familles, de dire : Aïe! il y a des beaux emplois dans nos industries, telles que l'automobile. Puis je
pense que c'est un message positif qu'il faut donner. On a des beaux emplois,
et il faut attirer plus de gens, c'est... Certainement. Mais dans le secteur,
dans les conditions qu'on a présentement, c'est sûr qu'on va devoir combler ça
avec aussi, les apports au niveau de l'immigration pour le futur.
Mme Lakhoyan
Olivier : Mais vous avez raison pour la valorisation, ce n'est pas la
première fois que j'entends... J'ai entendu en Mauricie, quand on a parlé de
l'emploi des couturières, j'ai entendu dans l'industrie du tourisme, pour les massothérapeutes. Donc, vous
dites la même chose. Donc, peut-être que nous, en tant que gouvernement,
on devrait travailler à valoriser ces industries-là.
Les travailleurs que
vous allez chercher, ce sont... est-ce que ce sont des temporaires ou des
permanents?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
c'est une combinaison des deux. C'est sûr qu'il y a des immigrants
temporaires qui font
partie de notre écosystème. Dans le cadre de la
consultation aujourd'hui, évidemment, on vient rajouter la composante que ça nous prend également des immigrants permanents
pour notre secteur économique. Donc, c'est une combinaison des deux.
Mme Lakhoyan Olivier : Combinaison des deux.
Toutefois, la proportion, vous diriez... qu'est-ce que vous diriez pour
la proportion, le pourcentage?
M. Champagne (Jean-François) :
Je ne pourrais pas m'avancer à vous donner un chiffre, j'avoue, là, vous...
je ne le sais pas. On fera un suivi avec les membres du comité, là, pour vous
donner peut-être un peu plus d'indications à ce niveau-là. Je n'ai pas ces
informations-là avec moi, malheureusement.
Mme Lakhoyan Olivier : ...fonctionne avec le
repreneuriat? Est-ce que vous trouvez des investisseurs, pour le Québec,
de l'extérieur, pour le repreneuriat? Est-ce que... est-ce que vous êtes au
courant, ou...
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, moi, ce que j'observe, c'est que, dans le
changement générationnel, nos entrepreneurs qui passent le bâton, un petit peu,
à la prochaine génération le font de toutes sortes de différentes façons, que ce soit avec des partenariats, encore
une fois, avec du repreneuriat à l'intérieur de leur entreprise, qui, parfois,
inclut également des nouveaux arrivants, des immigrants. C'est une combinaison
d'un petit peu de tout. C'est certain qu'il y a également des consolidations
qui s'offrent également, donc des entrepreneurs qui vont décider d'opérer deux ou trois centres de services et qui vont
racheter, évidemment, certains centres. Mais je vous dirais que le repreneuriat
à travers l'entreprise, c'est quelque chose
qui continue de s'observer, encore une fois, parfois, dans la génération
suivante, ou, parfois, à travers des
nouveaux arrivants qui ont pris place dans l'entreprise, et qui veulent la
reprendre, et continuer cette histoire d'amour qu'ils ont avec leur
région d'accueil.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est bien. En attendant, mon frère va travailler sept jours
au garage, vitrerie et rembourrage. Mon cousin, à la carrosserie, puis mon
autre cousin, qui est en mécanique, ils vont faire sept jours, jusqu'à ce qu'on
comble avec des nouveaux employés. Est-ce que vous êtes, en ce moment, en
contact avec des... des compagnies, je pense, qui amèneraient des travailleurs
ici, au Québec?
M. Champagne
(Jean-François) : Donc, l'association elle-même ne le fait pas. Par
contre, on sait que beaucoup de nos membres, eux, le font avec diverses tierces
pour aider et faciliter le recrutement et l'intégration, là, de ces arrivants-là pour venir combler ces
postes-là, pour espérer que certains membres de leur famille vont être capables
de se rendre, là, pour le souper de famille,
parce que, s'ils travaillent sept jours, ça doit être plus difficile, là. Mais,
oui, effectivement, ça se fait beaucoup à travers, là, certains de nos
membres, qui... qui sont en partenariat avec diverses entreprises.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Le temps...
Mme Lakhoyan
Olivier : ...votre présence. Merci de les représenter.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. M. Champagne,
compte tenu que vous voulez faire le lien avec le... les membres de la
commission, si vous avez des réponses additionnelles à donner, je vous invite à
communiquer avec le secrétariat de la commission pour déposer des documents
additionnels. Merci.
Alors on va terminer
cette ronde d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, pour
4 min 7 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci
pour votre présentation. Vous avez parlé beaucoup de repreunariat, c'est intéressant. En juin 2023, là, il y a
une réforme qui a été publiée au volet 3 du programme de repreunariat du
MIFI. Je me demandais si vous aviez
des commentaires. Est-ce que vos membres utilisent ça, le programme de
qualification permanente de repreunariat? Est-ce que ça... ça
fonctionne? Comment ça va?
M. Champagne
(Jean-François) : Je n'ai pas de statistiques non plus là-dessus, donc
c'est quelque chose où on fera un suivi également. Je sais qu'également les
comités sectoriels de l'automobile, entre autres, ont fait la promotion de ces
programmes-là. Je suis difficilement capable de vous donner vraiment des
chiffres concrets, à savoir est-ce que ça a été bien reçu, bien utilisé. Et
du... des commentaires spécifiques sur ce programme-là, je n'en ai
malheureusement pas.
Cliche-Rivard : Pas de problème. Le guide parle, par contre, qu'il y
avait un arriéré assez important là, dans la catégorie des gens d'affaires. On
parle d'une... à peu près 15 000 dossiers en attente, avec des projections,
pour 2025, 2026, 2027, d'à peu près 450 dossiers annuellement. Bref, je
veux dire, on peut faire la règle de trois, là, ça va faire plusieurs, plusieurs, plusieurs années d'attente. J'imagine
que, pour vous, du repreunariat, ça doit se faire dans un délai
raisonnable, là, pas dans... pas dans un programme d'immigration qui va prendre
10 ans de traitement, là?
Champagne (Jean-François) : Il faut comprendre qu'il y a beaucoup d'outils
dans le coffre d'outils lorsque vient le temps du repreunariat. Souvent,
on va avoir des regroupements, entre autres, qui facilitent ces échanges-là. Donc, il y a plusieurs gens, dans notre écosystème, qui sont
capables également de fournir de l'accompagnement, du support, de l'information
aux divers entrepreneurs qui décident, là, de commencer la transition pour leur
entreprise. Donc, c'est certain qu'où il y a des programmes gouvernementaux qui
sont accessibles, on veut évidemment, être capables de les offrir, les
utiliser. Encore une fois, je n'ai pas de statistiques comme telles, mais je
vous dirais, par contre, qu'on est un secteur économique qui a quand même accès
lui-même à des ressources pour se... être capables d'offrir là, de ce genre
d'accompagnement, de support et de services à leurs membres.
Cliche-Rivard : Parfait. Je me demandais, la réforme du Programme
de l'expérience québécoise—Travailleurs, qui... (panne de
son) ...les postes moins qualifiés, là, les jobs moins qualifiées du PEQ,
est-ce que ça, ça a eu un impact sur
vos membres? Est-ce que vous avez eu de la misère à les qualifier pour la
résidence permanente ou si, finalement, les travailleurs ont trouvé une
autre porte de chemin... ou un autre chemin pour se qualifier pour rester avec
vous?
M. Champagne (Jean-François) : Le
son de cloche qu'on entend souvent au niveau de la reconnaissance,
qualification de la main-d'oeuvre, c'est certain que ça reste quelque chose qui
est toujours un petit peu ardu. Je n'ai pas de données spécifiques récentes,
mais je vous dirais simplement que, de façon générale, on veut toujours faire
reconnaître que notre secteur économique... que ce soient, encore une fois, des
peintres, que ce soient des carrossiers, des
mécaniciens, ce sont des secteurs économiques qui sont en grande demande. On
veut, évidemment, des élargissements au niveau de la reconnaissance des
acquis, pour ces gens-là, le plus possible. Donc, où on est capables d'alléger
le plus possible ces reconnaissances-là pour être plus capables d'intégrer
rapidement et de reconnaître la qualification de ces travailleurs-là, c'est
toujours, évidemment, là, bienvenu.
Cliche-Rivard : Et vous êtes capables de garder les travailleurs,
et ils restent au Québec, malgré... Des fois, on parle des délais qui augmentent, des fois, on parle de la difficulté
de rester, de la difficulté de faire venir les familles. Est-ce que vous
le sentez, ça, ou vous sentez que ça va bien, généralement?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, notre secteur économique continue... l'attraction et la rétention continuent d'être difficile, quand même.
Il y a énormément de facteurs qui contribuent à ça. Je reviens, encore
une fois... nos besoins de formation, de mises à jour, les enjeux
technologiques de notre secteur sont, évidemment, tous des éléments de pression, beaucoup de compétitivité dans le secteur
également. Donc, c'est sûr qu'on doit continuer à travailler très fort,
non seulement au niveau de l'attraction, mais aussi rétention, pour s'assurer
que ces gens-là sont capables, là, de bien s'intégrer et de rester dans notre
secteur économique.
M. Cliche-Rivard : Vous diriez que
c'est quoi, le principal défi de la...
M. Champagne (Jean-François) : Aujourd'hui,
je pense qu'au niveau de notre... particulièrement notre secteur économique,
là, au niveau de la rétention ça reste, encore une fois, la mise à jour des
connaissances, la disponibilité, les outils, donc toute la transition qui se
fait dans le type de travail qu'on doit faire. On est... souvent, on parle...
on pense, un technicien en atelier est un mécanicien. On tapait sur un parechoc
en métal puis là on est rendus avec des parechocs en plastique, avec de la
technologie derrière. Donc, ça a beaucoup changé.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ce, merci, merci beaucoup, M. Champagne. C'est ce
qui met fin à cette audition. Merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
Mmes et MM.
les élus, nous allons suspendre la commission quelques instants pour accueillir
le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le groupe Québec réunifié
avec ses quatre représentant, représentantes. Bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Mesdames, messieurs, je vais vous demander d'abord
de vous présenter, et vous allez bénéficier d'une période totale de
10 minutes pour votre exposé. Par la suite, on va échanger avec les
parlementaires. Alors, le temps débute maintenant.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Bonjour
à tous. Alors, je tiens tout d'abord à exprimer notre profonde gratitude pour l'opportunité qui nous est offerte
aujourd'hui. C'est avec un sentiment de devoir civique et un engagement
profond envers notre société, surtout envers les Québécois parrainant leur
partenaire de vie et enfants, que nous, les membres du collectif Québec
réunifié, avons répondu à votre invitation.
