Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 27 November 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAPERN 2013-11-27
Quebec — Committees
Valero occupe une place
importante dans l'économie de l'Est du Canada et particulièrement dans les
secteurs du raffinage et de la distribution
de produits pétroliers. L'entreprise fournit les combustibles et carburants à de
nombreux commerces, institutions et usines ainsi qu'à d'importants
acteurs dans les domaines du transport aérien, maritime, ferroviaire et routier. Elle approvisionne de
nombreuses entreprises actives dans le secteur de vente au détail, dont
le réseau exploité sous la marque Ultramar. La capacité nominale de
raffinage est de 265 000 barils par jour à Lévis, ce qui représente
environ les deux tiers de la capacité de production du Québec et près de
30 % de la capacité combinée des sept
usines du Québec et de l'Ontario. Nous sommes très conscients de cette
importante responsabilité que nous avons.
Les dépenses
d'exploitation et les investissements de Valero au Canada, en excluant les
coûts d'acquisition du pétrole brut,
dépassent 600 millions par année, dont l'essentiel est dépensé au Québec.
D'ailleurs, les investissements en immobilisations
de Valero au Canada ont dépassé 3 milliards de dollars depuis 2001, encore
une fois surtout au Québec.
En ce qui
concerne ses infrastructures québécoises, Valero exploite, à Montréal-Est, le
plus important terminal pétrolier du genre au Canada. Celui-ci procure
des emplois à une cinquantaine de personnes, et son débit annuel a augmenté de près de 50 % au cours de la
dernière décennie, suite à des investissements d'environ 80 millions de
dollars durant cette période. À la
fin 2012, l'entreprise a également mis en service le Pipeline Saint-Laurent,
que vous connaissez. Construit au
coût de près de 400 millions, ce pipeline sert dorénavant de véritable
lien logistique stratégique permettant d'alimenter de façon continue et
sécuritaire notre terminal pétrolier de Montréal-Est.
Valero
possède, au Québec, une usine de calibre mondial — et ce
n'est pas juste parce que c'est notre raffinerie, c'est connu à travers
l'Amérique du Nord : la raffinerie Jean-Gaulin de Lévis, un chef de file
dans le domaine de la transformation. Elle
compte 500 employés permanents, plusieurs centaines de contractuels et
génère des milliers d'emplois indirects.
D'importants investissements successifs ont forgé la renommée de la raffinerie.
Effectués particulièrement au cours
de la dernière décennie, ces investissements ont été réalisés afin d'en
accroître la capacité de production ici, mais également d'en améliorer le rendement et la fiabilité. En tout, ce sont plus
de 2 milliards de dollars qui ont été investis à Lévis depuis 2001.
Ces investissements majeurs ont rendu la raffinerie Jean-Gaulin très efficace,
en particulier en matière d'intensité des émissions de gaz à effet de serre, ce
qui la place d'ailleurs loin en tête de peloton à l'échelle canadienne. Il n'y
a pas une autre raffinerie qui nous approche en termes d'efficacité gaz à effet
de serre.
Implantée au Québec depuis 1971, la raffinerie
Jean-Gaulin est tout de même une jeune raffinerie, une jeune usine, lorsqu'on considère qu'aucune nouvelle raffinerie
de pétrole ne s'est construite au Canada ni aux États-Unis au cours du dernier
quart de siècle. En fait, ce sont six raffineries qui ont annoncé leur
fermeture depuis 2008 dans le nord-est de l'Amérique
du Nord, y compris une à Montréal-Est en 2009, et, plus récemment, celle à
Dartmouth en Nouvelle-Écosse, confirmée
il y a quelques mois seulement. De plus, les propriétaires de la raffinerie
Come By Chance à Terre-Neuve ont récemment annoncé sa mise en vente.
réglementation plus stricte sur les produits, qui nécessite des investissements
massifs, combinée à la récession récente
et l'incertitude concernant les marges disponibles dans le marché ont été les
facteurs qui ont causé la fermeture de ces
raffineries et plusieurs autres qui étaient reconnues comme les plus
vulnérables. La portion des biocarburants aussi a affecté un peu
l'incertitude pour le futur et déplacé les hydrocarbures.
Notre défi,
pour nous, c'est de nous adapter et même de prendre les devants, sinon nous
risquons d'être marginalisés
et devenir non concurrentiels. Nous avons traité plus de 25 types de
pétroles bruts différents à Lévis depuis
10 ans. C'est une activité en continu pour nous. Ce sont là des actions nécessaires
pour garantir notre compétitivité, et c'est une façon de s'adapter aux
marchés mondiaux, qui évoluent aussi de façon continue.
Le document
de consultation résume clairement les importants changements en cours concernant l'approvisionnement mondial en pétrole
brut. Les transformations majeures observées depuis quelques années concernant
les conditions d'approvisionnement du marché ont eu des répercussions majeures
sur le prix du pétrole brut.
J'essaie d'aller plus vite pour rester dans mon
temps.
Pour Valero, qui exploite à Lévis une raffinerie
de classe mondiale, cette nouvelle réalité est fondamentale, compte tenu de la responsabilité que nous assumons en matière d'approvisionnement.
En effet, pour une usine comme la
raffinerie Jean-Gaulin, le coût d'acquisition de la matière première
représente, en 2012, 90 % à 95 % de tous les frais d'exploitation. Même un écart de prix de 1 $
le baril de pétrole brut a des conséquences importantes pour sa compétitivité,
surtout lorsque l'on sait que la marge
bénéficiaire nette moyenne du secteur pétrolier aval canadien — ça veut dire, «aval», le raffinage et marketing — est
d'environ 0,02 $ par litre net. Or, nous prévoyons que l'écart de
prix favorisant le pétrole de l'Ouest restera attrayant pour les années
à venir.
L'enjeu le
plus pressant pour s'assurer que les raffineurs québécois puissent continuer de
fabriquer ici des produits pétroliers consommés localement, c'est
l'accès au pétrole brut léger, compatible avec nos activités et le moins cher
possible. L'inversion du pipeline 9B d'Enbridge, pour nous, est devenue
une nécessité.
Ce brut de
l'Ouest a déjà commencé à être envoyé par wagons, navires et
pipelines, nouveaux et redirigés, vers des
centres de raffinage partout en Amérique du Nord. Ne pas utiliser ce brut
compromettrait notre position concurrentielle et exposerait ce qu'il
reste de nos activités de raffinage et de pétrochimie au Québec à des risques
inutiles.
La configuration de la raffinerie Jean-Gaulin de
Valero de Lévis ne permet pas d'y traiter des pétroles lourds. Nous prévoyons ainsi que les pétroles bruts
synthétiques valorisés, de schistes ou d'autres types de bruts légers, que nous
utiliserons d'abord en petites quantités par le transport ferroviaire déjà
amorcé, mais en proportion beaucoup plus importante dans l'éventualité de
l'inversion de la canalisation 9B, amélioreraient le bilan environnemental
de notre raffinerie. En fait, c'est un
pétrole qui est plus léger que le pétrole qu'on utilise aujourd'hui. On produit encore une meilleure qualité de produit.
Le projet
d'inversion du pipeline 9B entraînerait un investissement total de près de
200 millions de dollars pour Valero, dont la plus grande
partie
serait consacrée à nos installations de Montréal-Est. Valero a pris des engagements
substantiels reliés à
ce pipeline, et ceci représente environ 50 %, seulement
50 % de nos besoins actuels en pétrole brut. Ça
veut dire que notre appétit est beaucoup plus large que simplement la capacité
que nous avons sur la ligne 9.
Nous comptons
recevoir, par l'entremise du pipeline 9B inversé, les bruts de l'Alberta,
Saskatchewan ou Dakota du Nord. Ce
sont tous des bruts légers semblables à ceux que nous raffinons actuellement,
mais plus propres, étant donné qu'ils contiennent moins d'impuretés.
Du total de
200 millions de dollars investi, 140 millions de ce 200 millions de dollars sont nécessaires pour nous préparer à
recevoir ces bruts à nos parcs de réservoirs, nos quais et nos installations de
chargement, surtout à notre terminal de Montréal-Est. Ceci amènerait une
création d'environ 200 emplois pendant la période de construction.
Nous devrons
acheter deux navires de grandeur Panamax à la fine pointe de la technologie
pour transporter ces pétroles bruts
de notre terminal de Montréal-Est jusqu'à la raffinerie de Lévis, en
partenariat, nous espérons, toujours avec un
exploitant maritime local. Et ça va créer certainement environ 100 — ou
si ce n'est pas un peu plus que 100 — nouveaux
emplois.
conclusion, la société québécoise doit s'assurer qu'elle demeure compétitive,
prospère et se dote de sources d'approvisionnement
sécurisées. Dans le cadre d'une stratégie énergétique équilibrée, l'offre de
carburants du futur sera plus
diversifiée. Les biocarburants, le gaz naturel, l'électricité, l'hydrogène et
les produits pétroliers auront tous un rôle à jouer. Chacun trouvera
finalement sa niche.
Pour qu'une
industrie locale de raffinage puisse rester concurrentielle et efficace,
l'environnement économique doit favoriser l'investissement et les croissances.
L'écart de prix entre les pétroles joue en notre défaveur depuis déjà trois ans. Les raffineries d'ici ne pourront pas
subir de telles conditions indéfiniment. La réalisation du projet d'inversion
de l'oléoduc 9B permettrait d'avoir
enfin accès à une matière première de qualité à un coût d'acquisition qui
assurerait la compétitivité des
raffineries québécoises. Nous sommes chanceux — d'après moi, nous sommes très chanceux — de
pouvoir compter sur l'option que constitue le pipeline 9B comme solution
immédiate et sécuritaire. Merci beaucoup.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant procéder à la période de questions et échange avec les parlementaires, en commençant par la
partie gouvernementale. Mme
la ministre, la parole est à
vous.
Zakaïb : Merci,
Mme la Présidente. Je tiens d'abord à saluer mes collègues de l'Assemblée
nationale, messieurs de Valero.
Hier,
certaines questions ont été posées à Enbridge, et je me suis rendu
compte que peut-être la question devrait vous
être posée à vous. Parce qu'Enbridge,
ce qu'il fait, c'est transporter du pétrole. Vous allez être le client
ultime... un des deux clients ultimes
de ce pétrole qui, si renversement il y a, proviendrait de l'Ouest. Parce que
présentement il y a du pétrole qui voyage dans le pipeline qui part de
l'est vers l'ouest.
Ma première
question : Quelle est la différence entre le pétrole qui voyage présentement
dans ce pipeline, donc de l'est vers
l'ouest, et celui qui partirait de l'ouest pour s'en venir vers l'est? Vu que
vous êtes l'acheteur, vous allez me dire ce que vous allez acheter,
finalement, comme pétrole.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs de Valero, Énergie Valero.
M. Bayus (Ross R.) : Merci. Nous ne sommes pas participants sur le pipeline qui transporte le
pétrole de l'est vers l'ouest. Ce pipeline-là dessert la raffinerie à
Montréal plus les raffineries qui sont dans l'ouest de l'Ontario. Puis aujourd'hui il y a de moins en moins de pétrole
dans ce pipeline-là. C'est quasiment vide, à ce point-ci, à partir de Montréal
vers Toronto. Je ne peux pas parler pour la
qualité des genres de brut qui sont mis dans ce pipeline, vu qu'on n'est pas
acheteurs. Tous nos produits viennent par
bateaux, des gros bateaux, d'outre-mer, pour arriver directement à notre quai à Lévis. Mais je présume que, dans le pipeline qui
existe aujourd'hui, ce qu'on appelle le Portland Pipe Line, il y a toutes
sortes de différents bruts qui ont été
commandés par les différentes raffineries dans le passé. Je crois que peut-être
les compagnies à Montréal seront plus capables de vous répondre
exactement à cette question-là.
Mais je peux
peut-être élaborer un peu plus en disant que le pétrole que nous prévoyons
faire parvenir de l'Ouest Canada, pour nous, est une qualité de produit,
en moyenne, qui est supérieure au produit que nous sommes capables d'acheter aujourd'hui dans ce qu'on appelle le
bassin atlantique. Le produit est plus propre, il a moins de soufre, moins de
contaminants, et on en produit beaucoup
moins, de mazout lourd, dans le procédé de raffinage. Comme ça, pour nous, en
termes de qualité de produit, nous trouvons
que ça va nous mettre dans une meilleure position sur le bilan énergétique
au Québec vis-à-vis ce genre de produit là.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Mme la ministre.
Zakaïb :
Des personnes ou des groupes prétendent que le pétrole qui proviendrait de
l'ouest vers l'est serait plus
corrosif et que ce pétrole-là proviendrait... et/ou, là, que ce pétrole-là
proviendrait des sables bitumineux. Qu'avez-vous à répondre à cette
question-là?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Les représentants d'Énergie Valero?
M. Bayus (Ross R.) : Merci. Je crois que les gens font référence au pétrole qui n'est pas traité,
c'est le pétrole lourd. Puis nous,
nous allons acheter que du pétrole léger pour mettre dans le pipeline
d'Enbridge. Il y a une possibilité que quelqu'un peut choisir de mettre une petite
portion de pétrole lourd dans le pipeline Enbridge, mais on se fie beaucoup
à des études scientifiques, pour nous, et
des preuves qui ont été mises en place dans l'Ouest canadien depuis
30 ans. Puis tous les résultats
que nous avons dans les études scientifiques nous indiquent qu'il n'y a pas
plus de corrosion avec les produits
qui viennent de l'Ouest Canada dans les pipelines versus un autre type de brut.
Ce n'est simplement pas le cas.
Présidente
(Mme Bouillé) : Mme la ministre.
Zakaïb :
J'ai une dernière question puis après je vais passer la parole à mes collègues.
Vous prétendez qu'il y a un avantage
concurrentiel important dû au prix du pétrole qui provient de l'Ouest. Est-ce
que ce prix-là ou cet avantage est
durable, selon vous, ou, maintenant que le pétrole de l'Ouest va avoir trouvé
un débouché, on ne va pas se retrouver,
à un moment donné, avec les prix à parité? Et, si oui, quelle est la longueur
de temps, l'échéance, selon vous, pour que ce prix atteigne la parité?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs.
Bayus (Ross R.) :
Merci. Nos prévisions nous indiquent
que le différentiel entre l'ouest du milieu du continent versus le
bassin atlantique va demeurer en place pour plusieurs années à venir. Puis
c'est basé sur l'utilisation de brut dans le
bassin atlantique par le continent asiatique et versus la croissance de
production dans l'Ouest Canada et aussi dans les champs à Bakken dans le mi-continent. Puis nous sommes prêts à
inverser parce que nous croyons que le différentiel va demeurer en
place.
