Public Finance — 14 May 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2015-05-14
Quebec — Committees
C'est pourquoi nous
mettons la caisse en garde contre certains risques. En voici quelques-uns.
On a parlé
beaucoup de l'appât du gain entretenu sous l'ancienne direction. On a aussi
affirmé que le nouveau P.D.G. a fait
le ménage non seulement dans son équipe, mais aussi dans les portefeuilles de
la caisse. Tant mieux. Mais ces
nouvelles pratiques sont-elles implantées durablement? Nous l'espérons, car
certains observateurs se demandent si les récents succès de la caisse ne
lui feront pas pécher par excès de confiance.
Par ailleurs,
on observe actuellement un intérêt grandissant pour les infrastructures de la
part de nombreux fonds de retraite à
travers le monde. Cet engouement n'est pas sans rappeler celui suscité par les
PCAA. Nous sommes peut-être trop craintifs, mais c'est le passé qui nous
l'a enseigné.
Mais, au fait, en vertu de quel élément de la
mission de la caisse la réalisation d'infrastructures s'inscrit-elle? Sous l'angle du rendement ou sous celui du
développement économique? Le communiqué diffusé par la caisse le 13 janvier 2015 est clair : «Il est
entendu que la caisse [s'engage] uniquement dans [des] projets [présentant] un
potentiel de rendement commercial
servant les intérêts de ses déposants, autrement dit l'ensemble des épargnants
québécois.» Le projet de
loi n° 38, lui, n'est pas aussi catégorique, on parle plutôt, à
l'article 11, des projets qui doivent «offrir un potentiel de
rendement commercial pour ses déposants eu égard aux risques appréhendés».
À la lecture de l'entente et du projet de
loi n° 38, la crainte d'une privatisation des infrastructures publiques
existe, la caisse pourrait éventuellement
céder une infrastructure au privé. Nous sommes convaincus que l'objectif de la
caisse n'est pas de déposséder les Québécois
de leurs infrastructures. Toutefois, cela pourrait se produire si elle ne
regarde que ses objectifs financiers.
Enfin, si le modèle proposé à l'égard des infrastructures
de transport collectif se révèle efficace et rentable, est-ce que dans quelques
années la caisse souhaitera réaliser d'autres types d'infrastructure? Y a-t-il
d'autres types de projets d'infrastructure qui pourraient être
envisagés? Quelle est la vision du gouvernement sur cette question?
Parlons de l'indépendance de la caisse. Plusieurs se rappelleront que, dans le passé, la caisse a
parfois subi des pressions et pris
des décisions qui semblaient téléguidées par des pouvoirs politiques.
Ce fut notamment le cas dans les années 80 avec l'achat de Steinberg, puis avec l'achat de Vidéotron
en 2000. Sans comparer les situations, il n'en demeure pas moins que l'annonce sur les infrastructures amène des questionnements. Le fait que deux
projets aient été annoncés en même
temps que l'entente nous inquiète. La
caisse pourra-t-elle les écarter si dans quelques mois elle vient à la
conclusion qu'ils ne sont pas rentables? D'autres projets ont-ils été
soumis et analysés?
L'article 1 et l'article 11 du projet
de loi n° 38 font état de l'indépendance de la caisse. En outre, il est question d'une évaluation des
projets par un expert indépendant.
Or, cet
expert sera choisi par les parties, soit la caisse et le gouvernement. Il y a, selon nous, un risque d'apparence de conflit
d'intérêts.
Le projet de loi n° 38 ne propose pas d'autre rempart au
chapitre de
la gouvernance. C'est toujours le gouvernement
qui nomme les membres du conseil d'administration, il peut donc influencer indirectement les orientations de la caisse.
Actuellement, on ne retrouve que deux représentants des déposants et aucun représentant des simples épargnants. Leurs
représentants pourraient apporter un éclairage intéressant et
assurer un processus de reddition auprès des épargnants. Ils pourraient
ainsi renforcer l'indépendance et la transparence de la caisse.
