2012 QCCQ 9825, 2012 QCCQ 9825
Opinion
Protection de la jeunesse — 121496 2012 QCCQ 9825 JC-1805 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] « Chambre de la jeunesse » N° : 150-41-001340-113 DATE : 27 avril 2012 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DU JUGE PAUL CASGRAIN ______________________________________________________________________ [INTERVENANTE 1] en sa qualité de personne désignée par le DPJ Centre jeunesse A bureau A, district A; REQUÉRANTE; c. X né le […] 1997; L’ADOLESCENT; -et- A MÈRE; -et- B PÈRE. ______________________________________________________________________
MOTIFS DE LA DÉCISION RENDUE ORALEMENT LE 16 AVRIL 2012 SUR LA REQUÊTE EN PROLONGATION D'ORDONNANCE ______________________________________________________________________ [ 1 ]
Le directeur de la protection de la jeunesse demande de revoir la décision prononcée par le soussigné le 7 novembre 2011 et, en raison des troubles de comportements sérieux que manifeste toujours l'adolescent et de l'incapacité de la mère de contrôler la situation, il recommande l'application des mesures suivantes jusqu'au 12 octobre prochain: maintien en centre de réadaptation, intégration progressive au sein d'une famille d'accueil, suivi psychosocial, suivi en toxicomanie et en psychologie pour le garçon et supervision des contacts mère-fils. La mère se déclare en accord avec les mesures recherchées.
L'adolescent s'oppose à son hébergement en centre de réadaptation suivi de son intégration en famille d'accueil, mais il donne son accord aux mesures complémentaires. À l'audience, le père est absent bien que régulièrement convoqué. [ 2 ] La décision de novembre dernier confiait l'adolescent à une ressource intermédiaire jusqu'au 30 mars 2012, mais permettait son intégration progressive dans le milieu maternel pendant cet intervalle.
Cette ordonnance était motivée par l'évolution positive mais lente de l'adolescent en ressource intermédiaire, le désir de la mère et de son fils de reprendre la cohabitation et la faible présence du père dans la vie de son garçon. [ 3 ] La preuve recueillie à l'audience permet d'établir comme suit la situation. [ 4 ] À la suite de la décision de novembre, la conduite du garçon dans les diverses sphères de sa vie est généralement acceptable. À la mi-janvier, même si les progrès demeurent lents, la réintégration progressive dans le milieu maternel s'amorce.
À compter d'alors, la situation se détériore graduellement; le garçon reprend sa consommation de substances illicites et s'absente régulièrement de l'école. [ 5 ] Le 6 mars, l'adolescent intègre le centre de réadaptation en raison des symptômes de crises de panique qu'il présente; il éprouve de la difficulté à respirer et à réfléchir, il exprime de la détresse et une tristesse excessive. Depuis ce retour en centre de réadaptation, l'adolescent a fugué à 3 reprises. [ 6 ] Le garçon possède de bonnes capacités d'apprentissage, mais il fournit peu d'efforts.
Il éprouve de la difficulté à faire confiance aux personnes qui interviennent auprès de lui. Il manifeste peu d'intérêt à entretenir des relations avec ses pairs. Il n'admet ses erreurs que lorsque confronté à l'évidence. Sa relation avec sa mère est de type fusionnel. [ 7 ] La mère est très attachée à son fils. Elle admet difficilement les erreurs et les difficultés de son garçon.
Sa collaboration avec les intervenants sociaux peut manquer de transparence. [ 8 ] Les derniers événements survenus dans la situation de l'adolescent ont permis à la mère de prendre davantage conscience du besoin d'aide que présente son garçon. Elle comprend aujourd'hui le bien-fondé des mesures recherchées par le directeur de la protection de la jeunesse et elle s'y résigne. [ 9 ] En sa qualité de personne autorisée par le directeur de la protection de la jeunesse, madame [intervenante 1] a rédigé le rapport prévu à l'article 86 de la
Loi sur la protection de la jeunesse et, dans son document daté du 10 avril 2012, elle motive comme suit l'orientation proposée: «Nous sommes dans la vie de cette famille depuis août
Malgré toutes nos interventions auprès de la mère, du jeune et de ses milieux d’hébergement, le jeune a très peu évolué au niveau de ses problématiques. Ce qui a le plus changé, c’est que le jeune ne fait plus autant de crises qu’avant. En effet, le jeune réussit à avoir de moins en moins de crises de colère. Cependant, il a de nombreux problèmes de santé dont on soupçonne qu’ils sont psychosomatiques et un discours récurant à propos de suicide et de tristesse excessive. X demeure avec une problématique de consommation qu’il nie la plupart du temps.
Malgré toutes nos recommandations et nos interventions, le jeune ne se montre pas ouvert réellement à vouloir faire des changements dans sa vie. Il nous dira vouloir rencontrer un intervenant pour pouvoir retourner vivre chez sa mère et non parce que la consommation lui amène des conséquences négatives dans sa vie. X est un adolescent qui demande beaucoup d’encadrement afin de fonctionner adéquatement.
Malgré cette routine et ces règles claires, le jeune ne se soumet pas facilement à celles-ci. X demande un encadrement plus ferme que la majorité des adolescents.
