Health and Social Services — 30 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-05-30
Quebec — Committees
(Quinze heures trente et une
minutes)
5917 <R> Le
Président (M. Merlini) : À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre,
s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte. Je
demande à toutes les personnes présentes dans la salle des
Premiers-Ministres de bien vouloir éteindre la sonnerie de tous leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 130, Loi modifiant certaines
dispositions relatives à l'organisation clinique et à la gestion des
établissements de santé et de services sociaux.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements
aujourd'hui?
La Secrétaire : Non, M. le
Président, il n'y a aucun remplacement.
Le Président (M. Merlini) :
Merci beaucoup. Avant de débuter la séance, je dépose donc deux lettres du Protecteur du citoyen, une m'étant adressée et
l'autre étant adressée au sous-ministre, que j'étais en copie, contenant
des commentaires additionnels concernant le projet de loi n° 130. Mme la
secrétaire va distribuer lesdites copies.
Lors de
l'ajournement de nos travaux, jeudi le 18 mai dernier, nous étions à
l'étude simultanée de l'article 11 et d'un amendement proposé par
M. le ministre introduisant l'article 11.1. Je vous rappelle également que
les articles 7, 8 et 9 ont été suspendus... non, pas les articles
eux-mêmes, mais l'étude des articles.
M. le ministre, la parole était donc à vous à ce
moment-là. Avez-vous d'autres interventions concernant les articles 11 et
11.1?
M. Barrette : Oui, M.
le Président. Évidemment,
compte tenu du fait que, lorsque nous avions terminé notre
débat, la semaine dernière, l'enjeu du débat
était l'indépendance du personnel qui était sous l'autorité du commissaire aux plaintes, et j'avais fait
état d'informations qui m'avaient été relayées par les gens de mon ministère
à l'effet que le Protecteur du
citoyen, la Protectrice en l'occurrence, considérait que ce que nous avions
déposé comme 11.1 livrait la marchandise et en termes d'indépendance du
personnel.
Alors, il
avait été convenu que je demanderais l'opinion officielle à la Protectrice, au Protecteur du citoyen, et que je
déposerais la lettre qui le confirmerait ou l'infirmerait. Alors, c'est la
lettre dont vous avez eu une copie vous-même, M. le Président, et que
vous venez de distribuer aux collègues il y a quelques instants. Et, M. le
Président, je vais en faire la lecture, je
pense que... pour ceux qui nous écoutent et qui n'ont pas l'image aujourd'hui. Mais, même s'ils l'ont, je pense qu'on doit l'entendre. Alors,
j'en fais la lecture.
L'objet de la lettre était l'amendement proposé
au projet de loi n° 130, Loi modifiant certaines dispositions relatives à l'organisation clinique et à la
gestion des établissements de santé et de services sociaux, donc, ce à quoi je viens de faire
référence il y a quelques instants. La lettre est adressée à M. le
sous-ministre en titre, M. Michel Fontaine :
«Je fais
suite à votre lettre du 19 mai qui découle des discussions tenues à
l'égard d'un amendement déposé par le ministre de la Santé et des Services sociaux, lors de la séance du 18 mai 2017, à la Commission de la santé et des services sociaux.
Celle-ci siégeait alors en étude détaillée au projet de loi n° 130, Loi — comme je viens d'indiquer, là, le
titre.
«Le Protecteur
du citoyen par intérim est intervenu, en février dernier, auprès de cette
commission dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 130. La première recommandation
portait sur le régime d'examen des plaintes
et plus particulièrement sur l'indépendance et l'exclusivité de fonction des
personnes agissant sous l'autorité du commissaire aux plaintes et à la
qualité des services ou du commissaire adjoint.
«C'est le
suivi à cette recommandation qui a été discuté en étude détaillée, lors de la
séance du 18 mai dernier de la commission.
«J'ai pris connaissance de l'amendement proposé,
déposé par le ministre en commission parlementaire, qui introduit au projet de loi un nouvel
article 11.1 qui modifie l'article 31
de la
Loi sur les services de santé et les services sociaux et pour
lequel vous sollicitez mon avis.
«Après
analyse, j'estime que l'amendement proposé répond adéquatement à la recommandation du Protecteur du citoyen.
«Je vous prie d'agréer, M. le ministre,
l'assurance de ma considération distinguée.» Signé : la Protectrice du
citoyen, Me Marie Rinfret.
Alors, M. le Président, donc, ceci confirme les propos que j'avais relayés à nos collègues
de la commission, et j'ose
penser que ça devrait clore le débat sur ce sujet-là, du moins sur cet article-là.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions? Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Oui, M. le Président. Alors, bien, j'apprécie la démarche qui a été faite par
le ministre de demander l'avis de Mme Rinfret, nouvelle Protecteur du
citoyen. Et je comprends que, du côté des amendements, par rapport à
l'indépendance et à l'exclusivité de fonction, il y a satisfaction du côté du
Protecteur du citoyen.
Maintenant,
l'enjeu était également dans la dimension qui s'ajoute au fait que du
personnel, donc, du personnel qui agit
sous leur autorité, pourrait ou non recueillir une plainte. Alors, depuis qu'on
s'est rencontrés, donc, depuis les dernières journées de nos travaux, 18-19 mai derniers, j'ai aussi discuté de
différentes situations avec des gens du terrain, des gens qui sont sensibilisés aux plaintes, et j'ai eu
l'occasion de constater qu'il peut y avoir... que les gens, par exemple, qu'on
peut préconiser comme étant du personnel
adjoint, là, le personnel qui recueillerait les plaintes, pourraient être, par
exemple, une infirmière coordonnatrice. Alors, je mets en situation une
famille, dont un proche, une mère, dans un CHSLD, et qui observe des
difficultés entre les soins que sa mère reçoit et le personnel infirmier qui
est responsable de ça.
Alors,
vous savez, quand on traite d'un commissaire aux plaintes, c'est très important
pour le public qu'il n'y a pas
l'ombre d'un doute que cette personne-là va être objective, qu'elle va être
dénuée de tout ce qui est non seulement un conflit d'intérêts — on présume que les gens qui vont être choisis vont être choisis
pour des qualités intéressantes — mais qu'il n'y ait pas de présomption ou d'apparence de
conflit d'intérêts. Or, imaginez-vous que cette personne-là aurait à
traduire sa plainte, donc on parle d'une fille qui...
Moi,
je peux vous parler, là, d'une situation, dans ma circonscription, où les
filles ont demandé que les dents de leur
mère soient brossées après chaque repas, puis, à 3 heures l'après-midi,
systématiquement, quand elles arrivaient, leur mère avait encore de la nourriture plein la bouche. Ils ont essayé de
différentes façons, ils ont fait des demandes, ils ont demandé aux
préposés, ils ont demandé à l'infirmière, ils ont demandé à la coordonnatrice,
et là ils sont arrivés au bureau de la
députée en disant : Pouvez-vous faire quelque chose? Bien, vous comprenez
que l'enjeu principal, ultime, c'était
avec la directrice des soins infirmiers que ça avait eu lieu cette... là,
c'était leur instance suprême. Alors, imaginez qu'on leur dise : Bien, écoutez, la directrice des soins infirmiers
qui est là n'a pas pu vous aider, mais on vous réfère à du personnel au
commissaire aux plaintes, qui est une infirmière qui est employée dans
l'établissement pour lequel vous voulez porter plainte. Alors, il y a un
problème à ce niveau-là, et je pense que c'est cet enjeu-là qu'il faut
reconnaître.
a saisi que le ministre avait bien compris l'importance de... Et il faudrait
qu'il nous explique comment il va la démontrer,
cette indépendance et l'exclusivité de fonction des personnes, là. Ça, j'aurai
des questions à lui poser là-dessus. Mais
il reste encore l'enjeu de dire : Qui recueille la plainte? Parce que
c'est le moment le plus crucial. Qui est là pour accueillir un simple citoyen? Pourtant, c'est un grand citoyen mais qui
se sent très petit quand il arrive pour porter plainte, en ayant peur que cette plainte-là ait des
conséquences négatives sur les proches qu'il veut défendre et qu'il veut protéger.
Alors
donc, c'était juste pour mettre en perspective le fait qu'on va travailler encore sur d'autres dimensions.
Mais j'aimerais juste que le ministre nous
précise de quelle façon il prévoit
concrètement améliorer ou démontrer
l'indépendance et l'exclusivité de fonction des personnes qui vont agir sous
l'autorité du commissaire aux plaintes.
Le Président
(M. Merlini) : Merci. M. le ministre.
M. Barrette : M. le
Président, j'ai de la difficulté
à maintenant suivre notre collègue dans son questionnement.
L'article 11.1 vient définir d'une façon claire, nette, et précise, et
légale que les membres du personnel qui se retrouveront
sous l'autorité du commissaire ou de la commissaire aux plaintes et à
l'appréciation de la qualité, ainsi que du commissaire adjoint, vont être indépendants. C'est ce qui vient d'être établi... c'est ce qu'établit
11.1 et c'est ce qui vient d'être confirmé par la Protectrice du
citoyen.
Alors
là, notre collègue me pose la question : Comment je vais faire pour le
démonter? Donc là, c'est comme un argument
circulaire. 11.1 vient le déterminer dans les faits. Que puis-je faire de plus
que de mettre en place un article, dans la loi, qui statue... qui
stipule, pardon, nominativement que ces personnes-là ont une exclusivité de
fonction, sont indépendantes, ce qui est confirmé par la Protectrice? Je ne
peux pas faire plus que ça, là.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
On va y aller très concrètement, très, très concrètement, là. On est sur le
terrain, et, le ministre, il faut qu'il nous
précise comment, dans les faits, pour les gens qui écoutent — aujourd'hui, ils ne nous voient pas,
mais ils nous écoutent — comment
il va définir l'indépendance. Ça va être comment qu'on va reconnaître que quelqu'un est indépendant? Alors, qui le ministre
voit-il comme membre du personnel qui pourrait être engagé et qui aurait
une indépendance?
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, je pense que, là, comment dirais-je, on s'éloigne de la portée
d'un projet de loi. 11.1, là, au deuxième
alinéa, dit clairement ceci : Par l'insertion, à la fin du deuxième
alinéa, de «et que le personnel qui
agit sous leur autorité n'exerce aucune autre fonction au sein de l'établissement».
Bon, la loi ne prévoit pas comment le commissaire
local aux plaintes et à l'amélioration de la qualité va engager son personnel.
Il n'y a pas de projet de loi, là, qui
prévoit ce genre de choses là. Dans l'organisation, là, le commissaire local
aux plaintes va s'adjoindre du personnel, selon les modalités qui seront définies dans l'institution, et ces
personnes-là qui seront sous son autorité jouiront d'une indépendance
complète, une exclusivité de fonction.
Alors là, c'est comme si
notre collègue me demandait comment le commissaire, dans chaque institution, va
engager son personnel. J'imagine qu'après elle va peut-être me demander :
Est-ce qu'il va faire les entrevues, pas d'entrevues, et ainsi de suite? Ce
n'est pas prévu à la loi, là, ça, d'une part.
Mais, d'autre part, bien, je ferai remarquer aux
collègues que la commissaire aux plaintes n'a pas mentionné de problématique à
cet effet-là, ne fait aucunement mention de cette problématique-là, d'une part.
Et, d'autre part, à la fin, pour ce qui est
de la procédure d'examen des plaintes, bien, la procédure d'examen des
plaintes, bien, en quelque
part va
venir préciser tout ça. Là, aujourd'hui, pour ce qui est de l'embauche du
personnel, ce n'est pas quelque chose qui actuellement est prévu dans cet
article-là.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre : Bien, M.
le Président, jusqu'à maintenant, le projet de loi n° 10, il parlait de commissaire local et de commissaire local adjoint aux plaintes,
que le ministre a rajouté. Et là le ministre ajoute : au commissaire local
adjoint du personnel qui agit sous leur autorité. Alors,
quand, comme législateur, il ajoute ça, il doit avoir en tête qui, dans le personnel, serait éligible. Parce que c'est lui
qui choisit, là. Il aurait pu dire : Et de médecins qui agiront sur leur
autorité, ou d'infirmières qui agiront sous
leur autorité, ou de personnel technique, ou du personnel clérical, ou des
archivistes. Il doit savoir à qui il fait
référence quand c'est le personnel. Et, quand les P.D.G. vont l'appeler pour
lui dire : Est-ce que
c'est correct, si j'engage cette
personne-là?, est-ce que ça rentre dans les critères?, il va falloir, pour
qu'on puisse déterminer l'indépendance et l'exclusivité de fonction, qu'il
y ait des balises autour de ce personnel-là.
Alors, est-ce que
le ministre peut nous donner quelques exemples de balises
qu'il voit pour le personnel qui agirait sous l'autorité d'un
commissaire local adjoint et d'un commissaire local aux plaintes?
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre.
M. Barrette : À l'exception des médecins, n'importe quelle
autre catégorie de personnel peut se retrouver dans cette situation-là, d'une part. Et lorsqu'on a fait la loi n° 10,
on a voulu, évidemment, conserver et protéger la fonction de commissaire local aux plaintes et de commissaire
local adjoint, tout en sachant que, la structure étant devenue ce
qu'elle est, que ces personnes-là allaient
devoir s'adjoindre du personnel pour assumer la totalité de leurs fonctions et responsabilités. Alors, la loi n° 10,
elle été écrite pour qu'effectivement le commissaire
local aux plaintes puisse s'adjoindre du personnel.
Et là je sens
qu'on va bientôt revenir dans la même dynamique voulant que ce ne soient que
des commissaires et jamais quelqu'un
d'autre. Alors, nous avions prévu qu'il y aurait du personnel complémentaire,
d'appui, collaborateur, avec le
commissaire local aux plaintes et le commissaire adjoint, à qui on devait
s'assurer l'indépendance et l'exclusivité de fonction, ce que nous avons fait. Alors, je vois, là, qu'on s'en va vers
un argumentaire pour justifier que ça ne soit que des commissaires. Bon,
je pense qu'on revient à un débat qu'on a eu pendant de longues minutes, là,
précédemment. Je suis prêt à le refaire, là.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
Je vois une distinction importante dans la terminologie du personnel qui agit
sous l'autorité avec certaines fonctions qui m'apparaissent être non
appropriées pour maintenir la crédibilité et le lien de confiance qu'un
commissaire doit inspirer. Et ce personnel-là qui agit sous leur autorité,
bien, on le sait, il y a des contextes qui vont faire que, parfois, on va peut-être être obligé de prendre du personnel
qui est moins bien formé, qui n'a pas une bonne approche, une approche,
en tout cas, préparée pour réaliser des entrevues de cette nature-là.