Éventuellement,
dans un monde parfait, c'est vrai que les bruts vont trouver un certain
équilibre à un moment donné. On est très loin de cet équilibre
aujourd'hui. Puis nous autres, on fait face, aujourd'hui, à des conditions très
immédiates, pour nous. On veut régler la
situation aujourd'hui pour les prochains trois à cinq ans pour les
consommateurs de Québec. C'est important d'agir rapidement.
Puis je peux vous
donner peut-être un petit exemple pour vous informer, en plus, de qu'est-ce qui
se passe à l'extérieur de Québec. C'est que,
même à Texas, il y a une grande production... croissance de production d'huile
de schiste, énormément, qui repousse beaucoup les barils qui viennent de
la «Mediterranean», hein? Comme ça, on repousse le «Saharan», tous les légers, on les repousse vers l'Europe et vers
l'Asie. Et ça persiste déjà depuis un an ou plus. Et, encore, le différentiel
entre ce qu'on appelle le WTI et le brent persiste. Ça veut dire que nos
changements ici, au Québec, c'est une
petite goutte dans l'océan de pétrole. Même dans le U.S. Gulf Coast, ils ne
sont pas capables, aujourd'hui, avec tout
le déplacement de ce produit de l'Europe, de changer le différentiel. Ça nous
indique que ça va durer encore une secousse.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Repentigny.
McKay : Oui, merci. Bonjour. Avec ce que vous venez de nous
dire, je pense que vous venez de déboulonner, là, un certain mythe ou une
croyance qui a été perpétuée par certaines personnes, comme quoi ce
renversement de pipeline servirait
essentiellement à transporter du pétrole lourd des sables bitumineux, alors que
ce qu'on semble plutôt constater, c'est
que, dans le fond, au Québec et, disons, dans le nord-est de l'Amérique, se
concentrent maintenant les seules raffineries qui sont équipées pour
traiter du brut léger, si j'ai bien compris ce que vous nous dites.
Donc, on se retrouve,
d'une certaine façon, dans une situation géoéconomique un peu unique puis un
peu... peut-être... J'aimerais savoir si
vous... Bien, probablement, si vous êtes dans ce créneau-là, que vous y voyez
des avantages au niveau économique.
Moi, je veux voir aussi au niveau environnemental. Vous êtes déjà la raffinerie
qui a l'intensité d'émission de gaz à effet de serre la plus basse,
avec, donc, ce nouveau brut léger. Est-ce que vous prévoyez encore améliorer votre efficacité? Puis est-ce que vous
êtes d'accord que, dans le fond, l'oléoduc 9B d'Enbridge pourrait...
devrait servir de façon prioritaire à
alimenter le Québec en pétrole léger? Bon, on sait, vous avez mentionné les
sources de Bakken, il y a du léger
synthétique d'Alberta, puis aussi du léger qui vient de Saskatchewan, puis on
parle même, aux États-Unis, de Eagle Ford. Est-ce que ce serait exact?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs de...
Présidente
(Mme Bouillé) : Est-ce que votre... M. le député?
McKay : Oui. Donc, est-ce qu'on va améliorer les émissions
de gaz à effet de serre de votre raffinerie? Puis est-ce que, donc, on peut conclure que cet
oléoduc-là, ce renversement-là va servir en très grande majorité ou de façon
prioritaire à alimenter le Nord-est américain en brut léger?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs d'Énergie Valero.
Bayus (Ross R.) :
Merci. Oui, c'est vrai. Le pipeline,
en ce qui concerne notre volume, sera complètement des pétroles légers. Vous savez, dans la province
de Québec, il faut mettre de l'asphalte, il faut paver des rues de temps
en temps, comme ça il y a peut-être certains
acteurs qui vont vouloir quelques barils de plus lourd pour servir à produire
un peu de bitume pour qu'on soit capables de
réparer nos infrastructures. Mais, principalement, ça va être un produit léger qui
sera injecté dans le pipeline, de différentes sources.
En ce qui concerne les gaz à effet de
serre, ce n'est pas seulement la valeur de ce produit qui va différencier
davantage notre raffinerie en termes de gaz à effet de serre, c'est
aussi le transport. Il faut considérer le cycle de vie complet d'un produit de matière première. Juste pour vous donner un
petit portrait, nous achetons du pétrole brut qui vient du Kazakhstan. Il faut que ça passe dans un train,
dans une voie ferrée jusqu'à la mer Noire, c'est mis dans un bateau, le bateau arrive à Québec, c'est transporté à
Montréal après. C'est beaucoup, beaucoup de manutention, en ce qui concerne
les gaz à effet de serre. Le pipeline, c'est
beaucoup plus efficace en termes de qualité de gaz à effet de serre... les
émissions de gaz à effet de serre.
Comme ça, il n'y a pas seulement la valeur du produit, mais aussi la qualité
qui parvient du changement de logistique en termes de la façon qu'on
arrive ici, au Québec, avec le produit. Comme ça, je pense que le bilan doit
apporter une certaine amélioration, en général, oui. Est-ce que j'ai bien
répondu à vos...
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci, merci.
McKay :
Certainement. Puis éventuellement...
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Repentigny!
McKay :
Excusez.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Saint-Maurice, en moins
d'une minute.
McKay :
Il serait peut-être intéressant de le documenter.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Repentigny, s'il vous plaît!
M. Trudel :
Moins d'une minute. Deux thèmes quand même importants. Tout d'abord, vous
opérez déjà des oléoducs, vous avez une
expertise dans tout le domaine de la sécurité, et je crois que vous avez été
appelés à jouer un rôle important, cet été, dans le cadre des opérations, là, qui
sont arrivées au Lac-Mégantic. J'aimerais vous parler un peu de votre expertise dans le domaine de la sécurité,
comparer un peu le niveau de sécurité parmi les différents modes de transport. Puis, bon, probablement il n'aura
pas le temps pour d'autre chose. On correspondra.
Présidente
(Mme Bouillé) : Il reste 15 secondes.
M. Bayus (Ross
R.) : Oui…
Présidente
(Mme Bouillé) : En 10 secondes. Je m'excuse, mais en…
M. Bayus (Ross
R.) : Bien, oui, nous avons notre expérience avec notre Pipeline
Saint-Laurent, beaucoup d'inspections, on
est très confiants. On voit quasiment un miroir, en termes des activités
d'Enbridge vis-à-vis les technologies.
Lac-Mégantic,
oui, nous avons joué un rôle assez important pour éteindre le feu et pour
nettoyer après. Puis on n'a pas le temps ici, mais c'est important que
les gens au Québec savent qu'il y a déjà des mesures dans le marché.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. Nous allons
maintenant procéder à la période d'échange avec les représentants de
l'opposition officielle. M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de saluer et de souhaiter la
bienvenue aux représentants de Valero. Je vais être assez bref. Je vais poser
une question et par la suite je vais céder le temps à mon collègue, qui est
représentant, qui est notre responsable de la Capitale-Nationale, le député de
Louis-Hébert.
Je lisais
attentivement dans votre mémoire que, du total des 200 millions investis,
140 millions étaient nécessaires ou
sont nécessaires pour préparer à la réception de ces bruts dans vos parcs, de
recevoir... réservoirs, quais et installations de chargement, surtout à
Montréal-Est.
J'aimerais
savoir, rapidement, à ce niveau-là, il y a des modifications qui ont été
nécessaires. Pouvez-vous nous expliquer,
au niveau de la sécurité, pour assurer que ces modifications ont été faites de
façon sécuritaire? Je sais, c'est une
question qui se pose. Pourriez-vous nous dire deux mots là-dessus, sur les
modifications qui ont été faites et de quelle façon vous vous êtes assurés que les modifications ont été examinées
pour assurer que la sécurité est à son maximum?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de Valero.
M. Bayus (Ross R.) : Oui. 140 millions à Montréal-Est, effectivement, pour préparer les
réservoirs, parce que les réservoirs,
aujourd'hui, sont en pétrole léger, raffiné; il faut convertir ces
réservoirs-là pour le service de pétrole lourd... Il faut installer des
pipelines…
M. Bayus (Ross R.) : Pétrole brut, excusez, pétrole brut. Puis il faut installer des
pipelines aux quais puis toutes les
installations. Il y a des bras de chargement assez impressionnants de faire
installer aux quais pour charger les navires.
Nous
avons, chez nous, à Valero, un processus interne de préparation des travaux.
Puis la grande
partie de ces travaux-là n'a pas été commencée encore, on
va les aborder bientôt. Mais nous avons un processus, chez Valero, de prévention et beaucoup d'inspections après le
fait, mais la grande partie, c'est la prévention. Il y a tout un processus de
planification, toute l'exécution du projet,
de chaque changement. Chaque changement, même si c'est petit, est étudié en
détail, de chaque étape. C'est comme ça que
ça se passe chez nous. Avec 16 raffineries, vous pouvez imaginer qu'on est
devenus chef de file dans le procès de... ou
dans les processus sécuritaires pour effectuer des investissements. Tous ces
changements-là sont faits à l'intérieur de nos terrains ou sur les terrains de
port de Montréal. Puis même le port de Montréal
exige un certain niveau de sécurité et contrôle. Comme ça, je n'ai aucune
crainte en ce qui concerne nos travaux chez nous, du tout.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Merci, Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Rapidement, je me
souviens, quand j'étais ministre des
Ressources naturelles, en 2003, vous transportez votre pétrole de la raffinerie
par train à Montréal. Et je me
souviens des premiers dossiers. Il y avait quelques accidents qui arrivaient de
temps en temps. Et, finalement, une des décisions que vous avez prises,
c'est faire le pipeline de Québec-Montréal, qui était mis en opération 2012...
fin 2012, je pense.
Alors,
dites-nous : Est-ce que le transport pipeline est beaucoup plus
sécuritaire que le train, premièrement? Et, deuxièmement, est-ce que vous considérez que vous avez mis toutes les
mesures... évidemment, oui, vous allez me dire oui, mais ce que je veux dire : Quelles sont les mesures de
sécurité que vous avez mises en place pour s'assurer que votre pipeline
est sécuritaire et pas de problème?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
M. Bayus
(Ross R.) : Oui, le
changement de... ou la décision de faire construire le Pipeline Saint-Laurent
était suite à un investissement à la
raffinerie pour croître la capacité
de production. Puis nous avons décidé que c'était trop large ou trop gros pour présenter plus de trains sur les
voies ferrées. La décision a été prise de changer notre mode d'opération.
Nous, on
considère que tous les modes d'opération qu'on utilise, logistiques, sont
sécuritaires. Même si on parle de
voie maritime, il y a tout un processus avec nous, chez nous, avant que
vous arriviez à notre quai. Tu sais, on refuse beaucoup de bateaux, par exemple.
Pour les voies ferrées, on fait affaire strictement avec les compagnies qui
sont renommées, qui ont fait preuve de leur sécurité et leur façon
d'opérer.
Puis on sait
que, dans toutes les formes de transport, on bouge des biens d'une place à
l'autre. Il y a toujours un élément
de risque. On ne peut pas dire qu'il
n'y a pas de risque; il y a toujours
un risque. La chose importante, c'est que les transporteurs apprennent de leurs erreurs, puis on corrige pour le
futur, sérieusement. Puis c'est ça que nous avons constaté, si
on avait, dans le passé, certains accidents qui sont arrivés.
En ce qui concerne notre pipeline, c'est un pipeline qui a été bâti très moderne, avec les
systèmes de contrôle à Montréal très,
très définis, avec des opérateurs
24 heures par sept... sept jours par semaine, 24 heures par
jour. Il y a des «sensors»
partout. C'est vraiment haut de gamme en termes d'opération. Nous avons même des inspections aériennes,
des inspections physiques et nous avons des comités de liaison avec les
communautés aussi où passe le pipeline.
Comme ça,
nous pensons que notre système de sécurité et de surveillance de notre pipeline
est toujours jeune, mais il faut
quand même adopter des habitudes qui sont les plus... comment je peux dire, les
plus sécuritaires, les meilleures pratiques. Puis je pense qu'on est
rendus là.
Hamad : Vous
recevez beaucoup...
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Louis-Hébert...
Hamad : Oui. Merci.
Présidente
(Mme Bouillé) : Je vous rappelle que c'est la présidence qui
donne les droits de parole. Vous avez la parole.
Hamad :
Merci, Mme la Présidente, pour votre pouvoir de me donner le droit de parole.
Alors, est-ce que c'est... Vous, vous avez beaucoup de bateaux qui
viennent à Lévis pour faire le déchargement, et, à ma connaissance, depuis
peut-être 30 ans, à Québec, on n'a jamais entendu d'un accident. Il peut
arriver peut-être un que j'ai oublié, mais ça a toujours été des opérations
sécuritaires. Et vos bateaux traversent le fleuve Saint-Laurent. Est-ce que
vous avez eu... Est-ce que vos bateaux ont-u frappé des baleines ou des bélugas
dans le fleuve Saint-Laurent?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs d'Énergie Valero.
M. Bayus (Ross R.) : Merci. Je n'ai pas de mémoire d'avoir traîné des baleines avec nos bateaux.
Mais c'est vrai que les opérations sont très sécuritaires. Puis, même si
vous regardez dans la voie maritime du Saint-Laurent, il faut reculer très, très loin en arrière pour voir un
accident, plus que 25 ou 27 ans, je ne suis pas sûr exactement
c'est quoi. Mais c'est très sécuritaire. Puis nos activités à notre quai
sont très sécuritaires.
Je peux vous avancer qu'on a été la
compagnie, la première compagnie d'adopter les doubles coques, même quand
le règlement n'était pas en place. Et on a
été la première compagnie à adopter des pilotes pour aider ou être présents
pendant l'accostage de nos bateaux,
même si ça n'a pas été le règlement. Aujourd'hui, c'est des règlements, mais
nous sommes un peu des pionniers des règlements qui sont en place.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Merci. Sur le plan économique, finalement, le projet
d'Enbridge vous permet... en fait, ça va vous... pas vous aider, mais le fait d'avoir ce projet-là, vous allez investir
140 millions pour vos installations... création d'emplois, 200 emplois, donc le projet d'Enbridge, pour
vous, c'est un renforcement de votre raffinerie à Montréal-Est, puisque vous
allez mettre l'argent aussi. Et donc vous
pensez que c'est un bon projet pour le Québec et pour l'indépendance
énergétique du Québec en Amérique du
Nord et c'est un bon projet pour l'économie de Montréal. Et est-ce qu'il y a
des retombées à Québec en même temps?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs les représentants de Valero.
