Health and Social Services — 9 December 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CSSS 2020-12-09
Quebec — Committees
Le Président
(M. Provençal)
: Merci, Mme la
secrétaire.
Je souhaite maintenant
la bienvenue au Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé
publique, et aux membres de son équipe. Je vous rappelle que vous disposez de
15 minutes pour votre exposé, après quoi nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite à vous présenter
puis à commencer votre exposé. À vous la parole, docteur.
M. Arruda
(Horacio) : Bonjour. Horacio Arruda, directeur national de
santé publique et sous-ministre adjoint à la Direction générale de santé
publique du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.
M. le Président, Mmes
et MM. les députés, cette commission parlementaire nous donne une occasion de
revenir sur la situation des derniers mois pour relever ensemble ce défi sans
précédent. J'oeuvre en médecine préventive et santé communautaire depuis plus
de 35 ans, comme professeur et médecin-conseil. Je suis au ministère
depuis maintenant 20 ans et j'occupe, comme le prévoit la loi de santé,
deux fonctions, deux chapeaux différents depuis
2012 : je suis sous-ministre adjoint à la Direction générale de santé
publique et directeur national de santé publique.
J'ai déjà fait face à
plusieurs épidémies et même pandémies. Celle-ci est sans contredit
exceptionnelle et sans précédent. Un virus invisible, pernicieux, inconnu a
transformé le monde et continue encore à nous menacer. Cette pandémie de
COVID-19 a touché toute la planète. Elle nous a plongés dans un univers
d'incertitude et continue encore à poser de
nombreux défis à toutes les sociétés du monde, qui se doivent d'agir
collectivement pour gérer les risques.
Je serais heureux de
répondre à vos questions, mais avant je souhaite faire état des actions que
nous avons prises pour relever le défi incontestable : sauver et protéger
les vies humaines de nos concitoyens. Les actions et la solidarité de tous sont
nécessaires. Et il nous faut aussi aborder les enjeux et défis qui sont devant
nous.
Au cours des derniers
mois, j'ai été le visage de la Santé publique, le visage d'une équipe d'experts
dévoués, répartis partout sur le territoire du Québec. Aujourd'hui, je suis
accompagné de l'un d'eux, il s'agit du Dr Richard Massé, médecin
spécialiste en santé communautaire. C'est d'ailleurs lui qui a été le premier à
occuper le poste de directeur national de santé publique et a fortement
contribué à la modernisation de la Loi de santé publique en 2001. Nous avons dû gérer des épidémies et
des campagnes de vaccination massives d'urgence. Avec mes collègues de
Santé publique, nous avons relevé certains défis. En 2009, la pandémie de
grippe H1N1 a été une expérience qui a aussi interpelé toute notre société.
Elle nous a aussi permis d'élaborer des plans et réponses dans une perspective
de santé publique et de sécurité civile. Comme à chaque expérience, nous avons beaucoup
appris de nos bons coups comme de nos moins bons coups. Cela a grandement servi
à préparer cette crise que nous vivons présentement, même si cette dernière n'a
aucune commune mesure avec la pandémie de 2009.
Je crois nécessaire
de vous parler
sommairement de la manière dont fonctionne la Santé publique au Québec.
En tant que directeur national de santé publique du Québec, j'ai pour mandat de
prêter assistance au ministre de la Santé et des Services sociaux dans
l'accomplissement de ses responsabilités en santé publique. Celui-ci peut me
déléguer des fonctions et des pouvoirs dont il dispose en vertu de la
Loi sur
la santé publique.
Je travaille, bien
entendu, en collaboration avec les directeurs régionaux de santé publique, qui
sont les responsables de leurs territoires respectifs. Ces derniers ont notamment le mandat d'informer la population
sur différentes situations, comme l'état de santé de la population en
général, les priorités concernant certaines problématiques de santé et leurs
facteurs de risque. Ils sont tenus d'intervenir en supervisant le développement
de leurs interventions et en mettant sur pied des études et des recherches en
lien avec la situation. Ils doivent aussi repérer certaines situations qui
pourraient représenter un danger pour la santé publique et instaurer des
consignes nécessaires pour la protéger.
Dans le cas de la pandémie
actuelle, notre rôle est bien d'informer les autorités gouvernementales, à la
lumière des dernières données scientifiques disponibles et qui sont évolutives,
afin qu'elles prennent les décisions les plus éclairées possible pour préserver
la santé des Québécoises et des Québécois. Nous disposons d'une grande équipe
d'experts qui collaborent avec les équipes régionales et qui peuvent aussi
compter sur le soutien de l'Institut national
de santé publique. Toutes ces
personnes ont été très sollicitées ces derniers temps, et je souhaite leur dire
merci pour leur mobilisation exemplaire au cours des derniers mois.
Ensemble, nos décisions et nos recommandations
sont fondées et s'appuient sur les données probantes, l'évolution pandémique, les
pratiques internationales, les recommandations de l'OMS et d'autres institutions scientifiques, la gestion des risques, l'équilibre entre la
santé physique et certains éléments psychosociaux, notamment les problématiques
de santé mentale. Il est important de mentionner qu'à chacun de ces éléments il
faut à chaque fois l'adapter au contexte et
à la situation du Québec. Il y a, bien sûr, la théorie et la pratique. Mon
travail, c'est d'obtenir le meilleur
consensus d'experts dans un contexte de connaissances en constante évolution.
Ceci est au coeur de notre mission.
Maintenant, j'aimerais revenir un peu sur le
contexte entourant cette crise inédite de COVID-19. Dès janvier dernier, au
moment où les premiers cas ont été annoncés à l'échelle internationale, le Québec
s'est mobilisé pour faire face à la pandémie de la COVID-19, puisqu'il était
inévitable que nous ne serions pas épargnés. Parti de la Chine, le virus a rapidement
étendu son emprise sur de nombreux pays. Cette emprise a été fulgurante.
Dès le 13 mars, le Québec annonçait la
fermeture des écoles, des cégeps, des universités et des services de garde.
Reportons-nous à ce moment. Nous étions dans les premières juridictions du
continent à prendre de telles mesures. C'est d'ailleurs ce qu'on a appelé le
début du confinement total de la première vague.
Le 14 mars, le Québec déclarait l'état
d'urgence sanitaire. Si, à l'époque, les gens étaient surpris et questionnaient
cette décision, aujourd'hui il aurait été impensable de ne pas l'avoir fait.
Cette première vague a nécessité la mise en
place de différentes mesures, notamment la fermeture des commerces non essentiels. Cela
découlait des recommandations de nos
équipes, en fonction des connaissances les plus à jour que nous avions. Ces
connaissances n'ont cessé de s'affiner au
fil des semaines et des mois. Nous sommes toujours restés à l'affût de
ce qui se passait ailleurs dans le
monde. C'est d'ailleurs grâce à cette évolution des connaissances
que nous avons pu procéder à un déconfinement progressif à partir de la fin du printemps, tout en nous préparant à la deuxième vague qui était anticipée pour l'automne.
Nous avons également recommandé le port du
masque d'abord et l'avons rendu obligatoire ensuite. Encore là, nous étions
parmi les premiers, sinon la première juridiction à agir ainsi au Canada. Nous
avons procédé par étapes en fonction des habitudes des Québécois, tel un plan
d'intervention d'un médecin envers son patient. Il ne fallait pas agir avec
précipitation. Notre principal souci était de s'assurer que les gens allaient
intégrer cette nouvelle réalité dans leurs comportements. Nous souhaitions
éviter que les gens se croient dorénavant protégés avec le masque et réduisent
l'application des mesures de base pourtant fondamentales : la
distanciation physique et le lavage des mains. Je le rappelle, le masque
protège les autres avant de nous protéger nous-mêmes.
En clair, la préparation à la deuxième vague
nous aura permis de préparer les mesures qui sont actuellement en place. Ces
mesures sont, dans l'ensemble, moins contraignantes qu'au printemps en étant
mieux ciblées, ce qui permet à l'économie de fonctionner, aux gens de travailler
et aux jeunes de continuer d'aller à l'école tout en préservant au maximum la
santé de la population. Car la santé, rappelons-le, est la priorité qui a
présidé toutes les décisions qui ont été prises sous recommandation de l'avis
indépendant des experts. C'est la même chose pour ce qui est des changements de
paliers qui ont été annoncés cet automne, nos équipes ont recommandé ces
changements au gouvernement en se basant sur de nombreux indicateurs qui sont
suivis dans chacune des régions.
Cela nous amène à aborder l'état actuel de la
pandémie. Plusieurs voient l'arrivée imminente d'un vaccin comme la fin, la
dernière étape, mais rien n'est encore terminé et de nombreux enjeux continuent
à nous préoccuper. Depuis quelque temps, nous l'observons sur le terrain, nous
sentons ce que plusieurs appellent un relâchement. Il ne faut pas négliger ni
ignorer la fatigue des Québécois. Nous ne sommes pas différents d'ailleurs,
nous vivons le même combat. Il faut une mobilisation collective à un ennemi
commun. Aucun gouvernement ne pourra réussir sans cet effort collectif
nécessaire. Le vaccin, tout comme le port du masque depuis juillet dernier, ne
doit en aucun cas être vu comme un prétexte de relâchement aux mesures de
prévention de base, la distanciation physique et le lavage des mains. Il n'y a
pas de recette magique. Tant que le Québec n'aura pas atteint la masse critique
de personnes immunisées, nous devrons maintenir ces mesures. Et j'ai un seul
conseil à formuler aujourd'hui, un seul : diminuez vos contacts, parce que
le virus, il se nourrit de contacts humains. Chaque contact est une source
probante, un risque potentiel pour de nouveaux cas et de nouvelles éclosions.
C'est d'ailleurs la mise en garde qu'il faut se donner.
2021 sera une année de paradoxes et de mélanges
de sentiments. La vaccination cohabitera avec d'autres cas et d'autres éclosions. Les vaccins suscitent
l'espoir, mais d'autres cas et éclosions surviendront, par ailleurs. Il nous
faudra faire preuve d'une extrême rigueur et méfiance. Le virus ne sera pas
exterminé, et les risques seront encore présents.
La capacité d'accueil de notre réseau de la
santé est l'une des principales raisons pour lesquelles la décision a récemment
été prise d'éviter les rassemblements pendant la période des fêtes. Nous
sommes, actuellement, fortement préoccupés. La COVID a des impacts immenses,
immédiats et à venir, immédiats pour le système de soins, pour ceux qui
souffrent de la maladie, du décès d'un de leurs proches et de ceux qui n'auront
pas leur chirurgie, ou leur traitement, ou un diagnostic précoce.
L'après-pandémie nous exposera à des enjeux importants de maladies chroniques,
d'obésité, de dépendance et de santé mentale. Nous devons y faire face et
s'attaquer aussi à ces réalités qui vont avoir été accentuées par la COVID-19.
D'une ampleur sans précédent dans l'histoire
moderne, notamment par la vitesse à laquelle elle s'est répandue sur la
planète, la pandémie de COVID-19 nous aura obligés à réagir rapidement sans que
nous ayons toujours les connaissances et le recul nécessaires
pour éviter certaines erreurs. Mais c'est ainsi, toutes les sociétés du monde l'ont vécu de cette manière, chacune avec
leurs enjeux particuliers. En tant qu'équipe d'experts et de
spécialistes, nous n'avons pas la prétention de n'avoir commis aucun faux pas,
mais nous avons la certitude d'avoir toujours fait les meilleures recommandations
à la lumière de l'information que nous avions, une information nouvelle et, je
le rappelle, évolutive, de surcroît.
Nous avons appris avec la H1N1 en 2009. Nous
aurons beaucoup appris de cette pandémie, de cette première vague et
de cette pandémie, qui n'est surtout pas terminée. Nous serons encore mieux
préparés pour les crises que nous aurons
à affronter au cours des prochaines décennies, notamment les prochaines
générations de médecins spécialistes.
Je vous remercie de m'offrir l'occasion de vous
présenter notre travail, et nous sommes disposés à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant
débuter la période d'échange. Nous initions le premier bloc d'échange avec le groupe
parlementaire formant l'opposition officielle. Alors, je vais céder la parole à
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
À vous la parole, madame.
Mme Anglade : Merci, M. le
Président. Et bonjour à tous mes collègues ici. Bonjour à vous, Dr Arruda,
et d'abord vous remercier d'avoir répondu favorablement à la demande de l'opposition
officielle pour l'exercice qu'on est en train de faire. Vous remercier également
pour le travail que vous avez accompli depuis des mois pour l'ensemble des Québécois.
Et je salue les personnes qui vous accompagnent. J'ose croire que les échanges
que nous allons avoir vont nous permettre de bien comprendre le travail qu'est
le vôtre et de voir de quelle manière les décisions se prennent au sein du gouvernement.
Je vais tout de suite y aller, M. le Président,
avec ma première question. Nous avons interpelé le gouvernement à propos des
tests rapides et de la déclaration du Dr Fauci, qui disait que nous devrions,
au Canada, tester tous les asymptomatiques.
Considérant les risques de reconfinement actuels et vu la situation
difficile dans laquelle on se trouve aujourd'hui, j'aurais deux questions
pour vous. À l'instar de l'Ontario et de la Nouvelle-Écosse, considérez-vous revoir votre position sur les
tests rapides et ainsi pouvoir tester le plus grand nombre de Québécois possible pour détecter un maximum
de personnes qui sont asymptomatiques? Et, comme deuxième question, pouvez-vous
nous expliquer en quoi votre modèle pour les personnes asymptomatiques diffère
de la proposition du Dr Fauci?
M. Arruda (Horacio) :
Alors, merci pour ces questions. Premièrement, il faut comprendre un élément
que je tiens important à faire. Comparativement à d'autres provinces, en
termes... on a travaillé, au Québec, dans la perspective d'implanter le test de
PCR, qui est considéré comme étant le standard de test pour faire le dépistage.
Et vous vous souvenez qu'au début on avait une certaine capacité, qui a été en
augmentant dans le temps. Et donc le Laboratoire de santé publique du Québec a
développé ce test-là à partir des preuves provenant du laboratoire de Winnipeg,
et on a rapidement, au Québec, contrairement à d'autres provinces, implanté le
PCR, même dans des zones distantes, donc, en termes de tests.
La question des tests rapides, il faut
comprendre que les tests... l'utilisation des tests rapides au Québec a été
gérée, en termes de recommandation, par des groupes d'experts cliniciens, des
gens de santé publique, des gens des laboratoires pour nous faire les
meilleures... les recommandations qui étaient adaptées à la réalité québécoise.
Les tests rapides ont des avantages et ont aussi plusieurs inconvénients. Notamment,
on sait que certains tests, chez les patients asymptomatiques, vont créer énormément
de faux négatifs ou peuvent aussi, dans certains cas, créer des faux positifs.
Et même Santé Canada recommandait qu'on utilise ces tests-là toujours en
validation parallèle avec le test de PCR. C'est ce que notre Laboratoire de
santé publique a fait, comme tel... en train de le valider.
