Institutions — 26 March 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2013-03-26
Quebec — Committees
Président (M. Ferland) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons débuter les travaux.
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte.
Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
La commission est
réunie afin de procéder aux consultations particulières et aux auditions
publiques sur le projet de loi n° 22, Loi modifiant la
Loi sur l'indemnisation
des victimes d'actes criminels.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président.
Mme L'Écuyer (Pontiac) remplace M. Marsan (Robert-Baldwin) et Mme St-Laurent
(Montmorency) remplace M. Duchesneau (Saint-Jérôme).
Président (M. Ferland) : Merci. Alors, ce matin, nous allons débuter par les remarques
préliminaires puis nous recevrons comme
première invitée Mme Isabelle Gaston. Alors, sans plus tarder, je vous invite,
M. le ministre de la Justice, à faire vos remarques préliminaires en vous
mentionnant que vous disposez d'un temps de six minutes.
St-Arnaud : Oui,
je vous remercie, M. le Président. Alors, M. le Président, permettez-moi d'abord
de saluer tous
les membres de la Commission des institutions, d'abord la députée de Pontiac,
porte-parole de l'opposition officielle, sur les questions liées aux victimes d'actes criminels, le député de
Fabre, le député de Marguerite-Bourgeoys et de saluer également, du côté de la deuxième opposition, la
présence de la députée de Montmorency, qui nous fait le plaisir de sa
présence aujourd'hui et, de ce côté-ci de la table, du côté du parti
ministériel, le député de Beauharnois, le député de Sanguinet et le député de Sherbrooke. Alors, souhaitons-nous à tous de
bonnes consultations particulières sur le projet de loi n° 22
aujourd'hui et demain.
Alors,
M. le Président, le 19 septembre dernier, en me nommant ministre de la Justice,
la première ministre du Québec me demandait de
voir en priorité à aider et à soutenir davantage les victimes d'actes
criminels. Le projet de loi n° 22,
Loi modifiant la
Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels, que j'ai
déposé le 21 février dernier et qui
fait l'objet, aujourd'hui et demain, de consultations particulières devant
cette commission, est un des gestes posés par notre gouvernement qui va
en ce sens, qui donne suite, donc, à ce mandat que m'a confié la première
ministre en septembre dernier.
Comme
vous le savez, M. le Président, il y a plus de 40 ans, les Québécoises et les
Québécois manifestaient leur solidarité en se dotant d'un régime d'indemnisation
des victimes d'actes criminels qui est aujourd'hui le plus généreux au Canada. Cela dit, certaines lacunes
particulièrement évidentes subsistent toujours. Ces lacunes mises en lumière
dans la dernière année par notre premier témoin ce matin, la Dre Isabelle
Gaston, doivent être corrigées d'urgence. Il faut corriger ces lacunes dans les plus brefs délais, sans attendre la grande
réforme de notre régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels, que nous devrons certainement
faire un jour. Et j'ajouterais, M. le Président, certainement plus tôt
que tard. Mais il y a des lacunes urgentes à combler, et c'est le but du projet
de loi n° 22 que de les combler rapidement.
Nous
proposons donc, pour adoption le plus rapidement possible, les mesures suivantes :
d'abord, l'augmentation à 12 000 $ du montant de l'indemnité
versée aux parents à la suite d'un crime ayant entraîné le décès de leur enfant
mineur ou à charge — en comparaison, M. le Président, l'indemnité actuelle est
bien moindre, soit 2 000 $ — puis l'augmentation de 3 000 $
à 5 000 $ du montant pouvant être remboursé à la personne qui a
acquitté les frais funéraires d'une victime. Enfin, le paiement, jusqu'à un maximum de 3 200 $,
des coûts de nettoyage de la scène d'un crime lorsque la victime est
décédée dans une résidence privée. Le projet
de loi n° 22 prévoit également, pour les victimes de violence
conjugale ou d'agression sexuelle, la
possibilité d'obtenir une compensation financière correspondant à deux mois de
loyer jusqu'à concurrence de 1 000 $
par mois afin de couvrir les frais engagés pour la résiliation d'un bail
résidentiel pour des raisons de sécurité tel que le prévoit le Code
civil du Québec. Finalement, le délai pour produire une demande d'indemnisation
passera, si le projet de loi n° 22
est adopté, d'un an à deux ans. Les coûts associés aux modifications de la loi,
à terme, sont estimés à 2 millions de dollars, et une indexation
annuelle s'appliquera par la suite aux montants prévus.
Telles sont donc, M.
le Président, en quelques mots, les mesures proposées par le projet de
loi n° 22, des mesures qui respectent la capacité de payer des
contribuables, parce qu'il faut toujours avoir ça à l'esprit, M. le Président… qui respectent donc la capacité de
payer des contribuables et qui ne nuiront pas à la santé financière à
long terme du régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Alors,
cela étant, M. le Président, je suis maintenant prêt à entendre les remarques
de mes collègues et à entendre également les
personnes et les organismes qui ont été invités à nous faire part de leurs
observations sur le projet de loi n° 22. Je vous remercie, M. le
Président.
Le Président (M. Ferland) : Merci. Merci, M. le ministre. Alors, j'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle
en matière d'indemnisation des victimes d'actes criminels et députée de Pontiac
à faire ses remarques préliminaires, et vous mentionner que vous disposez d'un
temps de six minutes.
L'Écuyer :
Merci, M. le Président. Je vais en profiter pour saluer le ministre et ses
collègues ainsi que mes collègues et la
recherchiste, qui me tolère et m'endure, et je vais débuter.
Nous
débutons des consultations très importantes dans le cadre du projet de
loi n° 22, un projet de loi qui
aborde des questions très délicates, qui
soulève des enjeux sur lesquels nous nous devons de réfléchir et d'agir. Nous
entendrons, aujourd'hui et demain, des groupes ou des personnes qui ressentent
le besoin de s'exprimer. Nous avons le devoir parlementaire de les écouter.
Bien
que le ministre a laissé sous-entendre que nous voulions retarder l'adoption du
projet de loi parce que nous avions demandé
des consultations, au contraire, je lui réponds qu'afin de bien faire notre
travail il est primordial de rencontrer les intervenants du milieu. Ce sont eux
qui travaillent avec les victimes à chaque jour. Ils savent ce que les victimes vivent, les émotions qu'elles peuvent
ressentir, les tragédies qui se cachent derrière leurs histoires. Les faits,
gestes, récits qui nous seront présentés
sont réels. Ne nous méprenons pas : c'est arrivé à nos soeurs, nos frères,
nos mères, nos voisins et nos enfants. Ça arrive à Montréal, à
Saint-Romain, à Prémont. Ce sont nos proches, ça arrive chez nous.
D'ailleurs,
je tiens à dire aujourd'hui que nous aurions pu entendre une dame victime d'agression
sexuelle, qui voulait s'adresser aux parlementaires afin de représenter les autres
victimes qui, comme elle, ont subi des actes criminels. À mon grand
désarroi, le gouvernement a refusé de l'entendre.
Tout
en faisant notre travail de parlementaires, nous allons parler de chiffres, de
statistiques, d'articles de loi, de fonctionnement du système judiciaire, mais il ne
faut surtout pas oublier que, derrière ce projet de loi, il y a des
humains, des personnes qui ont le courage de
venir nous expliquer des problématiques sociales difficiles, des situationsinexplicables, tout en acceptant de se
prêter à l'exercice parlementaire, et ce, afin de susciter une réflexion
commune de trouver ensemble des pistes de solution acceptables pour les
victimes.
Nous
avons le devoir de soutenir ces personnes, de les écouter, d'entamer un
dialogue ensemble, de les respecter. Je tiens
à rappeler que le 21 mars 2012 le député de Saint-Laurent, alors ministre de la
Justice, a présenté des mesures afin de bonifier le régime d'indemnisation des
victimes d'actes criminels. Il a entendu l'appel des victimes d'actes criminels et a tenté d'améliorer le soutien qui
leur est offert. Mais, à cause de l'obstruction systématique du PQ à l'adoption
du projet n° 73, ces mesures n'ont pu être mises en vigueur.
Trois
mesures parmi celles proposées n'ont pu être mises en vigueur face à l'adoption
du projet de loi. Deux mesures ont été
édictées par règlement le 1er août dernier, dans le cadre du Conseil des
ministres, et seront en vigueur 15 jours après…
le Président, je crois que, durant les prochains jours, nous aurons le
privilège et la difficile tâche d'entendre des témoignages et des faits vécus qui nous
bouleverseront. Je souhaite que nous puissions tous faire preuve d'ouverture
et de respect afin que ces consultations
puissent bien se dérouler, et que nos discussions soient empreintes d'humanisme,
et qu'elles puissent servir à bonifier le
projet de loi déposé par le ministre de la Justice. Nous nous devons de
reconnaître le courage des intervenants et ne jamais oublier les victimes,
celles qui ont toutes subi ces actes effroyables.
terminant, je souhaite remercier mes collègues qui m'accompagneront ainsi que
le personnel de l'Assemblée nationale et les
membres de la Commission des institutions. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Merci. Merci, Mme la
députée, pour vos remarques. Alors, j'invite maintenant la députée de
Saint-Laurent à faire ses remarques préliminaires...
Mme St-Laurent : C'est Montmorency, M. le Président. C'est
Saint-Laurent, mon nom, mais c'est de Montmorency.
Le Président (M.
Ferland) : Ah, excusez, c'est une
erreur.
St-Laurent : Oh, de rien.
Le Président (M.
Ferland) : C'est députée de — alors, on le corrige à l'instant — Montmorency, c'est ça?
St-Laurent : C'est ça.
Le Président (M.
Ferland) : Excusez.
Une voix : Projet Saint-Laurent.
St-Laurent : Projet Saint-Laurent.
Le Président (M. Ferland) : Je fais souvent des tests comme ça, Mme la députée, pour
voir si vous êtes attentifs, et alors...
St-Laurent : Si je suis réveillée ce
matin?
voix : On l'est tous, réveillés.
Le Président (M. Ferland) : Je remarque que vous l'êtes tous.
Vous êtes tous éveillés ce matin. Alors, j'invite maintenant la députée de Montmorency à
faire ses remarques préliminaires pour une durée maximale de trois
minutes, Mme la députée, en m'excusant encore une fois.
St-Laurent : Merci, M. le Président.
Je tiens à saluer mes collègues, tout le personnel et également les
participants. Et je tiens à féliciter le ministre de la Justice.
Les remarques... La finalité d'une
loi sur l'indemnisation,
c'est de compenser et non de récompenser. Et vous savez que les victimes nous tiennent
à cœur, c'est pourquoi l'article 7 de cette loi, qui prévoit à l'avenir
6 000 $ pour chacune des personnes
à charge, le père et la mère... Ce que je propose aux intervenants et à tous
ici, c'est de faire une réflexion. Si on compense une perte de revenus,
au lieu de donner ce montant global de 12 000 $, ma proposition est à
l'effet, M. le Président, qu'il serait
important pour les victimes qu'ils aient une compensation monétaire sur la
perte de revenus. Qu'on pense, par
exemple, aux serveurs dans des restaurants, aux commis dans les stations de
service, dans les épiceries, un peu partout, qui recevront
6 000 $ pour une personne ou 6 000 $ pour l'autre... ou
12 000 $, mais qui auront des pertes de revenus beaucoup plus considérables... Ça fait que c'est une option que
j'offre à tous, et je pense qu'il serait important d'en tenir compte vu
que c'est une
loi sur l'indemnisation.
Je tiens à réaffirmer au ministre que nous
sommes d'accord avec les positions antérieures sur le 5 000 $ pour les frais funéraires,
sur les 3 200 $ de remboursement de frais de résidence et sur le 1 000 $
par mois pour les frais de loyer. Mais,
si on veut vraiment faire une
loi sur l'indemnisation, pensons indemnisation,
perte de revenus, M. le Président. Je vous remercie et je vous souhaite
une bonne journée.
Le Président (M. Ferland) : Merci, Mme la députée de Montmorency
pour vos remarques préliminaires. Alors, peut-être juste aviser... Pour les journalistes,
il n'y a pas de problème, c'est public. Pour les caméras, peut-être de
permettre de filmer un peu, là, au début, de faire un tour... Ce qu'on me dit,
c'est un peu les règles de l'Assemblée, mais il n'y a pas de problème pour
prendre quelques images.
Alors, merci. Nous allons maintenant, sans
plus tarder, débuter les auditions. Alors, nous recevons maintenant le docteur... Mme Isabelle Gaston. Vous
avez la parole pour présenter votre mémoire pour un maximum de 10 minutes.
Ensuite, il y aura une période d'échange avec les parlementaires. Alors,
Dre Gaston, à vous la parole.
Gaston (Isabelle) : Alors, est-ce qu'on
me comprend bien comme ça? Oui? Bon.
Alors, bonjour tout le monde. Merci à la
commission de m'avoir invitée et merci au ministre St-Arnaud d'avoir si rapidement mis de l'avant ce dossier. Si j'ai
accepté de partir de Saint-Jérôme et de venir m'asseoir devant vous ce matin, c'est que je pense qu'il est primordial que
vous ayez des gens qui ont été au coeur du programme qui a été conçu pour eux. Gardez à la tête que c'est en 72 que le
programme a été créé par des gens comme vous. Puis, aujourd'hui, c'est
des gens comme vous qui ont le pouvoir d'améliorer
le système et de faire en sorte que la vie de bien des gens soit
meilleure.
Je vais me concentrer sur les cas de meurtres
à l'égard des enfants. Je connais bien la loi, j'ai révisé les différents régimes, j'ai
posé des questions, j'ai passé la dernière semaine à revoir ça. Mais je me suis
dit qu'aujourd'hui ce n'était pas pour
ça que j'étais venue témoigner. Il y a des fonctionnaires, il y a des experts,
il y a des avocats pour vous expliquer ça. Moi, si je suis ici aujourd'hui,
c'est parce que je veux vous mettre les visages humains derrière les mots,
derrière les chiffres qui sont contenus dans cette loi-là.
Les âmes sensibles, je vous avertis, je pense
que c'est le temps d'aller prendre un café, d'aller aux toilettes parce que je vais
utiliser des exemples concrets. Si vous trouvez ça difficile à entendre,
dites-vous que nous autres, les parents qui survivent à un enfant
assassiné, c'est notre quotidien, c'est notre réalité. Parce que nous autres,
les parents d'enfants assassinés, on ne peut pas fermer la radio, on ne peut
pas changer de poste. L'horreur que les gens ont de la misère à entendre deux,
trois minutes, nous autres, là, c'est notre vie jusqu'à temps qu'on meure. Ça,
il n'y a personne qui peut nous protéger. Derrière notre apparente résilience,
on vit tous d'énormes difficultés, moi comprise. Ça prend du courage pour dire
qu'on n'est plus à la hauteur de l'individu qu'on était. Ça prend du courage de
dire : Oui, oui, ça va, quand ça ne va pas.
Je veux que vous preniez conscience que le
système prive présentement des gens qui ont besoin d'aide, des gens qui ont besoin de services. C'est quoi, une victime?
Une victime, c'est une personne qui, après la commission d'un acte criminel... elle a des conséquences physiques,
psychologiques, sociales, émotionnelles, financières, mais aussi
existentielles. Prenez des gens qui ont travaillé sur les guides... Allez n'importe
où, vous allez trouver la même définition.