M. Bayus (Ross R.) : C'est un excellent projet. Et, comme j'ai mentionné, nous avons essayé
25 bruts différents depuis les
derniers 10 ans. C'est très important qu'on soit très libres d'aller
chercher les matières premières qui conforment à notre raffinerie et qui sont compétitives. Sans être capables d'être
concurrentiels, on ne sera pas capables de supporter les investissements
futurs. Les investissements futurs vont garantir les emplois non seulement de
nos employés, mais tous les employés qui
sont connexes avec nos activités indirectes. Les retombées, d'après moi, sont
très importantes. Même les transports
avec les bateaux entre Montréal et Lévis vont produire 100 postes...
100 nouveaux emplois permanents pour les équipages de transport. C'est deux bateaux, comme ça, il faut
engager des gens, il faut engager des pilotes, il faut engager toutes sortes de personnes pour supporter l'activité. Et très avantageux pour le port de Montréal,
en termes d'activité. Je préfère investir dans le port de Montréal que
d'investir au Kazakhstan ou en Algérie.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert, pour la
troisième fois, je vous demande votre habituelle collaboration, s'il vous plaît.
Donc, oui, vous avez la parole.
Hamad : Si je
comprends bien, là, ce que vous n'avez pas dit dans votre mémoire, là, quand même, il y a d'autres retombées
dans ce projet-là, les retombées... une centaine d'emplois additionnels que
vous allez créer pour les bateaux. Et
je comprends que, si vous avez deux bateaux additionnels qui vont venir à Québec,
donc il y a d'autres emplois qui vont être créés à Québec, il y a
d'autres emplois qui vont être créés à Montréal.
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs.
M. Bayus (Ross R.) : Certainement. Puis c'est mentionné dans le dossier, c'est mentionné,
les 100 emplois. Mais, oui, ça va générer encore des emplois pour
les gens qui prennent soin des bateaux, la maintenance puis tout ce qui est
associé avec ce genre d'activité là. Mais aussi, durant la période de
construction, il y a l'achat des équipements, puis il y a beaucoup, beaucoup d'ouvriers qui vont travailler chez nous, puis
de... en profiter et continuer, comme nous avons fait avec notre Pipeline Saint-Laurent, c'est de développer, continuer
de développer les expertises ici pour les gens de Québec.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Est-ce que, l'entretien des Paramax, vous allez faire affaire à des chantiers québécois?
Présidente
(Mme Bouillé) : Messieurs, en 45 secondes.
M. Bayus (Ross R.) : On ne les a même pas en main encore. Souvent, les bateaux viennent avec
une certaine... c'est comme une
voiture, des fois ça arrive avec une garantie puis des maintenances, des programmes
de maintenance. Comme ça, c'est très
tôt pour prévenir tout ça, mais soyez assurés que nous allons encourager le
plus possible, comme nous
faisons avec notre partenaire de transport maritime, que ce soit quelqu'un
local et des gens locaux qui peuvent participer.
Présidente
(Mme
Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert!
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le
député de Louis-Hébert! Je donne les droits de parole. Le temps est écoulé, donc la
parole est maintenant au député de Nicolet-Bécancour. Merci.
Martel :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, vous trois, très content de vous rencontrer
ce matin.
Moi, je
cherche la personne qui va nous dire que le contribuable va être gagnant au terme de l'opération. Tout le monde convient que le prix que vous allez
acheter va être meilleur marché que le prix actuel. On a interrogé les gens
d'Enbridge, puis eux, ils nous
disaient : Bien, ce n'est pas nous qui allons réaliser nécessairement des
économies. On a questionné les deux
ministres pour s'assurer qu'ils ne profiteront pas de ce nouveau prix d'achat
là pour augmenter les taxes, mais je
pense tout le monde convient que la marge de profit, c'est vraiment des
raffineries qui vont l'avoir. On a vu, dans
le passé, qu'il y a eu des fluctuations assez importantes des prix du pétrole
brut, et il n'y a pas nécessairement eu des répercussions sur le prix à
la pompe.
Donc, moi,
j'aimerais ça savoir si vous pouvez donner l'assurance qu'en bout de ligne le
contribuable québécois va profiter des économies du nouveau pétrole.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs d'Énergie Valero.
M. Bayus (Ross R.) : Merci, Mme la
Présidente. Je peux vous donner des assurances en ce qui concerne les retombées pour notre projet, pour ce projet. Je
pense qu'elles sont assez faciles à deviner en ce qui concerne la main-d'oeuvre
puis l'économie en général. Puis ce n'est
pas parce que je ne veux pas répondre à votre question directement, mais vous
savez que la Loi de la concurrence me
prévient d'indiquer n'importe quelle direction future de nos opérations en ce
qui concerne les prix. Une chose que
je peux vous dire, c'est que nous avons vécu des fermetures, ici, des
fermetures d'usines, de raffineries. Ça veut dire que, oui, il y a
souvent de l'argent à faire dans le business, c'est important de...
Présidente
(Mme Bouillé) :
En terminant, s'il vous plaît.
M. Bayus
(Ross R.) : ...de faire de
l'argent, mais il y a toujours des risques. Puis on est dans une concurrence
mondiale. Le marché efficace va toujours
être efficace. Puis, sur l'Est du Canada, nous avons un marché très efficace.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci beaucoup. M. le député de Mercier.
M. Khadir : Ah! On vient de
me dire que je n'aurais pas le temps de poser des questions.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Bien, vous venez d'arriver, M. le député de Mercier.
M. Khadir : Bien,
merveilleux.
Présidente
(Mme Bouillé) :
C'est votre choix, là, si vous...
M. Khadir : Je vous remercie
énormément. J'ai suivi en
partie le débat.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Vous avez deux minutes, M. le député de Mercier.
Khadir : Oui. Merci
de vous être prêtés à cet exercice. Est-ce que vous avez des problèmes d'approvisionnement
actuellement pour les raffineries de l'est de Montréal?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
M. Bayus (Ross R.) : Non.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mercier.
M. Khadir : Est-ce que, s'il
n'y a pas de bitume dilué en
provenance des sables bitumineux de l'Ouest canadien qui arrive au Québec,
vous allez rencontrer un problème à raffiner le pétrole et à subvenir aux
besoins du Québec?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs d'Énergie Valero.
M. Bayus
(Ross R.) : Le produit de
l'Ouest canadien... le pétrole brut que nous prévoyons faire venir de l'Ouest
canadien n'est pas le pétrole lourd ou le... de sable...
M. Bayus
(Ross R.) : ...bitume, c'est
ça. C'est tout du léger ou ça va être le produit qui vient de Bakken ou de Saskatchewan.
C'est tout du léger. On n'est pas capables de raffiner du lourd.
M. Khadir : Oui, mais…
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mercier.
Khadir : Mme la Présidente, est-ce vous pourriez transmettre ma question... que je transmette mes avis par... à travers vous…
Présidente
(Mme Bouillé) :
Allez-y.
M. Khadir : Est-ce qu'Enbridge ou d'autres transporteurs vous ont donné
un document garantissant que ce
qu'ils vont transporter dans leur
oléoduc, ça va être juste le pétrole que vous pouvez raffiner et non pas du
bitume lourd que vous ne pouvez pas raffiner?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Les représentants de Valero.
M. Bayus (Ross
R.) : Les seuls besoins que
nous avons d'Enbridge, que nous avons reçus, c'est que notre engagement
commercial avec eux est clair et c'est pour le pétrole léger, puis ils ont
garanti que nous allons recevoir et transporter notre produit.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Mercier, 15 secondes.
M. Khadir : Et, les énormes économies que vous allez faire, est-ce que les citoyens
du Québec vont en bénéficier?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Messieurs.
M. Bayus
(Ross R.) : Je suis
convaincu que les Québécois vont bénéficier de tous les investissements à venir dans ce genre de projet.
Présidente
(Mme Bouillé) : Non. M.
le député de Mercier,
je m'excuse. Merci beaucoup de vous
conformer aux directives de la présidence.
Je vous
remercie beaucoup, messieurs, et j'invite le prochain groupe à prendre place,
et je suspends une minute.
(Suspension de la séance à 12 h 27)
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. Sur ce, la commission reprend ses travaux en accueillant le Conseil du patronat du Québec.
Mme Kozhaya,
bienvenue, M. Lazure. Vous avez 10 minutes pour faire votre exposé, qui
sera suivi d'une période d'échange après avec les membres de la
commission. La parole est à vous.
Kozhaya (Norma) : Merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, mesdames messieurs, bonjour. Merci beaucoup de nous recevoir et de permettre au Conseil du
patronat d'exprimer ses commentaires sur le projet d'inversion de la
canalisation 9B d'Enbridge. Est-ce que vous entendez? Le Conseil du
patronat…
Kozhaya (Norma) : Parfait. Donc,
ça ne vous étonnerait pas si je vous dis que le Conseil du patronat propose
la vision d'une société
plus prospère au sein de laquelle l'entrepreneuriat, la création de richesse et
le développement durable sont les conditions nécessaires
pour l'accroissement du niveau de vie de l'ensemble des Québécois. Dans ce
cadre, le Conseil du patronat cherche à
créer des conditions propices à l'investissement dans différents secteurs industriels, et ce,
dans le respect des normes environnementales et de la sécurité des personnes.
Donc, je vais me concentrer dans ce qui suit sur
les points, donc, qui ont rapport avec cette vision-là. Donc, comme partisans du développement économique
durable, nous analysons les impacts du projet selon ses impacts tant sur
l'industrie pétrochimique du Québec en particulier, qui est établie notamment
dans l'est de Montréal, que sur l'ensemble
des consommateurs de carburant. Et donc on
va analyser l'impact notamment sur la sécurité de l'approvisionnement en produits pétroliers à prix concurrentiels. Sur ces
bases, pour nous, le projet est non
seulement souhaitable, mais nécessaire et même essentiel.
Certains des éléments que je présenterai aujourd'hui
figurent d'ailleurs dans le document de consultation du gouvernement. Et je tiens à
souligner la rigueur et le caractère factuel de ce document.
Et, bien, nous partageons plusieurs
des constats qui sont faits là-dedans.
Et donc je vais essayer d'amener des éléments qui sont un peu différents ou qui
ont été abordés d'une autre façon. Bien sûr,
je ne traiterai pas des effets sur l'environnement ni sur la sécurité pour la simple raison que
nous n'avons pas l'expertise sur ces sujets.
Donc, l'élément essentiel tient à la question
de sécurité énergétique. Bien sûr, il en a été question ici. Mais, si on
regarde ça de façon un peu plus
approfondie, on sait qu'une chaîne d'approvisionnement fournit des produits — dans
ce cas, pétroliers — en
réponse à la demande finale des consommateurs, que ce soit pour des produits
raffinés ou transformés. Et donc on
peut définir la sécurité énergétique comme la capacité de cette chaîne
d'approvisionnement de répondre de
manière continue à la demande finale des consommateurs en temps normal. Ce
concept prend tout son sens aussi en évoquant
des situations exceptionnelles, comme par exemple un conflit commercial,
politique ou militaire, un accident, une
catastrophe naturelle; des événements qui se produisent à l'occasion à travers
la planète. Donc, ces événements sont susceptibles de perturber
l'approvisionnement des consommateurs.
Nous notons que le
pétrole brut raffiné au Québec provient, en premier lieu, d'Afrique, notamment
l'Algérie, l'Angola, alors qu'auparavant c'était l'Europe qui était la
principale région de provenance. Les importations, donc, aujourd'hui, en provenance d'Afrique comptent pour
près de 50 % du total. On dit que c'est des pays qui sont instables
géopolitiquement. Et, pour le prouver
davantage, The Economist Intelligence Unit , qui classe un peu les
pays selon un indice d'instabilité
politique sur l'échelle de plus stables à plus instables… donc, deux des trois
pays africains sources du pétrole
importé au Québec figurent dans la catégorie «risques très élevés»; l'Algérie
figure dans la catégorie «risques élevés»;
alors que, bien sûr, le Canada se classe parmi les plus stables, en troisième
position. Donc, ce risque menace notre sécurité
d'approvisionnement. Le projet aurait essentiellement pour effet de remplacer
le pétrole brut importé de ces pays par du pétrole en provenance du
Canada.
examen de la sécurité énergétique doit bien sûr tenir compte aussi des
prévisions de la demande. Bien que la
réduction de la demande de produits pétroliers en tant que carburants soit
souhaitable et que nous sommes tout à fait en accord avec cet objectif, il faut reconnaître que c'est un objectif
qui requiert plusieurs années, voire des décennies pour être atteint et ne peut constituer une solution de
rechange à ce projet ou à d'autres projets de transport ou de développement
du pétrole à court ou à moyen terme. Je vous
rappelle que le Québec dépend des hydrocarbures encore pour 50 % de ses
besoins, 40 %, donc, le pétrole.
Pour
ce qui est des prévisions, il y a différents scénarios, ceux basés sur juste
les conditions passées, ceux basés sur
des objectifs de réduction, mais force est d'admettre que nos besoins en
pétrole vont être encore considérables pour plusieurs décennies. Et donc l'argument selon lequel ce projet n'est pas
nécessaire en raison de la volonté de s'affranchir du pétrole ne nous
semble pas basé.
raffineries de l'Est du Canada, donc, dont celles au Québec, opèrent
présentement dans un environnement économique
très difficile. Elles font concurrence à d'autres raffineries qui, elles,
peuvent s'approvisionner à des prix qui sont plus faibles, et cette concurrence menace sérieusement leur survie.
J'y reviendrai tout à l'heure. Imaginons seulement que l'une des deux raffineries ferme, donc on va
se retrouver avec une seule raffinerie au Québec. Si cette raffinerie restante, à cause d'un accident par exemple, doit suspendre ses opérations et sa production pour une durée plus ou
moins longue, on peut imaginer c'est quoi, l'impact sur l'économie du Québec.
La pérennité des
raffineries nécessite bien sûr des investissements réguliers — vous
l'avez entendu aussi tout à l'heure — pour
les maintenir, pour accroître leur efficience et pour se conformer aux
exigences; et, pour investir, ça prend une rentabilité. En ce moment, la
rentabilité de nos raffineries est comprimée par le coût d'approvisionnement en
pétrole brut. Et d'ailleurs le ministère des Ressources naturelles du Canada
montre que la marge d'exploitation des raffineries
de l'Est du Canada est presque la moitié de celle des raffineries de
l'Ouest du Canada, notamment à cause de l'impact de la source
d'approvisionnement en pétrole.