Un commissaire, c'est quelqu'un qui, par
définition, a un statut où il s'impose un devoir complet de parfaite
indépendance et de parfaite... en fait, qui s'empêche de prendre parti pour une
ou pour l'autre et qui va chercher les informations
les plus objectives possible, ceci dans un contexte où les gens qui les
transmettent sont souvent dans un état émotionnel particulier. Alors, ça
prend des compétences. On ne peut pas s'improviser être une bonne personne qui recueille des plaintes. Ça prend des compétences,
ça prend... et il y a des gens qui ne pourront probablement pas... Moi, j'aimerais que le ministre me dise, là :
Est-ce que n'importe qui, dans le personnel qui va agir sous leur autorité,
pourrait être le personnel qui recueillerait les plaintes? Est-ce qu'il y a des
façons de caractériser ça?
Et moi, je
pense que, si on est au niveau de recueillir les plaintes... Après ça, là, les
dactylographier, les mettre sur ordinateur,
les archiver, il y a plein d'éléments qui peuvent être effectivement faits par
d'autres membres du personnel. Mais
il y a une
partie qui est le moment où on recueille l'information. Ça,
clairement, ça appartient à un commissaire qui a l'indépendance complète, c'est-à-dire... et une compétence par rapport
à l'expérience qu'il a et par rapport à la compréhension qu'il a de son
mandat de son statut de commissaire. Et ça, je ne pense pas que ce soit
n'importe quel membre du personnel qui puisse présumer avoir ces qualités-là.
Et un
commissaire qui confierait la
partie de la... de recueillir la plainte, ça
m'apparaît être à du personnel, donc, et
on ne le précise pas, là, qui agit sous leur autorité. Il peut y avoir
plusieurs niveaux hiérarchiques de
personnel qui agissent sous
l'autorité. On a quelqu'un en congé de maternité, finalement, on dit :
Bon, bien, regarde, ce n'est pas toi, c'est un autre, et on a quelqu'un qui est malade cette journée-là, c'est quelqu'un
d'autre. Il faut qu'on définisse quelles sont les possibilités
des gens, quels sont les qualificatifs des gens, les qualités, les compétences
qui sont nécessaires pour être capables de recueillir une plainte. Moi, je suis
convaincue de ça.
Puis il me
semble que le ministre, il doit comprendre aussi que c'est quelque chose de sensible, cette portion-là, et que, même si... Le personnel, quand on dit qu'il va assurer
l'indépendance et l'exclusivité de fonction, ça peut être
une personne très
discrète, là, on ne remet pas ça en question, la personne qui ne racontera pas
la plainte qu'elle a entendue, qui n'en
parlera pas. Mais est-ce qu'elle va avoir la compétence pour traduire
correctement la situation? Moi, je
pense que, ça, c'est une compétence
qui appartient à un commissaire, à quelqu'un qui a un statut et peut-être même des
formations.
J'imagine
qu'il doit y avoir des formations actuellement, quand on est commissaire aux plaintes ou
qu'on a des compétences de quelqu'un qui a une compréhension des enjeux
d'arbitrage... pas d'arbitrage, mais, oui, jusqu'à un certain point, d'analyser, de
porter un jugement sur une situation qui est décrite quand deux parties
différentes, des fois plus, apportent une vision différente d'une
situation critique.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, je trouve ça un peu malheureux d'entendre ces propos-là. Je comprends le
contenu des propos, mais je les
trouve un peu malheureux parce que c'est un peu porter un jugement sur un
certain nombre de catégories de personnel
quant à leur capacité de recevoir ou de colliger une plainte, là. Je m'inscris
totalement en faux, quand notre collègue dit qu'il faut avoir une
compétence extrêmement pointue, à toutes fins utiles, pour recueillir une
plainte.
Et je rappellerai à notre collègue qu'une
plainte, ça commence par être recueilli factuellement, et ce qu'une personne recueille, lors de la réception de la
plainte, ce sont les faits tels que vécus ou perçus par une personne. Il
faut avoir fait ça une fois dans sa vie, là,
ce que j'ai fait, moi. La personne qui est là, sa qualité première est d'être
neutre et réceptive pour écrire sur
une feuille de papier qui va être consignée... pas consignée, mais qui va être
cosignée par le plaignant ou la plaignante pour confirmer que le texte qui
est écrit, recueilli, confirme... pas confirme, mais concorde avec ce qui a été
dit par la personne.
Alors, le
recueil de la plainte, c'est un événement documentaire qui exige, sans aucun
doute, une personnalité qui s'y
prête. Maintenant, le jugement de la plainte, il est porté par la commissaire
ou le commissaire, c'est comme ça que ça se passe. Et notre collègue va sans doute être surprise d'apprendre
qu'il n'y a pas de formation particulière pour devenir commissaire aux
plaintes. Il n'y en a pas. Il n'y a pas de cours de commissaire aux plaintes,
il n'y a pas de prérequis particulier. Il y
a, comme on dit souvent, dans tous les domaines du travail, des atouts, mais il
n'y a pas de compétence définie, précise qui permet à une personne ou
une autre d'être éligible.
Évidemment,
l'expérience, c'est toujours quelque chose qui va être pris en considération.
Je ne pense pas qu'on puisse être
commissaire local aux plaintes le premier jour où on oeuvre dans le système de
santé, hein, je ne pense pas. Il faut
quand même avoir une certaine connaissance. Et après ça, bien, il y a
l'expérience de la personne, sa compétence dans divers domaines, jugement, et ainsi de suite. Quand on parle aux
commissaires aux plaintes, beaucoup ont appris un peu à l'usage, et
c'est correct, et c'est comme ça aussi que ça se transmet aux uns et aux autres
dans cette chaîne de traitement là des plaintes.
Et, quand
j'écoute, encore une fois, notre collègue, ça revient encore une fois à un
argumentaire qui vise à ce que toutes les personnes, dans le cheminement
du traitement d'une plainte, soient des commissaires aux plaintes. Et j'ai expliqué précédemment les raisons pour lesquelles
ça ne nous apparaissait pas la voie souhaitable. Et par contre nous
étions d'accord, je le suis encore aujourd'hui,
avec la nécessité, pour les mêmes raisons qu'évoque la collègue, d'avoir des
gens qui sont indépendants. Et, encore une
fois, c'est ce que nous avons prévu à
11.1 et qui a été confirmé par la Protectrice du citoyen dans la lettre
qui nous a été distribuée à l'instant.
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Oui. En fait, M. le Président, j'entends que le ministre essaie de me faire
dire que je veux des commissaires
partout. Je pense qu'on l'a dit, avec les CISSS et les CIUSSS, il y a une
centralisation, mais à des endroits où il
y avait des commissaires aux plaintes localement sur un endroit... Moi, je
pense qu'il faut garder une certaine proximité, une accessibilité facile
aux commissaires. On en a parlé la dernière fois. C'est sûr que, si je suis
quelqu'un qui habite Longueuil puis que le
seul endroit où ce que je peux aller porter plainte sur mon territoire de
CISSS, c'est Saint-Hyacinthe, ce n'est peut-être pas aidant. Et donc, à
partir du moment où, dans le CISSS de la Montérégie-Est, on a Longueuil, Saint-Hyacinthe puis Sorel, ce n'est peut-être pas
un luxe d'avoir un commissaire à chaque endroit ou un commissaire local
adjoint.
Maintenant,
entre ça et ce que le ministre dit que je dis, et que je ne dis pas dans le
fond... C'est qu'il dit que je veux
qu'il y ait un commissaire qui s'occupe du traitement de la plainte du début
jusqu'à la fin dans toutes ses étapes. Ce n'est pas ça. Il y a un moment crucial qui est recueillir la plainte. Et
ça, je vais donner comme exemple au ministre les ordres professionnels. Les ordres professionnels, quand quelqu'un veut
porter plainte, il ne porte pas plainte à la directrice générale, il ne
porte pas plainte à une secrétaire. Il porte plainte à quelqu'un qui a un
statut, un statut de syndic ou de syndic adjoint. C'est parce que ces gens-là
sont imputables d'une responsabilité particulière. Ils sont redevables de cette
responsabilité-là. Ils sont exposés à un grand nombre de cas, ce qui effectivement
contribue à développer leurs compétences.
Alors
moi, je dis que la demande qu'on va faire, c'est sûr, c'est qu'il y ait, au
niveau du moment de recueillir les plaintes,
un statut de commissaire. Mais ce que je demande au ministre... Mais ça ne veut
pas dire qu'une fois que c'est recueilli
il n'y a pas des choses qui peuvent être déléguées à du personnel clérical, du
personnel même juriste sur certains endroits.
Il va falloir conseiller, demander conseil. On peut aller chercher de
l'information, on peut aller... Mais la portion enquête, on comprend bien que ça ne peut pas être quelqu'un qui est en
apparence de conflit d'intérêts et qui va se mettre à circuler sur le département pour aller poser des
questions. Ça ne peut pas être ça. Il faut que ce soit quelqu'un qui a
un statut qui puisse inviter des gens à
venir compléter l'information, à venir contre-vérifier l'information qui lui a
été dite. Et il
faut que cette personne-là qui va venir témoigner, elle n'ait pas de lien
affectif de travail antérieur ou de liens qui vont faire en sorte qu'elle va être dans une situation où
clairement son... ne serait-ce que du point de vue du citoyen qui porte
plainte, il y ait une apparence de conflit.
Alors
moi, je demande des exemples de critères, je pense que c'est tout à fait
justifié, qui feraient en sorte que des membres du personnel seraient
éligibles ou ne seraient pas éligibles. Est-ce que le ministre peut me donner
quelques exemples de personnel qui ne serait pas éligible quant au caractère,
là, de l'indépendance qui a été reconnue et l'exclusivité
de fonction? Est-ce que le ministre peut me donner... parce que tantôt, il a
dit : Les médecins, non, mais les autres,
oui. Donc, est-ce que je comprends que ça pourrait être n'importe quelle
personne autre? Ce n'est pas nécessaire de me nommer une catégorie de personnes, mais une situation qui ferait
que cette personne-là, elle serait rejetée, si elle appliquait, comme
membre du personnel, pour être membre de ce personnel qui éventuellement, selon
la lecture du ministre, pourrait recueillir une plainte.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette : Alors, M.
le Président, on retiendra que notre
collègue a dit que j'essayais de lui faire dire qu'il fallait avoir un commissaire aux plaintes partout. Mais
elle vient de nous dire qu'elle veut un commissaire aux plaintes formel pour recueillir la plainte. Alors là, je me fais
reprocher de vouloir lui faire dire une chose, puis elle le dit. Alors, c'est
assez intéressant comme concept, là.
Mme Lamarre :
Mais il y a beaucoup d'autres choses, M. le Président, à faire, à part
recueillir la plainte.
M. Barrette :
Bien oui, mais... M. le Président, je pense que c'est moi qui ai la parole.
Le Président (M. Merlini) :
S'il vous plaît! S'il vous plaît! On n'interpelle pas de part et d'autre de la
table. M. le ministre, si vous voulez continuer.
M. Barrette : Bon. Alors, notre collègue nous a dit
formellement qu'elle allait probablement nous proposer un amendement. Elle a évoqué ça.
Elle va arriver avec quelque chose qui va aller dans la direction, donc sans aucun
doute un amendement, qui va faire
en sorte que le recueil de la plainte
sera fait par un commissaire. Moi, je suis en total désaccord avec cette
position-là. À ce moment-là, il n'y a plus besoin... c'est des commissaires
partout, là. Je comprends que la secrétaire,
ça ne sera pas un commissaire, là, mais tous les gens dans la ligne sont des
commissaires, et je me suis exprimé clairement là-dessus.
Maintenant,
pour ce qui est du personnel, je n'ai
pas à donner un exemple de quelqu'un qui ne le serait pas, tout le monde l'est, pas les médecins parce que ce sont
des professionnels qui sont un peu externes à la chose, là, ou impliqués
directement. Alors, M. le Président, je le
répète, là, le commissaire aux plaintes, le commissaire local adjoint aux
plaintes, dans notre loi, a la possibilité
de s'adjoindre du personnel qui doit avoir une exclusivité de fonction, une
indépendance, et libre à eux de sélectionner
le personnel. Rappelons que ces gens-là se rapportent directement au conseil
d'administration, qui, par définition, a la responsabilité de s'assurer que les
gens qui sont nommés à ces différents postes-là aient les compétences appropriées. S'il n'a pas de
compétences formelles, au moins les aptitudes ou l'expérience appropriée
pour exercer ces fonctions-là, il a des comptes à rendre. Alors, c'est tout.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
Bien, je me demande pourquoi pour le ministre c'est si clair que ça ne peut pas
être un médecin puis que ce n'est pas
aussi clair que ça ne peut pas être une infirmière qui travaille dans le même
CISSS ou CIUSSS ou qui vient juste de quitter un poste dans le même
CISSS ou CIUSSS. Est-ce que le ministre peut m'expliquer pourquoi il voit une
différence entre les deux?
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, parce que, M. le Président, je pense que le rôle du médecin dans cette
chaîne-là se situe à l'étage du
médecin examinateur, d'une part. D'autre part, M. le Président, je peux vous
assurer que les chances de trouver un médecin qui accepterait de
recueillir des plaintes comme fonction et comme travail sont nulles. Je ne
pense pas qu'il y ait de débat à faire
là-dessus, là. Je ne vois pas le jour où on aura des médecins qui vont
simplement recueillir des plaintes, leur fonction étant à un autre
étage.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée.
Mme Lamarre :
Et pourquoi une infirmière?
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Et pourquoi pas?
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre, pour la réponse.
M. Barrette :
Pourquoi pas?
Le Président
(M. Merlini) : Parce que, là, on est en audio seulement, alors il
faut prendre le temps d'activer le micro.
M. Barrette :
Oui, vous avez raison. Et pourquoi pas?
Mme Lamarre :
Bien, j'essaie de voir, j'essaie de voir.
Le Président
(M. Merlini) : Mme la députée.
Mme Lamarre :
Merci, M. le Président. Parce que ça a l'air à être clair, clair, clair pour le
ministre que ça ne peut pas jamais
être un médecin mais que ça pourrait être une infirmière. L'infirmière, elle
est très présente sur les étages dans
les hôpitaux, elle a souvent des liens importants avec des collègues de
travail. Et moi, je pense qu'il y a des risques, effectivement... Et les
plaintes ne viennent pas toujours seulement à l'endroit du médecin, ça vient
parfois à l'endroit du personnel infirmier aussi. Alors, j'essaie juste que le
ministre me précise, là, qui il voit et comment il fait ça.
Moi,
je vais lui donner une suggestion, peut-être que ça, ça pourrait être quelque
chose qui l'intéresse, mais est-ce que,
puisqu'il insiste pour aller du côté personnel, moi, je persiste à dire que,
pour recueillir les plaintes... Et recueillir les plaintes, il y a
beaucoup d'autres éléments à
part le moment... Dans le fond, c'est une heure ou
deux où on recueille l'information avec le
patient ou avec son proche aidant. Ça, ça ne m'apparaît pas être abusif
d'exiger que ce soit quelqu'un qui a
un statut de commissaire. Et après ça la vérification des informations, la
validation, ça, c'est sûr qu'il y a d'autres personnes qui peuvent y travailler à l'intérieur de l'établissement.
