Institutions — 21 March 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2018-03-21
Quebec — Committees
là on peut aller un peu plus loin et se dire : Bon, bien, parfait, on va
faire des tests d'ADN, comme ça, au moins, on pourra les identifier sur une base rigoureuse. Et ce qui se passe
avec le test d'ADN, bien, c'est un peu comme ce que j'ai montré sur les photos de chien, c'est qu'on se
rend compte qu'on a des résultats de 10 %, 20 %, 50 % de l'ADN
d'un chien qui est relié au type
pitbull, et là on doit mettre la barre pour savoir si le chien x, y, z,
finalement, va entrer dans ceux qui seront ciblés, et c'est un exercice
qui n'est pas facile à faire et qui est assez arbitraire.
je tiens également à préciser une conséquence importante de ce problème-là de
validité de nos identifications visuelles
des chiens, ce sont les statistiques. Dans l'espace public, il y a une quantité
incroyable de statistiques et d'études qui
traitent du nombre de chiens de type pitbull qui seraient présents dans la
communauté ou qui auraient commis des agressions,
et ces statistiques-là reposent sur l'identification visuelle des chiens dans
la très, très grande majorité des cas. Donc,
on vous incite à être prudents avec ces données-là qui vous sont soumises parce
que l'identification visuelle est à haut risque de fausser certaines
données.
Deuxième
enjeu : Est-ce que les chiens de type pitbull sont plus dangereux que les
autres? C'est une question qui est
tout à fait légitime et qui se trouve, en fait, au coeur du problème qu'on
essaie d'analyser ici. Et on comprend très bien l'inquiétude de la population. En raison du problème de validité des
statistiques, même s'il y en a un grand nombre qui pourraient appuyer
nos points, on choisit de ne pas en présenter. Je vais plutôt soumettre deux
faits à votre attention.
premier fait : la question de la pression exercée par la mâchoire. De
façon objective, on sait que la force de la mâchoire est directement proportionnelle à la taille du crâne, et ça,
c'est une corrélation qui n'a rien à voir avec la race du chien. À
titre d'exemple, on compare ici le chien
de type pitbull, dont la pression de mâchoire est de 235 livres, avec
le chien berger allemand, qui a une pression
de 238 livres. Donc, ce n'est pas les chiens de type pitbull qui sont en
haut de la liste pour ce critère-là.
Et je dois ajouter que tous les grands chiens, de grande taille, ont bien
malheureusement la capacité de mutiler des victimes, on a des données
assez larges qui démontrent ce fait-là.
Deuxième
fait, au niveau de la dangerosité, le nombre de décès au cours des
30 dernières années, au Québec, causés par des chiens, alors, très
rapidement on voit sur le graphique que ce ne sont pas les chiens de type
pitbull qui sont responsables du plus grand
nombre de décès, ce sont les chiens nordiques. Je pense que c'est un élément
important à prendre en compte quand on traite de la dangerosité.
Troisième
enjeu, élément de réflexion : Est-ce que de bannir les chiens de type
pitbull équivaudrait à réduire le risque
qu'il y ait des chiens forts et susceptibles d'être dangereux dans nos
communautés? Nous, dans les SPA et les SPCA, on est appelés à évaluer sur le terrain des chiens qui montrent des
signes d'agressivité et on émet des normes de garde suite à ces évaluations-là, et un des faits très
concrets qu'on observe, c'est que les chiens qu'on doit euthanasier
parce qu'ils représentent un danger appartiennent à un éventail très, très
large de races et de croisements de chiens : des labradors, des bergers allemands, des goldens. Et ce ne sont pas des
chiens qui se limitent aux chiens de type pitbull, je peux vous
l'assurer.
poursuis un peu la réflexion. Imaginons, pour un exercice, qu'on arriverait, au
Québec, à éliminer tous les chiens de
type pitbull, ce qui est utopique, là, si on arrivait à tous les identifier et
à tous les éliminer. Qu'est-ce qu'on verrait? Qu'est-ce qui se passerait? Bien, certainement qu'il y aurait encore des
gens qui voudraient avoir un chien de
grande taille, avec une allure
intimidante, et que ces gens-là, bien, jetteraient leur dévolu, finalement, sur
d'autres types de chien, d'autres races
de chien, et là il y a des dizaines et des dizaines de races de grands
chiens qui pourraient être intéressantes pour des personnes qui souhaitent avoir un chien
intimidant. Alors, est-ce qu'on
serait beaucoup plus avancés? C'est une question que je soumets. Est-ce
qu'on va, finalement, interdire l'un après l'autre tous les grands chiens, tous
les chiens forts?
