2012 QCCQ 9670, 2012 QCCQ 9670
Opinion
JD1788 Protection de la jeunesse — 121396 2012 QCCQ 9670 COUR DU QUÉBEC Chambre de la jeunesse CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT [...] LOCALITÉ […] N° : 650-41-001938-105 DATE : 6 mars 2012 SOUS LA PRÉSIDENCE DE L’HONORABLE GABRIEL DE POKOMÁNDY, J.C.Q.
Dans la situation de : X ADOLESCENTE et INTERVENANTE 1 personne autorisée par la Directrice de la protection de la jeunesse REQUÉRANTE et A MÈRE JUGEMENT [ 1 ] Le Tribunal confirme et motive par le présent jugement écrit la décision rendue séance tenante le 6 mars 2012 sur une requête en prolongation de l'ordonnance du 13 septembre 2011 qui ordonnait l'hébergement de X, adolescente de bientôt 17 ans, en centre de réadaptation pour six mois, avec possibilité de séjourner dans un centre de thérapie pendant son hébergement afin d'y recevoir des services en toxicomanie. [ 2 ] Depuis son placement, X a fugué à répétition, ce qui amène finalement son transfert à l'unité A de ville A. [ 3 ]
Malgré une entente que si le tout se déroulait bien lors d'une sortie du 23 au 26 décembre elle pourrait possiblement retourner chez sa mère pour le jour de l'An, le 26 décembre au lieu de retourner au centre, l'adolescente fugue avec un copain de 32 ans. [ 4 ] Retournée en centre de réadaptation, X n'est revenue chez sa mère à B qu'une seule fois où elle a été en mesure de respecter les exigences et les attentes pour la fin de semaine. [ 5 ] Ses nombreuses fugues et son manque de confiance en l'adulte n'ont pas permis de travailler sérieusement avec l'adolescente les difficultés qui l'ont amenée en réadaptation. [ 6 ] X a entretenu une relation affective avec un homme de 32 ans, laquelle s'est terminée à la fin de janvier par un interdit de contacts. [ 7 ] Ayant bénéficié d'une évaluation psychologique, les conclusions sont que l'adolescente présente des traits de personnalité histrioniques qui se caractérisent par un grand besoin d'attention et d'affection, de la labilité émotive, de naïveté, de somatisation et de
préoccupations pour des symptômes physiques. [ 8 ] On note également chez l'adolescente de l'impulsivité, une faible intégration des règles et des normes sociales, et des problèmes avec des personnes en position d'autorité. X présente des limites sur le plan de la compréhension verbale. [ 9 ] Le rapport nous révèle que la relation avec la mère est peu investie. X ressentirait une distance affective, voire de l'indifférence de la part de sa mère.
La relation apparaît donc plus contractuelle, et l'adolescente reproche à sa mère ses difficultés actuelles. [ 10 ] La mort de son père attriste X, qui regrette sa disparition, sans cependant présenter de symptômes de deuil pathologique. [ 11 ] Les passages suivants de l'évaluation du psychologue René Brault nous apparaissent importants pour la poursuite des mesures d'aide dont X doit bénéficier : X présente certains éléments qui la rendent vulnérable.
Sa naïveté, son impulsivité, son grand besoin d'affection et d'attention et ses limites au plan intellectuel font en sorte qu'elle peut être influençable et avoir de la difficulté à mesurer les conséquences de ses gestes ou de ses choix. Elle peut se mettre en danger, notamment lorsqu'elle est en fugue. Il serait donc important de considérer ce risque dans le cadre du processus de réadaptation. Les interventions rééducatives devraient viser le développement d'habilités sociales favorisant l'affirmation de soi et l'autonomie personnelle afin de diminuer son influençabilité au plan interpersonnel.
Notamment, on devrait l'aider à réfléchir un peu plus sur les conséquences de ses décisions et l'amener à mieux décoder les indices sociaux dans ses rapports avec les autres. On devrait également amener l'adolescente à développer une meilleure gestion de ses émotions et de son impulsivité afin de réduire les mécanismes d'évitement et de fuite.
Pour ce faire, il est essentiel que l'adolescente soit dans un milieu rééducatif pouvant contenir ses désorganisations et empêcher les fugues pour lui éviter de fuir sa réalité et l'aider à trouver des moyens plus adaptés pour composer avec ses conflits ou ses émotions difficiles. [ 12 ] On devra aussi privilégier le rétablissement du lien affectif entre X et sa mère avant de travailler sur les éléments plus complexes de la communication et de l'encadrement.
Amener la mère et sa fille à passer de courts moments où elles partageraient une activité ensemble favoriserait l'atteinte de cet objectif et permettrait de partir d'encrages passés ou d'activités plus adaptées à leurs réalités actuelles. [ 13 ] L'évolution de la situation de X en centre de réadaptation nécessite le prolongement de l'ordonnance antérieure afin de permettre à cette adolescente de vraiment faire face à ses problèmes et l'aider à trouver une solution. [ 14 ] La recommandation de prolongation de l'hébergement en centre de réadaptation nous apparaît être dans l'intérêt de l'adolescente, et il y a lieu d'y faire droit.
X et sa mère consentent à cette orientation. [ 15 ] Pour que ce séjour additionnel soit vraiment profitable, il faut que X se mobilise et s'investisse dans l'amélioration de son comportement. Elle doit prendre conscience que l'âge de sa majorité approche à grands pas et il reste peu de temps pour bénéficier de l'aide du service de la protection de la jeunesse. Elle doit donc tout faire pour en tirer le maximum de bénéfice et éviter de perdre son temps avec des fugues ou autres gestes qui ne la font pas progresser dans l'acquisition de compétences et d'habiletés pour mieux aborder sa vie d'adulte.
PAR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : ACCUEILLE la demande; PROLONGE l’ordonnance antérieure; DÉCLARE que la sécurité ou le développement de X demeure compromis; ORDONNE le maintien de X en centre de réadaptation pour les six prochains mois; ORDONNE qu’une personne travaillant pour un établissement ou un organisme apporte aide, conseils et assistance à X et à sa famille pendant cette période; Ordonne que X reçoive tous les soins et services de santé requis par son état, notamment un suivi en toxicomanie pour la durée jugée nécessaire; INTERDIT à X de fréquenter C; CONFIE la situation de X à la Directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance. __________________________________ GABRIEL de POKOMÁNDY, J.C.Q.
M e Lyne Monger, avocate de la Directrice de la protection de la jeunesse M e Pierre Paradis, avocat de l'adolescente Domaine du droit : Protection de la jeunesse
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