House Proceedings — 16 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
2017-11-16
Quebec — Debates (Hansard)
profite donc de cette occasion pour remercier Mme Lucette Proulx, qui
assure bénévolement la coordination depuis
10 ans, et M. Alain Rioux, qui depuis sa fondation, il y a 30 ans, veille à la
pérennité de l'organisme Accueil et Maternité.
Je veux également remercier le conseil d'administration et toute l'équipe, qui
font de cette maison un milieu accueillant et chaleureux. Merci, M. le
Président.
Vice-Président (M. Gendron) : Merci, M. le député de Rimouski. Je
cède maintenant la parole à M. le député de Côte-du-Sud pour sa
déclaration de ce matin. À vous, M. le député.
M. Morin :
M. le Président, dans le cadre des Semaines de l'économie sociale, j'aimerais
porter votre attention sur
Promo-Plastik, une entreprise de Saint-Jean-Port-Joli spécialisée dans le
domaine des articles promotionnels personnalisés qui vient de célébrer
ses 25 années d'existence.
Depuis ses débuts sur le modèle
coopératif, Promo-Plastik est en forte croissance, et le fait qu'une
partie de
ses employés en soient également
propriétaires n'est pas étranger à son succès. En effet, ce modèle d'affaires
lui permet de créer de nombreux
produits promotionnels personnalisables, dont, M. le Président, l'effigie du
légendaire Bonhomme Carnaval, et ce,
avec une rapidité, une efficacité remarquables. De plus, Promo-Plastik valorise
et encourage des horaires flexibles
et l'insertion des personnes atteintes d'un handicap, créant ainsi un climat de
travail sain et propice à la bonne réussite du manufacturier et surtout
au développement de son personnel.
Toutes mes
félicitations pour ce 25e anniversaire! Bravo!
Vice-Président (M. Gendron) : Merci de votre déclaration. Je cède
maintenant la parole à M. le député de Borduas pour sa déclaration de ce
matin. À vous, M. le député.
M. Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. J'aimerais prendre
quelques minutes aujourd'hui pour souligner le 15e anniversaire du
Cercle des fermières Au Pied-du-Mont.
effet, depuis 15 ans, des femmes de La Vallée-du-Richelieu se trouvent plusieurs
fois par semaine à la vieille école
Sacré-Coeur de Mont-Saint-Hilaire pour, bien sûr, tisser, broder et tricoter,
mais aussi pour partager leur savoir entre elles et créer des liens
durables.
Depuis
maintenant plus de 100 ans, Les Cercles des fermières du Québec soutiennent à
leur façon les nombreux organismes
qui viennent en aide aux personnes démunies ou vivant des situations
difficiles. Par le fait même, Les Cercles des fermières s'attellent à conserver et à transmettre leur patrimoine artisanal
au Québec. C'est la même chose pour les 80 membres du Cercle des
fermières Au Pied-du-Mont. Elles font bien plus que tisser et broder, elles
participent au mieux-être de la communauté et s'assurent que l'artisanat
québécois demeure en vie.
Encore une fois,
mesdames, longue vie à votre groupe et bon 15e anniversaire! Merci,
M. le Président.
Vice-Président (M. Gendron) : Alors, on vous remercie, M.
le député. Je cède maintenant
la parole à Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré
pour sa déclaration de ce matin. À vous.
Mme Simard : M. le Président, une minute ne saura suffire pour
rendre hommage à l'abbé Jean Moisan, qui a su être et faire autrement
durant ses années au service de l'Église.
vicaire de Château-Richer à curé de
Saint-Joseph-de-la-Rive, celui qui a atteint le coeur de nombreux citoyens
s'est démarqué, au fil des ans, par sa
franchise, son originalité, son rire coloré, sa spontanéité, son énergie
débordante, son sens de l'humour
prononcé et sa capacité à rassembler la population dans toutes les
circonstances. Que ce soit durant une cérémonie religieuse
traditionnelle, une célébration non conventionnelle en plein air sur une
goélette, une messe heavy metal ou une
émission, celui qui prend sa retraite après 17 ans comme animateur bénévole de Parole
de vie en vie à CIHO mérite qu'on
le remercie. À 89 ans, il a su se familiariser avec brio aux nouvelles technologies et demeurer près de toutes les générations de façon unique et
exceptionnelle.
M. le Président, le
sachant à l'écoute, permettez-moi de lui souhaiter une bonne retraite et, sur
une note plus personnelle, de lui dire : Mon petit Moisan, prends soin de
toi et merci!
Vice-Président (M. Gendron) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques
pour sa déclaration de ce matin. À vous, Mme la députée.
Mme Massé : Merci,
M. le Président. Alors, permettez-moi
de souligner aujourd'hui une institution au coeur du Centre-Sud de Montréal, la Coopérative de travail le Touski, lieu de
rassemblement de prédilection de mes concitoyens et concitoyennes.
oui, après plus d'une décennie sur la rue Ontario, la coopérative se voit malheureusement obligée de se relocaliser. Le
Touski étant au coeur de l'identité du Centre-Sud, c'est toute une population
du quartier qui s'est mobilisée pour
la survie de notre lieu de rencontre favori. C'est sous cette impulsion qu'a
été lancée la campagne le Touski persiste! afin d'amasser les ressources
nécessaires pour une relocalisation dans le quartier, vers un lieu adapté aux
besoins de la coop. Avec plus de moyens, on
leur permettrait de raffermir leur mission à vocation alimentaire, sociale,
culturelle et familiale au bénéfice des gens du quartier.
Un tel lieu de rassemblement fait
partie du
Centre-Sud, de notre vie collective, et j'invite donc tout le monde à
contribuer généreusement à leur campagne de sociofinancement.
Vice-Président (M. Gendron) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant
la parole à M. le député de Maskinongé pour sa déclaration. À vous.
M. Plante : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, ce matin, je veux souligner l'inauguration de la maison des
aidants naturels de Saint-Paulin, désormais reconnue comme la Maison
Laurianne-Elliott-Martel, en hommage à sa présidente
fondatrice. L'Association des aidants naturels du bassin de Maskinongé
Mains tendres... une femme reconnue pour
sa vision, sa ténacité, sa grande sagesse et sa détermination pour la réalisation du projet, qui nous a malheureusement
quittés. D'où elle est,
Mme Elliott-Martel est sûrement très fière que les proches aidants des 17 municipalités de la MRC de Maskinongé peuvent désormais partager les
expériences vécues et mieux se prémunir contre l'épuisement.
tous les bénévoles impliqués, je vous dis merci pour la réalisation de ce lieu-phare d'entraide et de solidarité. Bon succès et
longue vie à la Maison Laurianne-Elliott-Martel! Merci beaucoup, M. le
Président.
Le Vice-Président
(M. Gendron) : On vous remercie pour votre déclaration. Je cède
maintenant la parole à Mme la députée de Saint-Hyacinthe pour sa déclaration.
Mme Soucy :
M. le Président, aujourd'hui, je tiens à rendre hommage à un véritable artisan
du mouvement communautaire maskoutain, M. Fernand Grégoire, qui est ici,
parmi nous.
Aujourd'hui
à l'aube de sa retraite, M. Grégoire cumule plus de 40 ans d'implication
sociale au sein de trois coopératives et d'une quinzaine d'organismes
communautaires. Il est d'ailleurs le cofondateur de neuf d'entre eux, dont le
Comité Logemen'mêle, le Mouvement
Action-Chômage et l'Association coopérative d'économie familiale, qui existent
encore à ce jour. Le temps dont je
dispose aujourd'hui n'est pas suffisant pour dresser la liste de tout ce qu'a
accompli M. Grégoire au cours des 40 dernières années, mais je peux
souligner son apport indéniable à notre communauté.
Nous
savons à quel point, M. le Président, que les personnes impliquées comme
M. Grégoire sont d'une valeur inestimable pour la société
québécoise. M. Grégoire, mille fois merci!
Vice-Président (M. Gendron) : Alors, on vous remercie. Et on vous
souhaite la bienvenue à l'Assemblée nationale, M. Grégoire.
Alors,
je cède maintenant la parole à Mme la députée de Soulanges — oui, c'est ça, oui — pour sa déclaration de ce matin.
Mme Charlebois :
Alors, merci, M. le Président. J'aimerais souligner que le 20 novembre prochain
se tiendra la Journée nationale de l'enfant. C'est un événement annuel
visant à rappeler que la maltraitance envers les enfants est inacceptable et
qu'ensemble nous devons agir pour le développement des générations futures.
J'aimerais d'ailleurs
profiter de l'occasion pour saluer certains de nos partenaires dans cette
mission, soit les organismes Espace. Ces
organismes, qui sont plus d'une dizaine à être implantés un peu partout au
Québec, interviennent afin que les
enfants, au Québec, puissent vivre une enfance en sécurité et sans violence.
Par leurs interventions, ils outillent concrètement
les enfants et les adultes face à des situations de violence et sensibilisent
la population à ce phénomène.
Grâce
aux actions gouvernementales et aux organismes, ensemble, nous continuons
d'agir efficacement afin que chaque enfant, au Québec, soit en mesure
d'avoir une voix dans notre société, et qu'ils réalisent leur plein potentiel.
Ensemble,
je répète, ensemble, soulignons la richesse de nos enfants, leur rôle en tant
que citoyens actifs dans notre société. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Gendron) : Merci. Je cède maintenant la parole à M. le député
de Verchères pour sa déclaration de ce matin. M. le député de Verchères, à
vous.
M. Bergeron :
Merci, M. le Président. Il y a maintenant 35 ans, des passionnés fondaient La
Maison des jeunes de Verchères dans
le but de contribuer à l'épanouissement, au développement et au mieux-être de
jeunes de la communauté âgés entre 12 et 17 ans.
Forte
d'une équipe toujours renouvelée, dynamique et dévouée, La Maison des jeunes de
Verchères a permis à de nombreux
jeunes, au cours des 35 dernières années, de se découvrir des habiletés, de
mettre à profit leurs talents et de nouer
des amitiés durables, le tout dans un
cadre constructif, stimulant et sécuritaire favorisant leur socialisation, leur
estime de soi et le rapport positif à
la communauté. J'exprime donc ma gratitude aux administrateurs, employés, bénévoles et partenaires de La Maison des jeunes de Verchères
pour leur engagement exemplaire ayant permis d'assurer la pérennité, le
bon fonctionnement et le rayonnement de cette remarquable organisation depuis
toutes ces années.
Bon 35e
anniversaire, donc, mille mercis et longue vie à La Maison des jeunes de
Verchères et à ses membres!
Le Vice-Président (M. Gendron) :
Alors, M. le député, on vous remercie pour votre déclaration. Et cette dernière
déclaration met fin à la rubrique Déclarations de députés.
Les travaux sont suspendus pour quelques
instants.
(Suspension de la séance à 9 h 52)
Le Président : Mesdames
messieurs, nous allons nous recueillir quelques instants.
Merci. Et je vous suggérerais de vous asseoir,
car j'ai l'intention de répondre aux questions soulevées par le leader de l'opposition
officielle concernant les droits et
privilèges des parlementaires face au travail policier. Alors, la
suggestion était effectivement à l'effet que vous vous assoyiez.
Je suis maintenant
prêt à revenir sur les questions de directive qui m'ont été posées par le leader
de l'opposition officielle le
31 octobre dernier.
Ces questions
s'inscrivent dans la foulée des événements ayant entouré l'arrestation du
député de Chomedey et la saisie de documents et de matériel
en sa possession par l'Unité permanente anticorruption, le 25 octobre
Je vous
rappelle que, lors de la séance où l'on m'a soumis ces questions
de directive, le député de Chomedey a pu s'exprimer
sur le sujet dans le cadre d'une explication sur un fait personnel. J'ai aussi choisi, à ce moment,
de vous faire part de mon point de vue sur cette situation pour le moins particulière, de même que de mon
interprétation de mon rôle en tant que président dans ce contexte.
Par ailleurs, ces questions de directive me
permettent aujourd'hui de compléter dans un cadre plus formel les propos que
j'ai alors tenus.
Les questions du leader de l'opposition
officielle peuvent se résumer ainsi.
Première question : Est-ce
que le président a toujours
été avisé par les autorités judiciaires de l'arrestation d'un député?
Deuxième question : Est-ce que les
autorités judiciaires portent atteinte aux privilèges d'un député si elles ne
déposent pas rapidement des chefs d'accusation par la suite de son arrestation?
Troisième question : Est-ce que
l'autorisation du président est nécessaire pour la perquisition des téléphones cellulaires et des ordinateurs des députés? À cet
égard, est-ce que ces appareils doivent être considérés comme des extensions
du bureau d'un député de l'Assemblée nationale, couverts par le même privilège
parlementaire?
Quatrième
question : Est-ce que le fait pour un corps policier d'induire un député
en erreur, l'amenant à ne pas remplir
ses fonctions parlementaires, est une atteinte à ses privilèges? À ce sujet,
est-ce que leurrer ou induire un député en erreur pour qu'il sorte de
l'enceinte du parlement afin de lui signifier un acte de procédure constitue un
outrage au Parlement?
Et cinquième
et dernière question : Est-ce que la surveillance électronique d'un député
en dehors de l'enceinte parlementaire
est considérée comme une forme de harcèlement, d'obstruction, de nuisance ou
encore d'intimidation à l'égard d'un
député? Quelles mesures particulières doivent être prises par les corps
policiers dans les circonstances afin de respecter la séparation des
pouvoirs entre l'exécutif et le législatif?
Avant de
répondre à ces questions, il m'apparaît d'emblée opportun de rappeler
quelques-uns des grands principes qui gouvernent notre institution en
tant qu'assise du pouvoir législatif.
Tout d'abord,
il importe de réitérer le caractère fondamental du principe de la séparation
des pouvoirs de l'État. La Cour
suprême du Canada l'a elle-même réaffirmé chaque fois qu'elle a eu à se
prononcer sur les privilèges parlementaires reconnus aux assemblées législatives et dont l'objet est justement de
protéger l'indépendance de la branche législative de l'État.
Le corollaire
de cette indépendance reconnue collectivement aux assemblées législatives est
le privilège de la liberté de parole
conféré individuellement à tous les députés afin qu'ils exercent pleinement
leurs fonctions sans aucune crainte d'être menacés, entravés ou limités dans
leur capacité d'exprimer leurs points de vue dans le cadre des travaux
parlementaires.