Quand on perd son enfant de crime... surtout
dans un drame familial, on ne peut pas vivre son deuil dans l'intimité. On est
limités dans notre liberté d'expression parce qu'il y a souvent des ordonnances
de non-publication. On est souvent privés de ce qui est réellement arrivé à notre
enfant, encore une fois, pour protéger le criminel, pour qu'il y ait un
procès juste et équitable. Ça, ça nuit
considérablement à la guérison, au processus de deuil. Souvent, on est entachés
dans notre réputation lors des procès
puis on n'a pas le droit, on n'a pas l'opportunité de rétablir les faits. On n'est
pas représentés par avocat, on représente la société.
On est discriminés par nos compagnies d'assurance.
Moi, j'ai été refusée, de même que plusieurs parents, pour une assurance vie,
même avec des délais de deux ans. On nous trouve trop à risque de suicide. On
est obligés d'aller témoigner. On
doit repousser des procès personnels. Que tu sois prêt ou pas, il faut que tu
ailles témoigner. En 2010, moi, j'ai perdu mon bébé. Secondaire… un stress énorme du procès préliminaire. J'ai eu
les orteils bleus à cause que j'ai été tellement clampée au niveau du
stress.
Lorsque j'entends les élus dire que nos
programmes sont des plus généreux au monde, puis qu'on ne peut pas en faire plus, je me demande jusqu'à quel point ces
gens-là ont pris le temps d'étudier les chiffres. Parce que moi, je suis allée
sur votre site, j'ai pris le rapport 2011, celui qui a été donné, justement, au
président, je pense : il y a eu 7 251 demandes, 52 dossiers pour des cas de
meurtre, 10 enfants. Mais, si on prend les cas au complet, 52, ça représente0,7 % des demandes. On ne peut pas dire
que, si on vient en aide aux parents, qu'on va créer une hémorragie dans
notre système public. Si on appelle les gens qui se font inonder ou les gens
qui se font voler leur argent des victimes, je pense qu'à juste
titre il est
inconcevable qu'un parent qui survit à son enfant assassiné ne soit pas reconnu
comme ça.
Ça ne paraît pas, là. On aimerait mieux...
Moi, j'aimerais mieux vous montrer mon oeil arraché, mon bras cassé. Ça serait plus
facile, on aurait une preuve, j'aurais des photos, etc. Mais on s'est fait
voler ce qu'on a de plus beau. Puis même
si on faisait le tour du monde à genoux, on ne pourra jamais récupérer notre enfant
puis l'être unique qui était dans notre
vie. Il y a des choix politiques à faire. Le Québec, il est prêt. Il y a eu
32 000 signatures à la pétition. Les gens, ils m'arrêtent : Continuez votre combat,
continuez votre combat. Il n'y a pas pire situation que celle de perdre son
enfant de meurtre. Cessez de dire que les
parents qui ne sont pas présents sur les lieux du crime ne sont pas des
victimes parce que c'est une grave erreur. Il est temps qu'on
reconnaisse puis qu'on répare cette erreur-là.
Vous pensez que je suis la seule à avoir vécu
un drame en 2009? Il y en a eu d'autres avant moi, les Livernoche, les McInnis.
Il y en a eu d'autres après puis il va y en avoir d'autres. Annie Lampron, la
mère de Zackary et Florence… ses enfants,
ils se sont fait exploser. Elle est allée à un centre médico-légal. Elle a vu
la chair déchiquetée, les os brûlés. Mais on lui a refusé de prendre ses enfants. On lui a accordé cinq minutes.
Elle est présentement en difficulté, cette maman-là. Elle est en arrêt de travail. Elle a un petit
garçon à s'occuper, qui, lui, a survécu au drame. Nadine Brillant, Karen
puis Lindsey se sont fait exploser et brûler à Warwick. Ils ont eu besoin des
fiches dentaires pour reconnaître les enfants. Savez-vous ce que ça veut dire? Elle n'a pas eu la chance, elle, de les
prendre ou de les voir. Elle en arrache, Nadine. Elle aussi, elle a
besoin d'aide.
Patrick Desautels, le papa de Loïc, Anaïs et
Lorélie. Ils se sont fait noyer. Il est arrivé le deuxième sur la scène de crime. Il a vu
deux enfants alignés, un qui flottait encore dans le bain. C'est lui qui a
appelé les secours. Qu'est-ce qu'il fait, lui, au lieu de se reposer? Il
est en train de se battre devant vos avocats au Tribunal administratif pour
prouver qu'il est une victime.
Moi, c'est sûr, tout le monde connaît mon
histoire. Le liquide qui s'écoule des corps qui sont transpercés quand tu prends tes enfants… C'est sûr que ça paraît
bizarre de vouloir prendre tes enfants, mais c'est tout ce qu'il te reste. On pense que mon drame a arrêté là, mais non, j'ai eu
de la cyberintimidation, j'ai reçu des lettres de menace, j'ai été
obligée d'aller voir la police — parce qu'il n'y a pas juste du monde équilibré, là, sur
la planète — puis j'ai été atteinte dans mon intégrité physique. Ça fait cinq anesthésies générales
que je subis dans l'espoir qu'un jour j'entende le mot «maman» dans ma maison.
Plusieurs d'entre nous, on est séquestrés par
le système de justice. On dit protéger notre travail pour 104 semaines sans compensation
financière, alors que, moi, ça fait déjà plus que 210 semaines; on annonce un
appel en septembre puis peut-être un nouveau procès, etc. On vit
continuellement... On réouvre nos plaies, ça nous empêche de compléter notre
deuil.
Mais vous savez quoi?
La société, elle a tout
à gagner à investir dans une victime parce que la victime, quoi que vous puissiez en
penser, elle ne fait pas juste recevoir du système. On oublie trop facilement
que, sans victime, on ne peut pas
combattre le crime. Vous aurez beau avoir les meilleurs policiers, vous aurez
beau avoir les meilleurs procureurs, si vous n'avez pas de victime qui se tient debout puis qui a la force d'affronter
un système, on ne peut pas protéger la vie humaine puis l'intégrité. C'est
la meilleure assurance collective que la société puisse se donner, d'outiller
et d'aider ces victimes.
Alors, ma première demande, telle que je l'avais
faite dans la demande des pétitions, c'est qu'il faut reconnaître enfin qu'un
parent survivant à un enfant assassiné soit reconnu à juste
titre comme une
victime. Je crois sincèrement que nous avons la légitimité de porter ce
titre. Il est temps que les fonctionnaires reçoivent une formation sur la
violence conjugale, c'était une des
propositions du comité, d'ailleurs… qu'une des dernières étapes de la violence,
c'est l'homicide et le suicide. Ce n'est pas moi qui l'ai écrit, là, c'est
sur les sites.
Les autres demandes à côté de celle-là me
semblent évidentes. Tout d'abord, c'est à nous tous de s'assurer qu'un enfant qui est
tué ou une personne qui est tuée a des funérailles qui sont minimalement
dignes. Ce n'est pas normal qu'un bébé secoué attende dans une boîte de
carton que sa mère ait assez d'argent pour lui payer une pierre tombale puis le
mettre en terre. Ce n'est pas normal. Les
assurances privées, ça ne couvre pas quand il y a un geste criminel qui est
posé à l'égard d'un membre de ta famille,
quand c'est dans la même famille. Alors, de passer de 3 000 $ à
5 000 $, ça me semble minimal, surtout que ça fait la parité
avec les autres programmes.
Finalement,
concernant l'indemnité compensatoire pour la perte d'un être humain, je pense
qu'il est primordial que le gouvernement et
les élus prônent la parité avec les autres programmes. Ce n'est pas parce que
tu es décapité, que tu
es poignardé, que tu es brûlé, qu'on te fait sauter que tu vaux moins que
quelqu'un qui est mort dans un accident de la route. Il n'y a aucune
raison pourquoi la valeur devrait être moindre.
vous hésitez encore avant de prendre votre décision, fermez-vous les yeux, là.
Ce soir, regardez vos enfants, là : imaginez-vous que c'est Olivier, que c'est
Anne-Sophie, que c'est Jun Lin. Si vous n'y arrivez pas, là, vous amenez
une petite portion de qu'est-ce que j'ai,
moi, des photos puis des cendres. Je vous les donne, O.K., si c'est pour la
cause, là, puis que ça vous aide à comprendre.
Est-ce
que vous accepteriez, sans broncher, que votre vie soit rythmée à des procès,
que votre vie soit rythmée à des procédures? Qu'on parle de vous sans que vous
soyez d'accord, qu'on vous cite sans que vous soyez d'accord? Nous, on
vit tout ça puis on voudrait qu'on soit comme avant : productifs, qu'on ne
manque jamais, heureux, toujours de bonne humeur.
me tiens debout parce que je pense qu'on est un peuple où la solidarité, c'est
important. Je crois à l'entraide, mais, par-dessus tout, je me tiens debout pour mes
enfants, Patrick Desautels se tiendra debout pour ses enfants, mais pour
vos enfants aussi.
Alors,
c'est un sujet émotif, mais je suis prête à répondre à toutes vos questions
afin qu'enfin on reconnaisse ce qu'on devrait
avoir reconnu depuis très longtemps : c'est qu'un parent qui perd son
enfant est une victime autant que l'enfant qu'il a perdu. Merci.
Président (M. Ferland) : Merci. Merci beaucoup, Dre Isabelle Gaston. J'avais laissé couler le
temps un peu, parce que vous comprendrez, M. le ministre, que j'ai amputé votre temps
de quelques secondes. Alors, maintenant, nous allons débuter la période
d'échange. Alors, M. le ministre, la parole est à vous.
St-Arnaud :
Merci, M. le Président. Bien, bonjour, Mme Gaston. Merci d'être là, merci de
vous être déplacée pour éclairer la commission, et je vous dirais aussi merci pour votre
contribution au débat public sur cette question. Si on est ici aujourd'hui, c'est... Je pense qu'on ne
serait pas ici aujourd'hui sans vous. Et merci pour ce que vous avez fait,
et merci pour ce que vous faites en venant
ici aujourd'hui, et merci pour ce que vous ferez parce que le projet de
loi n° 22, c'est un premier pas. C'est
un premier pas, je le disais tantôt dans mes remarques préliminaires, c'est un
premier pas pour combler, là,
certaines failles qu'il faut combler de manière urgente, dans les plus brefs délais,
pour que ces failles énormes, là,
soient comblées. Mais effectivement ce n'est pas la grande réforme, mais je
pense qu'il va falloir rapidement se pencher sur cette réforme qui est
attendue et, probablement plus tôt que tard, se pencher sur cette réforme de
notre régime d'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Aujourd'hui,
en fait, ce printemps, avec le projet de loi n° 22, nous faisons un
premier pas pour combler les lacunes les plus
criantes de la loi et en ajoutant certains éléments supplémentaires, comme, par
exemple, le délai de... pour déposer une
demande d'indemnisation, qui, depuis 40 ans, était à un an et que maintenant
nous augmentons, par le projet de loi n° 22, à deux ans.
Je voudrais aussi vous
remercier de m'avoir personnellement sensibilisé — on s'est rencontrés
en décembre dernier, et moi, je peux dire
que ça a été une des belles rencontres que j'ai eues depuis que je suis
ministre de la Justice, depuis six mois — de m'avoir
sensibilisé lors de cette rencontre, mais aussi par différentes interventions
que vous avez faites publiquement à
certaines situations, et vous l'avez repris ce matin. Et, moi, ça me
préoccupait beaucoup parce que j'avais hâte qu'on règle les failles les
plus importantes du projet de loi n° 22, mais j'étais préoccupé par
le fait qu'effectivement, dans les derniers mois, dans la dernière année, il y
a eu des situations extrêmement préoccupantes, touchantes. Vous avez fait
référence au cas de M. Patrick Desautels, au cas de Mme Nadine Brillant. Alors,
je vous remercie de nous avoir sensibilisés à ça.
moi, ça me préoccupait parce qu'habituellement un projet de loi, ce n'est pas
rétroactif, ça entre en vigueur au moment où c'est sanctionné. Et je me disais :
Comment on peut donner une aide minimale à ces gens-là? Et je pense qu'en
discutant avec certains parlementaires, on a trouvé une solution... Enfin, j'ai
décidé de trouver ce qui n'est pas... Ce n'est
pas une solution, mais ça va aider, parce qu'on ne compensera jamais la perte d'un
enfant par un montant d'argent, mais une façon d'aider d'une manière
plus concrète, là, ces cas particulièrement tragiques des derniers mois en
annonçant que je vais verser un 50 000 $ de mon budget
discrétionnaire à l'association... à l'AFPAD, l'Association des familles des personnes assassinées ou
disparues, présidée par M. Michel Surprenant. Et, vendredi dernier, j'ai
écrit à tous mes collègues, donc aux 124 députés de l'Assemblée... 124 autres
députés de l'Assemblée nationale pour leur demander
de contribuer à ce fonds d'aide exceptionnel qui sera créé par l'AFPAD pour
aider, effectivement, des gens qui ne seront pas visés par le projet de
loi n° 22.
Alors,
ça, je pense qu'on a... Et c'est grâce à vous et c'est grâce à vos
interventions, à celles de quelques autres personnes que plusieurs parlementaires et moi
avons été sensibilisés à cette question de dire : Oui, on va combler
certaines lacunes urgentes, mais qu'est-ce
qu'on fait pour les cas récents qui ne seront pas couverts par le projet de
loi n° 22 parce que ce n'est pas rétroactif? Ça, je pense qu'on
a réussi à trouver un moyen, là, d'aider des gens comme Mme Brillant, comme M.
Desautels.
Écoutez,
moi, je n'ai pas de question particulière, si ce n'est cela, si ce n'est de
vous remercier pour le combat que vous menez, que vous avez mené et que j'espère que
vous allez continuer à... Votre voix est importante. Elle est importante
pour tout le Québec, elle est importante pour toutes les victimes. Et sachez
que, de ce côté-ci, nous accorderons toujours beaucoup d'importance à vos
propos et sachez que vos propos d'aujourd'hui ne sont pas tombés dans l'oreille d'un sourd. Je pense qu'il
va falloir... C'est sûr qu'on a une situation, au niveau de nos finances
publiques, qui n'est pas simple. Oui. Allez-y.
Président (M. Ferland) : Madame… Dre
Gaston.
Mme Gaston
(Isabelle) : Le rapport, là, c'est
vous qui le demandez, puis je ne veux pas vous mettre dans l'embarras, parce que je vous apprécie énormément,
mais 0,7 % du budget de l'IVAC, si on aide les parents... Il y a un
attaché politique qui a été tué, il y a une
première ministre qui a failli être tuée. Je ne sais si elle avait emmené ses
enfants ou si vous aviez emmené vos enfants pour une journée historique comme
celle-là, mais ça aurait pu être un des vôtres.
que je vous dis, que ce soit Nadine Brillant, qui est journaliste, qui a perdu,
je ne sais pas combien de livres… Elle ne peut pas faire son travail. Dre Gaston, là, pas plus tard
que voilà deux semaines, là, j'ai manqué 10 fois avec toutes les choses, là, on m'a reproché d'avoir été absente. J'ai
gagné du tiers au quart de mon salaire. Je ne ferai pleurer personne au salaire que je gagne, il y a bien des gens qui
ne peuvent pas vivre avec un tiers puis un quart de leur salaire. Je me
demande si vous seriez capables, là, vous autres.
pense honnêtement, à tout le moins, ceux qui sont encore dans le système, puis
je m'exclus de cette demande… Je pense que
ceux qui sont encore dans le système à l'heure actuelle… Je veux dire, si on
est capables de faire des impôts
rétroactifs, là, qu'on est capable de se payer un nouveau logo parce que ça
faisait 40 ans cette année, honnêtement, 0,7 %... C'est tout ce que
je dis.
