Public Finance — 11 May 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CFP 2022-05-11
Quebec — Committees
(Onze heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bon matin à tous et à toutes. Je constate que nous avons
quorum, nous pouvons donc entreprendre nos travaux.
Comme vous le savez, la commission est réunie
afin d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 4,
Loi renforçant la gouvernance des sociétés d'État et modifiant d'autres
dispositions législatives.
Mme la secrétaire, bonjour.
La Secrétaire : Bonjour.
Le Président (M. Simard) : Vous
avez travaillé très fort jusqu'à tard hier soir, on vous en remercie. On
commence notre journée grâce à vous. Est-ce qu'il y aurait des remplacements ce
matin?
La Secrétaire : Oui, M. Simard.
Alors, M. Émond (Richelieu) est remplacé par M. Jacques (Mégantic) et
Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)
est remplacée par M. Bélanger (Orford).
Le Président (M. Simard) : Merci.
Bienvenue aux collègues. Avant de débuter les remarques préliminaires, j'aimerais déposer deux mémoires que nous avons
reçus à la suite de nos consultations publiques, celui de l'Observatoire
de la retraite et celui de la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse.
Alors, nous allons commencer comme nous le
faisons toujours, c'est-à-dire par nos remarques préliminaires, et, sans plus tarder, je souhaite... je cède la
parole au député de Robert-Baldwin... Mais je crois que, ce matin, il y
aurait un consentement pour que le ministre puisse prendre la parole. Alors,
oui, cher collègue.
M. Girard (Groulx) : Merci, M.
le Président. Bien, d'abord, j'aimerais souligner que ce que nous amorçons
aujourd'hui, c'est important. Moderniser la gouvernance de nos sociétés d'État,
c'est extrêmement important, et j'ai... La Commission des finances publiques
est renommée pour être efficace, et puis on a un projet de loi qui est costaud,
mais qui va faire une différence, qui va professionnaliser nos conseils d'administration
et moderniser la gouvernance de nos sociétés d'État .
Alors, j'ai un petit texte à vous lire, qui va
résumer ce qu'on va faire aujourd'hui. Et je salue d'emblée la présence des
membres de l'opposition et mes collègues du gouvernement, les équipes du
ministère des Finances et mon équipe, mon cabinet. Puis je veux avertir nos
auditeurs tout de suite, c'est un discours qui a peu de crescendos, là, c'est
un discours quand même assez factuel. Alors, j'y vais tout de suite. Vous êtes
avertis.
M. Girard (Groulx) : Nous en
sommes maintenant à l'étape de l'étude détaillée du projet de loi n° 4 renforçant la gouvernance des sociétés d'État en
modifiant d'autres dispositions législatives.
Je remercie tous les groupes qui ont participé
aux consultations particulières, tous ceux qui ont pris la peine de rédiger des
mémoires. Ces échanges ont été enrichissants et nous permettent d'arriver
aujourd'hui avec un projet de loi qui répond à plusieurs préoccupations du
milieu.
Le projet de loi n° 4 a pour objectif de...
voyons! de moderniser la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État et d'en
étendre l'application. Je vous rappelle que nous avions annoncé notre intention
de nous engager dans cette démarche dans le budget 2021. C'est le budget
favori du député de Robert-Baldwin.
Adoptée à l'unanimité en 2006, la
Loi sur la
gouvernance des sociétés d'État vise actuellement 23 sociétés d'État,
ainsi que l'Autorité des marchés financiers, qui s'est ajoutée récemment, et
les modifications que nous proposerons feront passer ce nombre à 46. Donc, non
seulement nous modernisons et professionnalisons nos sociétés d'État, mais on
étend l'application, M. le Président. Les sociétés d'État qui s'ajouteront à la
liste verront leur cadre de gestion renforcé, entre autres, et une plus grande
indépendance de leurs conseils d'administration sera assurée.
Je vous signale qu'à la suite des consultations
et afin de tenir compte de la situation particulière de la Commission de la
construction du Québec nous allons déposer des amendements afin de ne pas
l'assujettir à la
Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État, tel qu'initialement envisagé, et de plutôt intégrer directement à sa
loi constitutive certaines règles de gouvernance prévues par la loi.
En incluant les amendements que nous allons
déposer pour tenir compte des avis exprimés lors des consultations
particulières, le projet de loi n° 4 permettra de
renforcer la gouvernance des sociétés d'État, notamment en prévoyant que les
membres du conseil d'administration de toutes les sociétés d'État soient
rémunérés, en exigeant que le C.A. de chaque société d'État comprenne au moins
40 % de femmes et au moins un membre représentatif de la diversité de la
société québécoise, en divulguant avec plus de transparence et d'uniformité la
rémunération des hauts dirigeants des sociétés d'État, incluant la rémunération
variable, le boni à la signature, l'indemnité de départ, la contribution au
régime de retraite assumé par la société et les autres avantages auxquels les
dirigeants ont droit. Ces améliorations répondent notamment aux recommandations
formulées par le Vérificateur général du Québec.
Nous proposons que des dispositions similaires
s'appliquent aux dirigeants des filiales contrôlées à 90 % ou plus par les
sociétés d'État, en uniformisant certaines pratiques, notamment sur la durée
des mandats des membres des conseils d'administration et des hauts dirigeants,
sur le contenu des plans stratégiques, en incluant la définition d'une société
d'État dans la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État plutôt que dans la
Loi sur le ministère des Finances et en précisant, dans cette définition,
qu'une société d'État doit être dotée d'un conseil d'administration, en
obligeant le ministre responsable de la
Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État à faire rapport à l'Assemblée nationale, au plus tard sept ans
après la sanction du projet de loi n° 4, sur l'application
des modifications apportées par ce dernier, en apportant à la loi constitutive
de l'AMF, qui est désormais une société d'État, les modifications de
concordance nécessaires pour la rendre conforme et cohérente avec les
améliorations que le projet de loi n° 4 prévoit
apporter à la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État.
Le projet de loi n° 4
viendra également modifier la loi constitutive de deux organismes, soit le
Fonds d'aide aux actions collectives et la Société de financement des
infrastructures locales du Québec, pour clarifier qu'ils ne sont pas des
sociétés d'État en raison de leurs structures particulières.
Alors, voilà pour ce projet de loi important qui
permettra d'implanter les meilleures pratiques de gouvernance dans l'appareil
gouvernemental. Les sociétés d'État sont des acteurs clés de la société
québécoise. Il est important de leur fournir un cadre de fonctionnement et de
gouvernance adapté aux réalités d'aujourd'hui et misant sur l'efficacité et la
transparence. Je vous remercie et je souhaite maintenant entamer nos travaux.
Le Président (M. Simard) : Bien, M.
le ministre, merci à vous. Puis moi, j'en ai vu, du crescendo. M. le député de
Robert-Baldwin.
M. Leitão : Merci, M. le Président.
Alors, à mon tour de souhaiter la bienvenue à tous les membres de la
commission, M. le ministre, les collègues de l'opposition aussi, le staff, les
employés du ministère et employés politiques. Alors, bienvenue, tout le monde.
M. le Président... Bien, merci vous aussi, Mme la secrétaire.
Alors, nous entamons donc l'étude détaillée du
projet de loi n° 4, un projet de loi important, un projet de loi qui était
attendu, oui, depuis déjà un certain temps, un projet de loi qui modernise la
gouvernance des sociétés d'État. Nous en avons discuté assez bien en
consultations particulières. Plusieurs recommandations avaient été faites, soit
par le Vérificateur général, enfin, beaucoup, beaucoup de groupes syndicaux,
patronaux, etc. Et il y a déjà un bon nombre d'amendements, que le gouvernement
lui-même a préparés, et qu'il a déjà déposés, et qui règlent certaines de ces
questions-là, et donc tant mieux, je pense qu'on va y avancer rondement. Il
reste quelques choses, encore, à discuter, et je suis sûr qu'on en discutera,
mais, en tout cas, en ce qui me concerne, une bonne
partie des questions que
j'avais ont été répondues avec les amendements déposés par le gouvernement.
Donc, voilà, M. le Président, je suis prêt à commencer le travail.
Président (M. Simard) : Alors, merci à vous, cher collègue. Je cède
maintenant la parole à la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci, M. le Président.
Bonjour, chers collègues. Très heureuse de continuer à travailler sur le projet
de
loi sur la gouvernance des sociétés d'État, qui est un projet de loi
important, qui modifie certains éléments, notamment. Et je pense que, depuis
les consultations — ça
montre à quel point les consultations sont importantes — il y
a eu des modifications. Le ministre a entendu les groupes, notamment sur la
question de la parité. S'il y a 70 % de femmes, elles vont pouvoir rester,
on ne les mettra pas dehors, et là c'est écrit dans le projet de loi, ce n'est
pas juste une intention. Plus de transparence pour répondre à ce que la
Vérificatrice générale avait dit, enlever la Commission de la construction du
Québec. Donc, c'est ce que j'ai compris, puis on va pouvoir en discuter plus
avant.
Écoutez, je veux aussi remercier le ministre,
beaucoup, d'avoir déposé les amendements. Si je comprends bien, c'est les
amendements pour tout le projet de loi. Peut-être que, des fois, ça peut
évoluer au fil de la discussion, et il pourrait aussi les déposer. Je l'incite
à... en fait, je l'invite à inciter tous ses collègues à faire la même chose, à
déposer leurs amendements dès le début. Ça facilite énormément notre travail.
Et moi, j'ai cette tendance-là aussi à faire les choses clairement, à mettre
cartes sur table. J'ai déjà déposé les amendements, qui sont, je crois, déjà
sur Greffier. J'ai cinq minutes?
Le Président (M.
Simard) : ...amendements, je crois.
Mme Ghazal : Oui, exactement. C'est
ça, cinq amendements.
Le Président (M. Simard) : Excusez.
Mme Ghazal : Là... J'ai déjà parlé
20 minutes... 15 minutes? Très bien. Donc, ils sont déjà déposés, et
c'est une bonne façon de travailler. Donc, ça donne le temps, à l'équipe qui
accompagne le ministre, de les étudier, et, après ça, le ministre, de les accepter
et de les voter. Donc, ça a été annoncé pendant la période des questions.
Encore une fois, pas de cachette, on annonce déjà les choses importantes qu'on
veut amener dans le projet de loi. On a aussi une opportunité pour parler de
points très, très importants.
Je vais commencer avec les bonis pour les
sociétés d'État. Ce qu'on a fait, comme changements, dans le projet de loi,
c'est pour entendre ce que la Vérificatrice générale avait dit dans son rapport
en 2019, qui est d'avoir plus de transparence, de savoir qu'est-ce qui a été
signé dans les contrats avec les hauts dirigeants. Et ça, c'est bien d'avoir de
la transparence, mais ce qu'il faut aussi, c'est contrôler ces salaires, ce
qu'on appelle la rémunération variable pour les sociétés d'État. Ça a été mentionné
par le chef parlementaire de Québec solidaire, en période de questions, au
premier ministre pour lui demander l'engagement, un peu comme la CAQ le
faisait, le premier ministre, l'actuel ministre des Transports, quand il était
député de l'opposition, le faisaient, quand ils étaient dans l'opposition,
depuis de nombreuses années, qu'on enlève cette rémunération, qui est
injustifiée, pour les sociétés d'État. Pourquoi? Si je me fie à aujourd'hui à
la situation actuelle qu'on vit, il y a l'inflation qui est galopante, on
n'arrête pas d'en parler. Je comprends que le gouvernement donne un peu
d'argent à gauche et à droite dans la poche des contribuables, mais les gens...
tout le monde travaille très, très fort, et il y a des gens qui en souffrent
énormément, notamment les aînés, qui ne voient pas, eux, leur salaire
augmenter. Donc, par exemplarité, hein, je suis...
Il y a un autre projet de
loi sur lequel je
siège, sur le projet de loi n° 96, et le ministre de la Langue française
passe son temps à nous parler de l'exemplarité de l'État, l'exemplarité de
l'État. Si on demande aux entreprises privées, si on demande à tout le monde de
parler, de s'adresser en français et de parler en français, il faudrait que
l'État soit le premier à le faire et à parler en français. Bien, c'est la même
chose. Si on demande à tout le monde de se serrer la ceinture ou de les aider
un peu, parce qu'on sait que la situation est très, très difficile, bien, il
faudrait que tout le monde, aussi, on contribue à ça.
Et les gens qui travaillent pour l'État, pour le
service public, devraient être les premiers à être fiers à
dire : Bien, nous, vous savez quoi? Pendant les années passées, on a
accepté plein de rémunérations en les justifiant de toutes les sortes de façons
possibles et imaginables. Bien, maintenant, comme État, nous devons donner
l'exemple et ne pas faire ce que l'entreprise privée fait où, comme on dit en
bon français, «sky is the limit», il n'y a pas de limite. Bien, nous, comme
société d'État, nous allons donner l'exemple et nous allons aussi augmenter la
confiance du public qui nous regarde. Parce que c'est quand même l'argent des
contribuables, ce n'est pas juste de l'argent privé. Ce n'est pas plus
acceptable dans l'entreprise privée, où il n'y a pas de limite dans la rémunération.
C'est totalement scandaleux, ce qui se passe. Mais il ne faudrait pas qu'on
suive l'exemple de ces entreprises. Il faudrait plutôt qu'on soit... qu'on ait
un leadership, et c'était à ça qu'appelait la CAQ en 2013, que le gouvernement
de l'époque fasse preuve de leadership et de dire : Bien, nous devons
aussi cesser cette rémunération injustifiée.
Il y a eu la pandémie, les gens en ont souffert.
Il y a des entreprises... Hier, j'étais dans un... le cocktail de l'Association
des restaurateurs du Québec. Il y a eu plein de restaurants qui ont fermé, qui
n'ont pas survécu à la pandémie, et plein d'entreprises locales, des petites,
qui n'ont pas survécu à ça. Bien, il ne faudrait pas que, dans l'État, on
dise... bien, la pandémie n'est pas terminée, malgré les apparences, elle n'est
pas terminée, et de dire, bien, après deux ans de difficultés économiques pour
beaucoup de gens, pour beaucoup de secteurs qui en ont souffert plus que
d'autres, bien, que nous, on s'en met plein les poches. Là aussi, il faudrait
montrer l'exemple.
Pas de gaspillage, hein, on s'entend là-dessus.
Souvent, à gauche, on dit : Ah! l'argent pousse dans les arbres, il
n'y a pas de problème. Bien, j'appelle au pragmatisme, j'appelle à tout... à
mettre en place des mesures raisonnables, hein?
On parle d'être pragmatiques, d'être raisonnables. Bien, on ne veut pas
gaspiller l'argent des contribuables, l'argent que les gens nous donnent, et donc c'est... on est d'accord là-dessus,
il faudrait le faire, et on a ici l'opportunité pour le faire.
Et j'entendais le premier ministre, tout à
l'heure, répondre à la question du chef parlementaire de Québec solidaire, et
ce qu'on dit, bien, il y a la concurrence et il y a la compétence, que la
compétence, bien, c'est monnayable. Et je me
rappelle... le premier ministre n'est pas allé aussi loin, heureusement... le
président... le P.D.G. d'Investissement Québec nous a dit, et là je vais
le paraphraser : Bien, si on ne donne pas de bonis, on veut juste
avoir les poches. Ceux qui ne se trouvent pas d'emploi, ça va être juste eux
qui vont travailler chez Investissement Québec, parce que personne ne serait
intéressé à travailler chez nous s'il n'y a aucun boni.