Et on a introduit aussi dans nos choix, si vous
me permettez, l'analyse, là, de tout ce qu'on appelle les catégories de
personnes — asymptomatiques
ou pas asymptomatiques, travailleurs de la santé, cas, contacts de cas, en situation
d'éclosion, non-éclosion — pour
être capables de vérifier la sensibilité des tests et la valeur de détection
des tests. Dans une population où la prévalence... Pour que le test soit le
plus rentable en termes d'efforts pour aller détecter, c'était clair que les
patients symptomatiques, les gens qui étaient des contacts de cas
symptomatiques, les travailleurs de la santé qui étaient dans des milieux en
éclosion, c'était adéquat. Dans les populations en général, quand il y avait
des tests, les gens sont asymptomatiques, la valeur du test a été, je vous
dirais, moins significative.
Mais nous sommes à revoir l'ensemble de la
procédure pour introduire le test rapide, mais dans les meilleures conditions,
c'est-à-dire avec des indications où on va vivre avec une certaine baisse de
sensibilité ou de spécificité, mais qui va être considérée acceptable. Cette situation-là
est actuellement en cours, et l'intégration des tests rapides va se faire dans
certains milieux, au chevet du patient, ce qui va permettre de prendre des
résultats, mais on veut que ça soit indiqué, selon les recommandations de nos
experts. Donc, sans dire que l'utilisation des tests chez les
asymptomatiques... pas être adéquate, nous avons des recommandations qui sont
basées aussi sur ce qu'on a observé au Québec en termes de résultat des tests.
Le Président (M. Provençal)
: Vous aviez une deuxième question qui avait été posée par
la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Arruda
(Horacio) : C'était...
La deuxième question était en lien avec les tests rapides par rapport aux autres.
Le Président
(M. Provençal)
: Ça
vous va?
M. Arruda (Horacio) :
J'ai répondu aux deux, je crois.
Mme Anglade : Oui, ça me va.
C'était pour la distinction entre le Dr Fauci... mais ça me convient. Je
vais céder la parole à ma collègue de Maurice-Richard.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous
remercie. Bonjour, Dr Arruda. Bonjour à vos équipes.
Vous me permettrez, déjà, d'être un peu surprise
de la réponse que vous faites, en ce sens que vous dites revoir l'utilisation
des tests rapides alors qu'ils ne sont toujours pas utilisés et que ça fait
sept semaines qu'ils sont déjà arrivés au Québec, mais on aura l'occasion d'y
revenir.
J'aimerais
vous poser une question en lien avec une déclaration que l'ex-ministre de la Santé, Mme McCann, a faite le 22 mai dernier, puis je la
cite, elle disait : «...on s'est aperçu, à la fin mars, début avril, que
les personnes asymptomatiques pouvaient propager le virus, ce qui a été une
donne qui a changé vraiment le cours des choses.» Je vous rappellerai que la communauté
médicale lançait l'alarme sur la transmission de la COVID-19 par des personnes
asymptomatiques dès la fin janvier. Donc, la question sera toute simple :
Comment vous pouvez expliquer la déclaration de la ministre de la Santé?
M. Arruda
(Horacio) : Il faut
comprendre qu'effectivement il y a des hypothèses de patients asymptomatiques dont on ne connaissait pas l'ampleur du phénomène.
On savait que ça avait été démontré, qu'il y avait eu des patients asymptomatiques
qui avaient transmis la maladie, par contre son ampleur n'était pas connue de
façon significative. Même moi, en janvier,
par principe de précaution, j'avais communiqué qu'il fallait peut-être
prendre ça en considération. Mais là
la mécanique exacte pour laquelle... Probablement que, plus tard, dans la séquence des événements,
la notion de transmission asymptomatique devenue plus significative est arrivée plus tardivement, même si on la
suspectait dès janvier.
Mme Montpetit : Vous dites
l'avoir communiqué en janvier. Vous l'avez communiqué à qui?
M. Arruda (Horacio) :
Non, non, on l'avait communiqué, notamment, dans un contexte de retour des gens
qui revenaient du voyage à l'extérieur, où on voulait diminuer le nombre... le
temps, avec le fédéral, de quarantaine. Nous, on avait maintenu le fait qu'il
fallait vraiment maintenir le 14 jours, tout comme c'était fait pour les
gens qui étaient rapatriés de Chine.
Mme Montpetit : O.K. C'est parce
que vous dites l'avoir communiqué en
janvier. Le retour de la quarantaine, c'est
après la semaine de relâche. Est-ce
que vous... Je ne veux pas mal vous
citer. Est-ce que vous avez communiqué quelque chose, en
janvier, par rapport à la transmission...
M. Arruda (Horacio) :
Pas à la ministre, c'est des discussions qu'on avait au niveau
fédéral-provincial par rapport à la question : Est-ce que l'on devait
mettre les gens en quarantaine véritablement 14 jours, compte tenu aussi
du fait que plusieurs pouvaient être asymptomatiques jusqu'à cette période?
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Mme Anglade : Merci.
Dr Arruda, nous avons vu, au fil de la pandémie, certaines voix
dissonantes en matière de santé publique.
J'aimerais que vous puissiez nous expliquer de quelle façon sont formulées les
recommandations au premier ministre. Et est-ce que les directions régionales de
la santé publique sont consultées sur les avis qui sont émis? Et comment se
font les arbitrages lorsque les avis sont divergents?
M. Arruda (Horacio) : Il
faut comprendre que, un, tous les avis sont basés, habituellement, sur ce qu'on
a comme information sur les données probantes, et, en ça, c'est notre Institut
national de santé publique qui fait des revues de littérature et qui,
rapidement, va émettre des avis et ajuster les demandes qu'on leur a faites.
Ça, c'est pour ce qu'on appelle la donnée probante publiée dans la littérature.
Il faut voir que, dans un phénomène en
émergence, plusieurs articles peuvent paraître et souligner un élément, mais
qui n'est pas encore confirmé, notamment, par les autorités de l'OMS ou d'autres
organisations parce qu'une seule étude ne peut pas faire nécessairement la
décision. Ensuite, il y a toute une série d'analyses qui est faite par rapport
au niveau international, quelles ont été... parce que les pandémies avaient
commencé dans d'autres pays, quelles étaient
les mesures qui avaient été prises, quel avait été, potentiellement, l'effet
par rapport à ça. Ensuite, il y a d'autres éléments qui prennent en
considération les enjeux d'intervention comparée.
Et ce qui se passe, c'est que, de notre côté,
les directeurs de santé publique, mes experts au ministère de la Santé, en
faisant l'analyse des données qui proviennent de l'Institut national... nous
avons des rencontres régulières avec les directeurs de santé publique, je vous
dirais, presque quotidiennes, sauf, des fois, le samedi, comme tel, et nous
échangeons sur les enjeux qu'ils observent, sur les recommandations qu'on
devrait faire au gouvernement. C'est clair que nous arrivons avec une
proposition qui a été discutée à l'interne du ministère. Dr Massé et des collègues, selon leur spécialité, vont émettre et vont me
soumettre des recommandations. On les discute avec les directeurs de santé
publique. On rentre, après ça, en itération avec le gouvernement pour répondre
à ses questions, et nous émettons une recommandation.
Ce qui est très important de mentionner ici,
compte tenu de la vitesse à laquelle on doit prendre des décisions et le
processus actuel de pandémie, ce sont des avis qui sont écrits, des tableaux
qui sont présentés, mais ce n'est pas des avis au même
titre qu'une
organisation qui va faire une revue de littérature complète, qui va émettre de
la documentation, qui va prendre quelques semaines, les choses étant
évolutives. Et à ce moment-là nous, on arrive à présenter au gouvernement notre recommandation, qui, habituellement,
fait consensus. Même s'il y a des discussions, compte tenu de
l'incertitude puis qu'il n'y a pas de données probantes partout, on en arrive à
un consensus. Nous présentons la recommandation au gouvernement, aux autorités.
Nous, notre rôle, c'est de faire des recommandations; eux doivent disposer et
gérer le risque. Nous, on fait une analyse de gestion du risque en fonction de
la santé publique; eux font des analyses en fonction du risque de plein d'autres
déterminants de la santé dans la société, et, à ce moment-là, la décision est
prise.
Et, jusqu'à maintenant, les directeurs de santé
publique, on a toujours été dans une situation où, quelquefois, en présentant
deux, trois scénarios, il est possible qu'on ait choisi un scénario qui ne soit
pas notre premier, mais je tiens à vous dire
qu'actuellement, jusqu'à maintenant, les directeurs de santé publique ont été
solidaires des décisions qui ont été prises.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Maurice-Richard.
Mme Montpetit : Je vous
remercie. Donc, l'arbitrage final, je comprends, c'est vous qui le faites?
M. Arruda (Horacio) : Je
veux dire, s'il n'y a pas... Écoutez, jusqu'à maintenant, on est arrivés à un
consensus. Il faut comprendre que... Je vais définir le consensus comme
quelqu'un qui est capable de vivre avec la solution, et il ne considère pas que
c'est grave. Vous devez comprendre que, comme directeur national, si vous me
permettez, j'ai toute une équipe de santé publique qui me regarde et qui me
surveille, j'ai un institut. Et je ne suis pas sous-ministre adjoint quand je
suis directeur national. J'ai d'ailleurs été deux fois, en commission
parlementaire, contre, je vous dirais, la position gouvernementale. C'est
arrivé dans l'alcool dans les casinos et aussi, même à ce gouvernement-là, par
rapport à la recommandation de l'âge au cannabis.
Le Président (M. Provençal)
: Madame voudrait une autre question.
Mme Montpetit : C'était une
question qui demandait un simple oui ou non, vous savez, on est pris un petit
peu par le temps.
M. Arruda (Horacio) :
Oui, je comprends, excusez-moi. Je vais essayer de faire des réponses courtes.
Mme Montpetit : Il n'y a aucun
souci. Est-ce que... Juste pour bien vous comprendre... Aussi, le premier
ministre a affirmé à plusieurs reprises qu'il n'y avait pas de traces écrites
des recommandations. Là, encore là, je ne veux pas vous mettre en porte-à-faux,
j'ai cru comprendre que vous disiez qu'il y avait des recommandations écrites.
Est-ce que c'est le cas, oui, non? Et, si ce n'est pas le cas — vous
avez, d'entrée de jeu, mentionné que nous aurons beaucoup appris de cette
crise — est-ce
que vous ne sentez pas qu'il serait nécessaire de formuler des écrits pour
l'analyse qui sera faite de la gestion de cette pandémie par la suite?
M. Arruda (Horacio) :
Bon, écoutez, il y a des documents de travail. Il y a, par exemple — puis
je pourrais vous le déposer, si vous voulez le voir, à la commission — ce
qu'on a déposé comme étant le document pour expliquer les vacances autour la
période de rassemblement de Noël, là. Je veux dire, ça a été fait pour une
compréhension, ça n'a pas été un texte qui a été écrit comme on fait un avis habituellement,
ça a été des graphiques, avec des positionnements. Je pourrais, si vous voulez,
le déposer à la commission, si vous voulez, là.
Pour vous donner un exemple de façon de faire,
souvent ça peut être des PowerPoint qui sont faits, parce qu'on a peu de temps.
On ne veut pas... Les gens ont beaucoup de lecture à faire. On va directement
au point, puis à la recommandation, puis au tableau. Mais je pourrais vous
donner un exemple, si vous voulez, à la commission.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, compte tenu que vous avez offert un dépôt, la commission
va accepter le dépôt.
Mme Montpetit : Si je peux me
permettre, dans cet élan de proposition, si vous avez plusieurs exemples, on
les prendra, en dehors de ceux de la période de Noël aussi, s'il y en a
d'autres qui sont antérieurs. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Vous le transmettez au secrétariat avant la fin de la
séance. Merci.
M. Arruda (Horacio) : Ça
va être fait.
Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Mme la députée.
Mme Anglade :
Oui, alors, merci. Dr Arruda, j'ai une série de questions en rafale pour
vous. Alors, toutes les questions qui vont suivre découlent de l'article d'Alec
Castonguay qui a été publié dans L'Actualité le 27 février 2020.
Le ministère de la Santé lance un appel d'offres afin de
renflouer ses équipements de protection sanitaire . Première question :
Avez-vous signifié à une autorité politique ou administrative des
préoccupations à cet effet au mois de décembre 2019 ou 2020?
M. Arruda
(Horacio) : Ce qui est arrivé, c'est que, premièrement, la
première rencontre de la Sécurité civile, au ministère de la Santé, le
24 janvier 2020, ça a été le moment où... bon, on a suivi ce qui se
passait en Chine, on a vu ce qui est arrivé
en Colombie-Britannique, mais ça a été une des premières rencontres.
Puis, bien entendu, dans la perspective des travaux qu'on avait déjà
faits dans le cadre du plan de la pandémie H1N1, on avait discuté qu'il
fallait revoir le stock de nos réserves d'équipement de protection dans le
contexte de ce qui est arrivé antérieurement.
Mme Anglade :
O.K. Alors, ma question : Est-ce que vous avez demandé à une autorité politique
ou administrative de renflouer les stocks pour se préparer à la crise? À ce
moment-là, en décembre ou en janvier, est-ce que vous avez demandé cela?
M. Arruda
(Horacio) : Je tiens à vous dire que ce n'est pas le secteur
que moi, je couvre, comme tel. Il y a... Les approvisionnements font
partie
d'une des missions santé de la Sécurité civile au sein du ministère, et c'est
par ce processus-là que c'est fait. Ce n'est pas moi, personnellement, qui l'ai
demandé, mais, comme entendu, dans le cadre des plans de pandémie, nous avions
dit qu'il fait revoir les stocks.
Mme Anglade :
Est-ce que vous savez si... Au moment où ça a été recommandé, puisque ce n'est
pas vous qui étiez en charge, est-ce que vous savez s'il y a eu une formulation
auprès d'un acteur quelconque par la suite? Est-ce que ça a été pris en compte... approvisionnements?
Et cette recommandation a été plus loin? Est-ce que vous le savez?
M. Arruda
(Horacio) : Je ne peux pas répondre. Honnêtement, je ne peux
pas répondre tout ce qui est arrivé avec qu'est-ce que mes collègues ont fait
puis par quel processus ça s'est fait.
Mme Anglade :
D'accord. Est-ce que vous pourriez nous expliquer pourquoi, à ce moment-là, le
ministre de la Santé lance un appel d'offres seulement le 27 février, le
jour même du premier cas? Vous ne seriez pas en mesure de répondre à ça non
plus?
M. Arruda
(Horacio) : Non.
Mme Anglade :
Très bien. Autre question. Lorsque vous mentionnez, au mois de janvier :
Si le virus sort de la Chine, on est dans le trouble, est-ce qu'à ce moment-là
vous avez recommandé au gouvernement de remplir les inventaires de matériel de
protection? Est-ce qu'il y a une recommandation qui a été formulée qui émanait
de la Santé publique à ce moment-là?