Pour
ce qui est des autres effets socioéconomiques, donc, rappelons que Suncor est
un établissement industriel
majeur dans l'est de Montréal, zone qui a
connu et connaît encore des difficultés économiques. Cette raffinerie emploie
à elle seule environ 450 employés salariés.
Aussi, je vous rappelle que l'industrie du raffinage possède une main-d'oeuvre
qui est hautement qualifiée, qui est bien
rémunérée. La rémunération moyenne est de deux tiers supérieure à celle de la
moyenne canadienne, donc, en général, et le
cinquième des travailleurs de l'industrie du raffinage mentionne sciences
naturelles et appliquées comme leur principal domaine d'activité.
Bien
sûr, à
part les raffineries, un enjeu majeur est la survie de l'industrie
pétrochimique au Québec. Cette industrie, qui compte quelque 26 000 travailleurs, dont les trois quarts dans
la région de Montréal, comprend notamment la chaîne de polyester, dont
vous avez entendu parler et que vous allez sûrement encore en entendre parler,
qui est unique en Amérique du Nord. Donc, si
Montréal devait perdre les activités de raffinage, il faudrait s'attendre en
plus à perdre une bonne
partie de l'industrie pétrochimique du Québec.
Je ne pense pas que ce soit souhaitable.
De plus, comme ça a
été mentionné, donc, les deux raffineries du Québec envisagent des
investissements importants aussi,
conditionnels à l'autorisation du projet. La semaine passée, Suncor a annoncé
des investissements de 220 millions
au Québec. Valero, bon, on vous a aussi parlé de ces investissements prévus,
d'environ 200 millions de dollars également, et des emplois que ça
va créer.
Finalement,
le projet aura un impact considérable sur la balance commerciale. Donc, on a
parlé de réduction des importations,
de près de trois quarts des importations actuelles de brut du Québec, donc
environ 10 milliards de dollars, et donc avec un effet positif sur
la balance commerciale aussi du Canada.
En résumé, pour le
Conseil du patronat, tout projet susceptible d'accroître le développement
économique de Montréal, du Québec et du
Canada aussi… en mesure de créer des conditions pouvant le favoriser s'avère
essentiel non seulement pour les
employeurs touchés, mais aussi pour ceux qui ont des liens d'affaires avec eux
et pour la population en général.
Bien
sûr, l'entreprise a la responsabilité de fournir toutes les garanties
nécessaires pour démontrer le caractère efficace et sécuritaire de son projet. Donc, pour nous, donc, c'est une
occasion qu'il faut saisir. C'est un projet qui nous apparaît encore une fois souhaitable, et rentable,
et essentiel pour notre sécurité énergétique et pour la survie d'un nombre important
d'industries. Donc, nous réaffirmons notre appui à ce projet.
Présidente
(Mme
Bouillé) : …beaucoup. Nous allons procéder à la période des
questions, en commençant par Mme la ministre.
Zakaïb : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue, madame,
monsieur. Ma première question… En fait, j'aurai une seule question, et après mes collègues prendront la relève. En quoi
le projet Enbridge est-il si important pour la filière pétrochimique québécoise? On pourrait le
dire : De toute façon, on importe du pétrole, cette filière-là existe,
elle a réussi à maintenir 51 000
emplois. Pourquoi est-ce important que ce dossier, que ce projet… qu'on puisse
renverser le pipeline? Pourquoi est-ce si important pour la filière
pétrochimique québécoise?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, messieurs du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : C'est que, si les raffineries… Comme on a vu, leur survie, leur
compétitivité, elle est vraiment
menacée et leur survie est menacée. Donc, si l'une des raffineries fermait,
l'industrie pétrochimique, c'est sûr qu'elle
va continuer, qu'elle pourra continuer à avoir accès à du pétrole provenant
d'ailleurs, mais c'est sûr que ça ne sera pas aux mêmes coûts. Donc, la compétitivité de cette industrie est par
conséquent aussi affectée par la compétitivité des raffineries, et
surtout de leur survie. Et donc, pour qu'elle puisse se maintenir et maintenir
les emplois, maintenir sa compétitivité et son caractère un peu unique, dans
certains cas, au Canada, en Amérique du Nord, ça lui prend de l'approvisionnement
de produits pétroliers à un coût concurrentiel.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Sanguinet.
Therrien : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue. Merci de votre présence. Écoutez,
très rapidement, là. Vous parlez des investissements réguliers, et, pour qu'on ait ces investissements-là, il faut qu'on ait une rentabilité, là, pour justement,
là, justifier les investissements. Vous dites que les marges bénéficiaires des
raffineries de l'Est du Canada, dont on fait partie, c'est la moitié de
ce qui se passe dans le reste du Canada. C'est bien ça?
Mme Kozhaya
(Norma) : Oui.
Therrien : O.K. Qu'est-ce qui peut expliquer ça, d'après vous, là?
Je ne sais pas, je vous pose la question. Qu'est-ce qui peut expliquer
ça? Je vais vous laisser répondre à cette question-là.
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : C'est qu'en
partie les prix à la pompe sont plus ou moins similaires,
se ressemblent beaucoup. Donc, selon
les documents, et autant du ministère des Ressources naturelles du Canada que
le document de la Commission sur les enjeux énergétiques qui a eu lieu
récemment, on explique notamment cet écart-là par le coût d'approvisionnement en pétrole, qui n'est pas le
même pour les raffineries de l'Est et pour celles de l'Ouest du Canada,
en particulier.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Sanguinet.
Therrien : Merci, Mme la Présidente. Donc, vous dites que
cette marge-là… Est-ce qu'elle est constante? Je ne sais pas comment vous avez vérifié ça. Est-ce qu'elle est
constante, historiquement, depuis quelques années, ou ça varie? Je voudrais savoir ça, là. Cette marge-là
que vous avez analysée, là, est-ce qu'elle est toujours la même ou des fois
elle va tendre à diminuer, ou augmenter, ou…
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Kozhaya (Norma) : Les chiffres que nous avons sont des chiffres de 2012. Malheureusement,
je n'ai pas reculé beaucoup en arrière pour avoir d'autres chiffres. On
sait qu'en 2012 l'écart des prix entre le brut canadien et le brent, par exemple, qui est plus le prix auquel on
achète actuellement, était peut-être plus élevé, mais ça serait intéressant
de valider. Probablement que l'écart n'était pas aussi important il y a cinq
ans, par exemple.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Sanguinet.
Therrien : Merci.
Donc, ce que vous me dites, c'est que vous avez fait une analyse statique, là, à un moment donné, à un point quelconque,
et la marge était à moitié. Mais vous n'avez pas fait d'analyse dynamique pour
voir s'il y avait une corrélation entre les
variations des prix et la variation de la marge de profit. O.K., ça va. Non, je
voulais me… Parce que, moi, ça
m'inquiète un peu. Puis je vais vous laisser… Après, je vais laisser la place à
mon collègue, là.
Juste
une dernière petite question. Par rapport aux prévisions que vous pouvez faire,
à l'écart des prix du brent puis du WTI, là, est-ce que vous avez fait
des analyses là-dessus, regardé, voir si ça tendait à augmenter, diminuer, disparaître? Est-ce que vous avez regardé ça? Vous
êtes économistes. J'imagine que vous avez peut-être été tentés par l'expérience.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya
(Norma) : Nous avons regardé un peu ce que certains autres analystes
ont fait. Par exemple, la Banque TD avait
fait une analyse là-dessus, d'autres ont fait un écart. Évidemment, cet
écart-là a fluctué beaucoup au cours
des dernières années. Je crois qu'il
y a eu un genre de maximum, d'environ
24 $ à un moment donné. Il y a
d'autres années… Et, dans notre
mémoire, nous avons un peu plus de détails par rapport à la situation. Donc, il
y a eu des moments où l'écart était
de l'ordre de 4 % seulement, d'autres, aussi, c'était davantage de l'ordre
de 20 %. Et donc c'est sûr que c'est
difficile de projeter beaucoup en avance. Ça dépend de différents facteurs.
Bon, entre autres, par exemple, la disponibilité
du pétrole, la possibilité du transport du pétrole de l'Ouest canadien, mais
aussi des facteurs par rapport aux anticipations,
à la spéculation. Et donc, sur cette base-là, certains s'attendent à ce que
l'écart va se maintenir pour au moins encore
quelques années, pour plusieurs années, et que, peut-être, à plus long terme,
ça va s'estomper. Mais ça demeure
très incertain.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. M. le député de Roberval.
Trottier : Oui. Merci, Mme la Présidente. Merci, messieurs, mesdames. Vous dites, à la
page 36, sur la question des effets
environnementaux et socioéconomiques, que le Conseil
du patronat ne traitera pas des
questions d'environnement parce
que vous ne possédez pas une expertise particulière à ce sujet. Je comprends
que ça n'a pas été votre principale préoccupation dans les dernières années. Mais est-ce que
le Conseil du patronat compte développer une expertise dans l'avenir ou s'associer avec des groupes qui ont
cette expertise-là pour qu'à ce
moment-là le Conseil du patronat s'inscrive véritablement dans une perspective de développement
durable?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Les représentants du Conseil du patronat.
Kozhaya (Norma) : Merci
beaucoup pour la question. Effectivement, à l'origine, le Conseil du patronat
avait créé un satellite qui était le Conseil
patronal en environnement, que, je crois, vous allez entendre ou avez entendu.
Mais merci pour la suggestion. Je crois que,
dans le contexte actuel, ça serait intéressant si on avait plus de ressources,
de nous consacrer davantage à ces questions.
Nous, c'est davantage les questions économiques. Parce qu'on se dit qu'il
y a un autre organisme, que, lui, son
expertise, c'est l'environnement. Mais c'est clair pour nous que c'est
complémentaire. Et c'est de plus en plus le cas.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Roberval.
Trottier : Oui. Est-ce que vous connaissez, on pourrait dire,
soit des expériences ou en tout cas des faits qui ont été notés par rapport à la responsabilité des
gens qui font transporter un produit par d'autres? Parce que, d'après mes
connaissances, c'est que la responsabilité incombe présentement à celui qui
transporte le produit. Tant qu'il n'est pas rentré
dans la cour du propriétaire de la ressource, ça ne compte pas. Mais est-ce que
vous pensez qu'on devrait réfléchir à cet
aspect-là, que le client qui fait transporter un produit par un autre puisse
avoir une responsabilité en cas, on pourrait dire, de problème de pollution ou autrement? Est-ce qu'il y a déjà eu,
on pourrait dire, des expériences ou en tout cas des faits qui vont dans ce sens-là? Est-ce qu'on peut
penser que le client, dans le cadre d'une perspective de développement
durable, ait une responsabilité quant au transport du produit qui est fait par
une autre entreprise?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
Kozhaya (Norma) : Je n'ai
pas en ce moment d'exemple qui me vient à l'esprit. Je crois que les deux
parties peuvent s'entendre sur la
responsabilité et la responsabilité de qui… Malheureusement, bon, chacun a une
responsabilité, mais je crois aussi que finalement les parties peuvent
s'entendre. Et puis, tant que les règlements et les normes sont respectés et qu'il n'y a pas de faute claire, je
crois que c'est des ententes qui peuvent prévaloir. Mais, malheureusement,
je ne suis pas plus équipée pour mieux répondre à cette question.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Sanguinet, en 1 min 30 s.
Therrien :
…dans cette perspective-là. Écoutez, j'imagine que vous pouvez répondre pendant
une heure, là, mais il ne nous reste
pas grand temps, n'est-ce pas? Je vais vous poser la question simplement. Vous
avez parlé de développement durable
au début, vous avez insisté sur le terme «développement durable». En quoi le
projet d'aujourd'hui est favorable pour le développement durable?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
Kozhaya (Norma) : Encore une
fois, donc, pour nous, le développement durable, pas juste pour nous, mais
pour le gouvernement, je crois, également,
c'est trois composantes : l'aspect économique, l'aspect environnemental,
l'aspect social. Bon, dans ce cas
aussi, il y a la question de sécurité qui doit s'appliquer de toute façon à tous
les projets. Donc, pour nous, vu que c'est un pipeline qui existe déjà,
qui transporte déjà du pétrole et que, bon, vous allez… D'autres experts vont vous montrer qu'il n'y aura pas
d'impact, peut-être, environnemental et que les normes de sécurité vont être
respectées. Pour nous, les bénéfices
économiques sont très présents, et que… Si on s'assure qu'il n'y a pas de
perturbation considérable à
l'environnement, qu'il n'y a pas de perturbation considérable pour les
communautés et que la question de sécurité… que toutes les meilleures pratiques
et toute la réglementation est là pour encadrer ces questions-là, pour nous,
le bénéfice économique, qui est
considérable, nous permet de dire que, dans le contexte de développement
durable, c'est un projet qui va dans cette direction-là.
Présidente
(Mme Bouillé) : Je vous remercie beaucoup.
Nous allons maintenant passer à la période d'échange avec l'opposition
officielle. M. le député de Laurier-Dorion, la parole est à vous.
Sklavounos : Merci, Mme la Présidente. Alors, à notre tour
de souhaiter la bienvenue au Conseil du patronat, vous remercier, Mme
Kozhaya et M. Lazure, pour votre présentation et vos remarques.
question, par la suite je céderai la parole à mon collègue de Louis-Hébert.
Vous, vous êtes allés devant l'Office national de l'énergie pour vous
prononcer sur le projet?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, messieurs… monsieur.
Mme Kozhaya
(Norma) : Oui, exactement. Et le mémoire que nous vous avons soumis,
c'est exactement le mémoire qu'on avait soumis à l'Office national de
l'énergie.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
À quelle date vous êtes allés devant l'Office national de l'énergie?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : Les audiences, qui ont eu lieu à Montréal, je crois que c'était du 8 au
10 octobre. Je ne me rappelle plus la date exacte où moi, j'ai passé.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Vous avez eu combien de temps pour présenter devant l'Office national de
l'énergie?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Kozhaya
(Norma) : Notre comparution?
Sklavounos :
Oui.