Malgré des bons
salaires, malgré des salaires quand même respectables et élevés, s'ils n'ont
pas de boni, bien, ils ne viendront pas chez nous, ils vont aller dans le
privé. Comme si les gens, il y avait une seule chose, dans la vie, qui les
intéressait, et c'était l'argent.
J'ai eu une grande discussion, aussi, avec le
P.D.G. de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a fait beaucoup,
beaucoup, beaucoup réagir les gens, où il me disait : Bien, moi, j'ai le
grand privilège... et c'est un emploi de ma vie d'occuper cette fonction-là à
la Caisse de dépôt et placement du Québec. Mais ce qu'on a compris, c'est que
ce privilège-là, d'occuper cette fonction dans une société d'État, le service
public qu'il fait, bien, il n'est pas gratuit, il est monnayable. Et ce que je
comprends, c'est que, s'il n'avait pas eu de boni, s'il n'a pas eu d'argent supplémentaire
en plus de son salaire de base, bien, il ne serait pas resté puis il n'aurait
pas voulu... il n'aurait pas été intéressé à occuper ce privilège. Bien, j'ai
des petites nouvelles. Il y a d'autres personnes qui ont à coeur le service
public, qui ont envie de servir l'État québécois, des
gens qui se rappellent quand on... quand des gens comme M. Jacques
Parizeau a fondé et a mis sur pied, avec d'autres, cette société d'État, la
Caisse de dépôt et placement du Québec, qui se rappellent pourquoi elle est là,
et c'est pour le bien commun, c'est pour le bien de tous les Québécois.
Donc, écoutez, ce qui est intéressant, c'est
que, rapidement dans le projet de loi, on va pouvoir... je vais pouvoir déposer
les amendements, à moins que le ministre ou d'autres en aient. Moi, je vais
pouvoir le faire. Et, je l'annonce tout de suite dans mes remarques
préliminaires, je vais déposer un amendement à l'article 3, sur les bonis,
pour les éliminer, puisque le premier ministre, aussi, nous a dit que...
Le Président (M. Simard) : Chère
collègue, à l'ordre... Très bien, parfait.
Mme Ghazal : Oui, pardon?
Le Président (M. Simard) : C'était
pour vous, parce que le son... Alors, merci pour votre concentration, chère
collègue, et désolé pour l'inconvénient.
Ghazal : Oui, c'est ça. On est habitués, maintenant, de
faire plusieurs choses en même temps. Ce son-là, ce n'est rien dans tout
ce qui se passe dans une journée.
Le Président (M. Simard) : Bien oui.
Merci de poursuivre.
Mme Ghazal : Très bien, merci. Donc,
j'ai aussi hâte d'entendre le premier ministre répondre à une question qui me
taraude depuis que le premier ministre a répondu, tout à l'heure au salon bleu,
par rapport au fait qu'il est d'accord avec le fait de réduire le nombre de
personnes ou de sociétés d'État qui reçoivent des bonis. Je ne suis pas
certaine de comprendre. Je comprends qu'il est d'accord. Puis moi, je suis très
parlable, je l'ai déjà montré à plusieurs reprises. Si l'amendement que je
dépose, ce n'est pas exactement ce à quoi le ministre... il n'est pas d'accord,
bien, il pourrait peut-être nous expliquer un peu plus avec quoi il serait
d'accord pour au moins qu'on avance un peu plus dans cette exemplarité de l'État
dans la gestion des fonds publics en enlevant ces bonis.
Donc, ça, c'est le premier... comme, M. le
Président, vous me l'avez dit, il y a cinq amendements... le boni, à
l'article 3. Il y en a d'autres. C'est aussi, les sociétés d'État, je vais
les annoncer tout de suite, c'est d'avoir un salaire maximum. Vous connaissez... Nous, on a appelé ça une clause Bombardier.
Dans l'entreprise privée, le salaire maximum, c'est le fait que... d'interdire ou de ne pas permettre à un haut
dirigeant d'avoir plus de 30 fois — 30 fois,
ce n'est quand même pas rien — le salaire de la personne qui
est le plus bas salarié dans l'entreprise. Ça, c'est dans l'entreprise privée.
Pour les sociétés d'État, parce qu'on a ce
privilège dont nous parlait M. Charles Emond la semaine passée, d'occuper cette fonction pour servir les
Québécois, pour le bien commun, bien là le ratio serait d'un pour 10, c'est-à-dire
que le plus haut dirigeant ne pourrait pas avoir 10 fois — ce
qui n'est quand même pas négligeable — le salaire du plus bas
employé des sociétés d'État. Et ça, ce que je dis, là, quand je dis «société
d'État», ça s'applique à toutes les sociétés d'État, en tout cas, du moins
celles, vu qu'on est dans le projet de loi n° 4, qui sont listées en
annexe.
Un autre élément qui est important aussi, sur
lequel on avait réagi, c'est la parité sur les sociétés d'État. Je me rappelle quand on avait des discussions, il y a
très, très longtemps, il y a 15, 20 ans, on disait : Mon Dieu! C'est
impossible, on ne pourra pas trouver de femmes. Finalement, comme d'habitude, à
chaque fois qu'il y a une idée qui a l'air de sortir de nulle part, finalement,
elle devient, entre guillemets, «mainstream». Et là la définition, pour Québec
solidaire, ce que je vais mettre, la parité, c'est au moins 50 %.
Aussi, un autre amendement, qui va arriver aussi
à l'article 3, c'est d'inclure au moins deux travailleurs sur les C.A. des
sociétés d'État pour une meilleure gouvernance, donc d'inclure les
travailleurs. Et aussi, une autre vieille proposition que j'avais déjà faite,
que le ministre de l'Économie avait déjà rejetée du revers de la main, mais là
j'ai un autre ministre devant moi, peut-être qu'il aurait plus d'ouverture,
c'est d'introduire des conditions pour l'obtention des subventions et des aides
publiques pour les entreprises. Les entreprises veulent avoir de l'argent
public, très bien. On ne donne pas ça comme ça. Encore une fois, dans un esprit
de bonne gestion des fonds publics, de non-gaspillage des fonds publics, bien là c'est d'avoir des conditions.
Et il y a cinq conditions que j'avais déjà annoncées et qu'on pourra
aussi discuter, notamment, notamment, que
les hauts dirigeants aient une bonne connaissance de la langue française, qu'il
y ait une parité, donc là au moins 50 % sur les C.A. des entreprises,
etc. Il y en a d'autres, on va pouvoir aussi en discuter.
Donc, voilà, je mets
déjà les éléments que je vais discuter avec le ministre, et j'ai très, très
hâte d'avoir le plaisir de discuter avec
lui, puis j'espère qu'on va avoir autant de plaisir qu'avec une autre de ses
collègues, la ministre... la présidente du Conseil du trésor. C'était la
première fois, j'ai fait un projet de loi avec elle sur l'achat local et j'ai
beaucoup aimé travailler avec elle. À chaque fois qu'on déposait un amendement,
elle essayait le plus possible à travailler très, très fort, avec toute son
équipe, à savoir comment est-ce qu'elle pouvait nous satisfaire et permettre à
nos amendements d'être adoptés. M. le Président, vous êtes aussi dans cette commission
et vous avez pu témoigner de ce plaisir-là de travailler avec une ministre
comme ça. Donc, j'aimerais renouveler cette expérience. J'avais eu des moins
bonnes dans le passé, mais là je garde espoir d'avoir cette bonne expérience
d'ouverture avec le ministre. Et je l'invite tout de suite, vu qu'on devrait
arriver quand même rapidement, à... J'imagine que son équipe est en train
d'analyser les amendements. Puis, si, par exemple... s'il est d'accord, de nous
le dire, s'il n'est pas d'accord, de nous dire comment
est-ce qu'il pourrait les améliorer, comme je le disais. Puis on fait ça,
vraiment, pas juste pour avoir, nous, des gains. C'est pour faire ce dont la
CAQ était d'accord dans le passé, c'est-à-dire d'éviter le gaspillage, de
montrer aux Québécois qu'il n'y a pas uniquement des gens qui laissent le
secteur privé puis qui se sacrifient, et donc il faut monnayer ce sacrifice
pour venir travailler dans les services publics.
Pour vrai, là,
l'échange que j'ai eu avec M. Emond la semaine passée — j'en
ai eu d'autres, mais je ne les ai pas publiés sur les réseaux sociaux — a
énormément fait réagir les Québécois, et ce n'est pas tous des gens, je pense,
qui votent Québec solidaire nécessairement. C'est des gens, probablement, qui
votent aussi pour la CAQ, qui étaient d'accord avec le premier ministre à
l'époque où il disait qu'il faut réduire le gaspillage puis qu'il déchirait ses
chemises, les unes à la suite de l'autre, quand il y avait des bonis, par
exemple, chez Hydro-Québec.
Et une des choses, aussi,
qui dérange les gens quand on parle de compétence... Moi, j'ai travaillé dans
des entreprises privées, puis ce qu'ils me disaient, ce qu'ils me
témoignaient... J'ai travaillé longtemps dans les entreprises privées, et on
voyait aussi des hauts dirigeants arriver, par exemple, dans des sièges
sociaux, qu'ils soient au Québec... j'ai travaillé aussi dans des entreprises
où les sièges sociaux étaient ailleurs, au Canada ou aux États-Unis, et,
souvent, ça changeait... et, souvent, ce qu'on... Quand on dit que c'est la
compétence, donc il faut la payer, en réalité, il n'y a pas juste la compétence. Il y a aussi le réseau dont on fait partie, ce
qu'on appelle le «boys' club». Et il y a des femmes, aussi, qui sont
là-dedans, que ce soit dans nos sociétés d'État ou dans ces entreprises-là,
elles sont très, très, très minoritaires. Mais c'est l'idée du «boys' club», de
faire
partie des réseaux parce qu'on connaît telle personne, telle personne.
Puis on a connu des
hauts dirigeants qui sont arrivés dans une... dans les entreprises... Je me
rappelle de Bombardier, où pendant qu'on... la famille Bombardier avait
dit : Bien, c'est ce haut dirigeant là qu'on veut avoir, bien, les
résultats n'étaient pas là, mais les contrats étaient signés, il a pu avoir les
bonis et il a vendu Bombardier récréatif, qui n'était plus... qui ne faisait
pas
partie de la compagnie, mais la famille, pour elle, c'était important de la
garder, puis elle est restée, aussi, dans la famille.
Donc, il peut y avoir
des mauvaises décisions. Il peut y avoir de l'incompétence aussi malgré les
contrats, avec énormément d'argent, qui sont signés avec ces hauts dirigeants.
Donc, les hauts salaires ne sont pas... et les bonis qui sont donnés à ces
hauts dirigeants là ne sont pas garants de la compétence. Il y a d'autres
facteurs qui rentrent en ligne de compte pour faire... pour embaucher ces
gens-là, notamment, comme je le disais, le «boys' club». Et ça, ça dérange
beaucoup, beaucoup les Québécois, énormément, énormément. Ils ont l'impression
qu'il y a des gens en haut qui décident ce qu'ils veulent puis qu'eux ils sont
déconnectés. Et on l'a vue, cette déconnexion-là pendant la pandémie. Et, moi,
comme élue, ça m'inquiète, le regard que les gens portent sur nous. Ils ont
l'impression qu'on décide tout seuls puis ils nous mettent tous dans le même
panier, que ce soient les P.D.G. des sociétés d'État, que ce soient les élus
ici, à l'Assemblée nationale, qu'on est ensemble, qu'on décide ensemble, tout
seuls, de certaines choses puis qu'eux ils sont... ils se sentent déconnectés.
Et ça, c'est très dangereux pour notre démocratie.
Donc, le sens des
amendements que je vais apporter, aussi, va... répond aussi à cette inquiétude
que j'ai et que j'espère que les membres de la commission, les élus, et que le
ministre aussi partagent avec moi. Et une des solutions, bien, c'est de montrer
que, non, il n'y a pas de party des bonis, on va couper court à ça. Ce qui se
passe dans le secteur privé est inacceptable. On ne peut pas le contrôler,
sauf, peut-être, par les aides qu'on donne à ces entreprises-là, en mettant des
conditions, mais qu'ici, pour les sociétés d'État, les monarques de la finance,
bien, n'ont pas leur place. Ce qu'on veut, c'est des gens de la grandeur et
du... qui ont à coeur le service public, des gens de la trempe de, par exemple,
M. Jacques Parizeau et ceux qui ont été avec lui et qui ont mis en place
les sociétés d'État telles qu'on les connaît et l'État québécois tel qu'on le
connaît, qui est au service du bien commun, qui est au service des citoyens,
des Québécois, des contribuables, et non pas au service de quelques personnes
qui veulent s'enrichir.
Voilà. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, j'ai hâte de commencer l'étude détaillée de
ce projet de loi.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, chère collègue. Je cède maintenant la parole au député de René-Lévesque.
M. Ouellet :
Merci beaucoup, M. le Président. Donc, à mon tour de saluer les membres de
cette commission ainsi que l'équipe qui accompagne le ministre. Je pensais que
ça allait être le dernier projet de loi dans cette commission. Surprise, aux
préavis, ce matin, nous aurions peut-être, s'il est appelé par le gouvernement,
un autre projet de loi à adopter, possible, avant la fin de la session.
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Ouellet :
Ah! ou l'efficacité du ministre de déposer des choses qui font consensus.
Je ne sais pas, je pose la question. Cela étant dit, lors du principe...
M. Girard
(Groulx) : ...
M. Ouellet :
Ah bon! Ah! chnoutte! Pas un omnibus fiscal! C'est long, ça. M. le
Président, blague à part, vous avez pu m'entendre au salon bleu lors de
l'adoption du principe, le Parti québécois était favorable de revoir la
Loi sur
la gouvernance des sociétés d'État, et l'ensemble des dispositions qui avaient
été présentées dans le projet de loi atteignaient certains objectifs que nous voulions,
M. le Président.
Or, il y avait
quelques points qu'on a entendus en consultations, que j'ai pu manifester lors
de l'adoption de principe, que je vais rappeler aujourd'hui parce que je n'ai
pas eu le temps de parcourir tous les amendements qui ont été déposés sur le Greffier. Je joins ma voix à la
collègue de Québec solidaire, qui salue le fait d'avoir eu les
amendements déposés d'avance, parce que, oui, M. le Président, ça nous aide à
faire mieux notre travail. Donc, il y en a une pléthore. On prendra le temps de
les évaluer. Mais on a eu un briefing technique aussi, donc on nous a expliqué
un peu vers où on s'en allait. Mais il y a des choses que je vais avoir besoin
de précisions.
Mais je veux déjà
souligner, M. le Président, que, de ce que j'ai pu comprendre, le seuil pour
avoir des femmes sur les conseils d'administration, il y aurait un seuil
minimum, mais on ferait sauter le seuil maximum, parce que ça a été discuté
lors des consultations. Pourquoi priver un conseil d'administration de
70 %, 80 %, 90 % de femmes, alors que le seuil était fixé entre
40 % et 60 %? Donc, si c'est la volonté du ministre d'aller dans ce
sens-là, je pense que c'est une bonne chose, et de ne pas non plus mettre à
pied les gens qui sont présentement en poste pour atteindre le seuil, tel que
demandé. Donc, ça, c'est un pas dans une bonne direction.