Mais je vois, par exemple, comme critère, et je me dis que le ministre pourrait y penser, mais ça
pourrait être du personnel qui origine de l'extérieur de ce CISSS ou de ce
CIUSSS là, par exemple. Ça, ça nous protège déjà un peu de certains liens
antérieurs de collégialité, de gens qui ont travaillé ensemble, de gens qui
disent : Bien, écoute, je ne te ferai pas ça, tu es mon ami, tu es venu dîner
chez nous en fin de semaine, c'est sûr que
je n'irai pas plus loin dans la plainte. C'est ça qu'on veut. On veut donner à
la population la certitude que ce
genre de situation là... parce que le citoyen qui vient présenter la plainte
pour sa mère ou pour son père, si on prend l'exemple d'un CHSLD, il ne le sait pas, lui, si cette personne-là, elle
a un lien avec le reste du personnel. Et donc je pense que, si on veut s'assurer qu'on maintient
l'indépendance et l'exclusivité de fonction, il faut déjà avoir en tête
comment on va la définir, cette indépendance-là et donner des indices et des
pistes à ceux qui vont employer ce personnel, aux commissaires, de qu'est-ce qui est un facteur acceptable et qu'est-ce
qui n'est pas un facteur acceptable pour l'éligibilité de ce personnel
que le ministre voudrait voir capable de recueillir des plaintes.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, je pense qu'il y a peut-être une incompréhension de ce que
j'ai dit, là. Il n'y a absolument rien dans
les règles qui empêcherait un médecin d'être à l'étage, on va dire ça comme
ça — il y a
quand même une hiérarchie dans cette procédure-là — de
recueillir des plaintes, absolument rien, absolument rien. Tout comme il n'y a
absolument rien qui empêcherait une infirmière d'être commissaire aux plaintes.
Il n'y a absolument rien qui empêche ça.
Tout comme il n'y a absolument rien qui oblige que les personnes qui soient
sous l'autorité du commissaire aux plaintes, que ces personnes-là soient
dans le CIUSSS lui-même parce qu'ils peuvent venir de l'extérieur.
Mais
on boucle la boucle, là. Tout l'argumentaire de notre collègue vise à faire en
sorte... et c'est clair, là, chaque intervention
pointe vers ça, et les dernières interventions qui ont été faites ont quasiment
été nominatives. Il faut qu'il y ait des
commissaires aux plaintes à peu près partout. On comprend qu'on ne demande pas
que le commissaire aux plaintes soit
la personne qui dactylographie à l'ordinateur les textes, on comprend ça. Mais
tous les autres, il faut que ce soient des commissaires aux plaintes. Et
là les exemples sont donnés, là, ce n'est pas compliqué, là, il ne faut pas
qu'ils se connaissent, et là on en arrive au souhait de certaines personnes qui
voudraient avoir ce que j'ai qualifié, de façon caricaturale mais tellement vraie, à une régie des plaintes totalement
externe au réseau. C'est de ça dont on parle. C'est ça qui s'oppose, ici, là. Tout l'argumentaire de
notre collègue vise à n'avoir que les commissaires et avoir une structure
qui est 100 % détachée de
l'organisation qui est le CISSS, le CIUSSS ou l'établissement non fusionné.
Chaque argument nous amène là. Le
projet de loi n° 130, pour les articles qui traitent des plaintes, va dans
la direction de la situation actuelle.
On comprend qu'un
avocat connu est venu nous faire la promotion, en consultations publiques, d'un
modèle où on a — encore une fois, c'est caricatural — une régie externe de traitement des
plaintes. Le choix que l'on fait, il est dans 130. Et c'est ça, le projet de loi. Alors, je veux bien, là, qu'on
me construise un argumentaire pour aller dans l'autre direction qui n'est pas notre choix, mais je le dis
formellement, M. le Président, nous n'irons pas là. Nous ne créerons pas
une structure nouvelle parallèle. Alors, conséquemment, dans la structure
actuelle, nous nous assurons que les gens soient indépendants, aient
l'exclusivité de fonction, et c'est à l'organisation de nommer des personnes
selon leur bon jugement, et j'irais même jusqu'à dire qui ont du bon jugement.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
M. le Président, je veux juste rappeler au ministre qu'il n'y a pas eu que le
Protecteur du citoyen ni que Me Ménard, dont il a...
Mme Lamarre :
... — non,
mais on en avait parlé la dernière fois — qui avait manifesté clairement son
opposition à ça. Il y a le RPCU, qui est le
Regroupement provincial des comités des usagers. Ça, là, ce sont les gens qui
sont à très grande proximité de ceux
qui vivent ce qui se passe dans un établissement et qui sont à même, parfois,
d'être les premiers qui sont informés
parce qu'ils circulent sur les étages et ils reçoivent... Le RPCU, là, il est
très dynamique, et puis les gens sont
sur le terrain, et les gens, ça circule, et là tout à coup ils rencontrent une
famille qui est en détresse, ils rencontrent quelqu'un qui a quelque chose à dénoncer ou dont il est insatisfait. Et
le RPCU, ce qu'il nous dit, il écrit : «Le RPCU ne comprend pas ce que veut dire "peut
agir". Quelles tâches peut-on lui confier? — quand on parle du personnel. La réception des plaintes? L'accompagnement
des usagers? L'analyse de la plainte?
«Certaines de ces tâches ne peuvent qu'être
déléguées qu'au commissaire adjoint en vertu de l'article 30.
«En ne
faisant que cet ajout cosmétique, le ministre passe à côté des vrais problèmes qui sont l'accompagnement et la gestion des
plaintes.»
Alors, moi, je pense
que, clairement, le regroupement des usagers a aussi des réserves par rapport à ce personnel supplémentaire. Et, quand ils disent que ça devrait être réservé
aux commissaires adjoints ou aux commissaires, bien, je pense
qu'il rejoint exactement ce que je préconise depuis plusieurs,
plusieurs minutes, en
tout cas, maintenant,
et on est dans recueillir, la
réception des plaintes, alors la réception des plaintes. Parce qu'après ça,
dans l'accompagnement des usagers, je
pense que le RPCU peut très bien
s'impliquer. L'analyse de la plainte, il peut y avoir une collaboration avec du personnel, mais on reconnaît la même préoccupation que j'ai par rapport à la réception des plaintes : qui va
recueillir?
Et je voudrais que le ministre me dise pourquoi
il ne veut pas que ce soient seulement des commissaires qui recueillent les plaintes. Parce que,
je le répète, là, recueillir la plainte, c'est une heure, deux heures de travail.
Je ne sais pas combien il y en a dans une semaine, là, mais il me semble
que ce n'est pas un travail qui est incompatible avec l'exécution des fonctions du commissaire. Au contraire, ça devrait être
le coeur de son action. Alors, pourquoi le ministre pense que ça va absolument
prendre du personnel? Parce qu'il va y avoir trop de plaintes? Est-ce qu'il va
y en avoir tellement que les commissaires vont être débordés, qu'ils
ne pourront pas être ceux qui reçoivent ces plaintes-là? Est-ce que c'est ça que le ministre redoute? Moi, je veux
juste comprendre pourquoi il est sûr qu'il va falloir que ce soit du
personnel autre qu'un commissaire qui recueille ces plaintes-là.
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre.
M. Barrette : Bien, premièrement,
M. le Président, parce que les commissaires aux plaintes l'ont demandé. Les commissaires aux plaintes, je les ai moi-même
rencontrés, et les commissaires aux plaintes nous demandent d'avoir ça eux-mêmes. Et les commissaires aux plaintes n'ont pas du tout, du tout, du tout la même vision de la chose. Alors là, c'est assez intéressant parce que
notre collègue nous présente une vision qui n'est pas la même
que celle du commissaire aux plaintes. Bien là, c'est un choc. Les
commissaires aux plaintes, là, ne nous demandent pas que la personne qui recueille la plainte soit un commissaire aux
plaintes. Alors, et je le redis, on a ici deux visions, deux écoles : un
argumentaire pour créer un univers
parallèle, totalement séparé de l'institution dans laquelle
elle règne, que les commissaires aux plaintes. Alors là, on ne s'entendra jamais, c'est clair, parce que ça, ça devient, là,
une guerre de clochers dans le sens pur du terme : la vision selon
A versus la vision selon B. Alors, les commissaires aux plaintes, qui ont l'obligation
de traiter et de conclure la plainte, il faut quand même réaliser que ces
gens-là ne peuvent pas tout faire, d'une part.
Pour ce qui
est du RPCU, le RPCU ne veut pas jouer le rôle de commissaire aux plaintes, ce
n'est pas comme ça. Le RPCU voudrait faire l'accompagnement des
plaintes. C'est ça qu'il propose, l'accompagnement des plaintes. Or, s'ils font
l'accompagnement des plaintes après avoir recueilli la plainte, parce que c'est
leur position, bien là, là notre collègue prend une citation qui vient contredire sa
position. Le RPCU ne demande pas d'être des commissaires aux plaintes,
ils veulent la recueillir et faire l'accompagnement. Exactement le contraire de
la position que notre collègue défend.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée de Taillon, il vous reste neuf minutes à ce
bloc.
Mme Lamarre : Oui. On avait, en fait, je pense,
demandé, M. le Président, de recevoir des commissaires aux plaintes dans
le cadre des groupes que nous avions
contactés, et on m'informe que ça a été refusé par le ministre.
Moi, je pense que ça aurait été quelque
chose de très intéressant, d'entendre les commissaires aux plaintes parce que, dans le projet
de loi n° 10, clairement, on avait prédit, on avait informé,
on avait mis en garde le ministre à l'effet que de concentrer, de centraliser plusieurs établissements physiques — donc
des CLSC, des CHSLD, des centres jeunesse, des hôpitaux — sous un grand établissement avec un
commissaire, c'était trop puis ça déborderait. Alors, c'est sûr que ça déborde,
et là les commissaires, aujourd'hui, ils ont des choses à dire.
ministre nous dit : Ils veulent avoir de l'aide. Moi,
je suis tout à fait d'accord, on l'avait prédit. Ils sont
débordés, les commissaires aux plaintes, et
ils n'ont pas tout ce qu'il faut pour faire le travail qu'ils ont à faire. Et,
tant mieux, je pense que
l'accompagnement des plaintes, ça fait
partie de leurs responsabilités, mais recueillir les plaintes aussi. Et moi, comme le ministre
a refusé qu'on puisse entendre des commissaires aux plaintes, j'aurais aimé ça
entendre de leur bouche qu'eux, ils ne
trouvaient pas ça important que ce soit eux qui recueillent les plaintes. Là,
pour l'instant, je ne l'ai pas
entendu, ça. Et ce que je comprends, c'est que ce moment-là de recueillir une
plainte, c'est un moment crucial dans l'objectivité
qu'on veut donner à ce processus-là parce
que tout ce qu'on fait, là, c'est
donner confiance aux gens dans un processus.
On dit : Là, les gens, ça va mal. Et, on le répète, quand quelqu'un
trouve que ça va mal à l'hôpital avec son proche,
ou dans un CHSLD, ou dans un centre jeunesse, on comprend que ce sont des
moments très, très, très
sensibles, des situations
très, très sensibles, et ces gens-là ont peur quand ils vont
pour prendre une plainte. Très souvent, d'ailleurs, ils vont attendre que la personne soit décédée
pour porter plainte dans un CHSLD
parce qu'ils ont peur que leur parent, leur proche soit victime de la plainte
qu'ils sont en train de faire.
Donc,
ce qu'on recherche, c'est vraiment un mécanisme qui va rassurer la population,
qui va rassurer les gens qui vont
prendre leur courage à deux mains puis dire : Là, là, ça déborde. Et à
travers ça, qu'est-ce qu'on vise tous? C'est améliorer notre processus. On ne cherche pas de coupables, mais on se
dit : S'il y a ce genre de situation là qui se passe, et qui est
dénonçable, et qui doit être corrigée, bien, il faut qu'on puisse avoir un bon
mécanisme de réception des plaintes qui est
considéré comme neutre, qui est considéré comme objectif. Alors, c'est ce qu'on
demande, donc. Si le ministre est
d'accord pour qu'on reçoive des commissaires aux plaintes, bien, moi,
j'aimerais entendre les commissaires aux plaintes pour qu'ils nous
disent qu'est-ce qu'ils voient comme options.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
Bon, évidemment, il n'y aura pas de consentement pour ce genre de rencontre, M.
le Président. Pourquoi? Parce que tout le raisonnement de notre collègue
est basé sur le fait que, dans sa perception, le système de traitement des plaintes qui existe aujourd'hui
n'est pas bon. Parce qu'attention, là, le système de traitement des
plaintes qui existe aujourd'hui, il n'a pas été créé à la loi n° 10, il
existait déjà. Et il y a...
M. Barrette :
Bien oui, mais il existait déjà, là. Je vois...
Mme Lamarre :
...amputé.
Président (M. Merlini) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Pas
d'interpellation entre les membres de la table. M. le ministre.
M. Barrette :
Merci de me permettre de garder la parole que vous m'avez donnée vous-même et
qu'on a essayé de m'usurper. Alors, toute la prémisse...
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre, je vous dirais, de ce que vous
venez de dire, que vous prêtez une intention à un membre de l'opposition.
M. Barrette :
Bien oui, mais, si je ne peux plus parler, c'est qu'on me l'usurpe.
Président (M. Merlini) : Non, non, non. La seule personne qui
peut usurper votre droit de parole, c'est moi. Alors, veuillez
continuer, M. le ministre, à la question qui est posée.
M. Barrette :
Bien, je vous remercie de me la redonner encore une fois. Alors, M. le
Président, la prémisse de notre
collègue est d'abord et avant tout basée sur le fait que le système actuel ne
garantit pas une indépendance, est perçu comme étant un problème tel que les gens, lorsqu'ils vont porter une
plainte, ils ont peur. Bien, moi, je vais vous dire une chose, M. le
Président, les gens qui portent plainte ont peur, oui. Toutes personnes qui
portent plainte ont peur de représailles des
personnes concernées, celles qui sont visées par la plainte, et la confiance
vient toujours du fait que la perception
que les gens ont du cheminement de la plainte est indépendant. Or, ce n'est pas
parce que les gens ont peur de représailles
qu'ils ne considèrent pas que le système de traitement des plaintes est
mauvais. Il y a un lien de causalité ici qui n'existe pas, il n'existe
pas. Alors, comme il n'existe pas, là ça devient un fait qui découle de
l'affirmation de la perception que notre
collègue a. Bien, ça n'existe pas, là, cette
perception-là, là, sur le terrain. On n'a vu nulle part des gens se
promener, s'élever, rapporter que le système leur faisait peur. Oui, avoir peur de
représailles de la personne ciblée, bien
sûr, mais on ne voit personne se
promener, aller dans les journaux, à écrire au ministère nous disant :
Le système est tellement croche, pas bon qu'il nous fait peur, puis on ne
fait pas de plaintes. C'est le contraire. Il y a plus de 12 000 plaintes par année dans notre réseau, qui n'amènent pas
toujours à des conséquences, là, mais il y en a énormément, de plaintes,
et il y en a encore aujourd'hui autant qu'avant.