Le principe
fondamental, dont les origines remontent à l'article 9 du Bill of Rights
britannique de 1689 qui consacre la
liberté de parole et de débat des parlementaires, constitue la pierre angulaire
sur laquelle est construit notre système parlementaire.
vous rappelle que les privilèges parlementaires ont un statut constitutionnel
reconnu par les cours de justice et se
veulent en quelque sorte une exception au droit commun. Les droits et immunités
qui sont ainsi conférés aux assemblées et à leurs membres ont pour but
de leur permettre d'exercer efficacement et sans entrave leurs fonctions
législatives, délibératives et de contrôle
de l'action gouvernementale. La Cour suprême a d'ailleurs reconnu que, et je
cite, «l'autonomie des parlementaires
ne leur a [...] pas été conférée comme une simple marque de respect, mais parce
que la protection contre toute ingérence externe est nécessaire pour que
le Parlement et ses membres accomplissent leur travail».
L'indépendance
de l'Assemblée et des députés a également été codifiée dans la Loi de
l'Assemblée nationale. Le préambule
de cette loi prévoit notamment, et je cite : «Considérant qu'il convient,
en conséquence, d'affirmer la pérennité, la souveraineté et l'indépendance de
l'Assemblée nationale et de protéger ses travaux contre toute ingérence.»
Les articles 42, 43 et 44 de notre loi
prévoient également, et je cite :
«42. L'Assemblée a le pouvoir de protéger ses
travaux contre toute ingérence.»
«43. Un député jouit d'une entière indépendance
dans l'exercice de ses fonctions.»
«44. Un député ne peut être poursuivi, arrêté,
ni emprisonné en raison de paroles prononcées, d'un document déposé ou d'un acte parlementaire accompli par
lui, dans l'exercice de ses fonctions à l'Assemblée, à une commission ou à une sous-commission.» Fin
de la citation.
Le statut exceptionnel accordé aux parlementaires
se traduit sous différentes formes. Outre les privilèges parlementaires à
proprement parler, la
Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et
sur la protection des renseignements personnels
témoigne, elle aussi, de la sensibilité des enjeux ayant un lien avec
l'exercice du mandat d'un député. En
ce sens, cette loi crée un régime qui, et je le reprends ici dans les termes de
la Cour suprême dans l'affaire
Macdonell, «concilie deux
principes fondamentaux de notre démocratie : l'accès à l'information et l'indépendance
des députés».
En effet, la
loi sur l'accès à l'information, à son
article 34, prévoit un régime
particulier où les députés ont le choix de consentir ou non à ce que
leurs documents soient rendus accessibles.
Toujours
selon la Cour suprême dans l'affaire Macdonell, et je cite, «ce droit d'accès
restreint démontre l'intention du
législateur de protéger le libre exercice de la fonction parlementaire contre
les pressions intempestives et arbitraires en attribuant au député la
responsabilité de la non-divulgation et ceci vis-à-vis de l'Assemblée nationale
et du public, et en lui aménageant une sphère de confidentialité [pour] son
travail». Fin de la citation.
On constate
donc que, dans notre ordre juridique, le principe de l'indépendance du député
revêt une importance capitale. Tant
les privilèges parlementaires que le régime particulier prévu dans la
Loi sur
l'accès, plus spécialement en ce qui a
trait à l'aspect de la protection des éléments confidentiels que détient un
député dans l'exercice de ses fonctions, sont des éléments garantissant
aux députés une plus grande liberté dans l'exercice de leurs fonctions.
Vous
comprendrez dès lors que, lorsqu'il est question de saisie de documents ou
d'outils de travail d'un député contenant
de telles informations confidentielles, la présidence, en tant que gardienne
des droits et privilèges de l'Assemblée et de chacun de ses membres, se
sent tout particulièrement interpelée.
Par ailleurs, et comprenez-moi bien, personne,
personne ne prétend aujourd'hui que les parlementaires sont au-dessus des lois ou qu'ils sont à l'abri de la
justice. Les députés ne jouissent d'aucune immunité à l'égard des infractions
pénales ou criminelles qu'ils peuvent
commettre comme citoyens. Néanmoins, pour préserver leur indépendance et leur
assurer de pouvoir exercer pleinement et efficacement leur rôle de députés, ils
doivent pouvoir compter sur certaines garanties qui leur sont nécessaires dans
l'exercice de leurs fonctions.
Comme
l'expliquait le comité des privilèges de la Chambre des communes du Royaume-Uni
dans un rapport datant de 2011, et je
vous le traduis, «les privilèges parlementaires portent donc sur les fonctions plutôt
que sur les individus. Ils assurent le bon déroulement des travaux de la
Chambre et le droit des parlementaires d'y participer et de parler librement. Cependant, ils ne confèrent pas
d'immunité complète aux députés et ne leur accordent pas des droits individuels
plus importants que ceux dont jouissent
[d'autres] personnes. Les privilèges parlementaires reconnaissent également la
compétence ou la juridiction exclusive du Parlement pour mener ses propres
affaires.» Fin de la citation.
En d'autres
mots, un député peut, à l'instar de toute personne, faire l'objet d'une
arrestation policière. Toutefois, dans
son cas, certaines particularités quant à la manière de le faire devront être
impérativement respectées. De fait, l'arrestation d'un député ne doit pas
être prise à la légère.
Certes, le
droit parlementaire britannique qui s'applique à l'Assemblée nationale ne met
pas un député à l'abri de l'application
du droit commun. Mais, pour vous démontrer jusqu'à quel point il s'agit d'une
situation sensible et, entre guillemets,
à manipuler avec soin, je vous rappelle que, dans plusieurs juridictions à
travers le monde, non seulement un député
ne peut être poursuivi pour des actions accomplies dans le cadre des activités
parlementaires, mais également pour des
activités extraparlementaires, à moins d'une levée de son immunité par ses
pairs. C'est vous dire jusqu'à quel point l'arrestation et la poursuite
d'un député n'est pas une chose banale.
Cela
s'explique par le fait qu'on ne doit jamais avoir de doute quant au nécessaire
équilibre à partager lorsqu'on traite
de la relation entre les différentes branches de l'État. Ce passage d'un arrêt
de la Cour suprême du Canada résume bien
la relation qui doit exister entre les différentes branches de l'État, et je
cite : «On sait que sont apparues dans le passé de dangereuses tensions entre les tribunaux et le
Parlement — dangereuses
parce que chacune de ces institutions a un rôle précis à jouer dans notre Constitution et qu'un conflit entre elles
est susceptible d'affaiblir leur pouvoir de garantir aux citoyens les
droits constitutionnels dont ils sont les protecteurs.»
Dans un autre important arrêt de la Cour
suprême, cette dernière rajoute, et je cite : «Notre gouvernement
démocratique comporte plusieurs branches : la couronne représentée par le
gouverneur général et ses homologues provinciaux,
l'organisme législatif, l'exécutif et les tribunaux. Pour assurer le
fonctionnement de l'ensemble du gouvernement, il est essentiel que toutes ces composantes jouent le rôle qui leur est
propre. Il est également essentiel qu'aucune de ces branches
n'outrepasse ses limites et que chacune respecte de façon appropriée le domaine
légitime de compétence de l'autre.» Fin de la citation.
viens maintenant aux questions qui m'ont été soulevées par le
leader de l'opposition officielle et qui portent sur les droits et privilèges des parlementaires face au travail policier. Je vous précise toutefois
que je ne suis actuellement
saisi d'aucune question de droit ou de privilège mais bien de questions de
directive ayant trait au respect des droits et privilèges de l'Assemblée. C'est
donc sous cet angle que j'entends maintenant me prononcer.
première question du leader de l'opposition officielle est la
suivante : Est-ce que le président a toujours été avisé par
les autorités judiciaires de l'arrestation d'un député?
Comme le mentionnait
à juste
titre le leader de l'opposition officielle, il existe un certain usage
dans d'autres assemblées législatives selon
lequel la Chambre doit être avisée lorsque l'un de ses membres est arrêté et
accusé au pénal ou au criminel. À la liste des exemples soumis par le
leader de l'opposition officielle émanant de la Chambre des communes du Canada et des deux Chambres du
Parlement de Westminster, mentionnons que nous pourrions aussi y ajouter
notamment des exemples provenant de la Chambre des représentants de l'Australie
et de celle de la Nouvelle-Zélande.
raisons derrière cette pratique se conçoivent assez aisément. En effet, il est
normal que, lorsqu'une assemblée législative
siège, elle puisse être avisée de l'arrestation et de la détention de l'un de
ses membres. Cette exigence se justifie par le droit prioritaire d'une
assemblée législative de bénéficier de la présence de ses membres.
C'est d'ailleurs la même logique qui se trouve à la base de
l'exemption de faire
partie d'un jury, de l'exemption de comparution comme témoin ou de l'immunité
d'arrestation en matière civile dont bénéficient les députés. C'est donc
dire que, sans être soustrait à l'application de la justice, un député jouit d'un statut particulier afin que le
nécessaire équilibre dans le fonctionnement de l'État soit assuré.
Cela
dit, à l'Assemblée nationale, la pratique d'informer la Chambre en cas
d'arrestation d'un député n'a pas été suivie
de manière constante par le passé : la présidence et le secrétariat
général ont déjà été avisés de telles arrestations, alors
qu'en d'autres occasions ils ne l'ont pas été. Il n'existe donc pas, à cet
égard, de constance. Il est clair que l'Assemblée devrait être informée de
l'arrestation d'un de ses membres, et impérativement si cela avait pour effet
de l'empêcher de participer aux travaux parlementaires.
Encore
là, cette pratique n'a pas pour objectif de s'immiscer dans l'administration de la
justice; elle sert plutôt à assurer la nécessaire déférence entre l'organe
suprême de gouvernance d'un État démocratique, soit le Parlement. Plus particulièrement, dans le présent cas, on aurait eu tout intérêt à aviser le Parlement de
l'arrestation du député de Chomedey
et président de la Commission des institutions. En effet, le matin de l'arrestation, ce dernier
présidait sa commission dans le
cadre de l'étude détaillée du projet
de loi n° 139, Loi regroupant l'Office Québec/Wallonie-Bruxelles
pour la jeunesse, l'Office
Québec-Amériques pour la jeunesse et l'Office Québec-Monde pour la jeunesse. Il devait à nouveau présider sa commission
en après-midi sur ce même mandat.
Or, c'est pendant la pause du déjeuner qu'on a
entraîné le député de Chomedey en dehors du parlement pour procéder à son arrestation. Pour des motifs que nous
ignorons, on a donc choisi de l'arrêter lors d'un jour de séance de la Commission des institutions. Or, malgré le fait qu'on ait considéré cette
arrestation suffisamment urgente pour le faire le jour d'une séance de la commission, aucune accusation n'a été
portée à ce jour contre le député de Chomedey. Loin de moi, loin de moi l'idée de dire aux forces de l'ordre comment
faire leur travail. Toutefois, lorsque l'arrestation d'un député, en
l'occurrence d'un président d'une
commission, a pour effet de perturber le fonctionnement des travaux
parlementaires, il y a des doutes qui peuvent survenir dans l'esprit des
gens, ce qui a été le cas, en l'espèce.
Je le répète, les
députés ne sont pas au-dessus des lois. Rien dans les règles qui nous
gouvernent ne protège le citoyen Guy
Ouellette d'une arrestation. C'est plutôt la manière et le moment où l'on a
arrêté le député de Chomedey et président
de la Commission des institutions qui soulèvent des interrogations légitimes;
d'autant plus que la commission venait
de terminer les auditions publiques sur le projet de loi n° 107, Loi
visant à accroître la compétence et l'indépendance du commissaire à la lutte contre la corruption et
du Bureau des enquêtes indépendantes ainsi que le pouvoir du directeur des
poursuites criminelles et pénales d'accorder certains avantages à des témoins
collaborateurs, et devait débuter l'étude détaillée de ce projet de loi
prochainement.
entraînant le député de Chomedey et président de la Commission des institutions
hors du parlement lors d'un jour de
séance de la commission, on est en droit de s'attendre, d'une part, à l'urgence
d'agir et, d'autre part, à ce que les autorités
de l'Assemblée soient avisées qu'un de ses membres ne sera pas en mesure
d'exercer ses fonctions parlementaires. Il en va du respect de
l'Assemblée nationale.
Cela
dit, en tout respect pour le travail des policiers et pour la bonne
administration de la justice, votre président a encore des doutes sur la manière dont les choses ont été faites. Ces
doutes sont d'autant plus renforcés par le fait que l'UPAC n'a exprimé
aucune sensibilité à l'égard de la situation particulière, comme si
l'arrestation du président de la commission
parlementaire devant laquelle l'UPAC doit répondre était une chose anodine;
comme si cette arrestation et, surtout,
la manière dont elle a été faite ne soulevaient pas des doutes quant au respect
du nécessaire et fragile équilibre qui sous-tend l'organisation de notre
État.
L'extrait
suivant de l'ouvrage de Joseph Maingot — que vous aviez cité, d'ailleurs — sur les privilèges parlementaires est assez éloquent quant à la nécessité de
protéger la capacité d'assister à des travaux, et je cite : «Rien ne doit
empêcher le député d'accomplir ses tâches parlementaires, que ce soit à
la Chambre, lorsqu'il s'y rend ou lorsqu'il en revient. Au contraire, les
députés ont le privilège consacré par [le privilège] "d'entrer librement
et sans obstacle dans les édifices parlementaires".»
C'est pourquoi je demande qu'à l'avenir les
corps policiers informent de manière systématique la présidence lorsqu'il est
question de l'arrestation d'un député et surtout si cette arrestation l'empêche
de participer aux travaux parlementaires. Voilà ce qui dispose de la première
question.
deuxième question soumise par le leader de l'opposition officielle est la
suivante : Est-ce que les autorités judiciaires
portent atteinte aux privilèges d'un député si elles ne déposent pas rapidement
des chefs d'accusation à la suite de son arrestation?
Dans un premier temps, je réfère aux commentaires
que je viens de formuler sur la manière dont on a procédé à l'arrestation du député de Chomedey au milieu
d'une séance de la commission qu'il présidait sans que le Parlement en soit
informé et alors que cette commission devait
étudier prochainement un projet de loi qui concerne l'UPAC. En soi, cela
peut être suffisant pour soulever des doutes
légitimes dans l'esprit des gens. Qu'aucune accusation ne soit portée à ce jour
après avoir procédé de cette manière pour l'arrestation peut contribuer
à accroître ces doutes.
Mais
ce n'est pas au président de l'Assemblée nationale à fixer les délais qui
doivent être respectés en semblable matière.