Alors, moi, je m'appelle Rydia
Lévesque Martinet. Je suis née et j'ai grandi au Québec. Je suis fille
d'immigrants et j'attends la résidence permanente de mon mari, du Brésil,
depuis plus d'un an, sans nouvelles.
Notre collectif, que j'ai fondé le
22 juin 2023, a été créé avec la vision de défendre les droits et le
bien-être des familles du Québec. Ce collectif réunit plus de
500 personnes concernées par le regroupement familial au Québec.
Donc, aujourd'hui, je
suis en compagnie de Cyndi Fiata, notre responsable des communications,
ainsi que de Kiyoshi Mukaï et Nathalie Coursin, deux membres de notre
collectif.
encore une fois, merci de nous avoir donné l'occasion de partager notre
perspective. Je laisse la parole à Cyndi.
Mme Fiata
(Cyndi) : Alors, bonjour. Aujourd'hui, je souhaite vous raconter mon
histoire. Je suis originaire d'une petite
île de la Caraïbe et je suis arrivée au Québec le 15 août 2009 avec un
permis d'études. Ce ne fut pas facile, mais je me suis accrochée, j'ai
complété mes études et obtenu mon diplôme. J'ai par la suite obtenu ma
résidence permanente et ma citoyenneté canadienne. D'ailleurs, l'un des plus
beaux jours de ma vie fut le 29 avril 2016, lors de retour de voyage et qu'un agent frontalier à
l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau m'a dit : Bienvenue chez vous. Quel soulagement! Enfin, je me sentais acceptée et
reconnue par la province que j'ai choisie. Les années ont passé, j'ai même
complété deux maîtrises et je continue de travailler dans mon domaine,
l'enseignement, en tant qu'enseignante au primaire
et chargée de cours à l'université. Je suis propriétaire et cofondatrice d'une
entreprise qui aide les enseignants.
J'estime
personnellement avoir un parcours exemplaire, mais pourtant, aujourd'hui, j'ai
l'impression qu'aux yeux du gouvernement j'ai commis une erreur : celle
d'être tombée en amour avec un ressortissant étranger. Au bout de quatre ans de
relation, 16 mois de traitement de résidence permanente et deux visas
visiteurs refusés, notre relation et ma vie a heurté un mur le 22 juin
2023, à la découverte des nouveaux délais de traitement de 24 mois au
Québec au lieu de 13 mois pour le reste du Canada.
S'en est suivi une
série de douches froides : premièrement, la découverte de la mise en place
d'un quota de 10 600 pour l'année 2023 et, pire, l'annonce d'une
diminution de ce quota à 10 400 pour les années 2024‑2027. N'oublions
pas les nombreuses lectures et auditions d'histoires familiales, plus
dramatiques les unes que les autres. Mais ce mur, je ne suis pas la seule à
l'avoir heurté, et ces douches froides, je ne suis pas la seule à les avoir
subies.
Mme Coursin
(Nathalie) : Bonjour à tous. En effet, Cyndi n'est pas un cas
particulier. Nous sommes nombreux à subir ces délais. Comme vous le savez, au
moins 36 800 personnes sont dans l'attente de validation de la résidence permanente dans notre catégorie au
Québec. Pour pouvoir vous restituer un portrait fidèle de ces personnes,
Québec réunifié a mené une enquête en interne auprès de 132 personnes en
cours de parrainage au Québec. Avant la présentation
de ce portrait, je tiens à dire que, pour ma part, je suis demandeur principal,
d'origine française, en attente de la résidence permanente depuis maintenant
19 mois. Donc, permettez-moi d'utiliser le pronom «nous» pour parler
de l'ensemble des demandeurs principaux.
Nous sommes
majoritairement des demandes externes, c'est-à-dire que nous vivons à
l'extérieur du Canada et nous subissons une
séparation physique longue avec notre partenaire québécois. Nous voyons
d'ailleurs actuellement nos demandes de visas visiteurs trop souvent
refusées, malgré les dernières directives fédérales. Nous sommes aussi des demandes internes qui... même si vivre avec
notre partenaire peut apparaître plus facile, nous subissons aussi diverses
conséquences de cette longue attente.
Nous sommes
majoritairement francophones et francophiles puisque nous sommes 88 % à
pouvoir entretenir a minima une conversation basique en français. Nous
provenons de multiples pays, comme le Maroc, le Sénégal, la France, les États-Unis, le Liban, le
Brésil, le Guatemala ou même le Mexique. Nous avons des métiers diversifiés et
dont certains sont en pénurie au Québec. Nous sommes mécaniciens, infirmiers,
policiers, ingénieurs, professeurs, architectes, et bien d'autres. Nous irons nous installer avec nos parrains dans leurs
logements partout au Québec. Bien sûr, nous irons à Montréal et sa grande région, comme 42 % de
la population actuelle au Québec, mais aussi à Québec,
Sainte-Marcelline-de-Kildare et même Rimouski. Nous sommes jeunes, puisque nous avons
majoritairement moins de 35 ans. Nous sommes très nombreux à avoir
notre CSQ en main et nous sommes 17 % qui l'ont depuis un an et plus.
Enfin, nous devons
attendre bien trop longtemps pour rejoindre notre partenaire québécois et
commencer notre vie familiale. Cette attente a des conséquences sur notre vie
et notre santé physique et mentale. Et je laisse Cyndi et Kiyoshi vous les
présenter.
Mme Fiata
(Cyndi) : En effet, il est important de comprendre que nous
considérons le délai de 24 mois comme
ne prenant pas en compte l'ensemble du portrait des étapes de la demande. Il
est important de noter que, pour les familles,
le délai commence réellement lors de la prise de décision d'immigrer au Québec.
À ceci s'ajoute la préparation du mariage pour certains, le temps qu'il
faut pour rassembler les documents, les traduire, au besoin, la prise de
contact avec un avocat, au besoin, l'acte de
compléter la demande et, enfin, le dépôt de cette dernière. N'oublions pas de
nommer les dossiers qui peuvent être retournés et la possibilité de CSQ
non envoyés au fédéral.
Pendant tout ce
temps, nos vies sont littéralement mises sur pause. Nous repoussons nos projets
d'enfant, d'achat de maison et de célébration des fêtes de fin d'année, entre
autres. En ce qui a trait à la santé mentale, toujours selon notre enquête
interne, 77 % des parrains souffrent d'anxiété et d'angoisse. De plus,
58 % des parrains souffrent d'un état dépressif. À cela s'ajoute la
détérioration de la santé physique de 45 % des parrains et demandeurs, qui
se retrouvent dans l'obligation d'effectuer des séjours à l'hôpital sans les
membres de leur famille. N'oublions surtout pas la souffrance subie par les
demandeurs externes qui sont en danger dans leur pays. Enfin, de nombreux
membres ont témoigné leur envie de quitter
le Québec ou ont déjà quitté la province en raison des quotas et des longs
délais. Ils ne peuvent plus supporter la séparation, et le Québec perd
donc de la main-d'oeuvre qualifiée.
M. Mukaï
(Kiyoshi) : Bonjour. Je m'appelle Kiyoshi Mikaï. Je viens des États-Unis
et je suis résident permanent issu du volet Travailleurs économiques du
Québec.
Je vais maintenant vous
parler des délais qui ont un impact direct sur l'appauvrissement des familles.
Pour les cas externes, les couples sont
séparés et doivent élever une famille depuis deux pays différents. De ce fait,
un budget important est alloué au voyage pour maintenir la relation
familiale.
Pour les cas internes, vous n'êtes peut-être pas
au courant que les époux et les conjoints en attente de leur résidence
permanente n'ont habituellement pas accès à la RAMQ pendant un long moment.
Durant ce temps, les familles espèrent que personne ne tombe gravement malade
ou, dans le cas des femmes, qu'elles ne deviennent pas enceintes. Saviez-vous
que, sans RAMQ, un accouchement au Québec pourrait coûter jusqu'à 20 000 $?
Autre exemple, les demandeurs en attente de la
résidence permanente et du CSQ en interne sont considérés comme des étudiants internationaux et doivent
payer des frais de scolarité extrêmement élevés s'ils veulent combler les
exigences pour évaluer et exercer leurs métiers réglementés.
Et maintenant je laisse la parole à Rydia pour
vous donner nos propositions pour mieux prendre en compte notre catégorie pour
votre futur plan d'immigration.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Alors,
avant de vous rappeler les demandes du collectif, je vais vous citer un extrait
de l'article 392 du Code civil du Québec : «[Les couples] sont tenus
de faire vie commune.» De plus, les
Québécois vont continuer à rencontrer leurs âmes soeurs aux quatre coins de la
planète parce que l'amour ne connaît pas de frontières. Le regroupement
familial continuera ainsi de faire
partie du portrait québécois pour de
nombreuses années, apportant une richesse,
une main-d'oeuvre qualifiée et des familles multiculturelles permettant le
développement de notre belle province que tant de gens choisissent avec
leur coeur.
Nous souhaitons tout de même prendre un instant
pour souligner la sensibilité à notre cause et les efforts de la CAQ pour
ajuster à la hausse leurs quotas de 2020 à 2022 afin de rattraper les effets de
la COVID et aussi, actuellement, pour les 7 665 résidences
permanentes délivrées sur le Québec depuis le début de l'année. Ce sont des
chiffres du 31 juillet.
Donc, voici donc nos deux demandes :
premièrement, nous demandons le traitement prioritaire et immédiat des demandes actuelles qui détiennent déjà un CSQ
en travaillant conjointement avec l'IRCC pour assurer un traitement
juste et équitable selon l'ordre logique du premier arrivé, premier servi, et,
deuxièmement, après avoir réglé le point précédent,
nous demandons la mise en place d'un seuil raisonnable pour permettre de
traiter les futures demandes dans un délai
de 12 mois dans votre futur plan. On a eu un entretien avec le
représentant... un représentant du bureau de Marc Miller, et il a avoué qu'IRCC serait capable de terminer
le traitement des dossiers très rapidement si le Québec lui permettait.