On va se parler aussi
de la double rémunération des administrateurs. On faisait référence à la double
rémunération de la P.D.G. d'Hydro-Québec.
Donc, on verra s'il y aura des amendements en ce sens-là. Point
fondamental, et ça, on l'a entendu lors des commissions parlementaires... et ça,
on a eu la confirmation, dans les amendements, que la CCQ sera traitée
différemment, dans le projet de loi en question, pour garder la composition
paritaire de ce conseil d'administration. Donc, ça, c'est une excellente chose.
Autre chose, M. le
Président. Je vais aller un peu en crescendo, moi, contrairement au ministre,
là, ça va monter un petit peu en octaves. On s'est interrogés aussi sur les
filiales à propriété exclusive pour la divulgation de la rémunération des cinq
plus hauts dirigeants. Donc, la Vérificatrice générale nous demandait de revoir
les seuils. J'ai cru comprendre que le gouvernement faisait un premier pas. Il
y a un chiffre qui a été avancé lors du briefing technique, et on nous a dit...
et, malheureusement, je n'ai pas la mémoire de tout... on nous a dit pourquoi
ce chiffre-là allait être amené en amendement. Donc, j'ai hâte qu'on ait la
discussion. Je pense que le ministre a convenu qu'il fallait faire les choses différemment. Donc, j'ai hâte qu'on ait
la... effectivement, la discussion, parce qu'on se rappellera que, dans
certains cas, comme Otéra Capital ou Ivanhoé Cambridge, bien, certaines
sociétés qui brassent de grosses affaires au Québec mériteraient un peu plus de
transparence. Donc, j'espère minimalement que ces deux sociétés-là seront
couvertes.
Autre point, M. le
Président, l'importance d'émettre un rapport aux trois ans de la mise en
vigueur de la loi. Peut être que je me trompe, mais j'ai cru comprendre qu'il y
avait un amendement qui parlerait de sept ans. Donc, on aura la discussion. On
avait... Les gens de l'Institut de la gouvernance proposaient trois, le
gouvernement veut faire ça à sept. Donc, je ne dis pas que c'est un mauvais
chiffre, mais je pense qu'on aura le débat pourquoi sept, quand est-ce que le délai va commencer à courir. Donc,
là-dessus, je pense qu'on va trouver une voie de passage à tous... pour tous,
pardon.
Et, en terminant, et
c'est là que le crescendo va assurément monter, je pense, M. le Président, on
fait une distinction pour la CCQ. La CSST, la... n'est pas touchée par ce
projet de loi là, mais on ne fait pas de distinction pour La Financière
agricole. On a eu des représentants de l'UPA qui sont venus nous voir. Ils nous
ont expliqué en quoi de maintenir cinq postes qui permettaient aux cinq
secteurs d'activités d'être couverts était la chose à faire, et qui permettait
aussi de nommer un membre relève parmi ces cinq postes-là. J'ai cru
comprendre... puis, comme je vous dis, je n'ai pas parcouru tous les
amendements, mais, lors du briefing technique, il n'en a pas été mention. J'ai
eu une discussion aussi avec le ministre puis j'espère qu'on aura, cordialement
aussi pour la suite, ces discussions-là.
Mais je vais arriver,
peut-être, avec une... peut-être une solution mitoyenne. Les gens, à la
fédération agricole, sont... à La Financière agricole, pardon, ont plaidé, avec
cause et avec justesse, de l'importance que leur situation soit traitée de
façon différente. Puis ils ne remettaient pas en question tous les principes
d'équité, de transparence, de gouvernance que le gouvernement voulait apporter,
la présence d'indépendance, mais, dans leur situation à eux, ça causait
effectivement... ça représentait des enjeux. Donc, on aura l'opportunité, M. le
Président, de discuter avec le ministre pourquoi ils ne veulent pas bouger. On
va essayer d'ouvrir la discussion sur d'autres possibilités pour aller vers la
position soutenue par La Financière agricole. Je pense qu'ils nous ont démontré
l'importance d'avoir, au sein de leur conseil d'administration, des
représentants issus des secteurs qui sont, présentement, à la table et,
surtout, d'avoir l'opportunité, à l'intérieur de leurs représentants, d'avoir
la délégation d'un membre de moins de 35 ans. Évidemment, toute chose
pouvant être amendée dans le projet de loi en question, on voit que le P.D.G.
est là aussi. Est-ce qu'il a un droit de vote? Est-ce qu'il pourrait ne pas
avoir droit de vote?
Donc, il y a plein de
choses qui sont sur la table, M. le Président, mais évidemment, dans le
crescendo que je voulais apporter, à l'intérieur des amendements que j'ai pu
consulter et des discussions qu'on a eues en consultations, il reste un plus
grand bout de chemin à faire pour La Financière agricole, considérant les
autres avancées que le ministre nous a proposées lors du briefing technique
mais, surtout, lors du dépôt des amendements.
En terminant, je vais
joindre ma voix à la députée de Mercier, parce qu'on a eu la discussion, lors
des crédits, avec le ministre, justement, sur la rémunération variable, là, des
sociétés d'État. Je ne suis pas exactement au même endroit que la collègue,
mais on a discuté, tout à l'heure sur la banquette... mais j'aurai assurément
intérêt à participer à la discussion par rapport à la rémunération variable et
aux bonus. J'avais fait quelques propositions lors de l'étude des crédits,
notamment sur la façon dont on pouvait regarder ces rémunérations variables à
échéance des conventions collectives ou à échéance des contrats de travail.
Donc, ça me fera plaisir, M. le Président, de participer à la discussion.
Cela étant dit, je
présume qu'en ouvrant nos travaux on va discuter aussi de la manière dont les
travaux vont se dérouler. On nous a proposé une étude par blocs. Il y a des
choses qu'on peut faire plus rapidement, il y a des choses qu'on doit faire
plus succinctement, mais il y a des choses qu'on doit prendre le temps de
faire. Donc, à nous de commencer promptement, M. le Président. Merci.
Président (M. Simard) : Alors, merci à vous, cher collègue de René-Lévesque.
À ce stade... À ce stade-ci, dis-je, j'aurais besoin de savoir s'il y a
des motions préliminaires. Pas de motion préliminaire? Très bien.
Donc,
avant d'entreprendre l'étude détaillée, peut-être quelques points d'intendance
à vous partager. Vous avez pu constater à quel point nous sommes devant un
projet de loi assez complexe dans son élaboration, dans sa légistique, et, pour essayer d'y voir un peu plus
clair, donc, vous avez devant vous un plan d'étude qui vous a été
préalablement soumis. Alors, j'aurais besoin de votre consentement pour que
nous puissions suivre ce plan d'étude. J'oserais vous dire que c'est un plan...
c'est la totale en ce sens qu'on va tantôt étudier le projet de loi de manière
chronologique, tantôt nous allons l'étudier par sujets, tantôt nous allons
l'étudier individuellement, tantôt nous allons étudier certains articles
collectivement pour les voter à la fin. Alors, on va avoir à peu près toutes
les figures de style possibles, et, pour ce faire, j'aurais besoin de votre
consentement. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Oui,
j'aurais peut-être juste une précision, M. le Président.
Le Président (M.
Simard) : Je vous en prie.
M. Ouellet : Le
plan nous a été remis, mais est-ce qu'il est convenu de faire bloc un, bloc
deux, bloc trois, bloc quatre, cinq, six, sept? Donc, les blocs, tels
qu'indiqués, seraient l'ordre de travail, c'est ça?
Le Président (M.
Simard) : Oui, exactement, exactement.
M. Ouellet : O.K.,
parfait.
Le Président (M.
Simard) : Et puis, pour reprendre un mot que vous avez utilisé et qui
s'impose depuis le début de nos travaux, ce matin, il y a un crescendo, comme
vous l'avez remarqué. Alors, on commence de manière assez souple, de manière
chronologique dans le bloc un. Puis, dans le bloc deux, déjà, on y va par
sujets, c'est un peu plus complexe. Puis, dans le bloc trois, bien, vous voyez,
là, il y a différentes manières de faire qui s'entremêlent. Donc, on va y aller un peu étape par étape, en
connaissant nos capacités de, comment dire... d'échanges assez courtois.
Oui?
M. Ouellet : Question
de précision, M. le Président. Nous avons reçu, hier, les cahiers. Je veux
juste savoir, parce que ça a été déposé au Greffier ce matin : Est-ce que
c'est la même version, la version papier que j'ai reçue hier à mon bureau
versus la... ce qui a été déposé sur Greffier ce matin?
Le Président (M.
Simard) : Alors, je regarde, du coin de l'oeil, l'adjoint du ministre.
M. Girard
(Groulx) : ...M. Alain Hudon.
Le Président (M.
Simard) : Au légiste? Alors, y aurait-il consentement afin que Me
Hudon puisse s'adresser à nous? Il y a consentement. Me Hudon, pour... Alors,
vous êtes un habitué de nos travaux, mais auriez-vous d'abord l'amabilité de
vous présenter, s'il vous plaît?
M. Hudon
(Alain) : Oui. Merci, M. le Président. Alors, Alain Hudon, légiste au
ministère... la Direction des affaires
juridiques, ministère des Finances, Tourisme et Économie. Alors, effectivement,
la réponse est oui à la question...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Hudon
(Alain) : ...la version électronique est la même que la version
papier.
M. Ouellet : Parfait,
merci.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Y aurait-il d'autres questions...
M. Ouellet : Consentement.
Le Président (M.
Simard) : ...sur l'intendance? Donc, il y a consentement, de part et
d'autre, pour que nous puissions fonctionner selon le plan d'étude
préalablement soumis. Alors, je remercie les équipes respectives parce que,
mine de rien, il y a beaucoup de travail du côté ministériel, mais il y a aussi
beaucoup de travail du côté du secrétariat, parce que, nous, il faut prévoir
les coups d'avance, il faut revérifier tout ça, et ça implique un travail
minutieux de la part du secrétariat, et je remercie encore ma secrétaire.
Bien, alors, nous
pouvons d'ores et déjà débuter, et on commence par l'article 1. Et je
remercie aussi l'équipe ministérielle. Vous allez voir, on a une centaine
d'amendements qui sont déjà sur Greffier. Ça va beaucoup faciliter l'étude de
nos travaux, de même que les cinq amendements de Québec solidaire. M. le
ministre.
M. Girard
(Groulx) : Merci. Et j'aimerais... sans questionner vos
compétences musicales, là, j'aimerais émettre
l'hypothèse que nous allons faire un décrescendo, parce que... parce que tout
se passe dans le bloc un, à quelques exceptions près.
C'est... Donc, on saute dans la piscine dès maintenant, M. le Président. Et
c'est... On a 22 articles dans le cadre du bloc un, et je pense que
l'essentiel des débats va se passer là. Bien, s'il y a d'autres débats à avoir
ailleurs, on les aura, mais c'est... on est... c'est vraiment dans le
bloc un que nous allons voir toutes les améliorations, les éléments qui
renforcent la gouvernance des sociétés d'État.
Et, puisque qui ne demande rien n'a rien,
j'émets l'hypothèse que nous pourrions compléter l'étude du bloc un cette
semaine et... tous ensemble, parce que je connais la Commission des finances
publiques, et je connais les membres de l'opposition, et je sais qu'on y va
rondement, et qu'on est transparents dans nos différences, et qu'on trouve
toujours des terrains d'entente. Et d'ailleurs je pense que les amendements que
nous déposons, je n'irais pas jusqu'à les qualifier de consensuels, parce que,
quand même, on a eu des divergences d'opinions lors de la... lors des
consultations particulières, mais je pense que les amendements vont être
supportés par l'ensemble des gens qui étudient ce projet de loi. Mais on va y
aller une étape à la fois.
Et ça m'amène à l'article 1 de la
Loi sur
la gouvernance des sociétés d'État, et je commence :
L'article 2 de la
Loi sur la gouvernance
des sociétés d'État (chapitre G-1.02) est modifié par le remplacement de
«sociétés ou autres organismes énumérés» par «sociétés énumérées».
Commentaire. Les articles 1 à 22
représentent les dispositions centrales du projet de loi dans la mesure où les
modifications à la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État qu'ils proposent
entraîneront de nombreux ajustements de concordance dans les lois constitutives
des sociétés d'État, et ce, tant pour les sociétés d'État actuellement
assujetties à la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État que celles qui le
deviendront.
Article
L'article 2 de la
Loi sur
la gouvernance des sociétés d'État précise actuellement que cette loi
s'applique aux sociétés et autres organismes énumérés à l'annexe I. Cette
dualité s'explique notamment par l'absence, dans cette loi, d'une définition de
l'expression «société d'État». Puisque l'article 2 du projet de loi
propose l'introduction d'une telle définition et que l'ensemble des sociétés
inscrites à l'annexe I y répond, il est nécessaire de supprimer le renvoi aux
autres organismes. C'est précisément ce que propose l'article 1.
Le Président (M. Simard) : Alors,
des commentaires? M. le porte-parole de l'opposition officielle.
Le Président (M. Simard) : Ça
vous va? Chers collègues de Mercier ou de René-Lévesque, y aurait-il des interventions? Sans quoi, nous allons
procéder à la mise aux voix. Est-ce que l'article 1 est adopté?
Le Président (M. Simard) : Adopté.
Article 2, M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : J'aimais
la référence aux dispositions centrales du bloc un, M. le Président, je
tiens à vous le dire, parce que c'est cohérent avec ce que je vous disais, que
l'essence du projet de loi est dans le bloc un. Et, à l'article 1, on
parle des dispositions centrales. Alors, je me dirige vers l'article 2
sous vos yeux qui semblent me dire : Passons donc à l'article 2.
Merci.
Le Président (M. Simard) : ...cher
collègue, c'est foudroyant.
M. Girard (Groulx) :
Article
L'article 3 de cette loi est modifié :
1° par le remplacement, dans la définition de
«dirigeant», de «lorsqu'il s'agit d'un dirigeant d'une société visée à l'article 2, le président-directeur
général, qui en est le principal dirigeant, ou» par «le principal dirigeant de
la société ou»;
2° par le remplacement de la définition de
«société» par les suivantes :
«"président-directeur général" : la personne qui
agit en tant que principal dirigeant de la société;
«"société" : une société d'État
énuméré à l'annexe I;
«"société
d'État" : une personne morale administrée par un conseil
d'administration dont le gouvernement nomme la majorité des membres, à l'exception de celles qualifiées d'organismes
budgétaires, d'établissements du réseau de la santé et des services sociaux ou d'établissements du
réseau de l'éducation, y compris l'Université du Québec et ses
constituantes. ».
Je poursuis avec le commentaire. Ce serait le
bonheur, M. Hudon? Commentaire.
L'article 2 du projet de loi modifie
la définition des termes «dirigeant» et «société» et introduit une définition
des expressions «président-directeur général» et «société d'État». La
définition de «président-directeur général» confirme qu'il s'agit de la
personne qui agit en tant que principal dirigeant de la société.
Ce faisant, la définition de «dirigeant» a été
simplifiée. Étant donné l'objet de la
Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État, il s'avère approprié de préciser quelles sont les conditions à
rencontrer pour être considéré comme une société d'État. À cet égard, la
définition de «société d'État» que propose l'article 2 du projet de loi
reprend les principaux éléments de la définition de cette expression énoncée à
l'article 4.1 de la
Loi sur le ministère des Finances.