J'ai suffisamment de respect pour nos autorités policières et judiciaires pour
éviter de leur dicter comment faire leur
travail. Ce n'est pas de ça dont il est question ici. En tant que gardien des
droits et privilèges de l'Assemblée et de ses membres, je demande à ce que le travail policier se fasse de
manière : à respecter les droits des députés et à entraver le moins possible les travaux parlementaires, à ne
pas laisser planer de doute sur le mélange des genres, c'est-à-dire qu'une
arrestation pourrait avoir un lien avec les fonctions parlementaires du député.
cela j'ajouterais une préoccupation qui m'habite quant aux conséquences
politiques que pourrait avoir sur un membre
de l'Assemblée un délai trop long entre une arrestation et une accusation. Je rappelle
que les parlementaires sont élus pour
une législature qui dure, sauf exception, quatre ans, en vertu de la Loi
électorale. Aussi, plus nous nous rapprochons
du prochain rendez-vous électoral, plus un long délai avant que des accusations
ne soient portées à l'encontre d'un député
ayant vu son intégrité attaquée pourrait avoir un effet préjudiciable sur ce
dernier. En effet, dans un contexte politique
où l'image et les perceptions du public sont fondamentales, il est difficile
d'imaginer qu'un député à l'égard de qui
de telles accusations seraient latentes puisse participer au processus
démocratique sans en payer le prix politique. Cette situation, vous en conviendrez, serait inéquitable
et même profondément injuste. Voilà ce qui dispose de la deuxième question.
Tout d'abord, il
importe de mentionner que le président de l'Assemblée n'a pas à autoriser les
corps policiers à effectuer une perquisition... Woups! Je vais commencer par
vous dire la... Je vais vous recommencer ceci.
troisième question soumise par le leader de l'opposition officielle est la
suivante : Est-ce que l'autorisation du président est nécessaire pour la perquisition des téléphones
cellulaires et des ordinateurs des députés? À cet égard, est-ce que ces appareils doivent être considérés comme
des extensions du bureau d'un député de l'Assemblée nationale, couverts
par le même privilège parlementaire?
Tout
d'abord — je
reviens à mon «tout d'abord», je l'ai déjà dit — tout d'abord, il importe de mentionner que
le président de l'Assemblée n'a pas à
autoriser les corps policiers à effectuer une perquisition. Cela appartient
plutôt aux tribunaux. C'est une fois
cette autorisation donnée, lorsque de telles perquisitions ont lieu dans
l'enceinte de l'Assemblée nationale, que la présidence doit décider si
elle donne ou pas accès à l'enceinte de l'Assemblée.
Cette
situation s'explique par le fait qu'en vertu des privilèges parlementaires les
assemblées législatives ne sont pas accessibles de plein droit et que
les étrangers peuvent en être expulsés. Le droit d'une assemblée de contrôler
l'accès de son enceinte a été reconnu par la Cour suprême du Canada dans
l'arrêt New Brunswick Broadcasting. La cour a aussi précisé qu'il s'agissait
d'un privilège bénéficiant d'un statut constitutionnel, car il est jugé
nécessaire au fonctionnement efficace des assemblées.
Cette
approche est d'ailleurs celle préconisée dans d'autres Parlements. À
titre
d'exemple, la doctrine de la Chambre des
communes du Canada mentionne que, dans un tel contexte, la présidence se trouve
placée dans une position délicate puisqu'elle
doit s'assurer, d'une part, que ne soient pas compromis ni le privilège
collectif de la Chambre d'administrer ses
affaires dans l'enceinte parlementaire ni le privilège des députés de
participer en toute liberté aux délibérations de la Chambre. Elle doit
aussi, d'autre part, prendre garde de ne pas entraver l'administration de la
justice.
Aussi, bien que les privilèges parlementaires ne fassent pas échec à l'application du droit pénal ou criminel dans l'enceinte
de l'Assemblée, qui par ailleurs ne constitue pas une «enclave à l'abri de
l'application du droit commun», la police
n'y a pas accès de plein droit. Cela est justifié par le fait qu'une
intervention policière en ce lieu peut avoir pour effet de nuire au bon fonctionnement de
l'Assemblée et, partant, à son privilège de régir ses affaires internes sans
ingérence extérieure. C'est pour
cette raison que les forces policières ne peuvent intervenir dans l'enceinte de
l'Assemblée sans avoir obtenu préalablement
l'autorisation du président. Cette autorisation est requise, peu importe la
nature de l'intervention.
Dans
ce cadre, la présidence doit collaborer à la bonne administration de la justice
dans la mesure où cela respecte les
privilèges parlementaires et n'empêche pas ou n'entrave pas la bonne marche des
travaux parlementaires et l'exercice des
fonctions des députés. C'est pourquoi, de manière générale, elle autorise les
corps policiers à entrer au parlement pour procéder à leur perquisition
lorsque ces principes sont respectés.
présidence s'assurera cependant que les corps policiers ont bel et bien un
mandat de perquisition valide et que seuls
les documents qui y sont visés soient saisis. C'est cette même approche qui
guide la présidence lorsqu'elle reçoit une demande de transmission ou une ordonnance de communication de documents
concernant un député de la part des autorités policières.
plus, dans le contexte d'une perquisition dans l'enceinte parlementaire, le
rôle de la présidence ne s'arrête pas à la porte du parlement. En effet, elle veillera à la protection des
droits des députés en s'assurant qu'un de ses représentants accompagne en tout temps, et ce, du début jusqu'à
la fin, les policiers chargés d'effectuer la perquisition. Un protocole similaire est d'ailleurs en place tant à la
Chambre des communes de Londres qu'à la Chambre des communes du Canada.
Qu'en est-il
maintenant de la saisie de documents et de matériel qui se trouvent à
l'extérieur de l'enceinte parlementaire, soit dans un bureau de
circonscription, chez un député ou encore en tout autre lieu?
Dans
ce contexte, ce qu'il est important de savoir, c'est que ce n'est pas parce
qu'un document ou un appareil est ainsi saisi par la police qu'il pourra
nécessairement être utilisé en preuve.
Afin
d'expliquer mon propos, il importe ici de faire un bref retour en arrière
concernant le privilège de la liberté de
parole et la notion de compétence exclusive sur ses propres affaires dont je
parlais un peu plus tôt. Ces
privilèges tirent leur
origine de l'article 9 du Bill of Rights britannique qui édicte ce qui
suit : «...the freedom of speech, and debates or proceedings in
Parliament, ought not to be impeached or questioned in any court or place out
of Parliament.»
En 1999, le Comité mixte
britannique sur les privilèges parlementaires apportait la précision suivante
quant à l'étendue de la protection accordée
par ces privilèges en mentionnant ceci, et je cite — c'est une traduction que je vous fais :
«Aux fins de l'article 9
du Bill of Rights de 1689, l'expression "proceedings in Parliament"
désigne toutes les paroles prononcées
et les actes accomplis dans le cadre ou aux fins des travaux de l'une des
Chambres du Parlement ou d'un comité ou en découlant nécessairement.»
Fin de la citation.
De plus, ce comité mentionnait que devait
notamment être incluse dans cette définition de «proceedings in Parliament» la
préparation d'un document aux fins des travaux d'une Chambre ou d'un comité, à
la condition que les ébauches, notes, avis
ou autres documents analogues ne soient pas diffusés à une échelle plus vaste
que nécessaire aux fins de la préparation.
Enfin, le
comité définissait à cet égard un «document» comme devant inclure tout disque,
bande ou dispositif sur lesquels sont enregistrées des données pouvant
être reproduites à partir de ceux-ci.
La doctrine de la Nouvelle-Galles du Sud, en
Australie, décrit pour sa
part les documents qui pourraient être reconnus comme
inclus dans la notion de «proceedings in Parliament» comme suit, et je
cite :
«Diverses
correspondances, telles une correspondance échangée avec un ministre, avec un
autre représentant de la branche exécutive du gouvernement ou avec un
membre du public, ainsi que les notes de recherche et d'information portant sur les affaires qu'un député a
l'intention de soulever en Chambre pourraient être visées par des privilèges
parlementaires. Ceci pourrait aussi
valoir pour des annotations faites dans un journal intime ou pour des notes
prises lors [des] rencontres ou [des] conversations ayant trait aux
affaires du Parlement.» Fin de la citation.
Il découle de
ces principes que certains documents saisis, et encore certaines informations
auxquelles du matériel électronique saisi donne accès, peuvent être
couverts par les privilèges parlementaires.
C'est pour
cette raison que, un peu comme cela se fait lorsque sont saisis des documents
se trouvant à l'intérieur d'un bureau d'avocats ou en possession de toute autre
personne bénéficiant d'un privilège de confidentialité, lorsqu'une
opération policière concerne des documents ou du matériel appartenant à un
député, une marche à suivre particulière doit être suivie.
Je ne désire pas entrer dans les détails de ce
qui se passe dans ce genre de situations où des perquisitions sont effectuées alors que les personnes visées sont
également détentrices de privilège. Néanmoins, il me semble intéressant de dresser un parallèle avec les principes
généraux que la Cour suprême du Canada a élaborés dans l'arrêt Lavallee
lorsqu'il est question de perquisitionner un cabinet d'avocats. Elle
mentionnait alors, et je cite :
«Aucun mandat
de perquisition ne peut être décerné relativement à des documents reconnus
comme étant protégés par le secret professionnel de l'avocat.
«Avant de
perquisitionner dans un bureau d'avocats, les autorités chargées de l'enquête
doivent convaincre le juge saisi de la demande de mandat qu'il n'existe
aucune autre solution de rechange raisonnable.
«Lorsqu'il permet la perquisition dans un bureau
d'avocats, le juge saisi de la demande de mandat doit être rigoureusement exigeant, de manière à conférer la
plus grande protection possible à la confidentialité des communications
entre client et avocat.
«Sauf lorsque
le mandat autorise expressément l'analyse, la copie et la saisie immédiates d'un document
précis, tous les documents
en la possession d'un avocat doivent être scellés avant d'être examinés ou de
lui être enlevés.» Fin de la citation.
Ainsi, bien que peu de décisions judiciaires se
soient penchées sur la situation plus précise d'une perquisition touchant un député, les intérêts en jeu ne
semblent pas moins importants lorsqu'on traite des privilèges parlementaires des députés et de la
protection de la confidentialité des informations qu'ils détiennent en lien
avec leurs fonctions parlementaires. Bien entendu, les faits qui ont pu être soumis
par les enquêteurs afin d'obtenir la délivrance d'un mandat ne sont pas connus
et ne sont pas publics, car ils sont soumis
à une ordonnance du tribunal. Je ne peux donc pas commenter ce cas précis.
Néanmoins, ma préoccupation, en tant que président et gardien des droits et
privilèges de tous les députés, est que des garanties soient également exigées lorsqu'il est question
des élus de l'Assemblée nationale. Ces derniers sont en droit de s'attendre à ce que leurs privilèges soient non seulement
pris en compte, mais surtout respectés. Les députés jouent un rôle fondamental dans notre société
démocratique, et les privilèges qui leur ont été conférés afin de leur
permettre de jouer ce rôle leur sont extrêmement importants. Il ne faudrait pas que les socles sur lesquels
est basée notre société démocratique soient fragilisés.
Comme je
l'affirmais plus tôt, les tribunaux ont confirmé l'importance de la notion de confidentialité concernant les
documents utilisés par les députés dans l'exercice de leurs fonctions.
À ce
sujet, j'aimerais maintenant citer les auteurs en droit constitutionnel Brun,
Tremblay et Brouillet, qui mentionnent ce qui suit, et je cite :
«[Le] député
devrait pouvoir ne pas dévoiler ses sources d'information. De plus, tous
les documents qu'il possède en rapport avec ses fonctions de député devraient être à l'abri des
perquisitions et saisies; il ne devrait être contraint de les produire
que pour fins d'examen par un juge en chambre. [L']article 43 de la Loi
sur l'Assemblée nationale, en conférant au
député une entière indépendance dans l'exercice de ses fonctions, peut être
interprété comme protégeant ses documents et ses sources d'information.»
Fin de la citation.
Voilà pour
les principes entourant la perquisition à proprement parler. Maintenant,
une fois les documents et le matériel saisis, ils doivent être placés
sous scellés, afin d'éviter toute violation des privilèges du député. Ensuite,
un protocole doit être
mis en place afin de pouvoir séparer les documents couverts par le privilège et
ceux qui ne le sont pas : seuls ces derniers pourront alors être
utilisés par les autorités policières. De plus, en tant que gardienne des
droits des députés, la présidence de
l'Assemblée, ou une personne la représentant, doit pouvoir participer
activement à cette opération.
Quant aux documents couverts par ce privilège,
il est important de savoir qu'aucune liste exhaustive n'existe, et pour cause, il est essentiel de ne pas les
cristalliser dans une définition trop stricte qui ne pourrait évoluer avec le
temps et qui empêcherait la
nécessaire analyse au cas par cas. C'est d'ailleurs cette même approche qui a
été préconisée par le Parlement du Royaume-Uni.
Je réitère
toutefois que les députés ne sont nullement à l'abri du droit criminel : ils
peuvent faire l'objet de perquisitions, mais, dans la mesure où un
privilège parlementaire s'applique, la justice doit en tenir compte.
Enfin, je
conclurai ce volet de la question en abordant la manière, que d'aucuns
pourraient qualifier de cavalière, avec
laquelle l'UPAC a choisi d'informer cette Chambre de la façon dont elle
entendait procéder à l'analyse des documents saisis. En effet, je trouve
tout à fait déplorable que l'UPAC n'ait pas pris la peine de communiquer avec
l'Assemblée nationale, la plus haute et la
plus noble des institutions que nous avons au Québec, pour nous faire part de
leurs intentions, mais qu'elle ait
plutôt opté par la voie des médias pour ce faire. Cette attitude dénote, à mon
sens, d'abord une méconnaissance de
nos institutions, et en particulier du Parlement, qui est le coeur de la
gouvernance démocratique de notre État. Voilà ce qui dispose de la
troisième question.
La quatrième
question soumise par le leader de l'opposition officielle est la
suivante : Est-ce que le fait pour un corps policier d'induire un député en erreur l'amenant à ne pas remplir
ses fonctions parlementaires est une atteinte à ses privilèges? À ce sujet, est-ce que leurrer ou
induire un député en erreur pour qu'il sorte de l'enceinte du Parlement afin de
lui signifier un acte de procédure constitue un outrage au Parlement?
On se
rappelle que, le mercredi 25 octobre dernier, l'Assemblée siégeait. La
Commission des institutions, alors présidée par le député de Chomedey,
tenait séance toute la journée, comme je l'ai mentionné plus tôt. Comme je l'ai
mentionné plus tôt, ce dernier, en raison de
son arrestation, n'a pu revenir au parlement en après-midi pour présider les travaux de cette commission.