Souhaitant
collaborer avec le gouvernement afin d'élaborer des solutions, nous avons
également une question pour vous, Mme la ministre :
Que proposez-vous comme stratégie pour apaiser les souffrances des familles
québécoises? Merci.
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette
présentation, pour vos témoignages également.
Ils vont certainement susciter plusieurs questions. Alors, on va commencer avec
la banquette gouvernementale, donc par la ministre, avec une période de
16 min 30 s. Le micro est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci à vous quatre de prendre part à cet exercice sur
un thème qui est d'importance collectivement, qui vous est cher, bien sûr.
Donc, merci de votre engagement dans la société québécoise, votre engagement
dans ce débat, dans cet exercice démocratique qui est d'importance. Alors,
merci de partager aussi votre... votre expérience, votre vécu, vos
propositions. C'est particulièrement intéressant dans le cadre de cette
commission parlementaire. Donc, un grand merci pour ça.
Vous dire,
dans un premier temps, que je suis très sensible au stress vécu par vous, par
les familles en général qui sont en attente de décisions pour des
demandes, donc, dans le programme de regroupement familial. Alors, c'est
quelque chose qui me touche et, bien sûr, c'est quelque chose qui est à prendre
en considération dans le cadre des discussions que l'on a... dans le cadre de
cette commission.
J'ai constaté... En fait, avant de commencer sur
des questions, j'aimerais apporter, là, une précision par rapport à un élément qui apparaît dans votre mémoire
à la page 4. En fait, vous faites mention, là, que «la non-maîtrise
du français serait la raison principale expliquant le seuil actuellement fixé
par le Québec dans la catégorie du regroupement familial, et donc que de très
nombreux candidats francophones ou bilingues n'ont toujours pas obtenu la
résidence permanente.» Alors, je voudrais juste clarifier les choses pour
indiquer qu'en fait la maîtrise du français ne constitue pas un critère de
sélection qui est établi par le gouvernement fédéral dans la catégorie du
regroupement familial. En fait, donc, le Québec n'applique pas ce critère, et
il n'a pas été question non plus de le faire dans un futur rapproché. Donc, il
n'y a pas de... il n'y a pas d'obstacle qui est posé par cet élément que vous
soulevez dans le mémoire. Donc, je tenais à préciser ça pour bien clarifier les
choses puis, voilà, que tout le monde soit sur la même longueur d'onde. En fait, le niveau, là, le niveau d'admission que le
Québec prévoit dans la catégorie de regroupement familial est établi en tenant compte, là, d'une variété de facteurs,
mais la connaissance du français, là, n'en fait pas partie.
J'aimerais aussi préciser qu'il y a d'autres
voies d'immigration, là, pour certains membres de la famille. Par exemple, il
ne faut pas oublier que les travailleurs qui souhaitent venir avec leur
conjoint et leurs enfants peuvent les inclure dans leur demande de permis de
travail. Donc, ça, on va ouvrir, là, nos programmes économiques à un plus vaste... une plus vaste gamme de travailleurs et
de profils. Vous l'avez vu, j'imagine, avec la réforme des programmes
d'immigration économique qu'on a mis de l'avant au printemps dernier. Donc, je
sais que ce n'est pas quelque chose qui... qui peut aider
et qui peut être une solution pour tous les cas, mais, néanmoins, je tenais à
le souligner, qu'il y a cette possibilité-là, également, d'inclure des membres
de la famille.
En page 6 de
votre mémoire, vous mettez l'accent sur l'importance, là, de réussir
l'intégration des personnes immigrantes issues du regroupement familial. Bon,
si on met à part, là, la question des délais, parce que je vous entends très
clairement, là, quant aux délais que vous souhaitez voir raccourcis, qu'est-ce
que vous diriez qui sont les conditions de
succès d'une intégration réussie en matière de regroupement familial?
J'aimerais que vous me partagiez votre vision des choses là-dessus.
Mme Lévesque
Martinet (Rydia) : Bien, alors, déjà, de un, je vais, en fait, vous
relater de mon expérience personnelle en tant qu'intégration, j'ai été
immigrante moi-même au Brésil pendant deux ans, et, en fait, peut-être que,
dans un contexte familial, l'intégration se fait très facilement. Bon, mon mari
vient de la campagne au Brésil, en région, et moi-même, bien, quand j'ai vécu
là-bas, bien, il m'a aidée, il m'a fait apprendre le portugais, sa famille m'a
aidée, il m'a intégré dans sa culture, donc tout ce qui a rapport avec la
nourriture, les coutumes, et tout. Donc, niveau
intégration, ça se fait facilement quand même, d'une certaine manière. Et
surtout qu'en ce moment, au Québec, bien, le Québec met beaucoup
d'emphase sur la francisation. Ils ont... Le gouvernement a mis beaucoup
d'efforts sur l'intégration. Donc, moi, personnellement, je ne vois pas
beaucoup de problèmes sur l'intégration de nos familles, surtout qu'on est déjà ici, au Québec, on a déjà
un pied au Québec, un logement, et, du coup, bien, c'est... c'est quelque
chose qui se fait naturellement, sans problème.
Fréchette : Interventions sur le sujet? D'autres réactions?
M. Mukaï
(Kiyoshi) : Oui. Moi aussi, je peux donner mon point de vue sur
l'intégration qui est faite au Québec. Comme
j'ai mentionné dans ma... dans notre présentation, moi-même, je viens des États-Unis.
Je suis... je suis entré en tant que travailleur économique ici, au
Québec. Je suis maintenant résident permanent. Je parlais déjà le français
avant d'arriver, donc je ne devais pas faire la francisation, mais ma femme,
que je parraine, elle vient du Guatemala, donc elle a fait de la francisation.
Et nous deux, on est
dans... on était dans le programme Objectif emploi, qui est... Objectif emploi
qui aide les immigrants avec leur insertion au marché du travail. Et ce qu'on
trouvé — ça,
ce sont nos expériences — les
initiatives et les objectifs du gouvernement sont bons par rapport à ça. Par
contre, la manière dont le système fonctionne, ça ne fonctionne pas très bien.
On sait déjà qu'avec la francisation il y avait beaucoup de... de problèmes
avec les gens qui sont en attente de la francisation. Je pense que Le Devoir
a parlé de ça... à la rentrée scolaire.
Ma femme a fait ses
cours de francisation dans un centre qui avait, selon elle, une trentaine
d'étudiants pour une seule prof. Il n'y avait pas beaucoup de gens qui
travaillaient là-bas. Les étudiants devaient passer le temps à nettoyer les
salles de classe, parce qu'il n'y avait pas de personnel, au lieu d'apprendre
le français. Et la prof, quand elle était affectée par la COVID, elle avait une
forte fièvre et devait continuer à enseigner en présentiel.
Donc, je pense
qu'avec la francisation il y a comme des choses... peut-être on pourrait
améliorer, parce que l'on connaît beaucoup de gens, dans la communauté latino
aussi, qui veulent apprendre le français, mais, des fois, le français n'est pas
toujours accessible. Il faut aussi avoir un CSQ ou un permis de travail avant
de pouvoir suivre des cours de francisation gratuitement et, pour ça, dépendant
de la situation, il n'y a pas tout le monde qui a le permis de travail ou le
CSQ à temps pour prendre avantage de ce cours-là.
termes... côté Objectif d'emploi, vous savez probablement que la manière dont
ça fonctionne, c'est qu'il y a beaucoup
d'organismes indépendants à travers le Québec qui gèrent ces programmes-là. Et
le MIFI donne de l'argent et finance ces organismes aide aux immigrants
pour embaucher des conseillers, pour aider les gens avec l'insertion au marché
du travail.
Encore
une fois, c'est juste nos expériences. Nous, on avait... nous avons passé par
deux de ces organismes-là. Il y avait des conseillers qui n'étaient
vraiment pas très bien formés, probablement mal équipés, mal qualifiés, ils ne
répondaient pas nécessairement quand on les appelait pour avoir une mise à jour
sur le dossier. Il y avait aussi beaucoup de
conseillers qui démissionnent assez souvent. Je pense que ma femme, elle avait
une ou deux conseillères qui ont démissionné. Pour ça, c'est difficile
pour un autre conseiller, après, de prendre le relais. Ma femme travaille dans
le domaine de la construction. Elle était architecte au Guatemala. Et ce qu'on
a trouvé, c'est qu'avec ces... les conseillers ne savent pas comment... quelles
sont les étapes à suivre pour les métiers réglementés.
Nous
avons reçu, heureusement, plus d'infos des conseillers d'Accompagnement Québec,
qui est directement Québec avec le MIFI, mais, avec les organismes, pas
vraiment. Ils sont aussi supposés d'avoir une base de données... base d'emplois
pour... avec les employeurs qui cherchent à embaucher des immigrants, mais
aussi ça n'a pas marché. Donc, il semble
qu'il y a peut-être des lacunes entre... peut-être entre le MIFI et le
gouvernement et tous ces organismes à but non lucratif.
Personnellement,
je ne sais pas quelles sont les solutions. Peut-être qu'on a besoin d'un
organisme de contrôle qui peut vérifier l'avancement et la qualité des
conseillers, qui peuvent faire le suivi pour être certain que les... des
immigrants qui sont dans ces programmes-là sont... réussissent dans la
carrière. Je sais pour certain, parce que c'est quelque chose que ma
conseillère m'a dit, qu'il ne peut pas fermer les dossiers avant que cette
personne-là soit placée dans un emploi de
leur profession. C'est-à-dire que moi, je travaille en relations publiques. Je
devais prendre un emploi dans une boulangerie juste pour avoir un
salaire alimentaire au début, puis elle m'a dit que ça ne comptait pas, donc
ils ont laissé mon dossier ouvert.
Donc, ils devraient avoir ces données-là pour
savoir combien de temps ça prend pour les immigrants de réussir dans leur
profession, ou si ça prend beaucoup de temps, ou s'ils ne réussissent pas, finalement,
mais peut-être ça serait une bonne idée de regarder les
données pour donner... pour déterminer, encore une fois, où sont les lacunes et qu'est-ce qui pourrait être mieux fait pour les
aider avec la réussite dans leur carrière. Aussi, les gens qui connaissent
un peu comment fonctionnent les métiers
réglementés, qui peut être un processus extrêmement complexe ici, au Québec.
