Health and Social Services — 22 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-04-22
Quebec — Committees
(Quatorze
heures une minute)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous
plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières sur la
pétition concernant la fluoration de l'eau
potable.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui,
M. le Président. Mme De Santis (Bourassa-Sauvé) est remplacée par Mme Vallières (Richmond) et Mme Daneault (Groulx) est remplacée par Mme
St-Laurent (Montmorency).
Président (M. Bergman) : Alors, collègues, vous avez entendu les remplacements. Aussi, on a le
député de Mégantic
ici aujourd'hui. Il n'est pas membre de cette commission, alors, avec votre
permission, il nous joint aujourd'hui. Consentement?
Le Président (M.
Bergman) : Consentement?
Consentement. Merci beaucoup.
Alors,
cet après-midi, nous allons recevoir les représentants de l'Institut national
de santé publique, la Coalition Eau Secours!,
de l'Ordre des dentistes du Québec et du Réseau Environnement.
Nous allons sans plus
tarder débuter les auditions avec l'Institut national de santé publique.
M. Boileau, bienvenue. Je vous invite à
présenter vos collègues et de commencer votre présentation, vous
disposez de 15 minutes, suivie d'un échange avec les
membres de la commission. Bienvenue.
Boileau (Luc) :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, permettez-moi d'abord de me
présenter : Dr Boileau, je suis
médecin spécialiste et président-directeur général de l'Institut national de
santé publique. Je viens de vous entendre nommer mon nom, ça m'a fait penser à
quelque chose, là, étant donné que c'est Boileau.
Bon,
ceci étant dit, je suis accompagné par des experts, avec moi, qui seront en
mesure de soutenir les échanges que vous aurez
le privilège de présider. Alors, il y a le Dr Lévy qui est avec moi, qui
est un dentiste spécialiste de la fluoration
des eaux; il y a le Dr Pierre Ayotte, qui est un spécialiste de la santé
environnementale et de la toxicologie; de même que Mme Corbeil qui est avec nous
et qui est une experte au niveau de notre Laboratoire de santé publique, qui
est chimiste et qui gère, si vous voulez, l'ensemble des processus de
fluoration des eaux au Québec et surtout de leur assurance qualité.
D'entrée de jeu, je
vous dirais que le rôle de l'Institut national de santé publique... c'est
essentiellement une organisation qui est ancrée dans le gouvernement, attachée
au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui a sa propre autonomie, qui existe depuis une quinzaine
d'années et qui a pour objectif principal de rapporter l'ensemble des éléments scientifiques qui entourent des questions
de santé publique. Alors, on est en mesure de recenser, d'analyser, de synthétiser, s'il y a lieu, et même développer les
connaissances pour toute question de santé publique. Et, fondamentalement,
notre objectif, c'est de mettre la
connaissance à l'appui pour la prise de décision, qu'elle soit dans le système
de santé ou plus particulièrement ici, au niveau d'une politique de
santé.
On ne défend aucun
intérêt, on n'est attachés à aucune ligne de quoi que ce soit politique ou
d'associations quelconques sur le plan de la manifestation de nos idées et de
nos points de vue, que ce soit dans ce domaine-ci comme dans tous les autres
domaines. Et bien sûr on s'appuie sur nos
propres travaux mais, bien sûr, également, là — je me répète — les
travaux qui sont menés sur une base scientifique partout sur la planète pour
être en mesure d'être le plus solides possible
lorsqu'on se présente devant vous.
Je vous ai présenté la
délégation. C'est un dossier, la fluoration des eaux, qui est traité depuis longtemps, d'abord scientifiquement, depuis plus
d'une soixantaine d'années, mais, à l'institut national, il a toujours faitpartie de la zone
scientifique, et sans compter non plus le Laboratoire de santé publique qui existait avant nous, depuis maintenant plus d'une centaine d'années, et qui est
actif sur le dossier depuis plus d'un quart de siècle.