St-Arnaud : À
mon avis, c'est très clair, et sachez que, je pense, tous les membres de la
commission et moi, le premier, nous...
Mme Gaston
(Isabelle) : ...malaise parce que, ce
matin, j'ai pensé à tout ça toute la fin de semaine, mais, sincèrement, j'y crois à ce programme-là, je crois
sincèrement que le travail qu'on fait pour vous à la cour est un travail
essentiel pour notre système de justice. Je
pense que vous pouvez envoyer vos enfants dans des écoles privées parce
qu'il y a des enfants qui ont dénoncé, qui
se sont fait abuser sexuellement. Je pense qu'on fait des grands pas avec les
victimes, c'est une facette qu'on oublie. C'est ça que je voudrais qu'on
retienne ce matin, là.
St-Arnaud :
Bien, je vous remercie, et sachez que ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un
sourd. Il va falloir bouger sur ces questions
à relatif court terme. Je vous remercie beaucoup.
Président (M. Ferland) : Maintenant... Oui. Merci, madame… Dre Gaston. Merci, M. le ministre. J'allais... ou si on a
du temps pour le parti de l'opposition, à moins qu'il y ait quelqu'un du côté
du gouvernement. Non. Maintenant, je me dirige du côté du parti de l'opposition
officielle et pour un temps de 24 minutes pour la députée de Pontiac.
Le Président (M.
Ferland) : 20 minutes, c'est-à-dire.
L'Écuyer :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Gaston. Je vous ai écoutée. Et j'ai pensé
aussi à vous en fin de semaine, c'est un sujet
difficile. Ce qui ressort surtout, quand je vous écoutais, c'était votre
résilience, votre courage d'avoir, d'une part, continué à vous battre, continué
à mettre ça sur la place publique, nous obliger à nous interroger. Ça, je
trouve que... Mais, dans le fond, vous avez aussi donné le courage aux autres personnes
qui ont été victimes. Je vais tenter de ne
pas être émotive, ça peut être difficile. Et je comprends, quand vous
dites : La dignité envers les enfants… Vous avez donné des
exemples.
ne comprends pas que, dans notre société, étant aussi évoluée, on retrouve de
ces situations-là dont vous avez... dont vous
nous avez parlé. Je ne comprends pas non plus le fait que les victimes qui sont
là — et je ne parlerai pas des enfants qui n'y sont plus — ne soient pas plus aidées que ça, qu'il y ait cette discrimination-là
au niveau des assurances, que ces
obligations-là qui vous entraînent d'un procès à l'autre, ou d'une rencontre à
l'autre, ou d'une négociation à l'autre, fait que, dans le fond, vous devenez
victime d'un système, en plus d'être victime de la perte d'êtres chers.
Vous
demandez de la protection et de la dignité et pour les victimes, et pour vous.
Je comprends tout ça. Je sais c'est quoi perdre
des enfants, j'en ai perdu un. Mais c'est une raison pourquoi je me sens près
de vous. Et ça y est, c'est fait, là.
C'est
vrai qu'on a une loi depuis 40 ans. Moi, je pense qu'il faut aussi prendre le
temps de regarder qu'est-ce qui se passe aujourd'hui, comment ça se vit aujourd'hui.
Je regardais des courriels que... Quand il arrive des incidents comme ça, les tweets, les Facebook , à quel point
ça devient public, à quel point on vous déshabille du haut en bas et qu'on
vous réhabille et qu'on vous déshabille... J'espère qu'on va réussir à répondre
avec dignité, avec autant de courage et de résilience que vous nous avez montré
et j'aimerais ça que vous parliez un peu, les conséquences psychologiques de quelqu'un qui est remis dans le bain. Moi, je dis
toujours : On n'accepte pas le décès d'un enfant, on apprend à vivre
avec, et, l'autre expression : Notre coeur, il pleure toujours.
J'aimerais ça que vous
me parliez au niveau psychologique. Comment on peut continuer à cheminer? En se
battant, en faisant des activités qui, dans
le fond, vont changer un peu de ce qu'on doit vivre continuellement?
Comment... Vous êtes là-dedans, là,
continuellement, depuis quelques années. Vous retournez en appel. J'aimerais ça
que vous me parliez, là, ça s'en vient, là, au mois de septembre, là.
Gaston (Isabelle) : Bien, c'est ça, la principale difficulté. Moi, j'ai perdu mon conjoint
dans un accident d'auto puis c'est un deuil
très difficile. Souvent, on compare, on dit : O.K., c'est quoi, la
différence? Tous les drames sont difficiles à vivre. La difficulté avec perdre quelqu'un d'un
meurtre ou d'un homicide, c'est que c'est un individu, de son propre chef, de son libre arbitre, qui a
enlevé la vie à une autre personne. Juste ça, c'est difficile en soi. L'horreur
des gestes qui ont été commis à l'égard de
la personne qu'on aimait, de savoir qu'elle est morte toute seule, qu'on n'était
pas là pour lui tenir la main, qu'on n'a pas
pu lui offrir une chaleur, c'est un autre processus. De s'imaginer, dans mon
cas à moi, les cris, la douleur qu'ils ont dû subir. Alors, ça, c'est un gros,
gros processus de deuil.
Puis,
en fait, des fois, je m'imagine un peu comme si j'avais le visage complètement
brûlé. Vous savez, quand on voit quelqu'un qui
a les yeux... qui a le visage brûlé, on fait comme si on ne voyait pas qu'il
était brûlé, là. Tu sais, comme : Oh!
Mon Dieu! Il est brûlé. J'appelle ça le syndrome de la pupille qui dilate, là.
Tu sais, le monde, il te reconnaît, mais...
Alors, même si tu veux un calme, même si tu veux un repos, continuellement, tu
es remis là-dedans, continuellement, continuellement,
continuellement. Au travail, quand tu vas à l'épicerie, quand tu vas à la
pharmacie, au Salon du livre, constamment... On te remet toujours
là-dedans.
procès, on a besoin de savoir ce qui est arrivé. Ça prend des fois un an, deux
ans. Le processus... On n'a pas de quoi nos enfants sont morts, tu sais. Ça, c'est
l'enfer, de ne pas savoir. Un journaliste va amener un petit détail,
parce que lui, il a obtenu de l'information que toi, tu n'as pas. Ça te fait
décompenser. Tu t'en vas en vacances la journée
qu'on annonce qu'on va donner le résultat de qu'est-ce qui s'est passé au
Tribunal administratif. Tu passes tes
trois, quatre semaines à aller voir sur Internet. Qu'est-ce qu'on dit? Qu'est-ce
qu'on fait? Qu'est-ce qui s'est passé?
Les gens, ils ont le rapport en même temps que toi. Moi, là, les gens, les
journalistes... C'est un journaliste qui m'a dit que le rapport, il était sorti. Alors, dans les autres cas de décès
ou peu importe... Ça fait que ça... Puis ça dure, là. Moi, là, les gens, ils ont l'impression, là, que ça
fait longtemps que mes enfants sont morts. Ça a fait quatre ans. Quand on
a annoncé l'appel, ça m'a fait redécompenser. Tu es ambivalente, on te
laisse... Tu n'as pas la paix d'esprit, tu sais. C'est continuellement comme
ça. Alors, c'est ça.
pense que, comme vous dites, il y a des gens qui... Je reçois peut-être
3 000 lettres d'encouragement. J'en ai
reçu des dizaines, des pas gentilles, mais celles qui m'ont atteinte pendant
des semaines, bien, c'est les celles pas gentilles.
On m'a jugé sur mon poids, sur mon apparence physique, sur mes cheveux
attachés, pas attachés, sur d'être tannés que je parle de ça, qu'elle
devrait changer de sujet… Bien, c'est ça.
Président (M. Ferland) : O.K., je vais y aller. Merci, Mme Gaston. Alors, je reconnais le député
de Marguerite-Bourgeoys. Il vous reste encore
un gros 13 minutes, allez-y, je vais vous laisser...
Poëti : Merci,
M. le Président. Encore une fois, merci d'être ici ce matin. Je suis un nouveau
politicien, je suis venu en politique parce
que je pense qu'il y avait des choses qui devaient être changées, des choses qu'on
pouvait peut-être améliorer, et puis... comme ceux qui vous écrivent puis qui n'ont
rien à dire que des niaiseries; ils n'ont pas le courage de se lever, puis de
se présenter, puis mettre leur visage sur un poteau — ce que je n'avais jamais rêvé de faire — pour venir ici puis tenter d'influencer
des lois. Vous, dans des circonstances bien plus difficiles, évidemment, qui ne se
comparent pas, vous vous levez debout toujours, puis vous êtes probablement
tannée d'entendre les gens qui veulent parfois
vous faire des commentaires négatifs et peut-être aussi des positifs parce qu'à
un moment donné ça vient tout lourd, tout
ça ensemble. Comme policier, j'ai vu beaucoup de gens, et, des vraies victimes,
je les ai connues, et vous en êtes une. Je n'ai pas beaucoup de choses à
vous dire, mais, peu importe le côté du gouvernement où on se retrouve, on a
tous été élus pour faire avancer les choses,
et ce que vous avez dit d'emblée, soyez assurée qu'on comprend peut-être
davantage que peut-être vous avez la perception du mal qui vous a été fait.
sur le volet de vous aider financièrement… Parce que c'est le terme, là, c'est
«aider», quelqu'un a dit tantôt : Ce n'est pas un financement, ce n'est pas une
cotisation. Mais je pense que, minimalement, l'État doit aider les
citoyens qui vivent des atrocités comme la vôtre. Et, quand vous avez soulevé
tantôt le fait de... les gens qui sont actuellement dans une demande devraient faire
partie de ça... Parce que, là, il s'est
fait... malheureusement, ont vécu, eux, un petit peu trop vite leurs malheurs comparés à ceux qui se
retrouvent aujourd'hui dedans. Et il y en a combien? Est-ce qu'il y en a
1 000? Non. Est-ce qu'il y en a 300? Non. Alors, je pense que le
gouvernement devra avoir une ouverture… les gens qui sont aujourd'hui dans le
système aient droit à ces modifications-là, minimalement.
Et ma seule réserve, c'est
pour les criminels. Quelqu'un qui est reconnu...
Mme Gaston
(Isabelle) : Ils ne sont pas
admissibles, les criminels.
Poëti : C'est
ça. Alors, être certains que jamais ces criminels-là ne se retrouvent d'aucune
façon là-dedans, et que les gens le
comprennent et que les gens le sachent, parce que les gens ne le savent pas
vraiment.
peut-être, juste pour finir, au niveau de l'argent, Mme Gaston, inquiétez-vous
pas, parce qu'il y a peu de gens encore au Québec qui savent d'où vient l'argent
pour le fonds de l'IVAC. Il y a encore peu de gens qui ne savent pas qu'à
chaque fois qu'un citoyen du Québec a un
billet d'infraction il y a 10 $ qui vient dans un fonds justement pour
l'IVAC.
savez-vous combien, par année, il rentre d'argent dans ce compte-là? Bien, je
vais laisser le soin au ministre
éventuellement de vous le dire. Et combien d'argent sort de ce compte-là? Je
vais laisser le soin au ministre aussi de vous
le dire. Il y a quelque chose qui ne marche pas, là. Il ne manque pas d'argent,
Mme Gaston, il n'en manque pas du tout pour aider les gens qui sont les
vraies victimes d'actes criminels.
Alors,
moi, ici, sur ce côté-ci de nos discussions, je vais interpeller le
gouvernement sur ça. Parce que, lorsqu'on dit, là : On fait une ponction dans une activité
qui est la sécurité routière, que peu de gens ont compris… Bien,
regardez : moi, là, c'était bon parce
qu'il s'en donne des billets à la tonne pour des bonnes raisons, et il n'en
manque pas, d'argent. Et savez-vous quoi? L'année prochaine, il va en
avoir autant. Et aujourd'hui, avec les photoradars sur les postes de... les sites de construction… J'ai vu un policier en fin de
semaine qui m'a dit : Il y a des sites de construction qu'on a 150 billets
à l'heure, actuellement, qui sont donnés, là.
Ça fait que, là,
madame, inquiétez-vous pas, Mme Gaston. Si quelqu'un vous dit qu'il n'y a pas d'argent,
là, appelez-moi, parce qu'on va démontrer qu'il y en a assez. Et la force de l'État,
sa capacité, de l'État, bien, dans ce domaine-là, est excellente parce qu'il en
rentre, de l'argent, aux portes. Ça fait que moi, je vous dis : Je vais
être un allié pour vous, et je pense qu'on
doit vraiment... Si on a dit qu'on a pris ça pour ça, prenons cet argent-là
pour ça. Et à ce moment-là on n'en
manquera jamais parce que, malheureusement, la sécurité routière, il y a des
gens qui ne comprennent pas. Tant mieux, parce qu'à certains égards les
gens qui en ont besoin en profiteront.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, monsieur...
Gaston (Isabelle) : Moi, ce que je vous dirais, c'est qu'aux dernières nouvelles, je pense,
il y avait comme 40 millions qui dormaient là-dedans, ça fait que, même juste avec
les intérêts, on réussirait à payer les soins pour ces gens-là.
M. Poëti : ...cette année. On recommence l'année prochaine, là. Tu
sais, on revient encore avec 35 millions additionnels, là. C'est récurrent
année après année, alors là, l'argent, là, ne devrait pas être une question ici
alentour de cette table-là.
Gaston (Isabelle) : Puis, les criminels, pour vous rassurer… C'est drôle que vous me
parliez de ça, parce que, hier, je parlais avec un policier des crimes majeurs, qui... Parce
que c'est la crainte souvent. Ce n'est pas pour rien qu'il y a 52
demandes. Dès qu'il y a un lien avec le crime organisé, aussi petit soit-il,
même, nos policiers, ils vont témoigner au
niveau du Tribunal administratif, puis ils ne sont pas admissibles,
contrairement… en tout cas, je ne veux pas rentrer dans un autre débat…
mais sous d'autres régimes. Alors, merci.
Poëti : Ça, on
ne veut pas que ça change, puis c'est pour ça que je voulais le soulever puis
le dire. Parce qu'entre la victime puis le criminel, là, il y a quelque
chose entre les deux, et celui qui souffre, c'est la victime. Et ce que vous
avez vécu est intolérable, inacceptable, tout le monde a compris ça. Alors,
écoutez, c'est plate de dire qu'il ne fallait pas attendre quoi que ce soit,
mais votre courage, votre détermination, bien, s'il y a des gens qui doutaient,
considérez que c'est terminé.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le député.
Alors, je reconnais la députée de Pontiac...
Mme L'Écuyer : Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : ...pour un temps d'à peu
près 8 min 30 s, là, mais on est généreux…
Mme L'Écuyer : Merci. Merci, M. le Président. C'est selon les normes.
pense qu'une démarche... Pour faire suite à mon collègue, une démarche qui
pourrait être faite, c'est que ce fonds-là soit un fonds protégé et n'aille pas dans
le fonds consolidé quand les argents ne sont pas utilisés. On en a, des
fonds qui sont protégés. Ça, ça pourrait être quelque chose qu'il faudrait
regarder, que le gouvernement devrait regarder.
Moi, j'aimerais
revenir, puis là on s'en va un peu plus sur les indemnisations. Quand vous
dites que les compagnies d'assurance
refusent soit de vous assurer ou de payer, est-ce que l'ensemble des gens qui
ont été dans ces situations — j'ai quasiment le goût de dire «d'horreur» — ont tous ce même problème là où les compagnies d'assurance refusent quoi que ce soit?