M. Arruda
(Horacio) : À ma connaissance... il faudrait que je revérifie,
mais je pense que ça a été dit comme ça dans la rencontre de l'Organisation de
la sécurité civile, mais il n'y a pas nécessairement eu une recommandation
écrite, là. Je pourrais quand même... Je veux juste, si vous me permettez,
compte tenu que... je ferai les vérifications là-dessus et, si jamais il y a eu
recommandation écrite ou quoi que ce soit, je vais vous revenir.
Mme Anglade :
Parfait. Excellent. Et est-ce qu'à ce moment-là, lors des discussions, il y a
des gens qui ont mentionné... même si ça n'a
pas été écrit, est-ce qu'il y a des gens qui ont mentionné ce qui se passait en
Colombie-Britannique et dans
d'autres juridictions par rapport à la commande de tests éventuelle? Est-ce que
ce sujet-là a été abordé dans les discussions que vous avez eues, même si ce
n'est pas vous qui aviez à prendre la décision?
M. Arruda
(Horacio) : Sur les tests ou sur l'équipement?
Mme Anglade :
Sur les équipements.
M. Arruda
(Horacio) : Je m'occupais des éléments de santé publique, de
surveillance, d'épidémiologie et autres, pas nécessairement de cet élément-là,
mais, comme je vous dis, je pourrais faire des vérifications.
Mme Anglade :
Parfait. Je peux... J'ai encore du temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Oui.
Mme Anglade :
Autre question que j'ai pour vous, Dr Arruda : Est-ce que vous avez
signifié à une autorité politique ou administrative
la gravité de la situation qui allait frapper le Québec
avant le 9 mars, date à laquelle il y avait la rencontre avec le
cabinet du premier ministre?
M. Arruda
(Horacio) : Oui, on a exprimé... on voyait, d'ailleurs, ce qui
se passait dans d'autres pays en termes d'impacts, notamment l'Italie, etc.,
là, ça fait qu'on avait dit que c'était un syndrome important et que ça allait
avoir, d'ailleurs... ça allait avoir un impact important sur notre système de
soins, ce qui a eu comme... à cause de la transmission communautaire, on l'a vu
dans d'autres pays, ce qui a fait qu'on a pris des mesures agressives, je vous
dirais, à partir du 13 mars.
Mme Anglade :
Est-ce qu'avant le 9 mars... puisque vous êtes déjà inquiet au début du
mois de janvier, est-ce qu'avant le 9 mars vous avez communiqué
avec une autorité politique pour dire : Nous avons un enjeu par rapport à
ce qui s'en vient, ou ça s'est passé le 9 mars?
M. Arruda (Horacio) :
Bien, c'est-à-dire que je n'avais pas de discussion... je veux dire, à travers
les états de situation qu'on faisait pour mises à jour, parce qu'on faisait des
états de situation de mises à jour pour les autorités, pour la ministre de la
Santé, et ça va dans la machine, on mentionnait ce qu'on apprenait au fur et à
mesure en termes de notes de breffage.
Mme Anglade : Donc, à ce
moment-là, il y avait des états de situation écrits qui étaient formulés de
votre côté, qui ont été transmis à la ministre de la Santé. C'est ce que vous
nous dites.
M. Arruda (Horacio) :
Bien, ça monte effectivement dans l'appareil administratif pour,
habituellement, atterrir sur le bureau de la ministre.
Mme Anglade : Et est-ce que
vous savez, les premiers états de situation par rapport à ce dossier qui sont
montés vers la ministre, ils étaient en date de quand? Est-ce que vous avez une
idée?
M. Arruda (Horacio) :
...devoir faire la vérification, je m'excuse, je ne m'attendais pas à des questions...
qui sont pertinentes, mais je vais demander, là, à ressortir le premier état de
situation qu'on a fait sur la pandémie.
Le Président (M. Provençal)
: Une minute.
Mme Montpetit : M. le Président,
oui, simplement pour m'assurer... Le Dr Arruda nous propose de faire plusieurs
suivis avec nous. Je lui propose de faire les suivis avec la commission, là,
sur les nombreux points qu'il nous a indiqués, là.
Le Président (M. Provençal)
: Toute information vous sera transmise, effectivement.
Mme Montpetit : Parfait.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste 40 secondes.
Mme Anglade : Il reste
40 secondes. Est-ce que... Peut-être une question rapide. Vous rencontrez
le cabinet du premier ministre le 9 mars, est-ce que vous êtes surpris, à
ce moment-là, de voir que peu de personnes sont au courant de la gravité de la situation?
M. Arruda (Horacio) :
Non, les gens étaient au courant de la situation. Je pense que tout le monde
était au courant de la situation.
L'enjeu est toujours d'apprécier le risque qu'on voit ailleurs,
jusqu'à quel point il va venir nous atteindre chez nous, la vitesse à
laquelle ça va rentrer, mais je pense que les gens étaient préoccupés par la situation.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, Dr Arruda. Nous
poursuivons cet échange avec le député de Beauce-Sud. À vous la parole.
M. Poulin : Merci beaucoup, M.
le Président. Bonjour aux collègues. Bonjour, Dr Arruda, et les gens qui
vous accompagnent. Tout d'abord, merci pour cet exercice de reddition de
comptes fort important. Merci pour le travail que vous faites, également,
depuis les derniers mois, qui n'est pas un travail facile, qui n'est pas un
travail évident dans une situation
mondiale. Il n'en demeure pas moins que, malgré votre expérience, vous avez été
nommé par le précédent gouvernement en 2012, que c'est un travail qui
est colossal dans une situation extrêmement particulière.
Avec l'expérience que vous avez, M. le
Président — c'est
vrai, je devrais m'adresser à vous, M. le Président — j'aimerais
qu'on distingue les rôles entre le politique, l'INSPQ et vous. Est-ce que vous
pouvez bien nous expliquer, là, comment ça fonctionne avec l'INSPQ, les recommandations
qui sont faites, l'analyse qui est faite, les recommandations de la Santé
publique et le rôle du politique? Est-ce qu'on peut d'abord... Parce que, dans
les prochaines minutes, on pourra parler de santé mentale, des décisions qui
ont été prises, de l'impact, également, de certaines recommandations, mais d'abord
campons bien les rôles de l'INSPQ, la Santé publique et le politique.
M. Arruda (Horacio) : Il
faut comprendre que l'Institut national de santé publique est une organisation
paragouvernementale qui relève directement du ministre de la Santé, et ils sont
là pour être l'expertise de santé publique. Donc, c'est
une organisation qui n'est pas une université, qui est un institut où des
experts de santé publique qui font de la recherche, de l'évaluation, font, en
fin de compte, des avis, des recommandations d'experts. Comme n'importe quoi,
il y a de l'expertise qui est là.
Au ministère de la Santé, la Santé publique, les
autorités de santé publique sont, en premier, le ministre. Il nomme un
directeur national de santé publique pour le conseiller parce qu'il peut ne pas
être médecin et donc a besoin, pour son mandat de santé publique, d'avoir des
opinions médicales. Et il nomme aussi, pour chacun des territoires du Québec,
18 directeurs de santé publique. Ces 18 directeurs sont, en somme,
mes homologues sur leur territoire et ils sont responsables de la Loi de santé
publique, de l'application de la loi, c'est-à-dire la protection de la santé,
qui veut dire protéger contre les épidémies, la santé au travail,
l'environnement, la promotion de la santé pour les maladies chroniques, etc.
Ils doivent faire la surveillance de l'état de santé, ils doivent faire de la
recherche et ils doivent informer la population sur ce qui se passe sur leur
territoire.
Donc, vous voyez, quand une situation ne
concerne qu'un seul territoire, c'est le directeur de la santé publique qui a
les pouvoirs. Par contre, s'il y a une situation qui dépasse plusieurs régions,
le ministre peut me déléguer certains de ses pouvoirs pour pouvoir coordonner
la situation au Québec comme directeur national et devenir un conseiller de
santé publique.
La loi, au Québec, a fait qu'on m'a placé aussi
comme sous-ministre adjoint, qui est un rôle administratif, qui gère les
équipes et les budgets de santé publique, comme tel, mais j'ai un rôle
professionnel, un statut professionnel. Et, si jamais un directeur de santé
publique ne peut pas être présent ou ne peut pas procéder... D'ailleurs, j'ai
été, lors de mon mandat, responsable de sept régions, à un moment donné, parce qu'il
n'y avait pas de directeurs de santé publique. Mais, dans le fond, il y a une
autorité locale qui relève du ministre. Si quelqu'un est empêché, je peux le
remplacer. Si quelqu'un a un problème ou ne peut plus faire sa fonction, je
peux le remplacer, mais mon rôle est la coordination au niveau national. Ce
rôle-là, un, fait de moi un professionnel de santé publique — d'ailleurs,
il faut être médecin spécialiste pour occuper ce poste — et
mes avis sont, je vous dirais, reliés à ce que l'expertise et mon jugement me
disent.
L'institut
remet des recommandations en santé publique. La Santé publique, qui sont les
médecins pratiquants de populations, vont prendre l'expertise de
l'institut et vont prendre des décisions de santé publique, tout comme la
science peut publier des articles ou les universités, mais le médecin va
prendre ses décisions finales avec sa population. C'est comme ça que nous
fonctionnons, comme tel. La majorité du temps, nous sommes appuyés par les
avis, mais on pourrait aussi prendre une autre décision parce qu'on peut faire
une autre gestion et analyse de risques. Après, je remets mes recommandations
au ministre, qui est l'autorité finale et qui peut trancher.
Ça, c'est le mode de fonctionnement habituel,
donc, l'institut avec son indépendance, sa recherche. En situation d'urgence,
l'institut va nous donner de l'information, mais les décisions doivent être
prises rapidement. Et ce sont les autorités de santé publique, notamment le ministre,
le directeur national et les directeurs de santé publique qui ont le dernier
mot. En situation qui touche plusieurs régions, c'est sûr qu'il y a une
coordination parce qu'on veut éviter des incohérences dans le système, et il
faut avoir un certain consensus et cohérence dans le système.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député.
M. Poulin : Bien, c'est très
clair, Dr Arruda, que c'est vous qui émettez ces recommandations-là après
tout ce travail-là préalable qui est fait également avec l'INSPQ, et le politique,
finalement, entérine vos décisions. Est-ce qu'il y a des décisions, des recommandations
que vous avez faites, en termes de santé publique, qui n'ont pas été suivies?
C'est sûr qu'il peut y avoir des ajustements en cours de route, mais vos
décisions sont entérinées et écoutées par le politique?
M. Arruda (Horacio) : Oui.
Plus on est dans ce qu'on appelle...
M. Poulin : J'ai bien entendu
oui? Excusez-moi.
M. Arruda (Horacio) : Je
veux dire, oui.
M. Poulin : C'est bon.
Excellent.
M. Arruda (Horacio) : Je
vais vous dire, dans le fond, nous faisons nos recommandations avec différents
scénarios. Plus on est, si vous me permettez, dans une science évolutive, où on
n'a pas nécessairement de données probantes, au sens d'une étude avec un
contrôle... je ne sais pas si vous comprenez, là, on va comparer véritablement
deux pays; si c'est les mêmes deux pays avec les mêmes conditions, on va faire
telle manoeuvre, on va voir l'effet. On n'est pas dans des situations comme
celles qu'on a eues, actuellement, dans ces éléments-là. On est beaucoup plus
dans les recommandations de santé publique qui portent un jugement sur la
littérature et on est aussi beaucoup plus sur l'opinion d'experts. Donc, plus
on est dans un univers comme ça. Et plus les décisions, aussi, sont moins...
plus loin de la médecine mais font appel à des éléments de société, plus il y a
un potentiel que notre recommandation ne soit pas nécessairement celle qui soit
complètement retenue, mais elle fait
partie d'un des scénarios qui auraient pu
être présentés.
Ça fait qu'il faut comprendre aussi que notre
rôle est un rôle de recommandation sur les données probantes, mais la décision
finale revient aux élus, par rapport au fait qu'il y a les autres... il y a une
gestion du risque qui doit être faite non pas seulement
avec l'analyse de santé publique, mais aussi les autres éléments dans la
société, surtout quand on parle d'éléments en lien avec l'économie, la cohésion
et aussi l'acceptabilité sociale, qui est un facteur très important. Si on veut
que les gens suivent les recommandations du gouvernement ou de la Santé
publique, la notion d'acceptabilité sociale rentre en ligne de compte.
M. Poulin : On pourra y venir,
à l'adhésion de la population, qui, présentement, peut avoir certains défis.
Je veux vous parler des paliers d'alerte, qui en
a fait voir de toutes les couleurs, et c'est le cas de le dire, à plusieurs
régions du Québec. Est-ce que c'est votre idée, ces paliers de couleurs là?
M. Arruda (Horacio) : Ça
a été travaillé ensemble, mais je vais vous dire, honnêtement, c'est le
Dr Éric Litvak, qui travaillait aussi avec Dr Massé. Sur la base de
ce qui se passait dans la littérature ailleurs et dans le monde, on a voulu
conceptualiser et nous aider pour faire certains choix avec l'évolution. Ça
fait que je pense que ce palier d'alerte là a été inspiré, je vous dirais, de
choses qui se faisaient dans d'autres pays, mais adapté à notre réalité québécoise,
et à nos façons de faire, puis aux indicateurs qu'on avait en termes de
surveillance.
Et ces paliers d'alerte là, si vous me
permettez, permettent de regarder les chiffres, le nombre de cas, mais ce n'est
pas rien que ça, c'est aussi notre capacité de Santé publique à contrôler les
éclosions à travers l'investigation des cas et des contacts, mais aussi les
impacts sur le système de soins, comme tel. Donc, c'est plusieurs indicateurs
qui sont suivis, des données quantitatives, des indicateurs quantitatifs, mais
aussi une appréciation qui est faite avec tous les directeurs de santé
publique. Ça nous permet aussi, à mon avis, même si tout n'est pas parfait, de
faire des choix plus cohérents et d'expliquer à la population qu'on est
véritablement, je vous dirais, dans du vert. Quand on est dans du vert, ça va
bien, quand on est dans le rouge, il faut être plus sérieux, la situation est
plus critique.
Donc, ça a été un travail qui a été fait avec le
Dr Litvak et compagnie, revu aussi avec des collègues de l'Institut
national de santé publique, mais ça a été véritablement, je pense, un
instrument important pour nous donner une cohérence, mais aussi une base de
discussion similaire entre nous, en Santé publique, parce que, vous savez, ça a
été véritablement une création, à mon avis, de cette pandémie.
M. Poulin :
Donc, encore une fois, au niveau des paliers d'alerte, le gouvernement a suivi
vos recommandations.
M. Arruda (Horacio) :
Ça, très honnêtement, oui, c'est à partir... Nous, on recommande... et ça, je
tiens à vous le dire, on a des critères et
on le recommande... on a des discussions avec les directeurs de santé publique
à chaque fois et on recommande le passage à une couleur, c'est moi qui
écris un... Je reçois un courriel, un document de la région qui m'explique la
raison pour laquelle ils veulent passer au rouge, ça a été discuté entre nous,
le Dr Massé est là, l'institut est là, et on dit : Oui, on pense
qu'on arrive à faire un passage dans un palier supérieur ou on rétrograde.
