Institutions — 7 May 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-05-07
Quebec — Committees
(Dix
heures quinze minutes)
Le Président (M.
Therrien) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre l'étude détaillée du projet de
loi n° 22, Loi modifiant la
Loi sur l'indemnisation des
victimes d'actes criminels.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Pelletier (Saint-Hyacinthe) remplace M.
Ferland (Ungava); M. McKay (Repentigny)
remplace M. Leclair (Beauharnois); Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce) remplace M. Marsan
(Robert-Baldwin); et Mme Blais (Saint-Henri—Sainte-Anne) remplace M. Poëti
(Marguerite-Bourgeoys).
Le Président (M. Therrien) : Merci. Lors de la dernière séance, nous avions
suspendu l'étude de l'amendement du
député de Fabre introduisant les articles 6.1 et 6.2. Je vais laisser la parole
au député de Fabre. La parole est à vous.
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président. Alors, bonjour, bonjour, M. le
Président, bonjour à tous, M. le ministre, collaborateurs, chers collègues.
Ouimet
(Fabre) : Bonjour, les gens qui nous écoutent. Alors, on
reprend, ce matin, l'étude du projet de loi n° 22
qui modifie la
Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels. Et, je
pense, nous avons tous bon espoir de terminer
cet… aujourd'hui — disons
ça comme ça — cet
important projet de loi. Comme vous l'avez mentionné, M. le Président,
on a suspendu, jeudi dernier... on discutait de l'amendement que j'avais déposé
et qui visait — si
je résume, là — à introduire des modifications au Code civil
du Québec, et plus particulièrement au délai de prescription, pour
permettre des recours de la part des victimes d'actes criminels.
Lors de notre
discussion, le ministre a évoqué qu'il avait lui-même réfléchi à des
changements éventuels au Code civil, il nous
avait proposé un libellé différent et, je soulignerais, même plus complet que l'amendement
que j'avais déposé, et on s'est
quittés sur cette discussion à ce moment-là. J'ai eu l'occasion de me pencher
sur le texte... le projet de texte que le ministre avait déposé. Et je
pense qu'il serait utile pour la suite de nos travaux… puisque le projet de texte du ministre était plus complet, il serait
peut-être plus utile qu'on retire l'amendement et — évidemment,
avec le consentement des collègues — qu'on procède avec une autre
version qui s'inspire du texte du ministre.
Mais,
sur cet amendement, et je vous le dis tout de suite, M. le Président, je n'ai
pas eu l'occasion de consulter mes collègues de l'opposition officielle
et je ne serais pas en mesure dès ce matin de prendre une position formelle sur
le texte qui s'inspirait de celui du
ministre. Mais je pense qu'on pourrait, pour faire progresser nos travaux,
faire la discussion sur le libellé et
on pourrait, si… à la pause du dîner, ça me donnerait l'occasion de compléter
les discussions et avec l'espoir que,
cet après-midi, on termine l'étude de cet amendement-là. Alors, je ne sais pas
ce que vous en dites, M. le Président?
Le Président (M. Therrien) :
Est-ce qu'il y aurait consentement pour déposer un nouvel amendement? C'est ce
que je peux bien comprendre?
St-Arnaud : Effectivement, il y aurait consentement pour retirer l'amendement
de jeudi après-midi puis peut-être déposer...
Le Président (M. Therrien) : Attendez. Il y a consentement pour retirer l'amendement?
C'est bien ce que j'ai compris? Oui. Poursuivez, M. le ministre, oui.
St-Arnaud : Oui, M. le Président, et peut-être déposer un amendement
global, là, qui couvre toute la situation et
sur lequel on pourrait s'exprimer, et éventuellement, par la suite, bien, on
pourra ajourner à cet après-midi. Je vais
laisser le député de Fabre peut-être déposer son nouvel amendement et l'expliquer
et ensuite je pourrai commenter.
Le Président (M. Therrien) : D'accord. Est-ce qu'il y a consentement pour le
dépôt d'un nouvel amendement de la part du député de Fabre? Alors, M. le
député de Fabre, la parole est à vous.