Gaston (Isabelle) : Mais, en fait, moi, ma grande surprise... Avant que mes enfants
décèdent, j'étais dans un processus pour avoir
une assurance vie pour... J'avais tout prévu, sauf le scénario qui est
celui-là, là, donc. Puis, quand je suis
venue pour signer — parce que j'avais déjà passé tout au
travers tout ça — on m'a
dit : Non, la compagnie d'assurance
refuse de t'assurer pour ton assurance vie. Mais là j'ai dit : Bien, O.K.,
donnez une clause de deux ans comme
tout le monde, tu sais, pour le suicide. Puis je ne pensais pas au suicide à ce
moment-là, là. Puis on a dit :
Non, on refuse catégoriquement. Mme Lampron, ça a été la même chose. Ça, c'est
pour notre assurabilité future, là. Quand j'ai renégocié mon hypothèque
de maison, je ne peux pas avoir une assurance invalidité puisque j'ai été
dépressive et j'ai consulté un psychologue. Vous avez tout un rapport. Donc, je
ne peux pas avoir une d'assurance invalidité. Je suis dans l'impossibilité d'augmenter
mon assurance invalidité présentement puisque je suis encore en invalidité temporaire. Aussi forte que je puisse
paraître, il y a des mois que je suis à moins 20 %, il y a mois que je
suis à moins 5 %. Tout est calculé par
la compagnie d'assurance. Je ne suis jamais revenue la femme que j'étais.
Alors, j'ai un mécanisme qui est
obsessif : quand je suis plus fatiguée, je fais juste plus m'attarder.
Donc, c'est un excellent mécanisme, je ne suis pas un danger pour mes
patients, mais je vais un peu plus lentement. Donc, ça, c'est une chose.
Ensuite de ça, il y a
des gens qui avaient souscrit une assurance vie en cas d'un décès de leur
enfant. La loi est claire. Là, je ne veux
pas perdre de temps, mais je vous ai... Il y a quelqu'un, il y a un avocat qui
a travaillé là-dessus. La loi, dans
le Code civil, stipule que toute personne qui est impliquée dans le geste
criminel ne peut pas être indemnisée. Donc,
si le nom du tueur apparaît sur l'assurance, comme c'est souvent le cas dans le
cas d'enfants, alors on ne peut pas recevoir l'assurance. Ça a été le
cas pour Mme Brillant, pour un de ses enfants. Ça a été le cas — j'ai oublié le nom, là — d'une femme voilà 15 ans que son
mari avait étouffé les enfants, la compagnie d'assurance avait refusé. En fait, c'est un peu pour
protéger l'ordre public parce que, si... Il y a des gens qui sont croches,
hein? Donc, si, disons, on pouvait assurer une personne puis la tuer,
puis recevoir l'assurance, bien, à ce moment-là, il y en a qui le commettrait.
Ça s'est vu, hein? Donc, c'est pour ça que la loi, elle a été ainsi faite.
Ensuite
de ça, moi, vous savez, des fois je pense à déménager en Ontario ou dans une
autre province parce que justement, dans mon travail... Moi, je suis une
urgentologue, je ne veux pas faire autre chose, là, je suis une
urgentologue. Je suis très bonne dans ce que
je fais, j'aime ce que je fais. Donc, des fois, je me dis : Peut-être que
je vais être obligée de partir. Ça, c'est toutes des choses comme ça.
Donc, oui, concernant les assurances, là...
L'Écuyer : Dans
le fond, ce que vous nous décrivez, c'est que les victimes vivent de la
discrimination à différents niveaux. Là, vous venez de dire : Je pense de quitter
parce que j'aime mon métier d'urgentologue. Est-ce qu'on vous empêche de pratiquer votre métier d'urgentologue,
ou bien si c'est pour vous éloigner et changer complètement de milieu
pour, dans le fond, que ça... on en parle moins, ou on n'en parle plus, ou...
Gaston (Isabelle) : Écoutez, les gens ont de la compassion, hein, mais quand ça touche leur
propre famille. Chaque fois que moi, je dois m'absenter
ou demander un échange, c'est quelqu'un d'autre qui est obligé de le faire à ma
place.
plus tard que voilà deux semaines, je subissais une intervention le matin, puis
on m'a dit : Ah, tu sais, tu as manqué
quelques fois. Là, j'ai dit : Oui, O.K., pourquoi? En septembre. J'ai
dit : Oui, mais j'ai fait une grossesse ectopique, j'avais droit à deux
semaines. J'ai manqué trois jours de travail, j'ai pris six jours au total.
chaque fois qu'il y a un tribunal administratif où on t'envoie la lettre quatre jours
avant, ce n'est pas comme si tu avais le choix de ne pas être là, en... Parce
que, dans les procès, tu n'as pas le choix. Dans les tribunaux
administratifs, à la limite, on pourrait. Mais pensez-vous sincèrement, quand
je reçois 20 tweets, là... pas
20 tweets, là, mais 20 textos ou des... 15 appels de journalistes,
et qu'on parle de mes enfants à journée longue, que j'ai la tête à
sauver quelqu'un qui fait un infarctus? Non. Donc, je suis logique, je m'absente,
je demande un échange.
ne vais plus à des congrès en même temps que mes collègues, puisque je ne me
sens pas légitime de demander cette
semaine-là, alors que je sais très bien que tout le monde veut la même semaine.
Donc, ça fait deux ans et demi trois ans que ma formation... Je vais à d'autres
congrès, qui sont moins intéressants. Je me sens un peu mal quand c'est le
temps de demander une semaine de vacances, donc...
Je m'excuse pour le
temps, je ne suis pas habituée au protocole, là.
Gaston (Isabelle) : Puis, tu sais, je ne suis pas ici pour quêter puis juste parler de ma
vie privée, mais je trouve que tant qu'à
sacrifier ma vie privée, parce que c'est un sacrifice, d'être public… C'est la
même chose pour les autres, là.
Mme L'Écuyer : Dans le fond, ce que je retiens, c'est que la lenteur des
différentes démarches juridiques, la lenteur,
quand vous devez vous présenter régulièrement au tribunal administratif… Dans
le fond, toutes ces démarches-là, qui
s'étirent et qui semblent ne plus en finir, ont un impact et au niveau de votre
travail parce que vous finissez que vous avez l'impression que vous dérangez, il y a quelqu'un qui va aussi vous
dire : Bien, tu as manqué pas mal... Ça fait que ça a un impact
dans le fond sur à peu près tout ce que votre vie peut être, et celles des
autres, là, je ne parle pas juste de vous, je parle des gens.
Parce
que, dès que vous rentrez dans ces systèmes-là, c'est que ça n'en finit plus.
Il n'y a jamais personne qui s'est questionné,
à dire : Qu'est-ce que ça fait, du fait qu'on… soit qu'on remette la cause
ou bien qu'on étire, qu'on étire, qu'on
étire? Entre-temps, la personne est toujours dans la même situation. Il me
semble qu'on devrait peut-être commencer à regarder... Je ne suis pas
juriste, ça fait que je n'ai aucune idée, mais je me dis : Ça ne finit
plus.
Gaston (Isabelle) : ...donc c'est un recommencement. C'est : Il y a une guérison qui
se fait, puis on réouvre la plaie; il y a une guérison qui se fait, on
réouvre la plaie. Puis on remet nos projets personnels. Moi, après avoir fait
ma fausse couche, quand il y a eu le procès,
j'ai reporté un essai de tentative, là, de FIV; j'ai reporté après parce que
c'étaient les vacances d'été pour mes
collègues, j'ai reporté parce que c'est Noël, c'est le congrès, oups, le
Tribunal administratif... Il y a
toujours un moment... Regardez dans les derniers quatre ans, là, je n'ai jamais
eu une période tranquille. Mais c'est la même chose pour plein de gens,
L'Écuyer : Ça
fait que, dans le fond, l'ensemble des victimes ont leurs vies conditionnées
par ce qu'elles vont vivre au niveau juridique, mais bousillées complètement. Vous ne
pouvez pas avoir de projet de vie pour dire : Si je peux commencer
quelque chose puis l'amener jusqu'au bout...
Gaston (Isabelle) : Parce que pour payer votre loyer, là, puis pour manger vous ne pouvez
pas envoyer un chèque de compassion. Ça fait
que, Dre Gaston, elle, en une journée, elle fait le salaire probablement
de ce que des gens font en une semaine, une
semaine et demie, dépendamment de qui, là. Mais M. Tout-le-monde et Mme Tout-le-monde,
là, ils en ont besoin, de leur cinquième puis de leur quatrième journée de
travail. Je pense qu'on disait 60 % des gens qui n'ont pas cotisé à leurs
REER parce qu'ils n'ont pas d'économies; je ne suis pas une exception, là.
Le Président (M. Ferland) : Je vais aller du côté de... J'ai
laissé déborder le temps, là, parce que vouscomprendrez que je vais présider de façon
différente que d'habitude, alors j'ai laissé débordé le temps, Mme la
députée de Pontiac.
Président (M. Ferland) : Ah, il n'y a aucun problème, c'est très comprenable. Alors, maintenant,
je vais aller du côté du deuxième groupe d'opposition
officielle et je reconnais la députée de Montmorency pour un temps de cinq
minutes.
St-Laurent :
Oui. Merci, M. le Président. Bonjour madame. Je vous remercie d'être venue
témoigner, parce que, vous savez, nous, les élus, on présente un projet de loi, mais
vous, qui avez vécu cette situation-là… Ça nous prend des personnes
comme vous pour nous éclairer. On regarde ça comme des juristes et, avec vous,
on regarde ça plus... comme des humains, mais on vit cette situation-là en vous
écoutant. Et ça, c'est extrêmement important.
Mais
ce que vous avez dit… Il y a une chose que je retiens, c'est ce que j'ai dit,
moi, au début de mon allocution :
Compenser une indemnisation pour la perte de revenus, si avez entendu...
Mme Gaston
(Isabelle) : Je l'ai noté.
St-Laurent :
Vous l'avez noté, hein? Et je pense que ça, c'est extrêmement important, les
personnes qui manquent de travail, qui n'ont
plus de congé de maladie ou qui prennent des journées à leurs frais, on en
retrouve tellement. Je pense que c'est mieux
que recevoir 6 000 $ et ça soit terminé. Comme je disais au
début : Il faut compenser et non une récompense. Il faut compenser
la perte de revenus.
dans votre cas et dans les gens que vous avez consultés, est-ce que la plupart
des victimes... cette perte-là... Il y a d'autres pertes aussi, quand on parle de
compensation : il y a la perte de revenus, par exemple, il pourrait y
avoir des frais de garde, par exemple, comme
on voit sur l'assurance automobile. Si, par exemple, une femme, puis son
conjoint est tué, à un moment donné, elle est obligée d'aller pour des examens
à l'hôpital, qu'elle a des jeunes enfants…
j'ai regardé tout à l'heure, M. le Président, on a regardé les prix... pas les
prix, mais, c'est-à-dire, les montants accordés pour la
Loi sur l'assurance automobile,
et il n'y a pas grand différence. Il y a peut-être 1 million de différence, qu'on a... il y a à peu près
1 million de différence. Il n'y a pas grand différence entre les
prestations données en vertu de la
Loi sur l'assurance automobile et ce qu'on
pourrait accorder, nous.
comme disait mon collègue, là… Il disait tout à l'heure qu'évidemment des
fonds, il y en a pour les victimes. Et je
pense que toute loi d'indemnisation doit viser, en premier lieu, une indemnité
pour perte de revenus en plus des frais, là… on parle de frais funéraires.
vous, lors de vos rencontres avec les gens, voulez-vous me dire : Est-ce
que ça, c'est un... Justement, la perte de
revenus, est-ce que vous en entendez parler souvent?
Gaston (Isabelle) : C'est le problème majeur. Présentement, je nomme ces trois
personnes-là, mais Annie Lampron, c'est une
infirmière, elle est en arrêt de maladie; Nadine Brillant, qui est une
journaliste-reporter, elle est obligée de
travailler — alors qu'elle est en dépression
majeure, amaigrie, elle pleure souvent — 15 heures par semaine.
Son conjoint travaille ici, à l'Assemblée
nationale, ce sont des gens qui ont besoin de deux salaires pour payer leur
loyer. Ils ont un petit garçon qui a sept ans. Mme Lampron, elle a un
petit garçon.
ferait toute la différence si on ajoutait un seul mot dans la loi : toute
victime d'un crime ou, si elle est tuée, ses parents lui survivant peuvent se prévaloir de la
présente loi. En reconnaissant les parents comme étant des victimes, on
reconnaît l'ensemble des soins, c'est-à-dire : compensation de leurs
salaires perdus, s'ils doivent changer d'emploi, les aider à se réorienter, etc. Parce qu'à l'heure actuelle, si un
adulte est tué, le conjoint et ses enfants ont des indemnités qui
compensent comme si la personne avait été lourdement handicapée. Vous savez...
En tout cas, c'est...
Moi,
j'ai appelé pour avoir un petit collier, parce que j'étais inquiète, là, d'alarme,
depuis que M. Turcotte a été libéré, puis on a dit : Ah! Oui, on va
regarder ça, fais-nous une demande, alors que ma propre soeur puis ma propre
nièce, le matin où je devais aller magasiner avec eux, sont arrivées face à
face avec M. Turcotte.
Donc, ce que je veux
dire, c'est que c'est... On a besoin d'être protégés. On a besoin d'être
compensés.
Puis moi, je pense
que, si les gens, ils prenaient vraiment la peine d'étudier c'est quoi, la
définition d'une victime... Ce n'est pas
frauduleux, là, ce que je demande là, c'est... On les subit, ces
répercussions-là, donc... Bien, c'est ça. Dans tous les volumes, dans toutes les choses de médecine, de
psychologie que j'ai regardés, je pense que j'entre très bien dans la
définition de ce qu'est une victime.
St-Laurent : La
victime n'a pas à subir, en plus du stress psychologique d'être victime, n'a
pas à subir… Je vais parler de pertes financières. Ils ne sont plus capables de
travailler, ils n'ont plus de revenus, ils peuvent perdre leurs maisons,
si c'est des pères de famille, etc.
Gaston (Isabelle) : Mais il y en a beaucoup, de gens qui ont perdu leurs maisons, beaucoup.
Il y a des gens qui ont perdu leur travail, ils ne sont pas capables de le faire. Il y a
des divorces, il y a peu de parents qui survivent à la mort d'un enfant,
peu de parents qui survivent à la mort d'un enfant.
Président (M. Ferland) : Merci, Mme
la députée de Montmorency. J'ai, encore une fois, laissé couler le temps, mais
il en reste encore un peu pour la
partie ministérielle. Alors, M. le ministre,
il vous reste encore un sept, huit minutes, là.
M. St-Arnaud : Bien, peut-être juste une question sur la compensation. D'abord,
j'ai noté vos propos sur la reconnaissance des parents comme victimes et sur la
compensation pour la perte de revenus. Ma question, c'était : Est-ce que
la nouvelle mesure fédérale, qui est entrée en vigueur le 1er janvier... J'aimerais
vous entendre là-dessus. Est-ce que ça ne
règle pas une
partie du problème? J'aimerais vous entendre sur la mesure
fédérale par rapport à ce que vous visez à terme.