Écoutez, je souhaiterais, si vous me
permettez, M. le Président, dans l'utilisation des quelques minutes résiduelles, resituer
l'importance du problème de la carie dentaire. Le problème de la carie
dentaire, à l'occasion, on l'éclipse un peu trop — mais c'est un problème qui s'est amélioré au fil des
quelque 30 dernières années — mais ça
demeure un problème important pour la santé de notre population québécoise et ça touche
toute la population québécoise, que ce soient les enfants, les
adolescents, les adultes et les personnes âgées.
est particulièrement touchés au Québec, plus qu'ailleurs en Amérique du Nord,
plus que toutes les autres provinces du
Canada, pour s'y référer. Chez nous, déjà à la maternelle, plus de 40 %,
42 % des enfants souffrent de la carie
dentaire. Lorsqu'on fait des études chez les enfants de deuxième année ou de
sixième année, on atteint également des
taux qui dépassent... la moitié qui ont déjà expérimenté, et de façon sévère,
la carie dentaire, c'est-à-dire que ça touche déjà au niveau de la
dentine. Et, lorsqu'on regarde la population de plus de 18 ans au Québec,
bien, c'est presque 100 % qui ont expérimenté la carie dentaire, c'est
98 %, donc c'est exceptionnel de ne pas avoir eu la carie dentaire.
Ça touche donc toute la population et à tous
les âges, mais, qui plus est, ça touche encore plus les populations plus défavorisées. Donc, c'est à peu près 2,5 à trois fois plus, donc presque 300 % de
plus, de problèmes de carie dentaire chez les gens qui sont
en situation de défavorisation, les groupes, donc, socioéconomiquement
défavorisés. Ce n'est pas une donnée nouvelle, c'est documenté depuis
fort longtemps. Ce n'est pas spécifique au Québec, mais on l'a documenté solidement au Québec, il n'en demeure pas moins.
Et ce n'est pas une maladie bénigne, ça donne de la souffrance, de la douleur, ça donne des problèmes, oui, de
mastication, des problèmes de nutrition, d'apparence, évidemment, qui
touchent, comme je vous le disais, toute la population, sans oublier les
problèmes d'infection, et ça coûte cher.
La fluoration des eaux, c'est une stratégie
qui est très connue sur le plan international pour permettre de pallier ou d'améliorer la santé dentaire de tous. Elle
permet de rejoindre, bien sûr, tous les groupes de la population de façon équitable, et c'est une mesure de santé publique
qui est capable de réduire directement les inégalités sociales — vous le savez bien, comme
plateforme supérieure de l'État — et les gouvernements cherchent à
réduire les inégalités sociales, alors c'est
une mesure qui est très bien dirigée en ce sens-là et qui n'a pas d'effet parce
qu'elle est,
en fait,
totalement sécuritaire et extrêmement
efficace — et on pourra y revenir — et elle est recommandée par tous les organismesscientifiques que vous
pouvez trouver, que ce soit l'Organisation mondiale de la santé, et passer par
tous les autres. C'est une
recommandation ferme, sans équivoque. Et ce n'est pas lancé comme ça dans les
airs, c'est appuyé par des centaines, des milliers d'études scientifiques sur le sujet,
et l'institut national les recense. Elle n'a pas pour idée de venir
banaliser les points de vue et les opinions
ou les idées que certains peuvent en avoir, mais nous, on est ici pour vous
relater les faits scientifiques et essayer de faire en sorte d'être les
plus éclairants possible de ce côté-là.
C'est une mesure qui fait donc largement
consensus sur le plan scientifique. Il n'y a pas d'écart de ce niveau-là. La littérature scientifique a démontré ça depuis maintenant
de nombreuses années et continue à le démontrer en termes d'efficacité et d'innocuité. La fluoration de
l'eau bénéficie, comme je le disais, à, bien sûr, toute la population et
diminue, réussit à diminuer la prévalence de
cela à des taux qui vont varier de 18 %... mais surtout vers 40 %, et plus encore au niveau des populations qui sont défavorisées. Les
données nous montrent qu'on est capables de réduire, ne serait-ce qu'avec ce
geste-là, de plus de 50 % de tous les phénomènes de carie dentaire qui
sont documentés.