Mme Fréchette :
Oui. Effectivement. Bien,
justement, au sujet des organismes réglementaires, dans le cadre de la réforme
que l'on a présentée au printemps dernier, on resserre, en fait, la
collaboration qu'il y a entre le gouvernement et les différents
organismes réglementaires pour être certain que ça ne crée pas de mauvaises
surprises et que, déjà, le processus de reconnaissance
et d'analyse, en fait, qui doit être effectué par l'organisme réglementaire,
soit débuté avant que la personne arrive, de telle sorte que les choses
sont claires pour l'une et l'autre partie. Donc, bien, merci d'avoir partagé
vos commentaires. Mme la Présidente, je vais céder la parole à des collègues.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je cède la
parole à la députée d'Iberville. Il vous reste 6 min 12 s.
Bogemans : Parfait. Merci beaucoup. Vos témoignages sont vraiment
touchants. Je suis moi-même mère de trois
jeunes enfants, là. Je peux imaginer le stress occasionné par les longs délais,
là, de réunifications. Merci aussi de l'avoir partagé avec nous.
Récemment, j'ai
accompagné, avec la députée de Vimont, Mme la ministre dans les rencontres
régionales sur l'immigration, et puis on a
pu témoigner un petit peu partout, dans chacune des régions aussi, la réalité
des femmes et des enfants au Québec, là, d'immigrants. Et puis je pense
qu'il faut mettre de l'avant aussi leurs besoins particuliers.
Mme la ministre a eu
un intérêt là-dessus, puis déjà elle est en action, puis on a des solutions qui
sont transversales au gouvernement. Entre
autres, je sais que Mme la ministre, avec la ministre de la Famille, se sont
unies pour mettre sur pied des haltes-garderies, par exemple, puis qu'il y a
des plans aussi pour, de manière plus ludique, mettre les tout-petits en
contact avec la langue française au travers le jeu, par exemple. Donc, je sais
que ma question ne pose pas directement sur
le regroupement, mais, quand même, sur les familles qui sont récemment arrivées
au Québec. Que pensez-vous de ces mesures-là, qui sont mises en place?
Mme Lévesque
Martinet (Rydia) : Bien, en fait, ces mesures-là, elles sont... bien,
elles sont très bonnes, niveau... on parle de l'intégration, de tout ce qui a
rapport avec les écoles, les garderies, et tout. Nous, nos enfants, ils vont aller à l'école en français. Moi, par
exemple, je n'ai pas encore d'enfant parce que, bien, on n'est... de un, on
n'est pas physiquement ensemble, de
un, et, de deux, bien, on n'a pas de manière permanente, donc on ne veut pas
envisager avoir des enfants dans cette situation-là. Mais, dès que le
moment se présentera, on aura des enfants. Ils vont parler français, portugais
et anglais. Donc, déjà, trilingue, c'est un atout, en tant que... en tant que
personne, de parler trois langues. Et, bien, le fait que le Québec met beaucoup
d'emphase sur les programmes d'intégration, sur les écoles, sur les... sur les
garderies, et tout, pour aider les jeunes enfants, et tout, bien... c'est
vraiment important que nos enfants puissent bénéficier de ces... de ces
choses-là.
Bogemans : Parfait. Puis, Mme Cyndi, vous êtes en plein dans
le... dans le milieu. Donc, quel est...
Mme Fiata
(Cyndi) : Dans le domaine. Oui, tout à fait. Écoutez, oui, tout à
fait, je suis dans le domaine, et les recherches le prouvent, que les enfants
ont besoin, donc, de socialiser dès le plus jeune âge. Donc, effectivement, de pouvoir mettre l'emphase sur les
haltes-garderies, sur, bien évidemment, le préscolaire, ce sont des stratégies
gagnantes pour les familles
immigrantes, tout à fait, pour permettre la francisation dès le plus jeune âge.
Donc, oui, je suis en accord avec, oui, cette stratégie.
Mme Bogemans :
Parfait. Trouvez-vous que ce
qu'on fait en termes de francisation et d'inclusion est suffisant pour les accompagnateurs? Chez, généralement, par
exemple, les femmes et les enfants, trouvez-vous... avez-vous des
suggestions pour nous?
Mme Fiata
(Cyndi) : Malheureusement, pour l'instant, c'est sûr que ce n'est pas
forcément un sujet sur lequel je me suis penchée, donc c'est un petit peu
difficile de donner une réponse tout de suite.
De mon expérience,
c'est sûr qu'au niveau de la francisation...
L'article qui est sorti à la
rentrée scolaire, avec les difficultés,
donc, de pouvoir donner des places aux personnes pour la francisation, c'est
sûr que c'est quelque chose qui
choque et qui fait... qui présente une donnée qui nous montre qu'il y a des
choses à faire dans cette matière-là, à ce niveau-là. Mais malheureusement, pour les femmes et pour les enfants,
ce ne sont pas des données que j'ai forcément sur les mains
présentement.
Bogemans : Parfait. Et, au niveau des nouvelles initiatives de
francisation, on sait qu'on a mis en place Francisation
Québec au 1er juin, avec... en
fait, on a élargi les formules, les horaires, aussi la disponibilité, même, des
cours, là, la façon dont on peut les
transmettre. On voulait savoir qu'est-ce que vous pensiez, par exemple, de la
francisation outremer, avant l'arrivée des immigrants?
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Alors,
ça, ça va être... c'est beau à voir sur papier, mais, en réalité, ce n'est pas
nécessairement facile à appliquer, parce que pour bien s'intégrer dans une
culture, apprendre la langue, il faut être... il faut baigner dans la
culture, il faut baigner dans le pays, dans la nation.
Moi, par exemple, quand
j'ai vécu au Brésil, avant d'aller au Brésil, j'ai appris du portugais. Tu
sais, j'étais en contact avec mon mari, il
m'a appris le portugais, j'étais en contact avec ses amis, j'apprenais des
trucs sur YouTube, sur Internet. On a la technologie pour le faire, mais
ce n'est pas avant de vraiment habiter là-bas puis de vivre ma vie de tous les
jours que j'ai maîtrisé la langue.
Donc, oui, c'est important, je crois, de mettre
en place un certain système pour faciliter, comme on pourrait dire, comme, l'apprentissage de la langue avant de
rentrer. Mais de là à «expecter» que les gens... de maîtriser la langue de
manière... comme si c'était leur langue maternelle avant d'arriver... c'est
très difficile. Il faut vraiment être dans la culture pour le comprendre.
Mme Bogemans : Parce qu'on...
Mme Coursin (Nathalie) : Là, je
voudrais rajouter...
Mme Bogemans : Ah! allez-y, madame.
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
pardon. Excusez-moi. Je voulais rajouter parce que, là, on parle déjà de
l'intégration des gens qui ne sont pas encore là. Nous, vraiment, notre sujet
qui nous importe aujourd'hui, c'est les délais, qu'est-ce que vous êtes
capables de faire pour les délais. On est conscients qu'il va y avoir plein de
choses qui vont être faites pour nos conjoints ici, et qu'ils peuvent déjà
progresser avant en français ou pour s'intégrer, mais nous, ce qu'on... nous, ce qui nous importe, et qu'on s'est vraiment
penchés, et qu'on a étudié, c'est les délais, donc ce qu'est capable de
faire le gouvernement pour baisser les délais, et nous, qu'est-ce qu'on peut
faire pour vous aider à baisser ces délais.
Après, on est conscients que, quand même, quand
nos partenaires seront présents ici, ou moi-même, puisque je pars de... je suis en interne, donc, on est
conscients que ça se fera très facilement puisqu'ils seront avec leurs familles,
donc ils pourront parler en français.
Donc, c'est ça, c'était juste que je voulais
recentrer un petit peu le peu de temps de parole que nous avons sur notre
priorité numéro un, qui est d'abaisser les délais.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
portion d'échanges avec les parlementaires. On poursuit avec les députés de
l'opposition officielle. Le député de...
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...Nelligan, d'accord,
pour une période de 12 min 23 s, le temps est à vous.
M. Derraji : Oui, merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vais me permettre de vous saluer en
premier lieu, vous saluer pourquoi? Parce que c'est très beau de voir que,
quand il y a un enjeu de société, il y a des gens qui se mobilisent, et ça,
déjà, vous êtes en train d'envoyer un beau message que ça ne va pas, et ça, on
doit le prendre en considération. Donc,
déjà, vous êtes en train de prendre le leadership nécessaire sur le
regroupement familial. Je ne sais pas si vous avez suivi un peu les
consultations, mais, hier ou avant-hier, si ma mémoire, elle est bonne, je ne
voulais surtout pas avoir un débat de chiffres parce qu'il s'agit d'êtres
humains.
J'ai 12 minutes. Je sais c'est quoi, votre
agenda, et vous méritez un temps de qualité. Vous savez, prenez le temps nécessaire pour parler des êtres humains qui
sont derrière les chiffres que vous représentez, les drames que vous vivez,
entendre qu'il y a des gens ou des femmes qui avortent, d'autres qui retardent
leur projet de bébé, d'autres qui ne peuvent
pas savoir s'ils doivent acheter une maison ou pas. Parfois, on peut être très
rationnels, pragmatiques avec l'immigration, mais, des fois, il y a ce
côté humain qu'on doit tous avoir. Alors, je vous cède la parole. Partagez avec
les membres de la commission vos réelles préoccupations et pourquoi,
aujourd'hui, on doit vous écouter, surtout quand il s'agit d'êtres humains.
Mme Fiata (Cyndi) : Si vous
permettez, je vais prendre la parole parce que, depuis le mois de juin, je suis
en contact avec de nombreuses familles, et,
comme je l'ai expliqué dans ma présentation, ce sont des histoires les plus
dramatiques les unes que les autres que j'écoute, que j'entends.
Pas plus tard qu'en fin de semaine j'ai eu une
femme du Sénégal qui est, donc, parrainée par son époux ici, au Québec, en
pleurs, en larmes, m'expliquant que son mari est au bord du suicide, qu'il a
des pensées suicidaires parce qu'il est découragé par les délais. Il ne sait
plus quoi faire. Il ne se sent pas aidé ni soutenu. C'est une des histoires.