En vertu des
principes énoncés précédemment, il est évident que les policiers n'auraient pas
pu arrêter le député de Chomedey
en pleine séance de l'Assemblée ou de la commission qu'il présidait alors. Il leur aurait fallu
obtenir mon autorisation préalablement.
Qu'on le
qualifie de piège ou d'appât a peu d'importance : le fait d'utiliser un stratagème visant à faire
sortir un député de l'enceinte parlementaire pour mieux
procéder à son arrestation, tel qu'il a été relaté, est, le moins qu'on puisse
dire, assez dérangeant. Comme le mentionne
le leader de l'opposition officielle, cela revient, d'une certaine manière, à
faire indirectement ce que les policiers n'auraient pas pu faire directement,
ce qui, à mon sens, pose problème.
Dans un cas
survenu en 2008 au Royaume-Uni, avec lequel plusieurs parallèles peuvent être tracés, voici comment un
policier en autorité décrivait la grande sensibilité et les enjeux
potentiellement complexes qu'impliquait le fait d'arrêter un parlementaire soupçonné d'avoir divulgué aux
médias des informations confidentielles, et je cite le policier qui était
en charge de l'opération. Alors, il dit :
«J'estimais,
dit-il, que, dans ce cas, nous devions exceptionnellement attendre avant
d'entreprendre des démarches, afin que nous puissions obtenir l'avis
juridique de la Direction des services juridiques de la police métropolitaine,
et consulter les autorités parlementaires au
début du processus, et prendre conseil auprès des procureurs de la couronne.»
Fin de la citation.
Comme
l'explique le comité de la Chambre des communes chargé de faire la lumière sur
cette affaire, la police estimait
que, dans ce cas précis — et j'ouvre les guillemets — «le besoin d'assurer la légalité de toute
action, et de contacter, et de consulter les autorités parlementaires
l'emportait sur le risque de perdre des preuves — fin des guillemets».
Ainsi, la
question que nous sommes en droit de nous poser en l'espèce est la
suivante : La manière de procéder utilisée
par l'UPAC visant à user d'un subterfuge pour qu'un député quitte les travaux
parlementaires était-elle vraiment nécessaire?
De plus, l'UPAC n'aurait-elle pas dû, à l'instar du précédent au Royaume-Uni
que je viens d'évoquer, consulter les
autorités parlementaires avant de procéder à l'arrestation du député de
Chomedey, ne serait-ce que pour s'enquérir des particularités devant
être respectées relativement à son statut de membre de l'Assemblée nationale?
Bien que ces questions demeurent, selon moi, encore sans réponse à l'heure
actuelle, je peux néanmoins affirmer que les méthodes employées par l'UPAC dans la présente affaire dénotent, à mon avis, un
manque flagrant de considération à l'endroit de l'Assemblée et de ses
membres.
Comme je le mentionnais précédemment, cette
façon de faire peut être suffisante pour semer un doute sur le respect de l'équilibre fragile qui doit exister
dans la relation entre les différentes branches de l'État. Si on estimait qu'il
est à ce point urgent d'arrêter un président de commission parlementaire
au beau milieu d'une séance de sa commission, pourquoi avoir procédé de cette
manière? Pourquoi a-t-on attiré le député à l'extérieur de l'enceinte
parlementaire en utilisant un subterfuge? Pourquoi, si c'était si urgent, ne
pas avoir procédé à l'arrestation et à la saisie à l'Assemblée nationale?
Est-ce pour éviter la procédure "plus lourde" qui vise à obtenir la
permission du président de l'Assemblée nationale? Est-ce pour éviter de soumettre un mandat de
perquisition au président pour analyser s'il était respectueux des règles applicables en la matière? Force est de
constater que des doutes subsistent. Voilà ce qui dispose de la quatrième
question.
La cinquième
question soumise par le leader de l'opposition
officielle est la suivante : Est-ce
que la surveillance électronique d'un
député en dehors de l'enceinte parlementaire est considérée comme une forme de
harcèlement, d'obstruction, de
nuisance ou encore d'intimidation à l'égard d'un député? Quelles mesures
particulières doivent être prises par les corps policiers dans ces
circonstances afin de respecter la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et
le législatif?
Comme
l'a mentionné le leader de l'opposition
officielle, le président de la Chambre des communes du Canada a déjà jugé que la surveillance électronique d'un
député en dehors de l'enceinte parlementaire pourrait être considérée
comme une forme de harcèlement, d'obstruction, de nuisance ou encore
d'intimidation à l'égard d'un député.
De même, à l'Assemblée
législative de la Colombie-Britannique, un comité chargé d'enquêter sur
l'interception alléguée de communications d'un ministre par la GRC en
est déjà venu à la conclusion que des actions de la GRC constituaient bien une
violation de l'immunité parlementaire et un mépris de l'autorité de
l'Assemblée.
À l'Assemblée
du Yukon, alors que l'on avait découvert que le téléphone du ministre de la
Justice avait fait l'objet d'une
surveillance électronique, un comité des privilèges avait été chargé de faire
une enquête semblable. Après avoir longuement étudié cette question, le
comité a fait valoir, dans ses recommandations, que la surveillance
électronique des lignes téléphoniques des parlementaires constituait une
violation de l'immunité parlementaire et devait être considérée comme un mépris de l'autorité de l'Assemblée. De plus, il a
ajouté que le fait, pour la GRC, de ne pas avoir averti le président
lorsqu'il avait l'intention de surveiller électroniquement la ligne
téléphonique d'un parlementaire constituait aussi un mépris de l'autorité de
l'Assemblée.
À mon sens,
si un tel procédé d'écoute électronique était utilisé à l'encontre d'un membre
de notre Assemblée de manière illicite, abusive ou pour exercer une
pression indue sur lui, nous serions clairement dans la sphère des privilèges parlementaires. En effet, comme le
mentionne un comité de la Chambre des communes du Royaume-Uni dans un rapport cité précédemment, si l'interception de
communications concerne directement les travaux de la Chambre ou l'une
de ses commissions, il y a très peu, sinon aucun doute qu'il s'agirait d'un cas
d'outrage.
Dans les
autres cas de figure, c'est-à-dire lorsqu'une telle procédure est autorisée par
un tribunal, il est clair que, parmi
les communications susceptibles d'être captées lors d'une écoute électronique,
un nombre important d'éléments n'ayant
pas de lien avec l'objet de l'enquête, mais entrant plutôt dans la sphère du
travail du député, pourraient être aussi surveillés. Cet aspect, qui
touche au coeur de l'indépendance du travail du député, est très préoccupant.
Cela rejoint
la notion de confidentialité dont je parlais précédemment, et qui entoure les
documents utilisés par les députés
dans l'exercice de leurs fonctions ainsi que leurs sources d'information qui
leur permettent d'exercer un contrôle parlementaire efficace. À
titre
d'exemple, il ne faudrait pas en venir à une situation où des citoyens,
craignant que la confidentialité de ce
qu'ils confieraient à un député ne puisse être garantie, s'abstiennent, pour
ces raisons, d'entrer en contact avec le député.
Je note d'ailleurs qu'en matière d'écoute
électronique une directive du Procureur général du Québec précise qu'une demande particulière soit nécessaire dans
le cas de catégories de fonctions qui détiennent certains privilèges. Il en est
ainsi notamment pour les avocats, les juges, les sénateurs, les membres de la
Chambre des communes du Canada et les députés de l'Assemblée nationale
du Québec.
J'en profite d'ailleurs pour faire ici un
parallèle avec le choc que nous avons tous ressenti à pareille date l'an dernier, lorsque les médias ont révélé que des
journalistes avaient fait l'objet de surveillance électronique de la part des
forces de l'ordre. Rappelons que l'Assemblée
avait alors tenu, le 3 novembre 2016, un débat d'urgence sur ce
sujet, au cours duquel tous les
parlementaires ayant pris la parole en ont profité pour exprimer un souci, un
souci au sujet des effets potentiellement négatifs de ces écoutes sur la
vie démocratique. Je note aussi que, depuis, une commission d'enquête a été formée par le gouvernement du Québec pour
faire la lumière sur ces révélations et que le Parlement fédéral a aussi
adopté la
Loi sur la protection des sources journalistiques pour répondre à ces
préoccupations.
À mon sens,
la confidentialité des communications d'un député doit jouir d'un niveau de
protection au moins aussi élevé que celui que nous avons souhaité pour
les journalistes.
Voici ce qui dispose des cinq questions soumises
par le leader de l'opposition officielle.
Pour la suite
des choses, maintenant. Sans vouloir entrer dans le détail des échanges en
cours avec l'UPAC, sachez que, dès le
3 novembre 2017, je lui ai adressé une lettre dans laquelle je faisais état des
préoccupations exprimées dans la présente directive. Dans cette lettre,
je demandais également à l'UPAC de ne pas prendre connaissance des données contenues dans les appareils saisis du député de
Chomedey, et ce, tant que nous n'aurons pas l'assurance
que le protocole qui doit être mis en place puisse permettre de veiller
au respect des privilèges parlementaires.
Compte tenu
de la manière dont le député de Chomedey a été arrêté; compte tenu que, contrairement à une saisie de l'Assemblée, le président n'a pas eu à sa
disposition le mandat de perquisition; compte tenu que le député de Chomedey
était alors le président de la Commission des institutions; compte tenu que la
Commission des institutions détient des compétences parlementaires face à
l'UPAC; compte tenu que le député de Chomedey a été arrêté à l'aube de l'étude détaillée du projet de loi n° 107, Loi visant
à accroître la compétence et l'indépendance du commissaire à la lutte contre la
corruption et du Bureau des enquêtes
indépendantes ainsi que le pouvoir du directeur des poursuites criminelles et
pénales d'accorder certains avantages
à des témoins collaborateurs; il importe de s'assurer qu'aucune information
saisie n'a un lien avec l'exercice des fonctions parlementaires du
député de Chomedey.
Encore une fois, je le répète, la présente
directive n'a pas pour effet d'empêcher, le cas échéant, le député de Chomedey de faire face à la justice pour des
gestes qu'il aurait pu poser en dehors du cadre de ses fonctions parlementaires.
Mais, par cette directive, je tiens à exercer ma responsabilité la plus
fondamentale, soit de faire respecter les droits et privilèges de cette
Assemblée et de ses membres.
Indépendamment
de la personne qui occupe ce fauteuil, la présidence de l'Assemblée nationale
est la gardienne des droits démocratiques des citoyens, lesquels
citoyens sont en droit de s'attendre à ce que leurs élus exercent leurs
fonctions en toute indépendance, sans être menacés, entravés ou gênés de
quelque façon que ce soit.
Je ne présume
pas que c'est le cas dans l'espèce. Je veux cependant prendre tous les moyens
pour dissiper tout doute qu'on
pourrait entretenir à cet égard. J'invite donc l'UPAC à faire preuve de respect
envers l'Assemblée nationale et lui demande sa collaboration afin qu'ensemble
on en arrive à trouver une nécessaire voie de passage pour non seulement
maintenir les hauts standards démocratiques
qui sous-tendent le fonctionnement de notre État, mais également pour en
assumer et en assurer les apparences.
Je vous remercie de
votre attention.
je dépose le document... Le dépôt est un peu compliqué parce que les feuilles
sont un peu... mais alors, au moment où on se parle, le texte est déjà
sur Internet.
M. le leader de
l'opposition.
Bérubé : M. le Président, nous accueillons votre décision qui est des plus importantes. Vous
confirmez que les corps policiers
doivent informer de manière systématique la présidence lorsqu'il est question
de l'arrestation d'un député, surtout si cette arrestation l'empêche de
participer aux travaux parlementaires.
Sans
vouloir fixer les délais entre l'arrestation et le dépôt d'accusation, vous
estimez que, pour des parlementaires qui font face à l'électorat à tous
les quatre ans, un long délai avant que des accusations ne soient portées peut
être inéquitable et profondément injuste,
voire préjudiciable. Les policiers ne doivent laisser aucun doute à savoir si
l'arrestation pourrait avoir un lien avec les fonctions parlementaires
d'un député.
Vous
rappelez également que les forces policières ne peuvent intervenir
dans l'enceinte de l'Assemblée sans avoir obtenu préalablement votre autorisation. Mais vous allez plus loin en
établissant un processus clair lorsqu'il y a perquisition de documents,
notamment électroniques, visés par le privilège parlementaire.
les méthodes visant à leurrer ou appâter un député pour le sortir de l'enceinte
parlementaire, vous dénotez que de telles méthodes sont un manque
flagrant de considération à l'endroit de l'Assemblée et de ses membres.
Vous
notez ensuite que, si les conversations d'un député sont en lien directement
avec les travaux de l'Assemblée, il y a très peu de doutes que leur
interception constituerait un outrage.
Pour
les autres communications, vous estimez, le niveau de protection doit être au
moins aussi élevé que celui des journalistes, et nous en prenons acte.
Dorénavant,
il sera possible pour les forces de l'ordre et pour les procureurs de savoir
comment opérer lors de l'arrestation
d'un député. Les élus de l'Assemblée
nationale ne sont pas au-dessus des
lois. Il est cependant important qu'il existe une marche à suivre
lors de leurs arrestations.
Votre décision trace
désormais la voie pour empêcher qu'un corps de police agisse de manière
cavalière, ce sont vos mots, comme cela a été le cas le 25 octobre dernier.
Le Président :
M. le leader du deuxième groupe d'opposition.
Bonnardel : Oui, M. le Président, un court mot. Nous prenons
acte de votre décision aujourd'hui. Vous savez, vous l'avez mentionné
maintes et maintes fois, aucun député ici, à l'Assemblée nationale, n'est
au-dessus des lois.
Maintenant,
je retiens un paragraphe, le dernier paragraphe de la page 25 de votre
discours. Vous dites : «...cette façon
de faire — en
parlant de l'UPAC — peut
être suffisante pour semer un doute sur le respect de l'équilibre fragile
qui doit exister dans la relation entre les
différentes branches de l'État.» Vous dites : «Si on estimait qu'il était
à ce point urgent d'arrêter un
président de commission parlementaire au beau milieu d'une séance de sa
commission, pourquoi avoir procédé de cette manière?» Vous dites :
«Pourquoi a-t-on attiré le député à l'extérieur de l'enceinte parlementaire en
utilisant un subterfuge. Pourquoi, si c'était si urgent, ne pas avoir procédé à
l'arrestation et à la saisie à l'Assemblée nationale? Est-ce pour éviter la
procédure "plus lourde" qui vise à obtenir la permission du président
de l'Assemblée nationale? Est-ce pour éviter
de soumettre un mandat de perquisition au président pour analyser s'il était
respectueux des règles applicables en la matière?» Et vous dites :
«Force est de constater que des doutes subsistent.»