Mme Kozhaya
(Norma) : Nous avions eu 30 minutes.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Pourriez-vous nous expliquer pourquoi la
décision a été prise par le Conseil du patronat d'aller devant l'Office
national de l'énergie?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : C'est les mêmes raisons qui nous poussent dans nos interventions, donc
notre souci pour encourager des
projets économiques que nous pensons dans l'intérêt du Québec et dans l'intérêt
de la population du Québec. Et donc, comme c'est un projet que nous
pensions que les retombées pour l'économie du Québec étaient importantes et considérables et qu'on faisait
partie des groupes qui pouvaient être entendus, donc on voulait… Puisque
la mission, un peu, de l'Office national de
l'énergie, c'est de s'assurer qu'un projet est dans l'intérêt public du Canada
en général, et donc, bien sûr, le Québec, où
aboutit ce pipeline, fait
partie de l'équation, donc c'était la raison pour
laquelle on est intervenus.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Je comprends bien. C'était la position que vous
épousez et que vous avez défendue devant l'Office national de l'énergie. Mais pourquoi avez-vous
choisi, comme organisme, d'aller devant cette tribune en particulier, l'Office
national de l'énergie?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : Bien sûr, c'est l'office — je crois que c'est un peu le sens de votre
question — qui a
la compétence pour autoriser le projet.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Alors, si je comprends bien, vous êtes allé,
comme Conseil du patronat, devant l'Office national de l'énergie parce que vous compreniez que c'est
l'Office national de l'énergie qui prendrait la décision qui serait exécutoire
ou qui serait légalement celle qui lie les acteurs dans le dossier.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
Mme Kozhaya (Norma) : Effectivement.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Comme Conseil du patronat du Québec, est-ce que vous avez une position exprimée
sur le fait que le gouvernement du Québec n'a pas cru nécessaire d'être
devant l'Office national de l'énergie alors qu'il y avait d'autres gouvernements… Je sais que vous êtes bien
au fait que le gouvernement de l'Ontario était là. Est-ce que vous avez une opinion exprimée sur le fait que le
gouvernement — alors
que vous, vous êtes allés comme acteurs, représentants du patronat
devant l'Office national de l'énergie — du Québec était absent?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur du Conseil du patronat du Québec.
Kozhaya (Norma) : Nous
n'avons pas de position par rapport à cette question. Je crois que c'est le
choix du gouvernement.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. M. le député de Louis-Hébert, vous avez la parole.
Hamad : Merci, Mme
la Présidente. Dans votre conclusion, à la dernière page, vous parlez que le
déficit commercial, en fait, du Canada,
en biens et services, diminuera du quart. Ça, c'est votre dernière page, 45.
Là, vous avez calculé le déficit
commercial basé sur les biens et services, qui donne 36 milliards. Mais le
déficit commercial du Canada, c'est
62 milliards, total. Mais, si on prend le déficit du Québec,
commercial, c'est 24 milliards, et là 10 milliards, c'est encore plus important pour le Québec.
C'est-à-dire, 10 milliards sur 24, c'est presque 50 % du déficit
commercial du Québec. Et je pense que c'est plus important que…
Hamad : Non, 10 milliards au Québec. 10 milliards,
c'est l'achat au Québec. Est-ce que, pour vous, les retombées de ce
projet-là, c'est un élément positif pour l'industrie pétrochimie à Montréal?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Les représentants du Conseil du patronat.
Mme Kozhaya (Norma) : Oui. Pour
nous, c'est clair que ce projet a des retombées positives pour l'industrie
pétrochimique à Montréal et pour aussi tout ce qui gravite autour de cette
industrie, de même que pour les raffineries.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Merci. M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Merci. On a entendu, juste avant vous, Valero, où ils disaient qu'ils veulent
investir 140 millions, plus
l'achat des Panamax, plus l'équipage, l'entretien, etc. Donc, il y avait des
retombées partout au Québec. Alors, pour… je ne vais pas dire les sceptiques, là, mais, pour les groupes qui ne
croient pas au projet, qu'est-ce que vous pouvez dire, comme
représentants du patronat?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
Kozhaya (Norma) : Donc,
encore une fois, pour nous, le Québec ne peut pas se permettre de laisser
tomber des investissements et des
opportunités de développement dans tous les domaines, dans tous les secteurs.
Et donc ça, c'est un des projets que, pour nous, c'est important que ça
aille de l'avant parce que c'est une possibilité tant de maintien des emplois, de maintien de compétitivité, de maintien
d'expertise, de maintien de raffineries. Mais aussi je crois que, pour l'ensemble des Québécois, la question de sécurité
énergétique, elle n'est pas non plus à négliger, donc, et ça, c'est dans
l'intérêt… Il y avait une question tout à
l'heure… Donc, ça, c'est vraiment dans l'intérêt de tous les Québécois. Et,
pour nous, donc, chaque projet est
important, chaque projet qui nous permet de développer nos ressources, de créer
des emplois, de créer de
l'investissement, et donc éventuellement de financer nos services publics.
C'est des projets qu'on défend et pour lesquels on va se présenter.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Le facteur important pour les citoyens, là, c'est la sécurité. Et évidemment la
sécurité, ça veut dire la fiabilité, l'intégrité des infrastructures, le
système de détection, l'environnement, protection de l'environnement, le suivi,
etc. Vous, est-ce que les patrons pensent que c'est un projet qui va répondre à
ces critères-là?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Kozhaya (Norma) : C'est ce qu'on pense, que ça devrait être le cas. Encore une fois,
malheureusement, nous n'avons pas
d'expertise. On sait que l'Office national de l'énergie a l'expertise,
qu'Enbridge a l'expertise. Il y a des experts qui vont s'assurer que la
sécurité va être là. D'ailleurs, bon, on sait que, dans 99,99 % des cas,
le transport se fait de façon
sécuritaire. Les citoyens, c'est normal, ils ont raison de s'inquiéter quand
ils voient un accident. C'est une réaction normale, sauf qu'il faut se rappeler que, dans 99,99 % des cas, il
n'y a pas d'accident. Les opérations se font de façon sécuritaire. Ce n'est pas dans l'intérêt de
n'importe quelle entreprise de subir un accident, ni pour sa rentabilité, d'un
point de vue strictement économique,
ni pour son image, ni pour son avenir. Et donc je crois que les grandes
entreprises qui veulent survivre ont tout intérêt à assurer des
opérations sécuritaires.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Oui. Est-ce que le fait de… Puis ça, ça doit
l'intéresser, le député de Mercier, les moyens de… La majorité des travailleurs, 51 000, sont des
syndiqués. Et la moyenne des salaires, ces gens-là, c'est à peu près à combien?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Kozhaya (Norma) : Effectivement, la majorité sont syndiqués. Et les chiffres que j'avais
du Conference Board, c'est que le
salaire moyen dans cette industrie est de deux tiers supérieur au salaire moyen
dans l'économie en général.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Oui. Est-ce qu'on peut dire… Ça, ça l'intéresse, le
député de Mercier, probablement. Ce qu'on va faire, par ce projet-là, on va créer davantage des emplois. Ces
emplois-là sont syndiqués, à un salaire qui est plus haut que la moyenne, et plus, beaucoup plus que des
emplois à l'extérieur du Canada qui ne sont pas syndiqués et ne sont pas
bien payés.
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Kozhaya
(Norma) : Oui, tout à fait. Je crois que la réponse est claire.
Présidente
(Mme Bouillé) : Non, M. le député de
Louis-Hébert! Ça va bien, là, on continue! La parole est maintenant au
député de Mercier.
M. Khadir :
Mme Kozhaya, M. Lazure, vous savez à quel point le Conseil du patronat est
toujours bienvenu à l'Assemblée nationale. C'est sans doute l'intervenant
social qui est le plus souvent présent dans toutes les commissions. Et
tous les députés, en fait, sauf, là, quelques rares exceptions…
M. Khadir :
Presque tous les députés — c'est ça, merci — sont très contents et en faveur, tellement
et si bien que, depuis 30 ans, on a
suivi la plupart de vos prescriptions pour la prospérité, par exemple. Mais
malheureusement je crois qu'il faut être un peu prudent dans ces
prescriptions parce que, là, depuis 25 ans, le salaire et le revenu moyen disponible, en dollars constants, de la famille
moyenne, de la grande majorité des Québécois, comme ailleurs en Occident,
a stagné alors que les profits des entreprises ont explosé.
Mais je vous suis
reconnaissant quand même parce qu'à la page 26 vous avez cité amplement, dans
votre document, Pierre-Olivier Pineau,
professeur aux HEC, spécialiste en politique énergétique. Vous l'avez cité
abondamment, en vous associant à ses
propos, et vous dites : «…traiter à Montréal le pétrole des sables
bitumineux que Suncor extrait en Alberta permettrait à la pétrolière
d'augmenter ses marges de profit en poursuivant l'intégration de ses activités
de production à ses activités de raffinage
et de distribution…» Donc, ça veut dire que vous confirmez que, en tout cas
pour Suncor, le but, c'est de
raffiner le pétrole bitumineux, là, qui vient des sables bitumineux d'Alberta,
dans ses raffineries.
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur du Conseil du patronat, en
15 secondes.
Mme Kozhaya (Norma) : À ma compréhension, c'est qu'en ce moment les raffineries ne sont pas
nécessairement équipées pour raffiner
le pétrole du sable bitumineux, mais ça n'empêche pas qu'éventuellement ça
puisse être le cas.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Mercier, je suis vraiment
désolée, mais…
Présidente
(Mme
Bouillé) : Je suis désolée. On doit libérer la salle pour
13 heures, comme vous pouvez le constater en arrière, là, où le
repas est pour un autre groupe.
Donc, je vous
remercie. Sur ce, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13
heures)
Présidente
(Mme Bouillé) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Cet après-midi,
nous entendrons la Fédération
des chambres de commerce du Québec, l'Association industrielle de l'est de Montréal,
les Manufacturiers et exportateurs du Québec ainsi que la Chambre de
commerce de l'est de Montréal.
Avant
de débuter l'audition de la fédération, je veux indiquer aux membres que le document d'Enbridge auquel j'ai référé ce matin sera pour l'usage des membres de cette commission seulement. Il vous sera distribué dès que nous aurons des copies
pour tous. Merci beaucoup.
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la fédération. Vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Bienvenue, Mme
Bertrand.
Mme Bertrand (Françoise) : Bonjour, Mme
la Présidente. Mme la ministre, MM., Mmes les députés, merci de nous
recevoir, on apprécie énormément. Je suis accompagnée de François-William Simard,
directeur Stratégie et affaires économiques
à la fédération, mais qui aussi accompagne les comités mines, développement du Nord pour tous, et aussi le comité
énergie, donc est tout à fait habilité à m'accompagner pour répondre à vos questions
suite à notre présentation.
fédération, on vous le dit à chaque fois : 147 chambres de commerce à travers le Québec, 1 200 entreprises membres directement de la fédération,
mais, par le réseau, nous
représentons plus de 60 000
entreprises, 150 000 gens d'affaires.
Alors,
pourquoi sommes-nous si intéressés aux questions d'inversion du pipeline
Enbridge? Bien, en fait, c'est que
nous sommes intéressés aux ressources naturelles de façon générale et
particulièrement sur les hydrocarbures. Nous avons toujours dit qu'il était important, dans le portefeuille pluriel
en matière énergétique, de vraiment faire une place encore aux hydrocarbures. Peut-être, un jour, dans
quelques siècles, n'aurons-nous plus besoin des hydrocarbures, mais on a
le temps de pouvoir avancer avec la possibilité de recourir aux ressources
disponibles plutôt qu'évidemment déséquilibrer
la balance commerciale du Québec et du Canada. Et, si on pouvait avoir du
pétrole qui provient d'autres provinces — éventuellement, un jour, même le pétrole de
chez nous — nous
pensons que nous serions mieux équipés.
Nous
avons donc, dans notre Vision économique 2012-2020 , directement
mentionné l'importance des hydrocarbures. Nous avons travaillé de façon active, bien sûr, dans la coalition pour
l'inversion du pipeline, mais nous avons travaillé de concert avec la Chambre de commerce de Lévis,
la chambre de commerce du Montréal-Est et la Chambre de commerce du
Montréal métropolitain et ainsi que celle de Québec.
Nous
sommes tout à fait heureux de constater la démarche qu'a faite le gouvernement
du Québec. Et le document qui a été
présenté, selon nous — on veut le mentionner parce que c'est important — il y a beaucoup de place pour les
données économiques. Et la fédération, vous le remarquerez, très souvent, on
revient sur l'importance des données économiques.
On a même, à certains moments et encore dernièrement, redit l'importance de
peut-être créer une agence
d'analyse économique qui amènerait, dans le débat public, les données
économiques. Bien, le document qui nous est présenté,
sur lequel on se présente aujourd'hui, est un document factuel avec des données
économiques qui vraiment nous permet de travailler et d'informer la
population, ce qui nous apparaît extrêmement important.
Alors, pour nous, évidemment,
il y a eu beaucoup d'encre et beaucoup de paroles dites sur l'inversion de ce pipeline. Pour nous, il s'agit vraiment
d'un projet qui est assez simple. Il ne s'agit pas de construire un nouvel
oléoduc — il
existe — il s'agit d'inverser le flux du pipeline de la
ligne 9. En termes clairs, il y a déjà du pétrole qui circule dans le pipeline puis il circule vers l'ouest. Avec le
projet, il viendra plutôt vers l'est, et, pour nous, ce n'est pas compliqué, et
on aimerait vraiment
que nous puissions aller de l'avant tout comme, je pense, beaucoup
d'acteurs qui sont venus devant vous pendant ces audiences-là.
laisse la parole, sur les retombées économiques directes que nous voulons
mettre en valeur… François-William.
M. Simard (François-William) : Merci, Mme Bertrand. Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes, MM. les parlementaires, M. le député de Roberval, avec qui j'ai passé quelques jours la semaine
dernière dans la forêt québécoise…
fédération, vous l'aurez deviné il y a
quelques instants, appuie le projet d'inversion du flux du pipeline de la
ligne 9 depuis ses premiers balbutiements parce qu'il y aura d'importantes retombées économiques pour le Québec.
En effet, selon une étude réalisée
par Demke Management en 2012, 700 millions
de dollars seront injectés dans l'économie québécoise au cours des trois
prochaines décennies. De plus, pendant la phase de construction du projet, ce
seront environ 270 années-personnes en
emplois directs qui seront créées au Canada, dont une
partie significative au Québec.
Il s'agit de retombées économiques directes
majeures pour un projet qui, faut-il le rappeler, ne consiste pas en de
nouvelles constructions à proprement parler.
Mme la
Présidente, parmi les autres avantages que nous devons considérer, il y a celui
de la réduction du déficit commercial
du Québec qui se chiffrait, en 2011, à 29 milliards de dollars. Le pétrole
représentait 11 milliards de ce déficit, soit 38 %, ce qui est
majeur. Le projet d'inversion du pipeline viendrait soulager en
partie notre
déficit commercial.
