Institutions — 10 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-09-10
Quebec — Committees
Le projet de loi n° 28 institue donc un tout
nouveau Code de procédure civile, qui contient 777 articles — 7-7-7, j'espère que ça va nous porter
chance, M. le Président — 777
articles, au lieu de 1 221 articles.
Je ne
reprendrai pas évidemment chacun de ces articles, M. le Président, mais
permettez-moi rapidement de vousnommer
quelques-unes des principales mesures qui sont incluses dans ces 777 articles.
D'abord, le projet de nouveau codeprévoit
faire passer de 7 000 $ à 15 000 $ la somme pouvant être
réclamée lors de poursuites devant la division des petites créances de la Cour du
Québec. Rappelons qu'à ce tribunal le citoyen peut se représenter seul et les
règles de procédurey sont
simplifiées. C'est un moyen concret d'accroître l'accès à la justice. Le
montant actuel ne correspond plus au coût de plusieurs biens de
consommation.
projet de nouveau code entend aussi encourager les présentations orales plutôt
qu'écrites dans les dossiers neprésentant
pas de complexité particulière. Cela permettra une meilleure efficacité, une
plus grande rapidité des procédureset
éventuellement une diminution des coûts. Ensuite, pour s'assurer que les actes
de procédure et les moyens de preuveutilisés
devant nos tribunaux soient proportionnés à la nature et à la complexité de l'affaire
en cause, les parties devrontdésormais
déposer à la cour un protocole de l'instance où elles feront notamment mention
du nombre d'interrogatoires préalables qu'elles ont l'intention de tenir
et du nombre d'experts auxquels elles pensent recourir. Les juges pourront
intervenir s'ils estiment que les avocats ou une
partie prévoient des
procédures inutilement longues ou inutilement coûteuses.
Nous favoriserons par ailleurs le recours à l'expertise commune entre les
parties, une autre avenue pour limiterles
coûts et les délais. En effet, les frais d'expertise et la durée des procès
sont les deux principaux obstacles associés à l'accès à la justice
civile.
Nous
proposons aussi, dans ce nouveau code, que les juges puissent très clairement
tenir compte des abus de procédure commis par une
partie ou des retards indus
causés par la négligence ou l'attitude d'une
partie lorsque vient le
moment de répartir les frais de justice à la fin du procès.
droit de la famille, nous entendons aussi permettre aux conjoints de fait en
situation de rupture de joindre àleur
demande portant sur la garde des enfants celle concernant le partage de leur
patrimoine ou l'octroi d'une pensionalimentaire.
Un tel regroupement des demandes permettrait d'éviter qu'ils n'aient à
présenter plusieurs demandes pour régler l'ensemble des questions qui
les opposent.
matière de protection de la jeunesse, nous ferons de même en proposant que la
Cour du Québec, dans une affaireoù
elle est déjà saisie d'une demande en matière d'adoption ou de protection de la
jeunesse, puisse aussi se prononcer, aubesoin, sur la garde de l'enfant ou sur l'exercice de l'autorité
parentale à son égard. La justice doit être au service des familles en
limitant leurs démarches auprès des tribunaux.
Pour faciliter les
démarches des citoyens et viser un meilleur équilibre des forces entre les
parties, nous proposons aussi de modifier
les règles pour qu'un consommateur, un assuré, un salarié ou un débiteur
hypothécaire puisseprésenter son
dossier ou se défendre dans le district de son domicile. Le nouveau code
encouragera également le recoursaux
nouvelles technologies. Je pense notamment aux interrogatoires faits par
visioconférence pour limiter les déplacements et ainsi réduire les
coûts.
nouveau code rappelle également… et j'aurais peut-être dû le dire, M. le
Président, dès le départ… le nouveau code rappelle qu'il existe d'autres
voies que les tribunaux pour régler un litige, ce qu'on appelle les modes
privés de prévention et de règlement des
différends, comme la négociation, la médiation, la conciliation et l'arbitrage,
qui existentdepuis longtemps, qui
sont fort efficaces et porteurs de règlement de litige dans des délais courts,
à un coût moindre et dans un climat bien plus serein. Le nouveau code
favorise ces modes et encourage les parties à y recourir.
projet de loi prévoit également le passage du seuil minimum… du seuil maximum
de la Cour du Québec de70 000 $
à 85 000 $. De plus, innovation importante de ce projet de loi, ce
montant sera désormais ajusté périodiquement par le seul effet de la
loi.
suis donc, M. le Président, très fier de ce projet de loi, qui, je le répète,
témoigne du travail et de la réflexion denombreux acteurs de la communauté juridique et de la société civile. Ce
nouveau Code de procédure civile rendra notresystème de justice, et tout particulièrement notre système de justice
civile, moins lourd, moins coûteux et davantage axé sur les nouveaux
modes de résolution des conflits.
Cette
semaine, M. le Président, d'ici vendredi, nous tiendrons les dernières
consultations sur ce projet de loi. La semaine prochaine, nous devrions
être en mesure d'adopter le principe du projet de loi, ce qu'on appelait
autrefois la deuxième lecture, puis nous
amorcerons l'étude
article par
article des 830 articles du projet de loi, les
777 du code plusune cinquantaine d'articles
relatifs aux dispositions modificatrices. Donc, nous amorcerons, une fois l'adoption
du principe franchie, l'étude
article par article, dernière étape avant
l'adoption finale du nouveau Code de procédure civile.
mon sens, M. le Président, la seule
façon d'adopter 830 articles en quelques mois, compte
tenu de l'agenda déjà chargé de la commission que vous
présidez, sera de former une sous-commission de la Commission des institutions,
quelques députés, quatre, cinq, six, qui
pourront se réunir même lorsque la Commission des institutions siégera surd'autres projets de loi ou d'autres mandats.
C'est d'ailleurs ainsi que mon prédécesseur Gil Rémillard et sa vis-à-vis
de l'opposition officielle à l'époque, Mme Louise Harel, ont procédé, au
début des années 90, pour adopter les quelque 3 000 articles
du Code civil, et ce, en quelques mois. En fait, M. le Président, cette
sous-commission, formée le27 août
1991, s'est réunie à 33 reprises durant l'automne 1991 et a été en mesure
de faire son rapport le 13 décembre à l'Assemblée nationale. C'est donc dire que cette sous-commission a
réussi, en 33 séances, à adopter plus de 3 000 articles. Si
nous voulons, M. le Président, tous et toutes, doter la communauté juridique,
doter le Québec d'un nouveau Code de procédure
civile d'ici quelques mois, je pense que nous n'avons pas le choix que de créer
une telle sous-commission. Sansune
telle sous-commission, il n'y aura vraisemblablement pas de nouveau Code de
procédure civile avant plusieurs années.
Je remercie
sincèrement tous ceux qui ont fait avancer et qui feront avancer ce projet de
loi. Je remercie également mes prédécesseurs au poste de ministre de la Justice
qui ont contribué, eux aussi, aux travaux au cours des dernières années. L'heure est maintenant à l'action. Je sollicite la
collaboration de tous les parlementaires pour l'adoptionrapide de ce projet de loi, rapide voulant
dire, M. le Président, quand même, donnons-nous quelques mois, mais, d'ici, jele souhaite, M. le Président, l'adoption, je
le souhaite, d'ici… au cours des prochains mois. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci, M. le ministre, pour ces remarques préliminaires. Alors,
maintenant,j'invite le porte-parole
de l'opposition officielle en matière de Justice et député de Fabre à faire ses
remarques préliminaires pour une durée maximale de six minutes
environ.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. Alors, à mon tour
de vous saluer, saluer les collègues, M. le ministre,l'équipe du ministère, collègues de l'opposition…
deuxième opposition, et tout le personnel de l'Assemblée qui nous assiste
et qui nous aide.
reprend nos travaux et on reprend nos travaux avec un dossier important. Le
ministre soulignait, en terminantses
remarques préliminaires, le travail qui avait été fait par les ministres de la
Justice qui précédaient : effectivement, les collègues Kathleen
Weil, la ministre… la députée Notre-Dame-de-Grâce…
Ouimet
(Fabre) : Oui, c'est ça, là.
Président (M. Ferland) : Pour les gens qui nous écoutent :
si vous ne savez pas, on nomme toujours par le
titre et non le nom du
parlementaire ou de la… Allez-y, M. le député de Fabre.
Ouimet
(Fabre) : Moment d'égarement passager, je ne le referai plus.
Le Président (M.
Ferland) : Mais on ne vous en tiendra pas rigueur, on va…
Ouimet
(Fabre) : Donc, la ministre Weil…
Des voix :
Ha, ha, ha!
Une voix :
…le député de Fabre…
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y.
Ouimet (Fabre) : …la députée de Notre-Dame-de-Grâce et le
député de Saint-Laurent, qui ont précédé leministre actuel et qui ont porté ce ballon. Et, dans le fond… et ça
illustre… Et j'en profite pour souligner l'engagementde l'opposition officielle à travailler sur ce
projet, parce que c'est un projet qui transcende… il n'y a pas d'enjeu
politiqueau sens où on l'entend
habituellement des débats politiques entre le parti gouvernemental et les
oppositions officielles; jesuis
convaincu que la deuxième opposition se ralliera à ce point de vue. Nous
travaillons tous pour que ce projet, qui viseà améliorer l'accès à la justice au Québec, à nous donner une justice
digne de ce nom, qui soit véritablement au servicede nos concitoyens, qui soit accessible, qu'elle
soit rapide, qu'elle soit la moins coûteuse possible, bref, les objectifs que
le ministre a soulignés, qui étaient les objectifs que poursuivaient les
ministres de la Justice qui l'ont précédé.
Alors, dans ce
sens-là, M. le Président, je réitère l'engagement de l'opposition officielle à
ce que ce projet de réforme ambitieux mais nécessaire voie le jour. J'ai eu l'occasion,
moi, de travailler à ce projet-là, qui roule depuis quelques années déjà, alors que j'occupais des fonctions au Barreau du
Québec. Ça fait longtemps, ça fait de nombreusesannées que ça chemine, et effectivement je sens qu'on approche du moment
où on pourra effectivement adopter notre nouveau Code de procédure
civile.
Ceci dit, je pense qu'il
est important de souligner, et je le dis, je l'ai dit depuis le
4 septembre 2012 et je vais continuer de le faire à chacune de mes
interventions, rappeler l'importance de travailler… de respecter un rythme qui témoigne de l'importance du travail qu'on fait, c'est-à-dire adopter des lois,
et une loi aussi fondamentale que le Codede procédure civile mérite que nous prenions
le soin de bien faire notre travail de parlementaires. Il faut travailler avec
diligence, mais il ne faut pas se précipiter.
sur cette question-là… Et je voudrais simplement faire écho à la demande qui a
déjà été formulée de la partdu
ministre de procéder en sous-commission. À notre point de vue, il y a un
élément important que le travail soit bienfait… Et la question posée par le ministre mérite d'être explorée, mais,
de mon point de vue, il est important égalementque le travail sur le Code de procédure civile se fasse en commission.
Et le choix que le gouvernement fait, dans les projetsde loi, témoigne de l'importance qu'il accorde à
la justice, à savoir : Est-ce qu'il préfère prioriser d'autres
projets de loiplutôt que la justice?
C'est également une question de choix. Dans notre système parlementaire, c'est
le gouvernementqui a le privilège de
déterminer les priorités législatives, et, dans ce sens-là, je retournerais la
balle au ministre en disant :Ses
collègues du Conseil des ministres et le leader du gouvernement ont un rôle à
jouer dans le choix des travaux que la Commission des institutions aura
à entreprendre au cours des prochains mois.
Ceci dit — et je
ne veux pas retarder indûment nos travaux parce que nous avons des invités qu'on
a hâte d'entendre — on a beaucoup de travail, mais je tenais à
réitérer notre engagement à ce que nous procédions à l'étude decet important projet de loi pour la société québécoise,
et je pense que nous allons rendre service à la société lorsque nous
aurons enfin modernisé notre Code de procédure civile. Merci, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député de Fabre.
Alors, maintenant, j'invite la porte-parole dudeuxième groupe d'opposition, Mme la députée de Montmorency, à faire ses
remarques préliminaires, en vous mentionnant que vous disposez d'un
temps maximal de trois minutes et quelques. À vous la parole.
St-Laurent :
Mes collègues ont tout dit. Merci, M. le Président. Je tiens, aujourd'hui, à
saluer M. le ministre,mes collègues
députés, le personnel, mais je tiens particulièrement à remercier les groupes
de leur présence et ceux quinous ont
soumis des mémoires. Je souhaite également souligner l'apport de tous les
citoyens qui nous ont fait parvenir desmémoires et des propositions de bonification — parce que rien n'est parfait — soyez assurés que nous allons les prendre
toutes en considération. Il s'agit d'un projet de loi majeur dont les
changements affecteront toutes nos relations entre citoyens. Ce projet de loi
nous tient à coeur puisque nous croyons qu'il favorisera un meilleur accès à la
justice. Les Québécoises et les Québécois ont véritablement besoin d'un système
de justice accessible et compréhensible.
Et j'aimerais ajouter, M. le Président, j'aimerais
ajouter que je suis heureuse aujourd'hui, je suis fortement heureuse, même, de revenir auprès de mes
collègues. Parce que, mon collègue le ministre de la Justice et d'ailleurs moncollègue de l'opposition en matière de
justice, je tiens à vous dire que j'ai pu apprécier le sens du travail, j'ai pu
apprécierla collaboration lors de d'autres
projets de loi, d'ailleurs, où nous avons travaillé ensemble. Il faut que les
gens, ici, pensentque ce ne sont pas
des partis politiques séparés qui travaillent sur un projet de loi, mais c'est
une collaboration entre lespartis
politiques. Et je tiens à réitérer cette ferveur de mes collègues à collaborer
à ces projets de loi; ce qui a été fait dansle passé est garant de l'avenir. Et je remercie mes collègues, je
remercie tout le monde, et je suis contente de travailler avec eux
aujourd'hui. Je suis sûre qu'on aboutira à une entente extraordinaire.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, Mme la députée de
Montmorency, et votre bonheur est partagé entretous les membres de cette commission. Effectivement, nous avons une très
belle commission et une belle collaboration. Nous entamons, là… Aujourd'hui, nous sommes en consultations, mais après
l'étude détaillée d'un projet de loi qui estmajeur, qui est important. Donc, cette collaboration-là est nécessaire.
Et, depuis les tout débuts, en tout cas, que je présidecette commission-là… mais c'est les membres qui
font en sorte que cette commission-là va bien, hein, je ne suis que le
guide, et, à l'occasion, je me permets aussi de vous ramener à l'ordre quand c'est
nécessaire.
Alors,
maintenant, sans plus tarder, je souhaite la bienvenue à nos invités. Pour les
fins d'enregistrement, je vousdemanderais
de bien vouloir vous présenter, avec votre titre, et je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pourvotre
exposé. Par la suite, nous procéderons à la période d'échange avec les membres
de la commission. Alors, la parole
est à vous, en vous nommant à tour de rôle pour les fins d'enregistrement.
M. Perron
(Christian) : Bonjour. Mon
nom est Christian Perron. Je suis propriétaire, gestionnaire et président
de l'Association des propriétaires d'appartements du Grand Montréal.