Trois conditions doivent être rencontrées pour
qu'une entité se qualifie en tant que société d'État. Celle-ci doit, premièrement, être une personne morale,
deuxièmement, dont les affaires sont administrées par un conseil
d'administration, troisièmement, composée de membres nommés majoritairement par
le gouvernement. Demeurent toutefois exclues de cette catégorie les personnes morales qualifiées d'organismes
budgétaires ainsi que celles correspondant à des établissements du
réseau de la santé et des services sociaux et du réseau de l'éducation.
Président (M. Simard) : Merci. Des commentaires? M. le député de
Robert-Baldwin.
M. Leitão : Très
bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, je comprends le sens de cet
article. Une question qui a été soulevée pendant les consultations et ailleurs,
c'est de s'assurer qu'il n'y a pas l'accumulation de double fonction,
c'est-à-dire que le P.D.G... ou, au contraire, que le président du C.A. ne peut
pas être en même temps P.D.G. et vice versa. Est-ce que, quelque part dans le
projet de loi... est-ce que c'est indiqué qu'un P.D.G. ne peut pas être aussi
président du C.A. ou est-ce qu'on devrait l'inclure?
M. Girard
(Groulx) : C'était déjà dans la loi. L'enjeu, c'était qu'il n'est
peut-être pas toujours respecté.
M. Leitão : D'accord.
Donc, ça se trouve déjà dans la loi, pas nécessairement ici, dans
l'article 2 ou 3, mais ça existe déjà.
M. Girard
(Groulx) : C'est l'article 28 du
chapitre IV.
M. Leitão : O.K.,
ça existe déjà. Très bien, merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous. D'autres commentaires sur l'article 2?
Sans quoi nous allons procéder à la mise aux voix.
L'article 2 est-il
adopté? Adopté. Bien.
L'article 3 est un peu plus complexe dans son
élaboration déjà, et je vous suggère, M. le ministre, que nous puissions y
aller
section par section. Donc, 3.1, on délibère. Par la suite, on passe à
3.2. Et on fera un vote final à la fin pour l'ensemble de l'article 3.
M. Girard
(Groulx) : Mon équipe me dit que votre suggestion est bonne, M. le
Président.
Le Président (M. Simard) :
Ah! alors, je les apprécie.
M. Girard
(Groulx) : Alors, j'y vais avec l'article 3 : Cette loi est
modifiée par l'insertion, dans la
section I du
chapitre II et avant
l'article 4, des suivants :
« 3.1. Les membres du conseil
d'administration d'une société, autres que le président de celui-ci et le
président-directeur général, sont nommés par le gouvernement en tenant compte
des profils de compétence et d'expérience approuvés par le conseil. La durée de
leur mandat ne peut excéder quatre ans.»
Commentaire.
L'article 3 du projet de loi propose l'insertion dans la
Loi sur la
gouvernance des sociétés d'État d'un ensemble de dispositions relatives à la
composition du conseil d'administration ainsi qu'à la durée des mandats et la
rémunération de ses membres.
Le nouvel
article 3.1 prévoit que la nomination des membres du conseil
d'administration d'une société d'État, autres que le président du Conseil et le
président-directeur général de la société, est effectuée par le gouvernement
sur la base des profils de compétence et d'expérience approuvés par le conseil
d'administration et que la durée de leur mandat ne peut dépasser quatre ans.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Des commentaires? Oui, M. le président de la Commission de l'administration
publique.
M. Leitão :
Merci, M. le Président. Oui, écoutez, je n'ai pas de... sur les trois
points, je n'ai pas beaucoup de questions, beaucoup d'enjeux. Seulement, ma
question, c'est sur le quatre ans, parce qu'encore une fois ça arrive qu'un membre
du C.A. arrive à la fin de son mandat, et on le prolonge pour toutes sortes de
raisons. Avec cette formulation ici, est-ce qu'on peut toujours prolonger le
mandat d'un membre du C.A. si on le juge approprié?
M. Girard
(Groulx) : Oui, c'est-à-dire qu'il peut être renouvelé deux fois.
M. Leitão :
O.K., c'est ça, il peut être nommé deux fois.
M. Girard
(Groulx) : Deux fois.
M. Leitão :
Mais ce n'est pas automatique. Donc, il faut que le gouvernement décide.
M. Girard (Groulx) : Non. Les renouvellements
doivent être approuvés également par le Conseil des ministres.
M. Leitão :
O.K., ça va.
Le Président
(M. Simard) : D'autres commentaires sur 3.1? Alors, nous allons
poursuivre à 3.2, et la beauté de notre étude c'est qu'on peut toujours revenir
au besoin.
M. Girard
(Groulx) : Et on n'adopte pas 3.1?
Le Président (M. Simard) : Non,
c'est à la toute fin, une fois qu'on aura fini 3.6. Puis, entre-temps, on va
venir voter une série d'amendements que vous allez vous-même déposer ou que la
députée de Mercier va déposer à 3.4, si ma mémoire est bonne. Alors, je vous
prie de poursuivre pour 3.2.
M. Girard (Groulx) : O.K., bon, alors, vous
voyez, vos suggestions sont approuvées, et pas toujours les miennes.
Alors, voilà. Alors, je poursuis avec l'article 3 : Cette loi est
modifiée par l'insertion, dans la
section I du
chapitre II et avant
l'article 4 :
Article 3.2 :
«Le président du conseil d'administration d'une société est nommé par le
gouvernement. La durée de son mandat ne peut excéder cinq ans.»
Commentaire.
Le nouvel
article 3.2 concerne essentiellement la nomination du président
du conseil d'administration d'une
société d'État, laquelle est effectuée par le gouvernement pour un mandat d'une
durée ne dépassant pas cinq ans.
Le Président
(M. Simard) : Des commentaires?
M. Leitão :
Mais qui peut être aussi renouvelé s'il le juge approprié.
M. Girard
(Groulx) : Deux fois.
M. Leitão :
O.K., très bien.
Le Président
(M. Simard) : D'accord. Mme la députée de Mercier,
souhaitiez-vous intervenir?
Le Président
(M. Simard) : Ça vous va? Parfait.
M. Girard (Groulx) : Et, juste pour
clarification, parce que je veux juste que... vu qu'on travaille bien
ensemble, là, quelqu'un qui est membre d'un C.A, qui devient, par la suite,
président du C.A., le compteur pour la durée de la présidence revient à zéro,
là. Est-ce que quelqu'un, théoriquement, pourrait faire trois mandats comme
membre, suivi de trois mandats comme président, et donc six mandats?
M. Girard
(Groulx) : Théoriquement, ce serait le cas. Ce serait quand même une
longévité impressionnante.
Le Président
(M. Simard) : Exceptionnelle.
M. Girard (Groulx) : Mais je tiens à apporter
cette précision parce qu'on dit «maximum deux renouvellements», mais, si vous êtes d'abord un membre et ensuite
vous devenez, par exemple, la présidente, bien, vous avez droit à trois
mandats, néanmoins, comme présidente.
Le Président
(M. Simard) : Oui, Mme la députée, oui, chère collègue, je vous
en prie.
Mme Ghazal :
Le renouvellement, c'est écrit où?
M. Girard
(Groulx) : Pardon?
Mme Ghazal :
Le renouvellement.
M. Girard
(Groulx) : À l'article 12.
Mme Ghazal :
Ah! O.K. Donc, ici, c'est juste les cinq ans max puis...
Le Président
(M. Simard) : D'autres remarques sur 3.3?
M. Girard
(Groulx) : 3.3 ou 3.2?
Le Président
(M. Simard) : 3.2, pardon, c'est ça. Nous sommes rendus à 3.3
maintenant. Voilà, j'avais déjà tourné ma page.
M. Girard
(Groulx) : Vous vouliez l'adopter, je pense.
Le Président
(M. Simard) : Ah! non, non, non, c'est parce que notre...
M. Girard
(Groulx) : «3.3. Le président-directeur général d'une société est
nommé par le gouvernement, sur la recommandation du conseil d'administration,
en tenant compte du profil de compétence et d'expérience approuvé par le
conseil. La durée de son mandat ne peut excéder cinq ans.
«Si le conseil d'administration ne recommande
pas la nomination d'une personne au poste de président-directeur général dans
un délai raisonnable, le gouvernement peut nommer celui-ci après en avoir avisé
les membres du conseil.»
Commentaire. Le nouvel
article 3.3 de la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État porte sur la nomination du
président-directeur général. Il est prévu que cette nomination est effectuée
par le gouvernement sur recommandation du conseil d'administration, laquelle
recommandation tiendra compte du profil de compétence et d'expérience que ce
même conseil aura approuvé. À l'instar du président du conseil
d'administration, le mandat du plus haut dirigeant de la société sera d'une
durée maximale de cinq ans.
Le deuxième
alinéa confère au gouvernement le pouvoir qu'on retrouve actuellement dans
plusieurs lois constitutives de nommer le président-directeur général si
le conseil d'administration omet de lui présenter sa recommandation dans un
délai raisonnable.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Des remarques? M. le député de Robert-Baldwin.
M. Leitão : Une question
rapide, M. le Président. Donc, le conseil d'administration fait une
recommandation, mais cette recommandation n'est pas exécutoire. Donc, le
gouvernement peut accepter la recommandation du C.A. ou pas. Est-ce que... Et
donc ma question : Est-ce que... Dans le cas où le gouvernement
décide : Bon, merci beaucoup de votre recommandation, mais moi, je préfère
telle autre personne, est-ce que ça sera rendu public dans le sens... ce que je
viens de dire, c'est-à-dire, le gouvernement prend en considération la
recommandation du C.A., mais choisit de nommer quelqu'un d'autre, est-ce que le
public va savoir ça?
M. Girard (Groulx) : Bien, ce
qui est rendu public, c'est la nomination, pas le processus, parce que, vous
savez, on protège toujours les gens qui sont impliqués dans ces processus-là.
Généralement, les dirigeants de sociétés d'État souvent, lorsque... Une des
raisons qu'on est intéressés à eux, c'est que ce sont des gens performants, qui
ont déjà des carrières, et le processus est confidentiel, et il faut protéger
les gens, par exemple, qui ont un emploi puis qui peuvent vouloir s'informer
sur une opportunité et... Bref, tout ceci est confidentiel, et ce qui est
public, c'est la nomination, les nominations du Conseil des ministres.
M. Leitão : Non, je comprends,
et, pour moi, ce n'est pas ça, l'enjeu. L'enjeu, c'est que, des fois, je pense,
quand ça arrive que la personne qui est finalement nommée comme P.D.G. n'est
pas nécessairement celle que le C.A. avait identifiée, quand ça arrive, des
fois, le public finit par le savoir, mais ça vient par articles dans les
médias, ça vient par des sources anonymes,
et ci, et ça, et ci, et ça. Moi, je pense, ça serait tout simplement beaucoup
plus transparent de dire : Écoutez, bon, on a eu sept propositions
du C.A... nous avons eu une proposition du C.A., mais pas besoin de savoir qui
c'était, mais nous avons choisi Mme Unetelle.
M. Girard (Groulx) : Dans les
faits, et puis chaque situation est différente, mais, souvent, le comité de
sélection du C.A. va proposer deux personnes, et le gouvernement va choisir.
Alors, c'est... et le gouvernement est également
informé du processus alors qu'il est en cours. Des fois, il y a nécessité
d'embaucher des firmes externes. Il y a tout un processus de
consultation. Alors, le comité des ressources humaines du C.A. fait son
travail. Le ministre responsable et le gouvernement, de facto, sont informés.
Et, dans les faits, je pense qu'on doit garder... lorsqu'on parle de nomination de hauts dirigeants, on doit garder
l'anonymat, c'est une valeur importante du processus... pas l'anonymat,
mais la confidentialité, excusez-moi, je n'ai pas utilisé le mot juste, la
confidentialité du processus.
M. Leitão : Très bien. Écoutez,
bien, ce n'est pas... je pense, ce n'est pas un enjeu d'inscrire quoi que ce
soit dans un projet de loi, mais c'est
plutôt que ce processus-là soit un peu plus transparent, tout en préservant la
confidentialité. On est bien au courant de ça. Mais donc c'est probablement
quelque chose qui... On en discutera dans un autre cadre, mais, des fois, ça
arrive, des fois, pas souvent, heureusement, pas souvent, mais, des fois, il y
a un conflit ou... pas un conflit, mais une différence d'opinion entre le
gouvernement et le C.A. quant à la nomination d'un nouveau P.D.G., et, pour
éviter toutes sortes de questions souvent non fondées de favoriser une telle
personne versus une autre, je pense, ça serait d'utilité publique de mentionner
que le gouvernement a, pour des raisons x, y, z, choisi telle personne, même si
cette personne-là n'était pas nécessairement le choix numéro un du conseil
d'administration. C'est juste... voilà.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous. M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Moi, je trouve qu'on
fait simple... on fait compliqué, pardon, au lieu de faire simple. J'étais à
l'inverse. Pourquoi ce n'est pas juste : Le gouvernement nomme le
président-directeur général? C'est parce que, dans la première partie, on
dit : Sur recommandation, le gouvernement nomme, mais, si le conseil
ne le recommande pas, le gouvernement le nomme pareil. Alors, à quoi ça sert
d'avoir la recommandation du conseil d'administration? Ça fait que pourquoi on
ne coupe pas court : Le gouvernement nomme le président du conseil
d'administration, parce que, là, ce que monsieur... excusez, j'allais nommer
son nom, ce que le député de Robert-Baldwin expose, c'est que, si la personne
n'est pas recommandée par le conseil d'administration, mais nommée par le
gouvernement, est-ce que cette information-là devrait
être connue? Moi, je pense que oui, parce que le conseil d'administration, qui
va être représenté par des indépendants qui
vont être des représentants de la société civile, avait probablement des
raisons de dire que ce n'était peut-être pas la candidature souhaitée.
Donc, j'aimerais savoir pourquoi on se garde ce double standard, c'est-à-dire,
oui, oui, le gouvernement va nommer la personne qui sera recommandée, mais va
pouvoir aussi nommer la personne que le conseil ne voudra pas. Donc, j'essaie
de comprendre la nuance et l'importance d'avoir ce double standard.
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Je contesterais
un peu votre interprétation, là, parce que le pouvoir qu'on donne au
gouvernement de nommer, c'est dans le cas où le conseil d'administration ne
remplit pas dans les délais prescrits ou... et les délais peuvent être fonction
de l'urgence aussi, là. Il peut y avoir des décès ou des choses comme ça qui
raccourcissent les délais. Mais ce qu'on dit, c'est que, si le C.A. ne propose
pas de candidature, n'a pas fait son travail, le gouvernement a le pouvoir de
faire ces nominations-là. Quant à la nomination dans le cours normal des
affaires, j'exclus les cas exceptionnels où le C.A. ne fait pas ses
recommandations, bien, c'est sur la base de profils de compétence bien définis
que les C.A. font des recommandations, et, généralement, dans la pratique,
c'est qu'il y a plus qu'un nom, et là le gouvernement choisit parmi les
personnes qui sont recommandées. Est-ce qu'on définit clairement que c'est deux
personnes? Non?
M. Ouellet : C'est ça. Je vais
reprendre la balle au bond.
Le Président (M. Simard) : Je vous
en prie.