M. Poulin : Depuis le début de
la pandémie, le Québec prend des décisions extrêmement difficiles, le monde
entier prend des décisions extrêmement difficiles. Vous l'avez effleuré, les
enjeux de santé mentale, pour nos jeunes, ce n'est pas toujours évident, malgré
que plusieurs d'entre eux et une vaste majorité sont toujours à l'école. Pour
nos aînés non plus, ce n'est pas évident, ce qui se passe, présentement, avec
les consignes sanitaires.
J'aimerais qu'on puisse explorer, à la fois
l'INSPQ, mais surtout vous, auprès de la Santé publique, ce processus
décisionnel qui mène à ces mesures de confinement dans l'équilibre entre la
santé mentale d'un peuple, qui, je sais, vous préoccupe hautement, et la santé,
donc, publique, physique, et la lutte à la COVID-19, qui doit toujours demeurer
l'objectif. Puis je vais vous laisser le temps que ça prend, parce que je sais
que ce n'est pas simple, là, malgré qu'on a d'autres sujets à aborder. Mais
comment vous faites pour... dans cette recommandation-là de ces mesures de
confinement, dans le juste équilibre entre la santé mentale, qui est une
préoccupation importante, et la lutte, toujours, à la COVID-19?
M. Arruda (Horacio) : Il
faut comprendre, si vous me permettez, que la santé publique n'est pas que les
épidémies. Je trouve ça très important de le mentionner, parce qu'on nous voit
sortir quand on est en épidémie, mais je peux vous dire que je travaille entre
les épidémies. Il y a des épidémies d'obésité, des épidémies de santé mentale,
des épidémies de toxicomanie, il y a la crise des opioïdes, il y a la crise de
l'obésité chez les enfants, qui va entraîner du diabète et des maladies
cardiaques. Donc, la santé publique, c'est la science d'agir de la prévention,
et d'agir le plus en amont possible, et d'agir aussi sur les déterminants de la
santé, c'est-à-dire pas seulement sur l'individu, mais sur son environnement,
sur son environnement... sur le contexte sociétal dans lequel il est, de
réduire les inégalités de santé, parce qu'on sait que les gens qui sont moins
fortunés meurent plus vite que ceux qui sont fortunés, donc il faut s'occuper
de ces clientèles les plus vulnérables. Donc, la santé publique... ça.
Dans un contexte d'épidémie, c'est très clair
que, quand on est dans une situation où des gens meurent de façon importante,
et je pense qu'on a vécu des drames, et plusieurs familles ont vécu des drames importants,
c'est sûr que la santé physique de ces
individus-là devient un élément important. Mais on sait très bien que toute
mesure comme on a pris pour sauver des vies, comme par exemple le
confinement qu'on a fait au printemps, a eu ses conséquences. D'ailleurs, c'est
pour ça qu'on a voulu déconfiner le plus rapidement possible, qu'on a voulu que
les jeunes retournent à l'école, puis etc., mais c'est clair qu'il va y avoir
des impacts en termes de santé mentale, et autres.
C'est un équilibre de gestion du risque que
nous, on amène. Je tiens à vous dire que c'est pour ça qu'on travaille le plus
à essayer que des gens comprennent l'importance de la distanciation, parce que,
quand vous êtes distant de deux mètres et que vous respectez... et que vous
évitez les rassemblements, c'est comme si on était confinés
sans être confinés. Parce qu'on sait que le confinement a des effets pervers très,
très importants sur les autres membres de la société, c'est pour ça qu'on
essaie de réouvrir des choses progressivement, de balancer, de donner un peu
d'espoir aux gens aussi parce que c'est très, très préoccupant.
Donc, moi, ce
que je peux vous dire, la décision, on la prend en prenant ça en considération,
et le gouvernement, aussi, peut avoir
d'autres variables. On sonde aussi pour voir le comportement des gens, on sonde
pour vérifier s'il y a une augmentation... On sait que, partout au Canada,
l'augmentation de l'alcool a augmenté, les gens ont augmenté leur
consommation d'alcool, on sait que les gens augmentent leur consommation de
drogues, et, tous ces phénomènes-là, il faut les prendre en considération.
Mais actuellement, je vous dirais, devant une
menace, je vous dirais, de mortalité importante, devant le fait que notre
système de soins peut être en péril... Et il faut comprendre que, si on a un
système de soins en péril, l'économie ne peut pas aller bien non plus. Tout ça
est interrelié dans un contexte, comme tel. Et je dois vous dire, bien honnêtement,
j'ai donné une image à des collègues dans un cours de gestion que j'ai pu
donner récemment, on a l'impression d'être sur un fil de fer tendu entre deux
tours et qu'on doit prendre en considération tous ces phénomènes-là pour
arriver à la meilleure décision à ce moment-là dans ce contexte-là. Et je l'ai
dit très, très souvent, hein, je l'ai dit très souvent, que ce que je disais
aujourd'hui allait peut-être être différent demain à cause des connaissances
qui évoluent, à cause du contexte qui est différent.
M. Poulin : Et évidemment, si
la Santé publique ne s'adaptait pas au jour le jour, et on l'a vu très bien
avec la situation de Noël, on vous le
reprocherait, de ne pas vous adapter selon la situation, selon l'évolution
épidémiologique, alors je pense que c'est important de le faire.
On a parlé de l'adhésion de la population, parce
que je vous disais : Oui, on souhaite tous un retour à la vie normale, et
évidemment, lorsque des personnes encouragent de ne pas respecter les consignes
sanitaires, on reporte un retour à la vie normale, et ça, c'est préoccupant.
Qu'est-ce qu'on doit faire, selon vous, maintenant, pour favoriser cette
adhésion de la population aux consignes sanitaires pour, justement, retrouver
ce retour à la vie normale? On a tous hâte que les restaurants rouvrent. On a
tous hâte de retourner au gym. On a tous hâte de pouvoir revoir nos gens.
Qu'est-ce qu'on doit faire davantage?
M. Arruda (Horacio) :
Très honnêtement, c'est un travail collectif, puis je pense qu'il faut être à
l'écoute de ces souffrances-là, il faut... D'ailleurs, on augmente, je dirais,
la surveillance pour les éléments de santé mentale, les problématiques
psychologiques. On demande aux gens d'être sentinelles pour détecter des
phénomènes auprès de certaines personnes. Il y a des interventions
psychosociales qui sont déployées.
Il faut aussi probablement qu'on arrive à cet
équilibre de laisser des choses qui sont à moins grand risque de transmission
pour permettre, justement, à chacun de trouver, dans cette contrainte-là, un
certain équilibre. Je pense, c'est ce qu'on essaie de faire, c'est ce qu'on a
essayé de faire avec les déconfinements. Mais il faut aussi que la population
comprenne qu'en respectant certaines consignes on abaisse le risque de
transmission puis on est en mesure de réouvrir. Par exemple, quand je vous ai
dit que mon seul message, c'est de réduire les contacts parce que le virus, il
est partout, puis etc., c'est pour qu'on en arrive à abaisser le nombre de cas,
les éclosions pour être en mesure de réouvrir des milieux qui sont moins à
risque et revenir vers une vie la plus normale possible mais qui ne sera pas la
vie, à court terme, qu'on a connue avant la COVID-19, la distanciation va
devoir rester.
Ça fait que, dans le fond, c'est beaucoup dans
la communication. C'est beaucoup, aussi, aller rejoindre des communautés. Ce
n'est pas par le point de presse du Dr Arruda à 13 heures qu'on va
rejoindre toutes les communautés, c'est des interventions dans les différents
milieux pour faire comprendre aux gens l'importance qu'ils respectent ces
consignes-là. Plus vite on va abaisser, je vous dirais, le nombre de cas, plus
vite on va diminuer le nombre d'éclosions, plus vite on va être en mesure de
faire ce qu'on appelle de la réouverture progressive, qui n'aura pas d'impact
majeur ou, du moins, qui va être acceptable.
M. Poulin : ...M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Trois minutes.
M. Poulin : Et cette
réouverture-là, évidemment, on la souhaite dès que la situation pourra, au Québec,
être meilleure.
J'ai le goût de vous parler des jeunes, parce
qu'on sait que ça n'a pas été évident et que ce ne l'est toujours pas avec les
consignes sanitaires en vigueur, malgré que l'école est toujours ouverte, et,
je pense, c'est un objectif qui est reconnu, que nos jeunes puissent être sur
les bancs d'école. D'un autre côté, on doit aussi encourager les jeunes à respecter les consignes sanitaires afin
qu'ils puissent retrouver, justement, leur vie normale. Particulièrement pour
les jeunes, est-ce qu'on doit faire plus? Est-ce qu'on doit faire davantage
pour que les consignes sanitaires puissent être respectées pour, justement,
qu'ils puissent retrouver cette liberté-là?
M. Arruda
(Horacio) : Je pense qu'il faut le faire pour toutes les
tranches de la société, si vous me permettez. Moi, je tiens à mentionner que
les jeunes... on a souvent tendance à considérer que les jeunes ne sont pas
compliants. Je pense que c'est normal, en jeunesse, alors, une période très
intensive où on a besoin de se détacher des parents puis d'être en contact avec
les autres, c'est un processus normal, c'est probablement plus difficile pour
eux que pour d'autres groupes. Mais moi, je pense qu'il faut effectivement
avoir des approches avec eux, leur faire... donner du
sens. Puis je tiens à vous dire que beaucoup de jeunes respectent les consignes
et sont même... Ça, je pense qu'il ne faut pas... Je n'aime pas beaucoup quand
on essaie de stigmatiser un groupe par rapport à un autre. J'ai vu autant de
personnes âgées avoir des comportements qui n'étaient pas plus...
M. Arruda
(Horacio) : Excusez-moi, je ne sais pas pourquoi ça fait ça.
M. Arruda
(Horacio) : Excusez-moi. Je suis vraiment désolé.
M. Arruda
(Horacio) : Bon, excusez-moi, je ne sais pas pourquoi...
M. Arruda
(Horacio) : Hein?
M. Arruda
(Horacio) : Oui, excellent, mais ça prouve que je suis un être
humain.
Le Président
(M. Provençal)
: On poursuit.
M. Arruda
(Horacio) : Marie-France Boudreault est à côté de moi, elle est
très disponible, mais je ne sais pas pourquoi ça a sonné.
Le Président (M. Provençal)
: On poursuit, s'il vous plaît, Dr Arruda. Il vous
reste deux minutes avec le député de Beauce-Sud.
M. Arruda
(Horacio) : Je vous présente mes excuses.
Donc, je vous disais
que, pour les jeunes, un, il faut les impliquer dans des initiatives, à mon
avis, et je peux vous dire que j'ai vu des jeunes avoir des initiatives excessivement
pertinentes. Je pense qu'il va falloir aussi qu'on trouve des façons, peut-être,
de leur donner certaines permissions, mais sans que ça redevienne, je vous dirais,
à court terme, les partys de sous-sol à 25 ou à 30, je ne sais pas si vous
comprenez qu'est-ce que je veux dire. Donc, ça, je pense que c'est des choses
qu'on essaie d'évaluer.
Et puis ce que je
peux me permettre de vous dire, c'est : tout ça va être très aidé si on
abaisse cet élément... ces contacts sociaux là qui sont actuellement très
élevés, parce qu'il n'y a aucune direction de santé publique ou directeur
national qui est confortable à brimer la vie des personnes, mais c'est une question
de vie et de mort, et le problème, c'est que c'est un virus pernicieux, ça peut
être votre collègue, votre copain qui a le virus, et qui ne le sait pas, et qui
peut vous le transmettre.
M. Poulin :
Je vous remercie, Dr Arruda. Merci également à vos équipes. On va suivre
la suite. Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: Il vous restait
encore une minute.
M. Poulin :
...reporter au prochain?
Le Président
(M. Provençal)
: Non, on ne peut pas
le passer.
M. Poulin :
Ah! O.K. Bien...
M. Poulin :
Bien, non, je vais attendre. En terminant, est-ce que, selon vous, le fait que
les écoles, à Noël... qu'il n'y ait pas
d'école au temps des fêtes, vous voyez ça de façon très positive pour réduire
le nombre de cas au Québec?
M. Arruda
(Horacio) : Ça a fait
partie des discussions qu'on a eues. Dr Massé a eu ces discussions-là, notamment, aussi avec le
ministère de l'Éducation. C'est clair qu'en diminuant le nombre de contacts, le
présentiel en milieu scolaire, ça va
contribuer à diminuer les contacts. On sait qu'il y a des éclosions dans les
écoles. Donc, ça va permettre aux gens de diminuer l'amplification et
notamment d'infections proches des rassemblements, qui n'auront pas lieu cette année, mais ça va faire
partie un peu, je vous
dirais... tout en permettant de maintenir l'enseignement par le
télétravail ou télé-enseignement.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci. La suite de
nos échanges avec le deuxième groupe d'opposition. Alors, M. le député de
Gouin, je vous cède la parole.
M. Nadeau-Dubois : Pour combien
de temps, M. le Président?
Le Président (M. Provençal)
: Vous avez 13 min 40 s.
M. Nadeau-Dubois : Merci
beaucoup, M. le Président.
M. Arruda... Dr Arruda, merci d'être
ici aujourd'hui. Et je veux prendre les premières secondes pour vous remercier
des innombrables heures, je présume, que vous avez investies dans les derniers
mois pour présider à une tâche qui est franchement ingrate, qui est celle
d'organiser les efforts du Québec contre la pandémie de COVID-19.
Ceci étant dit, je suis sûr que vous serez
d'accord avec moi que les décisions et les recommandations que vous avez prises
ont eu des impacts tangibles, c'est le moins qu'on puisse dire, sur la vie des
Québécois et des Québécoises, puis donc
qu'il est normal et légitime que les élus québécois vous posent des questions
sur ces décisions-là, puis merci de vous prêter à cet exercice de
reddition de comptes.
D'abord, je veux qu'on parle de la qualité de
l'air, parce que c'est un enjeu qui inquiète beaucoup de Québécois et de
Québécoises. La question de la ventilation dans les écoles, mais pas seulement,
inquiète beaucoup de nos concitoyens, concitoyennes. Dans nos circonscriptions,
on reçoit beaucoup de messages à cet égard-là. J'ai une question très simple
pour vous, puis j'ai seulement 13 minutes, je vais vous demander de faire
un effort de concision, je vais faire de même : Est-ce que, selon vous,
l'utilisation de purificateurs d'air, s'ils sont bien installés, s'ils sont
bien positionnés, s'ils sont bien calibrés, des purificateurs d'air utilisant
des filtres HEPA, des filtres à haute efficacité... est-ce que, selon vous,
l'utilisation de ces purificateurs d'air, dans les circonstances que je viens
de décrire, ça peut nuire à la lutte contre la pandémie?