Quatrième
enjeu : Est-ce que bannir des chiens de races ciblées augmente, pour une
raison x, y, z, malgré tout la sécurité des citoyens? J'imagine qu'il
reste peu de temps.
Président (M. Auger) : Effectivement, il n'en reste plus. À
moins, M. le ministre, que... qu'il vous permette de continuer.
M. Coiteux :
Je vais... Je peux laisser encore un deux minutes, pour qu'on puisse avoir des
échanges par la suite.
Le Président (M. Auger) : Deux
minutes supplémentaires. Donc, encore deux minutes supplémentaires.
Mme Jodoin (Emmanuelle) : C'est
gentil. Merci beaucoup.
Alors, je
propose... Rapidement, alors, je vais passer rapidement. Deux indicateurs. Le
premier : l'opinion des experts.
Il y a de très nombreux experts de tous les domaines qui se sont prononcés sur
cette question-là, et il y a une idée commune
qui se dégage de leurs propos, c'est que de bannir des races de chien ciblées
ne mène pas à une plus grande sécurité.
Et très rapidement je vais vous souligner quelques-uns de ces faits-là, le
Conseil canadien de la sécurité qui prône des mécanismes de contrôle des animaux et la sensibilisation plutôt que
l'interdiction d'une race. Les coroners qui ont analysé les cas de décès liés à des attaques de chien, les coroners
Litchblau, Trahan, Brochu, Dionne, Roy, aucun d'entre eux ne recommande de bannir des races de chien
ciblées. Les coroners on fait des recommandations, ils misent tous sur des approches pour augmenter la sécurité,
essentiellement de l'éducation et un meilleur contrôle animalier. Les
associations de médecins vétérinaires
québécoises, canadiennes, américaines, les experts en comportement canin, etc.,
est-ce qu'on peut rejeter d'emblée l'opinion de l'ensemble de ces
experts?
Pour aller
plus rapidement, je n'irai pas dans le détail. Je tiens simplement à mentionner
que l'expérience sur le terrain nous
montre aussi que ce type de législation là est difficilement applicable et
apporte peu de résultats en termes de sécurité. Alors, je vais accélérer
pour respecter la contrainte de temps.
Pour
conclure, en fait, au niveau des solutions, pour nous, ce qui est très
important, c'est de mentionner que l'AQSS est complètement en faveur d'une loi provinciale sur l'encadrement des
chiens dangereux, mais que, pour nous, il faut cibler la bonne cause. Et la cause, c'est le groupe des
chiens dangereux, et c'est ce groupe de chiens là qu'il faut cibler, et
non le groupe des chiens qui se comportent pacifiquement. Et, dans le groupe
des chiens dangereux, il y a des chiens d'un ensemble de races de chien, et
c'est très important de garder cet élément-là en tête. Merci beaucoup.
Président (M. Auger) : Merci. Merci beaucoup pour votre
présentation. Nous allons maintenant débuter la période d'échange. M. le
ministre.
Le Président (M. Auger) : Vous
avez maintenant 14 minutes à votre disposition.
M. Coiteux : J'ai
14 minutes. Alors, merci. C'est Mme Dubois, hein, qui a fait la
présentation? Vous êtes accompagnée de Mme Jodoin. Donc, merci d'être avec
nous ce matin.
Écoutez, j'aurais beaucoup de questions,
j'aurais beaucoup de questions, mais, comme un peu... comme vous aussi, j'ai
une contrainte de temps ici. Donc, je vais y aller directement avec ma première
question.