C'est une mesure qui est très sécuritaire. Il y a une absence, j'insiste, une
absence de risque au niveau de la santé humaine. Il y a une absence de risque également au
niveau de l'environnement. Ce n'est pas à peu près, c'est une absence. Lorsqu'on parle de fluorose dentaire ou de
problèmes qui peuvent être associés, on parle à des taux de fluor dans
l'eau qui dépassent très largement, de presque plus de 400 %, les taux
recommandés, et ce, c'est pour commencer à voir peut-être des petits problèmes apparaître, de fluorose, qui demeurent un
élément très bénin. Donc, on est dans quelque
chose de hautement sécuritaire, et, dans
l'ensemble, les données scientifiques convergent clairement pour dire que ça
n'entraîne aucun effet nocif chez l'être
humain, et ce, en tenant compte de toutes les autres expositions, qu'elles
soient naturelles, qu'elles soient également de dentifrice fluoré ou des
aliments qui en contiennent. Ça n'entraîne non plus aucun risque, là, pour les
animaux ou pour les plantes, là. J'ai insisté sur l'environnement, mais je
réinsiste là-dessus.
Somme
toute, la mesure qu'on prend, c'est de vous dire qu'il n'y a aucune évidence
scientifique que les concentrations optimales d'ions fluorés — parce qu'on veut quand même rester sur l'élément que
nous introduisons dans l'eau, que nous recommandons d'introduire dans l'eau pour son
innocuité, c'est les ions fluorures — ne causent de problèmes de toxicité reliés à son produit et à son
utilisation. Les produits qui sont utilisés sont très connus, ils sont de très bonne qualité, complètement solubles et
sécuritaires, et ce sont des produits qui sont
certifiés et qui respectent toutes les normes
de qualité, qui sont très strictes à cet effet.
Alors, que ce soit au niveau de l'American
Water Association, ou encore l'American National Standards Institute, ou encore le
National Sanitation Foundation, on respecte leurs éléments normatifs. On a
établi, de bon concert avec tous ces regroupements-là scientifiques de
haut niveau, les mesures qui devraient être prises ici. Et les recommandations
qui sont faites sont appuyées de façon solide et sont maintenues en
application, elles sont surveillées également par l'Institut national de santé
publique, à travers son Laboratoire de santé publique, et notre collègue
pourra, si vous le voulez, répondre à des
questions à cet effet. Donc, notre
laboratoire vérifie la conformité des produits qui sont interpellés, là, par des processus d'appel d'offres, il
s'assure que la concentration des produits chez les exploitants respecte la
recommandation, et, pour chacune des livraisons de produits, nous exigeons, dans…
qui est mise dans un réseau de distribution, que ce soit contrôlé par l'INSPQ,
ce qui est fait. Alors, plusieurs échantillons sont faits régulièrement.
Je vous rappelle que la quantité qui est mise
dans les eaux fluorées… Parce que, lorsqu'on regarde sur le contexte canadien,
70 % de l'eau de consommation chez nos voisins ontariens est fluorée; au
niveau canadien, ça s'approche de 50 %. Si on devait exclure le
Québec, là, sur ce calcul-là, on s'approcherait... on dépasserait, en fait, le
60 %. Il y a déjà 350 millions
d'habitants qui vivent dans des États où on recommande, et on fait, et on
privilégie, c'est-à-dire on fait de façon
délibérée, la fluoration des eaux, que ce soient les Américains, les
Australiens, Néo-Zélandais, Irlandais, etc. Donc, on a déjà des populations largement... qui
bénéficient largement de cette mesure-là. Il y a également une autre
cinquantaine de millions sur la planète Terre, là — c'est celle qu'on
conna