2012 QCCQ 2630, 2012 QCCQ 2630
Opinion
Protection de la jeunesse — 1299 2012 QCCQ 2630 JL3199 COUR DU QUÉBEC Canada PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] LOCALITÉ DE [...] « Chambre de la jeunesse » N° : 200-41-009687-104 200-41-009688-102 DATE : 23 mars 2012 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE : L’HONORABLE JEAN LEBEL ______________________________________________________________________ LA DIRECTRICE DE LA PROTECTION DE LA JEUNESSE Requérante c. X ([...].97) Y ([...].98) En qualité d’adolescentes et A «père» et B «mère»
En qualité de parents ______________________________________________________________________ JUGEMENT ______________________________________________________________________ [ 1 ] La directrice de la protection de la jeunesse demande la prolongation de mesures de protection prononcées le 13 avril 2011 au sujet de X qui a maintenant 15 ans et Y qui a 14 ans. On recommande principalement un hébergement en centre de réadaptation pour une période de neuf mois relativement aux deux adolescentes. [ 2 ] De façon générale, cette orientation reçoit l'adhésion des père et adolescentes.
Bien qu'ils trouvent cette période plutôt longue, monsieur A et ses filles en comprennent le bien-fondé. La mère, de son côté, mentionne ne pas être en accord avec l'orientation mais dit ne pas avoir le choix. Une certaine résignation ressort de ses propos. [ 3 ] Depuis l'ordonnance du 13 avril 2011, qu'elle-même prolongeait des mesures prononcées le 25 mai 2010, la situation de Y et X a été assez mouvementée. Par contre, depuis que les deux adolescentes sont hébergées, à
titre provisoire, en centre de réadaptation, en début février 2012, leur situation évolue très favorablement. [ 4 ] Il est établi que, de façon générale, le climat a été plutôt difficile au domicile paternel. Les relations entre adolescents étaient assez conflictuelles. Le père a eu de la difficulté à mettre en application les moyens suggérés par l'éducatrice. Monsieur A reconnaît aussi avoir fait preuve d'impulsivité. Une crise vécue le 22 juin 2011 a amené Y à quitter le domicile pour être hébergée en famille d'accueil jusqu'au 8 août.
En bref, le climat au domicile paternel était fort peu propice au bon développement des deux adolescentes. [ 5 ] X a vu son comportement se détériorer. Elle présentait des signes importants de détresse psychologique. Un rapport d'évaluation psychologique réalisé à son sujet fait ressortir la présence de traits de personnalité en développement de type opposant, la présence de symptômes dépressifs ainsi que de grandes préoccupations au sujet de sa situation familiale.
[ 6 ] X fut rencontrée par la psychologue en juin et, ce jour, on ne retrouve cependant plus d'éléments dépressifs chez l'adolescente. [ 7 ] Quant à Y, elle a aussi été rencontrée par une psychologue en juin 2011. La psychologue retient la présence de traits de personnalité en développement de type histrionique et antisocial. La prédominance de son impulsivité dans son TDAH est significative. [ 8 ] L'éducatrice au dossier, madame Julie Gingras, mentionne ce qui suit: Les filles ont un besoin d'encadrement important pour bien réussir et le père n'a pas cette capacité pour l'instant.
Les filles demandent beaucoup et ont des blessures d'enfance importantes, ce qui amène des besoins autres que pour la moyenne des gens. Elles ont besoin de services spécialisés afin d'être sécurisées et bien entourées. Les filles ont vécu suffisamment de violence dans leur vie et il faut que cela cesse. [ 9 ] Le père constate les améliorations chez ses filles depuis qu'elles sont en centre de réadaptation. Les sorties sont régulières, positives dans l'ensemble. Les contacts téléphoniques sont quasi quotidiens.
Le père accepte de revoir ses façons de faire, son impulsivité, sa façon d'encadrer ses filles. [ 10 ] X est capable de nommer ce que le centre de réadaptation lui apporte jusqu'à maintenant. Elle apprend, notamment, à mieux contrôler sa colère, à améliorer sa relation avec sa sœur, elle s'ouvre, apprend à faire confiance. Y aussi constate une amélioration importante de sa relation avec son père ainsi qu'avec sa sœur. Les deux adolescentes apparaissent beaucoup plus épanouies. Y accepte également de reprendre contacts avec sa mère. En bref, les deux adolescentes font beaucoup d'efforts, font de grands pas.
La situation est fort encourageante. [ 11 ] Père et mère devront aussi faire des efforts de leur côté, la mère s'impliquer davantage, s'investir pas mal plus qu'elle l'a fait jusqu'à maintenant. Elle ne doit pas attendre, mais être plus proactive. Le père, de son côté, doit s'impliquer dans une démarche visant à mieux gérer son impulsivité et à être plus régulier, constant dans l'encadrement offert à ses filles.
Chacun doit prendre ses propres responsabilités. [ 12 ] La période de neuf mois suggérée est raisonnable, justifiée tenant compte de l'ensemble des difficultés déjà vécues malgré le soutien offert en milieu familial. Un retour prématuré serait susceptible de mettre la famille devant un constat d'échec. Personne ne veut et ne doit vivre cela. Il faut laisser du temps à chacun pour apporter les changements attendus, développer de meilleures façons d'entrer en relation, de communiquer et, en ce sens, une période de neuf mois est conforme à l'ensemble de la preuve présentée ainsi qu'aux besoins des adolescentes.
POUR CES MOTIFS , le Tribunal: [ 13 ] DÉCLARE la sécurité ou le développement des adolescentes toujours compromis. [ 14 ] ORDONNE l'exécution des mesures suivantes pour une période de neuf (9) mois: - Que les adolescentes soient confiées à un centre de réadaptation; - Qu' une personne qui travaille pour un établissement ou un organisme apporte aide, conseils et assistance aux adolescentes et à leur famille; - Que les parents fassent rapport périodiquement sur les mesures qu'ils appliquent à eux-mêmes ou à leurs adolescentes pour corriger la situation; - Que les adolescentes et les parents participent activement aux mesures ordonnées; - Que les contacts père-adolescentes se déroulent suivant entente entre les parties, à défaut d'entente, que ces contacts s'exercent en alternance chaque semaine pour X et Y et que ces contacts soient très réguliers; - Que les contacts mère-adolescentes se déroulent suivant entente entre les parties tenant compte du désir de chacune des adolescentes, à défaut d'entente, que ces contacts s'exercent en présence d'une tierce personne et dans un milieu autorisé par la directrice de la protection de la jeunesse; [ 15 ] RECOMMANDE aux parents de s'abstenir de tout propos dénigrant ou menaçant lors des contacts avec leurs adolescentes. [ 16 ] RECOMMANDE à la mère de poursuivre ses démarches personnelles afin d'apprendre à gérer son impulsivité. [ 17 ] RECOMMANDE au père de s'impliquer dans une démarche auprès d'une ressource spécialisée afin d'apprendre à gérer son impulsivité. [ 18 ] AUTORISE les adolescentes à bénéficier de séjours prolongés auprès de leur père suivant l'évolution de la situation. [ 19 ] RECOMMANDE que les contacts entre les adolescentes et leur fratrie soient favorisés. [ 20 ] CONFIE la situation des adolescentes à la directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de l'ordonnance. __________________________________ Jean Lebel, j.c.Q.
Me Marie Vézina, pour la directrice de la protection de la jeunesse Me Julie Bégin, pour X Me Normand Young, pour Y /jb Date d’audience : 2012-03-23
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