M. Arruda (Horacio) : Si
vous me permettez, si j'ai le consentement, l'expert qui est en train de
diriger le groupe de ventilation est à côté de moi, c'est le Dr Massé, si
vous me permettez, pour avoir une réponse concise et d'avoir l'information la plus récente, je vous demanderais
l'autorisation pour que le Dr Massé puisse prendre la parole.
Le Président (M. Provençal)
: Consentement? Alors, vous vous nommez
et votre fonction, s'il vous plaît.
M. Massé
(Richard) : Donc, Richard
Massé, je suis conseiller médical stratégique auprès du directeur
national de santé publique.
On travaille depuis un bon moment sur les enjeux
qui touchent la ventilation. Déjà, aux mois de juin, juillet derniers, on a
demandé à l'Institut national de revoir toute l'information qui existait à ce
sujet-là, et il y a un groupe d'experts de l'institut qui a préparé deux
rapports, un sur les enjeux qui touchent la transmission de la COVID par voie
aérienne et l'autre qui touche les enjeux de ventilation. Vous voyez bien que
l'un et l'autre sont très reliés. Et puis ce rapport-là devrait être disponible
dans les prochains jours, semaines, là, assez prochainement.
M. Nadeau-Dubois : J'ai peu de
temps, je vais être obligé de vous relancer sur ma question : Est-ce que l'installation de purificateurs d'air avec des
filtres à haute efficacité, ça peut nuire à la lutte contre la pandémie, oui
ou non?
M. Massé (Richard) : Parfait. D'abord,
il faut distinguer le milieu de la santé et le milieu de l'éducation. Dans
certaines circonstances, il peut y avoir de la ventilation complémentaire dans
le milieu de la santé où est-ce que ces appareils-là pourraient être mis dans
des circonstances où est-ce qu'il y a des aérosols qui sont produits — on
peut penser chez les dentistes — à très courte distance du patient.
Dans les
salles de classe — c'est
votre question — dans les
salles de classe, la réponse, c'est : Ça n'a pas été démontré.
M. Nadeau-Dubois : Ma question,
c'est : Est-ce que ça peut nuire?
M. Massé (Richard) : Oui, ça
peut nuire aussi, j'arrivais à ça. Donc, un, ça n'a pas été démontré que ça
pouvait être efficace parce que c'est un grand local, et puis il faut que ce
soit très près des personnes. Les classes, c'est beaucoup trop grand pour qu'un
appareil ou même deux appareils puissent faire la différence. Et là où ça peut
nuire, comme l'a dit Dr Perron, c'est que, si ce n'est pas installé
parfaitement — vous
avez dit que ça devait être bien installé — si ce n'est pas bien
entretenu et si le flot d'air... et là j'arrive aussi à l'objection, là, si le
flot d'air peut être dirigé vers les personnes, on peut, en fait, mettre en
suspension les particules.
Le Président (M. Provençal)
: Question suivante.
M. Nadeau-Dubois : Oui. S'il y
a une possibilité que ça nuise, pourquoi est-ce que la Santé publique permet à
des écoles privées et à des écoles publiques anglophones d'en installer dans
leurs classes, s'il y a un risque que ça mette en danger nos enfants, comme
vous venez de le dire?
M. Massé (Richard) : C'est un
risque potentiel, alors on n'a pas d'évaluation précise, mais on sait que c'est
un risque potentiel qui existe. Donc, on n'est pas à la situation où est-ce
qu'on est capables de démontrer qu'on va infecter plus de
personnes. Mais vous nous demandez : Est-ce qu'on doit le retenir comme un
risque potentiel? Oui. Est-ce que ce
risque-là fait qu'on ne le recommande pas? Exactement. On ne le recommande pas
dans ces circonstances-là, mais on ne va pas l'interdire.
M. Nadeau-Dubois : Donc, il y a
des directives qui circulent, en ce moment, dans le réseau de l'éducation, qui
interdisent à des...
M. Massé
(Richard) : Pas de la Santé publique. Faisons la nuance, d'accord? La
Santé publique ne l'a pas interdit.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait, on va passer le mémo au ministre de l'Éducation à l'effet qu'il n'est
pas interdit, pour les centres de services, de permettre à leurs écoles
d'installer des purificateurs d'air, puisque c'est l'information qui circule, à l'heure actuelle, dans le réseau de
l'éducation. Je suis content qu'on ait clarifié ça ensemble aujourd'hui.
Je veux maintenant vous parler, Dr Arruda,
de la communication, parce que, vous le savez comme moi, en temps de pandémie,
la communication, c'est une des armes pour lutter contre la contagion. Vous
êtes non seulement le scientifique qui conseille le premier ministre, vous êtes
aussi le communicateur scientifique le plus en vue, en ce moment, au Québec.
Vos communications sont suivies. C'est vous que les gens écoutent pour savoir
ce dont ils doivent se protéger, ce qu'ils doivent faire pour se protéger et ce
qu'ils n'ont pas besoin de faire pour se protéger. Au Royaume-Uni, au Japon, en
Allemagne, en Nouvelle-Zélande, en Italie, aux États-Unis et dans plusieurs
autres pays, les Santés publiques communiquent fréquemment sur l'importance de
ventiler les espaces clos pour limiter la transmission du virus. J'aimerais
comprendre pourquoi est-ce que la Santé publique québécoise n'intègre, dans ses
communications régulières, aucune consigne,
aucun conseil sur la ventilation. Pourquoi est-ce que, sur cette
question-là, la Santé publique québécoise semble faire bande à part par rapport
à beaucoup d'autres départements de santé publique à travers le monde?
M. Arruda (Horacio) : Il
faut comprendre que la Santé publique... Un, je suis... Je tiens à vous dire
aussi que je reçois vos remerciements au nom de tous ceux qui font le travail
un peu partout.
La Santé publique québécoise, on a évalué... on
parle du fait qu'on n'est pas contre le fait que les gens puissent ventiler
leur maison, puis etc., mais on a demandé un avis pour, justement, voir plus
précisément quel est l'apport de cette ventilation et quels seraient les
meilleurs moyens, dans un contexte québécois, pour donner des consignes à la
population. On n'a jamais dit qu'il ne fallait pas ventiler. D'ailleurs, c'est
inscrit, à l'institut, ça fait
partie de nos recommandations.
Le Président (M. Provençal)
: Dr Arruda, le député de Gouin voudrait formuler une
autre question.
M. Nadeau-Dubois : Oui. Dans le
fond, ma... Est-ce que vous êtes ouvert à intégrer, dans les plus brefs délais,
dans vos communications fréquentes, des conseils sur la ventilation? Bien sûr,
vous ne la déconseillez pas, ce serait absurde, là, on s'entend là-dessus, mais
est-ce que vous êtes ouvert, dans les prochaines semaines, à ajouter aux
messages publics de la Santé publique québécoise des conseils sur la
ventilation, chose que font, je le répète, énormément de pays dans le monde?
M. Arruda (Horacio) : Je
suis ouvert, mais, comme je vous dis, je veux aussi voir le rapport de nos
experts pour être en mesure de répondre aux sous-questions que ça peut vouloir
dire, parce que ça va entraîner énormément de sous-questions, mais je demeure
ouvert. Comme je vous dis, le rapport est attendu dans les prochains jours, et Dr Massé va me faire ses recommandations, et
on verra comment on transpose ces consignes-là en termes
communicationnels pour que les gens soient bien informés.
M. Nadeau-Dubois : En vertu du
principe de précaution, puisque ça ne peut pas nuire, de ventiler des espaces clos pour mitiger la transmission d'une
maladie respiratoire, pourquoi ne pas prendre d'avance et, à l'approche
des fêtes, faire ces conseils-là aux Québécois?
M. Arruda (Horacio) :
Comme je vous l'ai dit, par exemple, si on met de la ventilation, qu'on met des
projecteurs de vent, là, proche... Parce qu'il y a des gens qui vont... Est-ce
qu'on utilise les ventilateurs? On peut disperser encore plus les gouttelettes,
les envoyer encore plus loin. Ça fait que ce qu'on s'est dit, si vous me
permettez, pour éviter... parce qu'il y a le principe de précaution, on pense
que c'est un phénomène qui peut avoir, dans certaines conditions, un impact sur
la transmission, mais ce n'est pas le principal. Même les organisations
internationales le disent, même le CDC ou autres, on ne le nie pas, mais ce
n'est pas le principal. Et ce qu'on veut faire
au Québec, c'est obtenir cet avis-là. Et, selon l'avis, on verra comment on
pourra donner des conseils adéquats pour ne pas créer d'effets pervers
par rapport à ça. Mais soyez assuré qu'on va prendre en considération l'avis de
nos experts.
Le Président (M. Provençal)
: Question additionnelle du député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Merci
beaucoup. Dr Arruda, vous êtes à la Santé publique depuis longtemps,
depuis 2012. En mars 2015, le gouvernement du Québec coupait 33 % du
budget des directions régionales de la santé publique. Les 16 directions
de santé publique se sont fait amputer 23 millions de dollars... 24, en
fait, sur leur budget de 72 millions. C'est énorme,
comme coupures. Quels ont été les impacts... Vous étiez là. Quels ont été les
impacts de ces coupures-là?
M. Arruda (Horacio) :
Vous savez, la prévention, dans tous les gouvernements et dans plusieurs pays,
ne représente qu'une faible proportion des budgets dédiés à la prévention, pour
le fait que... de toute façon, même si tout le monde dit : Mieux vaut
prévenir que guérir, l'impact des soins est majeur dans le système de santé.
Ce que je peux vous dire par rapport à la
question des... de ce qu'on a vécu en termes de compressions, il faut
comprendre qu'on nous disait : Il faut aller plutôt dans les enjeux
administratifs. Mais force est de constater qu'à la fois les changements de
gouvernance, où, par rapport à l'application de notre Programme national de
santé publique, il y avait des nouvelles directions, des mandats confiés, on a
eu une étude qui a été faite indépendamment par l'institut, là, qui a relevé
certains éléments de gouvernance. Maintenant, par rapport à la question de la compression,
on pense que certaines équipes de Santé publique, notamment, ont eu des baisses
dans la
section surveillance, dans les éléments en lien avec la recherche ou la
documentation et dans les communications. C'est clair qu'il y a eu, à ce
moment-là, je vous dirais, une diminution des effectifs. Dans un contexte
aussi...
Président (M. Provençal)
M. le député de Gouin voudrait vous poser une question complémentaire,
monsieur...
M. Nadeau-Dubois : J'ai une
poignée de secondes, Dr Arruda. Donc, la Santé publique, par oui ou par
non, globalement, a été affaiblie par les coupures de 2015?
M. Arruda (Horacio) : Je
vous dirais que toute coupure a des effets. Donc là, il faut voir qu'est-ce
qu'on entend par «affaiblie». Par contre, si vous me permettez, aussi, ça nous
a permis aussi de continuer à travailler dans le contexte d'une politique gouvernementale
de prévention de la santé qui devra être financée aussi dans l'avenir pour agir
sur tous les autres déterminants. Mais c'est clair qu'avec un petit budget,
même une compression faible peut avoir des effets qui sont plus significatifs
que dans d'autres systèmes de soins.
M. Nadeau-Dubois : Êtes-vous d'accord
avec moi que le Québec aurait été mieux préparé à la pandémie si ces
coupures-là n'avaient pas eu lieu? Par oui ou par non.
M. Arruda (Horacio) :
J'aurais tendance à vous dire, très sincèrement, non, parce qu'on a essayé,
quand même... quoique, dans certaines équipes de santé publique, il y a eu une
diminution dans les... mais on a conservé le corps principal, je vous dirais...
Président (M. Provençal)
Vous aviez répondu à la question. Le député voudrait vous en poser une nouvelle.
M. Nadeau-Dubois : Brièvement.
Il y a de plus en plus d'études scientifiques qui démontrent que les
changements climatiques augmentent les risques que le type de pandémie qu'on
vit actuellement se reproduise dans le futur. Avez-vous pris connaissance de
cette littérature scientifique là? Et êtes-vous d'accord, comme scientifique,
que les changements climatiques augmentent les probabilités qu'on vive ce genre
de crise plus souvent à l'avenir?
M. Arruda
(Horacio) : Tout à fait. D'ailleurs, on a financé, dans le
cadre du plan vert, des études sur l'impact des changements climatiques
sur les zoonoses, les maladies transmissibles par les animaux, et ça fait
partie... Quand je porte ceci, là, le développement durable puis le changement
climatique, ça fait
partie des éléments que la Santé publique doit prendre en
considération. On va être confrontés à d'énormes problèmes dans l'avenir.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste encore 1 min 46 s, M. le
député.
M. Nadeau-Dubois :
1 min 46 s. Dr Arruda, j'aimerais vous parler des moyens
supplémentaires pour éviter que notre système de santé brise dans les
prochaines semaines. Le nombre de cas annoncés aujourd'hui est record. De toute évidence, les mesures que le gouvernement
prend, actuellement, ne sont pas suffisantes pour briser la deuxième vague. Qu'est-ce que vous envisagez, à court
terme, dans les prochaines semaines, comme mesures supplémentaires, donc
des mesures qui n'existent pas encore, pour ralentir le déferlement de la
deuxième vague de COVID-19 au Québec?
M. Arruda (Horacio) :
C'est des discussions qu'on a, actuellement, parce qu'on regarde tous les
différents scénarios. Je regarde Dr Massé parce que c'est avec lui que je
discute ça et, beaucoup, les équipes de directeurs de santé publique. La chose
qui m'attriste, c'est que les mesures qu'on a mises en place, actuellement, si
elles... puis beaucoup de Québécois les respectent, mais, si elles étaient
placées dans l'optimum, on n'aurait pas besoin d'ajouter des mesures
supplémentaires. Ce que je veux dire, si la diminution des contacts, si la
distanciation seraient faites, si on serait encore au maximum dans le
télétravail, si les gens respectent, je vous dirais, la pause qu'on va demander
par rapport au temps des fêtes en évitant les rassemblements, on serait probablement
en mesure de fonctionner sans avoir à ajouter d'autres éléments
supplémentaires.
Mais on va suivre... on suit la situation de
jour en jour. J'ai hâte d'avoir, tantôt, un peu plus tard, les chiffres de la
journée pour voir un peu quelle est cette tendance. On a réussi à éviter la
courbe exponentielle qu'on a vue apparaître dans d'autres pays. On a...
Le Président
(M. Provençal)
: Merci. Je vais vous
remercie pour votre réponse. Je m'excuse de vous interrompre. La suite appartient à la
partie gouvernementale. Alors,
Mme la députée de Roberval, je vous cède la parole.
Mme Guillemette :
Merci, M. le Président. Merci, Dr Arruda, d'avoir accepté
l'invitation aujourd'hui. Bonjour aux
collègues. On a un bel exercice démocratique aujourd'hui, grâce à vous,
Dr Arruda, pour les collègues parlementaires, mais aussi pour toute
la population. Ça va nous aider à mieux comprendre certains aspects de comment
se sont prises les décisions et quelles ont été vos fonctions dans ce plan-là.