Quelques mots,
justement, à propos de la transparence. Le dévoilement de
l'entente commerciale liant le gouvernement et la caisse est un pas dans la bonne direction,
nous saluons ce geste qui permet de mieux comprendre le modèle proposé,
autrement la simple lecture du projet de loi n° 38, qui est relativement
court, aurait été insuffisante. Toutefois, ce n'est qu'un début. C'est dans la réalisation de chaque projet que le défi de transparence sera le plus important.
Enfin, nous souhaitons nous attarder brièvement
sur le rôle et la représentativité du Comité de retraite du RREGOP. Le Comité de retraite du RREGOP et les
autres comités de retraite ont notamment comme mandat d'établir conjointement avec la Caisse de dépôt et de
placement du Québec une politique
de placement à l'égard des fonds provenant des cotisations de leurs participants respectifs.
Bien qu'ils soient largement influencés par les orientations de la caisse,
les comités ont tout de même voix au chapitre. Or, force est de constater que la voix des personnes
retraitées, à l'heure actuelle,
est faible, sinon presque inexistante. Sur 25 membres du Comité de
retraite du RREGOP, seulement deux sont des retraités. Cette proportion
nous apparaît insuffisante.
conclusion, nous considérons que le nouveau modèle pour la réalisation d'infrastructures publiques présente un potentiel de rendement et de développement. Toutefois, nos membres ont plusieurs réserves, autant à
titre d'épargnants que de citoyens,
et nous proposons donc quelques recommandations destinées à les rassurer : que le gouvernement et la caisse précisent dans
les différents documents relatifs à la mise en oeuvre de leur entente, de
même qu'à l'article 11 du projet
de loi n° 38, que la caisse
s'engage uniquement dans les projets qui présentent un potentiel de rendement
commercial servant les intérêts de
ses déposants; que l'article 11 du projet n° 38 soit également
modifié afin que l'expert mandaté pour
l'évaluation des projets d'infrastructure soit choisi
uniquement par la caisse; que le gouvernement modifie la Loi de la Caisse de dépôt et de
placement du Québec
pour réserver un minimum de sièges aux épargnants; que le gouvernement et la caisse prennent des engagements de transparence réelle envers les
citoyens du Québec dans le cadre de la mise en oeuvre de leur entente commerciale qui les lie et
de même que dans le cadre de chaque projet d'infrastructure dont la
caisse assurera la réalisation et l'exploitation; que le gouvernement dévoile la liste de l'ensemble des projets qui
seront soumis à l'analyse de la
caisse; enfin, que le gouvernement modifie la
Loi sur le RREGOP pour accorder deux
sièges supplémentaires aux personnes retraitées au sein du Comité de
retraite du RREGOP. Merci.
Président (M. Bernier) : Merci. Merci, M. Côté, de votre présentation. Nous allons maintenant
passer aux échanges avec les membres
de la commission, nous allons aller du côté ministériel. M. le ministre, la parole est à vous.
Leitão : Très bien,
M. le Président, merci
beaucoup. Alors, messieurs,
MM. Côté, Gagnon et Provost, merci, merci d'être là. Merci de nous faire part de vos préoccupations concernant ce projet de loi et donc concernant l'initiative que le gouvernement
a prise avec la Caisse de dépôt.
Peut-être
quelques remarques de ma part. Bien
sûr qu'il y a des risques, nous
sommes conscients, la caisse est consciente
qu'il y a beaucoup de risques dans ce nouveau modèle d'affaires,
mais, en fin de compte, les risques sont partout. Et un des grands risques qu'il y a,
c'est que justement le portefeuille actuel de titres à revenu fixe, d'obligations
gouvernementales, procure un rendement qui n'est pas satisfaisant, hein, étant donné le niveau actuel des taux d'intérêt, et probablement une situation qui va durer encore plusieurs
années. Donc, il y a aussi un risque que la caisse essaie de gérer qui est le risque de rendements beaucoup
trop bas, étant donné... d'une bonne
partie de son portefeuille, du portefeuille de
titres à revenu fixe, et donc il fallait compenser ce risque-là en investissant dans une autre classe d'actif. Alors,
cette autre classe d'actif, les
investissements en infrastructures, leur procure un rendement régulier, un
rendement satisfaisant à très long
terme; comporte des risques, bien sûr, mais je pense que, le risque de ne pas
le faire, il faut aussi le prendre en considération.
