2012 QCCQ 8994, 2012 QCCQ 8994
Opinion
Protection de la jeunesse — 122642 2012 QCCQ 8994 JC-1805 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] « Chambre de la jeunesse » N° : 150-41-000780-079 DATE : 12 juillet 2012 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DU JUGE PAUL CASGRAIN ______________________________________________________________________ INTERVENANTE 1 en sa qualité de personne autorisée par le DPJ, Centre jeunesse A bureau A, district A; REQUÉRANTE; c. X née le […] 1997; ADOLESCENTE; -et- A MÈRE; -et- B PÈRE. ______________________________________________________________________
MOTIFS DE LA DÉCISION RENDUE ORALEMENT LE 4 JUILLET 2012 SUR LA REQUÊTE EN PROLONGATION D'ORDONNANCE ______________________________________________________________________ [ 1 ]
Le directeur de la protection de la jeunesse demande de revoir la décision prononcée par le soussigné le 26 septembre 2011 et, en raison du besoin de réadaptation que présente encore l'adolescente, il recommande l'application des mesures suivantes jusqu'au 18 janvier prochain: maintien en centre de réadaptation, supervision des contacts parents-adolescente, implication de cette dernière dans des suivis en toxicomanie et en psychologie et suivi psychosocial.
L'adolescente et ses parents se déclarent en accord avec les mesures recherchées. [ 2 ] La décision de septembre dernier confiait la jeune fille à un centre de réadaptation jusqu'au 30 juin 2012.
Cette ordonnance était motivée par les comportements difficiles et persistants de la jeune fille et l'échec de la tentative de son intégration en ressource intermédiaire. [ 3 ] La preuve recueillie à l'audience permet d'établir comme suit la situation. [ 4 ] Au cours de la dernière ordonnance, l'adolescente, selon les comportements adoptés, a séjourné dans différentes unités du centre de réadaptation (unité régulière, encadrement intensif, unité à traitement individualisé); à des périodes de calme et de conduite adéquate ont régulièrement suivi des périodes de désorganisation importante (crises, automutilation, propos suicidaires, menaces à l'égard des pairs et des éducateurs). [ 5 ] Au cours des derniers mois, la jeune fille a envisagé deux milieux pour la recevoir à sa sortie de l'institution (parrain, ex- conjointe du parrain).
Malheureusement, ces projets se sont avérés irréalisables. Elle réalise aujourd'hui qu'une famille d'accueil demeure la seule orientation envisageable. [ 6 ] L'adolescente est douée de fort belles qualités et d'un beau potentiel. Elle porte les importantes séquelles d'une enfance difficile.
Un souci affectif non traité adéquatement peut provoquer une désorganisation importante; tout dans l'environnement de la jeune fille devient alors un problème, une source de frustration, l'occasion d'une désorganisation. [ 7 ] La jeune fille identifie adéquatement ses difficultés et les moyens à prendre pour les surmonter; cependant, la colère et l'agressivité qu'elle porte en elle la déroutent régulièrement de ses objectifs. [ 8 ] L'adolescente a bénéficié d'aide en psychologie.
À l'audience, elle précise ne pas être actuellement disposée à poursuivre cette démarche, mais demeurer ouverte à reprendre éventuellement la thérapie lorsqu'elle en ressentira le besoin. [ 9 ] La mère est incarcérée depuis le 26 mars. Sa collaboration avec les intervenants sociaux n'est pas aisée; lors des rencontres, elle peut s'emporter et manquer de respect. Sa vie amoureuse est instable; une idylle a pris fin en octobre 2011 et une autre s'est amorcée en février 2012.
Le lien mère-fille est présent, mais la relation entre les deux femmes demeure conflictuelle. [ 10 ] Le père communique par téléphone avec sa fille. Il l'a visitée en centre de réadaptation au début d'avril. Il préfère se priver de contacts avec l'adolescente plutôt que de respecter l'encadrement des rencontres père-fille qu'estime nécessaire le directeur de la protection de la jeunesse dans l'intérêt de l'adolescente. [ 11 ] En sa qualité de personne autorisée par le directeur de la protection de la jeunesse, madame [intervenante 1] a rédigé le rapport prévu à l'article 86 de la
Loi sur la protection de la jeunesse et, dans son document daté du 29 août 2011, elle motive ainsi l'orientation proposée: « Au cours de cette mesure, X a vécu plusieurs changements d’unité dus à ses comportements violents envers les autres (menaces, coups physiques), envers elle-même aussi (blessures physiques, menaces suicidaires). Suite à ces conduites inacceptables, X ait preuve de peu d’introspection. L’adolescente attribue plutôt la faute aux autres. Toutefois, nous remarquons, par moments, que X peut offrir une bonne collaboration aux intervenants.
Dans ces périodes, elle fait des réflexions par rapport à son avenir, elle reconnaît son comportement et elle revient calme plus rapidement après avoir vécu de la colère. Au cours des derniers mois, X a ciblé différentes possibilités de projet pour son avenir (parrain, marraine, famille d’accueil). X vit beaucoup d’émotions par rapport à sa réalité. Elle vit de l’anxiété, de l’insécurité par rapport à son avenir et de la colère et de la déception par rapport à son passé. Par moment, X nous dit vouloir vivre une vie d’adolescente normale, dans une famille normale.
