2011 QCCQ 8094, 2011 QCCQ 8094
Opinion
JD1788 Protection de la jeunesse — 112130 2011 QCCQ 8094 COUR DU QUÉBEC Chambre de la jeunesse CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT [...] LOCALITÉ […] N° : 650-41-001992-110 DATE : 17 mai 2011 SOUS LA PRÉSIDENCE DE L’HONORABLE GABRIEL DE POKOMÁNDY, J.C.Q.
Dans la situation de : X ADOLESCENT et [INTERVENANTE 1] , personne autorisée par la Directrice de la protection de la jeunesse REQUÉRANTE et A MÈRE et B PÈRE JUGEMENT [ 1 ] Le Tribunal confirme et motive par le présent jugement écrit la décision rendue séance tenante le 17 mai 2011 sur une requête en protection concernant X, adolescent de 15 ½ ans aux prises avec des troubles de comportement sérieux tels problèmes de toxicomanie, violence physique et verbale, ainsi que non-fréquentation scolaire. [ 2 ] L'évaluation a mis en évidence que les parents ne font plus vie commune. [ 3 ] X aurait été un enfant facile à élever jusqu'à il y a environ deux ans lorsqu'il a fait la rencontre de jeunes peu recommandables qui l'ont initié à la consommation de pot.
Cette consommation occasionnelle au début est devenue plus fréquente pour finir par prendre toute la place dans la vie de l'adolescent. [ 4 ] Les comportements de celui-ci se sont mis à changer pour ensuite détériorer son caractère de façon dramatique.
Il a commencé à ne plus respecter les heures d'entrée, défier l'autorité de sa mère, devenir agressif verbalement avec elle, et cesser de faire ses travaux scolaires. [ 5 ] Ensuite il est devenu agressif à l'école, au point d'être suspendu après s'être présenté en état de consommation et avec une pipe à pot. [ 6 ] À l'automne 2010, X tenait des propos de plus en plus violents à l'égard de sa mère et a commencé à se livrer sur elle à de la violence physique, au point que A a dû faire installer une serrure à sa porte de chambre pour se protéger de ce fils qu'elle ne reconnaissait plus. [ 7 ] Chez le père, on a dû aussi faire installer une serrure à la porte de la chambre pour empêcher X de voler de l'argent.
[ 8 ] Les changements que la consommation de drogues a opérés chez l'adolescent ont été à ce point dramatiques qu'il semblait avoir deux personnalités. Il était respectueux, gentil et poli à jeun, tandis qu'en état de consommation il devenait arrogant, intimidant, et incontrôlable lorsque contrarié. Il a déjà brisé un cadre de porte et fait des trous dans les murs. [ 9 ] Les parents ont tout fait pour redresser la situation, mais X les trompait, leur mentait et n'avait aucun scrupule à briser leur confiance.
La dérive a pris fin lorsque le 14 avril 2011 un individu a frappé à la porte de la résidence de la mère en y cherchant X pour se faire payer une dette de drogue. C'est là que les parents ont pris conscience de la gravité de la situation et que sans l'aide de professionnels leur fils ruinerait sa santé et son avenir, et risquait de s'attirer des ennuis permanents. [ 10 ] L'adolescent a donc été admis en centre de réadaptation. [ 11 ] À l'école A où X était inscrit, on rapporte qu'au début de l'année il fonctionnait relativement bien.
Ce n'est qu'à partir de novembre 2010, alors qu'il a été suspendu pour s'être présenté à l'école en état de consommation et en possession d'une pipe à hasch, que la situation s'est détériorée, et depuis le 17 mars 2011 l'adolescent ne s'est plus présenté à ses cours. [ 12 ] Auparavant, il a eu plusieurs suspensions et expulsions, mais à la suite d'une rencontre avec les parents, l'intervenante du centre A et C, enseignant-ressource à l'école, X aurait pu réintégrer l'école, moyennant certaines conditions, mais il n'a pas respecté l'entente. [ 13 ] Il est en situation d'échec au plan scolaire et c'est la deuxième fois qu'il échoue sa deuxième année de secondaire. [ 14 ] Au centre A où X est inscrit pour un suivi à la demande de sa mère et de l'école, il a débuté le 3 décembre 2010, mais ne s'est rendu qu'à cinq ou six rencontres.
X ne reconnaissait pas son impulsivité ni l'impact de sa consommation de speed et d'alcool sur toutes les autres sphères de sa vie. Il a montré peu de motivation à ce suivi et a décidé ne plus se présenter à ces rencontres individuelles. [ 15 ] Des rencontres familiales ont été instaurées à sa demande pour travailler sa relation avec sa mère.