Donc, je vais faire du pouce sur le collègue de
Gouin. En fait, au Québec, le poste budgétaire de la Santé publique s'élève
historiquement à environ 3 % — ce n'est déjà pas beaucoup,
là — des
dépenses totales en santé. Et, quand on sait qu'on a été amputés, en 2015, du
tiers du budget suite à la fusion des structures opérée par la loi n° 10, la loi qui a modifié la gouvernance sur notre
système de santé, la professeure de l'École de santé publique de l'Université
de Montréal Marie-Pascale Pomey mentionne qu'à ce moment «l'impression que cela
donnait, [c'est] que la santé publique, ça ne sert pas à grand-chose».
Effectivement, ces économies-là, qu'on avait à faire, on ne les a pas faites dans
des bouts de crayons ou dans des jaquettes, on a coupé du personnel, des
ressources, des services alors que, plutôt, on aurait dû tripler nos
investissements en santé publique.
Dr Arruda, pouvez-vous nous expliquer de
quelle façon ces coupures majeures ont influencé le travail en général, mais,
plus spécifiquement, aussi en lien avec la pandémie qu'on vit présentement?
M. Arruda
(Horacio) : Comme ailleurs, si vous me permettez, dans d'autres
secteurs, on a un vieillissement, aussi, de nos équipes de santé
publique, et, pour permettre d'avoir un renouvellement de ressources, il faut
qu'un secteur soit comme en développement.
Dans un contexte où on a des budgets qui ne sont pas optimaux pour
permettre de faire nos programmes de santé publique, bien, ça a des effets. Par
exemple, il y a eu, dans certaines régions, nécessité de diminuer le nombre
d'infirmières aux enquêtes, donc des professionnelles infirmières, qui sont déjà
rares dans le système, mais qui étaient spécialisées dans le domaine de la
santé publique.
Puis il faut comprendre que... je trouve important
aussi de mentionner, là, que, la santé publique, ce n'est pas seulement la
pandémie, si vous me permettez. Ce qu'on vit, actuellement, pour vouloir
protéger notre système de soins, hein, de façon aiguë... je veux dire, on ne
veut pas que, dans trois semaines, on ne puisse pas traiter les patients. Bien,
je veux dire, quand on regarde l'épidémie d'obésité, quand on regarde les
maladies chroniques, quand on regarde les maladies de santé mentale, quand on
regarde les problématiques de dépendance, quand on regarde l'augmentation du
diabète de type 2, même chez les adolescents, c'est autant de maladies
chroniques qui sont évitables, notamment, par des saines habitudes de vie et un
meilleur comportement. Donc, investir en santé publique, c'est aussi sauver le système
public de demain, et ça, je pense que... Et, pour le faire, on doit le
travailler, je vous dirais, pas seulement avec la Santé publique institutionnelle,
qui a été un peu, je vous dirais, affaiblie par toutes compressions, comme tel,
mais c'est aussi travailler avec énormément de partenaires en termes de santé
publique.
Et, si j'ai un message à passer ici, c'est qu'il
ne faudrait pas penser que la santé publique, ce n'est que les pandémies, parce
qu'il y a un travail qui se fait dans les communautés pour être capable de
sauver notre système de soins. Et, vous savez, aussi, une économie, ça
fonctionne avec une population qui est en santé. Plus on augmente les
inégalités de santé, plus on a des gens qui vont être malades, moins on a des
gens qui peuvent contribuer à une économie, au Québec. Donc, moi, je trouve ça important,
là, de passer le message parce que, je vous dis tout de suite, après la
pandémie — j'espère
que je vais être encore en fonction, parce que mon terme ne se termine pas maintenant,
puis j'ai hâte qu'on se débarrasse — il va falloir adresser les
autres questions de santé publique, et en espérant aussi avoir des
réinvestissements à la hauteur de cet investissement. Investir en santé
publique, ce n'est pas une dépense, c'est un investissement. Je sais qu'on ne
voit pas toujours l'effet à court terme, mais je pense qu'on a, au Québec, une
capacité... on est regardés à travers le monde comme étant un milieu qui peut
le faire. Les trois gouvernements successifs ont adopté la Politique gouvernementale
de prévention de la santé, je nous invite maintenant à nous donner les moyens,
à donner les moyens aux équipes de santé publique de faire leur travail, de
faire leur travail intersectoriel avec les municipalités, avec les autres ministères,
si on veut être capables de véritablement atteindre ce qu'on appelle le développement
durable qui va nous permettre à tous de léguer à nos enfants une société
meilleure.
Mme Guillemette : Merci. Ce que
j'entends, c'est que, pendant qu'on est en pandémie, présentement, puis qu'on rame pour se sortir de ça, on n'est pas en
prévention, on travaille moins sur nos déterminants de la santé, et il y aura des dommages collatéraux à plus
long terme, là. On aura à pallier, pendant plusieurs années, en tout cas, à
essayer de rattraper cet espace-temps-là.
M. Arruda (Horacio) :
Oui, tout à fait. Et moi, je le dis tout de suite, après une crise, on a six
mois pour opérer des changements, parce qu'après la crise on est tous tannés de
la crise puis on a le goût de la laisser aller par-derrière. Mais je tiens à
vous dire que, puis je le mentionne, santé publique, c'est le contrôle aux épidémies,
on va en avoir d'autres, on a avoir les
changements climatiques, qui ont déjà des impacts sur la santé pulmonaire des
gens, etc., mais il faut garder une
partie de nos budgets. Je fais un plaidoyer pour la santé publique, pas pour
mes dossiers à moi, mais pour les
dossiers de la société québécoise, si on veut faire ce qu'on dit
toujours : Mieux vaut prévenir que guérir.
Mme Guillemette : Merci. Lors
des consultations particulières sur le projet de loi n° 10,
en 2014, le Pr Damien Contandriopoulos, expert en développement des
modèles de soins performants et titulaire d'une chaire de recherche en santé
publique appliquée de 2014 à 2019, mentionnait, et je le cite : «La mise
en oeuvre de fusions administratives à grande échelle
[allait] exercer une [grande] pression [...] sur [tout] l'appareil
administratif de toutes les organisations
concernées», et ce, pendant plusieurs années, et, au cours de cette période,
les gestionnaires — comme vous le mentionnez — allaient
être accaparés beaucoup plus par l'opérationnel que pour la réforme, que... ils
auraient... ils seraient difficilement en mesure d'assurer de manière optimale
le suivi, également, pour la recherche et le développement, comme vous venez de
le mentionner. Donc, pouvez-vous nous expliquer, Dr Arruda, de quelle
manière le pronostic du Dr Contandriopoulos s'est confirmé en lien avec la
pandémie?
M. Arruda (Horacio) : Je
pense qu'il faut comprendre que toute transformation de système, surtout une
transformation majeure, entraîne, des fois, des avantages, mais aussi certains
inconvénients, parce que, pendant qu'on est
à travailler sur la structure, on n'est pas nécessairement en train de
travailler sur la mission. Il y a certains secteurs qui ont pu bénéficier,
je vous dirais, de certaines transformations, notamment dans l'univers
communautaire, etc., mais d'autres qui,
probablement, doivent redéfinir leur équilibre dans leur rôle, comme tel. Puis
peut-être que je pourrais aussi, si
vous le permettez, donner un peu la parole à mon collègue Dr Massé, parce
que lui, il les a vécues, ces transformations-là, comme directeur en
santé publique. Mais c'est clair que ces transformations-là se font avec un
coût, un coût humain, un coût de gestion de changement. On a créé aussi des
superstructures avec moins de personnes proches de la réalité terrain de par le
fait qu'on a coupé, si vous me permettez, la gestion en pensant que ce n'était
pas approprié, mais les gestionnaires, dans des organisations, surtout quand il
y a un travail d'équipe, c'est important pour être capables de prendre
certaines décisions. Donc, je pense qu'il y a un rééquilibre qui est en train
de s'installer, à mon avis. Mais, si vous me permettez, je ne sais pas si vous
avez encore du temps, je demande le consentement pour que Dr Massé puisse
compléter.
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Pour donner la parole au Dr Massé?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
: Consentement. Allez-y.
M. Massé (Richard) : Merci beaucoup.
J'étais directeur de la santé publique à Montréal, je l'ai été pendant six
années, et donc c'était au milieu, à peu près, que le changement s'est fait.
Vous avez parlé du message de
M. Contandriopoulos. Ça, c'est avant. Moi, je vous amènerais à après le
rapport du Pr Pineau, qui a fait le bilan de cette transformation-là et
qui a écrit qu'il y avait eu des conséquences fort négatives parce qu'au niveau,
d'abord, de la transformation, ça a comme arrêté dans certaines parties du
système. On s'est concentrés pour garder les éléments principaux, puis donc les
services de première ligne, puis les services de deuxième, puis de troisième
ligne ont fait
partie de... mais les autres services — puis
il y en a beaucoup d'autres, on le voit, on a vu où est-ce que l'épidémie a
frappé — étaient
plus affaiblis. Ça a pris plus de temps avant de pouvoir se concentrer dessus.
Premier impact.
Pour la santé publique, on a parlé des coupures.
Les coupures ont été importantes à Montréal. On a coupé des agents de
recherche, on a coupé des gens en surveillance, on a coupé des gens en
communications, puis on sait à quel point c'est important, puis je pourrais
continuer. Donc, il y a eu beaucoup d'impacts. Mais aussi ce qu'on a eu, c'est
une gouvernance qui est incomplète. Et là je vais reprendre le rapport de
M. Pineau et collaborateurs — il n'était pas tout seul — qui
ont montré que, dans certaines régions, notamment à Montréal, en Montérégie
puis dans les régions qui ont plusieurs centres de décision, parce qu'à Montréal
il y a cinq CIUSSS, ça pose une difficulté au niveau de la gestion, et, dans la
pandémie, on a vu que c'était encore une chose qui n'était pas complètement
réglée pour laquelle il a fallu s'y adresser.
Donc, je n'irai pas plus loin pour rester concis,
mais pour vous dire, des enjeux de gouvernance qui ne sont même pas réglés cinq
ans plus tard, c'est toujours présent. Ça fait que, quand on fait une
transformation comme celle-là, ça a des gros impacts qui persistent pendant
très longtemps, effectivement.
Mme Guillemette : Et je crois
qu'un des impacts majeurs, puis vous saurez me le dire... nous, on a décidé de remettre des directions générales dans les CHSLD.
Moi, je suis dans la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean, où on a un CIUSSS qui est
très gros, qui est très étendu sur le territoire, et la réalité d'un territoire
versus l'autre est vraiment différente, même si on est un CIUSSS intégré. Et
donc le fait qu'il n'y avait pas de gestionnaire sur le terrain, je crois que
ça a exacerbé la première vague qu'on a eue dans les CHSLD. Donc, nous, entre
les deux vagues, on a décidé de rajouter des directeurs dans les CHSLD. Mais ça
a été, effectivement, le fait qu'il n'y avait pas personne sur le terrain, une
des coupures qui a fait mal, là, à la première vague.
M. Arruda (Horacio) : Effectivement,
dans ces situations-là, il faut prendre des décisions rapidement et il faut qu'il
y ait un chef dans le capitaine...
dans le bateau, si vous me permettez, dans ce milieu-là. Et des fois les
structures ont été assez fusionnées, et, je vous dirais, la réalité terrain ou
d'un établissement, si elle est gérée de façon éloignée, il n'y a pas cette gestion de proximité qui est
essentielle. Il y a eu aussi, je vous dirais, une diminution... puis c'est
déjà un enjeu, antérieurement, parce qu'il y
a aussi des problèmes de ressources humaines, de quantités de ressources
humaines de prévention et contrôle des
infestions dans ces milieux-là, qui... à cause de la première vague, on l'a vu,
là, l'impact que ça a eu.
Maintenant, on est à
retravailler, à reconstruire cette PCI là, à clarifier les rôles, à se
supporter d'un établissement à l'autre, parce que c'est une... la prévention et
contrôle des infections, c'est aussi très exigeant. Et je ne veux pas vous rappeler la crise du C difficile
qu'on avait eue, avec le rapport Aucoin, c'est avant tout un problème de
gestion et puis un problème... et c'est complexe, la PCI, mais c'est essentiel
parce que, quand ça frappe, les coûts dépassent de beaucoup ce qu'on est
capables de prévenir par la prévention et le contrôle des infections.
Mme Guillemette :
Merci. Depuis mars dernier, vous occupez un rôle important dans la gestion de
la crise sanitaire la plus importante de l'histoire moderne du Québec. Pendant
la première vague, comme le disait le premier ministre, on construisait l'avion
en vol, on était en période de crise majeure. Avec le temps, une fois les
mesures sanitaires bien en place, bien, les enjeux ont changé. On devait se
préparer à organiser le déconfinement de plusieurs secteurs et, à ce moment-là, on a eu droit également à une réduction
significative du nombre de cas quotidiens — chez
nous, au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
on le sait, la première vague, on ne l'a presque pas vécue — ce
qui a permis à certains de reprendre une vie un peu normale, un peu plus
normale, disons-le, là, donc, pendant la période estivale. Cette
opportunité-là, c'était aussi un défi parce qu'il fallait s'assurer que ça ne
cause pas un relâchement dans la population. Il fallait que la communication
avec la population soit claire, que les citoyens puissent comprendre clairement
ce qui se passait, ce qu'ils devaient faire et ce qu'ils ne devaient pas faire
en cette période de réouverture. On comprend que l'approche de la Santé publique
est évolutive, on l'a vu un peu avec le masque, que certaines positions peuvent
se transformer selon la photo du moment, vous l'avez dit tout à l'heure, et ça
a pu causer une certaine confusion, là, à
certains moments. J'aimerais que vous nous expliquiez plus en détail le
processus de décision pour qu'on puisse bien comprendre comment
s'opèrent les réflexions en lien avec les décisions qui sont prises.
M. Arruda
(Horacio) : Bon, c'est un travail, je vous dirais, d'équilibre.
Je pense que c'est un travail d'équilibre et
de gestion du risque, selon la situation. C'est clair qu'actuellement, je veux
dire, on a vécu une première vague très intense. On a appris, on a été
en mesure, surtout avec la chute aussi puis la saisonnalité potentielle, de
permettre plus de choses, de refaire fonctionner la société au courant de
l'été, tout en balançant le risque, comme tel. Et, je vous dirais, chaque
situation, aussi, doit prendre en compte l'épidémiologie de chacune des
régions, c'est pour ça qu'on a des paliers, hein? Je veux dire, vous avez vu
que, dans la première vague, ça s'est beaucoup concentré dans la Communauté
urbaine de Montréal, dans les grandes
villes, comme un peu partout dans le monde, en épargnant l'Est du Québec. Par après, vous avez été rattrapés de façon
assez intensive. Et je vous dirais aussi que la réaction de la population
est très importante, l'application des mesures est très dépendante de l'expérience
que les gens ont vécue. Je pense que,
quand on a été touché, c'est plus facile de comprendre. Mais là on sent aussi
une fatigue puis un relâchement.