À d’autres moments, elle dit vouloir rester au foyer d’encadrement intensif jusqu’à sa majorité. Ces discours, complètement opposés, témoignent de son état d’esprit. Actuellement, X demande d’intégrer une famille d’accueil. Face à ce projet, plusieurs questions sont soulevées. A-t-elle les capacités de s’investir dans un noyau familial malgré son trouble de l’attachement? A-t-elle acquis les habiletés pour évoluer dans un milieu moins encadré que le centre de réadaptation?
Nous sommes d’avis que X a fait certains progrès depuis son dernier passage au tribunal, mais nous pensons qu’il serait prématuré d’intégrer l’adolescente dans un milieu de type familial. En effet, au niveau de la gestion des impulsions, des émotions et de la résolution de problème, X a encore besoin de réadaptation. Durant les derniers mois, nous avons pu observer que l’adolescente est encore au stade d’avoir de la difficulté à garder la maîtrise de soi (comportement autodestructeur, agressivité envers les autres).
Elle a aussi besoin d’un accompagnement constant pour décortiquer ses sources de stress et mettre en place des moyens pour résoudre ses problèmes de façon adéquate. De plus, X a besoin d’apprendre à tolérer les délais, à accepter de se faire dire non et diminuer son comportement d’opposition envers l’adulte. Pour ces raisons, nous pensons qu’il serait difficile pour une famille d’accueil d’offrir un encadrement d’une si grande intensité à X.
Nous recommandons donc une autre période de réadaptation pour stabiliser davantage l’adolescente et parvenir à identifier un projet de vie stable dans lequel elle voudra s’investir. Toutefois, nous constatons qu’il est difficile pour X de ne pas avoir de milieu de vie dans lequel, elle peut sortir les fins de semaine. Certes, elle a repris contact avec son parrain et sa marraine, qui constituent de bonnes personnes dans son réseau personnel. Cependant, il est trop heurtant pour l’adolescente de passer toutes les fins de semaine dans ces milieux.
Elle dit être confronté à ses déceptions familiales lorsqu’elle est avec eux et elle a de la difficulté à prendre sa place. Nous souhaitons au cours de la prochaine mesure, si la situation le permet, intégrer un objectif à notre plan d’intervention pour cibler un milieu d’accueil dans lequel X pourra passer les fins de semaine. X aura accès à un milieu plus naturel que le centre de réadaptation et nous pourrons, du même coup, observer comment l’adolescente fonctionne dans ce type de milieu de vie. Pour ce qui est des contacts avec la mère.
Nous pouvons constater que madame A demeure avec le même mode de vie depuis des années. Selon nous, les événements des derniers mois démontrent que la mère ne présente pas les conditions nécessaires pour amorcer des changements. En effet, madame ne reconnaît pas ses problèmes, est instable et ne collabore pas avec les intervenants. Cela fait longtemps que l’on se questionne sur l’impact des contacts avec la mère. Depuis son incarcération, madame A reprend les mêmes promesses de réunification familiale et d’espoir de changements magiques de son mode de vie.
X est rendue à une étape où elle doit travailler sur elle-même. Elle a de nombreux objectifs à travailler. Pour ce faire, nous sommes d’avis qu’elle a besoin de tranquillité d’esprit et de stabilité pour qu’elle soit pleinement disponible à son développement.
Il appartient à la mère de se mobiliser pour atteindre ses propres objectifs et offrir un milieu sein à ses enfants.» [ 12 ] La preuve révèle que l'adolescente identifie avec justesse le travail qu'elle doit compléter pour quitter le centre de réadaptation, que les séquelles laissées par son enfance difficile affectent régulièrement sa constance dans ses efforts et que les parents ne sont pas en mesure de soutenir leur fille dans sa tentative de reprise en main.
Dans les circonstances, les mesures recherchées par le directeur de la protection de la jeunesse s'avèrent nécessaires pour assurer la sécurité et le développement de l'adolescente; il convient donc d'en ordonner l'application. [ 13 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : [ 14 ] DÉCLARE que la sécurité et le développement de l'adolescente demeurent compromis; [ 15 ] RÉVISE et PROLONGE comme suit la décision prononcée par le soussigné le 26 septembre 2011: 15.1. ORDONNE l'hébergement de l'adolescente dans un établissement qui exploite un centre de réadaptation jusqu'au 18 janvier 2013; 15.2.
MAINTIENT les contacts de l'adolescente avec ses parents pendant cette période, ces contacts devant cependant être supervisés par le délégué du directeur de la protection de la jeunesse assigné à l'adolescente et être établis suivant entente entre les parties ou, à défaut d'entente, par le tribunal sur requête d'une
partie à cette fin; 15.3. ORDONNE à l'adolescente de s'impliquer activement pendant cette période dans un suivi en toxicomanie et de respecter les recommandations formulées par l'intervenant consulté; 15.4. ORDONNE que l'adolescente puisse bénéficier d'une aide en psychologie pendant cette période, si elle en ressent le besoin; 15.5. ORDONNE qu'une personne travaillant pour le Centre jeunesse A apporte aide, conseils et assistance à l'adolescente et à ses parents pendant cette période; 15.6.
ORDONNE à l'adolescente et à ses parents de collaborer avec les intervenants sociaux pendant cette période; [ 16 ] CONFIE la situation de l'adolescente X au directeur de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance.
__________________________________ JUGE DE LA COUR DU QUÉBEC Centre jeunesse Me Marthe Vachon (adolescente) Me Pascale F. Tremblay (mère) Me Dominic Riverin (père) Me Kathy Beaumont (DPJ) /ss Date d’audience : 4 juillet 2012
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