CRC — 19 August 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CRC 2020-08-19
Quebec — Committees
(Neuf heures quarante et une
minutes)
Présidente (Mme Chassé) :
Bonjour, tout le monde. Je constate le quorum et je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte. Je demande à tous de bien vouloir éteindre la sonnerie ainsi que le
mode de vibration de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude du volet Protection des consommateurs des
crédits budgétaires du
portefeuille Justice pour l'exercice financier 2020‑2021. Une enveloppe de
1 h 30 min a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Dansereau
(Verchères) est remplacée par Mme Blais (Abitibi-Ouest); M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee), par Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel); Mme Dorion (Taschereau), par M. Nadeau-Dubois
(Gouin); M. LeBel (Rimouski), par Mme Hivon (Joliette).
Présidente (Mme Chassé) : Merci. Nous allons procéder aux échanges
entre les groupes d'opposition et le ministre pour permettre à chaque groupe d'opposition d'écouler son temps de
parole, et le temps d'échange inclut les questions et les réponses.
Je suis déjà
prête à reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour
un premier bloc d'échange. Mme la députée de Louis-Anjou... non, d'Anjou—Louis-Riel,
la parole est à vous. Allez-y.
Thériault : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Tout d'abord, vous allez me permettre de saluer mes collègues les députés, l'adjointe
parlementaire du ministre, M. le ministre, évidemment, la merveilleuse équipe
de l'Office de la protection du
consommateur. Mme la Présidente, vous n'êtes pas sans savoir que j'ai eu le
privilège d'être la ministre
responsable de cet organisme-là pendant près d'une année, et, en un an, Mme la
Présidente, on a fait adopter trois
projets de loi assez importants pour protéger les consommateurs québécois.
Donc, vous ne serez pas surprise de me voir dans le rôle de la porte-parole de l'opposition officielle pour pouvoir
parler des enjeux qui touchent les consommateurs.
Et pas besoin
de vous dire qu'avec l'arrivée de la COVID-19, bien, on a été, ma foi, très,
très, très occupés. Je dois vous dire
que mon bureau de comté déborde non seulement de mes cas de comté mais il y a
beaucoup de personnes qui m'envoient
des messages par rapport aux différentes expériences qu'ils vivent présentement
avec toute la difficulté de se faire rembourser différents frais qui ont
été payés d'avance, dans beaucoup de secteurs.
Et ce n'est
certainement pas sans surprise, Mme la Présidente, que vous allez comprendre
que je vais vous parler ce matin,
dans le premier bloc, en tout cas, de toute l'histoire des crédits voyage, des
annulations voyage. Oui, il y a la
loi sur
les agences de voyages, qui régit effectivement les agences de voyages, mais,
Mme la Présidente, j'aimerais rappeler qu'au-delà
de cette loi-là, il y a la loi qui dirige l'Office de la protection du
consommateur. C'est la
loi sur laquelle il se guide, et cette loi-là
stipule nommément que lorsqu'un consommateur québécois achète un bien ou un
service et que le service n'a pas été rendu
au-delà de deux mois de la date d'achat, que les sommes d'argent doivent être
placées dans une fiducie ou un compte en fidéicommis pour pouvoir
protéger le dépôt des clients.
Mme la Présidente,
vous avez fait votre revue de presse. Je suis convaincue que les gens de
l'office, le ministre aussi, ont fait
leur revue de presse, ce matin, donc ils ne seront pas surpris de m'entendre
demander à la présidente de l'office
d'appliquer son devoir de diligence et de s'assurer qu'au-delà de la loi des
agences de voyages, que les transporteurs aériens, que les différentes
compagnies qui ont fait affaire avec les consommateurs québécois et qui ont des
dépôts présentement en main... je demande à la présidente qu'elle s'assure que
ces dépôts-là ont bel et bien été placés dans un
compte en fidéicommis, comme le stipule la Loi de la protection du
consommateur. Précisément, à l'article 256 de la Loi de la protection du
consommateur, on y dit nommément : «Une somme d'argent reçue par un
commerçant d'un consommateur, par suite d'un
contrat en vertu duquel l'obligation principale du commerçant doit être
exécutée plus de deux mois après la
conclusion de ce contrat, est transférée en fiducie. Le commerçant est alors
fiduciaire de cette somme et doit la déposer dans un compte en
fidéicommis jusqu'à l'exécution de son obligation principale.»