Mme Gaston (Isabelle) : Bien, en fait, c'est certain qu'avec
cette nouvelle mesure là qui a commencé le 1er janvier…Écoutez, c'est, pour au
moins, la première année, ça peut... Bien, ça va aider les parents, là, ça, c'est
certain. Donc, c'est sûr que, dans
les politiques, quand on administre, s'il y a un montant qui est donné d'un
endroit, bien, à ce moment-là, tu sais,
ça peut regarder... Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est un peu comme
quelqu'un… C'est que le drame, là, ça, c'est la première année, ça, c'est
le deuil, ça, c'est le deuil, hein?
M. St-Arnaud : Quelques dizaines de semaines au fédéral...
Mme Gaston
(Isabelle) : Bien, en fait, c'est une
trentaine...
M. St-Arnaud : ...35 ou... Une trentaine de semaines?
Mme Gaston (Isabelle) : Une trentaine de semaines.
M. St-Arnaud : Une trentaine de semaines.
Gaston (Isabelle) : Là, c'est M. Boisvenu qui l'a mené à terme, ce projet-là, avec ses alliés. Donc, je ne le
connais pas à outrance, mais, je pense, c'est une trentaine de semaines. Donc,
ça, c'est... Parce qu'il y a diverses
composantes à perdre quelqu'un de meurtre : il y a le deuil de perdre la
personne, O.K., et il y a les procédures judiciaires et les autres
choses qui surviennent par rapport au crime commis.
Donc,
pour moi, les séquelles de perdre son enfant ne se règlent pas en 30 semaines.
Puis, voyez-vous, si on prend Mme Brillant... Moi, je peux partir puis m'en
aller, exemple, en Ontario, m'en aller ailleurs. Mais être attaché
politique ou être député, bien, tu es moins
mobilisable, si on veut, tu sais, pour t'en aller ailleurs, la même chose avec
un journaliste. Donc, à ce moment-là,
si ton visage est reconnu, si tu es amaigri, si tu n'es pas sharp, tu n'es pas
capable de faire tes choses, bien,
ton employeur, à un moment donné, va dire : Je regrette, là, il faut que
tu t'en ailles chez vous. Donc, tu n'es pas compensé puis tu n'es même pas protégé en recours pour dire :
Écoutez, là, moi... Ça fait que c'est ça, c'est un peu ça.
Mais,
oui, vous avez raison que c'est une chose… Il faudrait comparer, voir... On ne
se mettra pas riches, là, avec ce
programme-là, hein? Puis le but, là... Si j'avais le choix, là, honnêtement,
là, je sacrifierais ma vie, ma vie pour avoir cinq
minutes avec mes enfants. Il n'y a aucun argent qui va réparer ce que j'ai.
Mais, par contre, ça va m'aider à redevenir productive, à être quelqu'un qui donne à la société, quelqu'un qui se
tient debout pour combattre les plus vulnérables. On parle des enfants,
mais il y a les personnes âgées. Je veux dire… comprenez-vous, dans le sens qu'une
victime qui se tient debout, elle le fait pour chacun de nous. Alors, je pense
que... C'est ça.
St-Arnaud :
Merci. C'est très clair et... Bien, je vous remercie, encore une fois, de votre
présence aujourd'hui. Merci pour ce que vous avez fait et pour ce que vous continuerez à faire
pour les victimes d'actes criminels. Je pense que tous les membres de la commission, aujourd'hui, ont
été à l'écoute de vos propos, de votre témoignage. Merci d'être venue.
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. le ministre. Moi, je veux vous remercier
également de vous tenir debout et de faire ce que vous faites pour tous les autres, les
victimes et tout le monde qui... Alors, merci beaucoup à Dre Isabelle
Gaston.
Alors, je vais
suspendre. Merci pour votre contribution. Je vais suspendre quelques
minutes, le temps de... Et j'inviterais M. Surprenant et M. Serre à prendre
place pour...
(Suspension de la séance à
11 h 5)
Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci. On va remettre un petit peu d'ordre dans cette commission.
Le Président (M. Ferland) : Alors, nous allons reprendre les
travaux. Nous allons reprendre les travaux, s'il
vous plaît. Alors, je souhaite la bienvenue à M. Surprenant ainsi qu'à M.
Serre, qui l'accompagne, et vous mentionne que vous disposez d'un temps de 10 minutes pour votre
présentation, suivi d'un échange d'à peu près 45 minutes avec les
différents partis des parlementaires. Alors, M. Surprenant, à vous la parole ou
à M. DeSerres? Je ne sais pas lequel.
Surprenant (Michel) : Bien, écoutez,
d'entrée de jeu, c'est sûr que le projet de loi qui est sur la table présentement, pour nous autres, c'est primordial.
Dans un premier temps, ce qu'il faut comprendre, c'est que, quand il
arrive un incident comme ça et que vous perdez un proche par un incident
criminel, automatiquement, souvent, ça va amener
la famille dans l'endettement. Pourquoi? Parce que, quand vous avez à figurer
tout ce qui va avec, c'est-à-dire l'enterrement
puis toutes les procédures qui vont avec, ça coûte excessivement cher si on
veut faire quelque chose de décent. Alors,
à ce moment-là, souvent, ça va amener la famille dans l'endettement pour
plusieurs années, ce qui veut dire que vous allez prolonger le traumatisme pour autant d'années que ça va prendre
pour finalement finir de le payer, comme on dit.
Il y a un autre point où vous avez... qui a
été amené, c'est-à-dire deux ans au lieu d'un an pour réclamer. Souvent, quand il arrive une situation où vous êtes pris
dans une tempête par rapport à tout ce qui se passe, vous voulez savoir qu'est-ce
qui passe, vous voulez prendre des arrangements, etc., et souvent vous allez
dépasser ce délai, et alors, à ce moment-là,
deux ans, ça va permettre d'amener les gens dans une situation où ils ont le temps
de retomber sur terre puis prendre des dispositions qui sont correctes
sans dépasser des délais. Parce que souvent les délais font qu'on ne peut pas
revenir en arrière.
Si on veut aller plus loin — je vais être assez court — pour expliquer un peu tous les dommages qui peuvent être encourus lorsque vous avez un genre de traumatisme,
là… Moi, ça a été une disparition, donc je n'ai pas passé au travers de tout ce système-là, mais Bruno, qui est
avec moi, qui, lui, a perdu sa fille dans un incident, va être plus en
mesure de vous expliquer les traumatismes
que lui a vécus puis tous les problèmes qu'il a dû faire face. Alors, je vais
céder la parole à Bruno Serre.
Président (M. Ferland) : Merci. M. De
Serre... il n'y a pas de…
Serre (Bruno) : Oui, oui, Bruno
Serre, vice-président de l'AFPAD. Moi, c'est ma fille Brigitte qui a été assassinée en 2006, à la station Shell à Montréal.
Moi, ce que j'ai vécu, c'est, premièrement, je n'avais droit à aucune compensation du gouvernement vu que c'était une
enfant mineure. Puis, dans ce temps-là, bien, il n'y avait aucun montant
accordé, donc je me suis fait refuser. Donc,
j'étais pris dans un engrenage où que j'étais devant rien et vraiment rien,
là : c'est à mes dépens, avec une petite assurance de la compagnie où je
travaillais. Puis, quand ils parlaient du délai pour remplir les papiers, moi, c'est arrivé sur les lieux du travail quand
même, ça fait que, question CSST, elle a embarqué dans ce processus-là, et on avait trois mois,
exactement trois mois pour remplir les papiers puis tout remplir, faire
venir les certificats de décès, et tout. Puis ils disent : Si vous
dépassez trois mois, vous n'avez rien.
Quand on vit un drame comme ça, on ne pense
pas à remplir des papiers, on ne pense pas à qu'est-ce qu'il faut faire, c'est quoi
la prochaine étape. On est dans une bulle. On est devant l'ignorance. De toute
façon, on ne sait pas ce qu'on fait puis on ne comprend pas ce qui se
passe. Juste essayer de comprendre ce qui s'est passé puis survivre la première
étape, c'est déjà beaucoup. Puis là ils nous
donnent les choses, puis vous avez trois mois pour rappeler. Donc là, c'est
un an, puis là c'est rallongé à deux ans. Je
pense que c'est très, très raisonnable. Ça laisse le temps de se retourner de
bord, parce que les premiers mois, là, on ne vit pas un deuil. De toute
façon, un enfant, on ne vit pas un deuil, ça ne se calme pas au bout de deux, trois ans. C'est à vie. Donc, ça
prend plusieurs, mais plusieurs mois avant de passer à travers puis de
commencer à penser à survivre à ça, de prendre un autre chemin et d'accepter ce
qui s'est passé. Ça ne se fait pas dans les premiers mois.
Puis là les compensations qui disent d'aller
plus loin, les montants qui vont monter... Ce n'est jamais assez, un montant. On ne peut
pas mettre de montant sur un être humain, mais déjà c'est beaucoup. Comme
expliquait Michel, le problème que,
quand il arrive un événement comme ça, le plus gros drame qui arrive après,
parce qu'il y a un deuxième drame qui
survient… on vient de perdre un enfant, puis le deuxième, c'est les finances.
Qu'on le veuille ou pas, on tombe dans
un engrenage, là, on va tomber dans un autre drame, puis on se retrouve avec
des dettes par-dessus la tête, puis on ne trouve plus les moyens de s'en
sortir. Puis on est rendus à un deuxième drame. Puis je pense qu'on n'a pas
besoin de vivre ça. Les familles de victimes
n'ont pas besoin de vivre ce drame-là. Donc, je pense que c'est une belle chose
que les montants soient augmentés. Pour moi, c'est quand même très bien.
C'est sûr que ce ne sera jamais assez. Ce qui
serait bien, c'est qu'il y aurait quand même un montant donné aux parents surtout.
Parce que présentement, les parents, comme moi, on n'était pas reconnus comme
des victimes, mais on est vraiment
des victimes. Quand on perd un enfant, on est une victime. Ce n'est pas
seulement la personne qui a été assassinée, mais les parents, on est des victimes. Ça fait que je pense que ce
côté-là aussi, mais qu'on sera reconnus de ce côté-là, puis tous les amendements,
puis les choses que vous voulez faire… je pense que pour nous autres, pour nos
familles, pour l'association, c'est une belle victoire.
M. Surprenant (Michel) : Il faut comprendre aussi que nous, on
met l'emphase sur le fait que, quand vous
vivez un traumatisme, il faut être capable
de reprendre le contrôle de sa vie. Il faut être capable de reprendre la joie
de vivre, si on peut dire. C'est évident que ça nous amène dans une
situation où la joie de vivre, si on peut dire, elle a toujours une petite case
noire, comme on dit, mais disons que ça nous permet d'apprécier mieux la vie d'une
certaine façon.
Il ne faut pas oublier aussi que la sensibilisation
vers laquelle nous avons dirigé nos efforts auprès des gouvernements
nous amène à espérer à avoir une certaine parité avec ce que les détenus
pourraient avoir comme services, c'est-à-dire qu'au
niveau des services qu'on est en droit d'espérer, c'est-à-dire les soins
psychologiques pour les gens qui en ont besoin, des... Souvent, ça va être des
soins de toutes sortes. Ça peut être un dédommagement parce que, bon, il y a la
perte de salaire, il y a toutes ces choses-là. Mais c'est d'avoir une certaine parité, d'avoir un certain droit à l'information
par rapport à un certain suivi de l'enquête dans le domaine du possible
aussi.
M. Serre (Bruno) : Oui, juste pour rajouter à tout ça, c'est
vraiment... Mais, surtout, ce qu'on veut, on veut que... Nous, on travaille beaucoup
pour nos familles, qu'on représente, soient reconnues comme des victimes, puis
ça, c'est très important pour nous
autres parce qu'il y en a beaucoup qui ne sont pas reconnues. On ne nous
reconnaît pas comme des vraies
victimes parce qu'ils disent qu'on est les victimes collatérales, mais ce n'est
pas vrai. Quand on perd un enfant ou qu'on
perd un frère, une soeur, on est une victime directe autant. Puis, je pense,
ça, c'est important puis c'est là-dessus, vraiment, que moi, je voudrais vraiment qu'on nous reconnaisse. C'est
comme des victimes. Ça commence, mais on a encore beaucoup de chemin à
faire, puis j'espère qu'un jour on va être vraiment reconnus victimes à
titre... comme les mêmes... dans les autres
crimes ou choses qui se passent, qu'ils sont reconnus comme des victimes. On
voudrait qu'on soit reconnus, nous aussi, comme des victimes.
Surprenant (Michel) : Voilà. Merci.
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci. Merci, M. Surprenant,
merci, M. De Serre. Maintenant, nous allons
aller à la
partie d'échange, et, M. le ministre, vous avez la parole pour un temps
de 24 minutes, et ce sera le même scénario que tout à l'heure.
M. St-Arnaud : C'est bon, M. le Président. Bien, d'abord,
bonjour, M. Surprenant, M. le président, M. le
vice-président, M. Serre. D'abord, merci d'être
venus devant cette commission aujourd'hui. Merci d'être venus
entendre... de faire entendre votre voix et
la voix de l'association, l'Association des familles des personnes assassinées
ou disparues, l'AFPAD, qui est une
association que l'on connaît depuis plusieurs années. Pour ma part, j'ai eu l'occasion
de rencontrer à maintes reprises
celui qui a fondé cette association, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu,
lorsque j'étais dans l'opposition, même
de participer à certaines des activités qui sont menées par l'AFPAD, et bravo pour
ce que vous faites. Je pense que c'est
une association qui joue un rôle important dans notre société et qui contribue
aussi à l'avancement du débat, du débat public sur ces questions liées aux victimes d'actes criminels et dont on
écoute toujours avec beaucoup d'attention les propos.
Effectivement, vous le disiez, le projet de
loi n° 22, c'est un premier pas. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, c'est un premier
pas pour combler certaines lacunes qui sont urgentes à combler et qui sont dans
le décor depuis déjà plus d'un an,
alors il est à peu près temps qu'on règle cette question-là et, si possible,
là, dès les prochaines semaines. Mais, c'est sûr qu'éventuellement il
faudra faire une réforme plus vaste sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels.
J'aurais peut-être une ou deux questions. D'abord,
la première. Je sais que l'AFPAD aide des gens — vous
y avez fait
référence, M. Serre, là — dans leurs demandes d'indemnisation.
Et souvent, ce qu'on me dit — ça me revient : C'est lourd, il y a de la bureaucratie, c'est compliqué. J'aimerais
peut-être vous entendre là-dessus. Est-ce que c'est vrai que c'est si
difficile, qu'il y a trop de bureaucratie dans les demandes d'indemnisation? Qu'est-ce
qui pourrait être fait de plus pour que ça soit plus simple? Alors, j'aimerais
vous entendre là-dessus, compte tenu de votre expérience eu égard à ces
questions.
M. Serre (Bruno) : Bien, si on peut répondre là-dessus,
c'est : quand il y a une demande d'indemnisation, une famille a des
formulaires à remplir. On ne s'en cachera pas, là, malheureusement, les
formulaires qui viennent dugouvernement,
souvent, c'est complexe, c'est beaucoup de papier, il y a beaucoup de papier à
remplir. Puis c'est faire venir des
certificats. Comme dans un cas d'assassinat, il faut faire venir un certificat
de décès, qu'il faut retourner après
ça au gouvernement. C'est beaucoup de bureaucratie, je trouve, c'est... Faire
venir un document pour le retourner à l'autre porte à côté après... Mais
c'est toutes des démarches qu'il faut faire.