Alors,
de partir de la perception et de la vision de notre collègue pour construire un
argumentaire qui nous amène à dire que les gens qui font le travail
actuellement ne sont pas les personnes adéquates dans un environnement qui est
inadéquat, bien là, il y a un pas que nous, on refuse...
Mme Lamarre :
M. le Président, on me prête des intentions, là, parce que je n'ai pas dit que
les personnes qui...
M. Barrette :
Bien non, je ne prête pas des intentions, M. le Président, là.
Le Président
(M. Merlini) : Un instant! Un instant! Un instant! Mme la
députée, oui.
Mme Lamarre :
35.6°. Je n'ai jamais dit que les commissaires aux plaintes, actuellement, ne
faisaient pas un travail auquel on avait confiance. C'est ce que le
ministre essaie de me dire, là, que...
M. Barrette :
Pas du tout, M. le Président.
Mme Lamarre :
Actuellement, c'est ce que je déplore. Le ministre apporte des changements.
Dans ces changements-là, il ouvre des portes, et nous, on a la
responsabilité de baliser les portes. Mais actuellement ceux qui reçoivent les plaintes sont des commissaires aux plaintes,
et on est satisfaits de ce système-là. C'est juste qu'il en manque.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, je n'ai pas dit ce que la collègue vient de dire, là.
Président (M. Merlini) : C'est ce que j'étais pour dire, M. le
ministre. Je ne vois pas, dans vos propos, là, un prêt d'intentions. Je
vois des opinions divergentes sur le statut de commissaire aux plaintes et ce
qui est proposé dans l'article ici, c'est-à-dire avoir du personnel qui agit
sous leur autorité.
Alors,
je vous demanderais de continuer. Évidemment, encore une fois, je vous rappelle
d'être attentionné à vos propos qui
sont utilisés pour ne pas que j'aie à intervenir. Moi, je préfère que les
échanges se continuent de la façon dont ils se sont déroulés depuis le début, mais, si je dois intervenir à
chaque fois en vertu de l'article 38, je vais le faire, et ça, ça va nuire à la bonne marche, la bonne gouverne
de nos travaux. Et je suis certain aussi que M. le député de Lévis
aimerait aussi intervenir à un moment donné.
Mais de ne pas toujours avoir à intervenir, que j'aie à intervenir, avec des
aspects de notre règlement, que nous devons tous respecter, c'est ce que nous
sommes tous engagés à faire. M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, M. le Président, la dernière remarque de notre collègue m'amène à
raccourcir mon propos, puisqu'elle
l'a dit très clairement, là, elle a dit clairement dans la dernière phrase
qu'elle a prononcée, elle veut que ce soient
tous des commissaires aux plaintes. Alors, moi, c'est CQFD, là, ce qu'il
fallait démontrer. Nous sommes ici dans un débat de visions, d'écoles, de perceptions, et notre position, elle
est ce qu'elle est. Le projet de loi n° 130 n'est pas un
projet de loi qui va dans cette direction-là et n'ira pas.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Oui. En fait, le ministre est incapable de nous démontrer qu'est-ce qu'il veut
faire faire par le personnel de différent que le commissaire actuel, et
on n'est pas capables de recueillir officiellement, formellement des commissaires aux plaintes leur analyse de la
situation actuelle, des problèmes qu'ils ont, des solutions aussi qu'ils
ont. Alors, si on avait leur point de vue, c'est sûr que ça aiderait. On a
juste la parole du ministre, et le ministre ne veut pas nous donner ces exemples-là, de qu'est-ce qu'il veut faire faire de
plus ou de différent par le personnel que par les commissaires.
Alors,
je vais laisser la parole à mon collègue député de Lévis. Il me reste quelques
minutes encore, mais je laisse la parole au député de Lévis.
Le Président
(M. Merlini) : Oui. M. le ministre.
M. Barrette :
Je n'ai rien à rajouter, là.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : M. le Président, merci, ce ne sera pas vraiment
très long. Mais je comprends également, selon nos échanges, les inquiétudes qui sont manifestées, puis c'est
vrai qu'elles sont des inquiétudes que l'on entend. J'analyse avec un certain recul les propos qui
sont amenés. Il y a aussi un fait : il y a un système, actuellement, avec
lequel on fonctionne, les gens fonctionnent
dans ce système-là, il faut le faire connaître, il faut le bonifier, il faut
faire en sorte que les gens puissent bien s'y adresser, que la ligne
pour se rendre du début du processus à la fin soit efficace pour tout le monde.
D'ailleurs, dans un
autre projet de loi, qui est devenu loi tout récemment, on a longuement débattu
de cette problématique-là, notamment sur la
maltraitance concernant les aînés. Les commissaires aux plaintes sont un des
éléments centraux de cette
loi sur la
dénonciation d'actes potentiels de maltraitance, mais il y a manifestement une
façon de faire maintenant, puis elle va changer un peu.
Puis
là je comprends, moi aussi, puis je sais que le ministre a donné des
explications, je sais qu'on en a réclamé par le biais de la Protectrice du citoyen. On a obtenu une réponse que
j'aurais souhaitée un petit peu plus... J'en aurais souhaité davantage.
D'ailleurs, j'avais demandé et j'avais proposé, M. le Président, vous vous en
rappellerez, qu'on puisse entendre, d'un commun accord, la Protectrice du
citoyen.
Mais
là on est en train de changer un petit peu la façon de faire, puis il serait
facile de se fermer les yeux puis de faire
semblant qu'il n'y a pas cette notion de confiance là, qui est primordiale dans
un processus comme celui-là, et c'est primordial
de savoir à qui on s'adresse. Et d'ailleurs vous remarquerez que, dans
plusieurs fonctions où on est appelés à aller chercher des témoignages, à analyser des situations pour arriver à
une finalité, souvent le profil de ceux et celles qui recueilleront les témoignages, ce n'est pas
anodin. Il y a la réceptivité, il y a l'écoute attentive, bien sûr, il y a
discerner ce qui est le factuel versus la
perception, là. Ce n'est pas un travail léger, là. Je veux dire, on ne serait
même probablement pas tous appelés ici à pouvoir non plus le faire. Et
c'est là, quand on établit cette ligne-là, cette confiance-là, qu'on a confiance dans le profil de celui ou de celle qui
s'adresse à nous, qu'on a envie de se livrer davantage. Et, vu qu'on a
envie de se livrer davantage, on sortira des
éléments qui nous permettront d'aller encore plus loin puis peut-être
de déceler des choses qu'on n'aurait pas vues. Ce n'est pas rien.
Alors,
je comprends qu'on se demande qui seront ceux qui viendront épauler les
commissaires parce qu'ils ont beaucoup de boulot. Alors, qui seront ces
personnes-là? Quel sera leur profil? Qui seront ceux et celles qui sont
appelés à établir ce premier contact là? Là,
M. le Président, là, il ne faut pas aller bien, bien loin... puis on a tous ici
des histoires, puis ce n'est pas
parce qu'on est meilleurs l'un que l'autre, là, mais, je veux dire, le premier
moment, là, le premier regard, le
premier mot échangé fait la différence entre ou on avance, ou on a l'impression
que ça ne marchera pas, ou on se rend jusqu'au bout. Alors, ce n'est pas
du tout anodin. La ligne est extrêmement mince.
Je n'aurais
pas détesté non plus, très honnêtement... parce qu'on l'a fait au projet de loi
n° 115, on l'a fait, on a entendu
la situation des commissaires aux plaintes, qui sont venus nous raconter un
peu — parce
que, là aussi, il y avait un processus extrêmement important — comment
ils se perçoivent. Et on a même questionné les commissaires aux plaintes sur la
vision qu'ils et qu'elles avaient de leur indépendance dans le processus de
plainte déposée ou à aller recueillir. C'est
quand même significatif. Je n'aurais peut-être pas non plus détesté ça. Puis
pourquoi? Pas pour faire durer les
choses. À la même enseigne, lorsque j'ai demandé la possibilité d'entendre le
Protecteur du citoyen, ce n'était pas pour faire durer, parce que je ne suis pas un adepte de faire durer les
choses, dans la mesure où elles deviennent claires, puis à un moment
donné, bien, il faut finir par aboutir, mais reste qu'à l'occasion un
éclaircissement supplémentaire ne fait qu'accélérer
le processus. Puis, oui, il reste des inquiétudes, puis je sais que les gens ne
nous voient pas, mais les gens nous entendent, puis cette notion-là de
confiance, bien, on ne peut pas minimiser ça.
Je comprends
aussi, M. le Président, puis là je fais une espèce de résumé de ce que j'ai entendu, mais je comprends aussi ce que le ministre nous a expliqué
précédemment — je veux dire, pas besoin de sortir le verbatim, là — il
a expliqué aussi les notions
administratives d'une décision comme celle-là, c'est-à-dire un réseau
parallèle versus la mise en place. Je
ne veux pas lui mettre des mots dans la bouche, là, mais ce que j'en comprends
et ce que les gens en auront peut-être
compris, là, de faire en sorte qu'on soit
obligés de recréer puis de payer différemment des gens — puis
il y a une notion de coûts là-dedans,
puis, je veux dire, on a tous bien compris ça — mais je ne vous cacherai pas que moi aussi, je me
pose des questions, puis moi aussi, quelque part, là — puis c'est une hypothèse, c'est une image,
là — de voir
une infirmière d'étage devenir une
employée du commissaire aux plaintes dans une exclusivité de fonction avec
toute l'indépendance que la loi
prévoit, reste, comme usager, ne serait-ce que d'établir une communication avec
quelqu'un, qu'on peut penser être encore
en contact avec des gens autour, une organisation autour, ce n'est peut-être
pas nécessairement évident. Puis là les gens sont confrontés à un
système qui fonctionne, puis moi, pour avoir fait une tournée aussi puis avoir
rencontré des commissaires aux plaintes,
c'est un système qui fonctionne, mais qui risque de déborder. Il y en a,
de la job, là, il y en a, de l'ouvrage, puis c'est vrai que ça prend
davantage de monde, puis c'est vrai qu'avec ce qu'on fait là maintenant puis ce qu'on fait avec le 115,
ça ne va pas diminuer la tâche à accomplir par les commissaires aux plaintes,
commissaires aux plaintes adjoints.
Ceci dit,
bien, je m'en remets aussi, là, à la lettre de la Protectrice, je n'ai pas le
choix. J'en veux plus, mais c'est ça que j'ai. Elle dit qu'elle est satisfaite dans
cette notion-là d'indépendance et d'exclusivité de fonction. J'en
conviens. J'aurais aimé davantage. Ça fait
que, sur cette base-là, ça me semble logique. J'en veux plus, mais j'aurais cependant aimé... et je le redemande au ministre mais je n'attends même pas de réponse, finalement,
M. le Président, parce
que j'aurais aimé aussi qu'on
revienne un peu sur cette notion-là, pas tant pour me convaincre, bien que ce
soit le fun qu'on soit tous convaincus quand on décide de prendre une décision,
mais peut-être convaincre les gens qui nous écoutent et qui se questionnent à
travers tous ceux qu'on a nommés, là, des avocats... avec les usagers qui, évidemment,
eux, étaient plus en processus
d'accompagnement, mais se questionnent aussi parce qu'ils rencontrent des
usagers. L'usager rencontre des
usagers qui transigent et qui passent à travers un système
puis il doit être, hors de tout doute raisonnable, sans reproche.
Alors, de
fait, moi aussi, je me questionne un peu sur le profil, ce qu'on demandera à
ceux et celles qui deviendront et qui
pourraient devenir des employés du commissaire, avec cette lourde tâche et délicate tâche d'aller
recueillir ce qui va permettre de se rendre au bout d'un processus, puis
ça part par un premier regard et un premier témoignage. Moi, je pense, c'est extrêmement important
de faire en sorte qu'on puisse aller
chercher des personnes... Puis il y a des unités d'enquête dans des sections données, hein, je veux dire, puis là on ne
reviendra pas sur le travail des policiers puis etc., mais, pour en connaître plusieurs dans plusieurs
unités d'analyse et d'enquête, on crée notamment... Puis on a aussi des enquêteurs puis des inspecteurs hyper qualifiés
pour recueillir des informations sur des sujets très délicats, pour
d'autres... plus techniques, mais ça prend
un profil, ça prend un profil. Moi, je pense que n'importe qui, demain matin,
ne peut pas devenir la personne avec qui on établira ce lien de
confiance là.
Alors,
j'imagine, M. le Président, que le ministre a aussi cette préoccupation-là, là,
parce que sa profession a fait en sorte
qu'il a côtoyé des gens. Puis on le sait que c'est fragile, le monde de la
santé, là, quand tu tombes dans le monde de la santé. Puis le ministre
disait il y a deux instants : Il y a 12 000 plaintes qui sont
déposées, là. On est dans un niveau d'ignorance,
d'aventure, qui n'est pas toujours heureuse, puis on souhaite d'avoir les
meilleures réponses, puis on se fie à ceux
qui nous entourent parce que plus expérimentés que nous, avec tout ce que ça
suppose de craintes, d'anxiété et de stress.
Alors, aussi,
je ne fais que manifester moi aussi certaines inquiétudes, d'en faire la
transmission, de me questionner sur
le profil de ceux qui deviendront des personnes importantes dans un processus
dans lequel la confiance est extrêmement importante. Et cette ligne mince, donc, qui me semble un peu dangereuse
actuellement, là, c'est-à-dire de marcher sur cette ligne où des gens pourraient dire : Coudon,
ceux à qui je vais parler sont-ils des gens qui ont gardé une certaine
vision d'un système que je questionne, mais tout ça est très légitime.
m'arrêterai là-dessus, M. le Président. Je ne sais pas si la collègue de
l'opposition aura — et je
présume — un sous-amendement
à proposer. J'en suis convaincu, et on continuera à faire du chemin là-dessus.
Mais il y a quand même des questions
qui se posent, et je pense qu'il faut prendre le temps de bien y répondre. Il
en va du bon fonctionnement, au nom des patients, d'un système qu'on
souhaite fonctionner encore mieux.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le député de Lévis. M. le ministre.
M. Barrette : Bien, écoutez, M. le
Président, je pense qu'ici, là, il y a lieu que je lise une lettre dont nous,
tous et toutes, avons reçu une copie lors de nos travaux et sur 115, et sur
130. Peut-être qu'elle n'a pas été lue par nos collègues. La lettre est adressée par le Regroupement des commissaires
aux plaintes et à la qualité des services du Québec, les gens dont on parle, les gens pour qui on émet
des doutes actuellement. Qu'on le dise ou non, là, qu'on le veuille ou
non, là, ce qui est exprimé autour de cette table-ci, là, c'est des doutes.