Malgré l’encadrement du centre de réadaptation A, le jeune a réussi à fuguer.
Malgré nos interventions fréquentes avec la famille, nous observons que la mère est incapable d’encadrer son fils pour qu’il fréquente et s’implique dans un cheminement académique. Elle ne favorise pas son développement de l’autonomie. Elle ne le confronte pas sur ses difficultés. La mère est rapidement dépassée par les réactions ou actions de son fils. En ce qui concerne le scolaire, le jeune ne se mobilise pas assez longtemps pour que cela donne des résultats véritables. Tant que le jeune ne reconnaîtra pas ses problématiques afin de les affronter et de les corriger, il sera impossible de le faire évoluer.
Comme la collaboration avec la mère est difficile et qu’elle n’adhère pas à nos interventions et nos orientations, il restera complexe de mobiliser le jeune. La relation qui existe entre eux devra être plus distante pour permettre à X de se définir davantage comme individu et non-être en symbiose avec sa mère. Par ailleurs, la psychologue, madame Kathy Perreault, parle même d’un Œdipe non résolu qui ne permet ni au jeune, ni à sa mère de développer une relation saine. En conclusion, depuis 2009, nous avons tenté de maintenir et par la suite de réintégrer le jeune dans son domicile familial.
Cependant, la mère ne démontre pas sa capacité à encadrer son fils pour lui permettre de se développer normalement. Nous demandions à la mère de maintenir son fils dans son cheminement scolaire, d’être capable de sécuriser son fils et d’avoir un encadrement qui diminue de façon significative sa consommation de drogue. Les deux (2) réintégrations qui ont eu lieu chez la mère ont apporté les mêmes conclusions : le jeune avait plusieurs absences scolaires qui ont toutes été motivées par sa mère, la mère devient difficile à joindre et celle-ci pallie aux difficultés de son fils en n’adhérant pas à nos interventions.
De plus, elle comprend difficilement les enjeux qui empêchent son fils d’évoluer. Le jeune consomme toujours (doutes de consommation et doutes de vente, car le jeune a de l’argent que ni la mère, ni la ressource ne lui donnaient). Ces constatations nous démontrent que le retour chez la mère est impossible. X a besoin d’un milieu qui lui permettra d’éliminer le plus possible ses problèmes de comportements. Ce milieu devra lui offrir un sentiment de sécurité avec des règles claires. Comme le jeune reconnaît peu ses problématiques et remet la responsabilité aux autres, un travail de réadaptation demeure nécessaire.
De plus, présentement, l’adolescent démontre un taux d’anxiété élevé. Le retour en ressource intermédiaire n’a pas été possible, car le jeune a peu évolué pendant sa période d’observation. Des doutes de consommation étaient toujours présents et le milieu scolaire a vu une amélioration d’une semaine tout au plus. Le jeune s’est présenté à l’école tous les jours.
Il a tenté de ne pas aller à l’école une journée et a eu un retard un matin, mais il était assidu.» [ 10 ] La preuve révèle que la tentative de réintégration de l'adolescent auprès de sa mère a connu l'échec en raison de ses comportements difficiles et des lacunes affectant l'encadrement offert par la mère.
Dans les circonstances, les mesures recherchées par le directeur de la protection de la jeunesse s'avèrent nécessaires pour assurer la sécurité et le développement du jeune homme; il y a donc lieu d'en ordonner l'application. [ 11 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : [ 12 ] DÉCLARE que la sécurité et le développement de l'adolescent demeurent compromis; [ 13 ] RÉVISE et PROLONGE comme suit la décision prononcée par le soussigné le 7 novembre 2011: 13.1. ORDONNE l'hébergement de l'adolescent dans un établissement qui exploite un centre de réadaptation jusqu'au 12 octobre 2012; 13.2.
PERMET au directeur de la protection de la jeunesse d'intégrer progressivement l'adolescent au sein d'une famille d'accueil pendant cette période, si la situation le permet; 13.3. ORDONNE qu'une personne travaillant pour le Centre jeunesse A apporte aide, conseils et assistance à l'adolescent et à ses parents pendant cette période; 13.4. ORDONNE à l'adolescent de s'impliquer pendant cette période dans un suivi en toxicomanie et de respecter les recommandations de l'intervenant consulté;
13.5. ORDONNE que l'adolescent bénéficie pendant cette période d'un suivi en psychologie et que soient respectées les recommandations du psychologue consulté; 13.6. MAINTIENT les contacts de l'adolescent avec ses parents pendant cette période, ces contacts devant cependant être supervisés par le délégué du directeur de la protection de la jeunesse assigné à l'adolescent et être établis suivant entente entre les parties ou, à défaut d'entente, par le tribunal sur requête d'une
partie à cette fin; 13.7. ORDONNE à l'adolescent et à ses parents de collaborer avec les intervenants sociaux pendant cette période; [ 14 ] CONFIE la situation de l'adolescent X au directeur de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance. __________________________________ JUGE DE LA COUR DU QUÉBEC Centre jeunesse Me Marthe Vachon (adolescent) Me Caroline Ste-Marie (mère) Père Me Christine Asselin (DPJ) /ss Date d’audience : 16 avril 2012
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