M. Fortin
(Luc) : Mon nom est Luc
Fortin, vice-président de l'Association des propriétaires d'appartements
du Grand Montréal; président, Gestion immobilière Progim inc. et
propriétaire immobilier, personnellement.
Gauthier (Martin) : Je suis
Martin Gauthier, le directeur général d'un complexe immobilier à Pointe-Claire, Québec,
et puis je suis un membre actif de l'APAGM.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci. Alors, je pense que la parole est à M. Perron, ou… Allez-y.
M. Perron
(Christian) : Alors, merci beaucoup, M. le Président. M. le
ministre, Mmes et MM. les députés,
nousdésirons vous remercier sincèrement de l'occasion que vous nous offrez de nous prononcer sur le projet de loi n° 28, et, incidemment,
vous faire part de nos commentaires en tant que propriétaires et gestionnaires
d'immeubles locatifs.
Je me présente : Christian Perron, président
du conseil d'administration de l'association des propriétaires du Grand Montréal. Personnellement, je suis
propriétaire de plusieurs plex à Montréal. Ma spécialité est d'acheter desimmeubles en difficulté, surtout mal
entretenus, de procéder à la rénovation et de combler les taux de vacance
souventimputables à ce genre d'immeubles.
Je suis accompagné de M. Fortin, qui a déjà l'expérience d'une commission
parlementaire.M. Fortin, tout en
étant propriétaire et gestionnaire de la firme Progim, qui gère un parc de plus
de 1 000 logements et500 000 pieds
carrés de commercial… M. Fortin interviendra spécifiquement sur le projet de
loi et nos commentaires à cet effet. Monsieur est vice-président de
notre association.
Enfin, à ma
droite, M. Gauthier est directeur général du complexe Southwest One à
Pointe-Claire. C'est un complexe
immobilier de plus de 700 logements, situés en face de l'hôpital Lakeshore,
pour ceux qui connaissent l'Ouest-de-l'Île. Aujourd'hui, il vient à
titre d'administrateur.
Avant de
laisser la parole à M. Fortin, permettez-moi quelques mots sur notre
association. Il va sans dire que nous sommes un organisme sans but
lucratif. Nous existons depuis 2001 et nous représentons quelque 400
propriétaires ou gestionnaires, pour un parc locatif
approximatif de 100 000 logements. Je tiens à vous mentionner que nous
sommes inscrits à
titre d'organisme de lobby
d'organisation. Nos revendications, que vous trouverez en
annexe I de notre
mémoire,sont très connues de l'ensemble
des intervenants de l'immobilier locatif, notamment le président de la Régie du
logement.
que je désire vous mentionner est le fait que l'APAGM a toujours eu pour
objectif d'améliorer les relationsentre
les propriétaires et les locataires. Pour nous, l'immobilier locatif, c'est
avant tout une industrie très importante par le fait qu'elle fournit un
bien essentiel. On a l'habitude de mentionner que le système québécois qui
régit les relations propriétaires-locataires
est relativement bon. On s'associe justement aux principes qui ont été élaborés
par le gouvernementdu Parti
québécois dans le cadre de la publication du livre blanc de 1978 sur les
relations propriétaires-locataires. Par contre, notre système a besoin d'une
mise à jour, notamment afin de donner le goût à de nombreux Québécois d'investir
en immobilier locatif en rétablissant les rapports de force entre les
propriétaires et les locataires.
Nous
aurions dû intervenir sur ce projet de
loi lors des audiences consacrées à l'avant-projet de loi àl'automne 2012, mais nous
étions alors en négociation de fusion avec la CORPIQ. N'ayant pu rencontrer
les exigences exigées par le comité de fusion, le regroupement des
forces des associations de propriétaires devra malheureusement attendre. Nous vous remercions donc de l'opportunité
que vous nous offrez d'intervenir sur cette importante réforme. Et
je laisse la parole à mon confrère M. Fortin.
M. Fortin (Luc) : Alors, merci, M. Perron. Merci, M. le Président, et merci aux membres de la commission de nous écouter ce matin, d'autant qu'on
ne sera probablement pas l'intervention la plus intéressante de la journée ici,
à l'Assemblée nationale.
Alors,
l'approche qu'on va adopter aujourd'hui
va être plutôt une approche de praticiens. Nous ne sommes pasavocats, aucun de nous trois ici, nous sommes des
praticiens qui vivons et travaillons tous les jours avec des locataires,qui devront donc appliquer les lois, à se
présenter à la Régie du logement, et c'est ce qui fait, je crois, la force de
notreassociation puisqu'on peut vous
transmettre le vécu réel des gens. Et j'ai remarqué, au cours des
10 dernières années alorsque j'ai
travaillé à différents projets de loi avec le gouvernement au sein de mon
association, qu'il y avait effectivement unedifférence entre ce que les législateurs ou les gens qui avaient de
bonnes intentions voulaient préparer des projets de loi et ce qui était
dans la vraie vie, après ça, ce qu'on devait vivre et ce que ça donnait comme
effets réels sur le terrain.
Alors,
dès le départ, je vous dirai que l'intervention d'aujourd'hui sur les 777 articles de loi se limitera
principalement à l'article 692, qui est l'essentiel de notre discussion aujourd'hui… notre intervention, plutôt. Alors, pour nous, toute mesurequi aura pour effet de prolonger un délai dans l'exécution
d'une décision de la Régie du logement — et
ici on parle d'unprocessus d'expulsion d'un locataire qui ne paie pas son
loyer — a des conséquences importantes, et, je
pourrais mêmedire, à certains
niveaux, dramatiques. Une procédure d'expulsion est une démarche qui est
exceptionnelle et qui est extrême,dans
la mesure où personne ne veut faire ça, personne ne cherche à aller jusqu'à l'expulsion
d'un locataire. Malheureusement, des situations nous obligent, à
certains niveaux, de procéder pour défendre nos droits et protéger aussi nos
actifs.
faut savoir que l'immobilier est particulier. On peut considérer qu'il existe
trois biens essentiels sur le marché.Un
des membres de notre association m'expliquait : se nourrir est un bien
essentiel, s'habiller est un bien essentiel et seloger est un bien essentiel. Maintenant, lorsque
des gens sont en difficulté, ils veulent aller au supermarché pour obtenirun bien pour manger : s'ils ne paient
pas, ils ne peuvent pas l'obtenir. Même chose s'ils veulent aller s'habiller :
ils ne peuvent pas se rendre au Wal-Mart prendre quelque chose sans
payer, ils n'ont pas le choix. Alors, ils doivent payer. Malheureusement, dans les logements, lorsqu'une
personne est en difficulté et ne paie pas son loyer, ce n'est plus unequestion de droit, ça devient une question de
droit pour elle; le propriétaire n'a pas le choix de maintenir le locataire
dansles lieux. Et, aujourd'hui, je
voudrais vous expliquer à quel point les démarches qui existent déjà
présentement dans la loisont
suffisantes pour permettre au locataire de pouvoir prendre des actions et
minimiser les dommages si on devait aller jusqu'à l'expulsion.
Même la Régie du
logement considère que le non-paiement de loyer est un élément important. La
Régie du logement scinde les demandes des
propriétaires en deux, à l'effet qu'il y a des causes civiles pour des dommages
et intérêts et qu'il y a des causes
en non-paiement de loyer qui sont entendues sur un rôle prioritaire, disons à l'intérieur
d'un délaide 30 jours. Je suis un
peu optimiste, mais, disons, entre 30 et 60 jours, normalement, on est
entendus. La régie comprendque, pour
un propriétaire immobilier, le paiement du loyer est un bien… c'est-à-dire une
nécessité afin qu'il soit lui-mêmeen
mesure de respecter ses obligations vis-à-vis de son créancier et les
institutions auxquelles il a des engagements : les municipalités,
et autres.
toute démarche, actuellement… Ce que je voudrais vous faire comprendre, c'est
qu'il existe des démarches.Et nous
avons prévu, dans notre mémoire… On vous a présenté, à la page 8… Je vous
invite à prendre un peu de tempspour
regarder ça : on a monté un tableau pour vous montrer quels sont les
processus qui mènent ultimement à l'expulsiond'un locataire. Alors, rapidement, je vous expliquerais que le loyer
étant payable le premier jour du mois, ce qui constituepour nous l'étape 1, généralement pas de problème.
Techniquement, un propriétaire pourrait, le deuxième jour du mois,lorsqu'un locataire est en défaut de paiement,
faire une demande pour inscrire le locataire en non-paiement de loyer pourun paiement en retard puisque le loyer est
stipulé pour être dû payable le premier jour du mois. Le propriétaire devra
doncinscrire une demande à la Régie
du logement, débourser des frais de 70 $ pour cette demande. C'est très
rare qu'on voit cette action-là utilisée. Le deuxième jour du mois, la
plupart des propriétaires ne feront pas ça.
contre, l'étape 3, où le locataire est en défaut pour plus de trois semaines,
on est rendus le 23 e jour du mois, là onpeut inscrire le locataire pour non-paiement du
loyer, demander la résiliation du bail. Et, encore là, on fait une demande,
on paie les frais de 70 $ à la régie. Vous comprendrez que déjà, à cette
étape-ci, le locataire est en retard d'un mois.
fois cette étape déposée à la Régie du logement, il y a une seconde étape qui
suit, c'est la correspondance. Ilfaut
envoyer l'avis au locataire, par huissier ou par courrier recommandé, afin qu'il
soit au courant que le propriétaire a intenté
une action contre lui. Encore là, c'est le propriétaire qui assume les frais d'huissier
ou de courrier recommandé.
Cinquième
étape, la régie avise les parties d'une date à venir pour l'audience.
Sixième
étape, il y a une audience qui, normalement, a lieu à l'intérieur d'un délai de
30 à 60 jours. Et là, lors del'audience,
très souvent cette audience-là est très courte puisqu'il y a un non-paiement de
loyer et très souvent le locataire n'est pas présent à l'audience. Il le
sait, il n'est pas là, il n'a pas payé, il ne se présente même pas.
Alors,
vous comprendrez qu'au moment de l'audience on avait déjà un mois de retard au
moment où on inscritla cause, la
régie nous a convoqués presque 30 à 60 jours plus tard, on est rendus à
pratiquement trois mois de loyer impayé. La cause est entendue par la
régie, prise en délibéré et, par la suite, le régisseur prend une décision.
Le Président (M.
Ferland) : …juste vous mentionner : il vous reste à peu
près 30 secondes.
M. Fortin
(Luc) : 30 secondes?
Le Président (M.
Ferland) : Pour le 10 minutes.
M. Fortin
(Luc) : Bon! O.K., c'est beau. Je vais couper court.
Le Président (M.
Ferland) : Si vous voulez une conclusion, oui.
M. Fortin (Luc) : Ce que je voudrais vous laisser… D'abord, comprendre, c'est qu'on
aura… techniquement,on
va se retrouver facilement dans des situations où les propriétaires
sont en dette de cinq… le locataire est
en dette de cinq ou six mois au moment où on est prêts à procéder à une
expulsion.
L'article
692, actuellement… En fait, avant de tomber là-dedans, je voudrais
vous expliquer aussi qu'il y a beaucoupde petits propriétaires immobiliers au Québec.
200 000 propriétaires de plex,
on s'entend, ou de propriétaires d'unifamilialesqui, lorsqu'ils sont dans la situation que le locataire en haut ne paie
pas le loyer, on a 50 % d'inoccupation dans l'immeuble,50 % de revenu privé. Il n'y a aucun
propriétaire immobilier qui est en mesure de vivre avec cette situation-là, et
c'estpourquoi c'est une urgence d'agir.
Le seul recours qu'un propriétaire peut diminuer ses frais ou ses pertes, c'est
d'agir rapidement lorsqu'il y a non-paiement du loyer.
L'article
692, tel qu'il est présenté aujourd'hui, demande de passer le délai d'exécution
de deux jours à cinq jours.Or, vous
comprendrez que, deux jours à cinq jours, là, si on prend les cinq jours d'ouverts
de la semaine, je rajoute lesdeux de
la fin de semaine avant, la fin de semaine après on est à neuf jours. Si je
devais exécuter mes décisions le 21 oule
22 du mois, je me retrouve nécessairement à traverser le mois suivant, et j'ajoute
encore un mois à ma perte, ce qui est dramatique pour un propriétaire
immobilier.
L'autre alinéa
concerne la résidence familiale. Dans cet alinéa-là, il est discuté qu'on
pourrait permettre à un individu qui aurait
une résidence familiale déclarée au logement d'accorder un délai supplémentaire
de 30 jours encore, puisqu'il s'agit d'une famille, et peut-être même
jusqu'à trois mois supplémentaires dans le cas de préjudice grave. Mais on s'entend qu'une expulsion, c'est un
préjudice grave, et là on s'interroge à savoir, lorsque la décision de la Régiedu logement aura été rendue, comment va se
faire cette démarche-là. Comment va… la Cour du Québec venir entérinerun appel d'une première décision qui résiliait le
bail pour venir dire que c'est une résidence principale? Là, la famille quiva venir nous dire que les enfants vont
devoir quitter leur école parce que le 30 juin arrive, et on ne pourra pas
procéderà l'expulsion en raison que les
élèves doivent finir leurs classes, ça ne devrait pas avoir cours, ça, parce
que, là, tout ceque vous allez
faire, c'est que vous allez rajouter les pertes des locataires et, dans
plusieurs familles, principalement deplex,
des personnes retraitées ou de jeunes familles, vous allez les mettre en
difficulté, gravement, avec un
article semblable.
dernièrement, j'aimerais mentionner que le dernier alinéa, qui traite de la …
concernant le délai : «Aucuneexpulsion
[ne devra avoir] lieu pendant la période du 20 décembre au 10 janvier.» Notre
association s'interroge quant à cet
article-là ou à cet alinéa-là. Non seulement en empêchant les expulsions entre
le 20 et le 10 janvier, vous ajoutez à nouveau encore 30 jours de perte
de loyer au propriétaire, vous créez un précédent religieux. Mais là je ne veux
pas tomber dans l'extravagance, mais c'est
le cas, c'est la fête catholique, on parle de la naissance du Christ, là, à
Noël, là,et c'est ça qu'on fête. Qu'est-ce
qu'on va faire quand ça va être Pâques? Ça va venir à un enjeu? Ou qu'est-ce qu'on
va faire quand ça va être le ramadan, ou le Nouvel An chinois? Il va
falloir qu'on aille modifier nos lois encore pour les Chinois? Alors, moi, je pense que ça n'a absolument pas sa place dans le
code actuellement. Déjà que, comme propriétairesimmobiliers, on n'agit pas de la sorte; c'est très, très rare que ces
expulsions-là se font. On n'est pas capables de trouverdu monde, on est en vacances, nous autres mêmes,
mais je pense que là vous mettez le doigt dans un engrenage qui risque d'être
drôlement dangereux. Alors, pour ce qui est de notre intervention au niveau de
l'article 692, on vous demande simplement de retirer l'article 692 puis de le
réintégrer à l'article 565 tel qu'il était précédemment.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. Fortin. Alors, même
si vous avez mis le pied dans la charte desvaleurs, cette commission aura le plaisir bientôt, j'imagine, de
recevoir en commission et d'analyser ce projet de loi là.Alors, merci beaucoup. Alors, vous voyez, je vous
ai laissé quand même un long 30 secondes, dû à la générosité du député
de Fabre, qui m'a fait un signe de la main, en disant…
Alors, M. le
ministre, la parole, du côté du gouvernement, est à vous.