M. Ouellet : « Si le conseil
d'administration ne recommande pas la nomination d'une personne...» On est à la
même place, là. Tu sais, vous me dites : Si le conseil
d'administration ne veut pas nommer personne, le gouvernement peut, pour mener
à bien les activités de la société, nommer quelqu'un. Je suis d'accord, mais ce
n'est pas ça que ça dit, là : «Si le conseil [...] ne recommande pas la
nomination d'une personne...» Donc, on fait un processus très rigoureux, profil
de compétence, puis là on regarde les noms puis on dit : Nous autres,
là-dedans, là, avec le processus, là, on ne recommande personne, le
gouvernement pourrait nommer une personne à travers la liste. Ça se peut, ça.
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'est-à-dire qu'au terme d'un processus, si le C.A. ne recommande personne, ça
veut dire qu'ils n'ont pas respecté les délais, et, oui, ça se peut.
M. Ouellet : Non, non, s'ils ne
recommandent personne, c'est peut-être parce qu'il n'y a personne, malgré le
processus rigoureux, qui a les qualifications, les exigences pour aller au
poste. Ça se peut, ça.
M. Girard (Groulx) : Bien, oui, ça
se peut, effectivement, là, parce qu'il peut arriver des situations où on a des
gens qui ont le bon profil, mais la rémunération n'est pas suffisante, par exemple,
par rapport au secteur privé.
M. Ouellet : Donc, le gouvernement
peut nommer quelqu'un au conseil d'administration sans avoir de recommandation
pas parce que le conseil d'administration ne veut pas soumettre de nom parce
qu'il ne fait pas sa job, mais parce que, dans le processus en cours, qui est
terminé, il n'y avait pas personne qui, à leurs yeux, remplissait les
exigences. Donc, ça se peut, ça.
M. Girard (Groulx) : Mais est-ce que
ça se peut, au terme d'un processus de sélection, que le C.A. se tourne vers le
gouvernement et dise : Nous n'avons pas trouvé personne? Oui, ça se peut.
C'est ça, votre question?
M. Ouellet : Ça se peut, oui, ça
peut être ça.
M. Girard (Groulx) : Alors, on est
d'accord, ça se peut.
M. Ouellet : Donc, le gouvernement
peut nommer quelqu'un qui ne sera pas recommandé par un conseil
d'administration.
M. Girard (Groulx) : Oui, puisque le
conseil d'administration n'a pas suggéré, n'a pas recommandé de candidat dans
les délais prescrits.
Ouellet : O.K. Je vais aller un peu plus loin. Le conseil
d'administration recommande deux candidats. Est-ce qu'il se peut que le
gouvernement décide de choisir le troisième candidat?
M. Girard (Groulx) : Il se pourrait
qu'après analyse le gouvernement considère que les deux candidatures sont
sous-optimales et demande de continuer le travail.
M. Ouellet : Est-ce qu'il faut que
je décode que le conseil d'administration devrait prendre acte de la volonté du
gouvernement de refaire le processus pour que, finalement, le choix soit le
choix soumis par le conseil?
M. Girard
(Groulx) : Je dirais qu'en pratique il est normal, par exemple que,
lorsqu'un C.A. cherche un dirigeant, il peut avoir des suggestions qui arrivent
de partout. Ça peut venir, par exemple... On peut embaucher des firmes
externes. Il peut y avoir des gens qui se sont manifestés par eux-mêmes. Il
peut y avoir une recherche de cadres. Il peut y avoir des références. Le
gouvernement peut avoir suggéré d'évaluer des gens dans le cadre du processus,
effectivement. Est-ce qu'il se... Votre question, c'est quoi?
M. Ouellet : Parce que j'essaie...
Ce que vous me dites tout à l'heure, votre raisonnement, c'est : s'il y a
vacance d'emploi et que le conseil ne remplit pas ses exigences, le
gouvernement a le droit de nommer quelqu'un. Ça, je ne suis pas en désaccord
avec ça. Il y a une vacance d'emploi.
M. Girard (Groulx) : Parfait.
M. Ouellet : Ça, je ne suis pas en
désaccord, mais l'article en question permet autre chose qu'uniquement cela.
Donc, la possibilité du gouvernement de passer outre une recommandation du
conseil d'administration pour nommer une autre personne, autre que celle qui
aurait pu être recommandée par le conseil, ça, vous ne l'avez pas niée non
plus. Donc, c'est pour ça que, dans votre exemple, de dire : S'il y a une
vacance d'emploi, puis qu'on doit trouver quelqu'un, puis que le conseil ne
remplit pas les exigences, à un moment donné, il faut que le gouvernement
tranche, ça nous prend quelqu'un pour mener à bien les activités de la société,
je suis en accord avec vous. Mais ce n'est pas ce que l'article dit. Il dit : À un moment donné, si le conseil
d'administration ne recommande pas la nomination d'une personne, le
gouvernement peut nommer celle-ci après avoir avisé les membres du conseil.
Donc, pourquoi on ne dit pas tout simplement que
c'est le gouvernement qui nomme les présidents-directeurs généraux des sociétés
d'État? Pourquoi on doit avoir la recommandation si, 99 % des cas, on va
la respecter, mais, dans 1 %, on ne la respectera pas, outre le fait que
ce n'est pas une vacance d'emploi, parce que le processus n'est pas adéquat ou
le conseil d'administration n'a tout simplement pas fait sa job? C'est ça que
j'essaie de circonscrire, le pouvoir du gouvernement de nommer quelqu'un qui ne
sera pas recommandé par le conseil d'administration, parce que c'est eux qui
sont rois et maîtres des activités, qui ont la responsabilité et le rôle, comme
administrateurs, de voir à la destinée de la société.
M. Girard (Groulx) : Est-ce qu'il
qu'il y aurait consentement pour que M. Hudon explique?
Le Président (M. Simard) : Le
consentement est déjà donné. Alors, allez-y.
M. Hudon (Alain) : Merci, M. le
Président. Ici, le deuxième alinéa de 3.3, là, c'est l'exception. Donc, si on
allait de l'avant avec la proposition qui est soumise, on rendrait l'exception
la règle générale. Donc, ce qu'il ne faut pas oublier, là, c'est que le conseil
d'administration détermine des profils de compétence et d'expérience des
personnes qui vont pouvoir occuper le poste de P.D.G. Quand ce poste-là devient
vacant, bien là il y a une analyse qui se fait, puis les cas de figure que le
ministre a mentionnés sont là, là. Il y a une firme de chasseurs de têtes, des
candidatures spontanées, du bouche-à-oreille. Bref, il y a une démarche qui se
fait de trouver des candidats qui vont remplir les... qui vont respecter ces
profils de compétence et d'expérience là. C'est important. C'est le C.A. qui
détermine, il dit : Nous autres, le P.D.G. de la société, là, il faut
qu'il ait ça comme pedigree, comme expérience, comme compétence. Ce n'est pas
le gouvernement qui doit déterminer ça.
Donc, on met ça entre les mains du C.A., puis,
exceptionnellement, si le C.A., pour des raisons que j'ignore, n'est pas
capable de respecter ce que la loi lui demande ici, de recommander au
gouvernement un candidat pour agir à
titre de P.D.G, bien là le gouvernement
peut agir de lui-même. Pourquoi c'est important? Parce que le P.D.G, c'est lui
qui gère la business, qui gère la société. Il travaille à temps plein au sein
de la société. Ça nous prend quelqu'un, là, absolument. Ça fait que, là, si le
C.A, pour toutes sortes de raisons, ne remplit pas son engagement, bien là on
donne exceptionnellement un pouvoir au gouvernement de faire fi de l'exigence
de donner suite à la nomination à la suite d'une recommandation du C.A. pour,
justement, ne pas laisser la société d'État sans tête dirigeante pendant un
temps, jusqu'au temps que le C.A. fasse son travail.
Le Président (M. Simard) : D'autres
commentaires? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Laissez-le finir, parce
qu'il reste trois minutes. J'aurai des questions après.
M. Ouellet : Je ne remets pas ça en
compte, mais est-ce qu'il se pourrait qu'un conseil d'administration nous
dise : Après le processus, nous autres, là, on ne recommande personne dans
ces trois, quatre noms là, on ne recommande personne. Puis le gouvernement
décide : Bien, vous savez quoi, dans ces trois, quatre noms là, nous
autres, cette personne-là, on la veut, on la nomme. Ça fait que ce n'est pas le
gouvernement... Pardon, ce n'est pas le conseil d'administration qui, parce
qu'il y a une vacance d'emploi puis qu'il ne fait pas son processus...
Peut-être que le conseil administration voudrait dire : Moi, dans le
processus actuel, il y a cinq noms, puis, dans les cinq noms, il n'y a personne
qu'on veut recommander, ça ne fait pas la job. Le conseil d'administration
recommande de retourner en appel d'offres puis peut-être aller avec un
recrutement à l'international, mettons, puis, bon...
Or, le conseil... parce que M. le ministre nous
l'a exposé, il y a des discussions qui partent et viennent sur les nominations.
Puis évidemment le gouvernement est consulté, quand même, là-dedans. Le
gouvernement pourrait dire : Bien, écoutez, non, non, je comprends que, dans les cinq, vous n'en
recommandez pas, mais, nous, dans les cinq, il y a une candidature qui
fait notre affaire, on lui a parlé, elle est intéressée, on va la nommer.
Est-ce que ça, ça se peut? Parce que votre cas d'exception...
Puis on pourrait le circonscrire dans la loi.
Dans le cas où le conseil d'administration ne remplit pas ses exigences de
faire une recommandation suite à un processus, là, je suis d'accord qu'on
circonscrit l'exception, mais je trouve ça encore large, ce qui pourrait
permettre... Puis je ne porte pas de mauvaises intentions au gouvernement, puis
je ne veux pas... planer non plus sur nos têtes les nominations partisanes,
mais dans un cas, au conseil d'administration, qu'ils ont cinq noms concernant
une situation qui ont cinq noms puis qu'ils disent : Nous, il n'y a rien,
puis le gouvernement dit : Désolé, dans ces cinq-là, il y en a une ou il y
en a un, on veut le nommer, on le nomme, il n'y a rien qui ne l'empêche de
faire ça. Est-ce que je me trompe?
M. Girard (Groulx) : M. Hudon,
est-ce que vous voulez poursuivre vos explications? Vous n'êtes pas obligé de
dire oui.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Hudon (Alain) : Je veux juste
ajouter une remarque, si vous le permettez, M. le Président. Ça m'apparaîtrait
étonnant, et là je ne dis pas que c'est impossible que le conseil
d'administration entreprenne une démarche pour sélectionner un P.D.G. et qu'il
ne fasse que remettre une lettre ou une liste de candidats en disant : Ces
candidats-là, en principe, doivent minimalement respecter les profils de
compétence et d'expérience qui sont exigés par le C.A, parce que, sinon, ils
n'auraient pas pu passer le processus, là. On doit écarter les personnes qui ne
respectent pas le processus de... les exigences de compétence et d'expérience.
Donc, moi, je vois mal un C.A. qui a une liste de candidats dans laquelle les
personnes respectent les exigences de compétence et d'expérience et ne
recommanderait personne sur la liste. Le cas
qui est prévu au deuxième alinéa, puis on le dit bien, là, c'est dans un délai
raisonnable. Ça veut dire qu'en principe il n'a pas agi ou il n'a pas
justement transmis de recommandation au C.A... au gouvernement.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, merci. Merci à vous.
Et, compte tenu de l'heure, nous allons
suspendre nos travaux pour l'heure du dîner. On se retrouve à 15 heures
dans la même salle. À plus tard.
(Suspension de la séance à 13 heures)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, à l'ordre, s'il vous plaît! Je constate que nous avons quorum. Nous allons reprendre nos travaux pour
mieux les arrêter momentanément suite à une entente qui est intervenue
entre nos leaders.
Donc, on se retrouve dans quelques instants.
Merci pour votre collaboration.
(Suspension de la séance à 15 h 19)
Le Président (M. Simard) : Chers
collègues, nous reprenons nos travaux. Et je me permets de vous rappeler, enfin, pour le bénéfice de celles et ceux qui nous
écoutent, que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 4, Loi renforçant la
gouvernance des sociétés d'État et modifiant d'autres dispositions
législatives.
Alors, lors de la suspension de nos travaux,
plus tôt en avant-midi, vers 13 heures, il y avait un échange entre le
ministre des Finances et le député de René-Lévesque au sujet de
l'article 3.3. Souhaitiez-vous que nous poursuivions à cet égard? Et je sais que la députée de Mercier
m'avait déjà également signifié, éventuellement, son intérêt,
possiblement, d'intervenir. Je ne sais pas si c'est toujours le cas.
Mme Ghazal : ...c'était sur
quoi, là?
Le Président (M. Simard) : Alors,
à vous de m'indiquer qui voudrait débuter. Vous, cher collègue?
M. Girard (Groulx) : ...
Le Président (M. Simard) : C'était
complet pour vous, M. le ministre? Bon.
Mme Ghazal : Oui, oui, bien, je
vais... Oui, je me retrouve.
Le Président (M. Simard) : Alors,
Mme la députée de Mercier, à vous la parole.
Mme Ghazal :
O.K. Oui, très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Donc, c'est ça, on était
en train de discuter de la nomination des
P.D.G. sur recommandation des membres du conseil d'administration. Est-ce qu'on
a des chiffres, sans dire quelles
sociétés, combien, qui... tu sais, est-ce qu'on a des chiffres dans quelles
proportions la recommandation a été respectée depuis les quatre années
de la CAQ? Puis, si on ne l'a pas maintenant, là, est-ce que c'est quelque
chose qui est comme comptabilisé quelque part? Juste pour savoir combien de
fois on a suivi les recommandations puis combien de fois on ne l'a pas fait.
Puis, des fois, ça peut être légitime puis ça peut être pour une bonne raison,
mais juste de savoir ça, est-ce que c'est... Ou peut-être un ordre de grandeur,
si vous n'avez pas les chiffres. 99 %? 50 %?
M. Girard (Groulx) : Je n'ai
pas de chiffres. Et je dirais qu'il y a peut-être des cas où il y a eu un
processus itératif, c'est-à-dire qu'il a pu y avoir des discussions, puis le
gouvernement n'était pas satisfait de ce qui allait être suggéré, et ce qui
fait qu'il y a eu d'autres suggestions avec lesquelles le gouvernement était
satisfait. Ça fait que, même si on avait des chiffres, je ne pense pas qu'ils
feraient... décriraient le processus adéquatement.
Mme Ghazal : Mais,
par exemple, je me rappelle, tu sais, vous le voyez comme moi, quand il y a des
nominations partisanes, ça sort dans les médias, c'est critiqué. Le cas le
plus...
M. Girard (Groulx) : Qu'est-ce
que vous entendez par une nomination partisane, là? Je veux être...
Mme Ghazal : Bien, par exemple,
Mme Marie Grégoire, pour Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Si
je me... Là, j'essaie d'y aller comme de mémoire, là, parce que je n'ai pas...
je ne me rappelle pas ce qui s'était passé, mais c'était très contesté, je ne
pense pas qu'elle faisait l'unanimité ou que c'était une recommandation du
conseil d'administration de BANQ. Et donc là, finalement... En fait, est-ce que
ce qui est écrit dans l'article 3.3, qui est... je le sais, c'est un
nouvel
article qu'on ajoute aujourd'hui, est-ce que ça a été appliqué ou pas
dans le cas, tiens, de BANQ, de la nomination de Mme Marie Grégoire?