J'ose
croire, M. le Président, que, suite à la lettre que vous avez envoyée à
l'UPAC, la missive que vous leur avez envoyée,
ils sauront répondre rapidement aux questions que vous avez suite à
l'arrestation du député de Chomedey. Merci.
Le Président :
M. le député de Mercier.
M. Khadir :
Merci, M. le Président. Deux questions et une précision. Vous avez mentionné, à
la fin de votre présentation, que la manière
dont le député de Chomedey avait été arrêté pouvait représenter un mépris de
l'autorité du Parlement. Vous avez même évoqué qu'il y a matière à se
questionner sur la possibilité d'un outrage au Parlement.
Est-ce qu'en définitive, à la fin de votre
réflexion, vous considérez qu'il y a bel et bien matière à outrage? Deuxième
question : Vous avez écrit votre lettre
déjà il y a plus d'une semaine à la direction de l'UPAC, avez-vous obtenu,
outre un accusé de réception, une réponse sur le fond de vos
interrogations?
Précision
maintenant. Compte tenu que vous venez de dresser les principes qui doivent
guider la protection du travail des parlementaires et que nombre d'entre
nous sommes emmenés à parfois aborder des questions relativement litigieuses, notamment tout ce qui touche les
travaux qui doivent venir appuyer le travail des enquêtes que mène actuellement
l'UPAC, je vous avise et je tiens à informer
l'ensemble des parlementaires que je vais venir à votre bureau, en tant que
président de l'Assemblée nationale et en
tant que protecteur de nos privilèges, vous déposer un document indiquant le
genre de travail d'enquête que je fais et les deux sources précises que je
tiens absolument à protéger grâce à votre protection. Merci.
Le Président :
D'abord, M. le député de Mercier, en fait, les questions que le leader de
l'opposition officielle me posait étaient des questions demandant un
ordre de directive. Je n'ai pas reçu de question concernant le privilège parlementaire ou la protection du privilège
parlementaire. Mais par contre les directives nous amènent à éclaircir tout ce
qui s'appelle la question du privilège que les parlementaires peuvent avoir,
qui sont des privilèges constitutionnels.
Quant
à la lettre que j'ai envoyée à l'UPAC, effectivement l'UPAC nous a répondu.
Nous sommes dans un processus de commencement de correspondance, et je
souhaite évidemment que cela se clarifie, avance. Je souhaite évidemment que l'UPAC prenne acte de l'orientation
que l'Assemblée prend sur ces questions-là et je m'attends à ce que
l'UPAC éventuellement nous amène une façon de procéder qui soit juste et
raisonnable et qui tienne compte de la protection
des privilèges parlementaires. Je m'attends à ça, on va voir. Mais évidemment
vous comprendrez que je ne commencerai pas et ne commenterai pas de
discussion précise avec l'UPAC.
M. le leader du
gouvernement.
Fournier : M. le Président, quelques mots, d'abord pour rappeler que,
dans notre code d'éthique, nous nous engageons à maintenir notre
confiance dans nos institutions. Et, dans ce cas-ci, évidemment, nos
institutions, c'est la présidence de l'Assemblée, les corps policiers, la
fonction de député. Et, dans l'objet de la discussion que nous avons présentement, je crois que, considérant les chocs
qu'il peut exister entre chacune de ces institutions, nous devons agir et
parler avec prudence. Je sais que vous nous
le conseilleriez. Je sais aussi que vous nous le rappelleriez avec
l'article 35 de notre règlement,
qui nous rappelle que le député qui a la parole ne peut parler d'une affaire
qui est devant les tribunaux ou un
organisme quasi judiciaire ou qui fait l'objet d'une enquête si les paroles
prononcées peuvent porter préjudice à qui que ce soit, et, dans ce cas-ci, M. le Président, à chacune des
institutions que j'ai nommées : la présidence, le corps policier,
le député.
Mes commentaires sont
donc, M. le Président, que nous ne devrions pas en faire. Merci, M. le
Président.
Président : Eh bien, je comprends que vous n'en avez pas fait.
Et c'est pourquoi... Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, tout
au long des directives que j'ai précisées, je parlais de l'équilibre très
fragile, mais de l'équilibre extrêmement
important que l'on doit trouver dans toutes les branches de l'État, et c'est...
sur laquelle est fondée ma décision. Ça va?
Alors, nous
poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles.
À la rubrique
Présentation de projets de loi, M. le leader du gouvernement.
M. Fournier :
M. le Président, je vous demanderais d'appeler l'article b, s'il vous plaît.
Président : Alors, à l'article b du feuilleton, Mme la ministre
déléguée à la Réadaptation, et à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines
habitudes de vie présente le projet de loi n° 157, Loi constituant la
Société québécoise du cannabis,
édictant la Loi encadrant le cannabis et modifiant diverses dispositions en
matière de sécurité routière. Mme la ministre déléguée à la
Réadaptation.
Charlebois : Alors, M. le Président, c'est aujourd'hui la
journée où nous déposons le projet de loi n° 157, Loi constituant la Société québécoise du cannabis,
édictant la loi encadrant le cannabis et modifiant certaines dispositions
en matière de sécurité routière.
Suite à de longues consultations, M. le Président,
mais fructueuses, nous déposons ce projet de loi qui constitue la Société québécoise du cannabis, ce qu'on
appellera la SQC, une compagnie à fonds social, filiale de la Société des
alcools du Québec, dont l'objet est
d'assurer la vente du cannabis dans une perspective de protection de la santé
afin d'intégrer les consommateurs au marché licite du cannabis et de les
y maintenir sans favoriser la consommation de cannabis. Le projet de loi prévoit, entre autres, les règles applicables à la SQC
en matière de gouvernance et de ressources humaines, notamment en
mettant en place un processus d'habilitation sécuritaire pour ses
administrateurs et ses employés. D'autres
dispositions du projet de loi concernant son financement. Le projet de loi
constitue aussi, au ministère des Finances,
le Fonds des revenus provenant de la vente du cannabis.
projet de loi édicte de plus la Loi encadrant le cannabis. Cette loi prévoit
différentes mesures concernant la possession et la culture de cannabis à
des fins personnelles, notamment l'interdiction pour un mineur de posséder du cannabis ainsi que l'interdiction, pour tous, de
cultiver du cannabis à des fins personnelles dans une maison d'habitation.
Essentiellement, la loi restreint la
possibilité de fumer du cannabis dans les mêmes lieux que ceux où l'usage du
tabac est interdit. De plus, elle interdit à
quiconque de produire du cannabis à des fins commerciales au Québec, sauf s'il
s'agit d'un producteur de cannabis qui
possède les qualités et satisfait aux conditions déterminées par le
gouvernement. De même, elle permet à
ce dernier d'établir des normes relatives à la composition et aux
caractéristiques du cannabis.
La Loi
encadrant le cannabis établit aussi que seule la SQC peut acheter du cannabis à
un producteur de cannabis, en assurer le transport et l'entreposage et
le vendre, sous réserve de certaines exceptions. Elle prévoit les conditions applicables à la vente au
détail du cannabis par la Société québécoise du cannabis, notamment en exigeant
que ses préposés soient titulaires d'une attestation confirmant la
réussite d'une formation relative à la vente du cannabis, en interdisant l'accès aux mineurs aux points de vente de
cannabis, en limitant les produits pouvant être vendus par la SQC et en
exigeant que le cannabis ne puisse être vu que de l'intérieur des points
de vente.
Loi encadrant le cannabis prévoit par ailleurs les règles applicables en matière de publicité, de promotion
et d'emballage du cannabis. Elle donne au gouvernement le pouvoir
d'autoriser la mise en oeuvre de projets pilotes qui, lorsqu'ils concernent la vente au détail de cannabis, ne pourront porter
que sur un nombre restreint de points de vente d'ici à ce que le ministre de la Santé et des Services
sociaux dépose à l'Assemblée nationale son premier rapport sur la mise en
oeuvre de la loi, dans lequel il fait l'évaluation du modèle de vente. Elle donne aussi au gouvernement le pouvoir de
conclure des ententes avec les communautés autochtones pour adapter à
leurs réalités particulières toute matière visée par cette loi. La loi permet le financement, par des sommes dédiées,
d'activités, de programmes et de soins liés au cannabis en constituant,
au ministère de la Santé et des Services sociaux, le Fonds de prévention et de
recherche en matière de cannabis. Elle institue également un comité de
vigilance chargé de conseiller le ministre de la Santé et des Services sociaux
sur toute question relative au cannabis et, plus particulièrement, d'évaluer
l'application des mesures prévues par la loi
de même que les activités de la Société québécoise du cannabis. Elle prévoit enfin certaines
dispositions concernant la
surveillance des mesures qu'elle instaure, notamment des pouvoirs d'inspection,
et comporte des dispositions pénales.
Finalement, le projet de loi modifie le Code de la sécurité routière et d'autres lois en matière de transport afin de
les adapter aux nouvelles dispositions fédérales annoncées qui proposent
notamment une révision importante de la
section du Code criminel portant sur les infractions en matière de
transport en lien avec la consommation d'alcool et de drogue. Dans ce contexte, le projet de loi introduit un
nouveau principe de tolérance zéro en matière de drogue en interdisant à toute personne de conduire un véhicule routier ou
d'en avoir la garde ou le contrôle s'il y a quelque présence détectable de cannabis ou d'une autre drogue dans sa salive. Il
propose de plus de nouveaux mécanismes de contrôle et de sanction. Ainsi, il permet entre autres à un agent de la
paix qui a des raisons de soupçonner la présence de cannabis ou d'une drogue
dans l'organisme d'une personne d'ordonner à
celle-ci de lui fournir immédiatement les échantillons de salive qu'il estime
nécessaires à la réalisation d'une analyse
convenable avec le matériel de détection approuvé. Il prévoit enfin qu'un tel
agent suspend sur-le-champ, pour une période
de 90 jours, le permis d'une personne qui conduit un véhicule routier ou qui
en a la garde ou le contrôle, notamment si le test salivaire effectué révèle quelque
présence de cannabis ou d'une autre drogue dans son organisme. Merci, M.
le Président.
Le Président :
Est-ce que l'Assemblée accepte d'être saisie de ce projet de loi? M. le leader
de l'opposition.
Bérubé : M. le Président, nous souhaitons la tenue de consultations
générales sur ce projet de loi. On aimerait avoir cette confirmation.
Le Président :
M. le leader du gouvernement.
Fournier : ...pour quelques raisons. La première, c'est qu'il y a eu
déjà beaucoup de consultations. D'ailleurs, votre collègue de Labelle y a participé avec intensité, on le remercie
beaucoup. Les collègues de l'opposition ont été invités à participer à
toutes ces consultations. D'ailleurs, j'en profite pour saluer notre collègue
la ministre responsable, qui a vraiment fait un travail avec beaucoup de
diligence et aussi avec beaucoup de sens des responsabilités, ce sens des responsabilités qui nous appelle à faire les
choses correctement, mais de nous amener à une date d'échéance qui doit être
rencontrée. Nous espérons que cette date
d'échéance puisse être reportée, nous l'avons déjà dit, parce qu'il y a des
questions en suspens, mais ce n'est
pas le sens des responsabilités de tout faire pour éviter de se rendre à cette
échéance. Donc, des consultations
particulières, nous le souhaitons. Nous allons, d'ailleurs, dès aujourd'hui
transmettre des noms de groupes. Nous
espérons les commencer le 28 novembre, mais nous espérons surtout avoir le même
sens des responsabilités chez nos collègues des oppositions.
Le Président :
M. le leader de l'opposition.
Bérubé : M. le Président, l'initiative parlementaire revient
au gouvernement. Si leur souhait, c'était de l'adopter plus rapidement,
ils auraient pu faire autrement. Les consultations doivent se tenir à
l'Assemblée nationale du Québec, et je
comprends que, pour un sujet aussi important, on refuse des consultations
générales, c'est bien mal parti.
Le Président :
Et ma question est encore de savoir s'il est adopté. Alors, adopté.
Alors,
nous en sommes donc rendus... nous sommes rendus à la rubrique Dépôt de
documents. M. le ministre de l'Emploi.
Blais : Alors, M. le Président, je dépose aujourd'hui le Plan
stratégique 2018‑2021 du Conseil de gestion de l'assurance parentale.
Le Président : Alors,
document déposé. M. le ministre de la Santé.
M. Barrette : M. le Président,
permettez-moi de déposer le Rapport annuel 2016‑2017 sur l'application de la procédure d'examen des plaintes et de
l'amélioration de la qualité des services du Centre hospitalier universitaire
de Québec-Université Laval.
Le Président : Ce document
est déposé. M. le ministre des Forêts.
Blanchette : ...annuel 2016 du Programme d'aide aux Inuits pour leurs
activités de chasse, de pêche et de piégeage.
Le Président : Ce document
est déposé. Mme la ministre responsable de l'Accès à l'information.
Mme Weil :
Oui. M. le Président, permettez-moi de déposer le rapport annuel de
gestion 2016‑2017 de la Commission d'accès à l'information.
Le Président : Alors, ce
document est déposé. M. le leader du gouvernement.
Fournier : ...la réponse du gouvernement à la pétition présentée par
le député de Mercier le 4 octobre 2017, M. le Président.
Président : Alors, pour ma part, je dépose la lettre que m'a
adressée M. le premier ministre me demandant de prendre les dispositions nécessaires pour que l'Assemblée se réunisse en
séances extraordinaires à compter de 19 heures, ce jeudi 16 novembre 2017, selon le
calendrier et l'horaire qui seront déterminés par l'Assemblée, afin de
permettre la présentation d'un projet
de loi assurant la continuité de la prestation des services d'ingénierie au
sein du gouvernement et permettant la
poursuite de la négociation ainsi que le renouvellement de la convention
collective des salariés assurant la prestation de ces services afin de
procéder à toutes les étapes de son étude. Oui, M. le leader.
Fournier : Je crois qu'il y a un dépôt de documents qui n'a pas pu
être fait, mais qui est prêt à être fait, celui de ma collègue de
l'Enseignement supérieur.
Le Président : O.K. Nous
allons le faire immédiatement. Mme la ministre de l'Enseignement supérieur.
David : Alors, M. le Président, je dépose aujourd'hui les états
financiers des fondations universitaires de l'Institution royale pour l'avancement des sciences de l'Université
McGill, de l'École des hautes études commerciales de Montréal et de
l'Université de Montréal pour l'exercice terminé le 31 mai 2017.
Président : Alors, ce document est déposé. Je m'excuse d'être
passé par-dessus... Vous ne m'en voudrez pas trop longtemps? Vous êtes
gentille. Alors, voilà pour le dépôt que j'avais à faire.