St-Arnaud : Oui, M. le Président. Bien, d'abord, merci. Merci,
M. Perron, M. Fortin, M. Gauthier. C'est unmémoire, effectivement, qui est très pointu, qui porte sur un seul
article, mais, pour l'avoir lu, votre mémoire, il est trèsprécis et il est très clair. Je pense que vous
exposez très clairement la problématique telle que vous la voyez, et votre
tableau aux pages… effectivement, aux pages 8, 9 et 10, là, les 14
étapes, c'est on ne peut plus clair.
Alors, je vais vous dire,
j'ai peu de questions à vous poser. Je pense que votre mémoire parle par
lui-même. Lesdifférents éléments que
vous mentionnez vont être évalués, le cinq jours... Quant au 30 jours, vous l'avez
bien expliqué, on va se pencher sur la problématique que vous soulevez.
Cela dit, si jamais le délai de 30 jours était
retiré, est-ce que vous ne pensez pas qu'il faudrait, à tout le moins,quand même garder la disposition qui est au
troisième alinéa de 692, qui donne quand même au tribunal la possibilité de
prolonger le délai d'au plus trois mois pour laisser quand même une certaine
appréciation lorsqu'on parle de cas où l'expulsion causerait un préjudice
grave… en fait, c'est les termes qui sont employés à 692.
Alors,
dans la mesure où on retirerait le 30 jours et qu'on se rendrait à vos
arguments que vous faites valoir d'unefaçon
très claire à votre mémoire, est-ce
qu'il n'y aurait pas lieu néanmoins
de garder cette possibilité pour le tribunal,à la demande du débiteur, de prolonger le délai d'au plus
trois mois lorsque l'expulsion lui causerait un préjudice grave?Je sais que vous abordez cette question
dans votre mémoire, vous nous parlez du préjudice grave, mais j'aimerais
vous entendre là-dessus.
M. Fortin (Luc) : O.K. Alors, j'aimerais tout simplement… Moi, j'aimerais
répondre à votre interrogation. C'estque
déjà, comme je vous l'ai laissé savoir, avant de se rendre à une procédure d'expulsion
d'un locataire, on est déjà à plusde
quatre mois et cinq mois de loyer impayé. Ça veut dire que toutes les
démarches qui ont été prises pour en arriver à unarrangement avec le locataire n'ont pas donné de résultat.
Dans 99 % des cas, je vous
dirais, lorsqu'il y a un défaut de paiement ou il y a un problème de
paiement, on arrive à parler avec les gens, on obtient une résiliation du bail
ou on s'entend entre les parties pour mettre
fin au bail, et on permet à la famille, par exemple, de retourner chez d'autres
membresd'une famille ou de se
trouver un autre logement un peu moins cher afin de minimiser nos pertes. Ça
nous coûte très cher d'expulser un locataire; ce n'est pas le but.
Mais,
le cas extrême où on doit se rendre à l'expulsion, vous comprendrez que, dans
la plus forte… la très forteproportion
des cas, c'est des fraudeurs. On est rendus avec des fraudeurs. Les gens ne
nous parlent pas, ne répondent pas,refusent
d'ouvrir la porte, refusent même d'ouvrir aux huissiers lorsqu'on se présente à la porte, et ce sont ces
gens-là quivont utiliser cet
article
de loi là pour se protéger, en disant que c'est une résidence familiale et que,
là, on ne sait pas quels vont être les critères que la cour va retenir
comme étant extrêmes. Mais, ce que je vous disais tout à l'heure, avec les enfants qui n'ont pas fini l'école, moi, je
considère que c'est assez grave, ça, si on est obligés d'expulser quelqu'un quiva devoir changer d'école de quartier avant
la fin de son secondaire V, par exemple, bien, ça pourrait mettre en péril ses
études. Or, ça va ouvrir la porte à toutes sortes d'abus et d'exagérations. Il
n'y a pas de plainte, à mon avis… à la connaissance
et à l'expérience que j'ai, je n'ai jamais vu une situation dans le cas où il y
a eu des abus avec des expulsionsde
locataires. On ne voit pas ça. Les propriétaires restent des propriétaires, des
gens sensibles, humains là-dedans, nonseulement,
mais, en plus, c'est eux qui absorbent les frais de trois mois supplémentaires
après quatre mois déjà impayés.
je vous ajouterais, en plus, un autre élément : malheureusement, lorsqu'on
voit des situations de non-paiementde
loyer et d'entêtement, là, de locataires qui refusent de répondre, là, c'est
aussi les locataires qui nous créent des problèmes. C'est aussi les gens qui ont des problèmes d'alcool
et des grands problèmes dans les appartements. On voit ça très souvent. Alors, lorsqu'on est rendus à l'expulsion d'un
locataire, je vous fais grâce de l'état des logements dans lesquels on les
récupère; ils ne sont jamais en excellent état.
M. Perron
(Christian) : Si vous me permettez de répondre?
M. St-Arnaud :
Oui. Allez-y, M. Perron.
M. Perron (Christian) : Le trois mois que vous proposez va nous créer un
gros préjudice. Nos immeubles ontbesoin
d'entretien. Lorsqu'on arrive en expulsion, on est déjà… Luc est assez… Dans le
meilleur des cas, c'est cinq à six mois avant qu'on puisse expulser quelqu'un.
Ce n'est pas une surprise, il a eu le temps d'arranger ses choses avantde partir. Ça, c'est dans le meilleur des cas,
cinq à six mois. Ça peut se rallonger à sept, huit, neuf mois, si la personnefait une rétracte, avant qu'on soit capables
d'aller en forclos. On s'entend, là, qu'avant de rentrer dans mon logement il
va avoir payé son premier mois, parce que c'est obligatoire à la
signature du bail. Par la suite, un locataire fraudeur est capable, avant d'être expulsé, d'avoir un neuf
mois gratuit, et vous allez lui rajouter un trois mois par-dessus tout? Il vaavoir dépassé le terme du bail puis il
aurait encore le droit de rester un mois chez nous, là, gratuit, là. Il va
falloir que je lui fasse un crédit, si ça continue.
personnes qui restent chez nous longtemps sans payer sont nécessairement des
fraudeurs, causent des problèmesà
mes autres locataires. Et vous n'êtes pas sans savoir que, dans la loi, la
Régie du logement m'oblige à tenir les lieuxpaisibles. Or, quand j'ai une personne comme ça qui ne paie pas, elle
est rarement paisible. Et, sur le terrain, je n'ai jamaisvu une petite famille se faire expulser.
Habituellement, lorsque c'est une famille qui est en problème, on arrive à
jaser,on arrive à trouver des
solutions; je n'ai jamais expulsé une famille. Les personnes qui ont des
familles… Je suis pèrede quatre
enfants, j'ai eu des problèmes, moi-même, puis je me suis arrangé pour les
régler. Alors, sur le terrain, des familles, très, très rare qu'on expulse ça. Puis, comme père de famille,
j'aurais de la misère à expulser une famille. S'ils sont capables de jaser avec moi, de m'entretenir de
leurs problèmes, on est un
petit peu plus ouverts. Mais faire un
projet de loi puis leur donner
un trois mois d'office, ça va être très, très pénalisant pour les propriétaires.
Gauthier (Martin) : J'aimerais
rajouter quelque chose. Comme on a
mentionné dans le mémoire, c'est qu'au départ, lorsqu'on signe un locataire,
on n'a pas de garantie, on ne peut pas demander un dépôt. Et souvent aussi,
dans notre cas, le
locataire n'a pas de créance. Donc, il
y a très peu de choses qui sont
saisissables au moment de régler une dette. Donc, lorsqu'on se retrouve
avec trois mois de loyer non payés qui pourraient possiblement être
extensionnés à six mois, O.K.,
dans un cas de, par exemple, un préjudice grave qui, actuellement, n'est pas défini, là, qui pourrait être un cas exceptionnel, pour nous,
c'est très risqué, surtout pour un propriétaire de plex qui aurait, par exemple, un duplex puisqui aurait à
rembourser son hypothèque à tous les
mois. Six mois de non-paiement non recouvrable, parce que, dans lecas d'un préjudice grave, on pourrait présumer que
la personne n'a pas les sous pour rembourser six mois de loyer, vousvoyez le type de préjudice que ça cause à l'ensemble
des propriétaires immobiliers dans le but de protéger possiblement un
cas exceptionnel.
St-Arnaud : Peut-être
une dernière question, M. le
Président, si vous le permettez. Ce
qui me frappe, là, dans ce 692, c'est que son contenu, si je ne m'abuse,
se retrouvait dans l'avant-projet de loi qui avait été déposé par mon prédécesseur, le député de Saint-Laurent, et, en fait, est dans le décor depuis déjà plusieurs
années, cette proposition-là demodifier
le Code de procédure civile de
cette façon-là. Est-ce que
vous aviez fait des représentations à
cet effet-là au cours des dernières années?
M. Perron
(Christian) : Écoutez, c'est
comme j'ai dit dans mon préambule : on aurait bien voulu, on a été
menottés par la CORPIQ. Puisque la fusion ne s'est pas faite, on ne
pouvait venir… ne pas venir vous voir. On était en pleine transaction de
fusion, l'APAGM ne pouvait pas venir. Par contre, maintenant que c'est réglé,
qu'on reste vivants, les deux associations, on peut librement venir vous parler
de ce projet de loi là.
St-Arnaud : Écoutez, M. le Président, ça va compléter mes
questions. Je vais seulement conclure, avant delaisser la parole aux députés de l'opposition, en vous disant que j'ai
trouvé votre mémoire très clair et que le tableau des pages 8 et
suivantes est très parlant. Je pense que... et je l'ai lu avec intérêt. Et, sur
chacun des... en fait, les quelques éléments
que vous mentionnez sur l'article 692, sachez... D'abord, merci d'être venus
nous partager cela, d'avoir pris lapeine
de rédiger le mémoire, et sachez que les gens qui m'accompagnent et moi, nous
allons regarder avec attention les propositions que vous nous faites.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci, M. le ministre. Alors, vous voyez, toutes les représentations
sont importantes, hein, pour la suite des
travaux, lorsque nous entamerons l'étude détaillée
article par article. Donc, l'exercice
que nous faisons, là, aujourd'hui et dans les prochains jours, est important
pour les parlementaires.
Alors,
maintenant, je cède la parole au représentant de l'opposition officielle, le
député de Fabre. À vous la parole.
Ouimet (Fabre) : Merci,
M. le Président. Alors, à mon tour de vous saluer, et moi aussi, je tiens à
vous remercier. Il n'y a
pas beaucoup de points additionnels, là, il y en a
un seul sur lequel je vais revenir. Mais merci pourle mémoire, et effectivement on va en tenir
compte, là. Ce n'est pas parce qu'on…
Et je m'adresse à vous, mais également à tous ceux qui viennent en commission
parlementaire : ce n'est pas parce qu'on ne pose pas des questions lors de
la consultation qu'on ne tient pas compte
des représentations qui sont contenues dans le mémoire, parce que ça... on
procèdeà l'analyse des mémoires, et
ça, ça nous suit, et on s'en inspire lors de la suite de nos travaux. Alors
donc, merci de vous déplacer, on apprécie énormément. Tous les membres
de la commission, je sais, partagent ces remerciements.
Vous avez
mentionné tantôt que vous n'étiez pas avocat, et c'est... On n'a pas besoin d'entendre
que des avocats. On les aime bien, mais on a besoin... il faut entendre
les notaires aussi. Mais, non, blague à part, je voudrais... Il faut dissiper cette idée qu'à l'Assemblée nationale on
n'a besoin que d'entendre des professionnels. Au contraire, on a besoin,lorsqu'on procède à l'examen d'un projet de
loi, on a besoin d'entendre ceux qui ont quelque chose à dire de pertinent
relativement aux travaux, qu'ils soient des professionnels ou pas. Et vous
représentez un segment important de notre économie, notre population, et votre
message est important, et donc merci de l'avoir livré.
Ceci étant
dit, j'aimerais juste revenir sur une question qui n'est pas directement reliée
avec le projet de loi n° 28,mais
qui est une question d'accès à la justice, et vous l'abordez dans votre
mémoire, c'est la question de la représentationpar avocat et la problématique de l'interprétation, l'article 73, si je
me rappelle bien, de la
Loi sur la Régie du logement.Vous pouvez peut-être élaborer, pour le bénéfice de
ceux qui nous écoutent et qui n'ont pas lu votre mémoire, la
problématique que vous avez identifiée, s'il vous plaît.
M. Fortin
(Luc) : Je vous remercie de
me permettre de commenter sur le sujet puisqu'effectivement M. le ministreparlait qu'il cherchait à établir des
méthodes pour rendre le système d'accès à la justice moins lourd et moins
coûteux.
Je peux vous
dire que, nous, comme propriétaires immobiliers, c'est exactement le contraire
qu'on vit présentementdepuis
quelques années. En fait, depuis les arrêts Guerrero et Appartements Tours
Stanley, ce qui s'est produit, c'est queles gestionnaires immobiliers, maintenant, doivent se faire représenter
par avocat. Pendant 25 ans, comme propriétaire, comme gestionnaire d'immeubles, je me présentais moi-même à la Régie du
logement avec mon dossier de non-paiement ou peu importe et j'expliquais la cause devant le régisseur. Aujourd'hui,
n'étant pas avocat, je n'ai plus le droit de représenter mon client.
Alors, pour une cause en non-paiement de loyer sur un mois de loyer,
500 $, 600 $ par mois, lorsque je
me présente, je dois absolument avoir recours à un avocat qui se présente à
côté de moi. Alors, la cause duretrois
à cinq minutes. C'est moi qui ai la preuve, c'est moi qui ai le bail, j'ai l'avis
de signification. Tout ce que je fais, c'est que je lui remets les documents, qu'il les donne au régisseur et qu'il
me les redonne. Et moi, je paie 300 $, 400 $ pourune cause... puis je ne paie pas cher, là, vous me
direz, mais ça me coûte 300 $, 400 $ pour défendre un non-paiement
de loyer auprès d'un locataire. Alors c'est extrême. Pour un propriétaire
immobilier, c'est excessif.
autre des gros enjeux qu'on a actuellement, c'est les recours en dommages et
intérêts une fois que le locatairea
quitté. Un recours en dommages et intérêts, puisqu'il s'agit d'une Cour de
petites créances, et donc d'un montant de7 000 $ et moins, on parle de quelques mois de loyer, on peut
parler d'une peinture, de réparations dans un appartement, comme
propriétaire… Moi, je suis un gestionnaire d'immeubles. Alors, on comprend que,
comme gestionnaire, mon propriétaire, il est
à sa retraite, il n'a aucune idée de ce qui se passe dans l'immeuble ou,
parfois, il a un contrat à l'étrangerpuis
il m'a confié la gestion de son immeuble. Lorsque j'ai des dommages à réclamer
pour du dommages et intérêts, lestrois,
quatre mois qui ont suivi le départ du locataire ou les dommages qu'il a créés
dans l'appartement, il m'est impossiblede me présenter à la cour pour demander le remboursement de mes dommages
parce que je ne suis pas avocat. Il n'a pas le droit d'être représenté
par avocat, et donc ma cause tombe.