M. Girard (Groulx) : Bien, je n'ai
pas été impliqué dans ce dossier, là, là. Ce serait beaucoup plus facile pour
moi de commenter les dossiers dans lesquels j'ai été impliqué.
Mme Ghazal : Bien, en fait, c'est
parce que ça, ça ne s'applique pas uniquement aux dossiers dans lesquels va
être impliqué le ministre, l'article 3.3, c'est les dossiers dans lesquels
tout le gouvernement va être impliqué, dans toutes les sociétés d'État qui
sont... auxquelles le projet de loi n° 4 s'applique.
M. Girard
(Groulx) : Non, ce que je veux vous dire, c'est que, dans la
mesure... Moi, j'ai quand même neuf organismes sous moi, plus le
ministère, là, ça fait que je sais ce qui s'est passé à la SAQ, la SQDC...
Mme Ghazal : Donc, c'est quoi, votre
moyenne au bâton de respect de ce que le conseil d'administration vous
recommandait?
M. Girard (Groulx) : Ma moyenne au
bâton, bien, je pense que c'est 100 %. J'ai nommé les gens qui étaient
recommandés par les conseils d'administration.
Mme Ghazal : O.K. À toutes les fois.
Puis ma question, dans le fond, je sais que ce n'est pas vous, le ministre qui
était impliqué... Oui?
M. Girard (Groulx) : Puis, juste
précision, parce que je veux être pleinement transparent avec vous, il y a plusieurs situations où le conseil
d'administration a soumis deux noms, et le gouvernement a choisi, mais les deux
noms avaient passé à travers le processus,
rencontraient les critères, et, on pourrait dire, les deux candidats étaient de
grande qualité.
Mme Ghazal : Puis, dans le fond,
l'article 3.3 vient faire... vient écrire dans la loi la pratique, ce qu'on
fait déjà. C'est ça, l'objectif?
M. Girard (Groulx) : Quel est... M.
Hudon, peut-être, vous pourriez clarifier l'objectif du point 3.3?
Le Président (M. Simard) : M. Hudon.
M. Hudon (Alain) : Merci, M. le
Président.
L'article 3.3, dans le fond, il vient compléter le processus de
nomination de l'ensemble des membres du C.A. On a nommé les membres réguliers
en premier, à 3.1, on nomme le président à 3.2 puis on nomme le P.D.G. à 3.3.
Ce qu'on retrouve à 3.3, ce n'est pas du droit nouveau, là, ça, on retrouve ça
dans la quasi-totalité des dispositions des lois constitutives des sociétés
d'État.
Mme Ghazal : Oui, mais on trouvait
que c'était important de le mettre dans la loi parce que... C'est juste que ce
n'était pas écrit, mais c'était la pratique?
M. Hudon (Alain) : Ce qu'on écrit
là, c'est déjà écrit dans les lois des... constitutives des sociétés d'État.
Ghazal : Dans les lois... Ça fait que qu'est-ce que ça vient changer
de l'écrire dans la loi?
M. Hudon (Alain) :
C'est qu'on vient... Un des objectifs du projet de loi, c'est qu'on vient
centraliser les dispositions qu'on retrouve de façon régulière dans l'ensemble
des lois de sociétés d'État puis on les met en matière de gouvernance, dans la
loi sur la gouvernance. Ce qu'on va faire, on va enlever ces dispositions-là
qu'on trouve dans les lois constitutives des sociétés d'État...
Mme Ghazal :
Pour les mettre là pour tout...
M. Hudon
(Alain) : ...puis tout va se retrouver dans la
loi sur la gouvernance.
Mme Ghazal :
O.K. Ça fait que c'est la pratique habituelle, vu que c'était déjà écrit?
M. Hudon
(Alain) : Ce n'est pas du droit nouveau, effectivement.
Mme Ghazal : C'est ça. O.K. Puis les cas
qui sont sortis, qui disent que, depuis que la CAQ est au pouvoir, il y
en a eu plusieurs, là, Marie Grégoire, Guy
LeBlanc, Mme Catherine Loubier, déléguée générale du Québec à New York,
etc., toutes ces personnes-là... Là, j'essaie de voir... Ah! O.K., parce qu'il
n'y en a aucun qui est dans... avec le ministre qui est avec moi, ici, quoique
la loi s'applique à tout le gouvernement. Ça fait que, là, je ne peux pas poser
la question à chacun des ministres.
M. Girard
(Groulx) : O.K. Mais je veux juste être clair, là, les... D'abord, la
nomination de Mme Grégoire, elle a suivi un processus rigoureux. Il y a
des profils de compétence, et ce n'est pas parce que quelqu'un a fait de la
politique dans sa vie qu'il n'est pas compétent. Alors, dans le cas de
Mme Loubier, c'est reconnu que Mme Loubier est une femme extrêmement
compétente. D'ailleurs, elle a été une joueuse importante dans la signature du
contrat, avec l'État de New York, d'hydroélectricité. Ça fait que je pense
qu'il ne faut juste pas rejeter systématiquement quelqu'un parce qu'il a eu une
carrière politique, qu'elle soit avec n'importe quel parti.
Mme Ghazal : Je
suis d'accord.
M. Girard
(Groulx) : Parfait.
Mme Ghazal :
Je suis d'accord. Ma question, ce n'est pas ça, puis je ne remets pas... Puis
moi, j'aime beaucoup Mme Marie Grégoire, que j'avais rencontrée. Puis ce
n'est pas ça, ce n'est pas pour personnaliser, c'est juste parce que c'est un
cas qui a beaucoup, beaucoup fait la manchette, ça fait que ce n'est pas moi
qui le sors.
M. Girard
(Groulx) : D'accord.
Mme Ghazal :
Et ma question, c'est : Est-ce que cette nomination-là, par exemple, je
vous donne celle-là parce qu'elle a fait beaucoup jaser, et celle de
M. Guy LeBlanc, Investissement Québec, est-ce que ces nominations-là
étaient... Parce que ça se peut que le hasard de la vie fasse que ça soit des
gens qui ont été recommandés par le conseil d'administration. Ça se peut que ça
soit ça, puis, qu'est-ce que vous vous voulez, c'est en même temps l'ami du
ministre, c'est en même temps quelqu'un qui a fait de la politique, tout ça
arrive en même temps, puis ça se peut, ce n'est pas... Ça se peut. Ça fait que
je veux juste savoir : Est-ce que, dans... Je le prends parce que c'est un
cas qui a fait couler beaucoup d'encre. Est-ce que Mme Marie Grégoire...
M. Girard
(Groulx) : ...a suivi un...
Mme Ghazal : Supposons,
elle, est-ce que ce qui est écrit dans 3.3, c'est ça qui a été fait, le
gouvernement a pris la recommandation du conseil d'administration de BANQ?
M. Girard
(Groulx) : Oui.
M. Girard
(Groulx) : Et là, peut-être pour clarifier, parce que M. Hudon,
vous nous avez parlé en légiste, là, mais moi, j'aime beaucoup l'article 1,
M. le Président. Je sais que vous me faisiez des gros yeux quand j'y revenais.
Mais ce qu'on fait dans les articles 1 à 22, là, c'est les dispositions
centrales du projet de loi. Alors, on vient mettre les blocs qui constituent la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État. Et là, ici, c'est le processus de
nomination. Et on a une bonne discussion là-dessus, mais on n'invente rien,
c'est-à-dire qu'on énumère ce qui est déjà fait dans la pratique. Puis là on va
s'en aller sur 3.4 et on va parler de rémunération. Bien, encore là, ce qu'on
va dire, c'est ce qui est fait. On n'amène pas une nouvelle disposition.
Mme Ghazal : Oui, c'est ce que
j'avais compris en... Je n'avais pas eu un oui mais j'ai compris que c'était
ça. O.K. C'est bon. Moi, je n'ai pas d'autre question. Je ne sais pas si mon
collègue...
Président (M. Simard) : D'autres commentaires? M. le député de
René-Lévesque. Et mon collègue également, de Robert-Baldwin, souhaitait
intervenir sur le même enjeu. Alors ça sera à vous de voir.
M. Ouellet : Vas-y, vas-y, Carlos,
puis je peux aller après, oui.
Le Président (M. Simard) : Parce
que, par équité, quand même.
M. Ouellet : Oui, oui, allez-y, M.
le Président.
Le Président (M. Simard) : Comme
vous êtes déjà intervenu sur le même article, peut-être qu'il serait convenable
que le député de Robert-Baldwin s'exprime à ce stade-ci.
M. Leitão : Très bien. Très, très
rapidement, mais je reviens sur la même chose. Ce que la collègue de Mercier a
mentionné, a qualifié de nomination partisane, je ne veux pas soulever une
grosse polémique là-dessus, mais c'était un peu à ça que je faisais allusion au
début, quand on avait commencé à parler de l'article 3.3. C'est-à-dire
qu'il arrive des fois, il arrive des fois, où le gouvernement décide de nommer
un P.D.G. qui ne faisait pas... qui n'était pas dans la courte liste du conseil
d'administration. Ça peut arriver. Bon, pour toutes sortes de raisons, ça peut
arriver. Ce que je suggérais, c'était que, quand c'est le cas, que ce soit
clairement dit : Le gouvernement a décidé d'engager madame X au poste de
P.D.G. de tel organisme, même si le conseil d'administration ne nous l'avait
pas recommandé, parce que, sinon, la façon dont c'est rédigé, ça donne
l'impression que le C.A. propose deux noms, et le gouvernement,
automatiquement, choisit un des deux. Ce n'est pas toujours le cas.
M. Girard (Groulx) : Mais, dans les
faits, il y a un processus itératif. C'est-à-dire que, si, par exemple, le PCA se
préparait ou même recommandait deux noms qui ne correspondent pas à... ou que
tout simplement qu'il y a une divergence d'opinions entre la recommandation du
C.A. puis le gouvernement, le gouvernement va demander au C.A. de continuer son
travail, de considérer d'autres noms, de soumettre d'autres noms. Donc,
ultimement, je dirais que c'est toujours des recommandations du C.A. C'est
juste qu'il y a une itération où... Puis il y a une différence entre les
discussions informelles dans le cours du processus puis la résolution qui
arrive à la fin du C.A., la résolution qui est formelle, avec les deux noms.
Pour moi, c'est presque... ça n'arrivera pas que les deux noms ne
correspondront pas au gouvernement parce qu'on va s'être parlé avant dans le
processus d'itération.
M. Leitão : M. le Président, je dois
vous dire que le ministre était clair et j'ai compris. Non, et c'est... Ça va.
J'ai compris.
Le Président (M. Simard) : Alors, la
parole appartient au député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci,
M. le Président. La question que je posais ce matin sur l'opportunité du
conseil d'administration... pas l'opportunité du conseil
d'administration, pardon, mais l'opportunité du gouvernement de nommer
quelqu'un qui n'est pas recommandé par le conseil d'administration peut poser
problème.
Je vais vous
ramener en... je vais vous dire la date exacte, là, pour être certain, 2014. Le
député de Deux-Montagnes,
l'actuel ministre de l'Environnement et de la Lutte aux changements
climatiques, déposait le projet de loi n° 393, Loi encadrant la nomination
de certains titulaires d'emplois supérieurs et uniformisant certains aspects de
la nomination des juges et décideurs administratifs. Je ne vais pas vous lire
l'ensemble du projet de loi du collègue, mais il avait à l'intérieur même une
volonté de dépolitiser certaines nominations, des sous-ministres, des
secrétaires généraux, des présidents
d'office, des présidents-directeurs généraux, on touchait aussi des
sous-ministres, on touchait aussi l'Autorité des marchés financiers, la
Caisse de dépôt, Hydro-Québec, Investissement Québec, Financière agricole du
Québec, Régie de l'assurance maladie, la Régie des rentes, la Société des
alcools du Québec, la Société des loteries du Québec, la Société d'habitation
du Québec, la Sûreté du Québec, la Société québécoise des infrastructures,
bref, une pléthore. Ah! puis il y en a
d'autres, là, le bureau des décisions et de révision, la Commission municipale,
une pléthore d'organismes qui avaient des liens de près ou de loin avec
l'État.
En 2018, le leader parlementaire actuel, mais
qui n'était pas leader à l'époque puisque le gouvernement n'avait pas été formé
encore, nous disait, le 9 octobre 2018, que «la CAQ veut éliminer les
nominations partisanes. Les compétences des actuels hauts fonctionnaires,
dirigeants de l'État seront passées au crible, tout comme celles des futurs
candidats à ces postes.» Il s'est engagé, avec son gouvernement, de déposer un
projet de loi d'ici Noël afin que ces nominations soient faites de façon plus
transparente. La CAQ avait souvent dénoncé par le passé qu'on donnait, des
fois, des postes à des hauts fonctionnaires parce que c'étaient nos amis.
Certains postes étaient aussi nommés à vie. Et, en campagne électorale, votre
formation politique avait dit aussi que la Vérificatrice générale valide aussi
les compétences de certains hauts fonctionnaires pour savoir si effectivement
tout est possible et tout était sur la table.
Bref, tout ça pour vous dire, M. le Président,
que, du côté de la Coalition avenir Québec, il y avait une position tenue par
le parti en 2014 et il y avait une volonté en 2018. Cette volonté-là ne s'est
pas transformée en projet de loi. Tellement que le projet de loi du collègue de
Deux-Montagnes m'a inspiré, M. le Président. J'ai moi-même déposé le projet de
loi n° 694, qui reprend 95 % des dispositions présentées par le
collègue de Deux-Montagnes, à quelques exceptions près, puis c'était la
couverture de certaines sociétés qui n'était pas faite par le passé. Mais,
ensemble, nous faisions une communion d'esprit en disant : Il fallait
changer la façon de faire.
Alors j'en profite
aujourd'hui, M. le ministre, parce qu'on parle de gouvernance, d'avoir cette
discussion-là pour dire : Est-ce que ça peut changer? Est-ce que ça doit
changer? Puis là je le sais que vous allez me dire : M. le Président, le député de René-Lévesque oublie que
le gouvernement a procédé à des nouvelles nominations aux deux tiers pour le DPCP, pour le Commissaire à l'éthique... pas le Commissaire à l'éthique, pardon, pour
le commissaire à l'UPAC, pardon, et aussi pour la Sûreté du Québec. On
vient de faire, d'ailleurs, le processus. Mais le coeur même des revendications
de la Coalition avenir Québec, c'était de changer la façon de faire et d'éviter
qu'il y ait de la partisanerie et que les gens soient choisis par les
compétences. Quand je regarde le texte qui est proposé puis les modifications
qui sont faites, je ne dis pas que les gens ne sont pas choisis sur la
compétence, je ne dis pas que les gens ne méritent pas de faire
partie du processus, mais il y a une apparence encore ou une
possibilité, plutôt, que, malgré les recommandations faites par le
conseil d'administration, le gouvernement peut nommer une autre personne. Et
c'est ça, je pense, la nature de la discussion. Et c'est ça que le collègue de
Robert-Baldwin a commencé comme débat. Et c'est ça que la collègue de Mercier a
renchéri tout à l'heure.
Donc, j'aimerais savoir du côté du gouvernement
présentement : Est-ce qu'il est à l'aise avec le processus actuel? Donc,
ce que son collègue de Deux-Montagnes avait déposé à l'époque, ce que j'ai
représenté, est-ce qu'on doit mettre ça de côté puis on fonctionne tel que
c'est présenté dans le projet de loi, d'une part? Et comment se fait-il qu'on
ne pourrait pas peut-être juste circonscrire cette fameuse exception, qui était
indiquée ce matin en commission parlementaire, à savoir, bien, dans le cas où
il y a vacance d'emploi et le conseil d'administration ne voit pas à ses
obligations, par urgence, le gouvernement peut procéder à une nomination pour
s'assurer de l'administration et de la continuité des activités de la société?