J'ai quelqu'un qui attend depuis 2018, dont sa femme est au Maroc, qui a subi
des conséquences en lien avec le séisme, qui
se retrouve à la rue, qui ne sait plus quoi faire, a déjà parlé au député, déjà
parlé au fédéral. Ça fait déjà
maintenant depuis 2018, donc, largement dépassé les 24 mois, et qu'il
n'est toujours pas avec sa femme ni ses enfants.
Nous avons,
bien évidemment, le cas de Laurianne qu'on a présenté, mais ce n'est pas la
seule, des personnes qui souffrent, qui ont des enfants, que les enfants
grandissent sans leur père, des femmes qui accouchent à l'hôpital sans
leur mari, des enfants qui connaissent leur père seulement au travers d'un
écran de téléphone, des personnes qui ont des pensées
suicidaires, qui souffrent d'insomnie, d'angoisse, pour lesquelles le site
d'IRCC devient une obsession, à savoir quand est-ce qu'on va recevoir une
réponse, quand est-ce qu'on va avoir un courriel pour savoir quand est-ce que
ça va être notre tour. Et, quand on voit des personnes de 2023 qui reçoivent
leur résidence permanente avant les personnes de 2022, 2021, ça aussi, ça
n'arrange rien, strictement rien, à la situation.
Donc, tout mon été a
été d'écouter des histoires de personnes qui souffrent, qui sont au bord de la
dépression, qui me disent : Je suis là, j'ai été choisi par le Québec, je
ne comprends pas pourquoi je ne peux pas être réuni avec ma famille, avec la
personne, les personnes que j'aime, je n'ai qu'une envie, c'est de quitter le
Québec. Il y en a qui ont déjà quitté le
Québec, qui sont partis en Ontario, qui sont partis au Nouveau-Brunswick, et
qui ont eu leur résidence permanente
un mois après leur départ, tandis que nous, nous restons par choix au Québec et
nous subissons ces quotas et ces délais.
M. Derraji : Oui,
ça a été ça, ma question, parce que, pour le bénéfice des membres de la
commission, cette situation est unique au
Québec. C'est juste au Québec que les délais, je les ai vus en ligne.
D'ailleurs, je vous remercie pour votre campagne, et continuez à la
marteler. Il y a des gens qui ont reçu un message que la durée est passée de 18
à 24 mois. Nous sommes rendus à 24 mois aujourd'hui. Avec
l'arriéré...
Mme Fiata
(Cyndi) : 24 et 25 mois.
Mme Fiata
(Cyndi) : Pardon, 24 et 25 mois, 24 en externe, 25 en interne.
M. Derraji : Oui,
et 25... Excellent. Donc, si je rajoute l'inventaire qui existe avec le rythme
de traitement de dossiers, nous sommes, si
quelqu'un veut avoir son conjoint ou sa conjointe avec lui, sur du trois,
quatre ans, c'est ça, hein?
Mme Fiata
(Cyndi) : Oui.
M. Derraji : OK. S'il vous plaît, si
vous étiez dans une autre province canadienne, pas le Québec, pouvez-vous
éclairer les membres de la commission, le délai sera de combien de jours?
Mme Fiata
(Cyndi) : Six mois, huit mois, 12 mois, peut-être, maximum.
M. Derraji :
OK, donc, max 12 mois. Et là, pour cerner l'enjeu du problème, c'est
que vous êtes dans la catégorie des seuils,
et c'est pour cela que la machine fédérale ne peut pas aller plus vite que ce
que le Québec lui demande, parce que, ça, je vous invite à l'expliquer,
parce que les Québécois, quand on va leur dire : Ça n'a aucun bon sens de
briser des coeurs, de séparer des familles, de laisser séparer l'enfant de son
père ou de sa mère, il n'y a personne qui va
être d'accord, mais les gens ne comprennent pas le processus. Ce n'est pas tout
le monde qui est expert en immigration. Donc, expliquez pourquoi vous
payez les frais et vous payez un prix que vous n'avez pas cherché. Ce que vous
avez fait, c'est avoir quelqu'un avec qui vous voulez faire votre vie, qui
était de l'extérieur, c'est la seule chose,
mais là, quand vous arrivez à cette bureaucratie, vous payez les frais et le
prix des seuils. Je vous laisse... si vous voulez répondre.
Mme Coursin
(Nathalie) : J'ai quelque chose en plus à rajouter parce que je
voulais répondre à Mme la ministre tantôt. Quand elle parle des travailleurs
qui peuvent venir avec leur conjoint avec un permis ouvert, ce n'est pas possible de demander juste un permis ouvert,
quand on est résident permanent ou citoyen, pour son conjoint ou sa
conjointe que l'on vient de rencontrer.
Donc, déjà, aussi, ça, c'est une aberration. On ne peut même pas être regroupés
comme ça, alors qu'on est citoyens
canadiens. Moi, par exemple, je suis mariée à un «born and raised in Québec» — pardon
pour mon français, je ne sais pas pourquoi c'est sorti comme ça — mais
je n'ai pas pu demander un permis de travail ouvert
juste parce que je l'avais épousé. Donc, ça aussi, ça fait
partie des
aberrations, parce que, donc, oui, un étranger, un travailleur qualifié
qui a été choisi par le Québec, lui, peut venir avec femme et enfants, alors
que nous, citoyens et résidents permanents du Québec, nous n'avons pas
l'opportunité de faire ça. Je voulais juste rappeler ça aussi parce que ça fait
partie des choses importantes du débat aussi qu'il y a ici. Et, je suis
désolée, je me suis perdue dans la question. Donc, je crois que Cyndi a le fil.
Mme Fiata
(Cyndi) : Donc, pour vous répondre, M. Derraji, merci pour cette
question, donc, effectivement, avec le quota
de 10 600, qui est pour l'année 2023, dès qu'on dépose une demande de
regroupement familial, on rentre dans
un système qu'on appelle de loterie cachée, déguisée, et c'est une file
d'attente interminable. Donc, effectivement, l'IRCC reçoit des directives de la province, donc, il y a un maximum de
10 600 qu'ils doivent traiter pour l'année 2023, et,
malheureusement, il ne peut pas dépasser ce nombre-là.
M. Derraji :
Je vais vous arrêter là, je vais vous arrêter là, 10 000 par année sur
des...
Mme Fiata
(Cyndi) : 10 600.
M. Derraji : 10 600 sur
des seuils, soit 50 000 ou 60 000, l'inventaire est de combien
maintenant?
Mme Fiata
(Cyndi) : Alors, malheureusement, maintenant, nous n'avons
pas cette donnée, mais nous savons qu'au mois de mai il y avait
36 800 dossiers qui étaient sur le bureau d'IRCC.
M. Derraji : C'est ce qu'un
groupe... c'est ce qu'un groupe disait hier, c'est aux alentours de
30 000.
M. Derraji : 36 000. Si on
prend uniquement ces chiffres, parce que moi, je veux juste comprendre et
ramener vos doléances aux membres de la commission, c'est ça, notre rôle, un,
ce que vous demandez, et je l'ai vu, augmenter les seuils dans la catégorie du
regroupement familial afin de traiter l'ensemble des demandes ayant déjà reçu un CSQ, ça, c'est une demande urgente, mais
j'aimerais bien vous entendre sur les arriérés. Est-ce que c'est normal,
laisser des gens séparés pendant trois ans? Moi, je pense, c'est inacceptable. S'il
y a un problème bureaucratique, il faut le régler. Il faut le régler très
rapidement. Deuxième...
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
c'est ca, pour que... oui, pardon.
M. Derraji : Allez-y, allez-y,
pas de problème, allez-y.
Mme Coursin (Nathalie) : Non,
mais c'est pour ça que notre deuxième demande, justement, était quand on aura
réglé cet arriéré, c'est-à-dire que, nous, ce qu'on demande, c'est de nettoyer
cette ardoise qui est là, des gens qui attendent,
et, après, effectivement, c'est d'établir un seuil qui soit assez grand pour
que l'on puisse traiter les demandes, comme le reste du Canada, en
12 mois.
Donc, on ne demande pas vraiment... On ne parle
pas vraiment de quotas, mais on parlerait quand même de quelque chose qui est,
donc, juste sur, nous, des temps de délais de 12 mois. On ne veut pas
parler de quotas. On veut juste parler de 12 mois. Déjà, pensez-vous...
imaginez-vous êtes séparé de votre femme, de vos enfants pendant plus d'une
année, ne pas faire les fêtes de fin d'année encore cette année-là, ici, là,
c'est vraiment compliqué, là. C'est ça, nous, notre vraie doléance, au final.
M. Derraji : Oui. Donc là, il y
a le délai de 12 mois, mais, s'il vous plaît, moi, avant d'aller sur le
futur, j'ai un problème à régler à court terme. Le problème que j'ai, c'est que
j'ai 30 000. 30 000, c'est un énorme poids sur vous, sur les familles que vous représentez. Vous
dites que, dans votre mémoire, le collectif regroupe 300 familles, mais
j'en suis sûr et certain que... Oui, allez-y.
Mme Fiata
(Cyndi) : Je pense que c'est le point que vous alliez
apporté. Vous êtes sûr et certain que le nombre a déjà beaucoup plus
augmenté. Oui, nous sommes déjà passés à plus de 500 familles et
n'oublions pas que nous avons été créés au mois de juin. C'est un collectif
extrêmement jeune, mais nous sommes déjà... entre juin et septembre, on a déjà
500 familles qui nous suivent et qui attendent des résultats.
M. Derraji : Bien, au nom de votre
groupe, au nom de ces familles, Québec réunifié, moi, je formule la demande
officielle à ce que Mme la ministre et son équipe travaillent avec le
gouvernement fédéral très rapidement, parce
que ça n'a aucun bon sens. Moi, j'en suis sûr et certain, personne autour de la
table ne va entendre que des coeurs brisés...
et que des gens avortent à cause d'une séparation. Moi, je ne pense pas que
quelqu'un va rester insensible à une séparation pareille. Je pense que
nous avons tous les moyens de régler ce problème. Comme nous étions capables de
penser autrement pour le PEQ, pensons à vous, pensons à ces gens qui sont
séparés chacun de l'autre côté de l'Atlantique. Maintenant, une fois ça, c'est
réglé... réglé avec la question des seuils avec le fédéral, ce que vous demandez, c'est que, dorénavant, pour les futures
demandes, le Québec et le fédéral respectent le délai qui était même, avant, de
12 mois, donc revenir à ce qu'on avait avant parce que ça marchait avant.