La seule
façon dont on y arrive, c'est de détourner la loi en faisant une réclamation
pour 7 000 $... 7 001 $ paravocat. Et, au moment de l'audience, avec présence de l'avocat, on
ramène notre réclamation à 1 000 $ pour expliquerce qu'on veut, ce qui est un non-sens, en fait,
mais c'est parce que la loi ne tient pas compte de la réalité des propriétaires
immobiliers. Ce qui serait intéressant, ça serait de revenir à l'ancienne
méthode, permettre aux gestionnaires ou à un mandataire de venir représenter le
propriétaire pour débattre de cette question-là. Et ça pourrait se traiter
facilement.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, M. le député de Fabre…
Ouimet (Fabre) :
Oui. En fait…
Le Président (M. Ferland) :
…d'autres questions, oui?
Ouimet
(Fabre) : Oui, s'il vous plaît, juste pour terminer, là. Et
vous allez comprendre que je ne suis pas un spécialiste de la
Loi sur la
Régie du logement. Peut-être que la députée de Montmorency va nous en
apprendre, et au ministre de la Justice et à
moi, qui sommes des criminalistes de formation et d'expérience, mais... On a
des qualités, mais on n'a pas celle de connaître la
Loi sur la Régie du
logement. En tout cas, je ne veux pas parler pour le ministre.
J'allais
dire, donc, que la problématique, si j'ai bien compris vos représentations,
porte spécifiquement sur la...Il
faudrait amender la
Loi sur la Régie du logement pour corriger cette anomalie
de la représentation devant la Régie dulogement. La problématique que vous identifiez, c'est en lien avec
des recours devant la Régie du logement. À une certaineépoque, vous pouviez agir au nom de votre
propriétaire, là, votre mandataire, mais, depuis les arrêts de la Cour du
Québec que vous avez mentionnés, ce n'est plus possible.
M. Fortin
(Luc) : Exactement. Et ça a
eu beaucoup d'incidence puisque, maintenant, vous comprendrez qu'il est difficile
d'avoir un avocat au moment de l'audience. Souvent, il y a des remises qui sont
faites à cause de ça. Je suis persuadé que,
pour les gens à la Régie du logement, ça alourdit les dossiers. Et, pour nous,
ça augmente nos coûts, et donc l'accessibilité à une justice.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le
Président. Ça complète les questions. Je vous remercie encore une fois d'être
venus. Je ne sais pas si mon collègue...
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. le député de Fabre. M. le député de Robert-Baldwin, allez-y.
Marsan :
Oui, rapidement, et je vous remercie. Et je vous salue, M. le Président, salue
M. le ministre, tous ceux qui... tous les gens qui vous accompagnent,
les collègues également. Merci de votre présentation ce matin.
Je voudrais
simplement vous demander — vous avez des parcs immobiliers importants, 700 logements, je
pense,1 000 et peut-être
plus : Ça arrive-tu souvent, ça, qu'il y a des mauvais payeurs? C'est
quoi, le pourcentage? Il y a-tu un barème, là, habituel que... 3 %,
4 %, 5 %, ça, c'est des mauvais payeurs, ou moins que ça?
M. Fortin (Luc) : Est-ce qu'on
entend mauvais payeur ou expulsion, là?
Marsan : Expulsion,
excusez. Merci de...
M. Fortin (Luc) : Expulsion, c'est relativement rare. Moi, je peux
vous donner mon expérience personnelle, là, j'en ai trois ou quatre par année, à peu près, expulsions, où je dois me
rendre à l'expulsion avec l'huissier à la porte, là, pour sortir l'individu.
Marsan : Sur un
parc de 1 000...
M. Fortin (Luc) : Sur 1 000,
oui.
Marsan : Alors, c'est
la même chose, j'imagine...
M. Fortin (Luc) : Ça se règle
toujours avant dans 99 % des cas.
Marsan : …pour les
gens qui sont dans l'Ouest-de-l'Île comme moi. Alors, c'est la même chose
aussi...
Gauthier (Martin) : Pour l'Ouest-de-l'Île,
je peux me permettre de commenter. C'est certain que ça dépenddu secteur où on habite, là. Il y a certains
secteurs où il y a plus de cas. Dans mon cas à moi, à Pointe-Claire, pour
presque700 logements, on se
retrouve avec environ 44 demandes à la régie pour non-paiement par année,
donc c'est à peu près5 % ou 6 %
de mes locataires que j'amène en non-paiement. Et puis je procède, en moyenne,
là, depuis trois ou quatre ans, à deux
évictions pour non-paiement par année. Donc, moins de 0,3 % de mes
locataires sont évincés. Parce que ce n'estpas un résultat souhaitable, en fin de compte, on se retrouve dans une
situation où le locataire n'a pas de créance, parfois,on n'a absolument aucun moyen de recouvrer notre
argent. Donc, on tente toujours d'en arriver à une entente, mais onse sert de la procédure d'éviction pour en arriver
là. Puis, comme vous voyez, avec 5 % ou 6 % de cas, c'est très
fréquent.
Marsan : Je vous
remercie. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. le député. Maintenant, la parole est à la députée de Montmorency.
St-Laurent : Merci, M. le Président. Je tiens à vous
remercier particulièrement. Évidemment, les deux questions...vous avez répondu aux deux questions que j'avais
concernant l'accès sans avocat et... Mais quelque chose qui m'impressionne :
vous m'avez parlé, tout à l'heure, de 200 000... vous représentez
200 000 petits propriétaires. C'est bien le chiffre?
M. Perron
(Christian) : Nous
représentons environ 400 propriétaires, pour un parc locatif de
100 000 à Montréal et aux alentours.
M. Perron
(Christian) : Oui. Les
200 000... Excusez, les 200 000 qu'on parlait, c'est des
propriétaires de plex. Alors, ce n'est pas nécessairement nos membres,
mais, au Québec, c'est 200 000 propriétaires de petits ensembles
immobiliers, là. Tu sais, ça peut être des deux logements.
St-Laurent : Ce
qui m'impressionne... Et je ne suis pas toujours... D'ailleurs, tout le monde
est pour la défense des plus faibles, on le
sait, mais ce qui m'impressionne beaucoup puis que j'ai remarqué souvent, c'est
qu'il y a des propriétaires qui ne sont pas des gens riches, qui sont
des travailleurs, qui essaient de s'acheter un édifice avec deux, trois logements dedans pour se faire un
petit fonds de retraite — on parle souvent de fonds de retraite d'ailleurs — pourleurs vieux jours et qui paient d'ailleurs leurs mensualités grâce au
loyer. C'est bien la situation dans beaucoup de cas, n'est-ce pas?
M. Perron
(Christian) : Effectivement.
Écoutez, ça fait relativement plusieurs années que je suis dans le domaine,mon père avait des logements. Si je retourne
20 ans en arrière, c'était beaucoup plus facile pour un propriétaire d'acquérir
des ensembles immobiliers, plex, duplex.
Aujourd'hui, on voit de plus en plus de propriétaires qui perdent leurs
immeubles.Les logements... Le coût
du loyer est tellement bas, les rénovations coûtent tellement cher que de
perdre des mois de loyer nous fait excessivement mal.
Alors, j'ai
vu, dans les trois dernières années, quatre propriétaires m'appeler en pleurs,
dire : Je vais les perdre,mes
immeubles, et je ne suis plus capable de les entretenir. Alors, quand on a un
mauvais payeur qui nous empêche d'avoir les revenus nécessaires pour maintenir l'immeuble en bon état au
bénéfice des bons locataires, ça nous crée, à nous, un très grand
préjudice.
M. Perron
(Christian) : Et au bénéfice
des mauvais. Et les lois que l'on adopte ici font en sorte que ça devientde plus en plus dur. Si je parle de la loi
n° 122, d'accord, pour les édifices en hauteur, ça va nous coûter
excessivement cher en ingénieurs, en réparation. Alors, quand on a un
mauvais payeur comme ça, ça nous crée un réel préjudice.
Effectivement,
comme vous dites, c'est beaucoup des petits propriétaires, des jeunes familles
qui achètent desduplex et que,
lorsque le loyer ne rentre pas, c'est eux qui ont le préjudice, c'est leurs
enfants à eux. Ce ne sont pas despersonnes
riches et millionnaires comme la légende urbaine le laisse présager. Des
gestionnaires de 1 000 logements oude 700 unités comme ça, ce sont des espèces rares, ce n'est pas la
majorité des propriétaires. Alors, il faut s'enlever de la tête que le
propriétaire, parce qu'il met sa griffe en dessous d'un acte notarié, devient
millionnaire. Non, non. Il a une créance, d'accord? Il a une hypothèque à
payer, là.
Et, aujourd'hui, lorsqu'on achète un immeuble,
oubliez, là, la rentabilité. La rentabilité va venir juste dans six, sept ou huit ans. Il faut mettre de l'argent
de notre poche aujourd'hui. Les immeubles, effectivement, sont chers, et larentabilité n'y est pas. C'est un fonds de
retraite qu'on se bâtit sur 20, 25 ans. Lorsque l'immeuble va être payé
dans 25 ans,parfait, mais d'ici
là, d'ici à ce qu'on arrive là, l'immeuble nous pèse. Et, quand on perd des
loyers, ça peut mettre en danger
la santé financière d'un propriétaire, effectivement.
St-Laurent : Donc, dans
le fond, ce que vous nous demandez, c'est
de maintenir un équilibre dans les droitsde chacun. Et je m'explique : par exemple, vous allez à la Régie du logement faire une réclamation. Ça vous prend unavocat avec le coût de l'avocat, tandis que le locataire, bien souvent,
ne se présente pas ou se présente, même il y en a qui se présentent sans
avocat, on le voit à plusieurs reprises, ou un avocat de l'aide juridique. Il
faut se le dire.
Ça fait qu'à ce moment-là vous voulez quand même…
Parce qu'il y a beaucoup de petits
propriétaires. Comme vous dites, ce n'est
pas des gens très riches. Souvent, c'est des travailleurs, des pères de famille
qui essaient de se ramasserun petit
quelque chose. À ce moment-là, ce que vous demandez, c'est que les droits
soient équilibrés entre les deux pour laprotection des propriétaires et la protection du locataire, à ce
moment-là, afin que les petits propriétaires ne perdent pas ce qu'ils
essaient de ramasser. Dans le fond, c'est ça?
M. Perron (Christian) : Effectivement, si cette loi, si ce règlement...
loi passe, on va avoir une disproportiondes forces. Pour l'instant, ça semble banal. Dans les faits, des
locataires qui demandent une résidence familiale, on envoit… Moi, je n'en ai jamais vu. Alors, si ce
règlement-là passe, les mauvais payeurs, les fraudeurs… Ce ne sera pas lesfamilles qui vont s'en prévaloir, parce qu'on
s'entend que les familles, les lois, ils ne les connaissent pas réellement. Lefraudeur, lui, va la connaître, la loi, il
va s'en prévaloir. Et ça va être quoi, un domicile familial? Si je suis divorcé
puis que j'ai peut-être un enfant
quelque part, est-ce que mon un et demi devient une résidence familiale?
Probablement. Sil'enfant vient une
fois par mois ou par année, il va pouvoir se prévaloir de cette façon d'extentionner
son non-paiement de loyer jusqu'à l'extinction du bail de 12 mois.
Alors,
c'est très préjudiciable pour nous, ce règlement-là. Il va nous faire mal.
Comme vous dites, un père de famille qui essaie de bâtir quelque chose,
et que le revenu en haut, il ne rentre pas, puis que la personne attaque sa
qualité de vie — parce que, quand il y a un non-paiement de
loyer, ça attaque ta qualité de vie et celle de tes enfants — ça ne sera pas beau à voir, là, dans
ce genre de duplex.
St-Laurent : Donc, finalement, ça signifie que des gens de
revenu moyen ne pourront plus acquérir de maisons à appartements ou de
duplex.
M. Fortin (Luc) : Ça pourrait même aller jusqu'à vouloir dire que les gens qui ont fait
les efforts pour acquérir un duplex pourraient aller jusqu'à le perdre
puisqu'ils ne sont pas en mesure de faire le paiement hypothécaire.
vais vous donner un cas, si M. le ministre de la Justice est intéressé. Je vis
actuellement une situation où unde
mes clients a un unifamilial à Saint-Hubert, a loué, à 1 500 $, un
logement. Ça fait trois mois qu'il ne paie pas les loyers.Il multiplie les recours pour demander le dépôt du
loyer en alléguant toutes sortes de choses. Je peux vous dire que c'estvrai, là, je veux dire, je pourrais vous dire qu'il
a tort, là, je vais prêcher pour ma paroisse, mais actuellement il le fait.Là, mon propriétaire vit à Edmonton, c'est
un Québécois qui vit à Edmonton, et lui, il n'en dort plus, là. Il y a trois
moisd'impayés, il a ses hypothèques,
il a ses taxes à payer, il doit faire l'entretien, puis le locataire, en plus,
appelle la villepour donner des avis
de non-conformité. Il a démoli le garde-corps en arrière du balcon puis il
appelle la ville pour direque le
garde-corps doit être réparé. C'est à nos frais, on n'a pas le choix, on doit
le faire parce que la ville nous donneun
avis de 30 jours, mais il ne paie pas son loyer pendant ce temps-là. Bien, lui,
là, il ne dort pas en ce moment, là. C'estqui, la
partie forte là-dedans? C'est le propriétaire ou c'est le
locataire? Alors, il n'y a pas de justice à ce moment-là. On est
incapables de faire rien, on attend que la cause soit entendue. Ça fait trois
mois que je n'ai pas encore ma date d'audience en ce moment parce que c'est une
cause réunie avec un dépôt. C'est très long.
St-Laurent :
Je vous remercie.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci, merci, Mme la députée de Montmorency.
Alors, je vous remercie également pour votre présentation.
Je vais suspendre les
travaux quelques minutes et demander… J'invite, en même temps, le prochain
groupe à prendre place, là.
(Suspension de la séance à 11 h 19)
Le Président (M.
Ferland) : Alors, nous reprenons les travaux de la commission.
Alors, je vous souhaite la bienvenue. Et je
vous rappelle que vous disposez d'un temps de 10 minutes pour votre exposé. Et
je vous invite à vous présenter à tour de rôle pour les fins d'enregistrement.
Alors, la parole est à vous.
M. Lambert (Jean) : Merci, M. le Président. J'ai compris à tour de rôle. Alors donc, je vais
demander à chacun de se présenter. Alors, voilà, peut-être en commençant
à votre gauche et à ma droite. Me Guay.
M. Guay (Gérard) : Gérard Guay. Je suis notaire. Je suis président du comité de législation de la Chambre des notaires du Québec et spécialiste en droit des
inaptes et des successions.
Amabili-Rivet (Raphaël) : Raphaël
Amabili-Rivet, notaire, juriste à la recherche à la Chambre des notaires
du Québec.
Boudreault (Marc) : Marc
Boudreault. Je suis notaire et professeur
retraité de l'Université d'Ottawa, spécialisé en droit des sûretés,
essentiellement.
M. Lambert
(Jean) : Alors, M. le
Président, Jean Lambert, président de la Chambre des notaires, qui, d'abord,vous remercie de l'accueil habituel, qui est
toujours bien apprécié. Le mot est également vrai aussi pour le Notaire
général, etle ministre, et les
parlementaires qui l'accompagnent. Nous
avons une petite heure à nous, alors… Certains en ont un peu plus, mais, bon, on va vivre avec.