Il n'y a pas de dépôt de rapports de
commissions.
À la rubrique Dépôt de pétitions, j'ai reçu une
demande de M. le député de Beauharnois pour la présentation d'une pétition qui
est non conforme. Est-ce que j'ai un consentement? Consentement. M. le député
de Beauharnois.
Leclair : Merci, M. le
Président. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale
signée par 1 107 pétitionnaires. Désignation : citoyens
et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Attendu que
le gouvernement du Québec impose maintenant un maximum de bandelettes selon les
conditions du diabétique, à savoir 3 000 par année pour les diabétiques
traités à l'insuline, 400 par année pour ceux traités par hypoglycémiant oral
sans insuline et 200 par année pour ceux sans ordonnance d'hypoglycémiant oral
ni insuline;
«Attendu que nous croyons que la prise en charge
personnelle des diabétiques passe par le contrôle de leur glycémie et, par ce fait même, ils ont besoin
d'outils pour le faire, c'est-à-dire des lecteurs de glycémie[, des] bandelettes nécessaires selon leurs
besoins;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, soussignés, demandons au gouvernement du Québec
que :
«Les
diabétiques du type 1 et ceux traités avec pompe à insuline aient la
possibilité d'obtenir 3 650 bandelettes par an afin de faire les ajustements dans le but de bien contrôler leur
taux de sucre dans [leur] sang que leur pancréas ne prend plus en
charge;
«Les
diabétiques traités par hypoglycémiant oral sans insuline puissent avoir 750
bandelettes pour la première année et
au besoin selon leur médecin, afin d'obtenir un meilleur contrôle de leur
glycémie au plus tôt et qu'ils puissent mesurer l'impact de leur
alimentation et de l'activité physique pratiquée.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
Président : Alors,
l'extrait de cette pétition est déposé. M. le député de Beauharnois a une autre pétition qui n'est pas conforme et qui demande le
consentement. Consentement, M. le député de Beauharnois.
Leclair : Merci, M. le Président. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée nationale, signée par 418 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Attendu que la prise en charge personnelle des
diabétiques passe par le contrôle de leur glycémie et que ce contrôle nécessite
l'achat de bandelettes pour le fonctionnement de leur lecteur de glycémie;
«Attendu que
le gouvernement du Québec impose désormais un nombre maximum de bandelettes
pour lecteurs de glycémie pouvant être remboursées par la Régie de
l'assurance maladie du Québec, soit 3 000 par année pour les diabétiques traités à l'insuline, 400 par année
pour ceux traités par hypoglycémiant
oral sans insuline et 200 par année pour ceux sans ordonnance
d'hypoglycémiant oral ni insuline;
«Attendu que
ces nouvelles limites représentent un nombre insuffisant pour permettre aux
personnes diabétiques d'exercer un contrôle optimal de leur glycémie;
«L'intervention réclamée se résume ainsi :
«Nous, soussignés, demandons au gouvernement du
Québec de revoir les seuils afin que
«Les
diabétiques de type 1 ainsi que ceux traités avec pompe à insuline aient la
possibilité de se faire rembourser l'achat de 3 650 bandelettes par
années;
«Les
diabétiques traités à l'hypoglycémiant oral sans insuline puissent se voir
rembourser 750 bandelettes au moins au cours de l'année suivant
leur diagnostic et par la suite selon la recommandation de leur médecin.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
Le Président : L'extrait de
cette pétition est déposé.
Il n'y a
pas de réponses orales aux pétitions ni d'intervention portant sur une question
de droit ou de privilège.
Je vous avise
qu'après la période de questions et réponses orales Mme la ministre de la Justice répondra à une question posée le 9
novembre 2017 par M. le député de Borduas concernant une demande d'accès à la
liste des notes d'allocutions publiques de la ministre préparée par le ministère
de la Justice depuis le 23 avril 2014.
Immédiatement après sera tenu le vote reporté sur la motion de M. le député de Borduas débattue hier aux affaires inscrites par
les députés de l'opposition.
Nous en sommes donc rendus maintenant à la
période de questions et de réponses orales, et je cède la parole à M. le chef
de l'opposition officielle.
Lisée : M. le Président, dans le dossier du cannabis, c'est le gouvernement fédéral qui nous
a plongés dans un calendrier et dans
un débat que les Québécois n'avaient
pas souhaités. Nous avons proposé au début qu'il y ait une consultation transpartisane d'une commission
parlementaire qui aille entendre les suggestions. Le gouvernement libéral
a refusé, a décidé
d'organiser ses propres consultations à l'extérieur du forum parlementaire. Ils
ont choisi de déposer un projet de loi passé le délai qui aurait permis
de l'adopter cette session-ci. C'est son choix. En Ontario, ils ont déjà adopté. Au Nouveau-Brunswick, c'est déjà fait.
Mais, ici, le gouvernement a choisi de prendre son temps et de passer
son délai. Maintenant qu'il a une
proposition à faire, cette proposition doit être mise à la discussion pour que
les experts, les personnes, les
policiers et les autres qui avaient fait des suggestions dans la première
consultation puissent dire : Bien, voilà, ce que vous avez retenu,
c'est une bonne idée. C'est une mauvaise idée, ça doit être modifié. Mais on
apprend aujourd'hui que le gouvernement décide de restreindre la consultation
sur la solution qu'il propose.
trouve-t-il pas qu'il va encore plus bousculer les Québécois dans un débat qui
mérite qu'on s'y attarde correctement?
Le Président :
Mme la ministre déléguée à la Réadaptation.
Charlebois : M. le Président, je suis très heureuse de
retrouver mon critique de l'opposition officielle. Je l'ai eu pendant quelques années et je le retrouve
aujourd'hui. Je souhaite lui dire que c'est un enjeu — je l'ai dit hier en débat — suffisamment
important pour qu'on ne fasse pas de partisanerie là-dessus.
Ceci
étant dit, M. le Président, je viens de déposer le projet de loi, et vous avez
vu la complexité et l'ampleur de ce dossier-là.
Vous avez certainement eu connaissance qu'au mois de juin dernier, suite à un
travail d'un groupe parlementaire de
12 ministères, deux secrétariats, nous avons fait un forum d'experts qui
s'est tenu les 19 et 20 juin, où il y a eu, M. le Président, des experts internationaux, des experts
du Québec, des intervenants dans le monde de la santé. On a eu de tous les acabits, 200 personnes étaient présentes, dont
le député de Labelle, de votre formation politique, et dont le député de
Borduas, de la deuxième opposition. Et, M.
le Président, ça a été fort enrichissant, on a pu apprendre de certains États
où ça a été déjà légalisé comment ça se déroulait.
plus, je dois vous dire qu'il y a eu d'autres consultations qui se sont tenues,
toujours suite au travail de notre comité interministériel, et j'aurai
la chance, certainement, d'expliquer davantage.
Le Président :
En terminant.
Charlebois :
Mais il y a eu huit rencontres dans le Québec...
Le Président :
Première complémentaire, M. le chef de l'opposition.
Lisée : Qu'il y ait eu des consultations extraparlementaires et
que le gouvernement ait choisi de baliser plutôt que de faire confiance aux
parlementaires, c'est son choix. Maintenant, le gouvernement propose une
solution en plusieurs étapes, et il y a énormément de matières dans lesquelles
des propositions sont avancées. C'est de ça qu'il faut discuter, est-ce que le
gouvernement a raison ou a tort, et il faut une consultation générale
pour que la société sente qu'elle a eu vraiment son mot à dire.
Pourquoi voulez-vous
confisquer...
Le Président :
Mme la ministre déléguée à la Réadaptation.
Charlebois : Alors, M. le Président, étant donné que mon
ancien critique est devenu chef, il a mandaté le député de Labelle, qui a assisté à la presque totalité des consultations
publiques, où on a fait huit régions au Québec. Et savez-vous quoi, M.
le Président? On a entendu la population. Il y a eu des groupes qui
représentent la population, de toutes sortes
de groupes, et il y a eu la population elle-même qui venait nous faire part de
leurs préoccupations le soir, on a eu suffisamment de temps pour
questionner.
Mais,
ceci étant, M. le Président, on ne s'est pas arrêtés là, on a mis un site de
consultation en ligne où — vous savez quoi? — plus de 12 600 personnes ont répondu au
questionnaire, et elles ont rempli plus de 80 % de ce questionnaire-là.
Ce n'est pas banal, là, il y a des gens qui se sont positionnés...
Le Président :
En terminant.
Charlebois :
...qui nous ont donné leur opinion.
Le Président :
Deuxième complémentaire, M. le chef de l'opposition.
M. Lisée : Je ne sais pas si
la ministre était présente lorsque... Le président vient de parler de
l'importance de l'institution parlementaire, et là l'institution parlementaire
va être saisie d'un projet de loi compliqué qui propose des solutions choisies par le gouvernement à un
certain nombre de ces éléments-là. Bien là ce n'est plus de la consultation sur ce serait une bonne idée ou non, c'est une consultation
sur les solutions avancées par le gouvernement. Si vous voulez un
consensus social sur une question difficile, il ne faut pas limiter la
consultation...
Le Président :
Mme la ministre déléguée à la Réadaptation.
Charlebois : Alors, je pense, M. le Président, que vous
venez de rendre une décision qui dit qu'un parlementaire est toujours
parlementaire, peu importe où il se situe dans le Québec. Ceci étant dit,
j'invite le chef de l'opposition officielle
à un peu de modération parce qu'on n'a pas dit qu'on ne voulait pas de
consultation. Le processus parlementaire,
c'est qu'on dépose un projet de loi, c'est... Oui, il y aura des consultations
particulières. Parce qu'on en a fait partout dans le Québec, là où votre
messager... en tout cas, votre porte-parole était présent.
Charlebois : Votre porte-parole était présent. Je m'excuse
de l'utilisation du mot, M. le député de Labelle, je me suis enfargée
dans ma bouche. Ceci étant dit...
Charlebois :
Non, non, je ne manque pas de respect envers le député de Labelle, M. le
Président.
Le Président :
Non, non, non.
Charlebois :
Mais il y aura des consultations particulières, on ne manquera pas à notre
devoir.
Président : Troisième complémentaire, M. le chef de
l'opposition. Et on le sait bien, que c'était un lapsus, madame, il n'y
a pas de problème. Alors, M. le chef de l'opposition.
Lisée : Consultations particulières, c'est ça, c'est une
camisole de force. Justin Trudeau a mis l'Assemblée nationale dans une camisole de force puis la
société québécoise en disant : «That's it, that's all», 1er juillet,
il faut que ça arrive. Puis là le
gouvernement libéral dit : Bien, nous, on en a une, solution, et on met
une camisole de force, il y aura des consultations
particulières, on va limiter ça parce que nous, on l'a, l'affaire. Puis
consulter les gens sur la solution libérale, ce n'est pas une bonne
idée.
Alors, revenez sur
cette décision, ouvrez des consultations générales.
Le Président :
S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il vous plaît! Mme la ministre déléguée à
la Réadaptation.
Charlebois : M. le Président, je vous invite à un peu de
réserve là-dedans. On l'a dit hier, les trois partis politiques, que nous aurions souhaité avoir plus
de temps. Moi, je l'avais déjà dit à Mme Philpott, je l'ai dit à la nouvelle
ministre, les ministres des Finances se sont prononcés là-dessus, on est tous
conscients qu'on a un échéancier serré.
Ceci étant, moi, je
pense à mes huit petits-enfants, M. le Président, et je pense aux enfants de
l'ensemble des parlementaires et leurs
petits-enfants. Moi, là, je peux vous dire que la drogue, ça existe déjà dans
nos chemins, hein? Puis je ne pense pas que, pour reprendre les propos
du député de Saint-Jean, les vendeurs, actuellement, se soucient beaucoup de l'état de santé de leurs clients, non
plus de leur donner de la bonne information. Avec la légalisation, avec
les consultations que nous ferons...
Le Président :
En terminant.
Charlebois : ...avec l'étude
article par article, avec les
parlementaires, nous pourrons le bonifier pour le bénéfice de la...
Le Président :
Principale, M. le député de Rousseau.
Le Président : Chut, chut,
chut!
Marceau : M. le Président, l'objectif de la légalisation du cannabis,
c'est de sortir les consommateurs, les jeunes, nos enfants en particulier, des griffes du crime organisé. La Société
québécoise du cannabis aura précisément ce mandat à l'article 3. Mais on sait que ça n'arrivera
pas si le prix du cannabis, le prix du produit est trop élevé. Or, on fait les
choses à l'envers. Il y aura une taxe
d'accise fédérale de 10 % et des taxes de vente de 15 %, un total,
donc, de 25 % de taxes, et ça
risque de faire monter le prix à un niveau qui sera trop élevé et pourrait nous
faire rater l'objectif de sortir le crime organisé de ce marché.
Alors,
le ministre des Finances peut-il nous assurer qu'il sera possible de sortir le
crime organisé du cannabis avec des taxes de 25 %?
Le Président :
M. le ministre des Finances.
Leitão : Merci, M. le Président. Encore une fois, le collègue de
Rousseau saute aux conclusions. Comme je l'ai dit hier en point de presse, le processus de conversation, de
négociation avec le gouvernement fédéral quant à l'établissement du niveau de taxation n'a même pas encore
commencé, on va l'entamer bientôt. Donc, c'est bien trop tôt d'arriver à une
telle conclusion. Et nous sommes, bien sûr,
M. le Président, bien sûr, nous sommes très clairs sur la nécessité de garder
le prix du produit qui va être légal compétitif, si on peut ainsi le
dire, avec le prix du marché parallèle. Bien sûr, nous connaissons les limitations, M. le Président. C'est, il me semble,
extrêmement téméraire de la part du député de Rousseau de sauter déjà à
la conclusion que ça va être 25 % de taxes, les négociations commencent
maintenant.
Le Président :
Première complémentaire, M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
M. le Président, le dealer du coin ne chargera pas la taxe d'accise fédérale,
hein, il va vendre son produit au
prix du marché actuel. Alors, pour nous rassurer, là, le ministre des Finances
peut-il nous déposer son scénario économique,
nous dire quel va être le prix de revient du produit, nous dire quels seront
les résultats de la Société québécoise du
cannabis? Est-ce qu'il peut nous rassurer puis nous confirmer que le crime
organisé va être sorti du marché du
cannabis avec cette société?