Est-ce que c'est clair? Est-ce que c'est ce que vous voulez?
Mme Fiata (Cyndi) : Oui, tout à
fait.
Mme Coursin (Nathalie) : Ça marchait
avant la COVID, oui. C'était le délai de la COVID.
Derraji : OK, bon, ça marchait même dans le passé. Ça
marchait même dans le passé, le regroupement familial.
Écoutez, moi, j'ai terminé mes questions, mais
je vais prendre quelques minutes pour vous dire merci pour votre beau travail.
Vous avez une voix à l'Assemblée nationale. On va continuer à marteler ce
message d'injustice à l'égard de ces
familles séparées, et vous pouvez toujours compter sur nous de ramener vos
préoccupations à l'Assemblée nationale. Merci à vous quatre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, cette période d'échange avec l'opposition officielle
est terminée. On va... on va finaliser le tout avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Je voudrais d'abord vous remercier d'avoir pris la parole de façon très
courageuse aujourd'hui, mais aussi, la semaine dernière, vous étiez dans
l'enceinte de l'Assemblée nationale. Donc, merci
beaucoup. Je vous remercie, mais vous ne devriez pas avoir à être là, hein?
C'est très clair, vous ne devriez pas être obligées d'être ici. Ça devrait être
évident. Ça devrait être réglé déjà. Vous devriez pouvoir être au boulot, en ce
moment, à enseigner à nos enfants, notamment, et vous ne devriez pas avoir à
prendre congé et vous expliquer pour ce qui est si essentiel, pour ce qui est
si clair.
Par ailleurs, pour ceux qui nous écoutent, qui
seraient intéressés, je souligne que je parraine votre pétition soutenant vos revendications, qui est disponible
sur le site de l'Assemblée nationale du Québec. Vous êtes des centaines
à nous écrire sur vos... sur nos réseaux
sociaux. Toutes les familles nous écrivent aussi. Alors, je vois qu'il y a
beaucoup de gens qui sont mobilisés.
Je voudrais revenir, comme vous l'avez fait, sur
ce que Mme la ministre a souligné tout à l'heure par rapport au programme
économique puis intégrer ou inclure des personnes à charge. Vous l'avez très
bien dit, il faut être résident permanent ou citoyen canadien pour parrainer.
On ne peut pas avoir une demande économique en cours. Les programmes
économiques, ça n'a aucun rapport avec la réunification familiale. Sincèrement,
sincèrement, je sais que la ministre est très bien entourée, je ne la comprends
pas, cette explication-là. Ça ne tient pas la route. Des Québécois sont séparés
de leurs enfants, de leurs conjoints, de leurs époux, et seul le Québec est
responsable de ça en raison de ses seuils. Leur détresse est immense. Votre
détresse est immense.
Mme la ministre se dit sensible, mais, en même
temps, c'est elle qui a tout le pouvoir entre ses mains pour corriger la situation. On est les seuls au Canada
à séparer des familles aussi longtemps. C'est vraiment tragique. Il y a des
vies qui sont en suspens, vous l'avez dit, des projets de famille qui sont
retardés. Vous avez parlé de la détresse, de la déprime, des frais, c'est
vraiment troublant, 25 mois, 25 mois, pour le Québec, versus, quoi,
10 mois dans les autres provinces, et, quand
on sait qu'il y avait, en mai, 36 000 demandes en attente, peut-être,
aujourd'hui, 40 000, je ne sais pas, on peut penser que les délais
vont monter à 36, 40 mois, et ça, juste de penser que 24, en ce moment,
là, c'est la pointe de l'iceberg, c'est vraiment très troublant et c'est
beaucoup trop long.
Sur son site, Immigration Canada dit, et j'ouvre
les citations : «En raison de l'Accord Canada-Québec, si vous désirez habiter au Québec, le gouvernement du
Québec doit aussi traiter votre demande. Le délai de traitement indiqué est donc différent pour cette province.» C'est la
seule province qui a cette mention-là. Moi, je n'ai jamais vu ça. Je n'ai
jamais vu IRCC jeter le blâme comme ça, c'est parce que la situation est grave.
J'ai pratiqué dans le domaine du droit pendant des années et je n'ai
jamais vu ça.
Donc, j'espère sincèrement que quelque chose va
être fait. Vous lancez un cri du coeur. Moi aussi, j'en lance un, cri du coeur,
bien sincèrement. C'est terrible. J'espère que vous serez entendues,
sincèrement, et je vous laisse la dernière minute qu'il nous reste pour vous
adresser directement, en conclusion, à Mme la ministre.
Mme Coursin (Nathalie) : OK, merci
beaucoup, M. le député, pour votre soutien. Je faisais
partie des personnes qui
avaient... qui étaient là, la semaine passée, à l'Assemblée nationale et,
voilà, je pense que vous avez tout dit. Vous
avez compris qu'on est sur un cri du coeur. Cyndi, Rydia, Kiyoshi, n'hésitez
pas à dire ce que vous pensez, là.
Mme Fiata (Cyndi) : Je voudrais
rebondir sur un point. On parle beaucoup de 24 mois et de 36 mois,
mais c'est important de savoir que le moment ne commence pas au moment de
déposer la demande, c'est vraiment au moment où on prend la décision
d'immigrer. Donc, 24 mois, c'est un faux délai, on rajoute des années
auparavant, c'est important de le comprendre, c'est important de le prendre en
note. Et nous sommes ouverts à travailler avec le gouvernement pour apporter de
vraies solutions aux familles qui sont dans le désespoir, qui sont au bord du
suicide, je le rappelle, parce que c'est la réalité dans laquelle nous sommes
présentement.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Oui,
c'est l'une des raisons pourquoi j'ai fondé ce collectif-là. En fait, c'est que, quand j'ai vu les délais qui ont été
mis à jour sur le site d'IRCC, bien là, déjà, de un, c'était un coup de poing
dans la face, gros choc, dépression.
J'étais... Je ne savais pas... Il n'y avait pas de lumière au bout du tunnel.
Moi, ça fait 15 mois que j'attends. Il n'y a même pas un agent qui
est assigné à mon dossier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Tout le temps que
nous avions pour cette audition vient de passer. Il me reste à vous remercier
pour l'apport à nos travaux, vous souhaiter une bonne fin de journée.
Et, pour les membres de la commission, je
suspends jusqu'à 15 heures, si ma mémoire est bonne. Bon dîner!
(Suspension de la séance à 12 h 49)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale
sur le cahier de consultation intitulée La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027 .
après-midi, nous entendrons les organisations suivantes : le Réseau d'aide
aux travailleuses et travailleurs migrants
agricoles du Québec, que je vois devant moi, bienvenue mesdames, messieurs, le
Groupe Orientation Emploi, Axtra, l'Alliance des centres-conseils en
emploi ainsi que le Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre.
Donc, je vous souhaite à
nouveau la bienvenue. Vous aurez 10 minutes pour présenter l'essentiel de
votre mémoire, vos recommandations, somme
toute, et ensuite nous allons échanger avec les parlementaires. Mais je vais
aussi vous demander, dans ce 10 minutes-là, de vous présenter.
Alors, le temps est à vous.
M. Pellerin
(Daniel) : Merci. Bonjour. Merci, Mme la Présidente, merci de
nous accueillir à votre commission. Alors, effectivement, il nous fait
plaisir, pour le Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants
agricoles, d'être ici présent. Mon nom, c'est
Daniel Pellerin, je suis président du conseil d'administration. À ma droite,
Mme Mélanie Gauvin est directrice
adjointe, Michel Pilon, M. Michel Pilon, directeur général, puis
Mme Denise Gagnon, vice-présidente, Finances.
Alors, bien, en deux mots, le Réseau d'aide, on
en a entendu parler un peu dans les médias récemment, mais tout d'abord c'est un ensemble d'associations
citoyennes qui se sont regroupées pour se donner une force nationale au
niveau du Québec. Et puis la mission principale, évidemment, c'est d'accueillir
les travailleurs immigrants agricoles dans les fermes, tout ça, qui viennent,
là, travailler dans nos fermes, les accueillir, les accompagner, aussi les
soutenir à travers les diverses situations
de vie qu'ils vivent. Puis évidemment, bien, ça va jusqu'à la défense
collective des droits.
En plus, bien, on souhaite que la société québécoise
développe un sentiment de sympathie et... de respect, d'abord, et de sympathie
à leur égard, puis même, tant mieux si ça peut aller jusqu'à un mouvement de
solidarité. C'est un travail à travers les médias, c'est un travail... bien,
d'abord, un travail directement auprès des travailleuses et travailleurs
étrangers temporaires, mais un travail aussi auprès des médias, la population
en général puis aussi au plan des institutions concernées, notamment les
institutions politiques.
Bon, je pense que ça fait le tour de la
présentation. Je donnerais la parole maintenant à Mélanie pour le reste de la
présentation.
Mme Gauvin (Mélanie) : Bonjour.
Merci beaucoup de nous recevoir. D'entrée de jeu, ce qu'on souhaiterait un peu
mettre de l'avant avec vous, c'est qu'on est dans des consultations sur des
seuils d'immigration, et pourtant il y a toute une frange qui fait
partie de
notre système d'immigration qui est complètement mise à l'écart, dans ces
consultations-là, et on parle des travailleuses, travailleurs étrangers
temporaires.
Moi, je vous amènerais à regarder le recueil
statistique qui a été fourni en même temps que le document de consultation sur lequel on vient témoigner
aujourd'hui. À la page 85, on a un très beau portrait, sur une base
annuelle, du nombre de permis de travail temporaires qui sont émis. En
2016, il y avait 12 200 permis qui avaient été délivrés, des permis
de travail temporaires. En 2023, on est à 38 500 permis délivrés de
travailleurs étrangers temporaires.