Alors, on va
se concentrer, dans notre présentation, M. le Président, sur certains
éléments. Je pense que le
députéde Fabre a
bien mentionné qu'il y avait des travaux après. Alors, on sait que, donc,
notre mémoire sera pris
en considération comme toujours.
Alors, rapidement,
évidemment, vous… on parle dans des… les éléments… Donc,
nous n'élaborerons pas dansla
présentation la notification,
signification par notaire. Consignation des sommes, plutôt que ça soit dans une
société de fiducie, il me semble que ça serait plus facile pour les
justiciables de pouvoir déposer également dans un compte en fidéicommis d'un notaire. Conseiller aux majeurs,
on pense que c'est à conserver et améliorer. Et, en matière d'adoption,que les grands-parents soient mis dans le coup.
Alors donc, ce ne sont pas des sujets qu'on vous traitera ce matin, mais
on trouvait intéressant de les soulever.
Alors, la
Chambre des notaires salue cette réforme, qui favorise l'accessibilité à la
justice à moindre coût et aveccélérité.
Et on reconnaît là l'enseigne de la déjudiciarisation, un mot qui était
difficile à prononcer à la fin des années 80, mais, aujourd'hui, tout le
monde s'y est habitué.
Alors, je m'arrête
tout d'abord avec quelques remarques sur la convention de médiation. La chambre
aimeraitque le législateur lui
accorde une force obligatoire. On a de la difficulté à imaginer pourquoi
certains juges ne donnentpas, ne
reconnaissent pas cette clause, alors que les autres clauses du même contrat
font loi entre les parties et sont soumisesà l'interprétation du tribunal. Alors, on pense que, si on veut vraiment
déjudiciariser, et que les parties ont inclus une clausede médiation dans leur contrat, eh bien, qu'elle
soit traitée sur le même pied, de la même façon que l'on traite la clause
d'arbitrage. Alors, on pense que tout le monde sera gagnant à cet égard.
Par ailleurs,
au niveau des procédures non contentieuses, on salue encore ici… je ne sais pas
s'il faut qualifierça d'audacieux;
il y a 25 ans, ça l'aurait été à tout le moins… mais qu'enfin qu'on comprenne
que le non-contentieux,c'est du
non-litigieux, donc il y a absence de litige. Ça ouvre, à ce moment-là, l'accès
à un règlement qui est beaucoupplus
convivial pour les parties, pour les intéressés, pour les justiciables. Alors,
évidemment, on revient avec la présentationau tribunal de la demande conjointe en divorce et séparation de corps
sur projet d'accord et on aimerait que cette procédure,qui s'inscrit très bien dans la définition du
non-litigieux, mais qu'elle soit nommément inscrite à l'article 303, questiond'éviter les ambiguïtés. Alors, évidemment,
j'aime rappeler qu'un couple peut se procurer, dans une papeterie, le kit, sivous me passez l'expression, pour pouvoir
présenter lui-même au tribunal sa demande conjointe. On comprend bien qu'iln'y a pas de litige, il n'y a pas de
différend, les gens s'entendent. Alors, on ne comprend pas pourquoi qu'il faut
quand même, à ce moment-là, conserver à l'affaire un caractère
judiciaire jusqu'au bout.
L'effet immédiat des procédures devant notaire,
je vais demander au notaire Guay de vous présenter ce volet.
M. Guay
(Gérard) : Donc, bonjour.
Effectivement, l'article 320 du nouveau projet de loi n° 28 propose qu'enmatière de tutelle de mineur, régime de
protection et mandat de protection, il y ait envoi d'un avis suivi, par la
suite, d'undélai pour que les gens
puissent intervenir. Donc, cet
article prévoit donc maintenant que la
nomination du tuteur au mineurou la
constitution d'un conseil de tutelle de mineur prend effet dès le dépôt du
procès-verbal. Nous saluons cette améliorationpour le citoyen puisque ça va permettre que ces démarches judiciaires
puissent se faire plus rapidement et dans l'intérêt des citoyens.
Mais nous soumettons que le procès-verbal dans
les autres matières, soit régime de protection et mandat de protection, homologuer le mandat… on sait que, pour
qu'un mandat de protection d'une personne inapte soit en vigueur, il faut qu'une prise d'effet soit
effectuée, qu'on obtienne des évaluations médicales, psychosociales et qu'un processus
judiciaire soit fait dans le pur respect des volontés de la personne. Ceci
étant dit, une fois que le notaire a faitces démarches selon le processus devant notaire, le procès-verbal devrait également
avoir un effet immédiat sans nécessiter de jugement, ce que prévoit toujours
le projet de loi.
Donc, je
rappelle que le notaire, lorsqu'il utilise la procédure devant notaire, a un rôle d'officier
de justice commele greffier, pas une
fonction de procureur. La demande est présentée au notaire, c'est bien dit au
code, à l'article 312. Enplus,
je rappelle que le notaire doit être accrédité pour agir en ces matières. Il a
subi une formation spéciale pour bien traiterce genre de dossiers. Donc, il est logique, dans cette perspective où le
notaire a recueilli toute la preuve,
hein, il a rencontré la famille dans le cas d'ouverture du régime de
protection, il a rencontré la personne inapte dans le cas d'homologation demandat, d'ouverture de régime. Il a aussi
fait les… vérifié que ce soient les bons documents et tout. Une fois qu'il a
tout ça,qu'il fait son procès-verbal, qui est, je vous dirais, toujours confirmé par le tribunal, bien, on se retrouve à
devoir attendrele délai d'obtenir un
jugement, alors que ce procès-verbal, dans
le fond, il démontre bien si le
mandat peut être homologué ou le régime ouvert.
Donc, l'effet
immédiat dans les autres matières… parce
que c'est les deux seules matières où
l'effet immédiatn'existe toujours
pas, l'ouverture d'un régime de protection et l'homologation d'un mandat de
protection… a permis…L'effet, donc,
immédiat, dans les autres matières — je
rappelle que les deux nouvelles matières qu'on vient de parler, dutribunal et du conseil de tutelle, je rappelle
aussi vérification de testament, la
vérification, depuis déjà 1999 — ça a permisd'accélérer les délais de traitement des dossiers pour les citoyens. On
rappelle la dissolution de l'union civile qui peutse faire par acte notarié maintenant depuis déjà…
depuis 2002. Donc, c'est donc toutes des mesures qui ont permis de diminuer les coûts pour les citoyens et d'améliorer la
rapidité pour que le citoyen… que les personnes inaptes soient protégées, car c'est là le noeud de l'histoire. C'est
qu'on a une personne inapte qui a besoin de protection, qui n'en a pas
et qui… Et donc il est nécessaire que ce soit le plus tôt possible pour qu'elle
puisse être bien représentée.
Donc,
l'effet immédiat, ça s'inscrit dans l'objectif global de ce nouveau code, c'est-à-dire
assurer la qualité et la célérité de la justice civile. Merci.
M. Lambert (Jean) : Alors, M. le Président, je vais demander au Pr
Marc Boudreault d'enchaîner avec insaisissabilité et vente sous contrôle
de justice et vente en justice.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, à vous la parole.
M. Boudreault (Marc) : Alors, les principales recommandations de la
Chambre des notaires en matière d'insaisissabilitéet de vente sous contrôle de justice sont les
suivantes. Alors, en rapport avec l'insaisissabilité, on constate d'abord que
les biens qui sont donnés ou légués à
titre d'aliments cessent de bénéficier d'une
insaisissabilité automatique. Alors, à l'heure
actuelle, quand vous avez un donateur ou un testateur qui donne ou lègue des
biens à
titre d'aliments,automatiquement,
les biens sont insaisissables. Avec l'article 696, cette automaticité
disparaît. Alors, ça veut dire que ça devient maintenant assujetti à
certaines conditions, celles qui sont prévues à 26.49 et à 696, alinéa deux.
Alors, ça, évidemment, ça aura des
répercussions très importantes pour la pratique notariale, ça vient changer les
choses. Ça metaussi des
répercussions pour tous les gens qui ont déjà été dans les testaments en
prévoyant que des biens seraient donnés à
titre d'aliments.
On constate aussi
que… ou plutôt on suggère, toujours en rapport avec l'article 696, d'étendre la
stipulation d'insaisissabilité aux fruits et revenus ainsi qu'aux biens acquis
en emploi. À l'heure actuelle, il y a discussion à ce niveau-là. Puis, la même chose pour la possibilité d'inscrire une stipulation
d'insaisissabilité sur une universalité de biens, il y a discussion
également.
Pour la vente sous
contrôle de justice, alors il y a cinq points. Alors, premièrement, on suggère
de retirer la possibilité que la vente des
biens saisis puisse se faire par le débiteur saisi. Alors, on considère que le
débiteur saisi estnettement en
conflit d'intérêts pour procéder à cette vente-là, puis surtout — et c'est peut-être le plus important, puis
onpourra revenir avec les
questions — ça met l'acquéreur
d'un bien dans une situation très difficile, parce que maintenantl'acquéreur devra, chaque fois qu'il acquiert un
bien, se poser la question : Est-ce que c'est un bien saisi? Alors, on
voit qu'il n'y a pas de mesures de protection qui ont été prises à ce niveau-là.
suggère également de régler le problème de terminologie que crée l'article 742
en regroupant sous un mêmevocable,
soit le terme «vente sous contrôle de justice»… alors, ce qu'on appelle aujourd'hui
la vente en justice et le recourshypothécaire de vente pour son contrôle de
justice. Alors, on considère que cette terminologie-là, ce regroupement-là crée
de la confusion. Alors, il serait préférable d'adopter une autre position à ce
niveau-là.
Maintenant,
en lien avec l'article 766, la Chambre
des notaires recommande que soit
retiré le droit de préférenceaccordé
aux créanciers saisissant. Alors, ça, cet article-là, on prévoit — puis ça, c'est nouveau — qu'un créancier saisissant a
maintenant le droit d'être payé par préférence aux créanciers prioritaires et
hypothécaires pour 10 % des sommes à distribuer.
Alors, ça, c'est une stipulation ou une modification qui fait en sorte que l'ensemble
des emprunteurs au Québecvont se
retrouver avec la possibilité, quand ils vont vouloir hypothéquer leurs biens,
ils vont se retrouver avec une capacitéde financement qui va être moindre de 10 %. Alors, automatiquement,
tous les emprunteurs aujourd'hui vont se rendrecompte que, quand ils vont s'adresser à une institution financière, ils
ne pourront pas obtenir la même valeur de financementqu'auparavant. Pas besoin de vous dire que ça va
entraîner aussi des effets, des effets que le créancier ordinaire va s'immiscerdans des procédures où, normalement, il ne
devrait pas être là, puis ça va aussi inciter les créanciers à mettre le
débiteur en faillite. Alors, ça a des effets très importants pour la
pratique.
Concernant
l'exigence que la vente se fasse à un prix commercialement raisonnable, on
constate que le projet de loiprévoit
qu'une vente doit se faire à un prix plancher correspondant à 50 % de l'évaluation
municipale. On considère quece prix
plancher là est trop bas, qu'il serait peut-être préférable, pour cette
question-là, d'adopter les critères de l'évaluation du bien par un expert, tout comme le fait l'article
307 du projet de loi n° 28, alors que ça soit exactement la même règle
qui soit appliquée dans les deux cas et que ça soit obligatoire.
Finalement,
sur la question de la vente d'un immeuble par l'huissier, la Chambre des
notaires tient à rappeler quel'huissier
n'est pas un juriste, que le gouvernement devrait respecter le système
professionnel qu'il a lui-même mis enplace,
c'est-à-dire que des gestes juridiques ne puissent être posés que par un
juriste, notaire ou avocat. Alors, la Chambredes notaires recommande que, en matière de vente immobilière, l'huissier
doive nécessairement être assisté par un notaire.Le notaire est un expert, c'est un officier de
justice, c'est un auxiliaire de justice, puis il est tenu à des devoirs d'impartialité
et d'indépendance professionnelle.
suggère également que, pour toute autre question d'ordre juridique, l'huissier
doive être assisté par un juriste pouvant être un avocat ou un notaire.
Merci, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, merci beaucoup. Alors,
maintenant, la parole est au ministre de la Justice pour les échanges.
M. le ministre.
St-Arnaud : Oui, M. le Président, merci. Bien, d'abord, merci,
Me Lambert, merci aux personnes qui vous accompagnent.
Moi, je suis
toujours impressionné, M. le Président, par la qualité des interventions et des
mémoires qui nous sontprésentés par
la Chambre des notaires. Encore une fois, c'est un mémoire volumineux qui nous
a été transmis. Je peux vous dire qu'on a commencé à le parcourir... en fait, on l'a parcouru
attentivement, les gens qui m'accompagnent et moi,au cours des derniers jours. On a regardé chacun
des éléments que vous avez mis de l'avant, et cette réflexion-là, ce travailva se poursuivre au cours des prochaines
semaines, et soyez assurés que toutes et chacune des suggestions que vous nous
faites vont être considérées par l'équipe qui m'accompagne et par moi.
Peut-être sur... Je commencerais en revenant sur
un élément que vous avez mentionné, lié à l'article 303. Vous demandez d'insérer
la demande conjointe en séparation de corps ou en divorce sur le projet d'accord
dans la liste des procédures non contentieuses.
a porté à mon attention le jugement auquel vous faites d'ailleurs référence à
la page 25 de votre mémoire, lejugement
du Barreau contre la Chambre des notaires de 1992, qui avait, à ce
moment-là — je l'ai
fait sortir — tranché
àl'effet que la procédure intitulée
Demande conjointe en séparation de corps et en divorce constitue une procédure
de nature contentieuse qui est du
ressort exclusif des avocats inscrits au tableau de l'ordre, même lorsqu'accompagnée
d'un projetd'accord, et qui avait
dit, à ce moment-là, qu'elle constituait donc un exercice illégal de la
profession d'avocat le fait pourdes
notaires en exercice de préparer et rédiger les procédures de demande conjointe
en séparation de corps ou en divorceaccompagnée
d'un projet d'accord sous réserve de la conclusion numéro un, de les présenter
devant le tribunal, d'y agir et d'y assister les parties concernées.
J'aimerais
vous demander qu'est-ce qui vous amène à changer... Qu'est-ce qui vous amène à
proposer quelquechose, donc, qui
changerait cette jurisprudence de 1992? Et est-ce que vous pouvez nous faire
valoir les avantages qu'ily aurait
pour le citoyen à faire en sorte d'ajouter, à 303, de façon spécifique,
parce qu'il y a un «notamment» à 303, là,mais de spécifiquement indiquer que la demande conjointe en séparation
de corps ou en divorce sur projet d'accord fait
partie des procédures
non contentieuses?
Alors,
j'aimerais vous entendre, dans un premier temps, sur cet élément que vous avez
abordé rapidement dans votre présentation. Moi, j'aimerais vous entendre
là-dessus.
M. Lambert (Jean) : M. le ministre, on peut penser qu'une société évolue. Il y a certains
jugements qui ont eulieu il y a 50
ans, ou d'autres, aujourd'hui, on les regarde avec un certain sourire. Le
législateur décide d'ailleurs d'élargirla notion du non-contentieux à l'absence de litige. Je pense qu'on a
déjà là un élément fort important. Je vais demander au notaire Guay de
poursuivre parce qu'il a vraiment travaillé ce sujet-là.