Dans
l'industrie du voyage, ce qui est particulier, c'est que, très souvent, les
gens vont réserver plusieurs mois à l'avance. Vous n'êtes certainement
pas surpris de voir qu'il y a des gens qui ont payé leur voyage en mars, puis
que les voyages étaient pour le mois de
juillet, le mois d'août, et que, Mme la Présidente, ce voyage-là, bien, c'est
plus que deux mois, les sommes
devraient être placées en fiducie, qu'on soit une agence de voyages ou pas. Les
transporteurs aériens ont l'obligation de le faire.
Mme la Présidente, ce qui est
intéressant également, c'est que, la semaine passée, ici, à Québec, il y a eu
une cause qui a été entendue, qui est en suspens, pour voir s'il y a un
recours collectif qui est admissible concernant les agences de voyages. Et les avocats des compagnies
aériennes... Puis je ne veux pas que la présidente commente sur la cause, ni
le ministre non plus, là, je pense qu'on a
tous un devoir de réserve, sauf qu'à la question simple, si les compagnies
aériennes avaient placé en fiducie
les sommes d'argent, les dépôts des clients, aucune partie, que ce soit Air
Transat ou Air Canada, n'a répondu : Oui, ça a été placé.
Donc, Mme la Présidente, vous pouvez croire, sans
aucun problème, que je suis très inquiète des dépôts des consommateurs québécois et qu'à ce stade-ci,
en vertu de l'article 310 de Loi
sur la protection du consommateur...
et je vais le lire : «Lorsque le président a une raison de croire que des
sommes qui doivent être gardées en fiducie conformément
aux articles 254, 255 et 256, peuvent être dilapidées, il peut demander
une injonction ordonnant à la personne qui
a le dépôt, le contrôle ou la garde de ces sommes au Québec de les garder en
fiducie pour la période et aux conditions déterminées par le tribunal.»
Donc, Mme la Présidente, comme je vous l'ai
mentionné, il y a eu, la semaine passée, une cause, une demande d'autorisation d'action collective à Québec. Les
sociétés aériennes n'ont jamais nié ne pas avoir versé, en tout ou en partie,
les sommes d'argent dans un compte en
fidéicommis. Donc, il m'apparaît évident que l'Office de la protection du consommateur pourrait protéger les consommateurs, jouer son rôle et que l'organisme
pourrait demander aux sociétés si ces sommes d'argent ont été placées en fiducie comme le prévoit la loi. Si la
réponse n'est pas satisfaisante, Mme la Présidente, le rôle de la présidente ainsi que le rôle du ministre de la Justice, comme Procureur
général, c'est de demander une
injonction pour s'assurer que les
dépôts des clients soient placés dans le compte de fiducie. Donc, si jamais il
y a une problématique plus grande, ça
permettra d'au moins protéger les dépôts des clients, Mme la Présidente, parce
que cet argent-là, elle n'a pas disparu,
elle est quelque part, et je soupçonne qu'elle est quelque part dans les
comptes de banque, mais surtout pas dans les poches des Québécois, Mme la Présidente. Donc, je voudrais savoir si
la présidente entend donner suite à ma demande, ou le ministre, un des
deux, la réponse sera...
La Présidente (Mme Chassé) : Très bien. Merci. Je vous rappelle qu'on
s'adresse à la présidence. Ça a été bien fait pour le moment. M. le
ministre, est-ce que c'est vous qui prenez la parole?