Donc, quand on se questionne et qu'on se
consulte sur des seuils d'immigration, est-ce qu'ils vont être de 40 000,
50 000 ou 60 000, je pense qu'on ne peut pas non plus passer à côté
que, bien, en 2022, il y en avait près de 40 000 qui avaient des permis
temporaires de travail. Donc, ils doivent être inclus dans ces
consultations-là, on doit en tenir compte par la suite, pour la suite des
travaux.
Et je vous
dirais que, seulement que par le RATTMAQ, on en a accueilli 17 500 à
l'aéroport de Montréal depuis le 1er janvier 2023. Donc, ça ne tient pas
compte de ceux qui sont arrivés avant, mais on a une très bonne comptabilisation
statistique des travailleurs qu'on rencontre depuis le 1er janvier et on
est à 17 500 en date d'hier.
Alors, aussi,
ça m'amène à souligner l'importance du financement des organismes, du
financement des organismes qui interviennent auprès de ces travailleurs
et également, si on peut se permettre de dire, l'importance aussi d'aller récupérer les fonds fédéraux pour qu'ils soient
remis à des organismes du Québec et non répartis par des organismes qui assurent la transition de ces sommes-là, donc
l'importance d'aller chercher les sommes, aussi, accordées par le fédéral,
pour les ramener et les injecter dans les bons organismes ici au Québec.
M. Pilon (Michel) : Alors,
Michel Pilon, directeur général du RATTMAQ. Je fais une autre partie, moi, je m'occupe beaucoup des questions de droits de ces
travailleurs-là. On les défend, d'ailleurs, devant les tribunaux, donc tribunal du travail, principalement, et on dépose
des plaintes aux normes et des cas d'accident de travail non déclarés.
C'est plus de 522 dossiers, actuellement, au
RATTMAQ, qu'on a travaillés au cours de la dernière année, c'est quand même énorme, et ce n'est que la pointe
de l'iceberg, dans le sens que les travailleurs, en général, ont peur de
déposer des plaintes parce que, justement, ils ont des permis fermés. Et de là
mon propos sur les permis fermés. Le RATTMAQ veut l'abolition des permis
fermés. Pour nous, c'est de l'esclavagisme moderne, tel que dit par le rapporteur général. Tout dernièrement, d'ailleurs,
le RATTMAQ a fait des représentations auprès du rapporteur général, le
2 septembre dernier.
Autre chose
aussi qu'on demande, c'est, bien sûr, la promotion, bien sûr, des droits des travailleurs.
Les informer de leurs droits, c'est
important. C'est ce qu'on fait, d'ailleurs, à l'aéroport de Montréal, en leur
donnant un agenda, que je peux d'ailleurs vous montrer ici, un bel agenda avec
toutes les informations, avec des codes QR, sur les droits ici au Québec. Ça leur permet aussi de mettre leurs
heures de travail, parce que, si jamais il y avait une problématique, devant les tribunaux, quand c'est pris d'une façon
contemporaine, c'est considéré comme une preuve. Alors, c'est quand même
quelque chose d'intéressant.
Autre chose aussi, on demande aussi la
régularisation des personnes. Nous sommes d'accord, et bien sûr, à cette régularisation-là. On souhaite, bien sûr, un
statut plus large, inclusif et permanent pour les travailleuses et travailleurs
migrants agricoles et de la transformation alimentaire. Beaucoup,
malheureusement, se sont retrouvés comme des sans-papiers
du jour au lendemain, à cause du système de permis fermé, et malheureusement on
est obligés souvent... ils sont obligés de
travailler au noir. Comme par exemple, du côté de la Ferme Jean Lemay, là, je ne sais pas si vous avez vu La facture cette
semaine, ça a été assez éloquent de la manière qu'on traite ces personnes-là.
Malheureusement, M. Lemay continue encore ses frasques. Si vous allez
encore à Saint-Jude, il y a encore des autobus de travailleurs qui n'ont aucun
permis de travail... et qui vend un peu partout, bien sûr, encore aujourd'hui.
Enfin, on parle, bien sûr, d'accorder à
l'ensemble des travailleurs étrangers un accès égal et inclusif à la résidence
permanente. Ce que nous souhaitons, c'est que ces travailleurs puissent avoir accès.
Et je vous donne un exemple, comme Edyn, dans le film Essentiels , qui a
été ici pendant 10 ans, qui a appris le français, qui a réussi son
niveau 8 et qui n'a pas accès à la résidence permanente, qui voudrait que
sa famille viennent vivre ici. Et je pense que
c'est un candidat qui serait très intéressant pour le Québec. Alors c'est quand
même quelque chose d'important. Et, quand on parle de régionalisation, il est
dans les régions, alors ses enfants iraient étudier dans des écoles francophones,
dans des villages francophones et deviendraient des francophones du jour au
lendemain.
Enfin, je vais conclure avec ça, nous demandons,
bien sûr, une augmentation progressive, là, de la résidence permanente. En 2024, on souhaiterait qu'on
augmente, bien sûr, le nombre d'immigrants ici au Québec. Moi, je pense
que c'est une question aussi, par rapport au reste du Canada, où le Québec
pourrait perdre, dans le fond, aussi son poids démographique par rapport au
reste du Canada. C'est quand même important qu'on le fasse, mais qu'on le fasse
bien, avec la francisation. Le niveau de français que nous, nous souhaitons, on
souhaiterait un niveau 4 pour les travailleurs, bien sûr, agricoles. Il
faut comprendre qu'on n'a pas besoin d'un niveau 7, pour un travailleur
agricole qui travaille dans le champ. Un simple niveau 4, un français
fonctionnel, pour pouvoir travailler, je pense que ce serait, pour nous,
suffisant. Je te laisse aller.
Mme Gagnon (Denise) : Merci.
Bonjour. Denise Gagnon, je suis vice-présidente par intérim.
On sort, en fin de semaine, de notre assemblée
générale, donc on a des renouvellements au CA. Moi, j'ai une expérience,
beaucoup, en solidarité internationale, ça fait qu'à ce titre-là, évidemment,
je suis en appui, là, au conseil d'administration, sur les questions de normes
fondamentales du travail, les conventions internationales. D'ailleurs, cette
année, on organise, au mois de décembre, le jour... le 18 décembre, jour
mondial des travailleurs migrants, une conférence
internationale sur le sujet, dans le cadre du 20e anniversaire de la
convention, non ratifiée par le Canada, sur les droits des travailleurs
migrants et de leurs familles. Donc, il y aura des invités du Guatemala, du
Mexique, et tout ça.
Donc, à ce titre-là, évidemment, vous allez constater
dans le mémoire, on demande la ratification. Le Québec siège à côté du Canada à Genève. Moi, j'y ai été quelques années, donc
je sais qu'on a notre voix aussi concernant les normes fondamentales du travail et qu'on peut influencer le gouvernement
canadien sur ces questions-là, et notamment les travailleurs et les
employeurs, pour ce qui est du travail, donc les conventions 97, 143.
Sur les permis, bien, on a été enchantés, cette
semaine, de constater une certaine ouverture à des alternatives aux permis
fermés, parce que c'est vraiment un modèle toxique, puis pas juste au Canada,
dans d'autres pays aussi, qui amène les travailleurs à ne pas dénoncer les
sévices qu'ils subissent, ou les abus, ou les problèmes de droits, et tout ça.
Et puis, à cet égard-là, on remercie beaucoup le ministère de l'Immigration qui
soutient notre travail aussi. On a plusieurs autres financements, mais on
arrive quand même, de l'aéropot jusqu'à leur retour, à les accompagner
là-dedans, et ça nous permet, là, d'appuyer les démarches du Québec dans
l'application des droits, comme Michel l'a mentionné. Donc, on va vous laisser
les questions.
Sur la question du français, bon, moi, je ne
suis pas une spécialiste de la question, mais je sais très bien qu'on a dans
nos rangs, puis même à notre conseil d'administration, un travailleur étranger
qui a appris son français par les trucs Internet, là...
Mme Gagnon (Denise) : ...Lingo,
puis tout ça, et puis il a un français excellent. Il a travaillé dans plusieurs
fermes, autant à Rimouski qu'à Chicoutimi. On a été faire la tournée à
Saint-Félicien, et les gens veulent s'intégrer, ils sont déjà dans les régions. Alors, si j'en crois M. Termote qui
nous dit récemment, dans l'actualité, que régionaliser, c'est difficile,
bien, nous autres, là, avec les travailleurs qu'on représente actuellement, ils
sont dans les régions, ils sont associés aux
différents groupes de la société civile, que ce soit, des fois, au niveau
religieux, on le sait, au niveau de
l'Amérique latine, c'est très... une communauté très pratiquante, des fois
c'est par ce réseau-là ou d'autres réseaux.
Donc, on vous invite à considérer sérieusement
cette masse de personnes qui veulent être ici, qui veulent continuer à
travailler, et ne pas négliger la question de la réunification familiale, parce
que ce... un défi majeur, là, quand tu
laisses tes enfants puis tu ne les vois pas avant qu'ils soient rendus à
l'université, là. Ça pose un problème, là, sérieux de santé mentale
aussi pour ces personnes-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, sans plus tarder, je vais me tourner du côté de la ministre,
qui a laissé un petit peu le temps aller, là, pour vous laisser terminer votre
présentation. Alors, Mme la ministre, il vous reste 14 min 56 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bien, merci, un grand merci à vous quatre. Je suis très
contente d'avoir l'occasion de vous revoir. On s'était rencontrés déjà, à nos
bureaux, et M. Pilon aussi, lors de mes rencontres régionales en région.
On s'est revus quelques fois. Donc, merci beaucoup et surtout merci pour votre
travail, merci pour votre engagement, parce que vraiment vous travaillez à
diffuser une information qui est cruciale pour la qualité
de vie des personnes qui viennent travailler ici d'une manière saisonnière.
Donc, un immense merci pour ça, parce que ça
joue positivement sur des parcours de vie, des trames de vie. Puis je pense que
vous permettez de mieux faire connaître la société québécoise dans ce
qu'elle a à offrir en termes de protection des droits. Et ça, c'est important que les gens associent le Québec à une
protection des droits pour des travailleurs étrangers également. Donc,
un grand merci pour ça.