L'autre
chose, peut-être quelques précisions que j'aimerais aussi apporter, c'est que
d'abord ce modèle d'affaires s'applique
seulement à des nouveaux projets, de nouvelles infrastructures. Donc, non, ce
n'est pas vrai que la caisse va prendre
une
partie du métro de Montréal, non, non, il faut que ce soit une nouvelle
infrastructure qui puisse se classifier. Donc, ce n'est pas une
infrastructure existante.
Deuxièmement, de l'autre côté de la chose,
éventuellement, oui, la caisse a la possibilité de vendre cet actif à l'avenir, peut-être, mais c'est aussi balisé, et
le gouvernement aura toujours un droit de premier regard, si jamais on arrive
à une telle situation.
Pour ce qui
est du choix des projets, ça, c'est un choix, donc, de politique publique,
alors c'est le gouvernement qui
choisit, qui décide. Nous, étant donné nos objectifs de politique publique,
nous pensons que tel, et tel, et tel projet pourraient être intéressants. Là, on approche la caisse. Eux, ils vont
l'examiner, ils vont l'étudier. Et, à la fin de la journée, s'ils ne trouvent pas dans ces projets-là un
rendement commercial satisfaisant, étant donné le risque, ils sont entièrement
libres de dire : Non, non, ça ne nous
intéresse pas, et ça s'arrête là, ça
ne se fait pas. Donc, l'indépendance de la caisse, je pense
qu'elle est bien protégée, parce que nous aussi, évidemment, nous ne sommes pas
intéressés à ce que la caisse se lance dans des projets qui ne seraient
pas viables commercialement. Alors donc, à notre avis, c'est intéressant.
Maintenant, ce que j'ai trouvé d'intéressant
aussi dans plusieurs de vos propositions, c'est la notion, donc, de transparence. Vous souhaiteriez que ce processus
soit plus clair, plus transparent. Concrètement, qu'est-ce que vous avez
à nous suggérer pour améliorer la transparence du processus?
Le Président (M. Bernier) :
M. Côté.
M. Côté
(Pierre-Paul) : Alors,
premièrement, quand... Là, on sait qu'il y a deux projets qui avaient été
annoncés au mois de janvier. Est-ce
qu'il y en a eu d'autres, projets qui ont été suscités par le gouvernement
versus la caisse? Alors, ce serait
intéressant — ça, c'en
est une,
partie de transparence — de voir s'il y a d'autres projets qui ont
été soumis ou qui vont être soumis et, quand ça va arriver dans la
réalisation, qu'on soit aussi plus informés comment ça se réalise, comment ça va se mettre en oeuvre, et aussi quand il
va y avoir l'exploitation, aussi, parce que, quand on fait un petit peu référence, là, à des sociétés d'État comme
Hydro-Québec, Loto-Québec — il me semble qu'il y en a une autre — en tout cas, ils ont toujours à dire que c'est dans leur sphère, ils ne peuvent
pas trop en parler. Alors, c'est pour ça que nous autres, on voudrait, au moins dans ce dossier-là, qu'on
n'agisse pas... parce qu'on voit souvent qu'Hydro-Québec... malheureusement
on les nomme souvent, mais souventefois
aussi ils ont à être nommés, parce qu'il y a beaucoup de choses qui ne se
disent pas, il y a des non-dits mais
qu'on peut percevoir, et on ne voudrait pas que ce modèle-là se transporte à ce
dossier-là, là, avec la caisse Infra.
Le Président (M. Bernier) : ...public,
c'est la Société des alcools, M. Côté.
M. Côté (Pierre-Paul) : Ah! O.K.
Le Président (M. Bernier) :
Oui, M. le ministre.
Leitão : Très bien. Non, je comprends bien vos préoccupations, mais,
comme je vous ai dit, c'est une question de politique publique, donc c'est vraiment le gouvernement, donc le
Conseil des ministres, en tant que gouvernement, donc représentants élus de la population. Selon notre interprétation de
ce qui constitue l'intérêt public, nous allons suggérer ou proposer des