Puis on avait... Là, on a un peu plus de
temps, mais on n'a pas beaucoup de temps. Puis les gens... C'est beaucoup de papiers à
remplir. Ça prendrait vraiment de l'aide pour les remplir parce que ce n'est
pas évident à quelqu'un que... Moi, j'ai
vécu ça une fois, je ne veux pas le vivre une autre fois, remplir les papiers,
puis il n'y a pas personne qui veut vivre ça, avoir à remplir des
papiers. Mais c'est très complexe, les formulaires à remplir pour des demandes
d'indemnisation puis l'approche avec les CAVAC, puis…
Puis souvent on a moins de support, on a
moins d'aide. Ça fait que, nous autres, il y a des familles qui viennent nous voir, ça
fait qu'on essaie de rapprocher... Parce que des fois ça va être refusé parce
qu'il y a une question qu'on a oublié
de remplir une ligne ou... Malheureusement, la plupart des formulaires... une
virgule est à la mauvaise place, puis là ça a été refusé, puis là ils se
demandent pourquoi, puis là il faut... Nous, on fait des démarches auprès des
CAVAC, là : C'est quoi qui manque? C'est
quoi qui se passe? Parce qu'à un moment donné les familles ne sont plus
capables. Puis je les comprends, j'ai vécu ça. C'est qu'à un moment
donné on vient épuisés, puis c'est très, très complexe à remplir.
Surprenant (Michel) : Ce que ça
prendrait, du côté du gouvernement, ça serait d'établir un protocole pour que chaque personne qui est
impliquée de près ou de loin connaisse le protocole, pour savoir... Si,
mettons... Je ne sais pas, moi, que tu
rentres par n'importe quelle porte du gouvernement, si ce n'est pas la bonne
porte, au moins que la personne soit
capable de t'acheminer vers le bon département ou la bonne personne, tu sais?
Alors, ça serait d'établir un protocole où tout le monde le connaît et
tout le monde est conscient que, bon, bien, on a une demande, peu importe d'où
elle vient, elle va être acheminée à la bonne place.
M. St-Arnaud : Est-ce que vous travaillez beaucoup
avec les CAVAC? Parce que ça, c'est un réseau que je trouve assez extraordinaire, là, que j'ai eu l'occasion de
voir un peu sur le terrain, là, les centres d'aide aux victimes d'actes criminels, qui sont maintenant un peu partout sur
le territoire québécois. Est-ce que vous, vous travaillez avec ces
centres?
M. Surprenant (Michel) : On travaille de façon collatérale,
oui, oui, pour mettre les gens en contact avec
les différents services qui sont offerts par le gouvernement.
M. St-Arnaud : Peut-être sur un autre sujet. Quand
on a rédigé le projet de loi, une des préoccupations que j'avais, c'était :
Est-ce qu'on va être en mesure de faire en sorte que ce projet de loi s'applique
à des situations particulièrement tragiques qu'on a tous vécues comme
société, là, et que des gens ont vécues d'encore plus près, et qui se sont passées en 2012? Et honnêtement à un
moment donné je me disais : Est-ce qu'on pourrait le faire... Peut-être
que le projet de loi pourrait être
rétroactif au 19 septembre, donc l'entrée en fonction du nouveau gouvernement.
Puis là on a porté à mon attention certaines situations particulièrement
dramatiques qui se sont déroulées durant l'été 2012.
Alors,
à un moment donné, je me suis dit :
Est-ce qu'on peut le remonter au printemps? Puis ensuite on m'a
dit : Bien, vous savez, il y a eu aussi un drame, notamment, à
Saint-Romain, en février, donc il faudrait remonter encore.
Alors, j'avais vraiment une préoccupation
là-dessus. Parce qu'habituellement, vous le savez, les projets de loi, sauf très rares exceptions, ne s'appliquent qu'à
partir du moment où ils sont votés puis ils sont adoptés par l'Assemblée
nationale.
après avoir discuté avec certains collègues, notamment avec l'ancienne députée
de Lotbinière, qui est maintenant députée d'Arthabaska,
je crois... je ne peux pas prononcer son nom ici, mais du deuxième groupe
d'opposition... En discutant avec elle et avec d'autres collègues de l'Assemblée
nationale, on s'est dit : Bien, pourquoi, pour ces situations-là, assez exceptionnelles, qui se sont produites, là, dans les
derniers mois, dans la dernière année, mais qui ne seront
vraisemblablement pas visées par le projet de loi... en tout cas, qui ne le
sont pas par le projet de loi n° 22 actuellement... pourquoi on ne
créerait pas un fonds qui pourrait s'appliquer pour ces situations
particulières?
Et j'ai eu des discussions à ce moment-là
avec vous, M. Surprenant, et ce que j'ai décidé, c'était de donner... Parce que je pense que tous reconnaissent la compétence de
votre association, de l'AFPAD, alors j'ai décidé de prendre un 50 000 $ qui est dans mon fonds
discrétionnaire, de le verser à l'AFPAD. Ça sera fait la semaine prochaine, dès
le nouvel exercice financier, le 1er
avril. Et, la semaine dernière, vendredi dernier, j'ai écrit à tous mes
collègues de l'Assemblée nationale,
les 124 élus, peu importent les formations politiques, pour leur demander de
contribuer au fonds. Peut-être un 500 $
par député, un 1 000 $ par ministre, ce qui va faire un fonds, là, d'aide
exceptionnel, que je vous ai demandé de gérer pour justement aider... Puis encore une fois, là, on ne compensera
pas la perte d'un enfant par des sous, là, par des dollars. Mais, si on peut aider certaines
situations particulièrement tragiques que l'on a tous vues au Québec,
notamment dans la dernière année, bien, c'est
le but, là, de cet argent que je vous envoie comme ministre et que je vais
demander à mes autres collègues de l'Assemblée nationale de vous envoyer au
cours des prochaines semaines.
Alors, ma question, c'est : Alors,
comment vous avez accepté, là, de créer ce fonds d'aide exceptionnel à l'AFPAD? Comment vous
entrevoyez gérer ce fonds pour aider, justement, ces gens, là, qui ont vécu des
situations particulièrement tragiques au cours de la dernière année et
qui, dans le libellé actuel du projet de loi n° 22, là, ne seraient pas
visés?
Surprenant (Michel) : Dans un premier
temps, vous nous avez offert un montant de 50 000 $. Nous avons mis en lumière que les cas les plus proches,
c'étaient ceux de la dernière année. Ça remontait jusqu'à Saint-Romain.
Donc, il y avait les enfants de M. Desautels, les trois enfants; Nadine
Brillant, les deux enfants; et, à Saint-Romain, les deux enfants. De ce
50 000 $ là, on a décidé qu'on allait vers ces familles-là.
Si le fonds vient se bonifier avec les
montants que vous m'avez dit par rapport à vos collègues, à ce moment-là, on va faire un deuxième comité de sélection et puis, à
ce moment-là, on va aller plus loin, vers d'autres familles qui, probablement,
sont peut-être encore dans l'endettement par rapport à ces choses-là, pour être
capables, justement, de permettre de tourner la page.
M. St-Arnaud : Et, quand vous parlez d'un comité de
sélection, là, vous parlez... Je présume que vous, vous êtes sur le comité. Qui est là-dessus?
M. Surprenant (Michel) : Bon, dans un premier temps, pour le
premier 50 000 $, le comité de sélection a été formé par moi, par Isabelle Gaston et de Marc
Bellemare, monsieur l'avocat. Pourquoi? Parce que ce sont les trois personnes
qui ont fait des démarches auprès du cabinet pour sensibiliser le gouvernement
à cette problématique-là. Alors, Mme Gaston,
on l'avait incluse, mais Mme Gaston a fait valoir sa situation financière, qui
était un peu particulière par rapport aux autres. Elle a dit : O.K.
Laissez-le pour les autres.
Maintenant, le deuxième comité, si on a des
sous pour y arriver, bien, à ce moment-là, on va former un deuxième comité. C'est
toujours pour... Dans un premier temps, c'est toujours par souci de
transparence, hein? Parce que, bon, c'est des argents qui nous sont donnés. C'est important qu'ils soient gérés de
façon honnête et équitable. Il faut être transparent. À quelque part, c'est
de l'argent du public. Alors, à ce moment-là, bien, le deuxième comité, on
verra qui y sera à ce moment-là. Probablement que Marc Bellemare va être là
parce que, bon, pour nous, c'est quand même quelqu'un qui, au niveau du droit… il peut nous guider par rapport à ces
choses-là, tu sais? Alors, à ce moment-là... Le deuxième comité n'est
pas formé encore.
M. St-Arnaud : Écoutez, je vous remercie. Je vous
remercie d'avoir accepté de créer ce fonds d'aide exceptionnel. Et je lance l'appel à mes collègues. Ils vont recevoir la
lettre aujourd'hui ou demain alors puisqu'elle est dans la poste depuis vendredi après-midi. Alors, j'espère
que tous mes collègues de l'Assemblée nationale pourront, à même leurs budgets discrétionnaires, qui sont modestes, mais
faire une petite contribution de quelques centaines de dollars pour les députés et j'espère au moins
1 000 $ pour chacun des membres du Conseil des ministres pour vous
aider à aller le plus loin possible.
Parce que je crois comprendre donc que vous allez vouloir aller... En fin de
compte, si vous avez des sous, pouvoir remonter
encore plus loin dans le temps. Alors, j'invite tout le monde qui nous écoute,
M. le Président, tous les députés autour
de cette table et tous ceux qui nous écoutent dans leurs bureaux à contribuer à
ce fonds d'aide exceptionnel. Et en vous
remerciant d'avoir accepté de le créer. Alors, ceci étant dit, M. le Président,
ça complète pour moi. Je vous remercie, M. Surprenant. Je vous remercie,
M. Serre.
Président (M. Ferland) : Merci.
voix : Merci d'avoir pris le temps de
nous écouter.
Président (M. Ferland) : Merci, M. le
ministre. Alors, maintenant, je vais aller du côté de l'opposition officielle.
Et je reconnais la députée de Pontiac pour un temps de 20 minutes.
L'Écuyer : Merci, M. le Président.
Bonjour, M. Surprenant. Bonjour, M. Serre. La première question, c'est que vous dites... Vous disiez tantôt : On veut
reprendre le contrôle de notre vie et on a besoin d'outils. Je sais que
vous avez réclamé d'être informés, au fur et à mesure, des démarches qui sont
faites lors d'un suicide... pas d'un suicide,
d'un meurtre commis auprès de quelqu'un de la famille. J'aimerais ça que vous m'en
parliez parce que, pour moi, ça m'apparaît comme étant des outils importants
pour comprendre; si on comprend, on peut peut-être
reprendre une partie. Ça, c'est ma première question. Ça fait que j'aimerais ça
que vous m'en parliez un peu, des difficultés
que vous avez eues à avoir des informations des corps policiers suite au
meurtre de quelqu'un de la famille, de vos enfants.
M. Surprenant (Michel) : Bien, je peux commencer une
partie de
la réponse. C'est que dans mon cas à moi, c'est
une disparition. Donc, à ce moment-là, chaque élément de l'enquête devient un
élément qui est quand même assez sérieux. Et
il faut comprendre, à travers tout ça, qu'il n'y a rien qui est laissé au
hasard puis on ne peut pas savoir quelle information est plus sérieuse
que l'autre. Mais il reste quand même qu'à ce niveau-là on est dans le néant,
on ne sait pas. Puis à ce moment-là je fais
référence à un certain officier de la Sûreté du Québec, qui, lui, a été
supercorrect, dans le sens qu'il a été capable de nous dire : Bien,
on s'en va par là, on s'en va par là, sans rentrer dans le détail. Alors qu'il y en a d'autres qui sont peut-être bons au niveau
de l'enquête, sont moins bons au niveau de la communication. Mais disons
que ce n'est pas un reproche, c'est juste un
constat. Ce que je veux dire par là, c'est d'essayer de garder au moins
la famille dans un état où on peut
comprendre que les choses avancent, où on fait de notre possible pour y
arriver, tu sais.
Bruno, lui, il l'a vécu d'une façon plus
concrète, parce que les prévenus, ils étaient arrêtés, et, à ce moment-là, il y avait une enquête qui se produisait, etc. Alors, à ce
moment-là, Bruno va être plus en mesure de vous en parler de ce niveau-là.
Président (M. Leclair) : Merci, M.
Surprenant. Mme la députée de Pontiac, d'autres questions?
L'Écuyer : Oui. Bien, c'était pour M.
Serre. S'il veut compléter.
Président (M. Leclair) : M. Serre.
L'Écuyer : Oui, ce serait important.
Serre (Bruno) : C'est juste que je
peux compléter ce qu'il disait. Quand on parle de l'information qu'on demande à avoir, pareil, au même
titre que les
prévenus ou les autres, c'est qu'on est en cour... Quand on se présente
en cour, puis qu'il y une enquête qui est en
lieu, ils ne nous tiennent au courant de rien pour ne pas nuire à l'enquête.
Ça, c'est la première chose qu'ils disent.
Il y a une
partie qu'on croit, oui, c'est correct. Mais il se passe un paquet
de choses en cour qui se font qu'eux
autres vont nous dire : Bien, c'est tout à fait normal. Bien, nous autres,
on ne sait pas. Puis là on voit le
détenu qui est là. Dans mon cas, il y en avait deux. Eux autres, ils ont droit
aux informations, ils ont le droit de
parole, ils ont le droit de contester, de demander quelque chose, de prendre
des notes. Nous, c'est juste si on peu respirer. Puis, encore, si on respire
trop fort, on se le fait dire.
Donc, c'est très plate, c'est difficile à
vivre parce qu'on n'est pas informés. Moi, dans mon cas, je n'ai pas été informé. Il y a eu ce qu'on appelle — excusez-moi l'expression — des deals de faits, mais ils nous le disent après. Ah! C'est des deals qu'on fait, mais c'est
correct, ça. Mais moi, je n'étais pas d'accord avec ça. Moi, faire des deals
pour que quelqu'un sauve des années de prison, non. À un moment donné, il y en
a un qui a fait des deals puis il s'est retrouvé en liberté, puis on l'a vu qui
était dans un autre pays avec des machettes puis tout.
Ça fait que je trouve ça très plate, parce qu'on
n'est pas informés. Il y a des... Ils prennent des procédures puis ils prennent des
décisions, puis ils ne nous tiennent pas au courant, parce qu'ils disent :
Vous n'avez pas besoin de savoir. Mais
c'est quand même... là, on parle... C'est un procès, parce que c'est ma fille
qui a été assassinée, mais je n'ai pas le droit de savoir rien. Ça fait que c'est très difficile, puis je trouve
ça plate. On devrait être informés. Sans qu'ils nous disent tout ce qu'ils vont faire, ou c'est quoi la
sentence, puis toute la scène du crime, mais, au moins, qu'on soit informés
sur les principes de
base : c'est quoi, être en cour, puis c'est quoi, la présence devant les
juges, puis c'est quoi... puis qu'on aurait le droit au moins de parler.
Quand
on parle d'une victime de viol, quand elle va aller en cour, elle peut
témoigner. Moi, ma fille, elle ne pouvait pas témoigner, elle a été assassinée. Ça fait que
moi, à
titre de parent, j'aurais été... Il me semble... c'est mon droit de
parler en son nom. Parce qu'une victime d'un
viol ou d'une tentative de meurtre peut parler, mais une victime qui a été
assassinée, elle ne peut pas parler. Ça
devrait être le droit des parents de parler en leur nom. Mais, on n'a pas ce
droit-là, puis ça, je trouve ça bien plate.
Le Président (M.
Leclair) : Merci, M. Serre. Mme la
députée de Pontiac.