M. Ouimet (Fabre) : Oui, mais je
veux juste m'assurer : Est-ce qu'on a des copies?
M. Ouimet (Fabre) : Ah! Il faut
aller faire des copies du document.
M. Ouimet
(Fabre) : Oui. Parce que,
là, seulement quelques personnes parmi nous ont le document, je pense,
surtout du côté gouvernemental, je pense.
Une voix : ...j'en ai deux.
M. Ouimet (Fabre) : Non, c'est que
ce n'est pas le même document, madame... Je peux faire la lecture de l'amendement,
dans un premier temps, le temps qu'on fasse des copies.
Le Président (M. Therrien) : D'accord.
M. Ouimet (Fabre) : Parce que c'est
la version longue.
Le Président (M. Therrien) : On vous
écoute.
M. Ouimet (Fabre) : Merci. Alors, l'amendement
se lit comme suit :
Le projet de loi est modifié par l'ajout, après
l'article 6, de ce qui suit :
«Modifications au Code civil du Québec.
Article 6.1. Le deuxième alinéa de l'article
2905 du Code civil du Québec est remplacé par ce qui suit :
«Elle ne
court pas, non plus, contre le mineur ou le majeur sous curatelle ou sous
tutelle à l'égard des recours qu'ils peuvent
avoir contre leur représentant ou contre la personne qui est responsable de
leur garde, ou à l'égard des recours qu'ils peuvent avoir contre
quiconque pour la réparation du préjudice corporel résultant d'un acte pouvant
constituer une infraction criminelle.»
Article 6.2. Le Code civil du Québec est modifié
par l'insertion, après l'article 2926, de l'article suivant :
Article 2926.1.
«L'action en réparation du préjudice corporel résultant d'un acte pouvant
constituer une infraction criminelle
se prescrit par 10 ans à compter du jour où la victime a connaissance que son
préjudice est attribuable à cet acte. Ce délai est toutefois de 20 ans
si le préjudice résulte d'une agression à caractère sexuel, de la violence
subie pendant l'enfance, ou de la violence d'un conjoint ou d'un ancien
conjoint.
«En cas de
décès de la victime ou de l'auteur de l'acte, le délai applicable, s'il n'est
pas déjà écoulé, est ramené à trois ans et il court à compter du décès.»
Article 6.3.
L'article 2930 de ce code est
remplacé par l'article suivant :
Article
2930. «Malgré toute disposition contraire, lorsque l'action est fondée sur l'obligation
de réparer le préjudice corporel
causé à autrui, l'exigence de donner […] préalablement à l'exercice d'une
action, ou d'intenter celle-ci dans un délai
inférieur à trois ans, 10 ans ou 20 ans, selon le cas, ne peut faire échec au
délai de prescription par le présent livre.»
Dispositions transitoires.
Article 6.4. La suspension de la prescription
prévue par l'article 2905 du Code civil, modifié par l'article 6.1 de la
présente loi, n'est applicable aux situations juridiques en cours qu'à partir
de l'entrée en vigueur de cet article.
Article 6.5.
Les délais de prescriptions prévus à l'article 2926.1 du Code civil du Québec,
modifié par l'article 6.2 de la présente loi, sont applicables aux
situations juridiques en cours en tenant compte du temps déjà écoulé.
dispositions de ce même
article 2926.1 du Code civil du Québec qui concernent
le point de départ du délai de prescription sont déclaratoires.
Président (M. Therrien) :
Merci, M. le député de Fabre. Alors, si je comprends bien, on va débattre de
cet amendement pour une période de 20 minutes par parti.
M. Ouimet (Fabre) : Oui. Mais, en
fait, si vous me permettez simplement d'expliquer la démarche.
Le Président (M. Therrien) : Oui,
allez-y. Allez-y, allez-y.
M. Ouimet
(Fabre) : Alors, tel que
mentionné précédemment, cet amendement s'inspire très, très largement du projet
de texte que le ministre nous avait distribué jeudi après-midi, à quelques
petites modifications près, là. C'est
des modifications de style. Mais je pense que... Et peut-être que je céderais
la parole au ministre pour, puisqu'au départ
le document initial venait du ministère de la Justice, nous expliquer les choix
qui étaient derrière le libellé proposé.