Mme Lamarre : M. le Président?
Le Président (M. Merlini) : Un
instant. Oui?
Mme Lamarre : ...faire la lecture,
est-ce qu'on peut en avoir une copie?
M. Barrette : Bien, elle a déjà été
déposée, M. le Président. Vous l'avez déjà.
Mme Lamarre : La lettre du
commissaire dans nos documents, c'est la même?
M. Barrette : Vous l'avez déjà. Bien
oui.
Mme Lamarre : C'est la même?
Parfait.
Barrette : Mais ceux qui nous écoutent ne l'ont pas lue, eux autres.
«Nous retenons votre attention aujourd'hui puisque nous avons remarqué
qu'il y a plusieurs présentations portant sur ces projets de loi — on
parle ici de 115 et 130 — qui ont mis en exergue le rôle des
commissaires aux plaintes et à la qualité des services. Selon nos
observations, la fonction a fait l'objet de
débats, de questionnements et de propos où certains acteurs ou entités — là, on parle de nous et ceux qui sont
venus en commission parlementaire lors des consultations publiques — ont
dépeint celle-ci de façon erronée et non
conforme à son exercice. Le présent énoncé de position fait donc état de la
mise au point que nous avons cru
nécessaire d'effectuer au sujet de la fonction de commissaire aux plaintes et à
la qualité des services et d'affirmations le concernant.»
Ce n'est pas long, là, M. le Président. «En
effet, ces affirmations à l'effet que le commissaire n'a aucun autre pouvoir de recommandation, qu'il ne serait pas
exécutoire, qu'il manque d'indépendance, qu'il peut émettre des
décisions douteuses et qu'il faudrait réorienter le régime des plaintes à l'extérieur du réseau pour des raisons d'expertise sont des affirmations
lourdes de la part de personnes certes influentes et bien intentionnées, mais à
qui la pratique terrain de la fonction
manque. Le rôle principal des commissaires qui oeuvrent au sein du réseau de la santé et des services sociaux
est de servir les intérêts des usagers en
veillant à ce qu'ils soient bien desservis par les établissements dans le
respect de leurs droits. Pour ce
faire, les commissaires doivent adopter une attitude objective et impartiale et
tenir compte des facteurs environnants,
dont la conjoncture qui prévaut au sein d'établissements pour lesquels ils
oeuvrent. Il s'agit d'une fonction noble, qui exige un devoir de réserve
que nous nous employons à respecter.
«Les propos
tenus lors des commissions parlementaires témoignent d'une faible
reconnaissance du travail des commissaires qui oeuvrent au sein du
réseau de la santé et des services sociaux depuis de nombreuses années et qui détiennent une expertise très développée. Il est
légitime, au sein d'une société démocratique, de remettre en question et
de critiquer, même sévèrement, les façons de
faire. Nous sommes toutefois d'avis que cela devrait se faire dans le
respect et le souci des gens visés qui,
malgré les critiques, déploient leurs énergies et leurs forces à venir en aide
aux citoyens. Qui plus est, de telles
critiques auraient avantage à être faites en des lieux prévus à cette fin, ceci
afin de permettre à toutes les parties
impliquées de présenter leurs observations, de répondre à certaines
incompréhensions s'il y a lieu, de rétroagir aux commentaires et
d'échanger sur les pistes d'amélioration à envisager, le cas échéant.
«Or, ce dont nous avons été témoins lors de ces
commissions parlementaires nous a plutôt paru être une opportunité — et là,
là, entendons-nous bien et écoutons bien ceci — pour certains acteurs de mettre en évidence
leurs intérêts propres ainsi que leurs
croyances personnelles plutôt qu'une volonté de vouloir contribuer à
l'avancement pour la formation des
soins et services au sein du réseau de la santé et des services sociaux. Est-ce
que le régime des plaintes est perfectible?
Bien entendu, comme tout processus. Est-ce que des améliorations pourraient
être apportées? Nous le croyons. Nous
avons déjà émis des recommandations à cet effet visant le pouvoir d'enquête et
la reddition de comptes. Employons nos
forces à collaborer ensemble pour le bien des usagers et non les uns contre les
autres. Les acteurs qui gravitent autour des usagers doivent travailler
en collaboration et en complémentarité pour le bénéfice des usagers.» Bon, il y
a une formulation de fin.
Alors, cette lettre-là est signée par la
présidente du regroupement des commissaires aux plaintes. Et j'insiste sur la phrase qui est dite, là, «une opportunité
pour certains acteurs de mettre en évidence des intérêts propres ainsi
que leurs croyances personnelles plutôt
qu'une volonté de vouloir contribuer à l'avancement...» M. le Président, là, le
monde des commissaires aux plaintes
et à l'appréciation de la qualité, ce n'est pas un tribunal, ça ne sera jamais
un tribunal. C'est une structure qui
relève du conseil d'administration, dont l'objectif est de faire en sorte que
les citoyens peuvent être entendus de façon
à améliorer le système de santé. C'est à ça que ça sert. Ce n'est pas un
tribunal. Et ces gens-là doivent être entendus dans un environnement et
une chaîne de procédure qui est indépendante par des gens qui ont la capacité
de faire ce travail-là, ne serait-ce que par
la bonne foi. Mais je le répète, ce n'est pas un tribunal. C'est l'interface
entre le citoyen et le système, disons-le comme ça, dans un forum indépendant où les gens
peuvent s'exprimer et avoir une réponse. S'il y a lieu, M. le Président, d'aller à un tribunal,
c'est après. C'est après. Non, non. Je vois que mes collègues acquiescent à
mon commentaire. Mais le traitement d'une
plainte n'est pas un tribunal, et c'est la raison pour laquelle l'objet
premier, là, est d'avoir des gens
dont la première fonction est d'être capable d'être objectif et impartial,
d'avoir la capacité d'écoute et d'analyse d'une situation qui soit
appropriée et qui permet de tirer une conclusion raisonnable par des
professionnels qui sont dans le réseau.
oui, M. le Président, là, il est possible que la commissaire locale aux
plaintes soit une infirmière, oui, il est possible que ce soit un physiothérapeute, oui, il est possible que ce
soit un dentiste, et, oui, il est possible que le médecin examinateur
provienne de l'institution. Ça existe, et c'est comme ça, et c'est cette
espèce, là, M. le Président, de gens qui
sont dans le milieu, qui s'extraient momentanément, qui ont la garantie de
l'indépendance de fonction pour jouer ce rôle-là. Et là, ici, là, tout ce que j'entends, moi, là, là, c'est un
discours qui vise à s'en aller vers quelque chose d'encore plus
indépendant, quasi judiciarisé. J'exagère à peine.
gens qui sont dans le réseau, M. le Président, là, ils font leur travail de
bonne foi et ils le font correctement. Et
là on essaie de... On a un débat, là, actuellement, là, qui tend à donner
l'impression du contraire. Il fonctionne, notre système actuellement,
là. Il fonctionne. Il a besoin d'ajustements? Oui, d'accord. C'est pour ça
qu'on a le projet de loi n° 130. Alors,
la réalité, elle est ce qu'elle est. Alors, qu'est-ce qu'on veut exactement,
là? On veut avoir un débat sur l'opportunité
d'avoir un système parallèle, laisser entendre que tous ces gens-là ne font pas
suffisamment bien leur travail, puis que ce n'est pas correct, ce qui se
passe? Moi, je ne suis pas d'accord avec ça.
On m'indique, M. le
Président, que peut-être vous n'avez pas reçu le document en question. Bien, on
m'avait indiqué précédemment que vous
l'aviez eu. Alors, M. le Président, il me fait plaisir de le déposer et de le
distribuer, et je m'excuse de cet imbroglio-là. J'avais eu une
information contraire.
De bonne foi — imaginez,
là, de bonne foi — est-ce
qu'on doit avoir une structure différente dans mon entourage pour être sûr qu'il n'arrive rien, là? C'est ça qui se passe,
là. C'est de ça qu'on parle, là. On a une structure, là, qui traite des
plaintes, là, puis ça fonctionne très bien, puis ils sont indépendants, puis on
veut garantir encore plus qu'ils sont indépendants.
vais ajouter et terminer là-dessus, M. le Président. Ce dont on parle depuis
des heures, là, la Protectrice du citoyen est venue ici... bien, pas ici aujourd'hui, mais en consultation
publique. Jamais n'a-t-elle relevé cet aspect-là des choses, jamais. Elle a fait une recommandation spécifique
sur l'indépendance du personnel, mais jamais elle n'a évoqué même le fait que la structure actuelle du traitement des
plaintes posait problème. Jamais la Protectrice du citoyen n'est venue
nous dire ou évoquer, même de loin, qu'il
faudrait sortir tout ça du réseau hospitalier, jamais. Jamais n'a-t-elle évoqué
le fait que la réception des plaintes, la collection de la donnée soit
faite par un commissaire formellement.
Alors,
on a la personne qui a comme fonction de protéger le citoyen, et qui le fait
très bien, et sans aucune retenue, au
sens où elle a la retenue qui est propre à ses fonctions, et elle n'aborde pas
ça quand elle vient nous voir. Et là, nous, autour de la table, là, on aurait une vérité que d'autres n'ont pas?
Bien, c'est probablement pour ça que le regroupement des commissaires aux plaintes a dit qu'il y avait
des gens qui avaient des visions personnelles à défendre et des
intérêts. C'est probablement pour ça qu'elle
voulait dire ça, parce que la personne qui est reconnue comme étant la plus
neutre dans le réseau public, là, c'est le
Protecteur du citoyen, et le Protecteur du citoyen, qui a une large expérience,
ne voit pas un problème à corriger
dans la structure actuelle. Bien là, à un moment donné, un plus un est censé
donner deux là aussi, mais ça a l'air que ce n'est peut-être pas ça
aussi.
Alors, juste un
dernier commentaire, et ce sera le dernier. Je ferai remarquer que le
Protecteur du citoyen ne recueille pas, lui non plus, personnellement les
plaintes. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Et là on est dans une guerre...
pas une guerre, mais dans un débat d'école qui est intéressant, mais qui ne
fait pas avancer le projet de loi.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. La lettre lue par le
ministre est donc déposée, et les membres en ont reçu copie, pour les
fins de l'audio. M. le député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Oui, M. le Président. Bien, je veux dire, j'ai bien écouté puis entendu
le ministre qui est parti sur une
longue explication d'une lettre qu'il a lue et puis je ne comprends pas, là. Il
donne l'impression qu'on remet en question
la qualité des commissaires, et ça n'a jamais été dit. C'est parce que je ne
comprends pas, là. Je veux dire, on va réanalyser,
ils vont tout le repasser en revue, là, mais ça n'a jamais été dit. Au
contraire, on dit que ça va super bien, qu'on a un système qui fonctionne, là. La seule chose... C'est ça que... Mais,
tu sais, le ministre, là, fait signe qu'il n'est pas sûr, là, mais, je
veux dire, moi, je pense, je suis pas mal sûr, tu sais...
Le Président
(M. Merlini) : Non. Un instant, un instant, un instant!
M. Barrette :
Là, on essaie de faire une lecture de signes.
Le Président (M.
Merlini) : Non, non, non! Il n'y a pas de lecture de signe, il n'y a
pas de vidéo.
M. Paradis (Lévis) : Ah! vous savez, M. le Président, lecture de
signes quand il n'y a pas de caméra, ce n'est pas très fort, tu
sais.
Le Président (M.
Merlini) : Effectivement.
M. Paradis
(Lévis) : Alors, on va se contenter de mettre des mots puis de
prononcer des paroles.
M. le Président, la problématique qui a été soulevée... Ce que j'ai dit il y a
deux instants, j'ai expliqué l'importance de cette organisation-là. J'étais au 115, pas manqué une minute, puis
sachez que, quand des gens viennent parler, je suis pas mal attentif et j'ai entendu ce qu'ils avaient
à dire. Puis c'est correct qu'il dise qu'il
y a des gens qui questionnent — et
puis tant mieux qu'il y ait des gens qui questionnent — nos
institutions, nos organisations, nos systèmes. Tant mieux parce que plus on les questionnera,
plus on pourra les bonifier. On va trouver quelque chose de plus.
Dans
le cas qui nous occupe, ce n'est pas ça, ce n'est même pas
ça. Le système fonctionne.
Puis le ministre, là, donne
l'impression qu'on s'attaque au
travail des commissaires aux plaintes. Bien, qu'il comprenne bien, je le
prononce, là : Il en est tout
autrement. Là, je l'ai dit devant le micro, là, c'est sûr que ça a sorti. Probablement que les gens ont dû baisser
le volume s'ils écoutent, là. Alors, ce n'est pas ça pantoute. La seule question
qu'on s'est demandée et qu'on se pose, en vertu d'une nouvelle façon de
faire, d'une procédure où, là, arrive des gens qui se greffent à un système
comme celui-ci, on ne se questionne
rien qu'en disant : Qui seront-ils, quel est le profil? C'est important.
On convient que c'est important. Alors, ne faisons pas penser que, là, tout
le monde veut...
Que certaines
personnes viennent ici en commission parlementaire, par exemple, pour se faire
entendre lors d'auditions de mémoires, qu'on remette en question des processus,
des procédés, des décisions, c'est la vertu de nos institutions, puis c'est bien correct, puis que quelqu'un se lève ici
pour dire que ce n'est pas correct qu'il le fasse, bien, moi, je vais dire : Rassoyez-vous parce que c'est
de même que ça marche. Alors, c'est bien parfait. Mais, dans le cas qui
nous occupe, ce n'est pas ça. Je ne fais
rien que rappeler au ministre, M. le Président, que ce qu'on remet en question
et ce qui est dit ici, là, c'est : Ces inquiétudes-là, qu'il ne
faut pas taire...
Puis
ce n'est pas vrai que ça ne fait pas avancer. Ça fait avancer parce que ça
clarifie, puis plus c'est clair, mieux c'est. Puis je vous l'ai dit
tantôt, M. le Président, dans le système de santé, quand tu arrives là-dedans
puis que tu ne connais pas tout ce qui se passe, tu es obligé de marcher avec
la confiance, tu es obligé de marcher avec la clarté.
Alors,
on est loin d'être en désaccord avec ce qui est dit là-dedans. La seule chose,
c'est qu'on dit : Maintenant, il y
a un processus qui fonctionne, qui est solide, qui va bien. Il y a beaucoup de
travail à venir. Il y a une nouvelle façon de faire qui est proposée, des gens qui vont se greffer. Je comprends que
la Protectrice du citoyen... Je l'ai même dit. J'ai dit : En vertu de la lettre qu'on a reçue, je suis bien
obligé de comprendre qu'elle dit : C'est bien correct. On l'a dit, ça ne
peut pas être plus clair que ça. Au-delà de ça, bien, je veux dire, il est
normal qu'on questionne qui seront ces gens-là puis qu'est-ce que ça va donner par la suite, et, comme je le
disais, plus loin que la vision du ministre sur ce seul document. J'imagine que la collègue aura un amendement ou un
sous-amendement à proposer. En tout cas, elle continuera à en parler. Mais jamais, au grand jamais, je n'ai remis en
question ici la qualité et l'effort fait par les commissaires, qui, au
contraire, me disent, moi, avoir besoin de ressources, et on l'a dit également.