L'Écuyer : Bien
sûr, c'est un fait que, dans un cas de meurtre, vous n'êtes pas reconnus comme
étant le parent de l'enfant qui s'est fait
tuer. J'essaie de comprendre, là, pourquoi vous n'avez pas le droit de parler.
M. Serre
(Bruno) : On n'est pratiquement pas
reconnus comme une victime, parce que la victime, c'est la personne assassinée.
Ça fait que, présentement, moi, quand on est passés, on n'est pas reconnus
vraiment comme une victime. Je ne sais pas
si vous comprenez ce que je veux dire. Vraiment, la victime... On est comme une
victime collatérale. C'est comme ça qu'on est reconnus.
Le Président (M.
Leclair) : Mme la députée de Pontiac.
L'Écuyer : Vous
avez parlé, bon... Je reviens toujours avec l'outil pour reprendre le contrôle
de sa vie. Il y a du soutien psychologique qui
est donné. Est-ce que ce que vous pouvez recevoir, dans votre livre à vous,
avec l'expérience que vous avez vécue, vous
en avez eu assez ou bien si, dans le temps, c'est trop court pour dans le fond
vous outiller à continuer votre vie?
Surprenant (Michel) : Écoutez, dans un premier temps, ce qu'il faut comprendre, c'est que,
quand il arrive un traumatisme de cet ordre-là, ça amplifie les traits de caractère déjà
existants. Ce que ça veut dire, c'est que, quelqu'un qui est résilient va l'être encore plus, celui qui
est plaignard va l'être aussi. Alors, à ce moment-là, pour nous, c'est
de rediriger la personne vers une attitude
positive, constructive, reprendre le contrôle de sa vie, il faut l'amener là,
voyez-vous. Les outils, c'est plus le bagage qu'on a accumulé avec les années
qui font que, à un moment donné, on est capables d'amener les gens à se
reprendre en main et de reprendre le contrôle. C'est sûr que, quand...
n'est pas des psychologues, alors c'est pour ça que les aides psychologiques,
ils sont là, qu'ils vont aller jusqu'à 30
séances... Dans la plupart des cas, les gens, après deux, trois séances, vont
être remis sur la track, comme on dit, puis
ils vont être capables de fonctionner. Il y en a d'autres qui, après 30
séances, ne seront pas réhabilités encore d'une certaine façon, tu sais.
Mais,
dans la moyenne, on peut dire qu'un petit coup de pouce, ça remet sur la track.
C'est sûr que l'exemple qu'on peut donner, c'est
la… thérapie encore.
Mme L'Écuyer : Ma question est pour M. De Serre... Merci, M. le
Président. Ma question est pour M. Serre. Tantôt,
vous avez dit, bon : Il y a toutes sortes de formulaires qu'on doit
compléter, c'est compliqué, on va nous demander un premier certificat de
naissance, il faut en avoir un deuxième. D'abord l'IVAQ aide beaucoup, les
CAVAC aident beaucoup les gens qui sont aux prises avec un meurtre de quelqu'un...
de son enfant à compléter des formulaires. Puis
vous disiez : Si on avait un protocole de qu'est-ce que ça prend, combien
ça prend de certificats de
naissance — parce que je suis convaincue que ce n'est pas juste un — combien...
Qu'est-ce qu'il faut faire? Est-ce que ça peut
aider quelqu'un qui vient d'apprendre que son enfant a été tué? Ou bien :
Quel formulaire compléter pour que vous soyez
dans les délais et qu'en même temps, une fois que c'est fait, vous n'avez plus
comme à vous occuper du côté paperasse?
Serre (Bruno) :
Oui. Puis, quand on parle de... pas juste de certificats de naissance, ça prend
des certificats de décès, puis ça, je trouve ça un petit peu aberrant qu'on demande un
certificat de décès quand on sait que... Le gouvernement le sait, qu'il
a décédé, mais, pour l'autre bureau à côté, ça lui prend un certificat de
décès, qu'il faut payer en plus de ça, c'est toujours des frais encourus, faire
venir... puis ça prend toujours les originaux, hein, jamais de photocopies.
Mais
ce que je dis des formulaires, c'est les alléger parce que présentement c'est
lourd. Il y a beaucoup, beaucoup de pages, beaucoup de questions. Puis je pense
que... Est-ce que la personne est décédée? Des genres de questions des fois que, quand on remplit, on est là : Bien,
là... Tu sais, des fois, il y a certaines questions qui pourraient être
mises... ou ça devrait être un formulaire... une personne décédée, elle devrait
déjà être là sans qu'on soit obligés de… certaines questions à remplir. Il y a
des formulaires, c'est pour tous genres... Je ne sais pas, mais, tu sais,
mettons que c'est pour des viols, bien... il
va y en avoir pour tous genres. Souvent, c'est pratiquement le même formulaire.
Mais là ça fait beaucoup à lire pour une personne qui a vécu un drame
puis une personne assassinée. Bien là, il y a des questions pour les personnes
disparues. Puis il faudrait peut-être juste alléger puis faire vraiment pour
chaque catégorie.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, monsieur... Oui,
complément de réponse, la parole, oui.
M. Surprenant
(Michel) : Je voulais juste ajouter
que ce qu'il faut comprendre...
Le Président (M. Ferland) : Allez-y, monsieur.
Surprenant (Michel) : Pardon?
Président (M. Ferland) : Non, non...
Parce que la députée a dit «complémentaire», mais on se retrouvera au salon
bleu...
M. Surprenant (Michel) : Ce qu'il faut comprendre, c'est que,
quand il arrive un traumatisme, vous êtes du
jour au lendemain sur un dix cennes, vous êtes plongés dans une tempête. Si
vous avez à vous adresser à des personnes au niveau
du gouvernement puis vous avez l'impression qu'ils sont dans une tempête eux
autres aussi parce qu'ils ne savent pas
où s'ils s'en vont, on n'est pas bien avancés. Alors, c'est pour ça que je vous
parlais tantôt d'avoir un protocole pour que tout le monde est sur la
même longueur d'onde, tout le monde sait qu'est-ce qu'il a à dire, à qui
référer. Là, à ce moment-là, au moins la personne sent qu'elle est épaulée.
L'Écuyer : Je vais revenir avec les
CAVAC. C'est des gens que j'ai rencontrés, c'est des gens... Dans certains
endroits, ils sont directement avec les policiers, ils vont accompagner souvent
les policiers pour être les premiers. J'ai l'impression qu'il y a un travail
qui pourrait être fait là pour dans le fond — ce que vous venez dire, avec les formulaires — regarder avec le ministère : Est-ce qu'il y a moyen d'alléger? Est-ce qu'il
y a moyen d'avoir cette espèce de kit qui serait donné à un membre de la
famille pour dire : Regarde, là, la démarche... puis compléter avec eux dans un premier temps tous ces
formulaires-là? Est-ce que ça deviendrait un outil de plus?
Surprenant (Michel) : En tant que
premiers intervenants, nous avons imprimé justement des formulaires avec toutes ces informations-là pour remettre
justement aux gens quand il arrivait un traumatisme comme ça. Souvent, à cause qu'ils sont dans une tempête, le livre,
ils l'ont, mais ils ne le voient pas. Deux jours après, trois jours après,
là, ils ont... ils retombent un peu sur la terre, comme on dit, là, puis là, à
ce moment-là, ils ont le temps de regarder. Oui, nous avons ça.
Le Président (M. Ferland) : Merci, Mme la députée. Alors, je
reconnais le député de Marguerite-Bourgeoys,
je crois. Oui.
M. Poëti : Oui, c'est moi. Merci, M. le
Président. Encore une fois, merci d'être ici. Et on comprend tous le courage et ce que ça demande de venir nous expliquer ça.
Vous savez, j'ai été policier pendant 28 ans — on s'est croisés à quelques occasions dans des
discussions — et je veux vous dire qu'il y a aujourd'hui une évolution
obligatoire, de fait, à faire chez les policiers dans le volet de la
communication. Et je travaille présentement sur un projet de
loi sur le Bureau
des enquêtes indépendantes, donc les policiers
qui enquêtent sur les policiers, et on disait qu'une des problématiques, c'était
le manque d'information que les gens
reçoivent. Évidemment, la clé, et mon collègue ancien bâtonnier va me rappeler
à l'ordre, mais la clé de dire :
Il y a une enquête, on ne peut rien dire ne peut pas être maintenant un outil
pour s'empêcher de donner l'information.
J'ai
enseigné pendant neuf ans au collège Ahuntsic et je disais aux étudiants :
Si je vous enseigne la police comme je l'ai apprise il y a 28 ans, je vais être
très mauvais parce que je n'aurai pas adapté l'évolution de la société.
Maintenant, les règles de droit empêchent certains policiers de donner
certaines informations. Mais je pense que les policiers
doivent davantage, et les procureurs de la couronne aussi, s'approcher des
victimes et des gens qui sont impliqués, comme vous l'avez dit tantôt vous-même, pour vous donner une
partie d'information
minimale, et que vous ne sentiez pas que le criminel a plus de droits
que vous, ce qui est absolument inconcevable et impensable sur ce volet-là.
Alors, je veux vous rassurer sur cette ouverture maintenant des policiers de
pouvoir communiquer davantage l'information.
L'autre chose aussi que je pense, c'est que,
vous savez, les formulaires, ça reste toujours des formulaires, c'est toujours
complexe, et, quand vous venez de vivre ce que vous avez tous vécu, de vous
demander de vous asseoir et de rédiger
ça, honnêtement, là, je pense qu'on ne va jamais les mettre assez simples pour
que vous soyez contents parce que ça n'a pas de bon sens, ce que vous
vivez.
Ce qu'il faut, à mon avis, qui se produise, c'est
qu'on soit capables d'avoir l'information que vous devez donner, hein, que vous
devez faire remplir par une personne qui est près de vous ou une personne qui
va vous assister à le faire. Et,
quand la personne a été capable de faire l'ensemble du dossier, donc un appui
pour vous, et qu'il reste des signatures, parce que vous avez confiance dans la personne qui est là, qu'elle soit
capable de pouvoir le faire pour vous… Vous ne pouvez pas, quand vous
venez d'avoir un accident face à face, sortir de la voiture puis commencer à
planifier vos vacances de l'été qui s'en venaient dans deux semaines. Mais c'est
ça. La caricature est mauvaise, mais elle est là.
Alors, moi, je pense qu'on doit faciliter une
aide qui peut remplir pour vous, avec une procuration, l'ensemble de ces documents-là, toute la paperasse qui est
lourde, qui est difficile et que vous êtes confrontés face à ça. J'ai aidé un collègue qui avait perdu sa fille pour l'ensemble
de la funéraille. Il ne s'en est pas occupé du tout, il était incapable.
Et je pense que le bout de chemin que j'ai pu faire l'a aidé. Alors, je pense
que vous avez besoin aussi de quelqu'un, avec une procuration, qui pourrait
faire peut-être 95 % de ce qui doit être fait au niveau légal. Vous le
savez, qu'il y a des dispositions légales, puis certaines choses peuvent vous
paraître complètement ridicules. Tu sais, le certificat de décès, pourquoi? Vous avez vu... Mais il y a un
volet légal à ça qui est froidement nécessaire, mais que vous n'avez
pas... que, je pense, vous n'avez pas, vous,
à endurer, à traverser, à faire. Et que, par une procuration quelconque, que
vous allez désigner une personne qui puisse faire 95 %, 98 %
du travail, je pense que c'est peut-être... Dans le côté pratique, si c'est
quelque chose qu'on peut faire, on va essayer d'en parler avec les gens. Merci.
M. Serre (Bruno) : Je voudrais juste rajouter quelque
chose à ça. Les formulaires, c'est bien, parce qu'effectivement, s'il y aurait une
personne qui remplirait déjà une partie… Parce que moi, dans mon cas, quand il
y avait un formulaire à remplir, c'est : décrire l'événement, ce
qui s'est passé, c'est très difficile, là... Là, le formulaire était tout plein
d'eau. Puis on ne raconte pas vraiment ce qui est, c'est rien que les émotions,
c'est difficile. Ça fait que, c'est sûr, s'il
y a une
partie comme ça, ça serait très bien, parce que ce n'est pas évident,
de remplir des formulaires après un drame, que d'expliquer ce qui s'est
passé, là.
Poëti : C'est
exactement ce que je soulève. C'est que, si jamais on pense qu'en simplifiant
les formulaires on va alléger votre peine, on
vient de se tromper, là. Bien, je pense qu'on vient de se tromper. Mais si on
pourrait permettre, par procuration, une personne fasse, comme j'ai dit tantôt,
l'ensemble du travail, je pense que ça vous libérerait,
ça libérerait les victimes de moments qui ne sont absolument pas nécessaires
parce que vous les vivez déjà d'une façon assez dramatique.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, merci, M. le
député. Alors, je reconnais le député de Fabre.
M. Ouimet
(Fabre) : Combien de minutes,
monsieur...
Le Président (M.
Ferland) : Ah, un gros cinq minutes.
M. Ouimet
(Fabre) : Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, M. le député.
Ouimet (Fabre) :
Bon. À mon tour, messieurs, de vous remercier pour votre participation à nos
travaux. Je ne reprendrai pas tout ce qui a
été dit, là, je vais aller plus spécifiquement sur le point. Je pense que M.
Serre a fait référence à la difficulté qu'il
a vécue avec le système de justice. Comme le ministre de la Justice, moi, ça
fait 25 ans que je suis avocat, et je suis un criminaliste et j'ai oeuvré en
défense et en poursuite. Alors, je pense connaître assez bien la réalité du terrain, du monde juridique, donc un des
volets. Et, c'est vrai, et je l'ai constaté, de temps en temps,
malheureusement, les avocats, les acteurs du système de justice n'ont peut-être
pas manifesté toujours la sensibilité dont il faut faire preuve.
dirais deux choses. Premièrement, il faut rappeler une chose : le système
de justice est administré par des êtres humains. C'est sa qualité mais en même temps son
grand défaut, c'est-à-dire qu'il ne sera jamais parfait, il y aura
toujours des lacunes, il y aura toujours des choses à améliorer, et dans ce
sens-là vous avez tout à fait raison de réclamer un meilleur sort pour les victimes. Ce message-là doit être porté. Ce qui
me console, ce qui me réjouit, c'est qu'effectivement les lois ont été changées, au fil des années, et
entre autres le Code criminel prévoit que les parents d'une personne
décédée sont considérés comme une victime au
sens des représentations. Est-ce qu'on peut faire plus, est-ce qu'on peut faire
mieux dans l'administration de la justice? Votre témoignage en est la preuve
éloquente et c'est la même chose pour le témoignage de Mme Gaston.
J'essaie,
moi, de... Je suis un partisan du régime minceur en termes de loi. Tant qu'on a
des outils de base, après ça, c'est une
question... il faut s'assurer que les gens qui administrent, que ce soient les
policiers, les intervenants auprès des victimes; tous les acteurs de notre
système doivent comprendre leurs rôles à l'égard des victimes.
nous, comme législateurs, que ce soit au niveau administratif — et vous avez lancé des bonnes idées — je pense qu'on pourrait faire beaucoup pour améliorer
votre sort malheureusement, qui... On ne changera jamais l'atrocité des
gestes posés, mais par des petits gestes des fois, au niveau de l'administration
de nos programmes, on peut faire beaucoup.
Et donc je tenais simplement à souligner que votre message, en ce qui
concerne... en ce qui nous concerne, est bien entendu, et on va travailler à essayer de bonifier nos règles.
Alors, vous avez toute ma sympathie et je vous remercie encore une fois
pour votre travail.
Le Président (M.
Ferland) : Merci, M. le député.