Bien
contente que vous participiez à cet exercice. Vous nous l'aviez annoncé,
M. Pilon, que vous alliez être là, alors on y est. Et merci aussi
pour, bien, votre appui, vos commentaires positifs, là, sur la démarche que
l'on a entreprise avec le comité des
partenaires du marché du travail, c'est un exercice qu'il va être important de
mener et de voir à bien identifier
l'ensemble des alternatives... bien, des impacts, d'une part, dont vous nous
parlez régulièrement, des permis de
travail fermés, des situations de vulnérabilité que ça peut faire surgir et
puis également des alternatives, des
voies de solution qu'on pourra considérer. Nous, c'est sûr que, par la suite,
bien, on verra à travailler ça avec le fédéral, qui est celui, donc, qui émet les permis de travail, donc il y a des discussions
importantes qui seront à tenir par la suite, mais au moins d'avoir un
portrait clair sur les outils qui sont à notre disposition pour des
alternatives, ça, ça va être un exercice important. Donc merci pour ça.
Je vous amène à
partir d'ici sur, bien, votre mémoire, en fait. Bien, vous avez vu notamment
qu'avec le Programme de sélection des
travailleurs qualifiés, le PSTQ, qui
remplacera le PRTQ, on a vraiment veillé à développer une passerelle qui
permettrait à des gens pour qui la résidence permanente, actuellement, est très
difficile d'accès, d'avoir un pont, une
passerelle, donc, qui les mènera vers la résidence permanente. Donc, ça, c'est
une création qu'on a présentée au printemps dernier. J'aimerais vous
entendre sur la réelle possibilité que ça offrira, de votre point de vue, pour les personnes qui ont des compétences
manuelles et intermédiaires, pour atteindre la résidence permanente. Puis on a
justement veillé à moduler la connaissance, les exigences en matière de
français, donc on les a rabaissées au niveau 5 pour la connaissance
orale, et il n'y a pas d'exigence pour la connaissance du français écrit qui
soit associée, donc, aux professions à compétences soit manuelles ou
intermédiaires. Donc, est-ce que, pour vous, d'une part, vous voyez ça
positivement? Et quel est votre... l'impact que vous prévoyez, là, quant au
développement de ce volet 2 du PSTQ?
M. Pilon
(Michel) : Bien, grosso modo, Mme la ministre, que ce soit le
niveau 5 ou le niveau 4... On parle du niveau 4, nous, parce
que, dans le reste du Canada, c'est un niveau 4 qu'on demande. Alors,
pourquoi ce serait différent au Québec? Mais
là... c'est-tu à cause du français? Je n'ai pas de problème. Si vous me parlez
que le niveau 5, c'est seulement à l'oral, c'est déjà quelque chose
d'intéressant...
Mme Fréchette :
À l'écrit, il n'y a rien de prévu.
M. Pilon
(Michel) : Oui, oui, tout à fait, au niveau... Si jamais... uniquement
au niveau de l'écrit, là, je me poserais des
questions. Mais je pense que ce qu'on a besoin, au niveau de ces
travailleurs-là, c'est un français fonctionnel oral, simplement, et de ce côté-là on est prêts à reconnaître cette
partie-là sans aucun problème. Comme je vous dis, la... d'emblée, avant,
ces travailleurs-là n'avaient même pas accès à la résidence permanente, et ce
qu'on souhaite, c'est qu'ils l'aient.
Comme je vous dis, je
pense que vous avez vu le film Essentiels , Edyn a vu sa famille trois
mois sur 10 ans. Ce n'est pas normal, c'est... Écoutez, il est ici
11 mois et demi par année à travailler et il retourne deux semaines, ses
deux semaines de vacances, ou, quand il a eu trois ans, c'étaient trois
semaines, là, il retournait trois semaines. Mais ce n'est pas une vie familiale, ça. Lui, ce qu'il veut,
c'est voir sa famille, voir ses enfants, voir ses enfants... apprendre le français puis de venir vivre ici. Puis je pense
qu'il a fait un très bon travail, il a prouvé ici aux Québécois qu'il avait
sa place ici.
Et c'est dans ce
sens-là que je souhaite cette ouverture-là vers les travailleurs temporaires,
tout simplement, et de bas salaires. Parce que, bien sûr, on parle, bien sûr,
ces travailleurs-là, de bas salaires. Parce qu'on en a autant besoin, d'eux,
que des universitaires puis des ingénieurs, et tout ça, là. Bien, je pense
qu'on a autant besoin d'eux qu'on a besoin de médecins puis d'ingénieurs, ou
d'infirmières, ou de préposés aux bénéficiaires. Donc, c'est dans ce sens-là. On veut, dans le fond, qu'on
reconnaisse le droit à tous les travailleurs temporaires, quelle que soit la
manière qu'ils sont arrivés ici ou sur quel programme, à la résidence
permanente.
On est très
conscients qu'il faut qu'ils apprennent le français. Puis moi, je suis un
francophile, j'y crois aussi, moi, je pense qu'un immigrant doit apprendre le
français lorsqu'il vient vivre au Québec. Et ça fait partie, bien sûr, de notre
ADN, et d'ailleurs on... Peut-être... tu pourrais peut-être en rajouter un petit
peu plus.
Mme Gauvin
(Mélanie) : J'aurais peut-être quelque chose à compléter...
M. Pilon
(Michel) : Vas-y.
Mme Gauvin
(Mélanie) : ...si je peux me permettre aussi de dire que ça va être
important. On a beau dire qu'on abaisse le niveau de français et que ça va être
un français oral et non écrit, mais il faut aussi donner des moyens aux entrepreneurs, aux entreprises, à nos
agriculteurs d'être capables d'accorder des temps de francisation. Il y a des
programmes. Il y en a un récent, entre autres, où est-ce qu'on peut libérer des
gens pour qu'ils puissent faire de la francisation
en milieu de travail. Mais les programmes, bien qu'ils peuvent exister, il faut
qu'ils soient utilisés. Et donc il y a du travail à faire à ce
niveau-là, ce qui n'est pas du ressort de notre mission à nous.
Mais, même obtenir un niveau de français 5,
ça a... c'est quand même... il y a quand même des niveaux de difficulté de liés à ça. Pour des travailleurs qui
vont faire des 15 heures par jour, des 60, 70 heures par semaine,
trouver les trois heures par jour nécessaires
à faire un peu de francisation, ça peut s'avérer difficile, le processus peut
être long, même si c'est seulement qu'à
l'oral. Donc, il faut absolument que ces programmes-là soient mis en oeuvre ou
que... des programmes spécifiques de mis en oeuvre. Il y a la grille
francisation, oui, mais il faut encore développer davantage pour qu'ils
puissent réussir à obtenir leur niveau de français.
Mme Gagnon
(Denise) : S'il y a une chose que la COVID nous a apprise, parce qu'on
sort d'une période quand même assez difficile, là, sur les chaînes
d'approvisionnement mondiales, c'est que la question de la sécurité alimentaire
implique aussi des travailleurs qualifiés. On a beau dire, bas salaires, non
qualifiés, mais il n'en demeure pas moins, et puis ça, on s'entend, la table de
concertation avec l'UPA puis les différents partenaires, que c'est un travail
qualifiant, tu sais? Tu vas travailler dans une ferme ou dans une usine de
transformation alimentaire, ça exige des qualifications professionnelles aussi.
Ça fait que je veux juste ne pas tomber dans «ce n'est pas des travailleurs qualifiés». Non, ils ont leurs qualifications
propres. Et ce qu'on a appris, c'est que... ce qui a donné suite au film Essentiels ,
cette chaîne d'approvisionnement là,
elle est majeure. L'association québécoise de coopération internationale tient,
toute cette année, son thème sur la sécurité alimentaire, puis on va
participer avec eux, là, pour ce secteur-là, pour faire des échanges.
L'autre chose qu'on a
apprise aussi pendant la COVID, c'est qu'on disait aux employeurs : Il
faut libérer les gens un peu sur leur temps de travail, peut-être avant qu'ils
commencent leur travail, une semaine ou deux avant, pour au moins qu'ils apprennent les droits civiques un peu, les
principes de français. On en fait un peu, de francisation, on n'est pas
un organisme de francisation, mais on en fait et on avait développé, avec un
organisme communautaire, un modèle particulier d'accueil. Puis là ils nous
disaient : Bien non, ce n'est pas possible, là. Alors, la COVID, on a fait
venir les travailleurs deux semaines à l'avance pour les isoler puis leur dire
comment prendre soin puis ne pas contaminer personne, puis tout ça. On pourrait
faire la même chose pour qu'ils aient un apprentissage minimal de base sur ne serait-ce que la culture du travail en
français. Prenez par exemple la lecture des produits toxiques dangereux, les
pesticides. Bien, Si tu ne peux pas lire les consignes de danger, tu mets ta
santé et sécurité en péril, là. On a vu, on
a un travailleur... on a gagné une cause qui est maintenant bien connue sur la
contamination d'un travailleur. Bien, peut-être,
s'il avait été en mesure de comprendre ces consignes-là, il aurait eu moins de
difficultés ou moins de contamination.
Donc, on pense que
oui, c'est faisable. La COVID nous a enseigné qu'ils sont des travailleurs
essentiels, ils sont qualifiés, puis il y a moyen, avec les employeurs, qu'on
s'entende. Parce qu'actuellement ils n'ont pas de voix, ceux qui ne sont pas syndiqués, surtout, parce qu'en plus on les a
désyndiqués dans le Code du travail, là, pour les petites fermes. Alors,
il faut leur donner cette voix-là puis la possibilité de s'organiser pour accéder
à ces belles passerelles, là, qu'on vient d'ouvrir, là, pour eux.
Mme Fréchette :
Bien, je suis contente de vous entendre, parce que ça allait être ma
prochaine question. La francisation, quand j'en entends parler en lien avec le
milieu agricole, on me dit : Ah non! mais, ça, il faut oublier ça, là, ce n'est pas possible, là, ils n'auront pas le
temps, ils n'auront pas le temps. Ça fait que vous, vous pensez qu'il y aurait
moyen quand même de dégager un peu de temps quand ils sont ici. Mais moi, je
pense qu'aussi en amont, avant même qu'ils n'arrivent au Québec... Là vous
parlez de peut-être arriver quelques jours avant. Ça, c'est une option, peut-être. Mais aussi avant qu'ils ne quittent
leur pays d'ori