2010 QCCQ 19582, 2010 QCCQ 19582
Opinion
Protection de la jeunesse — 107909 2010 QCCQ 19582 JT-1425 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE […] Localité de […] « Chambre de la Jeunesse » N o : 160-41-000013-074 DATE : 14 décembre 2010 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE : L’HONORABLE DORIS THIBAULT, J.C.Q. ______________________________________________________________________ [INTERVENANTE 1], intervenante sociale, Centre jeunesse A, bureau A, REQUÉRANTE; c.
X, née le […] 1996 ADOLESCENTE; -et- PÈRE (non déclaré); -et- A MÈRE. ______________________________________________________________________ JUGEMENT (art. 95.2 L.P.J.) ______________________________________________________________________ [ 1 ] La directrice de la protection de la jeunesse requiert du Tribunal la prolongation de la décision prononcée par la soussignée le 9 juin 2010 qui ordonne l'hébergement de X ([…] 1996) en centre de réadaptation pour cinq mois et la prolongation des services en place pour la même période.
Alléguant l'absence d'amélioration significative des comportements de X, la requérante recommande que son séjour en centre de réadaptation ainsi que les services en place soient prolongés jusqu'au 8 juin 2011. Les parties sont en accord avec
cette recommandation. [ 2 ] La sécurité et le développement de X sont déclarés compromis le 20 juin 2007 en raison des problèmes de comportement que présente l'adolescente et du fait que sa mère est incapable d'assurer un encadrement approprié à ses besoins. X est hébergée en famille d'accueil pour une période de douze mois. Le 13 juin 2008, suite à la détérioration de sa situation, elle doit être hébergée en centre de réadaptation jusqu'en janvier 2009.
Après avoir intégré une famille d'accueil à sa sortie du centre de réadaptation, de nouveau X se désorganise et le Tribunal ordonne qu'elle soit retournée en centre de réadaptation. [ 3 ] X est accompagnée de son avocate qui admet en son nom le bien-fondé de l'essentiel des allégations de la requête et consent aux mesures proposées. [ 4 ] La personnalité de X est caractérisée par son anxiété et son incapacité à gérer les situations nouvelles.
Elle présente un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité ainsi qu'un trouble de l'opposition. [ 5 ] Elle a une faible estime de soi. [ 6 ] Les mois qui ont suivi la dernière ordonnance ont été très difficiles pour X. Ses comportements agressifs et irrespectueux se sont maintenus avec tout autant d'intensité à l'égard des adultes et de ses pairs. Également elle tient des propos suicidaires. [ 7 ] Au niveau scolaire, les éducateurs observent que X est en conflit avec son enseignante et les autres jeunes.
Elle fugue à trois reprises entre le mois de juin et le mois de septembre. [ 8 ] L'intervenante résume ainsi la discussion clinique ayant eu lieu concernant les besoins de X: "… Les différentes observations recueillies au fil des interventions et des placements nous informent des difficultés importantes de fonctionnement de X dans toutes les sphères de sa vie.
L'impasse relationnelle mère-fille semble confirmée et le milieu de réadaptation actuel semble convenir aux besoins tant sur le plan de la sécurité affective de base offerte par la constance, la cohérence, la prévisibilité et la continuité que par le soutien émotif et le coaching relationnel.
Il paraît assez clair qu'elle peut encore bénéficier de ce milieu pour faire certains gains développementaux et poursuivre son travail au niveau d'ajustements comportementaux (opposition, impulsivité, expression des émotions, tolérance de la proximité relationnelle et responsabilisation). …" [ 9 ] X maintient son suivi avec la pédopsychiatre et sa participation aux rencontres est en dents-de-scie. [ 10 ] La pédopsychiatre n'observe pas de troubles anxieux spécifiques chez l'adolescente mais croit plutôt que son anxiété est liée à des situations particulières.
Elle réitère que l'adolescente fonctionne mieux lorsqu'elle évolue dans un encadrement rigide. [ 11 ] Les comportements de X ne permettent pas d'envisager un retour dans son milieu maternel. La personnalité de la mère entrave sa capacité de réagir adéquatement face aux besoins particuliers de sa fille. Les relations entre la mère et la fille sont très conflictuelles. [ 12 ] Lors des contacts, des conflits éclatent très rapidement après l'arrivée de X. Elle est incapable de demeurer longtemps chez sa mère.