L'exploration
et l'exploitation projetées du pétrole en sol québécois, avec les gisements
potentiels à l'île d'Anticosti, d'Old Harry notamment, est un autre
facteur qui nous amène à appuyer l'inversion du pipeline de la ligne 9. Nous
croyons qu'il serait paradoxal d'en venir un jour au Québec à exploiter notre
pétrole, mais que nous n'ayons plus les installations
et l'expertise nécessaires pour en assurer le traitement. C'est pourquoi
nous devons tout mettre en oeuvre pour garder les emplois du secteur
pétrochimique ici, au Québec.
Certains
groupes qui s'opposent à la réalisation du projet soulignent que le Québec
doit se sortir de sa dépendance au pétrole, que les hydrocarbures sont
une industrie du dernier siècle et que nous n'en avons plus vraiment besoin.
Certes, Mme la Présidente, la Fédération des chambres de commerce appuie les efforts pour réduire
nos émissions de gaz à effet de serre, pour trouver de nouvelles solutions plus vertes.
Mais nous ne devons pas rêver en couleurs, nous devons être réalistes et pragmatiques. Du pétrole, nous en avons besoin
et nous en aurons besoin pour encore plusieurs
décennies. La consommation de pétrole est d'ailleurs
en croissance au Québec. Il ne faut
donc pas fermer la porte à un projet
qui réduirait notre dépendance au pétrole étranger et qui ferait en sorte de
cesser d'envoyer environ 14 milliards de dollars annuellement en
Afrique et au Moyen-Orient.
Un dernier
élément à prendre en considération est celui de l'impact de la production
pétrolière de l'Ouest canadien sur le
Québec. Il y a trois semaines, nous avons publié une étude réalisée par la
firme KPMG, qui évaluait les retombées économiques
associées à la production pétrolière de l'Ouest canadien. Les résultats sont
très éloquents. C'est 1 milliard de dollars en retombées économiques et plus de 10 000 emplois
directs et indirects au Québec qui dépendent de cette industrie, sans compter l'impact sur les calculs de
péréquations pour la province. C'est aussi près de 70 millions de dollars
qui se retrouvent dans les coffres du
gouvernement québécois grâce à cette production pétrolière. Cela nous fait dire
que des projets qui visent à assurer le maintien ou la croissance de
l'industrie pétrolière canadienne amènent d'importantes retombées économiques
au Québec. Lorsque l'industrie canadienne croît, le Québec en reçoit davantage.
Mme Bertrand (Françoise) : Mme la
Présidente, les projets de développement ne peuvent plus être réalisés comme avant, quand les décideurs publics… que les
entreprises reconnaissent que la réalisation d'un projet ne peut plus se
faire comme il y a 20 ans, 10 ans,
voire cinq ans. L'acceptabilité sociale est devenue une condition plus que
souhaitable lorsqu'une entreprise va de l'avant avec un projet, et c'est
tant mieux.
Toutefois,
aucun projet ne peut faire l'unanimité. Des gens en désaccord avec un projet,
il y en a aura toujours. C'est donc
l'acceptabilité sociale qu'on doit viser et non l'unanimité sociale. Au cours
de la dernière année, nous avons publié
deux sondages CROP qui ont démontré un fort appui de la population, de
71 % et de 60 %, au projet d'inversion du flot de l'oléoduc. Ils ont aussi démontré que les gens préféraient
dans de larges proportions, soient 76 % et 73 %, le pétrole provenant de l'Alberta à celui d'outre-mer
transporté par bateau. Nous ne pouvons évidemment conclure qu'il y a
acceptabilité sociale exclusivement à partir d'un outil comme le sondage, mais
il s'agit quand même d'un puissant indicateur de l'appui des citoyens au projet
d'inversion du flux de la ligne 9.
terminant, Mme la Présidente, nous rappelons qu'un projet de développement qui
a zéro impact sur l'environnement, ça
n'existe tout simplement pas. Devant ce constat, les entreprises promotrices de
projets ont la responsabilité de démontrer que leur projet est
sécuritaire pour la population et qu'il minimise les risques pour
l'environnement. Je crois que la présentation
faite hier par Enbridge a démontré que l'entreprise avait ce souci et qu'elle
avait la volonté d'assurer l'intégrité et la sécurité du pipeline.
Quant
à notre témoignage, nous espérons vous avoir démontré, Mme la Présidente, que
le projet amènera d'importantes retombées
économiques et nous rappelons l'importance que ce projet a pour les Québécois,
ne serait-ce que pour notre réduction… au pétrole étranger. Nous
espérons que ce témoignage vous aidera, Mme la Présidente et Mmes, MM. les
parlementaires, à produire votre rapport, évidemment positif. Merci de votre
attention.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci, Mme Bertrand,
merci, M. Simard. Nous allons maintenant procéder à la période
d'échange avec les parlementaires en commençant par la ministre. Mme la
ministre, la parole est à vous.
Zakaïb : Merci, Mme la Présidente. Mme Bertrand,
monsieur, bienvenue. Merci de vous être déplacés, de vous être prêtés à
l'exercice.
sais que vous parliez, dans votre... vous nous avez dit que vous laisseriez les
gens de la chambre de commerce de
l'est de la ville nous parler de la filière pétrochimique et de son impact sur
l'économie du Québec. Mais, selon vous, est-ce que cette filière pourrait maintenir son niveau de concurrence
avec du pétrole importé comme c'est le cas aujourd'hui? En quoi le fait
d'avoir du pétrole qui proviendrait de l'Ouest canadien, pour cette filière, ça
serait un avantage qui la maintiendrait, qui lui donnerait un avantage
concurrentiel?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, messieurs de la Fédération des
chambres de commerce.
M. Simard (François-William) : Oui. Bien, merci, Mme la ministre, pour cette question.
La première chose qu'il faut prendre
en considération… le pétrole, actuellement, lorsqu'on regarde les prix actuels ou, à tout le moins, en moyenne, dans la dernière
année, le pétrole avec lequel nos raffineries s'approvisionnaient coûtait
environ 20 $ de plus le baril.
Donc, c'est du pétrole qui provient
majoritairement d'Afrique, donc d'Afrique, du Moyen-Orient, un petit peu de la
Norvège mais pas beaucoup, donc, c'est du pétrole qui coûte plus cher.
Et la plupart des raffineries en Amérique du Nord s'approvisionnent à partir de pétrole qui est produit ici, soit au
Canada ou également aux États-Unis, et ce pétrole-là, donc, coûte
environ 20 $ moins cher.
Qu'est-ce
que ça veut dire, concrètement? On sait qu'il y a une restructuration qui est
en cours, qui dure depuis quelques années dans le monde de la
pétrochimie, et qui est toujours en cours, et qui va se poursuivre, donc, dans
les prochaines années. Il y aura probablement,
selon ce que les experts disent, des raffineries qui devront fermer leurs
portes, encore, en Amérique du Nord. Le choix que le Québec a à faire,
s'il ne veut pas que ses raffineries soient celles qui, justement, ferment leurs portes : il doit permettre à ses
raffineries d'être plus compétitives. Et la solution qu'on a devant nous, celle qui est possible, c'est donc d'avoir
accès au pétrole albertain, parce qu'actuellement cet accès-là, il est à peu
près inexistant. Donc, c'est exactement ce que va permettre le projet de
pipeline d'Enbridge.
Présidente
(Mme Bouillé) : Mme la ministre.
Zakaïb : Merci, Mme la Présidente. Certains groupes
prétendent que l'avantage au niveau du prix va être de très courte durée, que cet avantage va… dès que
le pétrole de l'Ouest va avoir accès à des marchés, que ce pétrole va
rencontrer le prix du pétrole international, donc que cet avantage serait se
très courte durée. Qu'en pensez-vous?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de la fédération.
M. Simard (François-William) : C'est vrai que, dans le temps, ça fluctue. Ce
sont des prix qui fluctuent, puis c'est
d'ailleurs la raison pourquoi qu'à l'époque, en 1998 ou 1999, le sens du pipeline
avait d'ailleurs été inversé. Mais le problème, c'est qu'on ne peut pas
juste se limiter à cet avantage-là pour déterminer si le projet, il est bon ou
non. Il y a cet avantage-là qui, sans faire de projection, si on regarde
maintenant, il est valable, cet avantage-là. Mais il y a également… On a le choix. Le choix, il est très
simple : on a du pétrole qui provient de l'extérieur, d'outre-mer, qui est
transporté par bateau, ou encore, on a du
pétrole ici, au Canada, qui est disponible et qui, lorsqu'évidemment
l'industrie pétrolière canadienne
croît… ça profite au Québec. On a le choix entre ces deux sources de pétrole
là. Je pense que, pour les Québécois,
pour la réduction de notre déficit commercial entre autres, on a tout intérêt,
tout avantage à prioriser le pétrole albertain.
Donc,
de tenir compte seulement que du prix du baril du pétrole, pour moi, c'est un
avantage qui est très valable, et il
faut absolument insister là-dessus, mais il y a plusieurs autres avantages
également. Puis il faut se rappeler également que, sur la façon dont est produit le pétrole à l'heure actuelle, en
Afrique, au Moyen-Orient… je sais que nous n'avons pas de contrôle là-dessus. Par contre, on est dans
un pays qui est le Canada évidemment… Il y a du pétrole qui est produit ici, on a un contrôle sur les méthodes de
production par le biais du gouvernement fédéral. Donc, je pense qu'également
d'un point de vue du respect de l'environnement, on est, de loin, beaucoup
mieux de favoriser celui du Canada.
Mme Bertrand
(Françoise) : J'ajouterais, si vous le permettez…
Présidente
(Mme Bouillé) : Tout à fait.
Mme Bertrand (Françoise) : …Mme la ministre, la question de la concurrence.
On le sait, on… Et c'est pour ça
d'ailleurs que la fédération promeut un portefeuille pluriel en matière
d'énergie. Alors, si on est strictement dépendants du pétrole qui vient de l'étranger, bien, ce n'est
pas la même chose que de pouvoir avoir justement cette comparaison de prix
avec l'Ouest. Est-ce que ça va fluctuer?
Peut-être. Mais, à tout le moins, nous aurons la possibilité de faire des
choix. Merci.
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame… M. le député de Roberval.
Trottier : Merci, Mme la Présidente. Merci, messieurs, mesdames de la chambre de
commerce. Vous avez mentionné que la part du pétrole de l'Ouest pourrait
aider à diminuer notre balance commerciale. Est-ce que vous pourriez expliquer
un peu plus, là, pourquoi vous arrivez à cette conclusion-là?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
M. Simard (François-William) : Bien…
Oui.
Bertrand (Françoise) : Bien,
c'est assez simple. C'est que présentement on importe complètement notre pétrole. Et, dépendant des années… On parle, dans
l'année témoin que nous prenions, là, dans notre document, on parle de 11 milliards cette année-là; dans notre document de vision économique,
notre référence est à 12 milliards,
puis on parle que, facilement, si la tendance se maintient, nous serons à probablement 14 milliards avant longtemps... Alors, on importe 14 milliards, donc, dans l'équilibre, dans la balance
commerciale, forcément, il faut qu'on exporte l'équivalent. Ce n'est pas évident qu'on va exporter… On n'exporte plus
de la même façon. Bien
sûr, il y a la possibilité du marché européen avec le
libre-échange, mais, avant qu'on puisse rattraper ce 14 milliards là, c'est sûr que ce serait extrêmement difficile.
Alors, nous
pensons que, si on est capables de travailler avec un pétrole canadien,
puis, un jour, éventuellement,
même québécois, nous sommes avantagés d'un point de vue de la balance
commerciale.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Roberval.
Trottier : Merci, Mme la Présidente. Mais est-ce que ce n'est
pas la diminution de la balance commerciale du Canada davantage que
celle du Québec? Parce que, dans le fond, à partir du moment où ça sort du
Québec…
Mme Bertrand (Françoise) : C'est la
portion…
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur de la Fédération des chambres de commerce.
Mme Bertrand (Françoise) : …
Présidente
(Mme Bouillé) :
De rien, Mme Bertrand.
Bertrand (Françoise) : Je
suis vraiment indisciplinée. Je m'en excuse, Mme la Présidente. Non, c'est la
portion utilisée par le Québec.
M. Simard
(François-William) : Et, si vous
me permettez de compléter, puis je vais en profiter pour passer un petit message également, c'est certain que, si on
peut viser l'exploitation du pétrole au Québec, qui va également contribuer
à la réduction du déficit commercial, on va en être très, très heureux
également.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Parfait. M. le député de Roberval.
Trottier : Sur les questions économiques, je pense que la
plupart des gens au Québec conviennent que c'est une bonne affaire parce que ça va… il y a des possibilités de maintenir
des emplois à court terme, à moyen terme puis à plus long terme. Mais ce qui inquiète vraiment les gens, c'est plus
l'aspect environnemental, la sécurité. Quelles sont vos préoccupations, en dehors du fait de dire qu'il
faut que ce soit sécuritaire? Est-ce qu'il y a des suggestions que vous avez
à nous faire pour garantir cette sécurité-là?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Les représentants de la Fédération des chambres de commerce.
Bertrand (Françoise) : Oui,
Mme la Présidente. Alors, écoutez, nous, on n'a aucune prétention. On est
vraiment un organisme de défense économique.
Il est évident que, face à des projets, nous voulons nous assurer que les
entreprises ou les gens qui font la
promotion de certains projets ou de certaines initiatives prennent tous les
moyens… Mais on n'est pas des experts. Mais certainement que ce que nous
avons eu comme échange avec l'entreprise qui est Enbridge nous rassure sur
toutes les mesures qui ont été prises.
Et certains
vont évidemment invoquer le fait qu'il y a eu déjà des dégâts qui ont été
causés, et, à juste titre, je pense que
c'est vrai, il y en a eu. Maintenant, on nous dit de façon très marquée qu'il
n'y a eu aucune altération de l'eau potable dans tout incident qui a pu survenir. Et, d'autre part, justement parce
qu'il y a eu des incidents, il y a, comment dire, donc une éducation de l'entreprise qui s'est faite
parce qu'on apprend à être davantage sécuritaires, recourir à des technologies
et à des approches qui vont être encore plus respectueuses de la santé des
citoyens et de l'environnement.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Roberval? Je ne vous vois
pas. Oui, merci. C'est beau? Est-ce que,
du côté… Ça va? Avez-vous… Merci. Nous allons maintenant procéder à l'échange
avec les membres de l'opposition officielle. M. le député de
Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de souhaiter la bienvenue aux
représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Il
fait plaisir de vous recevoir et d'entendre votre point de vue.
j'ai bien compris, pour résumer un petit peu votre pensée, peu importent les
fluctuations, le fait qu'on puisse avoir du pétrole qui provient de chez nous, sur lequel on a évidemment des
contrôles via le fédéral — la réglementation, etc. — et les normes que nous considérons
quand même comme étant meilleures chez nous — il y a plus de surveillance
chez nous, etc. — ce sera toujours un avantage pour le Québec,
il me semble, assez clair, si j'ai bien compris ce que vous avez dit.