D'ailleurs,
dans le 115, ça a été un des éléments majeurs. On a répété à maintes reprises...
Parce qu'on nous a dit qu'on aurait des ressources supplémentaires à ce
chapitre-là, puis on a dit à la ministre qui est déléguée aux Aînés : Mme la ministre des Aînés, assurez-vous que votre
collègue le ministre de la Santé puisse aussi avoir la même pensée que vous et donner les ressources nécessaires pour
qu'on puisse bien faire le travail, parce qu'il y a des gens qui
s'inquiètent de ça, puis c'est aussi normal.
Je m'arrêterai
là-dessus, M. le Président.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. M. le ministre.
M. Barrette :
Un seul commentaire. C'est les commissaires aux plaintes qui se sentent
attaqués. Ce n'est pas moi qui veux vous faire accroire que vous les
attaquez. C'est eux autres qui se sentent attaqués. C'est tout.
M. Paradis (Lévis) : ...parce que jamais les commissaires aux plaintes
n'ont dit que nous voulions les attaquer, là. Attention, là, je veux
dire, ce n'est pas ça.
M. Barrette :
Je n'ai pas dit ça non plus.
M. Paradis
(Lévis) : Bien, c'est ça.
M. Barrette : J'ai dit, M. le Président : Les commissaires en plaintes, c'est eux qui se sentent attaqués. Est-ce que j'ai dit que c'était le député
de Lévis qui les attaquait?
M. Paradis
(Lévis) : Non. Bien, alors, comme... Parfait. Alors, on est sur la même
longueur... Ces gens-là se questionnent sur ce que des gens disent. On ne
prêtera pas intention à chaque personne ici d'attaquer qui que ce soit. Ce
n'est pas ça non plus.
M. Barrette :
Bien là...
M. Paradis (Lévis) : Bien oui.
Bien, c'est de même.
M. Barrette :
Vous avez l'épiderme sensible aujourd'hui, cher collègue.
M. Paradis
(Lévis) : On a peu dormi, M. le Président, la nuit dernière,
probablement.
Le Président
(M. Merlini) : S'il vous plaît!
M. Barrette :
Moi, j'ai paisiblement dormi.
M. Paradis
(Lévis) : Hein? Une petite nuit de rien.
Président (M. Merlini) :
Je vais être obligé d'intervenir, et
je ne veux pas le faire, mais je vais le faire. Je vous répète, pas d'interpellation de chaque côté de la
table. On s'adresse à la présidence pour faire valoir les questions et
les réponses qu'on a à faire dans l'étude détaillée de ce projet de loi.
M. Barrette :
M. le Président?
Le Président
(M. Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Si les collègues ont des amendements, je les invite à les déposer.
Président (M. Merlini) : Voilà. Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Taillon, il vous reste cinq
minutes.
Mme Lamarre :
Merci, M. le Président. Alors, de la même façon que mon collègue député de Lévis,
de la deuxième opposition, je veux vraiment
enlever tout doute, nous n'avons, au contraire, pas adressé aucune critique
des commissaires aux plaintes. Au contraire, nous considérons que leur statut
leur confère l'indépendance dont ils ont besoin. Ce qui est remis en question,
c'est plus l'ajout de personnel. Alors, d'aucune façon nous n'avons critiqué
les commissaires aux plaintes.
quand je relis maintenant la lettre, alors, d'abord, je m'étonne que le
ministre ait été convaincu que nous en avions
eu une copie parce que les destinataires de cette lettre ne sont pas les
membres de la Commission de la santé et des services sociaux, mais M.
Gaétan Barrette, M. Michel Fontaine et M. Luc Castonguay, alors le ministre et
deux sous-ministres. Alors, je pense que ni
mon collègue député de Lévis ni moi ne sommes dans cette liste d'envoi, et
c'est tout à fait normal qu'on ne l'ait pas eue.
Je réitère que nous
avions fait la demande d'entendre le Regroupement des commissaires aux plaintes
et à la qualité des services du Québec, et
que ces gens ont été reçus et entendus dans le cadre des travaux du projet de
loi n° 115 piloté par la
ministre des Aînés, mais que cette prérogative, ce privilège d'entendre le
Regroupement des commissaires aux plaintes nous a été refusé par le
ministre de la Santé, alors que nous en avions expressément fait la demande, particulièrement parce que le ministre a ajouté
dans le projet de loi n° 130, a introduit dans le projet de loi
n° 130 plusieurs articles qui
concernent le commissaire aux plaintes. Alors, ça nous apparaissait être le
gros bon sens et une importance pour
garantir un éclairage approprié que nous ayons la possibilité d'entendre les
commissaires aux plaintes. Et je redis la confiance que nous avons au processus de commissaire aux plaintes. C'est
ce que nous préconisons. C'est ce que nous voulons maintenir. Nous
sommes d'accord pour ajouter du personnel pour accompagner et soutenir ces
gens-là, mais pas pour recueillir les plaintes.
Alors, effectivement,
M. le Président, je vais déposer un amendement en lien avec les convictions que
j'ai énoncées, qui ne sont pas du tout en lien avec le contenu de la lettre que
le ministre a lue du Regroupement des commissaires aux plaintes.
Le Président (M.
Merlini) : Donc, ce serait un amendement à l'article 11?
Mme Lamarre :
Un amendement à l'article 11, exactement, puisque nous traitons concomitamment
le 11 et le 11.1. L'amendement que je dépose est à l'article 11, M. le
Président.
Le Président (M.
Merlini) : Alors, pour la lecture de votre amendement. Un instant. M.
le ministre?
M. Barrette : Alors, pour que nos archives soient précises, je
réitère le fait que — je l'ai
dit précédemment — on
m'avait indiqué que la lettre avait été déposée à la commission. Ce n'était pas
le cas. Je m'en suis informellement excusé.
Alors là, je pense que ce commentaire-là n'était pas nécessaire. Alors, de
bonne foi, M. le Président, j'ai mentionné ça à votre attention. Bon, je
l'ai renversé moi-même après qu'on m'ait indiqué le contraire. Alors, que notre
collègue s'étonne alors que j'ai fait ces
commentaires-là, bien, moi aussi, ça m'étonne, M. le Président, mais ne me
surprend pas.
Alors, nous attendons l'amendement, M. le
Président. Est-ce qu'on doit conclure 11.1 avant d'avoir un amendement?
Président (M. Merlini) : Non. Nous avons un dépôt d'amendement à
l'article 11. Alors, madame, oui, pour la lecture de votre amendement.
Mme Lamarre : Il me reste quelques
secondes avant, M. le Président. Je reste avec une question. Pourquoi le ministre a-t-il refusé que nous entendions les
commissaires aux plaintes dans le cadre de ce projet de loi n° 130?
La question mérite d'être posée, et le ministre pourrait
nous apporter une très bonne réponse s'il le souhaite. Je lui laisse
l'opportunité d'expliquer pourquoi il a refusé que nous recevions le
Regroupement des commissaires aux plaintes.
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président, notre
collègue évidemment pose une question à portée politique et à laquelle elle a
déjà...
M. Barrette : Oui, M. le Président,
vous allez comprendre par la réponse. La collègue sait très bien que les gens qui sont convoqués et choisis pour venir en
commission parlementaire sont choisis après discussion entre les
leaders, entre les deux organisations. Bien
oui. Bien oui, il y a une discussion entre les deux. Alors, moi, M. le
Président, il y a eu des discussions,
et je peux vous affirmer que je ne prends pas de décision un par un, comme ça.
Il y a des discussions. Et il arrive
parfois — et je
pense que ça a peut-être été le cas, là, je n'ai pas la mémoire de la
chose — qu'il y
a parfois un très grand nombre de gens qui veulent se présenter en
commission, et qu'il y ait des choix à être faits, et ces choix-là sont multipartisans, et ça a adonné comme ça. Je ne
peux pas vous en dire plus puisque je ne me souviens pas. Et je suis
même convaincu que je n'ai pas nominativement interdit à qui que ce soit d'être
entendu.
Le Président (M. Merlini) : Merci, M.
le ministre. Alors, Mme la députée de Taillon, pour le dépôt de votre amendement
à l'article 11.
Lamarre : Excellent. Alors,
je rappelle quand même qu'il y
a quatre articles
qui portent spécifiquement sur le commissaire aux plaintes dans ce projet
de loi n° 130.
Alors, je
dépose l'amendement, M. le
Président. Alors, à l'article
11 : Après le deuxième alinéa de l'article
11 du présent projet de loi, ajouter les mots suivants : «Seul un commissaire
local ou un commissaire local adjoint peut recueillir une plainte.»
Président (M. Merlini) :
Merci. Alors, on va faire des copies et en prendre réception. Je suspends
quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 56)
Le Président (M. Merlini) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Nous reprenons donc nos travaux. Mme la députée de Taillon
a déposé un amendement à l'article 11. Pour vos explications, Mme la députée, à
vous la parole.
M. Barrette : M. le Président,
question de règlement.
Le Président (M. Merlini) : Oui, je
vous en prie, M. le ministre.
Barrette : 35.6. J'ai été
l'objet, lors des dernières minutes, M.
le Président, non seulement d'un prêt d'intention rétrospectif, mais d'accusations, et j'aimerais
que vous demandiez à notre collègue de retirer ses propos. On m'a prêté l'intention d'avoir personnellement refusé
d'entendre un groupe, et, comme notre collègue connaît très bien la
procédure, c'est, pour moi, une accusation.
Alors, je n'ai pas posé ce geste-là. Non seulement c'est clair dans son esprit,
mais on me demande des explications.
Ça devient une accusation. Par une affirmation rétrospective, on me demande de
m'expliquer. M. le Président, là, dans nos règles parlementaires, on est au
moins dans le prêt d'intention et, en ce qui me concerne, on est au niveau de
l'accusation, et ça ne m'apparaît pas acceptable dans notre Parlement.
Le Président (M. Merlini) : Je
vais suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 17 heures)
Président (M. Merlini) :
Alors, nous reprenons donc vos travaux, et, à votre question
de règlement, M.
le ministre, la question peut être posée, effectivement. L'intention
prêtée est plutôt dans la mesure où la députée a mentionné
que vous avez refusé d'entendre le groupe en question, le Regroupement des commissaires
aux plaintes, mais il n'y a pas là matière d'accusation, comme vous le
soulevez, effectivement.
Et je le
répète encore une fois, de faire attention aux propos, d'être prudent dans les
propos. Oui, les questions peuvent être
difficiles, je vais le dire comme ça, les opinions divergent autour de ce projet de loi, j'en conviens, mais je répète, si je dois intervenir en vertu de l'article
38, on n'en viendra pas à bout d'arriver à l'étude de ce projet de loi.
Alors, oui, les opinions divergent, oui, il y a
des amendements et des sous-amendements qui seront proposés. Concentrons notre travail sur ces aspects-là et évitons les propos
qui pourraient être blessants ou des prêts d'intentions qui sont
clairement interdits par notre règlement.
Alors, je reviens à Mme la députée de Taillon
pour votre explication à l'amendement que vous proposez. À vous la parole.
Mme Lamarre : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, effectivement, ce que je préconise depuis le début de ces travaux, et c'est une reconnaissance, je pense, du travail et du mandat particuliers que le commissaire local ou que le commissaire local adjoint a, c'est donc que la portion de la
cueillette d'une plainte, la réception d'une plainte soit faite par un commissaire
local ou un commissaire local adjoint.
Cette
fonction revêt un caractère formel et une imputabilité dont les commissaires se sont très bien acquittés jusqu'à maintenant. Alors, l'ouverture
qui est faite actuellement dans le cadre du projet de loi n° 130,
elle ouvre cette possibilité de recueillir une plainte à du personnel
qui n'a pas un statut de commissaire.
Alors, j'ai eu l'occasion déjà d'en parler un
peu. Je vais essayer de prendre ça sous un autre angle pour aller chercher un
peu plus d'autres informations. Tantôt, le ministre a dit qu'il y avait 12 000 plaintes par année qui étaient
déposées. Est-ce que je peux savoir combien il y a actuellement de commissaires
locaux et de commissaires locaux adjoints dans les 32 CISSS et CIUSSS?
Le Président (M. Merlini) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette : Approximativement
80, M. le Président.
Une voix : Dans les
établissements, ça.
M. Barrette : Dans les
établissements. Oui, dans le réseau public, c'est ça.
Président (M. Merlini) : 80 dans les 32 établissements, à peu
près, là. C'est ça que vous dites, M. le ministre?
Une voix : Dans le réseau
complet, mais il y en a aussi dans les CHSLD. Dans le fond, les CHSLD privés...
Le Président (M. Merlini) :
Alors, au micro, M. le ministre.
M. Barrette : Ça inclut le
privé conventionné aussi.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre : J'essaie juste de
calculer rapidement. Ce que ça me donne, là, si je mets 12 000 plaintes à 80 commissaires, ça fait 150 plaintes
par année. Donc, 80, j'essaie de le calculer rapidement, ça me donne
150 plaintes par commissaire. Alors,
bon, si on travaille 180 jours, ça fait une plainte à entendre par jour de
travail. On peut présumer qu'une
plainte, ça s'entend en une heure ou deux, là, et donc il reste encore six
heures au commissaire pour travailler et pour faire d'autres choses, qui sont l'accompagnement aux plaintes, dont
le ministre a parlé, et d'autres démarches, là, par rapport au
traitement de la plainte.
Alors, ça ne
me semble pas démesuré actuellement de maintenir le statu quo. Ça n'empêche pas... ça n'oblige pas à engager du personnel de plus. Ce qu'on vient
donner comme soutien aux commissaires, c'est du personnel, et là, dans le suivi de ces plaintes-là, dans les aspects administratifs du suivi de la plainte, qu'on fournisse
aux commissaires plus de ressources humaines, moi, je pense qu'on est
probablement tous d'accord autour de la table ici, si ça peut faciliter le
travail des commissaires, leurs disponibilités, mais 12 000 plaintes,
80 commissaires, ça fait 150 plaintes par an par commissaire. Si je le prends autrement,
12 000, 32 CISSS ou CIUSSS, ça fait 375 plaintes par année par grand
CISSS ou CIUSSS. Ça fait l'équivalent d'à
peu près deux plaintes par jour, parce que, si on considère que les gens ne
travaillent pas 365 jours, là, on va être généreux, c'est moins que ça, mais
j'en mets deux plaintes par jour.