Elle réagit au milieu de vie dans lequel sa mère a déménagé car ce secteur lui est complètement inconnu et cette situation provoque des crises d'angoisse. [ 13 ] X a collaboré à une évaluation intellectuelle nécessitée par ses difficultés académique et comportementale. L'expert conclut: "… Cette évaluation intellectuelle démonte que X a des capacités intellectuelles qui se situent au moins dans la
partie «moyenne inférieure» par rapport à la norme des québécois de son âge. Or, les variables affectives et comportementales ont eu un effet négatif sur son rendement, comme c'est sans doute le cas aussi sur le plan de son fonctionnement scolaire. Cela affecterait donc ses apprentissages. Par conséquence, elle requiert toujours des services d'aide sur ces plans. …" [ 14 ] L'intervenante croit nécessaire que X puisse être hébergée quelques mois supplémentaires en centre de réadaptation avant d'être intégrée en famille d'accueil. L'éducateur est également de cet avis.
Il écrit: "… la jeune est beaucoup trop fragile et il ne serait pas bon pour elle de précipiter un retour en famille d'accueil. De plus, malgré les efforts effectués pendant les derniers six mois, la jeune doit travailler sa réaction face à la nouveauté et au changement, son estime de soi, travailler sur ses émotions et stabiliser sa fréquentation au scolaire. Par la suite, X pourra sortir à toutes les fins de semaine chez B en famille d'accueil et pour le moment, des sorties chez sa mère vont pouvoir se faire, mais des (sic) 9h à 21h seulement.
En équipe, nous allons travailler avec l'aide de l'échelle comportementale et travailler ses émotions avec l'aide d'un tableau et d'un journal de bord pour être plus facile pour elle de mettre une émotion sur une situation. Une consultation avec un psychologue serait souhaitable. …" [ 15 ] L'intervenante est d'avis que compte tenu de l'orientation qui se dessine pour X, les visites avec la mère doivent être espacées afin de permettre à l'adolescente de s'intégrer à la famille d'accueil qui l'accueillera à sa sortie du centre de réadaptation. Jusqu'à
maintenant les sorties dans ce milieu se sont bien déroulées. [ 16 ] La mère est accompagnée de son avocat qui admet en son nom le bien-fondé de l'ensemble des allégations de la requête et consent aux mesures proposées. Sa collaboration avec les services est qualifiée de difficile par les intervenants. [ 17 ] Les parties consentent au dépôt des rapports pour valoir témoignage de leurs auteurs. [ 18 ] Il y a maintenant près de quatre ans que X reçoit des services des centres jeunesse et son parcours est toujours aussi chaotique.
Elle a vécu dans tous les types de ressources de la moins encadrante, soit la famille d'accueil, à la plus encadrante, le centre de réadaptation, en passant par une ressource intermédiaire. Jusqu'à maintenant, après un séjour relativement long en centre de réadaptation, les résultats sont très mitigés. Il faut dire que X est une jeune fille profondément blessée par son histoire de vie et sa capacité de créer des liens d'attachement est lourdement affectée.
Les prochains mois pourront permettre à X de stabiliser sa situation afin que sa réintégration dans la famille d'accueil, qui l'accueille depuis plus d'un an, soit durable. [ 19 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL: [ 20 ] ACCUEILLE la requête; [ 21 ] DÉCLARE que la sécurité et le développement de l'adolescente sont toujours compromis; [ 22 ] PROLONGE l'ordonnance prononcée le 9 juin 2010; [ 23 ] ORDONNE que l'adolescente soit hébergée en centre de réadaptation jusqu'au 8 juin 2011; [ 24 ] ORDONNE que les contacts de l'adolescente avec sa mère soient supervisés par la personne autorisée par la directrice de la protection de la jeunesse; [ 25 ] ORDONNE qu'une personne travaillant au sein du Centre jeunesse A apporte aide, conseils et assistance à l'adolescente et à sa mère au cours de cette période; [ 26 ] ORDONNE à l'adolescente et à sa mère de collaborer avec les intervenants sociaux au cours de cette période; [ 27 ] CONFIE la situation de l'adolescente à la directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance; [ 28 ] ORDONNE aux parties concernées de s'y conformer. __________________________________ DORIS THIBAULT, JUGE C.Q. cc: DPJ Me Marc Harvey (DPJ) Me Manon Côté (adolescente) Me Yan Lapierre (mère) /ng Date d’audience : 1 er décembre 2010
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