2013 QCCQ 7756, 2013 QCCQ 7756
Opinion
Protection de la jeunesse — 131424 2013 QCCQ 7756 JD2125 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] LOCALITÉ DE [...] « Chambre de la jeunesse » N° : 450-41-004051-117 450-41-004071-115 DATE : Le 31 janvier 2013 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE : L’HONORABLE JOHANNE DENIS, J.C.Q. ______________________________________________________________________ DANS LA SITUATION DES ENFANTS : X Né [...] 2007 Y Née [...] 1998 [INTERVENANTE 1] , personne dûment autorisée par le directeur de la protection de la jeunesse du Centre jeunesse A, dont le bureau est situé [...] , Ville A, district A
Partie requérante et A , [...] , Ville A et B , [...] , Ville A Parents des enfants ______________________________________________________________________ JUGEMENT ______________________________________________________________________ [ 1 ] Le tribunal est saisi d'une requête en révision concernant X et Y, âgés respectivement de 5 et 14 ans, pour lesquels le directeur de la protection de la jeunesse demande de dispenser des services pour une période additionnelle d'une (1) année afin de permettre aux parents de consolider leurs acquis. [ 2 ]
Le directeur allègue que les parents ont remarqué une diminution du stress familial et que les divers services mis auprès de la famille ont eu un impact positif pour le développement des enfants. [ 3 ] X reçoit notamment des services afin de développer davantage son langage. Il a participé également à des groupes d'animation par l'orthophoniste. Il reçoit également du support d'une éducatrice spécialisée. Il est en attente d'un suivi individuel. X rencontre également un ergothérapeute afin de développer sa motricité fine. [ 4 ] Y fréquente l'école secondaire en classe d'adaptation.
Selon les parents, leur fille cette année est davantage impliquée. Elle a participé également à un camp de cadets. Elle a bénéficié d'un suivi psychologique en milieu scolaire concernant la gestion des émotions. Elle bénéficie du support d'une technicienne en éducation spécialisée afin de développer une meilleure organisation. [ 5 ] Les parents consentent à recevoir davantage de services. [ 6 ]
Le directeur, afin d'étayer ces faits, dépose un rapport de révision préparé par madame [intervenante 1], travailleuse sociale. [ 7 ] Les parents ont signé une entente de non-présence en vertu de l'article 95 alinéa 3 de la
Loi sur la protection de la jeunesse par laquelle ils reconnaissent qu'ils ont pris connaissance du rapport de révision, qu'ils sont informés des mesures proposées au tribunal et qu'ils acquiescent à ces dernières.
[ 8 ] L'avocate des enfants y souscrit également. [ 9 ] Le jugement du 10 janvier 2012 prononcé par monsieur le juge Michel Durand ordonnait la mise en place de différents services puisque la mère s'avérait dépassée et inquiète de façon démesurée quant au développement de ses enfants. La mère faisait montre d'hyper-vigilance et portait une attention exagérée sur différents comportements des enfants qu'elle percevait comme étant pathologique. [ 10 ] La mère était notamment convaincue que son fils souffrait d'un trouble envahissant du développement malgré les diagnostics à l'effet contraire.
Le père ne mettait jamais en question les perceptions et les façons de faire de la mère. [ 11 ] Ce jour, la preuve révèle que les parents collaborent et sont capables de réaliser les bienfaits des différents services mis en place pour les enfants. Le père est présentement en chômage et s'implique de façon plus active quant à l'éducation de ses enfants. La mère s'est donnée comme objectif d'apprendre à lâcher prise puisqu'elle a compris qu'elle ne peut tout contrôler.
L'intervenante dit: Effectivement, il était démontré lors de l'évaluation que madame B présentait une hypervigilance à l'égard des comportements de ses enfants et qu'elle percevait plusieurs difficultés pédopsychiatriques et médicales chez ses deux aînés. Pour sa part, monsieur A renchérissait et soutenait sa conjointe dans les démarches médicales et dans l'apport des observations comportementales des enfants. Par conséquent, les enfants recevaient plus d'attention lorsqu'ils adoptaient des comportements qui répondent au schéma médical identifié par leur mère.
Ce qui a pour conséquence la chronicité et la récurrence des comportements inappropriés chez les enfants. À cet effet, nous observons que madame cherche à analyser ainsi qu'à trouver une raison ou un sens expliquant les comportements et attitudes des enfants, bien que ceux-ci puissent être simplement normaux. Delà, il en découle parfois des interprétations erronées qui viennent teinter les attitudes et réactions de madame. Effectivement, par son désir de démontrer qu'elle est une bonne mère, il lui arrive d'être trop exigeante envers elle et les enfants.
Aussi, il arrive parfois que ça engendre des erreurs de jugement de sa part. De plus, cela l'amène à vouloir vérifier auprès des intervenants si elle agit adéquatement afin d'avoir leur avis dans ce qu'elle fait ou exprime pour ne pas être discréditée. Bien entendu, nous savons que madame n'agit pas consciemment. Son désir d'être bon parent est réel et il est appuyé par la capacité qu'elle démontre de prendre soin des enfants. Donc, cela rend difficile la compréhension de notre présence dans leur vie, car elle semble paradoxale pour les parents.
En plus, ils l'interprètent de manière négative, car elle leur reflète l'image qu'ils ne sont pas de bons parents.
Nous croyons primordial que les parents puissent changer l'image que notre intervention leur projette et qu'ils fassent confiance à savoir que nous leur reconnaissons des capacités parentales. (Pièce D-2 – pages 9-10) [ 12 ] L'intervenante précise qu'il est important que la mère développe également d'autres sources de valorisation. [ 13 ] L'ensemble des mesures mises de l'avant sont dans l'intérêt des enfants et leur permettront de consolider leur situation. [ 14 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL: [ 15 ] ACCUEILLE la requête; [ 16 ] DÉCLARE la sécurité et le développement des enfants X et Y encore et toujours compromis; [ 17 ] RÉVISE l'ordonnance rendue le 10 janvier 2012 dans le présent dossier; [ 18 ] MAINTIENT les enfants X et Y auprès de leurs parents; [ 19 ] ORDONNE que les enfants X et Y reçoivent tous les soins de santé requis par leur situation, notamment pour X, le suivi au [centre A]; [ 20 ] PREND ACTE du fait que les parents recevront des services d'assistance éducative pour l'enfant Y, et ce, tant qu'estimé nécessaire; [ 21 ] RECOMMANDE aux parents de continuer à participer activement au suivi psychosocial et à collaborer en fournissant les autorisations nécessaires pour avoir accès aux différents professionnels dans leur situation; [ 22 ] ORDONNE qu'une ou des personnes, oeuvrant au sein du Centre jeunesse A ou de tout autre établissement ou organisme, apportent aide, conseil support et assistance aux enfants X et Y ainsi qu'à leur famille, et ce, pour une période d'une (1) année; [ 23 ] CONFIE la situation des enfants X et Y au directeur de la protection de la jeunesse du Centre jeunesse A pour l'exécution de l'ordonnance. __________________________________ JOHANNE DENIS, J.C.Q.
Me Diane Chiasson Avocate pour le D.P.J. Me Geneviève Lafontaine Avocate pour les enfants
Me Chantal Kemp-Bélanger Avocate pour la mère Date d’audience : Le 31 janvier 2013
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