Donc, le processus
décisionnel, il est pris en lien avec nos discussions qu'on a avec nos
directeurs de santé publique. On regarde ce qui se passe dans le monde,
ailleurs, on essaie de trouver les bons coups qui ont été faits ailleurs,
d'aller voir comment ils s'appliquent au contexte québécois, mais il faut aussi
les appliquer. On ne peut pas appliquer au Québec ce qui se fait dans certains
pays asiatiques, où on enferme les gens carrément à la maison pendant
14 jours. Ça ne fait pas
partie de notre culture, là, je ne sais pas si
vous comprenez ce que je veux dire. Il faut regarder aussi l'extrapolation. On
se modèle beaucoup sur l'Europe, sur certains pays européens qui font partie...
Ça fait
partie des éléments qui sont pris en considération.
Puis, comme je vous
dis puis j'ai toujours dit, là, et souvent, même, quand on a fait l'annonce de Noël, de la période de Noël, on avait dit : Conditionnel à «si»,
parce qu'il y a toujours du si. Et une épidémie comme celle-là, autant elle
peut prendre du temps à baisser, autant elle peut s'enflammer de façon
importante, d'où l'importance, à mon avis, de la contribution de tous à
l'intérieur de cela.
Mme Guillemette :
Merci. Lors du processus de décision avec le gouvernement, est-ce qu'il y a eu
des recommandations que vous avez faites qui ont été rejetées ou qui n'ont pas
vu le jour pour x raison?
M. Arruda
(Horacio) : Bien, c'est-à-dire, le gouvernement... nous, on
fait des recommandations sur la base de ce
qu'on vous a dit, d'un consensus d'experts qu'on obtient entre nous, comparé
avec les autres éléments, basé sur notre épidémiologie aussi, ce qu'on a
observé au Québec, bon, si on parle par rapport aux restaurants, aux
bars ou... puis... Et donc c'est arrivé que
le gouvernement, dans les discussions qu'on a eues, nous
a fait des... on a fait des itérations, soit juste, par exemple, d'aller
plus loin dans sa gestion du risque, pour des raisons qui peuvent lui
appartenir en termes d'acceptabilité sociale. Alors qu'on restreint, par
exemple, certains milieux à la maison, permettre certains rassemblements à
l'extérieur pouvait être perçu comme étant contradictoire et donc nuire à
l'élément d'acceptabilité. Donc, c'est une autre rationnelle qui peut être
ajoutée mais qui est tout à fait légitime. C'est toujours, comme je vous l'ai
dit, cet équilibre-là, il n'y a pas de recette parfaite.
Je tiens à vous dire,
par exemple, quand on va être dans la campagne de vaccination, où là on a des
études des risques, puis etc., on est plus dans de la science probante, où ça
devient plus difficile pour un gouvernement de ne pas appliquer la recommandation
qu'a fait la Santé publique. Mais, quand on est dans un univers de société, à
décider si on ferme tel secteur ou tel autre secteur, il peut y avoir des
différences, dans le fond, et ça, ça relève, à mon avis, du mandat que la population
a donné aux élus, parce que, le cadre d'analyse, nous, on le fait
avec un facteur de santé publique, et eux doivent gérer le risque avec
d'autres éléments et d'autres déterminants de société. Ça fait que c'est là,
comme tel... Puis, jusqu'à maintenant, je vous dirais qu'on n'a pas vécu, le
premier ministre l'a dit, de situation où ils sont allés moins loin que nous
par rapport à... La prudence, elle est souvent importante.
Mme Guillemette :
Parfait. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: 40 secondes. J'en profiterais, moi, pour...
Dr Arruda, je voudrais vous rappeler que vous vous êtes engagé à faire
parvenir des documents au secrétariat. Nous n'avons rien reçu pour le moment.
Je suppose qu'on les recevra, éventuellement, peut-être en fin de l'audition.
M. Arruda (Horacio) :
Oui, bien, on va s'assurer que les choses...
Le Président (M. Provençal)
: C'est un rappel amical que je voulais vous faire, tout
simplement.
M. Arruda (Horacio) :
Oui, merci. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous pouvons maintenant...
M. Arruda
(Horacio) : Comme je suis concentré à répondre aux questions,
je vais demander à Mme Boudreault de faire la demande.
Le Président (M. Provençal)
: O.K. Il vous reste 40 secondes, si vous voulez,
madame.
Mme Guillemette : Bien, j'en
profiterais pour vous remercier, mais remercier toute votre équipe aussi, parce
que vous êtes le porte-parole, mais on sait que vous avez une équipe
extraordinaire en arrière de vous, puis on ne les remercie pas assez souvent.
Donc, merci à eux aussi pour tout le travail.
M. Arruda (Horacio) : Je
vais leur transmettre. Ils n'écoutent pas, mais c'est clair qu'un seul homme ne
peut pas affronter ce virus, et je ne suis que le porte-parole de toute cette
expertise-là.
Mme Guillemette : Merci,
Dr Arruda, et ne lâchez pas. Il ne faut pas lâcher, le Québec est en
arrière de vous. Merci.
M. Arruda (Horacio) :
Non, non, on n'a pas l'intention de lâcher. On a accepté un deuxième mandat
justement pour ne pas laisser tomber le bateau.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Nous allons poursuivre cet échange avec la
députée de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Je vous cède la parole, madame.
Mme Anglade : Merci, merci.
Alors, Dr Arruda, j'aimerais revenir un peu en arrière, au début du mois
de janvier, puis revenir sur les propos que
vous avez tenus. Vous nous avez dit que, lorsque vous avez vu le début
de la crise au début janvier, il y avait des états de situation qui
étaient communiqués aux autorités pour faire état du contexte dans lequel on se
retrouvait. Savez-vous il y a eu combien d'états de situation qui ont été
partagés avec les autorités?
M. Arruda (Horacio) : Je
ne m'en souviens pas. Je ne suis pas en mesure de... Mais je suis vraiment
désolé, là. J'aimerais avoir une mémoire comme ça, mais je ne m'en souviens pas
exactement.
Mme Anglade : D'accord. Donc,
ces états de situation étaient envoyés, on présume, à la ministre de la Santé, à
ce moment-là.
M. Arruda (Horacio) : ...montent
vers les autorités, effectivement, à travers notre bureau de sous-ministre.
Mme Anglade : Parfait. Pendant...
Avant le 9 mars, est-ce que vous avez eu des discussions au sujet de la
pandémie avec le cabinet de la ministre? Avec la ministre elle-même, est-ce
qu'il y a eu des discussions? Au-delà des états de situation qui ont été
présentés, est-ce qu'il y a eu des discussions?
M. Arruda
(Horacio) : À travers, peut-être, potentiellement, mes équipes,
avec les représentants, les attachés politiques du ministre. Mais le
18 janvier on a envoyé un premier courriel à la ministre en termes... Là,
si vous me demandiez, là, le
18 janvier... puis le 21 janvier, premier état de situation qui a été
fait. Je viens d'avoir l'information, là.
Mme Anglade : Donc, le 18 janvier, vous avez envoyé un
courriel à la ministre lui disant qu'il y avait véritablement un
problème et qu'il fallait... Qu'est-ce que... Quelle était la teneur du message
qui avait été envoyé à ce moment-là?
M. Arruda (Horacio) : Je
n'ai pas le... On va l'obtenir.
M. Arruda (Horacio) : On
pourra vous le donner.
Mme Anglade :
Bien sûr. Le 21 janvier... Vous avez mentionné aussi le 21 janvier.
Il y a eu, à ce moment-là...
M. Arruda
(Horacio) : ...premier état de situation...
Mme Anglade : C'est le premier
état de situation.
M. Arruda (Horacio) :
Probablement, j'ai dû écrire en disant, par exemple : Il y a un phénomène
qui se passe en Chine, il va falloir qu'on se mette en mode... D'ailleurs,
c'est là qu'on a ouvert aussi la cellule de sécurité civile, tu sais, dans le
fond, de dire : On doit être en préalerte du phénomène qui s'en vient. Ça
pourrait se contrôler, arrêter à certains endroits, mais... ou, au contraire,
devenir une pandémie, comme tel, devant tout ce virus émergent. Ça fait qu'on a
activé... J'ai dû écrire un courriel qui devait être de cet ordre-là, selon les
informations qu'on obtenait de l'OMS ou de ce qui était publié par rapport...
en Chine. Et le 21 janvier, probablement, on a eu la demande de faire un
premier état de situation. C'est une façon standard d'informer... les
évolutions, quels sont... quelle est la situation, qu'est-ce qu'on fait,
qu'est-ce qu'on recommande et qu'est-ce qui peut être fait.
Mme Anglade : Le
12 janvier, vous disiez : Si jamais le virus quitte la Chine, ça va
être problématique pour le Québec. Le
13 janvier, le virus quitte la Chine. À ce moment-là, vous êtes conscient
que les choses vont certainement se gâter pour le Québec.
M. Arruda (Horacio) :
Oui, il quitte la Chine, mais, bon, il s'installe dans... il s'installe particulièrement
en Colombie-Britannique, au Canada, un peu plus tard. La Chine a arrêté ses
voyages internationaux. On ne sait pas jusqu'à quel point le virus va se
transmettre un peu partout. À ce moment-là, on ne sait pas que, plus tard, la
France, l'Italie, beaucoup de voyageurs, de pays vont être ensemencés, si vous
me permettez, par le virus. Ça aurait pu, comme dans le SRAS-CoV qu'on a eu, le
premier SRAS, rester, comme, dans un univers, comme à Toronto. Ce n'est pas parce
que... et là, à ce moment-là, on n'aurait pas eu nécessairement la pandémie.
Mais, moi, de toute façon, quand il y a un nouveau virus qui... écoutez, puis
ça arrive souvent, là, qu'il y a des mutations chez des zoonoses animales, un
H7N1, moi, dès que j'ai ça qui se passe en Chine, je me mets en mode préalerte,
et je... sans crier au loup, parce que je pense que plusieurs des fois, ça ne
se rend pas.
Président (M. Provençal)
: Mme la députée voudrait vous poser une question
additionnelle, s'il vous plaît.
M. Arruda (Horacio) :
Oui.
Mme Anglade : Bien, je veux
poursuivre sur ce que vous dites. Vous dites, vous vous mettez en mode préalerte. Tout à l'heure, vous nous avez
dit qu'il y a eu des rencontres où vous mentionniez le fait que
c'était important qu'il y ait...
qu'on renfloue les stocks, mais que ce n'est pas vous qui étiez directement responsable, mais qu'il y avait eu des conversations, au mois de
janvier, avec des personnes concernant les stocks.
M. Arruda (Horacio) : ...dire,
si vous me permettez... moi, quand il y a des... moi, quand il y a une situation
particulière qui me préoccupe, quand je me mets en mode préalerte, c'est-à-dire
que je surveille de très près ce qui se passe
en termes de surveillance épidémiologique ou autre, O.K... quand on a dit : Il y aurait un
potentiel, éventuellement, qu'il y ait un problème, la Mission santé et
de sécurité civile, au ministère de la Santé, convoque, là, ce qu'on appelle le groupe ministériel de sécurité civile. La
première rencontre a eu lieu le 24 janvier. Ce sont des gens de santé
publique qui travaillent avec moi, notamment Dr Savard, qui étaient
présents à ces rencontres-là. Et la question de dire «il va falloir prévoir des approvisionnements» a été
discutée dans cette perspective-là, mais je n'ai pas, moi-même, rentré...
ce n'est pas le secteur d'activité que moi, je gère.
Mme Anglade : Puis le
24 janvier, à ce moment-là, on se rend compte, dans cette rencontre-là...
Si la Sécurité civile est impliquée, j'imagine qu'on se rend compte qu'il y a
un problème qui est assez grave qui est en train de se produire, je présume.
M. Arruda (Horacio) : Je
vous dirais qu'à cette époque-là on était encore dans une alerte, je vous
dirais... je ne veux pas dire que... on ne dit pas que ce n'est pas grave, mais
on n'est pas dans le même sentiment d'urgence que quand on a commencé à voir
que l'OMS a déclaré la pandémie aussi, là, comme tel, parce qu'on était dans un
contexte, je vous dirais, d'une maladie émergente qui avait traversé la Chine,
qui avait été très importante dans certaines provinces particulières et qui, à
cause de la proximité avec la Colombie-Britannique, avait été en
Colombie-Britannique. Mais ça aurait pu faire comme le SRAS qu'on a vécu
antérieurement, et qui était à Toronto, et qui n'est jamais apparu au Québec.
Mme Anglade :
Très bien. Donc, je comprends qu'il y a eu des communications le 18. Je
comprends qu'il y a eu différents états de situation. Est-ce qu'il
aurait été justifié de penser à une cellule de crise avant le 9 mars ou le
9 mars, selon vous? C'était adéquat, à ce moment-là?
M. Arruda (Horacio) :
Très honnêtement, je pense que c'était adéquat parce que nous étions déjà, en
Santé publique, sous tension, la structure de Sécurité civile était là. On
n'était pas dans une... Parce que le premier cas est arrivé, si je me rappelle
bien, le 27... Attendez, le premier cas est arrivé au mois de... le
29 février, c'est-tu ça? Le premier cas, le
27 février, c'est ça. Mais... puis c'est un premier cas qui est arrivé...
isolé, on n'était pas dans une transmission active, arrivé du Liban.
Dans nos critères... si vous me permettez, dans
nos critères d'intervention, même dans... quand il y a eu la crise d'Ebola,
puis etc., en Afrique, avec des cas où on n'a jamais pu détecter, il y a des
niveaux d'alerte pour aller jusqu'au niveau du premier ministre, là. Je pense honnêtement
qu'on était dans une situation où, en Santé publique, on pouvait être en contrôle. Et d'ailleurs je me suis mis en enquête du
DNSP dès le 17 de janvier, c'est-à-dire que je me suis mis devant le fait qu'il y avait une
potentielle menace. J'ai préparé... Je me suis mis en mode enquête, c'est-à-dire
pour pouvoir accéder à l'information nominale précise sur chacun des cas, si
jamais ça arrivait.
Mme Anglade : Je poursuis.
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y.
Mme Anglade : Est-ce que vous
avez été consulté lors de la décision de tenir le huis clos par rapport au
budget? Est-ce que vous avez été consulté par rapport à ça?
M. Arruda (Horacio) : Je
pense qu'il y a eu des recommandations de la Santé publique pour éviter des éléments
de contamination, là. Je pense qu'il y a eu un avis qui a été émis, si je me
rappelle bien, là.
Mme Anglade : ...aurait eu un
avis émis par la Santé publique disant qu'il fallait éviter des éléments de
contamination dans le cas du huis clos du budget, c'est ce que vous nous dites?