Jolin-Barrette : Oui, si vous me la donnez, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Chassé) : Allez-y, M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, bonjour, Mme la Présidente. Bonjour,
membres de la commission. C'est un plaisir de vous retrouver après cette période estivale. Je tiens à souligner la
présence avec moi de Mme Champoux, qui est présidente-directrice générale de l'Office
de la protection du consommateur, de
Mme Théberge également, qui est vice-présidente de l'Office de la protection du consommateur, de Me Allard qui est
juriste, ainsi que M. Frost qui nous accompagne. Je tiens à remercier le personnel de l'Office de la
protection du consommateur qui nous ont aidés à préparer les crédits budgétaires,
parce que c'est un exercice qui est fort important
pour les parlementaires mais aussi qui requiert, de la part des équipes,
des heures de travail soutenu pour s'assurer
de pouvoir faire une reddition de
comptes adéquate aux parlementaires.
Alors, je tiens à les remercier, Mme la Présidente.
Quelques
remarques préliminaires, Mme la
Présidente. Vous savez, l'Office de la protection du consommateur a été
créé en 1971 et vise à s'assurer de protéger les consommateurs dans les
contrats... en fait, dans les relations contractuelles qu'ils ont avec... bien, en fait, l'achat de biens
de consommation. Et l'office est là pour s'assurer d'accompagner les consommateurs québécois, pour s'assurer également
que, bien, il y a exécution des prestations qui sont convenues,
pour s'assurer d'informer le public aussi.
Et, à juste titre, la députée d'Anjou—Louis-Riel
a déposé des projets de loi qui étaient importants. Je me souviens
d'avoir travaillé avec elle aussi. D'ailleurs,
elle a repris une de mes idées, relativement au registre des préarrangements funéraires, et je suis heureux de savoir qu'elle
l'a mis en vigueur. Elle a fait adopter le projet de loi pour s'assurer
que les consommateurs québécois,
lorsqu'il y a décès, s'ils avaient déjà contracté un service de préarrangements
funéraires, bien, à ce moment-là, la famille, au moment du décès, ne puisse pas... bien, en fait, que
l'exécution puisse être faite puis qu'elle ne contracte pas un autre
service funéraire par la suite.
Pour ce qui est également des remarques
préliminaires, bien, vous savez, depuis que la loi a été adoptée, il y a eu
plusieurs changements technologiques qui se
sont faits, surtout au cours des dernières années, et ça transforme l'industrie
de la consommation, Mme la Présidente. Donc,
il y a nécessité d'actualiser, de façon périodique, la loi, ce qui a été fait,
notamment, en partie, par ma prédécesseure dans ce poste-là.
Par contre, au cours des derniers mois, en raison
de la COVID, il y a eu des situations extraordinaires, Mme la Présidente,
qui ont eu cours. Vous savez, la COVID, ça a
chamboulé le monde, et notamment l'industrie de la consommation, et un
des exemples frappants est celui de l'industrie du voyage.
Donc,
on se retrouve dans une situation, actuellement, depuis le 13 mars, où les
consommateurs québécois qui avaient
acheté des voyages, des croisières, des billets d'avion, des nuitées à l'hôtel,
se retrouvent à ne pas avoir eu l'exécution de leurs prestations.
Et là ça pose la question : Qui doit
rembourser relativement à l'inexécution de cette obligation-là? La réponse,
c'est le cocontractant. Il y a plusieurs
agences de voyages, plusieurs compagnies aériennes, actuellement, qui se retrouvent
en difficultés
financières. Et la résultante, c'est que de nombreux Québécois, des centaines
de Québécois, des milliers de
Québécois, devrais-je dire, ont donné... ont acheté un voyage et n'ont pas été
en voyage. Ils ont le droit de recevoir leur argent, les Québécois. Mais actuellement il y a plusieurs
compagnies aériennes, ce qu'elles font,
c'est qu'elles offrent un crédit
voyage qui n'est pas encadré par la Loi
sur la protection du consommateur. Et
il faut faire en sorte de s'assurer que les Québécois qui ont acheté un voyage soient remboursés ou qu'ils obtiennent une compensation réelle pour le voyage qu'ils ont fait, parce qu'on se retrouve dans la situation suivante, où le consommat