J'aimerais
vous poser une autre question. J'imagine… Je ne sais pas si vous avez eu
l'occasion de présenter votre point de vue devant l'Office national de
l'énergie.
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Bertrand (Françoise) : Oui, bien sûr, nous l'avons fait. C'est
d'ailleurs François-William qui est allé devant l'Office national de l'énergie, absolument. Nous avons pris la parole
sur ce sujet à toutes les occasions possibles. Nous sommes vraiment en faveur du projet. Donc, autant
l'office qu'un membre de la coalition… Puis, quand nous sommes demandés
par les médias, nous prenons la parole pour défendre le projet, bien sûr.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : À quelle date avez-vous fait votre
présentation? J'imagine que la présentation ressemble beaucoup à ce que
vous avez dit ici. À quelle date avez-vous fait cette présentation devant
l'Office national de l'énergie?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur de la Fédération des
chambres de commerce.
Mme Bertrand
(Françoise) : Le 9 octobre, nous étions devant l'office.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Et c'était une présentation de combien de
temps? Combien de temps de parole avez-vous eu?
M. Simard
(François-William) : …
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de la fédération.
M. Simard (François-William) : Excusez-moi également. On était accompagnés à ce moment-là de la Chambre de commerce de Lévis, parce que, comme Mme Bertrand le mentionnait tout à l'heure, on a travaillé très étroitement avec trois ou quatre de nos chambres
de commerce qui sont membres chez
nous. Et, à nous deux, je dirais qu'on a pris un bon 30 à 35 minutes de présentation, effectivement. Donc, oui, on a un petit peu répété ce qui a été dit, mais on a beaucoup raccourci la longueur de notre
présentation.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Pourriez-vous expliquer pour les membres de la commission pourquoi
vous avez pris la décision d'aller
devant l'Office national de l'énergie? Évidemment, je comprends votre position. Vous êtes en faveur
du projet. Mais pourquoi
avoir été devant l'Office national de l'énergie comme tel, comme tribune, comme
forum pour exprimer cette opinion ?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Bertrand
(Françoise) : Mme la Présidente, je pourrais… J'apprends, hein? Je
m'améliore.
Présidente
(Mme Bouillé) : C'est beau, Mme Bertrand.
Mme Bertrand (Françoise) : M. le
député, je le répète, nous avons pris
toutes les occasions possibles. Et nous avons appris, à travers le temps, qu'être en faveur d'un projet puis
envoyer une lettre d'appui ou un communiqué ce n'est pas suffisant. Il faut revenir à la charge. Et
toutes les tribunes qui nous sont offertes, nous prenons l'opportunité d'y
aller. Or, dans le domaine de
l'énergie, l'Office national de l'énergie, au Canada, c'est un office qui a quand même
une expertise réputée. C'est un
organisme sérieux. Alors, s'il y a un lieu où il nous apparaissait important d'être
présents, c'est bien celui-là. S'il y a
quelque chose, on salue le document qui a été préparé par
Mme la ministre et puis son équipe. Mais, pour nous, la démarche qui était vers l'office était
une démarche tout à fait sérieuse et à laquelle on était tout à fait heureux de participer.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : À
part le fait qu'ils ont l'expertise, évidemment,
vous êtes d'accord avec moi qu'ils ont aussi la compétence en la matière. C'est l'instance qui
est exécutoire en matière d'énergie. Alors,
vous êtes d'accord avec moi?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur de la
Fédération des chambres de commerce.
Mme Bertrand (Françoise) : Il faut que vous ayez en tête que je suis
l'ancienne présidente du CRTC. Donc, je reconnais qu'il y a des organismes fédéraux qui ont des grandes
expertises et compétences. C'est le cas de l'Office national de
l'énergie, bien sûr.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Vous êtes aussi évidemment au courant que le gouvernement ontarien s'est
présenté devant l'Office national de l'énergie, dans le dossier, afin de faire
valoir sa position. Je ne sais pas si vous étiez au courant.
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de la fédération.
Mme Bertrand (Françoise) : Oui, probablement, M. le député. J'ignore
exactement, là, la liste de tous ceux qui se sont présentés. Mais oui,
c'est très possible.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Et aussi vous êtes au courant que le
gouvernement du Québec a fait le choix de ne pas aller devant l'Office national de l'énergie afin de faire une
présentation. Je présume que vous êtes au courant de ce fait-là également?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur.
Mme Bertrand
(Françoise) : Oui, je suis au courant.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos : Si j'étais pour vous demander votre point de
vue là-dessus, comment vous vous exprimeriez, à ce sujet-là, que le
gouvernement du Québec n'était pas devant l'Office national de l'énergie pour
un dossier que vous appelez, évidemment, un
dossier structurant, important pour l'économie, des bonnes raisons pour
l'industrie pétrochimique, pour
lequel il y a quand même un consensus qui semble assez fort autour de la table?
Comment exprimerez-vous… sur cette non-participation?
Présidente
(Mme Bouillé) : Madame, monsieur de la fédération.
Mme Bertrand (Françoise) : Bien, écoutez, je pense que c'est à Mme la
ministre de se prononcer sur le sujet et
au gouvernement. Je pense que c'est un lieu, je le répète, avec une grande
expertise, une compétence, et ils avaient la compétence. Le gouvernement a certainement ses raisons, probablement
politiques, mais ce n'est pas à moi d'en juger.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Laurier-Dorion.
Sklavounos :
Merci beaucoup.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Oui. Bienvenue, Mme Bertrand. Bienvenue ici, à
l'Assemblée. Je trouve ça très intéressant, l'étude qui a été faite, Retombées économiques de
l'industrie pétrolière de l'Ouest canadien . Je ne sais pas, ça m'a rendu
curieux. Vous savez qu'il y a aussi
l'impact sur la péréquation pour le Québec, le fait que ces provinces-là
s'enrichissent avec les ressources naturelles, contrairement à nous. Et
ça amène de la richesse qui s'en va. Et après ça on la partage avec le Québec. Et je sais que l'uranium de l'Ouest nous
permet de recevoir la péréquation, au Québec, pendant qu'ici, bien, on n'en veut pas pour le moment. Est-ce qu'il y a eu
une analyse des retombées aussi sur la péréquation qu'on reçoit ici?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de la fédération.
Mme Bertrand (Françoise) : M. le député, nous n'avons pas fait justement ce
choix-là. Nous voulions démontrer qu'au-delà de la péréquation il y a
une richesse liée à des fournisseurs qui sont tant au moment de l'exploration,
de la construction et de l'exploitation. Évidemment, la question de la
péréquation…
Nous
aimons aussi donner très souvent l'exemple de la Norvège, la Norvège qui,
vraiment, exploite ses ressources correctement.
Puis, on le sait, la Scandinavie, les pays de la Scandinavie sont souvent
donnés comme des exemples vraiment exemplaires.
Alors, pour nous, c'est certain que c'est une raison fondamentale pourquoi
nous appuyons l'exploitation des ressources naturelles au Québec.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Ça serait intéressant de savoir aussi que la
richesse de nos provinces voisines peut nous amener aussi une richesse,
hein?
L'autre
élément, ce que j'ai trouvé… agréablement surpris, c'est à peu près autour de 1 milliard, la valeur
ajoutée des retombées économiques du
pétrole de l'Ouest sur l'économie du Québec. C'est 0,3 % sur le PIB puis
10 400 emplois. C'est énorme!
Puis les revenus de l'État du Québec, c'est 68 millions, les recettes
fiscales. «Revenus des gouvernements provinciaux», ça doit être recettes
fiscales.
Mme Bertrand (Françoise) : Oui, tout
à fait. C'est ce qui nous intéressait
pour justement… Parce
que ce dont on parle souvent, c'est la question du fonds
patrimonial qui a été créé en Alberta puis la question de la péréquation. Mais
est-ce qu'il y a d'autres avantages? Puis vous avez vu dans le document qu'il y en a aussi dans l'ensemble des provinces canadiennes. Mais, au Québec,
ça veut donc dire qu'il y a des entreprises qui fournissent de l'équipement,
qui sont fournisseuses des grandes
entreprises de pétrole. Et c'est quand même énorme, 10 000 emplois, et
10 000 emplois aussi à haut
niveau. Et c'est pourquoi aussi c'est une expertise qu'on pourra utiliser
éventuellement au Québec pour d'autres exploitants. Et ça aussi, c'est
une bonne nouvelle.
Présidente
(Mme Bouillé) : M. Simard.
M. Simard (François-William) : Et, écoutez, si vous me permettez également,
j'ajouterais… Parce que ce sont des
retombées économiques qu'on juge très intéressantes, effectivement. Vous les
avez citées. Mais c'est important de mentionner que l'étude ne portait
que sur la
partie production pétrolière dans l'Ouest canadien. Donc, tout ce
qui est distribution et transformation — donc transformation, c'est, entre autres, le
raffinage — on n'a
pas inclus ça dans l'étude. Donc, sans doute que les retombées économiques
auraient été beaucoup plus élevées si ça avait été tenu ou pris en
considération dans l'étude.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Louis-Hébert.
Hamad : Merci. L'Ontario : 3,4 milliards. Ça vient d'où, la différence, si on parle juste de
l'exploitation? Ça veut dire
que les Ontariens sont plus présents là-bas? C'est quoi?
Présidente
(Mme Bouillé) : Les représentants de la fédération.
Mme Bertrand (Françoise) : C'est un tissu manufacturier plus important. Parce que,
comme le dit François-William, les coûts considérés indirects, ce sont
les coûts afférents à l'exploration, l'exploitation et la construction, alors tout
simplement liés probablement à une population plus importante et donc une
contribution plus importante. Je ne me rappelle pas, dans les catégories, la
différenciation des catégories, qu'il y avait beaucoup plus…
Mme Bertrand
(Françoise) : Oui. Sur les…
Présidente
(Mme Bouillé) : M. le député de Louis-Hébert, la parole est
aux représentants.
Mme Bertrand (Françoise) : Alors, je ne me rappelle pas quelle était la
proportion, dans ce type de travaux là, la différence entre le Québec et
l'Ontario. Est-ce que c'est beaucoup plus en Ontario, tout simplement parce que
leur population est plus importante? C'est peut-être tout simplement ça.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député…
Mme Bertrand
(Françoise) : Mais 1 milliard, c'est encore important de toute
manière.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci. M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Oui. J'ai encore le temps?
Présidente
(Mme Bouillé) : Bien oui!
Hamad : Oui. O.K.
Mais, quand vous dites «merci», ça
veut dire que c'est fini, mais là
«merci» pour parler. C'est ça? O.K.
Présidente
(Mme Bouillé) : Quand je vous nomme, vous avez la parole.
Hamad : C'est bien. Merci beaucoup. Mais en fait… Parce que
ce n'est pas une question de raffineries, en Ontario, c'est plutôt le…
Quand je regarde les composantes, là, c'est le génie, c'est les machineries et
matériels, c'est l'installation, c'est autres
travaux de génie. En tout cas, le génie, c'est 50 %; puis 22 %,
machinerie et matériel puis installation.
Qu'est-ce qu'on peut, au Québec, faire de plus pour tirer profit de la
situation là-bas? C'est ça, le but de ma question, en fait.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur.
Bertrand (Françoise) : Tout
ce dont il est question ici, je le répète, c'est l'exploration. Donc, tout ce
qui est génie, probablement la
construction — donc,
encore là, le génie puis les compagnies de construction — puis, troisièmement, c'est l'exploitation. Dans l'exploitation, il y a
des grands équipements pour lesquels, probablement, il y a des manufacturiers
ontariens qui sont plus nombreux que les
nôtres, tout simplement. Parce qu'en termes d'expertise de génie je pense qu'on
a vraiment de grandes expertises au Québec.
La question d'exploration, je ne vois pas qu'il y a vraiment une différence
importante. Ça doit être tout simplement le
volume de manufacturiers impliqués dans l'exploitation comme telle, des pièces
dans les grands équipements.
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. le député de Louis-Hébert.
Hamad :
Trouvez-vous que ce serait une bonne idée de parler à la table de pétrochimie
puis voir comment on peut augmenter la part du Québec en Alberta ou en…
bien, particulièrement en Alberta? Parce que c'est trois fois, l'Ontario, 3 milliards, l'Ontario, les retombées; c'est 1 milliard ici. Puis normalement, proportionnellement en population et économie, c'est deux fois, mettons une fois et demi, une fois trois
quarts. Là, c'est trois fois. Il y a quelque
chose qui marche en Ontario qu'on ne fait pas ici. Ça ne
veut pas dire qu'on n'est pas bons, là. Mais je pense que, vous, les gens
d'affaires, il me semble qu'on devrait
regarder ça davantage puis voir c'est quoi, qu'est-ce qu'il y a là-bas
qu'on n'a pas, en Ontario.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur, en 45 secondes.
Bertrand (Françoise) : Bien,
je pense bien que, les manufacturiers et exportateurs, on pourra parler avec
eux pour voir comment on peut développer davantage.
Présidente
(Mme Bouillé) :
Je vous remercie beaucoup. Nous allons maintenant procéder à la période
d'échange avec la deuxième opposition. M. le député de Nicolet-Bécancour.
Martel :
Merci, Mme la Présidente. Bien, bonjour à vous deux. Très bonne présentation,
très intéressant. J'avais une
question. Je vais y revenir. Mais je voudrais faire un petit peu de pouce sur
mon collègue de Laurier-Dorion. Parce qu'on est habitués… La fédération,
elle donne son opinion, puis, si elle n'est pas d'accord avec le gouvernement, normalement, elle le dit. Je ne comprends pas le
malaise de… Quand on vous a demandé si le gouvernement aurait dû participer aux audiences, vous avez dit : Ce
n'est pas à moi à juger ça. J'aurais aimé ça comprendre un peu votre malaise.