Alors,
pourquoi est-ce qu'on aurait besoin d'avoir du personnel de plus pour
recueillir des plaintes, alors que, de façon
évidente, il y a des ressources actuellement? On n'est pas opposés au fait
qu'on puisse avoir besoin de quelques commissaires de plus, parce qu'on
l'a dit, depuis le projet de loi n° 10, il y a eu une diminution
considérable du nombre de commissaires
locaux et de commissaires locaux adjoints. Peut-être que dans un mouvement de
balancier, parfois, on va un petit
peu trop loin d'un côté. Alors, peut-être qu'il faut réajuster et augmenter le
nombre de commissaires aux plaintes,
de commissaires locaux et de commissaires locaux adjoints aux plaintes, mais
mathématiquement, là, ça nous semble être quelque chose qui est encore
réaliste, qui permet d'occuper peut-être l'équivalent de un huitième ou un
quart d'une journée d'un commissaire aux plaintes, et le reste de sa journée
lui permettrait de faire le reste du travail.
Alors, moi, je pense que ma proposition est une
proposition au niveau de l'amendement, qui viendrait, au contraire, confirmer le statut et le mérite du
rôle du commissaire, que ce soit un commissaire local ou un commissaire
local adjoint, viendrait donner la garantie
à la population que ce ne sera pas un membre du personnel qui recueillera la
plainte et, dans le processus de suivi,
bien, avec les garanties que le ministre nous a dit au niveau de l'indépendance
et du fait qu'il y aurait une
exclusivité de fonction, je pense qu'on peut faire confiance au personnel pour
le reste du traitement, de l'accompagnement de cette plainte-là. Les commissaires leur délègueront
ce qu'ils voudront, mais le moment stratégique et le moment qui est la porte d'entrée aussi de cette démarche de porter
plainte va être préservé et il va être préservé dans un lien entre un
commissaire et un citoyen.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée de Taillon. M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, je pense, M. le Président, ici, là, qu'on a la démonstration, je pense,
la plus parfaite qu'on est... je ne
pense pas qu'on puisse avoir de démonstration plus parfaite de l'objectif
absolu, là, qui est de faire en sorte que la plainte soit recueillie
exclusivement par... bien, de toute façon, la démonstration est faite, c'est
ça, l'amendement.
Alors,
regardez, M. le Président, on essaie de faire des règles de trois pour
justifier quelque chose et c'est vraiment méconnaître le travail des commissaires aux plaintes. Rappelons que le
commissaire aux plaintes, c'est le commissaire aux plaintes et à
l'amélioration de la qualité. Ça ne fait pas que traiter des plaintes, les
commissaires locaux aux plaintes. Ça fait autre chose.
réalité, M. le Président, quand on regarde les interventions, qui sont de durée
variable et de portée variable, que font les commissaires aux plaintes
et à l'amélioration de la qualité, il y en a 40 000 par année, O.K.? Il y
en a 40 000 interventions qu'ils font,
parce qu'ils doivent aussi faire de l'assistance, des consultations, de
l'appréciation de la qualité. Bref, leurs types d'interventions varient.
De ces 40 000 interventions là, il y en a 12 000 plaintes formelles
qui sont conclues, et le chiffre officiel, là, il y a 472 de ces plaintes-là
qui se retrouvent chez le Protecteur du citoyen.
Alors,
c'est beau, là, faire des règles de trois, mais c'est des règles de trois
pourquoi, là, exactement? On est encore dans un débat d'école. Alors, le Protecteur du citoyen doit accompagner
aussi des gens, doit expliquer des choses aux gens doit faire des
enquêtes, doit faire des consultations pour apprécier la qualité et ainsi de
suite. Et, oui, on est bien d'accord à ce
qu'il doit y avoir du personnel. Le député de Lévis nous a dit que, lui, il comprenait qu'à un moment donné il y avait un enjeu monétaire,
qu'à un moment donné, là, il fallait qu'il y ait du monde indépendant
qui vienne appuyer le commissaire
local aux plaintes. Mais là on est encore
une fois dans un argumentaire de
bataille d'école, et j'ai dit précédemment où on s'en allait et où on
n'irait pas. Voilà. C'est tout, M. le Président.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre : Oui. Le ministre nous dit où on s'en
allait et où on n'irait pas. Nous, on a le droit, je pense, quand on
représente les citoyens, quand on représente les gens qui nous ont élus,
d'avoir les informations appropriées et la justification.
Moi,
je n'ai toujours pas entendu la justification du ministre pour dire qu'il avait besoin que ce soit du
personnel non commissaire. Si c'est une question de budget, qu'il nous montre
combien d'argent de plus ça coûterait d'avoir quelques
commissaires de plus. Encore une fois, je ne veux pas qu'il revienne avec
l'idée de la régie des plaintes, là. On n'est pas là-dedans. On est dans
un modèle qui fonctionne avec les commissaires, et, si ça en prend quelques-uns
de plus pour recueillir les plaintes, bien, je pense qu'il faut regarder ça et
je pense que c'est certainement des sommes modestes,
parce qu'entre un poste de membre du personnel et un poste de commissaire...
et, quand on calcule, là, comme on en
a 80 actuellement à travers tout le Québec, on ne parle pas là de sommes
énormes, mais on donne une garantie qu'on protège la crédibilité d'une institution et, à travers elle, on protège
également l'ensemble de notre démocratie et l'ensemble de la protection
des citoyens.
Moi,
je pense que c'est au ministre de nous expliquer pourquoi il banalise, jusqu'à
un certain point, cette portion de la
relation entre un citoyen et le fait que la plainte soit reçue. Alors, moi, je
veux l'entendre là-dessus, mais jusqu'à maintenant, je n'ai pas eu d'argument. Je n'ai pas eu de justification.
Alors, je les attends toujours, ces justifications-là. Autrement, je pense qu'on est tout à fait dans un
modèle qui a fait ses preuves, auquel la population fait confiance, qui
est bonifiable. Les gens considèrent eux-mêmes, le Regroupement des
commissaires aux plaintes et qualité des services reconnaissent eux-mêmes qu'il y a toujours place à bonification, mais on
est justement dans le fait que cette institution-là, actuellement, elle s'est mérité la confiance de la
population, puis on veut préserver cette confiance-là de la population à
cette institution-là. Donc, je pense que c'est au ministre de nous dire
pourquoi lui pense qu'on n'aura plus besoin de commissaires pour recueillir des
plaintes puis qu'on peut prendre du personnel qui n'a pas le statut de
commissaire.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, je n'ai pas dit qu'on n'aurait plus besoin de commissaires aux
plaintes pour recueillir des
plaintes. Je n'ai pas dit ça. Ce que j'ai dit, c'est que ce n'était pas un
absolu que d'avoir un commissaire aux plaintes dans toutes les circonstances pour recueillir des plaintes. C'est tout
ce qui est dit. Et je reprends les paroles du député de Lévis qui, lui,
comprend et je comprends qu'au Parti québécois, avoir une approche équilibrée
sur le plan budgétaire, c'est un concept...
Le Président
(M. Merlini) : Veuillez continuer, M. le ministre.
M. Barrette : C'est
un concept qui n'est pas recevable. C'est comme ça. Alors, ce n'est pas à moi à
justifier quoi que ce soit, là. Je me
suis exprimé clairement. Nous avons une structure qui fonctionne. Il y a des
commissaires qui ont besoin de plus
de ressources. Nos ressources supplémentaires, on peut les construire d'une
manière x, y, z. C'est accepté par le
Protecteur du citoyen que ce que nous proposons, manifestement, soit approprié,
puisque la seule critique qui a été faite
ou la seule recommandation provenant d'une critique était de s'assurer de
l'indépendance des membres du personnel qui étaient sous l'autorité du
commissaire, et c'est exactement ce que l'on fait. Et là on veut m'emmener dans
des justifications, des débats, des
chiffres, pour qu'à la fin on ait, évidemment, simplement des commissaires aux
plaintes. M. le Président, on tourne en rond,
là. Moi, je veux bien tourner en rond, là, mais je ne suis pas obligé de
tourner constamment en rond, là.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Bien, M. le Président, c'est parce que j'ai bien écouté le ministre, là, mais
je ne les ai pas. Il le dit lui-même, on a une structure qui fonctionne,
on a une structure qui inspire la confiance de la population. Les commissaires ont besoin de plus de ressources. On
est d'accord pour dire qu'on va leur en donner plus. La seule chose,
c'est que cette portion de recueillir la
plainte, elle doit être réservée au statut du commissaire. Le fait que le
personnel ait une garantie
d'exclusivité de fonction et d'indépendance, c'est sûr que ça le prend, parce
que, même si on ne lui fait pas faire recueillir
les plaintes, dès qu'il travaille pour un commissaire, il faut absolument que
cette personne-là, on lui fasse signer des
avis puis qu'on s'assure qu'elle respecte la confidentialité des dossiers
qu'elle va voir circuler, qu'elle soit indépendante et qu'elle n'ait pas deux, trois options, qu'elle
n'aille pas travailler deux jours-semaine sur le même étage que
l'élément qu'elle doit juger ou dont elle a accès au niveau du contenu de la
plainte.
Donc,
sur bien des aspects, là, on est sur la même longueur d'onde, le ministre et
moi. On comprend. La seule caractéristique puis que je n'arrive pas à
comprendre, c'est : Pourquoi il veut absolument permettre que ce soit du personnel et non pas quelqu'un qui a un statut
formel de commissaire local, commissaire local adjoint, qui soit celui
qui ait l'activité très spécifique et très importante dans le déroulement d'une
plainte, d'être celui qui recueille la plainte?
Le Président
(M. Merlini) : Merci. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, je vais citer George... non, George Bush
père : «Read my lips.» Je ne le sais pas d'où vient la notion qu'a notre collègue selon laquelle les plaintes
sont toutes recueillies par des commissaires aux plaintes. Ce n'est pas
le cas, ce n'est pas le cas, ce n'est pas le cas.
y a plein, plein, plein d'endroits où c'est une secrétaire qui a
l'indépendance, puis le serment ou la confidentialité, et tout, et tout, et qui fait remplir des
formulaires, et qui pose des questions. Et c'est ça, le problème, M. le
Président, notre collègue affirme une chose qui est inexacte. C'est
inexact. Le recueil de la plainte ne se fait pas, dans 100 %, des cas par un commissaire. Et, quand notre collègue veut
que ce soit un commissaire, c'est parce qu'on se rapproche du juridique.
Ce n'est pas ça, la gestion des plaintes. Ça
commence par un recueil d'informations qui émane d'une personne, d'une
famille, dans un environnement qui garantit la neutralité et, comme elle le
dit, ça fonctionne très bien.
Alors,
ce n'est pas le cas, 100 % des plaintes au Québec ne sont pas recueillies
par les commissaires. Alors, ce que notre collègue veut évidemment,
c'est ce que je dis depuis le début, c'est de créer quelque chose de nouveau et
ultimement, je dirais, idéalement, de parallèle. C'est tout. Qu'est-ce que je
peux dire de plus?
Le Président
(M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Bien, M. le Président, si actuellement le personnel n'est pas impliqué ou est déjà
impliqué, pourquoi le ministre le rajoute dans sa loi? C'est qu'il doit y avoir quelque chose de différent qui se fait actuellement. Moi, je vous dirais que, quand on est en train d'étudier une loi, c'est
le temps aussi de la bonifier. Alors, si, au niveau des pratiques, il y a actuellement... les plaintes ne sont pas toutes recueillies par les commissaires, moi, je pense que ce serait une bonification de notre façon de
procéder.
je reviens avec l'analogie. Tantôt, le ministre a insisté beaucoup en disant que le commissaire aux plaintes n'était pas un
tribunal. On est tout à fait d'accord. On est tout
à fait d'accord. Le commissaire aux plaintes, je l'ai dit tantôt, c'est l'équivalent d'un syndic dans un ordre professionnel. C'est celui qui
recueille. Et on le sait parce que les ordres ont des bureaux de syndic, il y a un mur de Chine entre le syndic et le reste de l'organisation. C'est ce qu'on essaie de reproduire actuellement, une forme de mur
de Chine lorsque les gens vont venir rapporter une plainte au commissaire aux plaintes. Et c'est un
processus qui est relativement nouveau. Ça date de 15, 20 ans, là, les commissaires aux plaintes, mais je pense qu'on a intérêt à bien les baliser. C'est une façon, c'est une
accise qui donne confiance à la population dans son système
de santé.
Donc,
ce n'est pas un tribunal. Le syndic, dans un ordre, ce n'est pas lui qui juge.
Le tribunal, c'est le conseil de discipline. Alors, ce qu'on... Et donc,
pour notre situation à nous, c'est le Protecteur du citoyen qui peut ultimement
considérer qu'il y a matière à poursuite. Alors, on est vraiment dans une
compréhension où ce qu'on veut donner à la population, c'est la certitude que la personne qui va
recueillir sa plainte a une fonction qui lui est particulière. Pourquoi
on appelle des syndics dans un ordre puis
qu'on appelle des commissaires dans un contexte de système de santé? Ce n'est pas pour rien,
c'est parce que le statut de commissaire, il est plus imputable
que le statut de personnel, ce qui n'exclut pas la recommandation du Protecteur
de dire : Le personnel doit quand même... assurez-vous qu'il y a une
exclusivité de fonction puis qu'il est indépendant.
Mais
le Protecteur du citoyen n'a pas dit : O.K., je permets, donc, parce que
ce personnel-là aura l'exclusivité de fonction et l'indépendance, qu'il
peut faire exactement les mêmes activités que le commissaire. Ce n'est pas ça
que le Protecteur du citoyen nous a dit. Il a dit :
Je préconise... parce que, dans le projet initial, la notion d'indépendance et
l'exclusivité de fonction n'étaient pas précisées pour le personnel. Donc, je
constate que le ministre est disposé à l'inclure et j'en suis satisfaite, mais
la Protectrice du citoyen ne nous dit pas : Le fait qu'il y ait
l'indépendance et l'exclusivité de fonction confère à ce personnel-là les mêmes
privilèges qu'un commissaire. Et c'est là qu'on doit, je pense, dans le cadre
du projet de loi, distinguer ce qu'un va pouvoir faire, puis ce que l'autre
peut faire, puis ce qu'un ne pourra pas faire, et ce que l'autre ne pourra pas
faire.
Alors,
moi, je pense que c'est quelque chose qui se... Mon amendement, là, il est
très, très, très simple, et il me semble
qu'il clarifie les choses et qu'il donne une sécurité de plus aux citoyens qui
perçoivent le besoin d'amener une situation qu'ils trouvent
préjudiciable à leurs proches au niveau d'une plainte. Alors, moi, je pense
qu'on doit avoir vraiment beaucoup de respect pour cette démarche-là et donner
une garantie appropriée pour que le commissaire soit vraiment imputable de cette portion très sensible, encore une fois,
je le dis, très délicate, de la période qui constitue le fait qu'on reçoit une plainte, qu'on l'accueille, qu'on
la traduit et qu'on aide, qu'on accompagne le citoyen dans sa démarche
où il vient révéler, dénoncer une situation qu'il considère préjudiciable à un
de ses proches.