M. Arruda (Horacio) :
Vous créez en moi un doute. Vous savez, le mois de janvier, c'est, pour moi,
déjà il y a très longtemps.
Mme Anglade : C'est au mois de
mars.
M. Arruda (Horacio) : Je
vais devoir faire la revérification, mais je pense qu'on a eu... on nous a
demandé des consignes parce qu'on voulait éviter... Je pense qu'il n'y avait
même pas de repas, il fallait que ça soit des... En tout cas, je vais
revérifier, je m'excuse.
Mme Anglade : Bien, il n'y a
pas de souci.
M. Arruda (Horacio) : Je
ne veux pas vous mentir, vous dire oui ou non.
Mme Anglade : Non, non, il n'y
a pas de souci. Si vous avez formulé une recommandation, si on pouvait la faire
parvenir à la commission, par rapport au huis clos, ce serait apprécié.
Autre question pour vous, Dr Arruda :
Est-ce que M. Gendron... Est-ce que vous êtes au courant, au mieux de vos
connaissances... Est-ce que M. Gendron a fait part au secrétaire général
du gouvernement de ce qui s'en venait avant le 9 mars? Est-ce que vous
êtes au courant?
M. Arruda (Horacio) : Je
ne suis pas au fait des discussions qu'ils ont pu avoir ensemble.
Mme Anglade : Parfait.
J'aimerais revenir sur la question... Maintenant, je nous ramène un peu au
présent, j'aimerais revenir sur la question des tests rapides. Tout à l'heure,
vous nous avez dit que vous êtes en train de revoir la procédure... vous êtes en
train de revoir la procédure par rapport aux tests rapides, c'est ce que j'ai
compris.
M. Arruda (Horacio) : C'est-à-dire
qu'on est en train de mieux définir les indications où on pense qu'au Québec
ils vont introduire une plus-value, compte tenu qu'on a déjà beaucoup de tests
en PCR, c'est-à-dire... Et on est en train... un, ils ont été regardés, testés,
ils ont été validés par notre Laboratoire de santé publique. On a, à ce
moment-là, vérifié aussi, selon les types de population, où ils devraient être
indiqués, et c'est ce travail-là qui va servir aux implantations progressives
qui sont en cours, notamment au Saguenay—Lac-Saint-Jean et ailleurs.
Mme Anglade : Toute cette
réflexion-là... Ça fait plusieurs semaines que nous avons des tests rapides, et
on pose la question régulièrement à savoir pourquoi on n'utilise pas les tests
rapides, et on nous dit que ce n'est pas nécessaire, on teste suffisamment, de
toute façon. Quand j'entends ce que vous me dites, c'est qu'en fait vous êtes en
train de réfléchir à savoir si on... il y a manière de les utiliser de manière
efficace, comme ça se fait dans d'autres juridictions, c'est ce que je
comprends de ce que vous me dites, et que vous êtes en train d'étudier la
manière de déployer ça, présentement. Je vous comprends bien?
M. Arruda (Horacio) :
Oui. Dans le contexte où on a un test qui est meilleur, on ne voudrait pas...
je ne sais pas si vous comprenez, on ne voudrait pas utiliser un test qui
aurait une qualité trop inférieure et qui nous ferait manquer des cas
symptomatiques ou asymptomatiques. Il a fallu faire cette validation-là, et ce
n'est pas nous, la Santé publique, qui avons dit : Il faut faire la
validation, ce sont nos experts de laboratoire, de microbiologie qui ont véritablement analysé la situation. Nous, avec la Santé
publique, on a vu c'est quoi, les résultats de nos tests en termes de dépistage
pour avoir une optimisation optimale.
Je peux juste vous dire aussi qu'on a fait des
vérifications auprès... J'ai demandé aux directeurs de Laboratoire de santé
publique du Québec de faire des vérifications auprès de l'Ontario, qui disait
utiliser de façon massive les tests, et ils étaient en train de commencer, à
peu près au même stade, la validation des tests sur des territoires. Nous, on
considère que, quand on les valide, on ne les utilise pas dans l'univers
clinique, mais là on va les intégrer au meilleur endroit, selon les... et je ne
suis pas expert des tests de laboratoire, là, selon ce que me recommande le
comité scientifique qui a été créé pour la question des tests rapides.
Le Président (M. Provençal)
: La députée de Maurice-Richard
voudrait poursuivre.
Mme Montpetit : Merci, M. le
Président. Je vais continuer sur la question des tests rapides, parce que,
depuis le début de l'automne, là, il y a vraiment... il y a une ruée mondiale
sur les tests rapides, là. On l'a vu dernièrement, les États-Unis en ont acheté
150 millions. Il y a deux semaines, le Canada, dans sa mise à jour, a
annoncé qu'ils en achetaient 38 millions. L'OMS va en distribuer
120 millions. Le NHS, je pense qu'on va convenir, quand même, de la
crédibilité, a annoncé un dépistage massif au Royaume-Uni. Les autres provinces
du Canada les utilisent déjà depuis plusieurs semaines. Les épidémiologistes,
des médecins, des microbiologistes au Québec recommandent leur utilisation de
façon massive.
Ça fait déjà deux mois qu'on a reçu les tests.
Le 29 octobre — c'est
il y a un mois et demi — le
ministre disait, dans une conférence de presse... il parlait de l'atout
indéniable des tests rapides. Il avait annoncé, à l'époque, que, la semaine
prochaine, donc la semaine qui suivait le 29 octobre, il y a un comité qui
remettrait des recommandations sur l'utilisation des tests rapides. Il y avait
cinq priorités qui avaient été annoncées : patients symptomatiques à
l'urgence, professionnels de la santé, CHSLD, milieux scolaires, régions
éloignées. Il s'est passé quoi depuis un mois et demi? Est-ce que ces priorités-là,
qui ont été annoncées, ne tiennent plus la route? Est-ce que le plan de
déploiement... les recommandations n'ont toujours pas été faites un mois et
demi plus tard?
M. Arruda (Horacio) :
Non, le plan de déploiement est en cours. Il va y avoir un déploiement
progressif qui va être réalisé en milieu de vie et là où ça pourrait être
adéquat, en centre de dépistage désigné, pour certains types de patients, puis
dans les régions éloignées afin de permettre un déploiement prudent, là. C'est
ce qui est fait.
Puis je tiens à vous dire, là, que, très honnêtement,
là, les recommandations qu'on suit... Je sais qu'il y a plein de gens qui
disent des informations, et c'est possible qu'il y a des microbiologistes qui
l'ont dit. Nous, on a fait affaire avec un comité qui est créé au ministère de
la Santé, qui prend en considération les utilisations cliniques, les utilisations
de dépistage en termes populationnels et qui prennent le contexte de l'utilisation
du PCR au Québec, qui est plus développé que dans d'autres territoires. Mais il
va faire
partie de la thérapeutique ou du diagnostic dans des conditions qui
vont aller en s'accentuant par une offre de services progressive.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Mme la députée.
Mme Montpetit : Bien, bien
respectueusement... Bien, je pense que, pour qu'on puisse faire la lumière à
travers cette question-là de tests rapides, il va falloir que vous déposiez, s'il
y en a un, un plan de déploiement, parce que vous nous dites : Ils vont
être déployés dans des milieux de vie, donc je comprends qu'il y a déjà des
indications qui ont peut-être
été données. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas le cas, il faut nous le dire.
Il y a un mois et demi, il y
avait des priorités. Là, ce n'est plus ces priorités. Il y avait un comité qui
devait remettre des recommandations, ils ne les ont pas remises. Ça fait deux
mois qu'on pose des questions sur ces tests rapides là. Je pense que, s'il y a
un plan de déploiement qui est fait, il doit être déposé publiquement, il doit
être connu, il doit être clarifié. Et, s'il y a un enjeu de ne pas les
utiliser, il faut le faire savoir. Mais je pense qu'à un moment donné il va
falloir avoir une réponse très, très claire sur les recommandations qui sont
faites par le comité.
M. Arruda (Horacio) : D'accord.
Le Président (M. Provençal)
: Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors... (panne de son) ...Dr Arruda et les personnes qui l'accompagnent
et vous remercier pour votre présence aujourd'hui.
Il faut entendre, par ma question, la préoccupation
que nous avons envers nos aînés, nos aînés vulnérables. Au début de la
pandémie, des patients, de nombreux patients ont été transférés des hôpitaux
vers les CHSLD. Avec le recul, on comprend que cette décision-là, elle a été
plus que malheureuse, elle a été dévastatrice pour nos aînés dans la première
vague. Dans les faits, le 6 mars, soit trois jours avant que vous
informiez le premier ministre sur la situation, la ministre McCann et le sous-ministre Gendron ont fait
libérer 8 000 lits dans les hôpitaux et ont fait transférer
des patients non testés vers les CHSLD. Alors, question de bien comprendre ce
qui est arrivé, Dr Arruda, aviez-vous été informé de cette pratique? Et,
au départ, est-ce que vous aviez, donc, fait cette recommandation de ce
transfert?
M. Arruda (Horacio) : Le
transfert des patients a été fait dans une perspective d'augmenter la capacité
des milieux de soins si on avait eu à développer, je vous dirais, un impact
important de cas, dans la communauté, qui nécessitaient
des soins. Et, au 8 mars, à ma connaissance, au Québec, on n'avait pas
encore une circulation intensive. Là, ce que
vous dites, c'est que... Votre question, c'était en lien avec le fait que les
gens ont été transférés sans être dépistés?
Mme Sauvé : ...transférés des
hôpitaux vers les CHSLD.
M. Arruda
(Horacio) : O.K.
Mais ils n'avaient pas... ce n'est pas gens qui avaient des symptômes ou il n'y
avait pas nécessairement d'éclosion à cette époque, là, comme tel, mais ce
n'est pas moi qui gère les processus de transferts de patients.
Mme Sauvé : Donc, si je
comprends bien, donc, vous ne l'avez pas recommandé, ce transfert des hôpitaux...
des lits d'hôpitaux vers les CHSLD.
M. Arruda (Horacio) :
Bien, ça ne fait pas
partie d'une prérogative de la Santé publique, c'est une
question de gestion de système pour être en mesure d'améliorer la capacité.
Mme Sauvé : Merci. Ma prochaine
question, elle me vient des proches aidants, ces proches aidants,
rappelons-nous, de la première vague qui pleurent encore leurs proches, morts
dans la souffrance, déshydratés, en manque de soins et surtout en manque de
leur humanité, morts sans eux auprès d'eux. Et parce que ces proches aidants
ont besoin de réponses, Dr Arruda, ont besoin de comprendre ce qui s'est
passé, est-ce que vous pouvez nous expliquer,
aujourd'hui, sur quelles bases a été formulée cette recommandation au premier ministre, la recommandation d'interdire complètement
l'accès des proches aidants à leurs proches en CHSLD? Donc, sur quelles bases,
sur quelles études, sur quelles données vous vous êtes basés pour faire cette recommandation
d'interdiction?
M. Arruda (Horacio) :
Bon, les études sur les proches aidants, je tiens à vous dire qu'il n'y en
avait pas nécessairement. On est dans un élément de maladie émergente, l'enjeu
était... Puis je comprends très bien, là, je tiens à vous dire que... La
souffrance que les gens ont vécue dans les CHSLD, le fait de ne pas pouvoir
aller visiter sa famille ou son proche à cause de la question des éclosions, ça
a été fait dans une perspective d'éviter de contaminer les proches aidants, ou
que le proche aidant qui aurait pu être contaminé vienne introduire la maladie,
ou de contrôler, je vous dirais, la situation. En rétrospective, quand on
regarde cela... Puis il faut voir, à l'époque, aussi qu'il fallait introduire
les équipements de protection, il fallait gérer les éclosions. Et, compte tenu,
je vous dirais, du risque important de décès quand les gens sont atteints en
CHSLD, compte tenu de leur âge et de leur condition, ça a été de diminuer au
maximum les interventions qui n'étaient pas faites avec le soin. Par contre, on
le sait, on l'a vu, les ressources humaines étaient limitées aussi dans plusieurs
milieux, ce qui faisait que l'aide des proches aidants était un élément important.
Le Président (M. Provençal)
: Merci.
M. Arruda
(Horacio) : C'était véritablement dans une perspective de protection à la fois du proche aidant et du...
Le Président (M. Provençal)
: Dr Arruda, je m'excuse, la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne
voudrait poser une question complémentaire...
Le Président (M. Provençal)
: ...ou la députée de Fabre encore?
Mme Anglade : Oui, oui, allez-y
Mme Sauvé : Très rapide, M. le
Président. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Vous allez terminer, il reste une minute.
Mme Sauvé : Ah! bon, alors je
vais être très rapide. Si j'entends bien que l'intention, c'était de protéger
les proches aidants dans la première
vague, qu'est-ce qui a changé entre la première vague et la deuxième vague,
alors que, maintenant, on leur
permet? Comment on arrive, justement, à mettre des mesures en place pour les
protéger cette fois-ci?
M. Arruda
(Horacio) : On a fait des apprentissages, premièrement. Aussi,
tous les proches aidants connaissent mieux les principes de
distanciation, etc., on a beaucoup plus de matériel de protection, ça fait que,
quelque part aussi, on a réajusté en
fonction des apprentissages que les proches aidants ont pu faire et de
l'encadrement qui peut être donné aussi aux proches aidants par plus de
personnel dans les milieux de soins. Ça fait partie, comme on l'a dit, des
apprentissages qui font qu'on essaie de faire mieux pour les prochaines fois.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. La parole est maintenant à la troisième opposition.
Alors, je vais céder la parole au député de Matane... Matapédia, excusez-moi.
M. Bérubé :
Merci, M. le Président. Dr Arruda, Dr Massé, je veux vous féliciter pour votre engagement
pendant cette crise.
Le premier ministre a constamment laissé
entendre que les décisions étaient basées entièrement sur les recommandations
du directeur de la santé publique.
Le directeur de la santé publique, de son
côté, répétait que les recommandations qu'il faisait étaient suivies. On a appris plus
tard que ce n'est pas toujours le cas, nous y reviendrons.
Le Dr Arruda n'a, selon nous, pas l'indépendance
nécessaire face au pouvoir politique, et je m'explique. Dans la cellule de
décision, qui prend les décisions chaque jour, il y a 20 personnes — le Dr
Arruda est la seule personne qui relève du monde scientifique — essentiellement
du personnel politique et de communications du gouvernement de la Coalition avenir Québec. C'est là que se prennent les décisions, au bout
de la ligne. Les décisions sont importantes, elles engagent notre santé,
notre économie et notre liberté. Parfois, j'entends le docteur dire qu'il est
confortable. J'aimerais pouvoir jauger ce que ça veut dire par rapport aux
décisions, mais il est toujours là.
Pour notre part, nous avons agi de façon responsable
en posant de bonnes questions et en faisant des propositions constructives au
gouvernement depuis le mois de mars, en plus de faire la promotion des
meilleures pratiques et de prendre soin de nos commettants.
Nous avons fait plusieurs découvertes pendant
cette crise. Le Parti québéco