Puis l'autre
chose que je voulais mentionner, qui est complètement différente, c'est qu'on
comprend beaucoup les vertus, là, de
ce changement d'inversion là au niveau de l'oléoduc. Mais moi, je voudrais… Ce
que je me questionne depuis le début,
c'est comment faire pour faire en sorte que le contribuable, qui accepte, hein,
ce genre de risque là puisse récolter des
fruits de ça? Ce matin, on nous a confirmé que le prix d'achat, c'est pour
plusieurs années qu'il va être beaucoup moins cher en provenance de l'Alberta que… Ça fait que comment faire pour que
le contribuable ait un gain par rapport à ça?
Présidente
(Mme Bouillé) :
Madame, monsieur de la Fédération des chambres de commerce.
Bertrand (Françoise) :
Alors, sur la première question, M. le
député, sur l'argument politique,
nous, on ne veut pas intervenir. S'il y avait eu quelque chose, on aurait dit tout simplement : Il y
aurait dû avoir un seul arrêt, c'était l'office
national. Maintenant, on est ici, ça démontre qu'on accorde quand même
de l'importance, et que le gouvernement
a choisi de faire une autre étape. Et,
voilà, on s'est pliés au processus qui nous est soumis. C'est ainsi. Ce n'est pas
nous qui faisons ça.
D'autre part,
sur la question du prix pour le consommateur… Parce que le
contribuable, il va en avoir des bienfaits. Le jour où on a une économie plus favorable, c'est évident que le
contribuable, dans la mesure où les coffres du gouvernement s'emplissent
parce qu'il y a une activité économique plus importante, bien, va être appelé à moins
contribuer, peut-être, en compensation de revenus qui ne sont
pas au rendez-vous. Puis on va le voir demain, à l'énoncé budgétaire, que les
revenus, c'est tout aussi important que les dépenses que nous faisons, n'est-ce
pas? Alors, nous pensons, nous, que le contribuable va déjà y gagner.
Est-ce que le
consommateur comme tel va pouvoir avoir accès à une concurrence du prix
meilleure qui amènerait évidemment à une baisse du prix à la pompe? C'est
à ça que vous pensez sûrement. Il n'y a aucune promesse à cet effet-là, et ce
n'est pas ce qui nous a animés. Nous, on l'a fait dans une perspective beaucoup
plus macro. Dire qu'on n'espère pas, comme
consommateurs, nous-mêmes, que ça puisse avoir une influence… on l'espère, mais ils ne nous l'ont pas garanti, puis je pense qu'il faut être assez réalistes là-dessus.
L'avantage, pour les contribuables, pour les citoyens, c'est vraiment le
fait qu'il y aura une activité économique.
Écoutez, la
question des salaires, on l'a vu dans les raffineries, on en a perdu cinq. On
ne veut pas, hein, perdre les deux
dernières que nous avons. On le sait, comment il y a eu un mouvement d'appui
pour ne pas que Shell parte, à l'époque. Bien, on ne voudrait pas perdre les deux autres.
On parle de quand même une rémunération importante, c'est 2 000 emplois.
Alors, pour nous, ça justifie entièrement que nous appuyions ce projet-là.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup, Mme
Bertrand, M. Simard. Oui, c'est fini. Fort intéressant, mais c'est fini.
J'invite maintenant l'Association industrielle de l'est de Montréal de venir à
la table des témoins.
Et je suspends pour
une minute.
(Suspension de la séance à
15 h 50)
Présidente
(Mme Bouillé) : À
l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre! À l'ordre, s'il vous plaît! Nous
reprenons les travaux de la…
Présidente
(Mme Bouillé) : À l'ordre, s'il vous
plaît! Nous reprenons les travaux de la commission. Bienvenue, M.
Tsingakis, pour l'Association industrielle de l'est de Montréal. Vous avez 10
minutes pour faire votre exposé.
M. Tsingakis (Dimitri) : Merci, Mme la Présidente, messieurs les députés.
Nous aimerions tout d'abord remercier cette
commission de nous avoir invités à venir présenter les raisons pour lesquelles
l'AIEM appuie le projet de rérenversement
de la ligne 9B. Mon nom est Dimitri Tsingakis. Je suis directeur général de
l'Association industrielle de l'est de Montréal.
Comme
le document de consultation en fait longuement état, les incitatifs économiques
en faveur du projet sont incontestables.
Par ailleurs, plusieurs participants comme mes prédécesseurs viendront vous
exposer les raisons économiques qui
justifient le projet. Ainsi, je n'insisterai davantage sur cet aspect,
autrement que de vous dire que l'AIEM est en accord avec les arguments économiques évoqués dans le
document de consultation, qui, selon nous, milite en faveur du rérenversement.
Notre
présentation traitera davantage du volet environnemental et social, et plus
particulièrement de la qualité de
l'air, de sécurité et de relations avec la communauté. Ce sont là les éléments
de base qui fondent la mission de notre organisme. Nous commencerons par
vous présenter brièvement l'AIEM, son évolution, ses valeurs et les résultats significatifs obtenus. Nous espérons qu'à la fin
de notre présentation vous serez en accord avec nous pour dire que les
membres de l'association sont des chefs de file en matière de développement
industriel durable.
Notre organisation
regroupe 13 membres qui opèrent des établissements industriels dans l'est de
l'île de Montréal. Ces compagnies oeuvrent
dans les secteurs d'activité variés du raffinage du pétrole, de la métallurgie,
en passant par la chimie, la
pétrochimie et le gaz naturel. Nos membres sont constitués en véritables
écosystèmes industriels dont les
synergies permettent de réduire la consommation d'énergie et l'optimisation des
ressources. Cela représente plusieurs avantages puisque la proximité des
usines réduit le besoin de transport et le besoin de maintenir des inventaires,
améliorant ainsi la rentabilité et réduisant l'impact environnemental.
L'AIEM
a été fondée en 1960, lorsque 16 dirigeants d'usines, aux prises avec des
enjeux liés à la qualité de l'air et
la qualité des eaux de la région, ont décidé de fonder un organisme pour
adresser ces problématiques rencontrées, une première en environnement au Québec. Précurseure dans le domaine,
l'association s'équipa d'un laboratoire et mit sur pied un réseau d'échantillonnage de la qualité de
l'air. Les ministères de l'environnement du Canada, du Québec ainsi que
la ville de Montréal ont pris le relais depuis.
efforts de réductions des émissions se poursuivent encore aujourd'hui. Ils ont
eu un impact positif significatif sur
la qualité de l'air de l'est de Montréal. À ce titre, nous aimerions profiter
de cette tribune pour rectifier la perception qui demeure encore fortement ancrée dans l'esprit de beaucoup de gens
que la qualité de l'air de la Pointe-de-l'Île est pire qu'ailleurs à Montréal. En effet, selon le rapport
du Réseau de surveillance de la qualité de l'air de la ville de Montréal,
les concentrations de polluants, tels que
l'ozone, l'oxyde d'azote et les particules fines, sont légèrement inférieures
ou égales à celles mesurées dans les autres stations du réseau.
Par ailleurs, les
efforts du secteur industriel ont permis de réduire les concentrations de
plusieurs polluants de 40 %
à 80 % entre 2000 et 2012, tel
qu'illustré dans les tableaux que vous avez dans le document. Ce ne sont là que
quelques exemples de résultats obtenus par les membres de l'association
au cours des dernières années.
Qu'en est-il
maintenant du lien entre les émissions industrielles et la santé respiratoire
si souvent invoqué par certains? Depuis
2001, plus de 13 études en lien avec la santé respiratoire dans l'Est de
Montréal ont été publiées. Les études ont jusqu'à présent démontré que
le problème de maladies respiratoires est un problème multifactoriel et qu'il
n'est pas possible d'identifier la cause principale. L'allaitement, le
tabagisme, la forte présence de foyers au bois, les moisissures et la proximité d'importants axes routiers sont également
des facteurs en cause. Notons en particulier l'étude du Dr Kosatsky qui
conclut que l'exposition journalière aux émissions du secteur industriel de
l'est de Montréal est faiblement associée aux consultations et hospitalisations
d'enfants pour diagnostic respiratoire.
Comme
vous êtes en mesure de le constater, la protection de l'environnement fait
partie de la mission première de l'AIEM, et, par le biais d'échange des
bonnes pratiques et de l'influence des pairs, nous continuerons nos efforts à
améliorer notre performance environnementale.
En termes de sécurité, dans les années 80,
l'accident de Bhopal en Inde et une série d'accidents industriels majeurs à travers le monde forcent les membres à
se questionner sur l'impact que pourrait avoir un accident industriel grave à Montréal. Dès lors, l'association s'engage
dans une démarche qui la guidera vers des liens plus soutenus avec ses voisins et qui débute avec la mise sur pied du
comité des Mesures d'urgence pour l'est de Montréal. Cette collaboration
se poursuit en 1995 avec la fondation et la création, de façon volontaire, avec
la ville de Montréal, du comité mixte municipalité
et industries sur la gestion des risques. Encore une fois, il s'agit d'une
première au Québec. Ce processus de concertation en gestion des risques
fait maintenant office de meilleure pratique en matière… au Québec.
Au fil des ans, les membres de l'association ont
mis de l'avant une série d'actions qui ont permis de réduire les risques d'accidents industriels. Par exemple,
des substances dangereuses ont été remplacées, lorsque possible, par des
substances plus sécuritaires. Nos membres,
comme Enbridge, par exemple, participent activement aux travaux du CMMI
de l'Est de Montréal. Ils font preuve de transparence et n'hésitent pas à
s'entraider lorsqu'il est question de mesures d'urgence.
Ils fournissent également, au besoin, un soutien aux autres équipes
d'intervention et de sécurité incendie. Bâtir la confiance au niveau local ne peut exister que par un contact durable
entre les partenaires locaux. Et c'est précisément en se basant sur des
valeurs de transparence et de collaboration que les membres de l'association,
comme Enbridge, continueront à jouer un rôle de leader.
En termes de
relations avec la communauté, dans les années 90, l'AIEM met sur pied un comité
de gestion des plaintes afin
d'adresser des problématiques de nuisance, de bruit et d'odeurs. Cette
collaboration basée sur l'ouverture et le partage se poursuit dans les années 2000 avec la mise sur pied du Comité
de liaison industrie et communauté, communément appelé le CLIC. Des résidents et des intervenants locaux ont désormais
la possibilité de s'informer et d'échanger régulièrement avec les membres de l'association. Cette pratique
sociale contribue à la qualité de la cohabitation entre l'industrie et son
milieu et encourage les meilleures
pratiques. Aujourd'hui, la communauté n'est plus simplement informée, mais elle
tient un rôle d'influence dans l'évolution de l'AIEM.
Maintenant,
au niveau de l'importance d'avoir des matières premières, qui est un peu le
mandat d'aujourd'hui, plusieurs raffineurs aux États-Unis ont déjà accès
à du pétrole de l'Ouest. Comme le marché nord-américain des carburants est un marché mature, nous croyons que
celui-ci subira d'autres contractions et consolidations. On note que,
depuis la fermeture de Shell à Montréal, au moins quatre autres raffineries ont
fermé leurs portes. Si nous voulons maintenir
nos actifs de raffinage et de pétrochimie dans l'Est de Montréal, nous devons
avoir accès à une matière à prix compétitif.
Si vous me permettez une image, le premier maillon qui nous permet d'ancrer la
chaîne de valeur ajoutée dans l'est de Montréal, c'est la matière
première à prix compétitif.
Plus tôt cette année, l'AIEM, avec des
partenaires de l'est de Montréal ainsi que le gouvernement du Québec, a entrepris, avec l'aide de l'École polytechnique
de Montréal, une réflexion sur leur vision quant au futur industriel de l'est. Cette vision s'articule autour du concept
d'écologie industrielle. Nous sommes convaincus que l'est de Montréal peut être cette terre d'accueil de projets
d'avenir et structurants. Ceux-ci profiteraient des infrastructures existantes
pour supporter et favoriser la recherche, le développement et les
technologies innovantes.
Nous sommes conscients que le marché est en évolution
et que nous devons collectivement revoir notre utilisation des combustibles fossiles. Il faut
travailler sur cette transition. Mais, tant que nous ferons le choix de
consommer un produit, il vaut mieux
le fabriquer localement selon les meilleures pratiques plutôt
que d'offrir à quelqu'un d'autre, ailleurs, de le faire à notre
place. Pour ce faire, il faut avoir accès à de la matière première compétitive,
car on aura beau avoir les meilleures
usines, les règles de fonctionnement les plus strictes, les gens compétents, si
nous n'avons pas accès à cette matière première de façon compétitive,
nos chances de succès sont compromises.
L'AIEM
respecte le processus actuel et demande humblement au gouvernement de permettre
le rérenversement de la ligne 9B, ce qui nous permettra, de par nos
actions, tant sur le plan de la sécurité, de la fiabilité et de l'écologie
industrielle, de demeurer des chefs de file en développement industriel
durable.
Merci infiniment de l'opportunité que vous nous
avez offerte aujourd'hui.
Présidente
(Mme Bouillé) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant procéder à la période d'échange avec les
parlementaires, en commençant par la
partie gouvernementale. Mme la ministre.
Zakaïb : Merci,
Mme la Présidente. Merci monsieur, bienvenue à l'Assemblée nationale. Quel est
l'impact, sur la vie économique de
l'Est de l'île de Montréal, de la seule raffinerie qui reste, celle de Suncor,
et de toute la filière pétrochimique?
Présidente
(Mme Bouillé) :
M. Tsingakis.
Tsingakis (Dimitri) : Oui,
Mme la Présidente. Je vous dirais qu'il est difficile pour moi de quantifier
l'impact économique. Ce que je peux
par contre vous dire, c'est que l'est de Montréal... ou les entreprises qui
sont situées dans l'est de Montréal
sont fortement intégrées les unes des autres, donc ce qui fait en sorte...
c'est que, collectivement, elles ont
besoin les unes des autres, et, à partir du moment où on commence à perdre des
maillons de cette chaîne-là, bien, ça fragilise l'ensemble du secteur.
Donc, je vous
dirais, en termes de retombées économiques locales, c'est sûr qu'elles sont
très importantes. Je n'ai pas de
chiffre à vous donner spécifiquement. Par contre, ce que je peux vous dire,
c'est qu'en discutant avec les commerçants locaux... Puis on l'a vu à plusieurs reprises lors
de conflits de travail ou lors de fermetures… Nous-mêmes, à l'association,
nous avons subi des compressions suite à des
fermetures de... ou la perte de plusieurs membres. Et je vous dirais, donc,
que l'impact