M. Guay (Gérard) : Bien, effectivement, je pense qu'un des éléments essentiels, c'est qu'à
l'époque on parlait, dans le jugement, de potentiellement contentieux
puis toutes ces notions-là, que c'était, au départ, essentiellement du contentieux. Mais là, ici, on… il faut comprendre
aussi, à l'époque, les matières non contentieuses, c'étaient celles qu'on
nommait bien au livre VI du Code de procédure civile actuel.
on entre dans le nouveau code. On nous donne une définition qui nous parle que
«les demandes sont traitées,en l'absence
de litige, suivant la procédure non contentieuse». Or, un couple qui décide de
mettre fin à son union et quiveut en
régler les dispositions, il n'y a pas de litige. Ils s'entendent sur les
dispositions, ils s'entendent sur les différentesmodalités de leur rupture. Ils vont voir un
notaire pour faire le projet d'accord, et, après, le notaire lui dit :
Bien, pour lasuite des choses, vous
devrez vous présenter seuls devant le tribunal. Quoi? Tout seuls? Mais c'est
ça, c'est ça, la réalité.Donc, les
gens, ils n'ont pas de litige. Ils ont réglé les conséquences de leur divorce,
de leur séparation. Et, si tant est que,pour une raison quelconque, leurs droits… les droits de l'un ou l'autre
ne seraient pas respectés, le juge va… Il y a quandmême un jugement au bout qui va faire que le juge
va vouloir le modifier, le projet d'accord. Le juge a toujours l'entièrediscrétion de modifier le projet d'accord,
mais, au moins, ils auraient l'occasion d'y aller avec le notaire qui a piloté
le dossier et en qui ils ont confiance.
je peux vous dire que, de nombreuses fois, on s'est faire dire : Pourquoi
vous ne pouvez pas nous accompagner? Pourquoi il faut soit prendre l'avocat…
Les gens, souvent, s'ils sont venus nous voir, vraiment, c'est parce qu'ils ne voulaient pas des avocats. Ce n'est pas qu'ils ne
les aiment pas, mais ils n'ont pas de litige. Donc, comme il n'y a pas de
litige, dans leur esprit, c'est plus le notaire. Alors là, ils font ça et,
après, ils se retrouvent devoir aller eux-mêmes au palais de justice et devoir répondre seuls aux réponses du juge, alors
que, peut-être qu'accompagnés du notaire, ils auraientpu… ça pourrait donner un éclairage meilleur au
tribunal et évidemment permettre aux justiciables de ne pas être seuls
devant le juge.
M. St-Arnaud : C'est très clair, M. le Président. Et je comprends que
vous dites : Finalement, cette demande-là, elle s'inscrit bien dans
la définition de 302, là.
M. Guay (Gérard) : Exactement, et je vous dirais même qu'on pourrait même dire que, sans
qu'on le mette à 303,ça serait
sûrement probablement, fort probablement une procédure qui pourrait y entrer,
car il y a absence de litige, qui est un nouveau critère. Mais ce que l'on
dit, c'est : Pour éviter toute controverse, pour éviter des débats
judiciaires, mettons-le donc, vu que ça semble clair que c'est ça.
la société est rendue là.
La société est rendue, elle veut des règlements de
dispute… pas de dispute, mais derupture
d'union, de cessation de vie commune en harmonie. C'est ça que les gens
veulent, c'est ça aussi que le ministèrede la Justice met des efforts considérables en ce sens-là également.
Donc, je pense que c'est dans cette voie-là que cette proposition est
là. C'est juste pour… ça va permettre d'éclaircir la situation et d'éviter des
controverses.
M. St-Arnaud :
Et d'éviter une autre cause Barreau du Québec contre Chambre des notaires.
M. Guay (Gérard) : Effectivement,
avec nos amis du Barreau, qu'on aime bien.
St-Arnaud : Je veux dire, ça serait plus clair si on le mettait
dans 303. Je peux vous dire qu'on va le regarder attentivement, très
attentivement.
M. Lambert
(Jean) : M. le ministre, si
vous me permettez, en complément, 15 secondes pour dire : Dans le fond,si on regarde l'union civile, c'est quand
même l'union de deux personnes dans un cadre très voulu par le législateur, et
çase dissout simplement par un accord
par acte notarié même pas soumis au tribunal. Donc, on voit que le législateur québécois, donc, a évolué depuis les années 80 et, dans ce cadre-là, il a prévu une rupture sans
même qu'on dépose quoi que ce soit au tribunal. Alors, il me semble qu'il
y a comme une logique dans l'affaire.
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. Boudreault. M. le ministre, d'autres questions?
St-Arnaud : Oui, sur
un autre sujet. À 215, vous l'avez abordé en présentation très rapidement,
sur la possibilitéde permettre que la consignation puisse être
effectuée dans le compte en fidéicommis des notaires. J'aimerais vous entendredavantage là-dessus… plutôt qu'auprès d'une société de fiducie, là, comme
le prévoit le libellé de 215. J'aimerais vousentendre là-dessus. Est-ce qu'il n'y a pas un risque et est-ce que ce
risque accru serait assumé par un quelconque fonds… par le fonds d'indemnisation?
Et petite question par la bande : Qu'en serait-il des intérêts reliés à
ces montants?
M. Lambert (Jean) : Alors, deux
questions, voici les réponses, M. le ministre. Effectivement, les dépôts en fidéicommis sont contrôlés par la chambre, comme,
je pense, le mécanisme est bien connu et sont donc couverts par le fonds d'indemnisation. Par ailleurs, pour répondre
à la deuxième question, s'il est prévu que les sommes doivent demeurerdans le compte en fidéicommis pendant… au-delà d'un
court délai, alors, on ouvre un compte spécial avec intérêts qui sont
versés au déposant.
Alors, maintenant,
évidemment, l'avantage qu'on y voit, c'est que les notaires
sont présents sur tout le territoire.C'est
donc, je pense, plus facilement accessible aux gens qui ont à faire un dépôt pour
faire des offres. D'ailleurs, il y acomme une espèce de familiarité d'activités
juridiques, là. Alors, ça semble, quant à nous, naturel que ce dépôt-là puisse
aussi se faire, au choix du justiciable, auprès d'un notaire dans son compte en
fidéicommis.
M. Guay
(Gérard) : Et j'aimerais
ajouter qu'actuellement il ne demeure pas dans ce contexte-là, mais des offresdéposées chez le notaire, il y en a tous les
jours. Dans les transactions immobilières, tous les jours, les notaires
reçoiventdes sommes en fidéicommis
qui sont bien contrôlées par les dispositions de la Chambre des notaires. Donc,
c'est vraiment…On a
déjà de l'expertise. Les notaires ont l'expertise, et, pour faire ce genre de
consignation, on a la proximité avec lescitoyens et avec nos collègues avocats, qui vont tout simplement nous transférer les sommes pour qu'on les détienne de façon
sécuritaire jusqu'à un règlement du litige.
M. Lambert
(Jean) : …l'an passé, M. le ministre, on a eu dans nos comptes un
peu plus de 56 milliards, et je ne pense pas qu'on ait eu de gros problèmes, là.
St-Arnaud : Ce que
vous me dites, c'est qu'il n'y a pas de risque supplémentaire? C'est ça? Il n'y
aurait pas vraiment… il n'y a pas de risque véritable supplémentaire.
M. Lambert (Jean) : Non.
St-Arnaud : O.K. Sur
319, 320, vous y avez également… ça fait
partie des principaux éléments dont vousavez traité dans votre présentation. Effectivement, il y a eu une amélioration par rapport à l'avant-projet de loi, donc avecle
deuxième alinéa, qui prévoit maintenant que la nomination d'un tuteur à un mineur ou la
constitution d'un conseil de tutelle à un mineur prend effet dès le
dépôt du procès-verbal, donc en l'absence d'opposition. Ça, c'est un ajout.
Sur les
autres matières, les experts me disent qu'on parle souvent… Et on m'a ressorti,
là, certaines décisions.On m'a dit
que, sur les autres matières, est-ce qu'il n'y a pas des matières… Le troisième
alinéa, est-ce qu'il ne vise pasdes
matières qui sont particulièrement intrusives, particulièrement sensibles, où
il faut peut-être y aller plus attentivement? On me souligne
également que… donc plus… qui portent davantage atteinte aux droits des
personnes concernées.
Et, par
ailleurs, est-ce qu'il n'y a pas lieu, sur ces questions-là, que ce soit une
personne indépendante qui ait àstatuer
sur ces autres matières? J'aimerais vous entendre davantage
sur ça, parce que, sur votre préoccupation quant autroisième alinéa de l'article 320, de la part des
experts, il y a un certain nombre… il y a beaucoup
de réserves sur votre proposition. Alors, j'aimerais vous entendre davantage
et nous convaincre, tous et toutes, notamment les gens qui m'accompagnent, de l'importance de votre proposition quant à la modification qui serait apportée au troisième alinéa de 320.
Le Président (M. Ferland) :
M. Guay.
M. Lambert (Jean) : Parfait. Alors,
je vais demander au notaire Guay et je compléterai au besoin.
M. Guay
(Gérard) : Donc, effectivement, c'est évident qu'on joue avec les droits de l'individu puisqu'on
va luienlever… on va le déclarer
inapte. Ça, c'est effectivement vrai, mais c'est vrai aussi que tout se fait déjà
dans un processus très rigide, où on doit obtenir des évaluations
médicales et psychosociales, qu'il faut par la suite que le notaire
aille interroger lui-même. Et je vous dirai qu'à ce sujet les notaires agissent
beaucoup mieux que certains greffiers, parce qu'on sait qu'il
y a plusieurs greffiers qui souvent se dispensent d'aller interroger. Il n'y a jamais
un notaire qui se dispense d'interroger, à
moins que quelqu'un soit vraiment aphasique et ne parle pas. Mais, même là, le
notaire va aller le voir. Donc, le notaire est bien conscient de l'importance
de la décision pour le citoyen, pour la personne inapte.
Donc,
premièrement, donc les évaluations qu'il reçoit, il va aller le voir de
lui-même pour voir si c'est bien vraique
la personne est vraiment inapte, pour jaser avec elle et tout, voir sa
situation. Par la suite, il va évidemment obtenirles documents requis. Le cas échéant, il va tenir
l'assemblée dans les cas de régime de protection, donc l'assemblée et lafamille vont avoir l'occasion de s'exprimer,
mais ils vont avoir parlé au notaire. C'est tous des gens... Voyez-vous, c'est
le notaire qui va avoir reçu le dossier, qui
va avoir traité le dossier et qui va en arriver à ses conclusions. Donc, le
notairele fait vraiment, comme je le
disais dans ma présentation, comme un officier de justice, et c'est dans ce
cadre-là qu'il vaagir et qu'il va s'assurer
d'être vraiment dans l'intérêt de la personne inapte, puisqu'évidemment le
principe du Code civil demeure et ça gouverne toutes les activités du
notaire en ce domaine. Il est là pour protéger la personne inapte, et les décisions doivent être prises dans son intérêt, et
le notaire va, par la suite, faire son procès-verbal, qui va être… qui, selon
notre proposition, aurait un effet immédiat.
C'est
important, parce que souvent on joue contre la montre, on peut dire, dans ce
sens que la personne est inaptedepuis
un certain temps, ça prend une certaine incapacité pour que l'on mette en
branle un système juridique de protection,alors... Et le temps passe, les gens ont des décisions à prendre, ils
ont un patrimoine à protéger et tout, hein? Donc, c'estpourquoi tout ce qui peut accélérer le dossier
tout en agissant de façon correcte — il n'est pas question de tourner les coinsronds, comme on dit — vraiment de façon correcte, donc tout ce qui
peut permettre d'accélérer les choses en respectant les droits de l'individu
inapte est à favoriser.
Le Président (M.
Ferland) : M. le ministre.
St-Arnaud : ...c'est ce que vous dites dans votre mémoire, vous
y avez fait référence tantôt, sur la... Vousindiquez, à votre mémoire, à la page 40, là, la formation que les
notaires qui agissent ont dans ce domaine-là. Ça, ce bout-là, je le
saisis.
ailleurs, sur l'indépendance que doit avoir... Bien, en fait, dans les notes qu'on
m'a fait lire là-dessus, on mesouligne
l'importance, par exemple, de l'article 23 de la Charte des droits et libertés
de la personne, qui prévoit le droitde
toute personne à une audition impartiale par un tribunal indépendant lorsqu'il
s'agit de la détermination de ses droits.La législation applicable doit garantir l'indépendance du tribunal avant
qu'il puisse priver quelqu'un de ses droits. Et onme souligne un certain nombre d'arrêts où on peut
se poser la question… Si on allait dans le sens de ce que vous proposez,si, finalement, les garanties d'indépendance
requises ou nécessaires seraient présentes, il y a une interrogation
particulière sur cette question-là, le notaire étant... En fait, le
notaire, là, il a un client aussi, là, il a un client.
Alors, ma question, c'est :
Par rapport à l'indépendance, quels sont vos arguments?
M. Lambert (Jean) : Alors, M. le ministre, ce n'est pas parce qu'il y a un client… Il y aura toujours un client,et l'institution notariale a franchi les siècles
en prouvant que ce n'est pas parce que le notaire a un client au départ qu'il
nedoit pas demeurer impartial et
assurer l'équilibre au contrat. Donc, je pense que, sur ce point-là, la
question qu'il y ait un client qui s'amène, je ne pense pas que ça soit
déterminant.
Maintenant, qu'est-ce
que le notaire... A-t-il à décider quelque chose? En fait, la première... la
décision dans l'ouverture d'un régime, c'est
l'assemblée de parents et d'amis qui la prend. Lui, il la consigne, il s'assure
que les normes et les balises de la loi sont respectées.
Même
chose au niveau de l'homologation ou de la mise à exécution d'un
mandat. La décision a déjà été prise par le mandant. Il s'agit de
savoir : Est-ce que les balises et les normes de la loi, entre autres ces
rapports qui établissent l'inaptitude de la personne, est-ce que c'est bien
fait? Et, à ce moment-là, le notaire, en se rendant, ajoute une couche additionnelle de sûreté pour bien comprendre que
la personne visée… Et ça m'est déjà arrivé où je n'ai pas homologué, parce qu'à la rencontre avec l'intimé je me suis
aperçu que cette personne-là avait un fonctionnement de ses capacités
intellectuelles suffisant. Il y avait eu un rétablissement que personne n'avait
noté.
Alors donc, le notaire, dans le fond, n'est pas
décisionnel. Il est, dans le fond, un auxiliaire de justice, il est l'officierpublic qui constate que, dans le fond, là,
ce que le législateur a décidé, les normes sont bien complétées. Donc, il n'y a
pasde partie. On n'est pas dans le
cadre où, là, il y a un débat «adversarial», et je pense que c'est plutôt ça
que la charte vise.Maintenant, on
déposera en complément, M. le ministre, l'opinion d'un grand
constitutionnaliste réputé du Québec, à cet égard, où il ne voit mais
vraiment aucun problème sur cette question de l'indépendance.