Après une première rencontre le 10 février 2011, X ne s'est pas présenté à la deuxième rencontre, prétextant que ce n'était pas lui le problème, mais ses parents. [ 16 ] Il ressort de l'évaluation que X a besoin de protection, car sa sécurité ou son développement est compromis.
Il affiche des troubles de comportement sérieux, tel non-respect de l'autorité de ses parents, notamment celle de sa mère, mensonges, refus de faire part de ses allées et venues, fréquentation de consommateurs et sorties tardives. [ 17 ] L'adolescent consomme du cannabis et du speed et il devient agressif et arrogant tant au niveau verbal que physique lorsqu'il est en état de consommation.
Il reconnaît peu ou pas ses problématiques et ne voit pas, ou plutôt ne veut pas voir le danger auquel il s'expose et expose aussi ses parents. [ 18 ] Pourtant plusieurs sphères de sa vie sont touchées par son habitude de consommation, dont sa relation avec ses parents, avec les autres, son éducation scolaire ainsi que sa santé physique. [ 19 ] Les parents sont inquiets pour leur fils et sont dépassés par ses comportements. Ils sont en accord avec son placement. [ 20 ] À la suite de son placement, X a reconnu avoir causé une grande déception à ses parents par ses comportements inacceptables.
Il a admis devoir de l'argent à certaines personnes, consommer du speed et ne plus fréquenter l'école. [ 21 ] Il se déclare ouvert à se mobiliser pour mettre fin à sa problématique de consommation et reconnaît avoir besoin d'un certain temps pour agir. [ 22 ] Son intégration à l'unité de réadaptation semble s'être faite assez harmonieusement.
Il respecte les règles et les consignes, mais il faut qu'elles soient clairement établies, et il doit connaître les conséquences s'il les enfreint. [ 23 ] Il réagit de façon impulsive, voire explosive lorsqu'il fait face à une frustration. [ 24 ] Depuis le début de son séjour, il semble avoir fait certaines prises de conscience sur son mode de fonctionnement et sur les impacts de celui-ci sur sa famille.
Par contre, une fois cette prise de conscience identifiée, l'adolescent s'attend à sortir rapidement du centre, ou du moins pouvoir aller voir ses amis. [ 25 ] Dans la soirée du 1 er mai, il fugue et est retrouvé par des policiers après qu'il eut consommé. [ 26 ] Les troubles de comportement en centre amènent à conclure que X en est seulement à sa première étape de prise de conscience et qu'il doit développer un tout autre mode de fonctionnement et s'outiller pour y arriver. [ 27 ] Plusieurs points positifs ont été identifiés chez X, telle la capacité d'utiliser des moyens proposés par les intervenants pour se calmer et reprendre la situation lorsqu'il a des frustrations ou qu'il vient en colère.
Il est capable aussi de parler de ce qu'il vit et ce, avec l'aide d'adultes. [ 28 ] Il est capable d'être poli, d'exprimer ses désirs et de prendre soin de sa personne. [ 29 ] Au cours de son séjour, il a entrepris des démarches auprès de [intervenante 2], intervenante au centre A, afin de poursuivre sa démarche en toxicomanie, et une première rencontre a eu lieu le 3 mai.
D'autres rencontres sont prévues. [ 30 ] Le 8 mai, il a repris son travail au restaurant A. [ 31 ] Les parents sont demeurés impliqués tout au long de l'hébergement de leur fils, et X a bénéficié de deux sorties chez son père durant la fin de semaine des 30 avril et 1 er mai 2011.
[ 32 ] Le Tribunal a eu l'occasion d'échanger, à l'audience, avec cet adolescent qui nous est apparu bien élevé, intelligent et articulé. [ 33 ] Il disait prendre conscience de la gravité de sa situation et a exprimé son accord pour un hébergement de six mois. Il envisage d'intégrer une thérapie pendant ce séjour pour mettre fin à son habitude de consommation. [ 34 ] L'orientation proposée est dans l'intérêt de l'adolescent et il y a lieu d'y faire droit.
PAR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : ACCUEILLE la requête; Déclare la sécurité ou le développement de X compromis; ORDONNE l’hébergement de X en centre de réadaptation pour les six prochains mois; ORDONNE qu’une personne travaillant pour un établissement ou un organisme apporte aide, conseils et assistance à X et à sa famille pour les 12 prochains mois; ORDONNE que X reçoive les soins et services de santé qu’il nécessite, notamment un suivi en toxicomanie, et la possibilité de séjourner dans un centre de thérapie pendant son hébergement en centre de réadaptation afin d’y recevoir des services en toxicomanie; CONFIE la situation de X à la Directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance. __________________________________ GABRIEL de POKOMÁNDY, J.C.Q.
M e Linda Turgeon, avocate de la Directrice de la protection de la jeunesse M e Pierre Paradis, avocat de l'adolescent Domaine du droit : Protection de la jeunesse
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