Le Président (M. Therrien) : La
parole est au ministre.
M. St-Arnaud : Oui, M. le Président. Bien, en fait, vous vous
rappellerez que... En fait, jeudi dernier, lorsque nous approchions de la fin de nos travaux sur le
projet de loi n° 22, le député de Fabre a proposé une série d'amendements,
dont un amendement qui
portait sur les recours… donc qui amenait un amendement au Code civil du Québec
concernant les recours civils intentés par des victimes à l'encontre de leur
agresseur. Et j'ai salué cette idée, là, d'arriver avec cet amendement parce qu'effectivement ça fait l'objet...
c'est une question sur laquelle je me suis engagé, comme ministre de la Justice, à poser un geste ce printemps. Et
normalement mon intention était de déposer dans les prochaines semaines
un projet de loi, avant l'ajournement du 14
juin, sur cette question des recours civils intentés par une victime à l'encontre
de son agresseur, notamment quant au délai de prescription de ces recours.
Alors, on
avait donc réfléchi, de ce côté-ci, là-dessus. Et là le député de Fabre nous
propose, via un amendement, de peut-être...
en fait, d'insérer ces dispositions-là dans le cadre du projet de loi
n° 22. Et je pense qu'effectivement il y a un certain lien entre...
Bien, en fait, il y a plus qu'un lien, là, on est dans le même esprit, M. le
Président, puisque, vous le savez, le projet
de loi n° 22 vise l'indemnisation des victimes d'actes
criminels, prévoit des délais pour faire des demandes d'indemnisation. Et l'amendement qui est proposé
par le député de Fabre vise à prévoir le délai… concerne les recours civils, donc les recours civils intentés par une
victime à l'encontre de son agresseur et prévoit les délais en ces
matières.
Essentiellement,
l'amendement du député de Fabre, qui reprend effectivement des discussions, là,
qu'on avait eues, fait essentiellement
ceci. Je peux vous dire, là, si on veut le résumer en quelques mots : Ça
porte de trois ans… Parce que présentement le délai de prescription
est de trois ans au Code civil. Il est porté de trois à 10 ans pour les actions
en réparation du préjudice résultant de tout
acte pouvant constituer une infraction criminelle. Ça, ça reprend
essentiellement ce qui était dans un projet
de loi déposé par mon prédécesseur immédiat, qui faisait porter… le projet de
loi n° 70, qui est mort au feuilleton à la dernière législature,
donc, fait porter de trois à 10 ans le délai de prescription.
L'élément
nouveau, M. le Président, c'est qu'on fait porter par contre, dans certains
cas, lorsqu'on parle d'agression à caractère sexuel, de violence
conjugale, de violence subie pendant l'enfance, le délai de prescription qui
est toujours de trois ans, dans ces cas
spécifiques ne serait pas de 10 ans comme pour les autres infractions
criminelles, mais, cette fois, serait de 20 ans. On pourra
éventuellement, quant au chiffre, peut-être même envisager de le mettre un peu
plus que 20 ans, là, mais disons que, pour l'instant, la proposition du député
de Fabre est de 20 ans, alors je vais me contenter
du texte tel qu'il le propose. Alors donc, 10 ans, délai de prescription pour
tous les actes criminels, sauf pour certains actes criminels que sont
les agressions à caractère sexuel, la violence conjugale, la violence subie
pendant l'enfance, où le délai de prescription passerait à 20 ans.
Élément
important qui était déjà prévu, si je ne m'abuse, au projet de loi n° 70,
la prescription ne court pas contre la personne mineure. Alors, si vous
êtes victime d'une agression sexuelle, par exemple, à 12 ou 13 ans, le délai de
prescription ne commence à courir pour un
éventuel recours civil qu'à l'âge de 18 ans. Donc, on suspend la
prescription à l'égard des mineurs et des
majeurs en tutelle ou en curatelle. Et on précise aussi l'arrêt.