St-Arnaud : Je pense, M. le Président, que, les gens qui m'accompagnent
et moi, on serait intéressés à prendreconnaissance
de ça, parce qu'effectivement, dans les notes que j'ai, moi, on me souligne un
point… on me souligne laproblématique
de l'indépendance, de l'impartialité qui est exigée par la Cour suprême dans un
certain nombre de décisions, eu égard… Et effectivement, par rapport à
cette question, on semble avoir de sérieux doutes sur le fait que le notaire satisfasse à ces critères d'indépendance et d'impartialité
établis par la Cour suprême. Alors, on va… prendra connaissance avec
intérêt, M. le Président, de cette question.
Ça va aller, pour
moi, pour l'instant, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le ministre.
Maintenant, je cède la parole au député de Fabre.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le
Président. À mon tour, messieurs, de vous saluer. C'est toujours un plaisir de
retrouver mes amis de la Chambre des notaires. Ce n'est pas parce qu'on est
amis qu'on est nécessairement toujours d'accord,
ceci dit, mais le président, M. le Président… M. le Président, le président de
la chambre ne sera pas surpris d'entendre certains des commentaires que je vais
faire.
le départ, j'ai noté, M. le Président, la blague ou le clin d'oeil de la part
du président de la chambre au faitque
d'autres intervenants en commission parlementaire auront peut-être une période
de temps plus élaborée, et je penseque
c'était un choix judicieux de la part de la commission d'accorder aux
représentants du Barreau une période plus longue, parce que je pense que le Barreau avait beaucoup à
dire et qu'un 60 minutes d'échange avec les membres de la commission ne
permettait pas de tirer le maximum de ces représentations.
Ceci
dit, je suis obligé de souligner que je considère un peu injuste d'accorder une
présentation de 10 minutesaux
représentants de la chambre, compte tenu de l'excellence du mémoire qu'ils ont
préparé. Vous abordez de nombreuxpoints.
Et je n'aurai pas nécessairement beaucoup de questions. Et je serais heureux de
vous accorder du temps pour, si vous voulez, compléter vos
représentations sur le temps qui m'est alloué.
Président (M. Ferland) : …M. le député de Fabre, qu'en
commission on dispose d'une heure. Donc, on nepeut pas dépasser une heure, mais, s'il y a moins de temps, si les gens
prennent moins de temps, il n'y a pas de problème.Mais on ne donne jamais plus qu'une heure par
groupe. Pour les gens qui nous écoutent, c'est important, pour ne pas que
ça porte à confusion.
Ouimet (Fabre) : Oui. Vous avez … Ceci dit, je voulais donc
souligner, s'il y a des points qu'on n'abordepas dans mes questions ou dans les questions de mes collègues, je suis
disposé, M. le Président, à… si mon collègue n'apas beaucoup d'autres questions, d'entendre la chambre parce qu'effectivement
vous avez des représentations très importantes et vous soulevez des
points intéressants.
Ceci
dit, et c'est le dernier point comme commentaire introductif, certaines des
préoccupations soulevées par lachambre
me portent à croire que… ou soulèvent des questions que je mets dans le champ
des tiraillements entre le Barreauet
la Chambre des notaires. Ça doit remonter au début de la colonie, ces tiraillements, ou en fait à partir du moment
où les avocats ont eu le droit de venir en Nouvelle-France, parce que
les notaires ont eu le droit de venir avant, j'ai cru comprendre… mais, bon, depuis ce temps-là, il y a eu des tiraillements.
Et, lors de mon passage au Barreau, et le présidentde la chambre peut en témoigner, et nous avons
tous les deux collaboré pour rapprocher nos deux institutions à l'époque,et je souhaiterais qu'on poursuive dans
cette veine-là. Donc, lorsqu'il y aura des points que nous aborderons, M. le
ministre,où on peut sentir cette
tension, je pense que notre rôle, ce serait d'essayer de rapprocher les parties
pour qu'au bout ducompte les
citoyens, les justiciables y trouvent leur compte et qu'on réussisse à
rapprocher ces deux grandes institutions qui sont au service de la
population qu'est la Chambre des notaires et le Barreau du Québec.
Ceci
dit, vous me permettrez d'aborder… Je vais plonger sur la question du divorce.
En fait, l'entente, là, j'ai oublié de noter, je n'ai pas appris tous
les articles par coeur encore, là.
Ouimet (Fabre) : 303, oui, sur la matière non contentieuse.
En fait, c'est une belle illustration de ce que je viens de dire. Alors,
je comprends que la chambre souhaite élargir un pan qui était, jusqu'à
maintenant, réservé aux avocats dans la présentation des demandes conjointes de
divorce. C'est la suggestion que la chambre fait, alors qu'à l'heure actuelle, telle que la loi est faite, la
Loi sur le Barreau, telle qu'interprétée par la Cour supérieure, cet exercice
est réservé aux membres du Barreau. C'est bien ça?
M. Lambert
(Jean) : Alors… Est-ce que je réponds?
Ouimet
(Fabre) : Absolument!
Président (M. Ferland) : Allez-y, M. Boudreault, la question
étant posée après l'introduction du député de Fabre.
M. Lambert (Jean) : M. le Président, je voudrais dire que le clin d'oeil du départ est un
clin d'oeil, ce n'était pasune
critique. Mais on note qu'il y a quelqu'un qui a trois heures, et, nous,
on en a une. Mais, ceci étant dit, on vit très bien, on s'est organisés
pour faire notre présentation en une heure. Alors, voilà.
Maintenant,
il faut comprendre une chose : c'est que, quand il n'y a pas de litige,
là, il ne faut pas creuser pouressayer
d'en voir un. Il n'y en a pas, il n'y en a pas. Et on ne comprend pas… Ce n'est
pas une question d'élargir le champd'activité.
Parce que, M. le député de Fabre, si on regarde votre code de déontologie, le
principe, c'est qu'un avocat, il défend, fait la promotion des droits de son
client, et c'est par voie d'exception que l'avocat peut présenter une demandeoù il se place aux confins d'intérêts
contradictoires. Donc, c'est par voie d'exception que c'est arrivé, alors je
pense qu'ilfaut être clair
là-dessus, donc, par voie d'exception, alors que les gens s'entendent, alors qu'ils
font tout préparer par unnotaire et
qu'à la dernière minute il faut téléphoner à un ami avocat pour dire :
Irais-tu me présenter ça? Mettons fin à cetteespèce d'hypocrisie, là, et répondons aux besoins des gens d'aller
directement. Il n'y en a pas, de chicane. Dès l'instantqu'il y a le moindre litige, là on se retire,
comme dans les procédures devant notaire, même principe : dès l'instant qu'ily a une contestation, ce n'est pas notre
champ, on les invite à aller voir nos confrères du Barreau, confrères et
consoeurs.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, M. le député de Fabre.
Ouimet (Fabre) : Merci, M. le Président. En fait, je pense
que c'est une question qui mérite d'être examinée,parce que vous posez un problème intéressant dans
la perspective de favoriser l'accès à la justice, compte tenu du rôle dunotaire. Ceci dit, est-ce que vous avez eu l'occasion
d'échanger avec les représentants du Barreau sur cette recommandation-là
en particulier?
M. Lambert
(Jean) : Oui, on a échangé.
Je dois dire que, là-dessus, c'est la
partie dure de l'oeuf… En autant
qu'il y en ait une, dure. C'est la coquille, on ne peut pas rentrer.
685 12245 M. Ouimet (Fabre) : Permettez… Vous avez terminé?
Le Président (M. Ferland) :
M. le député de Fabre, oui.
Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président.
L'article 215, maintenant. Je
vais vous amener… en fait, je vaisvous
amener dans l'autre sens. Ce que je comprends, c'est que — on est aux offres et consignations — vous nous proposezde permettre que le dépôt soit fait, dans le
compte du notaire, en fidéicommis. Que pensez-vous de l'idée qu'on ajoute
également le dépôt auprès de l'avocat?
M. Lambert (Jean) : Écoutez, au
niveau du concept, ça peut aller. Cependant, il faudra bien voir si l'avocat représente une
partie ou l'autre là-dedans.
Souvent, il m'a été donné de discuter de ce genre de question, et évidemment laquestion que j'ai : Oui, mais, si ça ne
va pas, allez-vous prendre la cause… Bien sûr! Ah! Bien là, on comprend
immédiatement qu'on n'est pas du tout dans un contexte auquel, je pense,
le législateur, ici, recherche, alors… Donc, voilà.
Le Président (M. Ferland) :
M. le député de Fabre.
Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président.
Sous réserve, évidemment, de la question d'un conflit
d'intérêts évident, mais, par principe, là, de… je comprends que vous ne
seriez pas fermés, par principe, à cette idée que, si le législateur
envisageait de permettre la possibilité du dépôt auprès d'un notaire ou d'un
avocat qui, dans les deux cas, dispose d'un
compte en fidéicommis, on pourrait envisager cette ouverture. Ce serait le sens
de votre recommandation?
M. Guay
(Gérard) : Personnellement, là, puis, pour avoir déjà même oeuvré comme avocat dans une anciennevie, c'est deux visions différentes. Et l'avocat, essentiellement, il est là pour défendre son client, et on comprend que l'offrede conciliation est faite auprès d'un acteur
neutre. Alors, ça ne peut pas être le bureau d'avocats qui représente une desparties. Ça serait quoi? Un autre avocat
tiers? Si, éventuellement, un tiers arrive puis il vient le rencontrer, il
ne pourrapas prendre le dossier?
Alors, je pense que, pour des raisons, justement,
de principe, je pense que l'avocat… je ne pensepas que ça pourrait être déposé dans le compte d'un
avocat. C'est dans ce contexte-là, où, dans
le fond, le but du législateur,c'est de s'assurer que les
sommes soient détenues par un tiers, neutre, qui n'a aucune
partie à l'acte et
qui va, finalement, conserver les sommes, le temps que le
tribunal tranche le litige ou qu'un règlement hors cour intervient.
Donc, dans ce
contexte-là, je crois que la société de fiducie, comme on prévoit ici, ou le
bureau du notaire, quim'apparaît une
façon plus démocratique, encore, d'agir — ils
sont partout au Québec — serait
une façon d'avoir un acteurneutre. Je pense,
c'est ça qu'on recherche, un acteur neutre, alors que l'avocat, étant soit
partie au litige, soit éventuellementpartie… pourrait être appelé à être
partie
au litige pour un client, je ne pense pas que ça serait de mise qu'il puisse
conserver les sommes dans ce contexte-là.
Président (M. Ferland) : Merci, M. Guay. Avant de repasser la parole au député de
Fabre, je voudrais juste, pour les
fins d'enregistrement… J'ai inversé les noms, tout à l'heure, hein? C'est M. Lambert et M. Boudreault, étant… Alors, pour les
fins d'enregistrement, c'est important. Alors, M. le député de Fabre.
Ouimet (Fabre) : Merci,
M. le Président. Un dernier point sur
cette question-là, parce
que c'est en lien, là, leministre l'a
évoqué, la question de la protection… le fonds d'indemnisation qui
couvre les fonds… les comptes en fidéicommis des notaires en fait, et
des avocats, c'est la même situation. On comprend que c'est la chambre qui a la
responsabilité d'établir la limite de la protection.
Ouimet
(Fabre) : Ce n'est
pas fixé par le législateur. Donc, c'est l'ordre professionnel,
quel qu'il soit, quiautorise ses
membres à détenir des sommes en fidéicommis, c'est l'ordre qui détermine le
niveau de protection offert au public.
M. Lambert
(Jean) : …règlement adopté, je pense qu'il passe au Conseil exécutif, et actuellement, avec l'office,on est en processus
de demande d'augmentation de la somme. Ceci dit, je pense
que c'est assez équivalent à la protection
qu'une institution financière offre sur un dépôt.
Maintenant, si le temps nous le permet — puisque
vous nous avez invités — moi,
j'aimerais peut-être qu'on revienne sur
cette question de 10 %
qu'un créancier diligent mais ordinaire, donc sans rang prioritaire, peut avoir
s'il initiedes procédures. Pour
nous, on a passé très vite là-dessus tantôt, mais on y attache beaucoup d'importance,
parce que…Situons-nous dans un
dossier très concret où un créancier hypothécaire a évalué la valeur de sa
sûreté, communément appelée sa garantie, et là il va dire : Oui, mais là, si quelqu'un
agit, moi, je perds tout de suite 10 % au départ. Donc, déjà là,dans son appréciation du risque et de la valeur de
sa sûreté, là il y a une décote, si vous me permettez le terme, et je pense
que ça peut avoir, particulièrement en matière de financement commercial et
industriel, un impact assez important.
Et je pense
qu'à ce moment-là le signal envoyé… Je pense que les conséquences de ça n'ont
pas toutes été prisesen compte ou
analysées. Et j'inviterais certainement le législateur à approfondir les
conséquences attachées à l'existence d'un tel droit qui serait accordé à
un créancier qui autrement n'aurait pas nécessairement de retour sur l'opération
de réalisation d'un bien. Et le recours à la
faillite est tout à fait à l'ordre du jour dans un cas de même. Certains
créanciershypothécaires vont
préférer mettre en faillite le débiteur pour court-circuiter ce fameux
10 % là et qu'en vertu de la Loi de la faillite, bien, ils sont
payés par préférence aux autres. Alors, je pense que ça serait malsain.
Je ne sais pas si Me Boudreault voulait ajouter
quelque chose?
Boudreault (Marc) : Bien,
juste un élément supplémentaire. Il ne faut pas oublier que, dans tout ça, le
débiteurse trouve à perdre des
droits importants lui aussi. Parce que ça signifie que les créanciers, à partir
du moment où il y a uneprocédure qui
est prise par un créancier ordinaire… le créancier hypothécaire n'a plus le
choix, là, il est obligé de procéder,alors
qu'auparavant, s'il avait une garantie qui était bonne et suffisante, il n'y
avait pas vraiment d'intérêt pour les créanciersordinaires, il y avait possibilité, pour le consommateur ou pour le
débiteur, de convenir d'un délai supplémentaire pourpouvoir s'arranger avec son créancier. À partir du
moment où on permet à un tiers, un créancier ordinaire, de s'immiscerdans le temps, c'est sûr que le créancier
hypothécaire, là, il est obligé d'intervenir tout de suite : plus de
délai. Alors, on poursuit immédiatement. Et, même, on incite les
créanciers à mettre les débiteurs en faillite. Alors, ça, en plus de la capacité de financement qui est réduite de
10 % pour tout le monde au Québec, au niveau économique, ce n'est pas unesolution qui est gagnante pour personne, ni
les consommateurs ni les prêteurs. Alors, c'est une disposition qui a été
rajoutéeaprès l'avant-projet de loi,
et on se demande quel est l'objectif visé et surtout quel est l'intérêt
politique de rentrer dans une telle possibilité.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, M. le député de Fabre.
Ouimet
(Fabre) : Merci. En fait, je n'avais pas noté cette anomalie-là
que vous portez à notre attention. Quel est l'article dont il est
question?
M. Boudreault (Marc) : Alors, c'est
l'article 766…
Boudreault (Marc) : …alinéa
2, paragraphe 2°. Alors, c'est un droit de préférence qui passe avant les
créanciersprioritaires
hypothécaires. Puis, même à ce niveau-là, si on regarde au niveau de l'endroit
où se situe cette modification-là,ça
ne devrait pas apparaître dans un code de procédure civile, ça devrait
apparaître au Code civil. On vient créer un nouveau droit de préférence
qui passe avant tout le monde. Ce n'est pas rien, là.