Le Président :
M. le ministre des Finances.
M. Leitão :
Bien sûr, M. le Président, bien sûr que notre intention de nous tous au Canada,
de toutes les provinces, c'est
d'éliminer, d'enrayer le crime organisé. Bien sûr, c'est ça, l'objectif. Est-ce
que je peux, ici et maintenant, donner l'assurance
formelle qu'on va réussir à le faire à l'intérieur de trois jours, trois
heures? Bien sûr qu'on ne peut pas le faire, M. le Président. Il faut être réaliste, il faut être réaliste, il faut
être responsable. La Société québécoise du cannabis n'a même pas encore
été créée, on attend le projet de loi qui permettra la création d'une telle
société. Alors, comment est-ce qu'on peut donner des garanties ici et
maintenant? Il me semble que ce n'est pas raisonnable de l'opposition, M. le
Président.
Le Président :
Deuxième complémentaire, M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Le ministre des Finances nous confirme qu'il n'a aucun scénario économique à
présenter à l'Assemblée nationale. M.
le Président, ça n'a aucun bon sens, il dépose un projet de loi qui crée la
Société québécoise du cannabis, il
n'a aucune idée d'où il s'en va, il n'est pas capable de nous dire quel va être
le prix de revient. M. le Président, je
peux vous dire une chose, en tout cas, ce matin, là, les Hell's Angels ne
sont pas très inquiets devant un gouvernement aussi impréparé, pas
capable de nous donner des chiffres sur des choses élémentaires.
Le Président :
S'il vous plaît! M. le ministre des Finances. Ça fait que...
M. Leitão :
Est-ce qu'il y a des chiffres et des analyses? Il y aurait beaucoup de choses
que je pourrais dire, mais mieux vaut ne pas y aller, M. le Président,
on va rester parlementaires.
Oui, nous avons fait des analyses,
oui, nous avons fait des simulations, oui, nous faisons des études. Mais ce
n'est pas le moment, ce n'est pas ici et maintenant qu'on va rendre
public. Non, la société n'a même pas encore été créée, M. le Président. Est-ce qu'on peut se donner un certain temps? La
négociation avec le gouvernement fédéral n'a même pas encore commencé quant au niveau de taxation, M. le Président.
Bien sûr, nous sommes prêts, nous sommes préparés. Mon collègue devrait
connaître le professionnalisme au ministère des Finances. Bien sûr, nous sommes
prêts...
Le Président :
En terminant.
M. Leitão :
...et nous allons livrer la marchandise, M. le Président.
Le Président :
Principale, M. le député...
Le Président :
S'il vous plaît! Chut! Chut! Chut! Principale, M. le député de La Peltrie.
Caire : Merci, M. le Président. Depuis février 2017, 36 ingénieurs ont quitté le
service du gouvernement du Québec,
25 au seul ministère des Transports. M. le
Président, qu'est-ce qui pousse autant d'ingénieurs à
quitter? Qu'est-ce qui pousse un
ingénieur de 57 ans à quitter pour le privé? 49 ans chez WSP; 44 ans, ville de
Montréal; 45 ans, Hydro-Québec. Bien,
quand on analyse les six employeurs publics les plus importants au Québec, le
gouvernement du Québec arrive bon dernier : 10 000 $ de
moins que son plus proche concurrent, 30 000 $ de moins
qu'Hydro-Québec.
résultat, M. le Président, c'est la Vérificatrice générale qui nous le dit, les
ministères demeurent vulnérables sur le plan de l'expertise depuis 10 ans. Ce
gouvernement a été incapable de rebâtir l'expertise en matière d'ingénierie.
Quand
ce gouvernement va-t-il enfin cesser sa politique de négociation mur à mur pour
avoir des négociations sectorielles avec les ingénieurs, dont nous avons
cruellement besoin?
Le Président :
M. le président du Conseil du trésor.
Arcand :
M. le Président, d'abord, j'aimerais rappeler que nous avons évité ce matin une
congestion routière importante qui aurait pu avoir lieu en raison du
débrayage des ingénieurs. Pour nous, évidemment, il était tout à fait
inconcevable que des milliers d'automobilistes, évidemment, paient la note pour
les moyens de pression.
Maintenant,
hier, le syndicat a fait une sortie pour dire, encore une fois, qu'ils allaient
arrêter leurs moyens de pression
d'ici au printemps en se réservant, bien sûr, le droit de faire les moyens de
pression. Et, M. le Président, il est clair
que le gouvernement ne peut pas accepter ce genre de chantage, et il est clair
aussi que le gouvernement veut essayer de trouver les voies de passage
qui vont nous permettre de négocier de la meilleure façon possible.
Nous
avons fait des accommodements, M. le Président, aux ingénieurs. Nous avons
donné des primes spéciales pour,
justement, encourager les ingénieurs à avoir encore de meilleures formations.
Et nous voulons toujours trouver dans ce dossier-là une entente négociée
la meilleure possible, et nous les avons invités ce matin...
Le Président :
En terminant.
Arcand :
...nous allons les rencontrer de nouveau ce midi, M. le Président.
Le Président :
Première complémentaire, M. le député de La Peltrie.
Caire : Et surtout vous les avez avisés en pleine
négociation qu'il y aurait une loi spéciale. Quel beau contexte, M. le
Président!
Juste
rappeler à ce gouvernement que, dans une note du ministère des Transports du 16
juin 2014, on propose des pistes de
réflexion pour le renforcement de l'expertise. Je vais juste vous lire la
proposition qui a été faite de «bonifier les échelles de traitement
de certains emplois spécialisés — on parle des ingénieurs. Les prochaines
négociations collectives de la fonction
publique pourraient être une occasion pour discuter de certaines mesures
permettant davantage de souplesse au ministère...»
Le Président :
M. le président du Conseil du trésor.
Arcand :
M. le Président, d'abord, premièrement, le député sait très bien que, oui, il y
a des considérations spéciales pour
tous les groupes avec qui on négocie. Je rappelle qu'on a d'ailleurs négocié et
eu des ententes avec plus d'un
demi-million de nos employés de la fonction publique. Et, encore une fois,
cette finalité que nous recherchons, ça doit, M. le Président, respecter, d'une part, la capacité de payer des
citoyens et également être équitable avec l'ensemble de nos employés.
C'est ce que l'on recherche.
Maintenant, sur cette
question-là, je rappelle que, depuis 2011, le nombre d'ingénieurs, au
gouvernement du Québec, dans le but de favoriser l'expertise...
Le Président :
En terminant.
Arcand :
...est passé de 557 à 920, M. le Président.
Le Président :
Deuxième complémentaire, M. le député de La Peltrie.
Caire : C'est probablement pour ça que 94 % des travaux
de surveillance se font à l'externe. C'est probablement pour ça que, récemment encore, on avait engagé
Dany Moreau — ça vous
dit-u quelque chose, ça, Dany Moreau? — comme certificateur indépendant, qui, en plus d'être à l'externe, est aussi
probablement un bandit, mais ça, ce n'est pas grave, en autant que les
sushis sont bons.
le Président, vous n'avez pas rebâti l'expertise, et c'est pour cette raison
que nous demeurons vulnérables. C'est la Vérificatrice générale qui le
dit.
Qu'attendez-vous pour
régler le problème?
Le Président :
M. le président du Conseil du trésor.
Arcand :
M. le Président, je voudrais référer à un article, j'invite le député de
La Peltrie à le lire, d'ailleurs, dans
lequel on dit Le secteur public embauche plus d'ingénieurs . Et
d'ailleurs il y a un
article dans lequel une personne qui travaille au niveau de l'ingénierie dit, en
fait, qu'il y a actuellement, chez les nouveaux ingénieurs, un intérêt à faire
en sorte qu'ils choisissent le secteur
public plutôt que le secteur privé, disent-ils, parce que «les firmes privées
[...] sont embauchées pour faire
[des] gros projets, [alors qu'elles] n'en gèrent que des parties». Et, en plus,
«de plus en plus [des] ingénieurs viennent du privé, poussés à bout par
la pression, les heures de travail et la conciliation».
Le Président :
Principale, M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. Je voudrais prendre quelques
secondes pour saluer la mémoire d'Yvon
Cournoyer, un homme courageux, atteint de la maladie de Lou Gehrig, qui
s'est battu pour mourir dans la dignité. M. Cournoyer, Yvon, m'a
téléphoné il y a un mois pour m'annoncer qu'il allait nous quitter et qu'il
souhaitait que la discussion sur
l'élargissement de l'aide médicale à mourir se poursuive. Une belle
conversation, M. le Président, touchante.
juin dernier, Yvon est venu dans son Assemblée nationale, celle du peuple, pour
réclamer des consultations publiques. La question de l'élargissement
possible de l'aide médicale à mourir est un dialogue de société important. Il est délicat, il doit être non partisan, mais il
doit aussi se faire sur la place publique. Rien n'empêche que, d'un côté, le
gouvernement, par les experts mandatés, se penche sur cette question et que,
d'un autre, la population soit consultée à l'Assemblée nationale dans les
prochains mois.
Est-ce que le ministre
de la Santé est ouvert à cette suggestion?
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
M. Barrette :
Je vais me joindre à notre collègue, M. le Président, pour souligner effectivement
le caractère absolument humainement dramatique de cette situation-là,
mais ramener quand même notre collègue sur le sujet. Sans faire état, ou
un procès, ou une analyse exhaustive de la situation de M. Cournoyer, il
faut rappeler deux choses. Il a eu accès
à l'aide médicale à mourir dans le contexte de la
loi canadienne. C'est dans ce
contexte-là qu'il l'a eu. Alors, les lois actuelles, qu'elles soient québécoises ou fédérales, permettent de poser ce geste-là aux
conditions qui sont édictées dans les
deux lois, qui ne sont pas nécessairement dans le même environnement. Ce dont le
collègue me parle et pour lequel il
me demande de faire une commission, c'est l'élargissement dans un contexte de
décisions médicales anticipées, qui est totalement
différent du cas de M. Cournoyer, qui est triste, mais ce n'est pas la même
affaire. Et, avant d'en arriver là, et je suis d'accord d'avoir ce
débat-là, il y a des démarches préalables que nous avons entreprises et je
souhaite...
Le Président :
En terminant.
M. Barrette :
...qu'on termine cette réflexion-là pour passer à l'étape suivante.
Le Président :
Complémentaire?
Le Président :
Complémentaire, M. le député de Granby.
Bonnardel : M. le Président, voilà sept mois, le ministre nous a laissés croire qu'on prenait cette
réflexion au sérieux. Il nous a
dit : Je vais nommer un comité d'experts. Voilà sept mois. On a appris que
ce comité avait été nommé la semaine
passée. J'ai reçu, tout comme mon collègue, comme vous tous, des centaines de
courriels pour élargir cette loi, des
centaines, des milliers de personnes qui veulent se faire entendre. Parce que, minimalement, M. le ministre, vous allez
permettre à ces personnes d'être entendues pour élargir cette loi le plus
rapidement possible.
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
Barrette : Je vais rappeler,
et je vais prendre à témoin mes collègues, la députée de Joliette,
à quel point, sur quelle base
fondamentale notre
loi sur l'aide médicale à mourir a été un succès : le
fondement a été la prudence, le temps qui a été pris pour faire cette
réflexion-là. Ce qui apparaît terriblement simple au collègue de Granby
ne m'apparaît pas aussi simple et
mérite une réflexion qui soit plus profonde et suffisamment grande. Trouver
des experts pour débattre, réfléchir
sur cet élargissement-là, ça a pris du temps à les trouver, probablement parce que ce n'est pas tout le monde qui veut
se précipiter là-dedans...
Le Président :
En terminant.
M. Barrette :
...je pense que c'est ça qu'il faut retenir à cette étape-ci.
Le Président :
Deuxième complémentaire, M. le député de Granby.
Bonnardel : M. le Président, M. le ministre, en tout respect, le Québec
est prêt pour cette réflexion, le Québec
est prêt. Nous tous avons entendu des gens avec des témoignages touchants. On
va voter une motion tantôt :
«Que
l'Assemblée nationale tienne des consultations publiques afin
d'examiner les demandes d'élargissement de l'aide médicale à mourir
d'ici la fin de la [prochaine] législature.»
En votre âme et
conscience, allez-vous permettre, M. le Président, à ce que tous ces députés
libéraux votent librement sur cette motion?
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
Barrette : Je tiens à
rappeler à notre collègue et à tout
le monde des oppositions qu'au Parti libéral on vote librement. Maintenant,
M. le Président, pour chaque courriel que reçoit mon collègue, je
pourrais certainement témoigner de gens qui ont beaucoup, beaucoup, beaucoup de craintes face à cette possibilité-là. Ce n'est pas parce qu'on
connaît une personne et qu'on reçoit
un courriel que ça signifie que c'est le consensus dans la société. Pour en
arriver à ce consensus-là, à mon
avis, il y a des étapes préliminaires. Et je le dis très ouvertement, je l'ai
dit à plusieurs reprises : Je suis en faveur de faire cette
réflexion-là. J'ai souhaité et proposé qu'on la fasse dans un certain ordre.
Le Président :
En terminant.
M. Barrette :
Je pense que le temps et la prudence sont de mise ici.
Le Président :
Principale, M. le député de Chambly.
Roberge : M. le Président, il y a un an, lors d'une consultation tenue par 345
organismes jeunesse et parrainée par
la Coalition Interjeunes, le Programme de formation préparatoire au travail a été dénoncé. Lundi,
quatre jeunes, Anne-Marie, Raphaël,
Henri, Jonathan sont venus ici, à l'Assemblée
nationale, pour dénoncer le fait
qu'ils ont été exclus de la formation
générale et placés en formation préparatoire au travail sans leur consentement
ni celui de leurs parents.
Ce programme ne
répond ni à leurs intérêts ni à leurs besoins. Ces jeunes-là voulaient
poursuivre leurs études secondaires, mais on
leur a dit qu'ils n'étaient pas assez bons. Des commissions scolaires
inscrivent des jeunes dans ce programme-là contre leur gré. Ce n'est pas les jeunes qui
ont décroché de l'école, c'est l'école qui a décroché des jeunes.
Est-ce
que le ministre s'engage à envoyer une directive claire aux commissions scolaires pour qu'on cesse d'imposer le Programme de
formation préparatoire au travail?
Le Président :
M. le ministre de l'Éducation.
M. Proulx :
Oui, M. le Président. Je remercie le collègue pour sa question. On a déjà eu l'occasion
d'en parler puis on va le faire
encore aujourd'hui s'il le faut. Écoutez, ces formations-là,
M. le Président, d'abord, je tiens à le dire, sont extrêmement importantes et ne sont pas inutiles. Vous vous rappelez, M. le Président, qu'il y a des gens qui y vont, et c'est dans ce
cadre-là qu'ils peuvent réussir, et c'est là l'expression de leur plein
potentiel, M. le Président. Ma problématique
et là où j'ai toujours eu une réflexion, et j'en ai souvent parlé avec
le collègue, c'est : Est-ce que ce sont les bonnes personnes qui sont dans
ces formations?