Alors, je mets la table, le ministre le sait
maintenant. Il y avait une position historique de son parti, il y avait un
projet de loi qui a été déposé en 2014, il y a une position de son leader
parlementaire sur une volonté. Huit ans plus tard, on fait le bilan un peu puis
on a l'opportunité d'ouvrir les lois sur la gouvernance. Donc, qu'en est-il de
la suite pour modifier ces nominations-là pour qu'elles soient plus
transparentes?
Puis, tu sais, M. le Président, je ne veux pas
prendre trop de temps, là, mon projet de loi, il est là. Si ça intéresse le
gouvernement, là, on l'appelle en Chambre, on le débat puis on l'adopte. Mais
ce n'est pas vrai que je vais amender le projet de loi si je n'ai aucune
ouverture du côté du ministre là-dedans.
Ça fait que, tu sais, je ne veux pas faire durer
le plaisir, mais je pense que le débat est important puis les positionnements sont importants, parce qu'on va le
savoir, pour 2022, est-ce que, oui ou non, les nominations partisanes
ont été changées sous le gouvernement de la
CAQ ou, si oui ou non, les nominations sont plus transparentes et que le
processus respecte les autorités, les compétences et les responsabilités qui
sont confiées au conseil d'administration. Voilà.
Le Président (M. Simard) : Merci. M.
le ministre.
M. Girard (Groulx) : Bon, écoutez,
je pense que... D'abord, je pense qu'il faut bien lire 3.3. Vous voulez faire
un cas général...
M. Ouellet : Je veux faire de la
politique.
M. Girard (Groulx) : ...de
l'exception au deuxième paragraphe. Alors, le cas général, ça dit : «Le
président-directeur général [...] est nommé par le gouvernement, sur la
recommandation du conseil d'administration, en tenant compte du profil de
compétence et d'expérience approuvé par le conseil.» C'est ça, l'innovation.
C'est que, pour faire des nominations, il faut tenir compte du profil de
compétence et d'expérience approuvé par le conseil. Et ça, ça veut dire quoi? Ça veut dire que c'est... les gens qui
sont nommés doivent être compétents en vertu des critères de compétence
qui ont été émis.
Puis là il y a un cas exceptionnel, celui où le
C.A. ne remplit pas dans le temps ses responsabilités pour quelque raison que
ce soit. Puis là on dit : Dans ce cas-là, le gouvernement peut traiter
l'exception de manière exceptionnelle.
Alors, le gouvernement, 90 % des gens qu'on
a nommés n'avaient aucune affiliation politique. Quant aux gens qui ont eu...
qui avaient des affiliations politiques... Puis je vais vous surprendre.
Moi-même, Retraite Québec, j'ai renouvelé deux fois M. Després, qui était un
ancien ministre, le gouvernement libéral précédent. Je l'ai renouvelé deux fois
à Retraite Québec parce que je jugeais qu'il était compétent. Et le C.A. était
d'accord avec moi. M. Després avait eu ses évaluations, puis voilà.
Alors, je vous le dis, d'une part, ce n'est pas
parce que quelqu'un a fait de la politique qu'il faut l'exclure. Dans 90 %
des cas, les gens n'ont pas fait de la politique. Lorsqu'il y a eu, par
exemple, le cas de Mme Loubier, je veux bien parler d'elle parce que je la
connais très bien, c'est une femme exceptionnelle, alors elle a rempli le
profil de compétence puis elle a été nommée. Puis savez-vous quoi? Elle a fait
du bon travail. En fait, elle a tellement fait du bon travail qu'on était
extrêmement déçus lorsqu'elle a quitté.
Alors, moi, je vous proposerais — c'est
une très belle discussion puis c'est agréable — qu'on passe à 3.4. La
prochaine discussion va être encore meilleure. Ça va être sur la rémunération
des dirigeants. Je pense que ça promet. Mais, pour 3.3, je pense qu'on a fait
le tour.
Le Président (M. Simard) : D'autres
remarques sur 3.3? M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Je
ne peux pas accepter uniquement cette réponse. Le ministre est un fin renard.
Il connaît la politique de plus en plus. Je ne suis pas en désaccord avec ce
que vous dites en disant que... «...en tenant compte du profil
de compétence et [de l'expérience] approuvé par le conseil.» Je ne veux pas
rentrer dans les détails, mais il y a quelques nominations où est-ce que le
profil des compétences qui a été décidé par le conseil était plus bas que ce
qu'on avait connu par le passé pour, je ne sais pas, peut-être favoriser une
candidature qui n'avait pas les exigences minimales pour sa nomination. Ça
s'est passé, ça. Puis ça, je pense que vous en êtes conscient. Mais je ne dirai
pas les noms puis le processus, mais nous savons de qui on parle ou dans quel
processus.
M. Girard
(Groulx) : Je n'ai aucune idée de qui vous parlez. Continuez.
M. Ouellet : Si
je vous parle de la nomination au bureau d'archives nationales du Québec qui a
créé un profond malaise dans le milieu parce que les compétences qui étaient
initialement demandées n'ont pas été celles finales qui ont été retenues...
qu'il y a une évolution.
Le Président (M.
Simard) : Cher collègue, je vais vous arrêter là-dessus ici, non pas
pour vous dire quoi dire, mais pour nous rappeler ici collectivement à la
prudence. Nous débattons d'un projet de loi, nous sommes à l'article 3.3,
et est-il forcément utile d'avoir des nominations... des références
nominatives? Enfin, je vous exprime un certain inconfort qui m'habite à ce
stade-ci. Vous prenez ce qui fait votre affaire, mais je nous appelle à la
prudence. Veuillez poursuivre, s'il vous plaît.
M. Ouellet : Je
vais recadrer. Je vais recadrer.
Le Président (M.
Simard) : Merci.
M. Ouellet : Mon
point, c'est que, malgré le fait que je suis d'accord avec le fait que le
ministre dit qu'en rajoutant que les compétences et l'expérience approuvées par
le conseil est une nouvelle façon de faire, je suis obligé de signifier que,
même si ça, ça existe, il y a effectivement des façons de faire qu'on a vues,
qui ont été exposées, qui fait que, bien, on
a juste à changer des compétences puis on est toujours dans la même lignée. Ça
fait que ce n'est pas parfait. Ce qu'il m'a donné comme réponse, je ne
dis pas que c'est mauvais. Mais est-ce que c'est parfait comme processus? J'en
doute.
Cela
étant dit, je comprends la volonté du gouvernement de dire : Bien,
écoutez, on va se coller à ce qu'il y a dans l'article, mais j'aurais
aimé... parce qu'il aurait pu me le dire. Ce n'est peut-être pas parfait, ce
que le ministre présente comme modifications
législatives en matière de nomination, en matière d'approbation de candidature,
mais est-ce qu'il y a une volonté de
faire les choses différentes? Et je ne veux pas paraphraser, je ne veux pas
l'interpréter, mais je comprends que ce projet de loi là est la réponse
du gouvernement à huit années de cheminement et de réflexion par rapport à la nomination de personnes qui occupent des postes
pour des sociétés d'État. Puis je vous en ai nommé, tantôt, une
nomenclature qui avait été déposée par le député de Deux-Montagnes. C'est ce
que je comprends. Est-ce que je me trompe?
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est-à-dire que ce que vous devez comprendre, c'est
qu'au budget de 2020 le gouvernement a exprimé le désir de moderniser la Loi
sur la gouvernance des sociétés d'État, qui existe depuis 2006, de
professionnaliser nos conseils d'administration. Et voici la réponse du
gouvernement.
M. Ouellet :
Mais, dans le cas des engagements, en campagne électorale et par le passé,
de changer les façons de faire, donc, on peut nommer les personnes. Parce que
ça allait quand même assez loin. On parlait de nominations aux deux tiers dans
certains postes. On n'est pas là, ce que vous me dites, là : M. le député
de René Lévesque, ce qu'on a pu dire par le passé ou ce qu'on a voulu faire en
début de 2018, ce n'est pas... ça, ce n'est pas la réponse.
M. Girard
(Groulx) : Mais je ne suis pas... Écoutez, on est dans
l'interprétation de l'interprétation, là. Mais, à ce que je sache, il y a eu
des nominations aux deux tiers à l'Assemblée nationale, là. Il y a eu des
changements.
M. Ouellet :
Oui. Puis je l'ai reconnu tout à l'heure.
M. Girard
(Groulx) : Alors donc vous reconnaissez qu'il y a eu des changements.
M. Ouellet :
Oui, mais est-ce que c'est à la hauteur de ce que vous vouliez faire par le
passé et ce que le leader avait indiqué lors du début de législature?
Permettez-moi d'en douter.
Cela étant dit, je
comprends, M. le Président, que le ministre va demeurer dans le cadre qui nous
est présenté. Le légiste, ce matin, nous disait : Écoutez, si on commence
à trop circonscrire la... l'exception, ça devient la norme. C'est ce que
vous... C'est ce que vous avez dit ce matin. Je ne me trompe pas? Si on met
trop de détails dans l'exception, ça devient la norme, puis là on est en train
de changer la loi. C'est ce que vous avez dit ce matin?
Le Président
(M. Simard) : Oui, monsieur.
M. Hudon
(Alain) : Merci, M. le Président. Ce que j'ai dit ce matin, c'était
que la proposition qui était évoquée avait pour effet de rendre l'exception
comme la règle générale, de transformer l'exception en règle générale.
M. Ouellet : O.K.
Et l'exception, tel que stipulé dans l'article 3.3, c'est que, si le
conseil d'administration ne recommande pas la nomination d'une personne au
poste du P.D.G... au poste de P.D.G. dans un délai raisonnable, donc c'est la
question de délai, c'est à ce moment-là que le gouvernement peut nommer
celui-ci après en avoir avisé les membres du
conseil. J'aimerais peut-être quelques précisions. C'est quoi, un délai
raisonnable? Est-ce que c'est un mois, un trimestre, six mois? Quelle
pourrait être l'interprétation pour que le gouvernement décide — après
tant de mois, je veux nommer — le délai raisonnable, là? Dans le cas de
nominations, ça pourrait représenter combien de mois?
Le Président (M. Simard) : M. Nadon.
M. Hudon (Alain) : Merci, M. le
Président. La notion de délai raisonnable en droit, c'est une notion qui est...
qui varie selon le cas. Puis la raison pour laquelle on ne met pas un délai
fixe, c'est justement parce qu'on ne connaît pas les circonstances qui peuvent
faire en sorte qu'on n'a pas obtenu, pour un certain moment, la recommandation
du C.A. Donc, ce sera apprécié au cas par cas. Mais, bien entendu, cette
disposition-là va s'appliquer quand il va y avoir une vacance au poste de P.D.G.
Puis on doit se rappeler qu'un P.D.G., bien, c'est la personne qui gère la
société, là, qui est responsable de la gestion générale de la société. Donc, la
notion de délai raisonnable, ici, m'apparaît appropriée. Puis on ne peut pas
dire : Ce n'est pas un mois, c'est trois mois. Dans un cas, peut-être, ça
va être un mois, dans un autre cas, ça pourrait être deux mois, mais ce sera
apprécié au cas par cas.
M. Ouellet : Est-ce qu'il est
possible d'avoir un intervalle minimum, maximum? Parce que j'essaie juste de...
Je me projette dans le temps. Une vacance d'emploi pourrait être tolérée par un
gouvernement pendant combien de temps?
J'essaie... Je comprends qu'il y a du cas par cas. Ça peut être apprécié en
fonction de la dimension de l'organisation. Je veux dire, on n'a pas de
P.D.G. chez Investissement Québec, ça peut être différent, compte tenu des
investissements puis des moyens qui sont confiés versus une autre institution.
Mais un délai raisonnable, ça peut varier entre quoi et quoi, là, de façon
générale?
M. Girard (Groulx) : Bien, je
pense, cette question-là n'est pas raisonnable. Ce débat sur le délai
raisonnable n'est pas raisonnable. Parce que, s'il y a, par exemple, un
intérim, il y a quelqu'un qui a été nommé par intérim, par exemple, s'il y
avait un décès, là, bien là, là, on nomme quelqu'un par intérim, bien,
dépendamment de la personne qui assume l'intérim, ça va avoir un impact sur le
délai raisonnable.
M. Ouellet : O.K. Donc, ce que
vous me dites, c'est qu'il faut prendre en considération aussi le temps.
M. Girard (Groulx) : Il faut
prendre en considération les circonstances.
M. Ouellet : Qui ont amené à
avoir un délai raisonnable. Mais on jase, là, ça peut-tu être deux ans, trois
ans? Tu sais, je veux dire, à un moment donné, il y a un seuil de tolérance.
M. Girard (Groulx) : Bien,
trois ans, ce n'est pas raisonnable.
M. Ouellet : Bon, deux ans,
c'est-tu raisonnable?
M. Girard (Groulx) : Ça me
semble long.
M. Girard (Groulx) : Parce
qu'on parle de la personne qui est responsable des opérations d'une société
d'État.
M. Ouellet : Là, je reconnais le
ministre qui fait de la politique. Un an? Impensable. O.K. O.K. O.K. Mais je comprends
que... Puis la notion de : O.K., on a besoin de quelqu'un, on nomme un
intérim, la personne peut lever la main en disant : Écoutez, moi, pendant
le processus, je suis prêt à au moins vous donner un an, vous faites confiance
à la personne, à ce moment-là, l'année de l'intérim pourrait être satisfaisante
pour vous, et donc pourrait nous permettre d'avoir
un délai plus long avant que le gouvernement décide de nommer si le conseil ne
va pas de l'avant. Si vous avez un P.D.G. par intérim qui dit :
Écoutez, moi, je peux faire une job, mais je la fais pendant deux ou trois
mois, ça pourrait vous amener à prendre une
décision plus vite parce que la personne qui remplace puis qui occupe les
fonctions ne vous donne pas beaucoup de temps pour se virer de bord puis
trouver la bonne personne. Ça fait que c'est ça que vous nous dites?
M. Girard
(Groulx) : Bien, en fait, je
pourrais même vous amener dans une autre dimension. Le délai raisonnable
pourrait être en fonction de la compétence de la personne qui assume l'intérim.
Ce n'est pas toutes les organisations qui sont au même endroit dans leur plan
de succession, qui ont préparé l'éventualité du départ précipité, par exemple.