Ouimet
(Fabre) : Merci. Je vais regarder ça plus attentivement tantôt.
Vous avez fait référence… Vous avez dit…
La personne qui acquiert un bien qui est saisi, vous avez dit : Cette
personne-là va devoir se poser la question : Est-cequ'il s'agit d'un bien saisi? Vous avez lancé
cette question-là, mais vous n'avez pas élaboré sur… Est-ce que c'est possible,
M. le président, d'avoir… donniez l'explication derrière ce réflexe que les
acquéreurs devront avoir?
Boudreault (Marc) : Ça va me
faire plaisir d'élaborer, parce qu'effectivement, dans le 10 minutes, ça a
étéassez court. C'est qu'on permet
que la vente d'un bien saisi puisse se faire par le débiteur saisi. Ça, c'est
très curieux. C'est très curieux parce que, quand on regarde cette
disposition-là — puis
là on est à l'article 709, alors 709 du projet de loi — on se
rend compte que, pour que le débiteur saisi puisse vendre le bien, ça prend d'abord
une approbation par l'huissier puis il faut
ensuite que les sommes soient remises à l'huissier. Autrement dit, l'huissier
doit intervenir avantpuis il doit
intervenir après. Comment se fait-il, s'il doit intervenir avant puis après, qu'on
ne lui laisse pas la vente commetelle?
Il faut noter aussi que, là, cette vente-là va se faire par le débiteur saisi.
Le débiteur saisi va-t-il informer le tiersacquéreur qu'il s'agit de la vente d'un bien saisi? Est-ce qu'il va l'informer?
On ne le sait pas. Quelle est la sanction s'ilne l'informe pas? On ne le sait pas. On peut noter également que l'huissier
a des obligations qui ont été prévues par leCode de procédure, hein? 685, je pense : devoir d'impartialité, d'indépendance,
d'information, etc. Là, comme la venteest
faite par le débiteur saisi, quelles sont les obligations? On se retrouve dans
un endroit où ce n'est pas très clair quelles sont les obligations du
débiteur saisi.
Maintenant,
si on se place au niveau de l'acquéreur : l'acquéreur, lui, quand il
achète un bien… Puis là je ne parlepas
dans le cours normal des activités dans l'entreprise, là, je parle hors du
cours des activités dans l'entreprise. Vous voulezacheter une automobile de quelqu'un d'autre. Là,
vous allez être obligé de vous poser la question : Est-ce que ce bien-làest un bien qui est saisi? Parce que vous ne
le saurez pas : le vendeur, c'est le propriétaire du bien. Est-ce qu'il a
été saisi,son bien, puis c'est le
débiteur qui le vend lui-même? On ne le sait pas. Or, là, il va falloir poser
des questions au vendeur :Est-ce
que c'est un bien saisi? Il n'y a aucune place où on va pouvoir avoir cette information-là
au registre, mais… Entout cas, au
Registre des droits personnels et réels mobiliers, il n'y a rien qui est prévu.
Or, ça veut dire que l'acquéreurva
être obligé de s'informer. Mais comment? Il pourra peut-être avec le registre
des ventes. Peut-être. Je ne sais pas jusqu'àquel point la saisie va se retrouver là, dans le registre des ventes,
parce qu'il manque encore des détails par rapport à ça. Mais
l'acquéreur va devoir se protéger. Pourquoi il va devoir se protéger? Parce
que, si jamais c'est un bien saisi et quel'approbation n'a pas été obtenue de l'huissier, est-ce que la vente est
valable? Les sommes qui doivent être payées parl'acquéreur, à qui l'acquéreur doit-il remettre les sommes : au débiteur, le débiteur saisi qui fait la vente, ou est-ce
qu'ildoit les remettre directement à
l'huissier? Quand on regarde l'article 795, l'acquéreur est tenu de remettre
les sommes àl'huissier. Comment l'acquéreur
va faire pour savoir qu'effectivement c'est un bien saisi puis qu'il a l'obligation
de remettre ces sommes-là à l'huissier?
Alors,
on voit qu'on met l'acquéreur... Puis ça, c'est dans de nombreuses
transactions. On vient complexifier toutela procédure. On vient placer l'acquéreur dans une situation difficile
en lui disant : Bien, regarde, si c'est un bien saisi, c'est à toi de t'informer. Quelles sont les
sanctions? On ne sait pas, au juste, mais protège-toi, retiens les fonds,
assure-toi qu'effectivement le bien n'est pas un bien saisi.
Président (M. Ferland) : Alors, M. Boudreault, je m'excuse, je
vais être obligé de mettre fin à la question.
M. Boudreault
(Marc) : Oui. Oui.
Président (M. Ferland) : À moins que la députée de Montmorency
vous laisse continuer votre réponse. Alors, la parole est à la députée
de Montmorency.
St-Laurent : Moi, il y a quelque chose qui m'intrigue
beaucoup. Parce que je vous écoutais, tout à l'heure, parler de la demande conjointe en séparation de
corps en divorce, sur projet d'accord, dans la liste des procédures noncontentieuses. Et vous m'avez apporté, comme
exemple : il y a un couple qui vient nous voir puis qui dit : On veut
divorcer, à cemoment-là,
préparez-nous la convention. Bon, vous, vous dites : Il n'y a pas de
problème, on va vous préparer la convention.
Mais
là vous oubliez beaucoup d'éléments. Parce qu'un couple qui veut s'entendre,
par exemple, pour divorcer, le notaire ne doit pas seulement prendre ce
que le couple demande, dire : Le partage du patrimoine familial, la garde
d'enfants... Il y a beaucoup plus que ça. Ce n'est pas seulement une question
financière, il y a une autre question. Par exemple,
les droits de garde des enfants, vous allez dire : Ils s'entendent, droits
de sortie… Mais vous savez qu'à traverstout ça il peut y avoir une notion d'autorité parentale, par exemple,
vis-à-vis l'école, vis-à-vis les hôpitaux. Il peut y avoirégalement une prestation compensatoire. Madame
arrive, à un moment donné, puis elle ne pense pas de vous le dire. Vousdites : On divise la maison, il y a le
patrimoine familial. Mais il y a plus que ça. Supposons que madame a reçu une
sommed'argent de ses parents et qu'elle
l'a mise dans le patrimoine familial, vous savez qu'elle a le droit à une
prestation compensatoire à ce moment-là.
Et il y a des points
litigieux que le notaire ne sait peut-être pas aussi. C'est qu'on a vu des
conventions de notaire, et des collègues me
l'ont dit, qui ont été présentées devant les juges par les gens et les juges
ont dit : Consultezun avocat,
il y a tel point, il y a tel point, il y a tel point. Il y a beaucoup de
matières litigieuses qu'on plaide et que vouspensez... Vous dites : Écoutez, c'est facile, on fait une
convention : les droits de garde des enfants, ils s'entendent; ensuite, le
patrimoine familial. Mais il y a beaucoup plus que ça dans une séparation et un
divorce. Je n'énumère pas tous les petitspoints, tout ce qu'il faut penser par rapport aux gens. Les gens qui
viennent nous voir nous disent qu'on s'entende... Il y abeaucoup de conventions, et, je vous le dis, mes
collègues me le disaient, il y avait des points qui avaient été oubliés, et despoints importants où je ne suis pas si sûre
que les parties se seraient entendues. Et ça, je pense qu'on l'oublie
facilement.
Vous dites que le Barreau vous fait la vie dure; j'ai
l'air à vous faire la vie dure. Je ne veux pas vous faire la viedure, mais je vais vous dire qu'une question d'entente
entre les parties, lorsqu'il n'y a pas d'enfant, bien souvent, il n'y apas trop de problèmes; mais, lorsqu'il y a des
enfants, il est question d'autorité parentale. Là, ce qu'il y a également, mêmeun couple qui s'entend, les prestations
compensatoires, et il y a... C'est parce que... Je ne nomme pas, parce que ça
fait unbout de temps que je n'ai pas
vu le familial, mais il y a beaucoup plus de points que ce que vous pensez, et
ça, c'est bienmalheureux. Parce que,
quand on faisait notre cours de droit, il y a des notions qu'on a acquises
encore plus avec le Barreauet avec
la pratique. Et, je vous dis, si vous avez une réponse à m'apporter, tout ce
que vous pouvez discuter avec les genset
leur soumettre en droit et qui pourrait faire l'objet de litiges... Parce qu'une
entente ce n'est pas juste une entente : il fautquestionner les gens, il faut aller beaucoup plus
loin pour voir tout ce qui pourrait... litigieux. Aujourd'hui, vous nous
dites :Écoutez, s'il y a une
entente, on va mettre ça — le divorce, et là-dessus en séparation — dans le non-contentieux. Je vousdis... Évidemment, vous voyez ma position. Je
trouve qu'il y a beaucoup de matières contentieuses, beaucoup plus quel'on pense. À travers les ententes qu'ils peuvent
faire, il y a beaucoup de points qu'on peut oublier, et, je vous le dis, de
mettre ça dans les procédures non contentieuses… Je dirais, si c'étaient tous
des couples qui étaient mariés puis les deux
gagneraient le même salaire et les deux auraient une maison, on leur fait une
convention, je dirais : D'accord. Maisla
réalité sur le terrain n'est pas ça. Et c'est pour ça, je vous dis :
Écoutez, si vous voulez me dire un mot et me convaincreet convaincre aussi… nous convaincre, tout le monde, moi, je vous dis, ça va beaucoup plus loin qu'une entente que vous pouvez
faire pour les gens.
M. Lambert
(Jean) : Bien, avec… La députée…
Le Président (M.
Ferland) : Vous avez une minute pour convaincre, Me
Lambert. Vous avez une minute.
M. Lambert
(Jean) : Oui. Je vais
demander au notaire Guay de compléter. J'aimerais, Mme la députée, que vous écoutiez le juge en chef de la Cour supérieure, qui
vous dira qu'au moins 43 % des justiciables en droit familial se
présentent sans avocat à la cour, puis là ils sont vraiment dans un contexte de
litige. Premièrement.
Deuxièmement, si on suit le plaidoyer que vous venez
de faire, il faudrait interdire la vente de ces documents dansles papeteries et obliger qu'il y ait absolument
un juriste, parce qu'actuellement un couple peut très bien se procurer leformulaire et se présenter à la cour sans qu'aucun
juriste ne les ait mis en garde, leur ait dit tous les dangers, alors… Et je
vais demander au notaire Guay de compléter ma réponse.
M. Guay
(Gérard) : Oui. Bien, mes
respects pour votre opinion. Vous savez, il y a beaucoup de sujets lors d'uneséparation, divorce ou séparation de corps,
et vous avez raison d'évoquer qu'il y a beaucoup de sujets. Mais ce n'est pas
nécessairement…
Le Président (M. Ferland) :
Alors, je dois… Excusez.
Le Président (M. Ferland) :
Je dois mettre fin, là. On a même dépassé de quelques secondes.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, sur…
Le Président (M. Ferland) :
Non, on ne peut pas dépasser une heure.
M. St-Arnaud : Non? On ne
peut pas dépasser? O.K.
Le Président (M. Ferland) :
O.K. Si j'ai le consentement, il vous resterait 2 min 30 s. Je
peux leur donner.
M. St-Arnaud : Ah! Bien, je
vais leur donner, M. le Président. Avec grand plaisir.
Le Président (M. Ferland) :
O.K. Alors, j'ai le consentement.
M. Guay (Gérard) : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, allez-y.
M. Guay
(Gérard) : Merci, M. le ministre. Donc, succinctement, il y a beaucoup
de sujets à traiter. Mais sachezbien
que le notaire est un expert en domaine des régimes matrimoniaux, du patrimoine
familial et qu'il y a des notairesqui
sont médiateurs accrédités; il y en a plusieurs, aussi. Donc, le notaire qui
fait ce genre de dossiers là est aussi compétentque l'avocat, sans enlever aucune compétence aux avocats dans ce domaine.
Donc, soyez assurés que tout se fait correctement,
tout se fait dans l'intérêt des gens et que, de toute façon, effectivement, à
la fin, le juge va pouvoir réviserles
conventions, tout comme il révise les conventions faites par les avocats, hein?
Parce qu'il peut arriver que le juge jugequ'il y a des choses qui sont différentes. Donc, sachez bien que les
droits des citoyens vont être aussi bien garantis. Et,comme disait M. le président, actuellement, là,
les gens le font eux-mêmes, ils vont voir le notaire qui fait le procès…Les gens doivent aller eux-mêmes après.
Donc, dans le fond, déjà, 302, l'absence de litige, nous permettrait de faire
cegenre de choses là. Nous, ce qu'on
dit : Mettons-le donc nommément, pour éviter un débat oiseux entre des
corporations professionnelles qui n'est pas dans l'intérêt des
justiciables. Merci.
Le Président (M. Ferland) :
Alors…
Président (M. Ferland) : Bien, moi, si j'ai le consentement, on
peut… Avec le consentement, je peux faire n'importe quoi, si vous
voulez. Alors, j'ai le consentement. Allez-y.
St-Laurent : Un
petit mot tout petit.
Une voix :
Sous réserve.
St-Laurent : Je
vous écoute…
Sous réserve. Je vous écoute, avec le 43 %...
685 685 Le
Président (M. Ferland) : Bien, n'importe quoi ou presque.
St-Laurent :
Moi, ce n'est pas le 43 %. Je sais, pour une grande majorité, grande
majorité des dossiers,mettons
43 %... mettons-en 50 %, mais c'est pour des cas beaucoup plus
pointilleux, plus litigieux, tout simplement. Et les couples qui se présentent sans avocat, généralement,
ils ont consulté un avocat et même un notaire. Il y a des couplesaussi que les juges leur conseillent d'aller voir
le notaire. C'est tout ce que je voulais rajouter. C'est pour des cas beaucoup
plus litigieux. Merci.
Le Président (M. Ferland) :
Oui, oui. Bon, allez-y, M. le ministre.
St-Arnaud : Bien, juste pour conclure. En tout cas, M. le
Président, encore une fois, merci à la Chambre desnotaires. Merci pour le mémoire. Je le
réitère : chacune des propositions qui sont faites va être étudiée
attentivement. Et,vous le savez, il
y a eu l'avant-projet, il y a eu une commission parlementaire. Par la suite,
les hauts fonctionnaires onttravaillé
à la suite des… sur ce qui avait été mentionné, lors de la commission
parlementaire, sur l'avant-projet. Il y a eu aussi des conversations
privées avec la Chambre des notaires mais aussi avec le Barreau, avec les
huissiers, avec la magistrature. Et, sur des
éléments plus pointus, évidemment il y aura des consultations qui seront faites
par les expertsdu ministère de la
Justice avec la Chambre des notaires, parce qu'il y a effectivement un certain
nombre d'aspects, là,sur lesquels je
pense que ça nécessite des discussions plus pointues, là, qui auront lieu.
Mais, encore une fois, merci, et c'est un apport important pour ce
travail, eu égard au projet de loi n° 38. Merci, Me Lambert. Merci à tous.
Le Président (M. Ferland) :
Merci. Merci, M. le ministre.
Alors, compte tenu de l'heure, je suspends les
travaux de la commission jusqu'à 14 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 25)
Président (M. Ferland) : Donc, à l'ordre, donc, s'il
vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous allons poursuivre sans plus tarder les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 28, Loi
instituant le nouvea