Mais je ne voudrais
pas, ici, à l'Assemblée nationale, M. le Président, qu'on répète ce qui a déjà
été fait, c'est-à-dire venir dénigrer des gens qui fréquentent ces
formations, pour avoir souvent, très souvent entendu des enseignants qui y travaillent nous dire que ça peut jusqu'à
sauver des vies. Je voudrais, s'il
vous plaît, qu'on prenne le temps quand même de reconnaître ce qui s'y fait.
Maintenant,
ce que j'ai eu l'occasion de dire, et c'est inscrit noir sur blanc, M. le Président, dans la politique sur la réussite
éducative... il faut effectivement revoir nos formations qualifiantes. Il faut
multiplier les occasions de diplomation, de qualification, mais il faut
s'assurer que ce soient des opportunités pour les jeunes, pour leur
développement futur, M. le Président.
Le Président :
Première complémentaire, M. le député de Chambly.
Roberge : M. le Président, celles et ceux qui travaillent tous les jours dans les centres de
formation en entreprise de récupération font un travail exceptionnel,
important. Je les remercie.
Mais
les commissions scolaires doivent
cesser d'y inscrire de force des jeunes qui apprennent plus lentement, mais
qui sont déterminés à décrocher un D.E.S. ou un D.E.P.
Lundi,
un jeune m'a dit qu'on l'a forcé à trier des patates. Lui, il voulait de l'aide
pour apprendre le français. On lui a fait trier des patates. Est-ce que
le ministre est d'accord avec ça?
Le Président :
S'il vous plaît! M. le ministre de l'Éducation.
M. Proulx :
Oui, M. le Président. Sincèrement, j'espère qu'on ne va pas faire une réflexion
sur les voies qualifiantes et la
diplomation en prenant des exemples comme ceux-là. Je ne nie pas l'exemple, M.
le Président. Je ne le connais pas.
Ce que je sais, par
exemple, M. le Président, c'est que la discussion qui doit avoir lieu doit
avoir lieu entre les parents et l'équipe-école pour s'assurer qu'on offre le
meilleur à leurs enfants.
Ce n'est pas toujours simple, M. le Président,
j'en suis convaincu. Ce que je sais, c'est qu'on ne doit pas forcer des gens à aller dans un programme. Ça, j'en suis.
Mais parfois, M. le Président, c'est là le seul programme où une occasion
de qualification ou de diplomation... La responsabilité de convenir avec le
parent du chemin pour un enfant...
Le Président :
En terminant.
M. Proulx : ...et
du chemin à prendre...
Le Président :
Deuxième complémentaire, M. le député de Chambly.
Roberge : M. le Président, Mme Valérie Fournier, mère d'une jeune
fille qui a été placée de force en formation préparatoire au travail, a écrit une lettre au ministre le 3 mai. Elle
n'a pas eu de réponse. Donc, je vais vous lire un extrait : M. le ministre, «je vous demande de garder les
classes [de] langages accessibles aux élèves en troubles d'apprentissage
jusqu'à l'âge de 18 ans afin qu'ils puissent
[...] compléter un parcours axé sur le volet académique». Je vais déposer la
lettre.
Qu'est-ce que
le ministre répond à cette mère? Et enverra-t-il une consigne claire aux
commissions scolaires pour que ça n'arrive plus jamais?
Président : Est-ce qu'il y a consentement pour le dépôt de la
lettre du député de Chambly?
Le Président : Consentement.
M. le ministre de l'Éducation.
Proulx : M. le Président,
c'est une des raisons pour lesquelles on investit des sommes considérables pour
soutenir des élèves avec des besoins
particuliers. C'est une des raisons pour lesquelles nous avons un plan sur cinq
ans pour embaucher de nouvelles
ressources en services directs envers et pour ces élèves avec des besoins
particuliers. C'est une des raisons pour
lesquelles je parle régulièrement de littératie. Et le collègue a raison
d'insister sur le langage, notamment en bas âge, pour s'assurer d'être
capable de faire le rattrapage nécessaire.
Ce qu'il
faut, M. le Président, c'est de trouver, pour chacun des élèves, une occasion
de réussite qui lui est propre. Et,
non, il ne faut pas leur offrir des culs-de-sac, M. le Président, il faut leur
offrir des occasions d'apprendre, des occasions de se réaliser.
Mais il y a une réalité, M. le Président...
Le Président : En terminant.
Proulx : ...à laquelle on
n'échappera pas. Ce n'est pas ici qu'on va décider de chacun des élèves, c'est
dans...
Le Président : Principale, M.
le député de René-Lévesque.
Ouellet : Merci beaucoup, M.
le Président. Au moment où le gouvernement doit rebâtir son expertise avec
les ingénieurs du ministère des Transports,
on ne reconnaît même pas leur valeur. On brise le lien de confiance par une loi
spéciale qu'on aura à débattre ce soir et cette nuit.
En juin dernier, la Vérificatrice générale nous
confirmait que 95 % des valeurs des contrats de conception, de surveillance des chantiers étaient conçus à
l'externe. Elle mettait en doute la capacité du ministère à encadrer
adéquatement ces firmes externes.
Ce qu'il faut
faire, M. le Président, là, c'est d'être attractif pour embaucher des
ingénieurs compétents. Ce qu'il faut faire, M. le Président, c'est être
attractif pour retenir aussi nos ingénieurs expérimentés pour maintenir notre savoir-faire. Le choix du gouvernement, M. le
Président, c'est d'avoir saccagé l'expertise au ministère des Transports.
Est-ce
que, M. le Président, le gouvernement va retourner à la table de négociation de
bonne foi, retrouver sa capacité de négocier, permettre qu'on ait une
entente entre les parties et surtout garder notre savoir-faire au gouvernement?
Le Président : M. le
président du Conseil du trésor.
Arcand : M. le Président, nous
sommes, bien sûr, en négociation. Nous avons été en négociation hier soir.
On va rencontrer, d'ici les prochaines
minutes, les gens du syndicat. Nous sommes toujours en négociation pour essayer
de trouver une voie de passage.
Et, encore
une fois, je rappelle ce qui s'est produit depuis les derniers mois dans ce
dossier. Je rappelle qu'il y a eu, à un
moment donné, des grèves. Il y a eu une grève de trois semaines. Il y avait des
moyens de pression avant. Il y a eu, par
la suite, un rejet d'une offre. Il y a eu d'autres moyens de pression. C'est un
scénario qui est constant, actuellement, et qui risque très sérieusement
d'affecter la sécurité de la population.
M. le
Président, on a une responsabilité, comme employeur. On se doit d'essayer, bien
sûr, de trouver la meilleure offre,
d'avoir une entente négociée. C'est ce que nous souhaitons et ce que nous avons
fait, M. le Président, avec plus de 510 000 employés dans la fonction
publique. Nous voulons trouver un terrain d'entente avec les ingénieurs de
l'État et nous voulons, bien sûr, une
solution qui est négociée de la meilleure façon possible pour toutes les
parties. Ça nous prend un scénario gagnant-gagnant, et on va y
travailler en ce sens-là. Mais, encore une fois, comme je l'ai dit hier...
Le Président : En terminant.
Arcand : ...il va
falloir avoir une finalité...
Le Président : Première complémentaire,
M. le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M. le Président. La Vérificatrice
générale l'a cité : «...le ministère [reste] vulnérable sur le plan de l'expertise...» Est-ce que les
actions libérales vont nous amener dans une nouvelle commission Charbonneau
dans 10 ans, M. le Président? On pourra en
douter. Mais, M. le ministre, il reste quelques heures avant le dépôt de votre
loi. Il n'y a même plus de moyen de pression. La seule urgence qu'il y
a, ce n'est pas la circulation, c'est votre urgence électorale. Laissez tomber
la loi spéciale, négociez et donnez-vous de l'espace.
Le Président : Je vous
répète, M. le député de René-Lévesque, qu'on s'adresse à la présidence.
Le Président : Oui, c'est ça.
M. le ministre responsable du Conseil du trésor.
M. Arcand : Oui. Ce que le
député de René-Lévesque semble indiquer, c'est qu'il faut évidemment n'avoir
aucune politique, aucune cohérence,
aucun cadre financier, on y va de n'importe quelle façon. Vous savez, dans ces
négociations-là, quand on a au-delà de 500 000 employés dans
lesquels il faut négocier, je pense qu'il faut avoir une cohérence, une cohérence au niveau, d'une part, des offres qui
sont faites, et il faut aussi avoir une flexibilité pour pouvoir justement
ajuster ces offres-là au travail de chacun,
à l'expertise, si on veut, de chacun. C'est ce que nous essayons de faire, M.
le Président, et c'est pour ça que la négociation se poursuit...
Le Président : En terminant.
M. Arcand : ...et
que nous espérons en arriver à une entente, M. le Président.
Le Président : Deuxième
complémentaire, M. le député de Beauharnois.
M. Leclair :
Merci, M. le Président. Alors, la faiblesse de ce gouvernement-là, plus tôt, c'étaient
les juristes de l'État; ensuite, on a eu le milieu de la construction;
aujourd'hui, on a les ingénieurs de l'État. On finit comment la négociation? Une loi spéciale pour bafouer les
droits du travail. Encore une fois, la VG nous dit : 95 % des contrats
de surveillance et de conception donnés à la sous-traitance.
Est-ce que le gouvernement pourrait faire une
attention particulière à ses ingénieurs et à leur expertise...
Le Président : M. le
président du Conseil du trésor.
M. Arcand : Je
vois que le député a pris certains commentaires qui ont été faits ce matin par
des officiers syndicaux, semble-t-il, qui
ont dit que le gouvernement essayait, n'est-ce pas, de faire oublier
Marc Bibeau, et c'est pour ça qu'on avait déposé une loi spéciale.
M. le
Président, la vérité est évidemment tout autre. Vous le savez, nous avons une
responsabilité. On a beaucoup parlé
des ingénieurs au niveau du Transport, mais il y a également les ingénieurs du
côté de l'Environnement. Vous savez qu'il
y a des barrages. On a actuellement beaucoup
d'eau dans nos barrages actuellement. On a une responsabilité de sécurité
envers la population, et, M. le Président, il est impératif pour le
gouvernement de prendre...
Le Président : En terminant.
M. Arcand :
...ses responsabilités dans ce domaine.
Le Président : Présidente...
Présidente! Principale, Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : C'est trop d'honneur, M. le Président. Alors, j'ai demandé, hier, au ministre
de la Santé s'il était disposé à
doter le Québec d'un portrait d'ensemble des méthodes et de
l'impact de l'endoctrinement pour des patients en urgence médicale, en nommant particulièrement les
femmes. Il s'est réfugié derrière le droit actuel sans se questionner
s'il y avait place à amélioration.
Alors,
le journal Le Soleil nous apprend, aujourd'hui, dans un
éditorial, que les Pays-Bas se sont penchés sur la question en 2008. Ils
ont découvert que les femmes témoins de Jéhovah sont «six fois plus à risque de
mourir de complications [lors de leur]
grossesse [et de leur] accouchement», et, quand elles ont besoin d'une
transfusion sanguine, c'est 130 fois plus de risques de décès.
Alors,
est-ce que le ministre peut enfin donner suite à notre demande qui est
toute simple? C'est de nommer un ou des experts indépendants pour
obtenir un portrait d'ensemble de la situation, comme l'ont fait les Pays-Bas.
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
Barrette : S'il y a une
chose que je ne fais pas, M. le
Président, c'est me réfugier derrière
quoi que ce soit. Je ne fais que statuer les bases sur lesquelles notre
société est fondée. Je ne me réfugie derrière rien, M. le Président.
Alors,
se lever en Chambre et de dire une telle évidence, ça ne prend pas une étude
scientifique, M. le Président,
là. Un accouchement met toute femme à risque
d'avoir une complication hémorragique qui peut nécessiter une transfusion
qui, si elle n'est pas donnée, peut
l'entraîner vers la mort. C'est ce qui a été vécu par choix. Je n'ai pas besoin
d'étude, là, pour ça, là. C'est une évidence.
Alors,
revenons à la case départ que j'ai évoquée hier et je reprends aujourd'hui. Nous vivons dans une société de droit et de liberté religieuse, ce qui signifie qu'il y a des gens qui
vont être en désaccord avec les croyances d'une autre personne. Là où
veut nous amener la collègue, c'est un débat sur...
Le Président :
En terminant.
M. Barrette :
...l'État qui devrait intervenir dans les croyances religieuses de...
Le Président :
Première complémentaire, Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Il y a
des avocats, il y a des éditorialistes, il y a
plein de gens qui se joignent à notre voix qui est qu'on demande plus
d'informations. Ce qu'on demande, ce n'est pas un débat public, c'est de mettre
des experts à contribution pour nous donner de l'information, ce dont nous avons
besoin. Il s'agit ici de protection de la santé, de protection de la santé de
femmes et de règles que nous pouvons ensemble regarder.
Alors, le ministre
peut-il se donner les moyens d'agir et, pour cela, nous donner de
l'information?
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
Barrette : J'ai lu
l'éditorial, M. le Président. Ce n'est pas ce dont traite l'éditorial. Et je comprends qu'au Parti québécois
comme à la CAQ la politique se fait par les journaux, mais revenons au
fondement dudit éditorial et de la question soulevée par la collègue. Ici, ce qu'on me
demande, c'est de m'engager dans une procédure, un processus qui
amènerait le gouvernement à faire une réflexion pour se donner des règles
d'intervention à l'intérieur des croyances religieuses.
Ici, on a un éditorial de quelqu'un, et je le respecte, qui porte un jugement sur une
autre personne qui a d'autres croyances.
Le Président :
En terminant.
M. Barrette :
C'est son choix. C'est son droit.
Le Président :
Deuxième complémentaire, Mme la députée de Taschereau.
Maltais : Alors, je vais
reciter l'éditorial — il
est assez intéressant — parce que ce n'est pas la conclusion à laquelle
j'arrive. Mais voici ce que les gens concluent : «La mort de cette jeune
mère, qui avait toute la vie devant elle, est le crime parfait dont tout
le monde se lave les mains.»
Moi,
je ne pense pas qu'il faut se laver les mains, je pense qu'il faut demander à
des experts l'impact de l'endoctrinement et
la question de la liberté religieuse. Il est temps de se
pencher sur l'endoctrinement qui amène des gens à invoquer cette demande
de refuser les transfusions.
Alors, je demande tout
simplement un comité d'experts. Qu'est-ce qu'il y a de si compliqué là-dedans?
Le Président :
M. le ministre de la Santé.