M. Ouellet : Donc, si le
processus va bien, et on va prendre un cas d'espèce, là, et on a un P.D.G. qui
nous a annoncé qu'il va s'en aller, on peut même procéder au processus de
sélection d'avance pour être certain qu'il n'y ait pas de vacance entre les
deux. Ça va bien, le conseil d'administration vous soumet deux noms, les deux
sont côte à côte, et le gouvernement décide que cette recommandation est
acceptée, puis on le nomme. Ça, c'est la première partie.
deuxième partie, c'est que, bon, on a quelqu'un qui est en poste, quelqu'un de
super compétent, et puis il nous quitte parce qu'il est mieux payé ailleurs,
disons-le comme ça, et donc on se retrouve sans personne. Puis là, bisbille au
conseil d'administration, les gens ne s'entendent pas. Ça prend du temps avant
que le comité de sélection soit informé, avant qu'il y ait une décision. Bref,
vous tapez du pied. Vous pouvez donc décider, lorsque vous avez jugé
raisonnablement que le temps imparti à trouver cette personne-là avait... est
passé date, là, vous pouvez décider de nommer quelqu'un qui pourrait être
intérim, ce que je comprends, en attendant que le conseil d'administration
fasse le processus, fasse sa recommandation pour la nomination finale. C'est ça
que je comprends. Ça fait que vous pouvez nommer quelqu'un de façon permanente
si le conseil d'administration ne vous donne pas de recommandation, mais vous
pouvez aussi nommer quelqu'un temporaire en attendant que la non-conformité du
conseil, selon ses obligations, soit conforme jusqu'à tant quelle vous
recommande une personne. Ce sont deux cas d'espèce qui pourraient arriver.
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est applicable pour l'intérim, c'est applicable
pour la position permanente. Si... Par exemple, si on a une situation où
quelqu'un nous annonce, un an à l'avance, qu'il ne désire pas un
renouvellement, il est arrivé au moment de sa carrière où il aimerait... il ou
elle aimerait se retirer, puis là, un an plus tard, le conseil d'administration
n'a pas complété, n'a pas de recommandation, n'arrive pas à conclure sur une
succession, et là le gouvernement pourrait juger qu'un an d'avance c'était un
délai raisonnable qui n'a pas été respecté.
M. Ouellet :
Juste en terminant, M. le Président. On ajoute ça. Ça n'existait pas avant.
Il se passait quoi avant, vu qu'on n'avait pas cette disposition-là? Qu'est-ce
qui... C'était quoi, le processus? On n'avait pas personne...
M. Girard
(Groulx) : Vous pouvez intervenir.
M. Hudon
(Alain) : Oui. Merci, M. le Président. La disposition a 3.3, tant le
premier alinéa que le deuxième alinéa sont des dispositions qu'on retrouve
actuellement dans les lois constitutives des sociétés d'État. Ce qu'on fait
ici, c'est qu'on prend ces dispositions-là puis on les insère dans la
loi sur
la gouvernance pour qu'elles ne se retrouvent que dans la
Loi sur la
gouvernance puis qu'on supprime ces dispositions-là qui vont faire double
emploi dans les lois constitutives. Ça va être la
partie modificative du projet
de loi. Donc, on vient centraliser, en matière de nomination, toutes les
dispositions qui s'appliquent aux sociétés d'État qu'on retrouve actuellement
de façon individuelle dans chacune des sociétés d'État.
Le Président
(M. Simard) : M. le député de René-Lévesque.
M. Girard
(Groulx) : ...
M. Ouellet :
Oui. Parce que, là, je suis un peu mêlé, là. Honnêtement, si vous m'aviez
dit ça au début, que ce qu'on met dans la loi, c'est parce que ça existait
ailleurs, on fait juste dépoussiérer puis le mettre à la bonne place, puis ça
va toucher plus de sociétés, on n'aurait pas eu le même débat, là. Puis là vous
me dites, tout à l'heure...
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est parce qu'on étend la disposition de la loi, là.
Ça, c'est sûr. Il y aura plus de sociétés d'État qui vont être assujetties à
M. Ouellet :
Oui. Mais, juste pour que je comprenne bien, là, 3.4, sur les compétences,
ça existait avant. On fait juste le transposer ici? Parce que ce n'est pas
ça... c'est ça qu'il m'a dit, là... excusez, M. le légiste. C'est ça qui m'a
été énoncé, là.
M. Girard
(Groulx) : On va suspendre deux minutes. Je veux juste clarifier et
donner une réponse précise au député de René-Lévesque.
Le Président
(M. Simard) : Très bien. Alors, une courte suspension.
(Suspension de la séance à
16 h 27)
Le Président (M. Simard) :
Alors, chers collègues, nous reprenons et nous sommes toujours sur
l'article 3.3 en réponse à une question adressée par le député de
René-Lévesque.
M. Girard
(Groulx) : Bon, alors, juste pour préciser, là, parce qu'on pourrait
interpréter que nous avons dit une chose et son contraire, les profils de
compétence étaient dans la plupart des lois constitutives des sociétés d'État,
mais pas toutes. Alors là, en le mettant dans la
Loi sur la gouvernance des
sociétés d'État, ça va s'appliquer à toutes les sociétés d'État qui sont là.
Quant
à... Lorsqu'on dit qu'on a uniformisé les mandats, la durée des mandats à 3.3,
bien, ça, c'est nouveau, qu'on uniformise les mandats — quatre
ans pour un membre de C.A., cinq ans pour la présidence, deux renouvellements.
Cette uniformité-là, sur la durée des mandats, c'est une nouveauté.
M. Ouellet : Et
la disposition pour la nomination du gouvernement dans le cas d'une vacance qui
est tardive?
M. Girard (Groulx) : C'était
déjà là, dans les sociétés d'État qui avaient les dispositions dont on parle.
M. Ouellet : Donc on fait juste
ramener ça?
M. Girard (Groulx) : Dans la...
là je cherche mon expression favorite, là, dans les dispositions centrales du
projet de loi.
M. Ouellet : Donc, on fait un
peu de dépoussiérage en ramenant ça à un seul endroit, parce qu'à cet
endroit-là on va couvrir d'autres sociétés pour lesquelles on va discuter tout
à l'heure. Si on m'avait dit ça au début, peut-être que la discussion aurait été
moins longue. Je pensais que c'était nouveau, parce que le ministre parlait de
nouveauté. Puis je ne le mets... je ne veux pas l'induire en erreur, là, puis
c'était ma prétention. C'est qu'on ne faisait pas ça avant, on le fait
maintenant.
Donc, ces clarifications m'amènent, M. le
Président, à dire : Bien, pour ce qui est de mon temps de parole sur le
3.3, il est utilisé.
Le Président (M. Simard) : Alors,
cher collègue de Robert-Baldwin, souhaitiez-vous intervenir?
Président (M. Simard) : Y aurait-il d'autres commentaires sur 3.3? Pas à ce
stade-ci? Très bien. 3.4. M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : «3.4. Le
gouvernement fixe la rémunération, les avantages sociaux et les autres
conditions de travail du président-directeur général de la société.
«Les autres membres du conseil d'administration
sont rémunérés par la société aux conditions et dans la mesure que détermine le
gouvernement.
«Les membres du conseil ont par ailleurs droit
au remboursement des dépenses faites dans l'exercice de leurs fonctions, aux
conditions et dans la mesure que détermine le gouvernement.»
Commentaire. Le nouvel
article 3.4 de la
Loi sur la gouvernance des sociétés d'État porte principalement sur la rémunération des membres du conseil
d'administration. Il confère d'abord au gouvernement le pouvoir de
déterminer l'ensemble des conditions de travail du président-directeur général
de la société. Le président-directeur général exerce généralement à temps plein la direction et la gestion de la société.
Dans ces circonstances, il se doit non seulement d'être rémunéré, mais également de bénéficier de
l'ensemble des conditions de travail propres aux plus hauts dirigeants de la
société.
Le deuxième alinéa prévoit que les autres
membres du conseil seront rémunérés selon ce que déterminera le gouvernement.
Le troisième alinéa prévoit, par ailleurs, que
tous les membres du conseil d'administration pourront obtenir le remboursement
des dépenses encourues dans le cadre de leurs fonctions d'administrateurs selon
ce que déterminera le gouvernement.
Je donnerais une note additionnelle, là, c'est
que, dans l'énoncé budgétaire, ce qu'on a dit, c'est que la plupart des membres
des conseils d'administration des sociétés d'État, c'est-à-dire les membres
indépendants, dorénavant, seront rémunérés, ce qui n'était pas le cas,
présentement, pour l'ensemble des sociétés d'État qui n'étaient pas des
sociétés d'État à vocation commerciale. Et donc ça va nous permettre... cette
rémunération-là, bien qu'elle ne sera pas nécessairement compétitive avec ce
qui se fait dans le secteur privé, M. le Président, va néanmoins nous permettre
d'attirer, par rapport à la situation où on ne les rémunère pas du tout,
d'attirer des gens sur nos conseils d'administration de sociétés d'État.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Alors, Mme la députée de Mercier, sachant à l'avance que vous nous aviez soumis
deux amendements, je crois, pour cet onglet.
Mme Ghazal : Oui, j'ai fait
comme le ministre, j'ai... En fait, j'annonce tout de suite que je dépose un amendement, mais c'est vrai que ça serait
intéressant, à la suite de la discussion de mon amendement... Si vous
permettez que je le dépose...
Le Président (M. Simard) : Tout
à fait.
Mme Ghazal : ...on pourra avoir aussi la discussion sur la
rémunération des membres des conseils d'administration, alors.
Le Président (M. Simard) : Concrètement...
Mme Ghazal : Je dépose l'amendement.
Le Président (M. Simard) : Vous
souhaitez le lire tout de suite, oui?
Mme Ghazal : Oui,
je le lis. Donc, tout le monde l'a?
Le Président (M. Simard) : Oui.
S'il vous plaît.
Mme Ghazal : Alors, je le lis?
Le Président (M. Simard) : Oui.
Excusez-moi, chère collègue. M. le député de Robert-Baldwin, qu'on se
comprenne.
M. Leitão : Donc, il y aura un
amendement. Très bien, ma collègue va le présenter, mais, si on veut avoir une
discussion sur le 3.4, on le fait avant l'amendement ou après? C'est juste...
Comme vous voulez, là.
Le Président (M. Simard) : Bien,
écoutez, c'est une question de... comment dire, de...
Mme Ghazal : Oui, c'est ça. Tu
sais, habituellement, bien, le président... M. le président pourrait me
corriger, vu que je l'ai annoncé... Ça, je l'ai appris parce que, souvent, je
ne l'annonçais pas puis je me faisais avoir, là.
Le Président (M. Simard) : Oui,
oui, oui.
Mme Ghazal : Moi aussi, je suis
devenue politicienne ou, en tout cas, parlementaire, là, je comprends
maintenant comment ça fonctionne, la commission. Donc, comme je l'ai annoncé,
je le lis, puis, après ça, on va avoir amplement le temps... Merci. Merci, cher
collègue.
Le Président (M. Simard) : Si
ça vous va, cher collègue, parce que...
M. Leitão : O.K., ça va. Ça va,
ça va.
Mme Ghazal : Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Parce
qu'effectivement les deux voies se... hein, se présentent à nous.
Mme Ghazal : Très bien. Alors,
je le lis.
Le Président (M. Simard) : Alors,
allez-y, chère collègue.
Mme Ghazal :
L'article 3.4,
introduit par l'article 3 du projet de loi, est modifié par l'ajout, à la fin,
de l'alinéa suivant :
«Aucune rémunération variable ne peut être
accordée à un membre du conseil d'administration, à un dirigeant ou au
personnel d'encadrement.»
Donc, «rémunération variable», c'est le mot
juridique pour dire «boni», donc c'est de ça qu'il s'agit. Lors de mes remarques
préliminaires, j'avais tout déjà donné mon argumentaire et expliqué pour
quelles raisons. Donc, peut-être en rappeler quelques-unes. On a vu, là,
maintenant, la majorité des sociétés d'État ont commencé à annoncer c'est quoi, leurs bonis, et c'est souvent un sujet, là,
qui revient à l'avant-plan. D'ailleurs, l'année passée, c'était
Investissement Québec — on
ne l'a pas, le boni, pour cette année — Investissement Québec,
c'était une augmentation de 141 % de boni pour les employés et la haute
direction par rapport à l'année précédente. Ça, c'était pour 2021-2022 alors
qu'on était en pleine pandémie. Et il y a eu la même chose aussi au début de
l'année, je pense que c'était pour Loto-Québec. Et on a fait notre travail pour dire : Bien, voyons donc, comment
ça se fait? Tout était fermé, il y a des gens d'autres secteurs qui sont fermés, la culture, les restaurants, et
tout ça. Et, finalement, Loto-Québec a décidé que, pour les hauts
dirigeants, les huit membres... C'est ce que
nous avait dit le P.D.G. en crédits, lors de l'étude des crédits. Il a
dit : Bien, nous, finalement, on s'est gardé une petite gêne, je le
paraphrase, mais on l'a donné à nos cadres et employés, ça, c'est conventionné.
Donc, le sens de mon... Bien, je donne un autre
exemple. SAQ, aux cinq plus hauts dirigeants, plus le cadre et le personnel non
syndiqué, en tout et pour tout, c'est près de 9 millions de dollars
de bonis. Je ne parle pas de la rémunération de base. Hydro-Québec, pour
l'année 2021, c'est 30... plus de 30 millions de dollars,
toujours en bonis. Les cadres de la direction et les hauts dirigeants, eux, ils
ont reçu... ils se sont partagé 6 570 000 $. La Caisse de dépôt
et placement du Québec, c'est 187,9 millions de dollars de bonis.
Comparativement à l'année passée, en 2020, c'était 158 millions. Les hauts
dirigeants se sont partagé 12 millions, puis on avait... j'avais aussi
amplement parlé de la rémunération, les bonis, et tout le reste, là, la
compensation, parce que M. Charles Emond avait quitté son emploi précédent dans
une banque privée.
Donc, tout ça, nous ne sommes pas les premiers à
en parler, et probablement pas les derniers, à moins qu'aujourd'hui on vive un
moment historique où le ministre accepte, en tout ou en partie, l'amendement
que je propose. Moi, je propose, pour toutes les sociétés
d'État, qu'il n'y ait aucun boni qui soit accordé aux membres du... que ce soit
le conseil d'administration... je ne sais pas si c'est une pratique, là, on
vient de dire qu'on les rémunère nouvellement, en tout cas, pour les dirigeants,
les hauts dirigeants, les cadres, pour toutes ces personnes-là, de ne pas avoir
de boni pour toutes les sociétés d'État.
Et, comme je le dis, nous ne sommes pas les
premiers, puisque ça a déjà été dénoncé, même avec des motions, en 2013, 2014,
par la CAQ lorsqu'ils étaient de l'autre côté de la Chambre. Et ce qu'ils
reprochaient au gouvernement de l'époque, c'est que le gouvernement de l'époque
dénonçait les bonis de... par exemple, du... à l'époque, c'était
M. Thierry Vandal, de son boni lorsqu'eux, ils étaient dans l'opposition.
Donc, ça, c'était la CAQ qui dénonçait ça de la part du gouvernement de
l'époque, le Parti québécois. Ils leur disaient : Quand vous étiez dans
l'opposition, vous trouviez que c'était
scandaleux. Et là, maintenant, bien là je le fais pour la CAQ, qui est en train
de reproduire exactement ce qu'elle reprochait au Parti québécois à
l'époque. Probablement qu'elle le faisait aussi pour le Parti libéral.
Lorsqu'ils sont au gouvernement, ils
disent : Ah! tout d'un coup, les bonis sont justifiés. Mais là on est dans
un moment particulier par rapport à ces années-là. On parle de l'inflation à
tous les jours, tout le temps. On a les camionneurs, on a toutes les personnes
qui subissent cette inflation-là. Donc, est-ce qu'on peut se garder une petite
gêne? Nous, on l'a... Moi, mon amendement, c'est de façon permanente, pour
donner l'exemplarité, exemplarité de l'État, mais au moins de le faire
maintenant, dans la situation actuelle.
Et ça fait