Le Président
(M. Merlini) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, là, manifestement, on s'éloigne, là, en ce sens que là
notre collègue n'a pas contesté le
fait que dans le réseau il y avait du monde, qui n'étaient pas des commissaires
aux plaintes, qui recevaient des plaintes,
hein? Là, là, le fait de ne pas avoir contesté ça vient, mettons, de jeter un
peu... d'affaiblir sa position depuis le départ, parce que, depuis le départ, notre collègue nous dit que ce sont
des commissaires aux plaintes, alors que... Et là ça montre deux choses : ou bien elle ne le sait
pas ou bien elle choisit de ne pas le savoir que les plaintes, au moment où
on se parle, dans le réseau, ne sont pas toutes recueillies par un commissaire
aux plaintes. Alors là, ça vient de jeter tout un éclairage sur la position de
notre collègue.
Alors,
je vais le répéter, là, ça fait des heures que notre collègue affirme que
toutes les plaintes sont recueillies par un commissaire aux plaintes. Ce n'est pas vrai. Alors, la conséquence,
c'est que notre collègue, comme je le dis depuis le début, veut avoir une transformation du régime
selon lequel le commissaire aux plaintes exclusivement recueillera une plainte. Ce n'est pas le cas. Ça fait 10, 15
ans — c'est
l'expression que notre collègue a utilisée — que ça fonctionne très bien, un
système dans lequel le monde a confiance aujourd'hui.
Alors, pourquoi invoquer la confiance quand c'est
déjà de même? Déjà, il y a une contradiction, dans l'argumentaire, flagrante. Ça détruit l'argumentaire. Le
Protecteur du citoyen est venu nous dire une chose : Oui, faites un
ajustement, parce qu'actuellement, dans la
loi, il n'y a pas l'indépendance et l'exclusivité de fonction. Parfait. On
répond au Protecteur du citoyen et on
arrive avec 11.1 aujourd'hui. On me demande d'avoir une confirmation que ça
satisfait le Protecteur. Aujourd'hui, je dépose un document qui le
satisfait.
est où exactement, là? On est dans un système qui fonctionne depuis 15 ans,
dans lequel ce ne sont pas des commissaires qui recueillent
exclusivement les plaintes, donc qui défait l'argument de notre collègue et
pour lequel un ajustement est demandé par le Protecteur, qu'on donne et qui
satisfait la Protectrice du citoyen. Alors, on retourne donc dans un argumentaire qui n'est que philosophique et qui,
ultimement, va nous amener évidemment dans le débat réseau parallèle ou
non.
Là, M. le Président,
là, on tourne en rond, et moi, je n'ai plus rien à rajouter. Cet amendement-là
n'a pas de fondement. Le raisonnement de la
collègue n'a pas de fondement parce qu'il est basé sur un principe, sur lequel
elle se base depuis le début, qui est
celui selon lequel les plaintes sont exclusivement recueillies par des
commissaires aux plaintes ou des commissaires adjoints, et ce n'est pas
vrai. Et ça, là, c'est sur le bord d'induire les parlementaires en erreur.
Maintenant,
j'accepte le fait que notre collègue n'était peut-être pas informée de la
chose, ce qui n'enlève rien au fait qu'on est dans une guerre, ou une
bataille, ou un débat de visions, de philosophie, d'école, et je me suis
prononcé largement là-dessus.
Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. Mme la
députée de Taillon,
il vous reste 5 min 45 s à ce bloc.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Écoutez, moi, je suis sur le site, là, du gouvernement
du Québec, commissaire aux plaintes, régime d'examen des plaintes du réseau de la
santé et des services sociaux et vos droits
en tant qu'usagers du réseau. Eh bien, si vous voulez signaler, si vous constatez que
les droits d'un usager ou d'un groupe
d'usagers ne sont pas respectés, vous pouvez agir, vous pouvez en informer le
commissaire aux plaintes et à la qualité
des services de la ressource ou de l'établissement visé, verbalement ou par écrit. Cette personne
pourra intervenir au besoin. Qui peut
porter plainte? Plusieurs personnes. Et on a une section, discuter avant de
porter plainte, porter plainte en premier recours. Donc, on parle du
commissaire aux plaintes et à la qualité.
Comment c'est
interprété sur le terrain? Je ne le sais pas, à ce moment-ci, précisément. Je
pense que, dans la majorité des cas, ce sont les commissaires qui reçoivent
les plaintes. Si ce n'est pas le cas, je
pense que c'est bonifiable. Et c'est sûr que, si ce n'était pas ça qui était
fait jusqu'à maintenant, c'est un écart par rapport à ce que la loi
prévoit. Alors, le rôle de cette
personne... on ne parle pas, le rôle de cette institution, on parle, la
personne à qui vous devez vous adresser, la personne à qui vous devez
vous adresser pour faire votre plainte est le commissaire aux plaintes et à la
qualité des services de la ressource ou de l'établissement avec lequel vous
avez un problème. Le rôle de cette personne, de cette personne, est de traiter
votre plainte ou de la transmettre à l'autorité compétente, promouvoir la
qualité des services, s'assurer du respect.
Et on peut formuler sa plainte verbalement ou par écrit, mais on parle d'une
personne, M. le Président.
Alors, moi, je pense
que ma démarche est tout à fait justifiée et que c'est vraiment...
si jusqu'à maintenant ça n'a pas été peut-être toujours des
commissaires, c'est peut-être parce qu'ils ont été débordés aussi, parce qu'on
l'a dit, on l'avait
annoncé avec le projet de loi
n° 10 qu'il y avait une concentration énorme de travail sur un nombre restreint de commissaires. Parce qu'il y en avait combien de commissaires avant le projet de loi n° 10?
Est-ce que le ministre peut répondre
à cette question-là? Il y avait combien de commissaires et de commissaires
adjoints avant le projet de loi n° 10?
Le Président (M. Merlini) :
Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, là, c'est vraiment, vraiment fantastique, là. Alors là,
notre collègue vient de faire la
démonstration qu'elle n'a pas la connaissance fine de ce qui se passe dans le
réseau et elle vient elle-même de défaire
son propre argument. Toute sa logique vient de s'écrouler à l'instant, M. le
Président. Pourquoi? Parce qu'elle a pris
le site Web, le site Web qui dit qu'on va au commissaire aux plaintes, qui,
pour le site Web, essentiellement, est une institution, O.K., seulement,
de façon fonctionnelle. Et c'est le même parallèle que l'on doit faire avec le
Protecteur du citoyen. Non, M. le Président.
Quand on va amener une plainte au Protecteur du citoyen, tous les citoyens ne
rencontrent pas le Protecteur du citoyen individuellement. Il y a quelqu'un
d'autre qui recueille la documentation.
Alors,
évidemment que, dans la structure, il y a un cheminement, et le commissaire aux
plaintes, bien oui, dans le cheminement
d'une plainte, va traiter de la plainte parce que c'est sa responsabilité.
Alors, on est ici, là, dans la guerre d'école, de visions, et c'est ça
depuis le début, hein? Et je vais même aller plus loin, M. le Président. Le
ministre de n'importe quoi, là, parce que,
même que son parti l'a évoqué en Chambre, la responsabilité ministérielle... La
responsabilité ministérielle, ça a été évoqué par son propre chef. Même si tout
n'arrive pas au ministre, le ministre est responsable, comme quoi une plainte qui arrive dans le réseau, quelqu'un pourrait
évoquer le fait qu'ultimement c'est le ministre qui est responsable. Bien non. Il y a des structures
avec des fonctions qui ont des
titres, et ça donne ça, M. le
Président, ça donne tout simplement ça.
La logique
qui sous-tend... qui est
sous-tendue... qui sous-tend, pardon, l'argumentaire de notre collègue,
bien, elle vient de le défaire elle-même. Un, elle a affirmé des choses qui
sont inexactes, deux, elle sait très bien...
Mme Lamarre : M. le Président,
on me prête des intentions. Je pense que je n'ai pas affirmé des choses...
M. Barrette : Non, non...
Le Président (M. Merlini) : Un
instant! Un instant, M. le ministre!
Le Président (M. Merlini) :
Oui, oui.
Mme Lamarre :
Alors, je n'ai pas affirmé des choses... Le ministre peut considérer que j'ai
affirmé des choses avec lesquelles il
n'est pas d'accord, mais il ne peut pas affirmer... alors que je cite le site
même du gouvernement là-dessus, le
portail, où on parle d'une personne qui reçoit, et le commissaire est une
personne. Alors, je veux juste qu'il dise ce qu'il a à dire, mais qu'il
ne me prête pas d'intentions, M. le Président, si c'est possible.
Le Président (M. Merlini) : M.
le ministre.
M. Barrette : M. le Président,
il y a des limites à tout, là. Combien de fois, depuis des heures, notre
collègue a-t-elle affirmé que les plaintes étaient reçues, reçues par un
commissaire local aux plaintes? Combien de fois a-t-elle mentionné, argumenté l'importance que cette
personne-là qui reçoit les plaintes soit un commissaire? Moi, je veux
bien, là, que notre collègue, là, ait une
interprétation de ses propos, mais je l'invite à aller lire les galées. Comme
ça, elle va voir ce qu'elle a dit.
M. le Président, je vais vous donner un autre
exemple qui va vous amuser. Alors, on a une loi actuellement, M. le Président, qui vise à prévenir le cancer de
la peau causé par le bronzage artificiel. On a nommé un inspecteur — c'est un exemple parmi tant
d'autres — ça
fait juste trois ans, et sa responsabilité est de m'aviser, moi, comme
ministre, s'il y a un manquement. Pensez-vous vraiment que ça arrive sur mon
bureau, ça? Donc, ça arrive par l'appareil, puis l'appareil applique les lois et règlements. Alors, c'est la même affaire
pour le Commissaire. Puis c'est la même affaire au Protecteur du
citoyen.
Alors, ici,
on est dans une bataille d'écoles, de visions, littéralement de religions. Le
Protecteur du citoyen est venu devant
nous nous dire que ce qu'il manquait... ce qu'il y avait à changer, ce n'était
pas la structure, mais bien de s'assurer que le personnel, sous
l'autorité du Commissaire aux plaintes, qui, lui, a l'autorité ultime en
dessous du conseil d'administration, ait
l'indépendance nécessaire, l'exclusivité de fonction, l'indépendance. C'est
exactement ça qu'on fait. Alors, là, M. le Président, là, en ce qui me
concerne, ce débat-là de cette partie-là me semble, de ma part, être clos.
Le Président (M. Merlini) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée, il vous reste 3 min 25 s.
Mme Lamarre :
Merci. Alors, M. le Président, je pense qu'on constate, là, que le ministre
résiste à ce projet, à cet amendement
qui, selon moi, aurait apporté une valeur ajoutée au statut de commissaire et
qui aurait amené une valeur protégée
de cette fonction. Moi, je pense que, dans la plupart des cas, ce sont les
commissaires qui reçoivent les plaintes. Ça se peut que dans un contexte
de débordement, il va être obligé de le faire faire par d'autres.
Mais
je vois aussi que Me Ménard, qui est quand même un avocat qui en voit beaucoup
et qui accueille beaucoup de patients
qui sont victimes, bien, on peut le citer, M. le Président, parce que Me
Ménard, il a participé, comme membre, à la commission parlementaire et il est venu donner son avis. Je pense que
nous avons le droit de le citer. Alors, le ministre peut passer des
onomatopées, mais je pense qu'on a quand même le droit de le citer. Et il
indique clairement qu'il n'y a aucun problème
à ce que le personnel collabore avec les commissaires et que les commissaires
puissent bénéficier de personnels, en
autant que ces personnes posent des actes administratifs — et c'est ça qu'on essaie de refaire
reconnaître par le ministre — mais que, quand il s'agit de recueillir les
plaintes, cette activité relève exclusivement du commissaire.
Alors, je le
dis, ce que le Protecteur du citoyen a dit, c'est que les amendements du
ministre en 11.1, le nouvel
article
déposé par le ministre, ajoutaient la notion d'indépendance et d'exclusivité de
fonction au personnel. C'est parfait, ça veut juste dire que ça n'autorise
toujours pas nécessairement le membre du personnel à recueillir des plaintes pour autant. Le RPCU s'inquiète aussi, le
regroupement des usagers, on parle d'usagers du système, et l'Association des
cadres également, qui inclut, entre autres, certains commissaires.
Alors, moi,
je me dis, M. le Président, qu'on a essayé le maximum, je pense que la
population en est témoin, de faire en sorte que les commissaires aux plaintes ne soient pas contestés sur leurs...
Moi, j'ai tellement de respect pour leur travail que je veux
être sûre que, quand ils font leurs choses, qu'ils soient reconnus et qu'on ne
jette pas de doute sur leur impartialité,
sur leur objectivité, sur le fait que
ce sont des gens qui ont vraiment pleins pouvoirs, et pleines
compétences, et une certaine expertise par rapport au recueil de ces
plaintes-là.
Je pense que
mon amendement était une valeur ajoutée pour améliorer la reconnaissance de
cette institution pour laquelle j'ai
énormément de respect. Alors, je considère avoir fait de mon mieux pour
influencer le ministre et l'aider à comprendre que ça aura été quelque
chose pour le bien commun et pour le bien de l'institution.
Président (M. Merlini) :
Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y
a d'autres interventions sur l'amendement de la députée de Taillon? Je
n'en vois pas. Alors, je mets donc l'amendement à l'article 11 aux voix.
Le Président (M. Merlini) : Le
vote nominal est demandé. Alors, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. Mme Lamarre (Taillon)?
La Secrétaire :
M. Barrette (La Pinière)?
La Secrétaire :
Mme Montpetit (Crémazie)?
La Secrétaire :
Mme Tremblay (Chauveau)?
La Secrétaire :
Mme Sauvé (Fabre)?
La Secrétaire :
M. Paradis (Lévis)?
M. Paradis (Lévis) : Abstention.
La Secrétaire : M. Merlini
(La Prairie)?
Président (M. Merlini) :
Je vais m'abstenir. Alors, l'amendement est donc rejeté. Nous revenons donc à
l'étude combinée des articles 11 et 11.1, en vous rappelant, Mme la
députée de Taillon, qu'il vous reste 1 min 30 s. Est-ce que j'ai
d'autres interventions sur les articles 11 et 11.1? Je n'en vois pas. Je
mets donc...
M. Paradis (Lévis) : ...
Le Président (M. Merlini) : Oh!
pardon. Oui, allez-y, M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Ce sera rapide. Et
on a jasé longtemps, puis je pense qu'il y a une chose qui a été dite
qui doit être redite. L'objectif de cette discussion a été de faire en sorte
que ceux et celles qui nous écoutent... Et, dans ce processus-là extrêmement important,
on sent évidemment toute la fragilité, toute l'importance
de la notion de confiance