Vous parlez
de l'opinion des experts, vous citez un certain nombre de statistiques, vous
parlez d'études, et en même temps on
a eu hier une présentation de Mme Vadnais, qui nous a également présenté
des statistiques, qui nous a également présenté
des études. Comment se fait-il qu'on n'est pas capable de converger à une vision
commune de ce phénomène-là? Parce que
nous, là, ultimement, là, on écoute tout ça, on se dit : Bien, il y a une
étude qui nous dit cela, il y a une étude qui nous dit ceci. Moi, je ne suis pas un expert de ces questions-là, je ne
suis pas un expert de ces questions-là, mais j'ai, par contre, le devoir de m'assurer que la population
soit en sécurité partout sur le territoire. Et là je vois bien, je
comprends bien qu'à la lueur des tragédies
qui ont été vécues — Mme Vadnais
et sa famille, ici, ils ont vécu ça personnellement dans leur vie — les
gens ont peur, les gens ne se sentent pas en sécurité, particulièrement dans
les régions urbaines.
Alors, c'est important qu'on ait le bon
éclairage, là. Comment vous expliquez ça, vous, que les experts se contredisent
les uns et les autres?
Mme Dubois
(France) : C'est sûr qu'on a le même réflexe que vous, on a les mêmes
réflexions que vous. La raison pour
laquelle, en fait, on n'a pas voulu embarquer dans un débat de statistiques
mais plutôt vraiment se référer à l'expérience
de niveau terrain que nous avons... Vraiment, on côtoie des milliers de chiens
chaque jour, et ce qu'on voulait, nous,
en fait, c'est demander au gouvernement de penser à des mesures de contrôle qui
regroupent, en fait, l'ensemble de plusieurs
experts. Donc, nous, on a l'expérience terrain, les vétérinaires en ont une, et
plusieurs autres en ont
d'autres. On est d'accord
avec vous, c'est ce qu'on voit aussi sur le terrain, que les gens ont peur, et
on comprend que le gouvernement doit adresser
la peur. Et il ne faut pas non plus entrer dans le débat à savoir si les gens
ont raison d'avoir peur parce qu'ils ont été, bon, sensibilisés par les médias ou des trucs comme ça. Ils ont peur,
c'est un fait, et on doit l'adresser. Alors, vous devez absolument
vous assurer de mettre en place des mesures qui vont vraiment
attaquer la sécurité et non un sentiment de sécurité.
Donc, c'est
la crainte, ici, que nous avons, que le gouvernement, malheureusement, en ciblant des races, fasse fausse
route et par la suite perde la crédibilité ou la confiance de ses citoyens en
implantant des mesures qui n'adressent pas nécessairement la cause
réelle. Parce qu'on parle bien ici de dangerosité des animaux et non
de race spécifique. Et, nous, c'est ce qu'on voit sur le terrain, et on
est ici vraiment pour vous parler de notre expertise terrain, réellement.
Alors, c'est pour ça.
Il y a des
statistiques qui vont se contredire éventuellement dans tous les champs. Alors,
on est d'accord avec vous que c'est assez difficile, pour le commun des
mortels, de s'y retrouver, là, là-dedans.
M. Coiteux : Alors, j'aimerais
vous amener sur un autre terrain, à ce moment-là.
D'abord, le projet de loi,
effectivement, donne au gouvernement la possibilité d'interdire un certain
nombre de races qui feraient
partie
d'une liste de chiens qui par leurs caractéristiques sont réputés... avant même
qu'ils aient présenté un comportement
menaçant, ils sont présumés dangereux. Si jamais ils devaient avoir un
comportement menaçant, il serait peut-être
trop tard. Donc, ça prend des mesures particulières, c'est l'approche du projet
de loi. Mais le projet de loi veut qu'il
y ait des mesures d'encadrement minimales qui s'appliquent partout sur le
territoire pour tous les types de chien, mais a fortiori pour les types
de chien qui pourraient présenter un risque accru.
Alors,
j'aimerais vous entendre, vous, sur c'est quoi, ces normes minimales
d'encadrement, puis comment vous voyez
la gradation des mesures d'encadrement en fonction de la dangerosité. Ça, c'est
ma première question, elle est déjà complexe.
Mais ma deuxième, c'est : Est-ce qu'il faut attendre qu'un chien ait
manifesté un comportement qui le qualifie... qui nous amène à le qualifier de dangereux ou il n'y a pas des mesures
de précaution qui devr