Est-ce qu'il y a d'autres interventions? O.K. Alors, je vais reconnaître la
députée de Montmorency pour un temps de cinq minutes environ.
St-Laurent :
Merci, M. le Président. Je tiens particulièrement à vous remercier. Et,
surtout, quand on voit, pour les victimes, ce n'est pas d'hier... Il y a
Mme Gascon, mais, vous, ça fait beaucoup plus longtemps. Et également je
m'engage, sur mon budget discrétionnaire de
députée, à vous faire un don. Je n'ai pas encore reçu la lettre du
ministre de la Justice, mais je m'engage ici, devant l'Assemblée.
tiens à vous demander, parce que tout à l'heure on parlait... Évidemment, on
parle de... Vous savez, compenser les pertes à
tout point de vue… Évidemment, on ne pourra jamais compenser la perte d'un
enfant, d'un conjoint, d'un membre de la
famille tué, tué ou blessé grièvement, là. Je voulais vous demander :
Alentour de vous, aviez-vous d'autres enfants à l'époque?
Surprenant (Michel) : Moi, dans mon
cas, j'ai deux filles. Mes deux filles avaient 13 mois. Julie est née le 31 mars; Andréanne, 1er mars, 13 mois
exactement. Mes filles ont été élevées un peu comme des jumelles. Alors,
quand Julie est disparue, vous comprendrez
que pour sa soeur, ça a été un traumatisme double d'une certaine façon, parce
qu'elle perdait sa soeur, elle perdait pratiquement sa jumelle, sa confidente.
Ça a été une épopée assez difficile à remonter parce que, bon, Andréanne, écoutez, elle avait 17 ans à ce moment-là. C'était
encore une adolescente. On la plonge dans un univers d'adulte où il faut penser en adulte. On la sort de son
innocence, on la sort de son adolescence. Je ne vous cacherai pas qu'elle a fait des petits tours sur le côté
des drogues, ces choses-là. Alors, pour moi, ça a été de travailler au
quotidien avec elle pour la garder proche.
Ça a été assez difficile. Je vous dirais qu'aujourd'hui ça fait 13 ans, ça fait
trois ans qu'elle va bien. Mais ça a été… les 10 dernières années, ça a
été assez difficile.
St-Laurent : Et vous avez dû, à
travers ça, gagner votre vie?
Surprenant (Michel) : Oui. Dans mon cas, j'ai... On peut-u appeler ça une chance? Je suis à
mon compte, alors à ce moment-là je peux faire
mon horaire un peu plus facilement. C'est sûr que l'association, pour moi, c'est
excessivement important. Il y a énormément
de travail à faire au niveau de la reconnaissance des victimes, ne serait-ce que de remettre la victime au
centre du système judiciaire, de m'apercevoir qu'à chaque niveau de
gouvernement, il y a toujours du laxisme à quelque part qui fait que la
situation qui devrait fonctionner de telle,
telle façon n'y arrive pas parce qu'il y a toujours un paquet de personnes qui
sont là, puis qui ont les yeux arrangés comme ça, puis qui ne veulent
pas reconnaître rien.
Il y a du travail à
faire, mais je pense qu'après 13 ans, aujourd'hui, on peut dire que, si on
regarde, juste au niveau de... Prédateur
sexuel, il y a 13 ans, on ne savait pas ce que c'était, on pensait que c'était
un voleur de sacoches. Alors, aujourd'hui,
on sait que ça ne guérit pas, on sait que prison à vie, ce n'est pas assez. On
sait que le traumatisme qu'il cause, c'est une sentence à vie pour la
victime, puis lui, bien, encore là, il va s'en tirer. C'est le travail de
sensibilisation tout le temps, tout le temps, tout le temps. Puis, en même
temps, bien, de s'apercevoir où est-ce qu'il y
a des choses qui ne fonctionnent pas, puis, bon, de sensibiliser la population
au fait qu'il y a des choses qui ne tiennent pas debout à ce niveau-là
puis qu'il faut que ça soit revu puis...
Mais je pense qu'on a
réussi à avoir une bonne écoute au niveau des victimes. La sensibilisation est
là au niveau des gouvernements, au niveau de
la population, qui fait qu'on approche un peu d'une vitesse de croisière qui
est plaisante à avoir au niveau des
changements, où on est capables de remettre la victime au centre du système
judiciaire plutôt que ça soit le criminel.
St-Laurent : La même question à M.
Serre.
Serre (Bruno) :
Oui. Moi, j'ai un... avec ma conjointe, on a constitué un couple, on en avait
quatre autres à la maison. C'étaient tous des
ados. Brigitte, elle a été assassinée à l'âge de 17 ans, mais on avait une
fille et un gars plus vieux, donc c'était de 21 ans jusqu'à 12 ans. Puis,
effectivement, ça a été très difficile.
Premièrement,
c'est que moi, j'étais dans une bulle quand c'est arrivé, donc... Puis je suis
retourné au travail un mois et demi après, qui
était vraiment trop vite. Je me suis moins occupé des enfants, puis la plus
jeune, bien, elle est tombée, justement…
elle a lâché l'école, elle est tombée dans la drogue, puis on était en train de
la perdre. Aujourd'hui, ça va très
bien, là, puis même, elle vient d'accoucher, c'est la première qui a un petit
bébé. Mais elle s'est replacée, mais on était en train de la perdre parce que je n'avais pas le temps de m'en
occuper parce que j'étais pris dans mes troubles à moi, dans ma bulle,
puis ça, c'est triste. Puis quand je regarde aujourd'hui, je rencontre des
familles puis je leur dis : Le plus
important, c'est : il faut que tu sois bien en premier, guéris-toi, puis,
après ça, tu as tes enfants, ceux qui ont d'autres enfants parce qu'on
les perd. Puis c'est plate, parce que là, je suis en train de la perdre puis à
un moment donné… Aujourd'hui, je regarde puis je dis : Mon Dieu, j'aurais
pu en perdre plus qu'une, là. Parce qu'elle est tombée, elle était vraiment tombée dans pas les bonnes choses,
mais on l'a récupérée, heureusement. Mais c'est ça qui est triste, c'est
qu'on ne pense pas. Tu sais, on est, comme je vous dis, dans une bulle, on est
pris dans un tourbillon, comme il dit, Michel, puis c'est de valeur pour les
autres parce qu'on n'a vraiment pas le temps.
Aujourd'hui,
là, si on a plus de temps avec les lois, c'est sûr que les montants d'argent
qui augmentent, ça aide du côté finances. Ça
fait que là, les gens peuvent rester plus longtemps à la maison. Parce que
retourner au travail, puis on n'est pas prêts... Premièrement, on a à faire
face à des préjudices, hein, dans la société. Moi, je m'en souviens, les
premiers mois, j'allais faire l'épicerie puis les gens changeaient d'allée
quand je rentrais dans une allée pour faire mon
épicerie puis je me sentais mal. Je n'ai pas de maladie, mais les gens
voulaient m'éviter pour ne pas avoir à me dire quelque chose. Ils ne
savaient pas quoi dire. C'est tout à fait normal. Mais ça, on le vit quand on
retourne au travail ou on retourne… des
choses de même. C'est difficile. Puis là on le ramène à la maison le soir, ça
fait que là, on est fatigués puis on s'emporte auprès de notre
conjointe, nos enfants. Là, c'est eux autres qui subissent mes sautes d'humeur
parce que moi, j'ai de la difficulté à passer à travers.
Président (M. Ferland) : Merci, M. Serre. Merci, Mme la députée de Montmorency. M. le ministre,
il reste encore du temps si vous voulez un...
St-Arnaud : Juste un dernier
commentaire. Il a beaucoup été question de comment on peut faire administrativement pour faciliter les choses, là,
quant aux demandes d'indemnisation. Alors, je peux vous dire que j'ai pris note, là, des commentaires qui ont été
formulés par les différents membres de la commission et par M.
Surprenant et M.
Serre, en ajoutant peut-être une chose : ce qu'on me dit, c'est qu'effectivement
au niveau des CAVAC il y a un travail qui se fait de ce côté-là, me
dit-on, qui fait en sorte qu'on est en...
Et on peut être fiers de ce réseau des CAVAC,
des centres d'aide aux victimes d'actes criminels. C'est un réseau qui a commencé à
s'implanter dans les années 80. C'était mon prédécesseur Herbert Marx qui avait
mis l'accent sur... qui avait créé ce réseau, qui s'est considérablement
développé depuis 25 ans. On en a maintenant dans toutes les régions du Québec, et, pour avoir visité celui de Rimouski il
y a quelques semaines, quelques mois, je peux vous dire qu'ils font un travail formidable. Et je pense que, pour le
bénéfice des gens qui nous écouteraient, je pense que, quant àl'accompagnement et quant à l'aide pour les
demandes d'indemnisation, je pense que ça pourrait être une piste
intéressante, ce qui ne veut pas dire qu'on ne doit pas regarder aussi comment
on peut alléger les procédures administratives.
qu'on me dit, c'est que, oui, du côté des CAVAC, on soutient, on aide les gens,
on les aide à remplir leurs demandes, et
bravo, et bravo pour ce réseau, qui existe maintenant, qui est à peu près
partout, dans toutes les régions du Québec.
Mais, effectivement, est-ce qu'il y a place à amélioration quant aux
formulaires et quant aux demandes, comme vous le dites, M. Serre, de documents qu'on demande qui ne sont peut-être
pas toujours nécessaires? Alors, sachez qu'on va regarder, de ce
côté-ci, là, comment on peut améliorer les choses de ce côté-là.
Alors, ça complète pour moi, M. le Président.
Je vous remercie, M. Serre, M. Surprenant. Merci beaucoup pour votre apport aux travaux de notre commission, et
continuez votre bon travail. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ferland) : Merci, merci, M. le ministre. Avant
de vous remercier de façon officielle, juste
vous mentionner, M. le ministre, que je contribuerai à votre message. On est
rendu à deux.
pour ceux... tous les parlementaires qui nous écoutent, ce serait un petit peu
plate d'apprendre que vous ne donnez pas. Alors, ceux qui me connaissent, vous
savez que... Alors, je vous invite à considérer généreusement la demande du
ministre.
Le Président (M. Ferland) : Non, ce n'est pas de la pression, c'est
tout simplement pour vous dire que ce ne
serait pas le fun d'apprendre que vous n'avez pas donné.
Alors,
M. Surprenant, M. Serre, alors merci pour votre contribution. Continuez votre
travail.
juste vous mentionner aussi que la commission suspend ses travaux et nous
reprendrons en après-midi, mais pas avant 15 h 30. Merci beaucoup.
(Suspension
de la séance à 12 h 3)
Président (M. Ferland) : O.K. À l'ordre.
À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs téléphones cellulaires.
Nous
allons poursuivre sans plus tarder les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 22, Loi modifiant la
Loi sur l'indemnisation
des victimes d'actes criminels.
Puisque la députée de Montmorency remplaçait
le député de Saint-Jérôme, est-ce qu'il y a consentement pour que ce dernier participe à la séance cet après-midi
et ce soir?
voix : Avec grand plaisir, on s'est
ennuyés.
voix : Consentement.
Le Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député. Je
constate qu'il y a eu consentement, même avec
une légère hésitation, mais il y a consentement.
Alors,
je souhaite la bienvenue à l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes. Mme
Gaudreault, je vous demanderais de vous
présenter et de présenter la personne qui vous accompagne, en vous mentionnant
que vous disposez d'un temps de 10 minutes pour faire votre
présentation. Après, il y aura un échange avec les parlementaires d'une période
d'environ 45 minutes. Alors, à vous la parole.
Mme Gaudreault (Arlène) : Bien, je vais me présenter en disant
simplement que je suis présidente de l'Association québécoise Plaidoyer-Victimes depuis 88 et que je suis un
membre fondateur de l'association. Donc, je suis un membre bénévole de l'association
depuis 82.
Je suis accompagnée par Mme Marie-Hélène
Blanc, qui est notre directrice. Alors, je vais faire la présentation, et Mme Blanc va partager le temps de
discussion avec moi.
Président (M. Ferland) : Allez-y,
madame.
Mme Gaudreault (Arlène) : Alors, je voudrais quand même, en
commençant, remercier le ministre de la
Justice pour avoir répondu positivement à notre demande de tenir des
consultations particulières sur ce projet de loi. Et je voudrais dire quelques mots quand même sur l'Association québécoise
Plaidoyer-Victimes, très rapidement — parce que je sais que le
temps est compté — quand même pour dire que cet
organisme est un maillon important, là, dans toute la chaîne des acteurs
qui ont fait en sorte que les victimes d'actes criminels et leurs proches
maintenant ont une victime... une justice plus humaine.
Plaidoyer-victimes
a supervisé et coordonné aussi le premier service d'accueil aux victimes et aux
témoins au palais de justice de Montréal. Nous
avons aussi mis en place le premier centre d'aide d'acte... de victimes...
criminels au Québec, et ce, avant même qu'on
adopte la loi 88 et avant même que le ministre Marx fasse sa tournée. Je
pense que c'est important de le rappeler.
Et je vous dirais d'emblée
que la question d'indemnisation est une question qui est très importante pour l'association.
Nous avons fait les premières recherches au Québec et au Canada sur la question
de l'indemnisation en rencontrant des victimes et en les interrogeant, les
questionnant sur les problèmes qu'elles rencontraient. Nous avons organisé des colloques, des journées d'étude, des
journées de travail aussi, avec nos partenaires de indemn
pour indemnisation des victimes d'actes criminels - guylainel'indem.
Nous étions présents au Sommet de la
Justice en 92, nous avons travaillé sur la réforme sur la
Loi sur l'aide et l'indemnisation
en 93, nous avons participé à tous
les travaux de consultation dans toutes les tentatives de réformes qu'on fait,
et dont on parle qu'on a essayé de faire, et dont on parle depuis 40
ans.
Alors,
je veux vous dire aussi que l'association, depuis 30 ans, accueille
régulièrement des personnes victimes, et ce sont des personnes qui viennent à nous parce qu'elles
rencontrent des difficultés très importantes dans l'exercice de leurs
recours en indemnisation.
voudrais faire deux, trois remarques introductives pour dire qu'on a parlé d'irritants
quand on a annoncé ce projet de loi là. En fait, on devait parler d'iniquité à l'endroit des
proches qui ont perdu un être cher. Et je pense que le projet qui est devant nous vise à réparer ces
irritants-là. C'est un geste de solidarité sociale à leur endroit, et je pense
qu'on est contents de voir aussi qu'il y a des mesures pour répondre au
problème du délai de prescription.
Nous appuyons l'ensemble
de ces propositions. C'est évident que nous sommes ici parce que nous avons des
propositions aussi pour bonifier l'ensemble
du régime, mais on veut dire aussi d'emblée que nous sommes quand même déçus : on retrouve que c'est quand même un
projet de loi qui reste décevant parce qu'il ne répond qu'en
partie aux
besoins des victimes de crime, il laisse en
marge un très grand nombre de personnes. Et on s'attendait, et on souhaite une
réforme plus en profondeur depuis plusieurs années.
voudrais dire aussi que nos commentaires, si parfois ils sont critiques, ne doivent
pas être perçus comme des critiques négatives à l'endroit des personnes qui travaillent,
hein? Dans l'administration de ce régime-là, on a toujours eu une très bonne collaboration. On est
très conscients des efforts qu'ils doivent faire pour adapter ce
régime-là, qui, au départ, s'est ajusté aux accidents du... les victimes d'accident
de travail.
Alors, on va y aller
article par
article avec nos propositions. La premièr