2010 QCCQ 19974, 2010 QCCQ 19974
Opinion
Protection de la jeunesse — 107916 2010 QCCQ 19974 JT-1425 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] Localité de […] « Chambre de la Jeunesse » N°: 150-41-001205-100 DATE : 15 décembre 2010 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE : L’HONORABLE DORIS THIBAULT, J.C.Q. ______________________________________________________________________ [INTERVENANTE 1], intervenante sociale, Centre jeunesse A, bureau A REQUÉRANTE; c.
X, née le [...] 1995 ADOLESCENTE; -et- A PÈRE; -et- B MÈRE. ______________________________________________________________________ JUGEMENT (art. 95.2 L.P.J.) ______________________________________________________________________ [ 1 ] La directrice de la protection de la jeunesse saisit le Tribunal une requête visant à prolonger la décision prononcée par la soussignée le 25 mai 2010 qui déclare la sécurité et le développement de X ([...] 1995) compromis, ordonne son hébergement en centre
de réadaptation pour une période de six mois ainsi que la mise en place de différents services d'aide et d'assistance. Alléguant l'absence de réelle amélioration dans les comportements de X, la requérante recommande que la dernière ordonnance soit prolongée jusqu'au 18 mai 2011. Les parties sont en accord avec cette recommandation. [ 2 ] En septembre 2009 les parties signent des mesures volontaires afin que X soit hébergée en centre de réadaptation. À ce moment, elle est victime d'abus physiques et de méthodes éducatives déraisonnables de la part de son père.
Elle présente également de sérieux problèmes de comportement. À sa sortie du centre de réadaptation, elle intègre son milieu maternel. Cependant, après quelques semaines, l'adolescente reprend ses anciens comportements et sa situation se détériore. Les problématiques principales rencontrées par X sont sa consommation, ses problèmes de fugue et ses fréquentations à risque. [ 3 ] Lors de la dernière ordonnance, elle avait fugué du centre de réadaptation à plusieurs reprises.
Ellen ne collaborait pas avec les intervenants. [ 4 ] X doit être hébergée en encadrement intensif du 4 mai au 9 juin dernier suite à des fugues répétitives qui compromettent sa sécurité. Seul l'encadrement soutenu du centre de réadaptation permet à l'adolescente de bien fonctionner et encore ses bons comportements sont le résultat d'un certain conformisme. L'intervenante rapporte: "… Au sein de l’encadrement et la structure offerte (sic) en centre de réadaptation, X se conforme aux demandes et attentes faisant ce que les éducateurs attendent d’elle, se conformant.
Elle démontre une attitude et des comportements exemplaires amenant les intervenants à se questionner sur la pertinence de l’hébergement.
X est articulée dans ses réponses et réflexions lorsque nous la questionnons et au premier abord, dès que nous tentons d’aller plus loin dans ce qu’elle veut, désire, pense, aime ou dans toutes autres formes de réflexion ou changement qu’elle désire apporter ; on réalise que l’adolescente répond ce que l’adulte veut entendre, les réponses apprises, mais elle ne démontre aucune résonnance réelle pour elle. …" [ 5 ] Lorsqu'elle bénéficie de sorties chez ses parents, surtout chez son père, X consomme, fugue et maintient des fréquentations marginales.
En somme, dès que l'encadrement est assouplie, X reprend ses anciens comportements. [ 6 ] Le 8 septembre elle fugue de chez son père. Elle est retrouvée par les policiers en état de consommation. Le 23 septembre elle fugue du centre de réadaptation et est retrouvée le 28 septembre. Elle confie à l'intervenante avoir consommé au cours de sa fugue et avoir eu des comportements sexuels à risque. [ 7 ] À plusieurs occasions, X consomme alors qu'elle est en sortie chez son père. [ 8 ] Le 3 novembre elle vole un téléphone cellulaire.
Confrontée à son retour au centre de réadaptation, elle fait une crise et frappe dans les murs au point où elle se casse le poignet. [ 9 ] X est accompagnée de son avocate qui admet en son nom le bien-fondé de l'essentiel des allégations de la requête et consent aux mesures proposées. [ 10 ] X est décrite comme une adolescente intelligente qui a de bonnes capacités au niveau académique. Elle a des habilités sociales et présente une image positive. [ 11 ] Les parents sont déçus du temps pris par leur fille pour se remettre en question et corriger ses comportements.
Ils sont tous deux conscients de la nécessité de maintenir X en centre de réadaptation. Ils la reçoivent en alternance chaque fin de semaine. [ 12 ] Tout comme l'intervenante ils s'entendent à l'effet qu'une thérapie [à la ressource A] permettrait à X de régler son problème de consommation.
Cependant, les comportements actuels de l'adolescente ne permettent pas son intégration dans une ressource de ce type, car elle ne démontre aucune volonté de remise en question. [ 13 ] La mère témoigne et reconnaît le bien-fondé du maintien de l'intervention de la requérante et l'à propos des recommandations. [ 14 ] Le père est absent bien que la procédure lui a été régulièrement signifiée. [ 15 ] L'intervenante observe que jusqu'à maintenant X n'a pas amorcé de changement dans ses comportements, elle ne fait que se conformer de façon superficielle à ce que les adultes attendent d'elle.
Elle constate: "… La structure du moi de X est faible. Elle a une faible estime de soi. Elle a de la difficulté à s’estimer à sa juste valeur, se reconnaître des compétences et des comportements positifs. X, au sein de ses relations, cherche continuellement à plaire sans se demander ce qu’elle désire, qui elle est. Elle devient ce qu’elle croit que l’autre attend d’elle.
Au bout d’un certain temps, elle ne réussit plus à tenir cette image d’elle-même, la pression est trop forte alors elle utilise des attitudes et des comportements délinquants. …" [ 16 ] La preuve convainc que X est exactement au même point que lors de la déclaration de compromission. Ses besoins de réadaptation sont très grands et seul l'encadrement d'un centre de réadaptation est de nature à pouvoir l'aider à cheminer positivement. [ 17 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL:
[ 18 ] ACCUEILLE la requête; [ 19 ] DÉCLARE que la sécurité et le développement de l'adolescente sont toujours compromis; [ 20 ] PROLONGE l'ordonnance prononcée le 25 mai 2010; [ 21 ] ORDONNE que l'adolescente soit hébergée en centre de réadaptation jusqu'au 18 mai 2011; [ 22 ] ORDONNE qu'une personne travaillant au sein du Centre jeunesse A apporte aide, conseils et assistance à l'adolescente et à ses parents au cours de cette période; [ 23 ] ORDONNE que l'adolescente bénéficie d'un suivi en toxicomanie et que soient respectées les recommandations du professionnel consulté; [ 24 ] ORDONNE aux parents de participer au «Groupe A» offert par le centre de réadaptation au cours de cette période; [ 25 ] ORDONNE à l'adolescente et à ses parents de collaborer avec les intervenants sociaux au cours de cette période; [ 26 ] CONFIE la situation de l'adolescente à la directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance; [ 27 ] ORDONNE aux parties concernées de s'y conformer. __________________________________ DORIS THIBAULT, JUGE C.Q. cc: DPJ Me Christine Asselin (DPJ) Me Marthe Vachon (adolescente) Père Mère /ng Dates d’audience : 17 novembre et 8 décembre 2010
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