2013 QCCQ 8988, 2013 QCCQ 8988
Opinion
JD1788 Protection de la jeunesse — 132114 2013 QCCQ 8988 COUR DU QUÉBEC Chambre de la jeunesse CANADA PROVINCE DE QUÉBEC District de [...] LOCALITÉ DE […] N° : 650-41-002262-125 DATE : 8 mai 2013 SOUS LA PRÉSIDENCE DE L’HONORABLE GABRIEL DE POKOMÁNDY, J.C.Q.
Dans la situation de : X ADOLESCENT et [INTERVENANTE 1] , personne autorisée par le Directeur de la protection de la jeunesse REQUÉRANTE et A MÈRE et B PÈRE JUGEMENT [ 1 ] Le Tribunal confirme et motive par le présent jugement écrit la décision rendue séance tenante le 8 mai 2013 sur une requête en révision et prolongation de l'ordonnance qui déclarait la sécurité ou le développement de X (17 ans) compromis et le maintenait dans son milieu familial maternel avec des mesures d'aide. [ 2 ] Ce sont les troubles de comportement sérieux de l'adolescent, dont la violence physique et verbale et ses crises de colère, de même que l'instabilité psychologique de la mère qui ont motivé cette décision. [ 3 ] Les objectifs ciblés au plan d'intervention visaient à permettre à X de trouver des alternatives saines pour évacuer sa colère, permettre à la mère de démontrer de la stabilité émotive dans l'exercice de son autorité parentale, et aux deux parents d'améliorer leur communication relativement aux enfants dans leur nouveau contexte de séparation survenue il y a sept mois. [ 4 ] En ce qui concerne le premier objectif, l'adolescent a discuté avec sa famille élargie, a été rencontré par une intervenante de première ligne et a bénéficié d'une fin de semaine de ressourcement pour adolescents ([ressource A]).
Aucune crise de colère ne serait survenue depuis la dernière ordonnance. [ 5 ] L'objectif voulant que la mère retrouve une stabilité émotive a été plus difficile à rencontrer. Elle bénéficie d'un support psychosocial, de l'écoute d'une amie et de l'aide de ses enfants. [ 6 ] A demeure fragile après une tentative de suicide en septembre 2012, en ingurgitant une quantité importante de médicaments, et ses verbalisations suicidaires en février 2013 à la suite de la perte d'un bébé, et le conflit de séparation avec le père des enfants, B.
La rupture de vie commune avec ce dernier a engendré des relations difficiles et tendues.
[ 7 ] La communication entre les parents ne s'est pas vraiment améliorée non plus, et les verbalisations de la mère font état d'une frustration palpable. Elle n'hésite pas à dénigrer le père et faire allusion fréquemment, même devant les enfants, aux conflits avec son ex- conjoint. On prévoit organiser une rencontre familiale avec une intervenante sociale des services sociaux de première ligne pour tenter de diminuer la tension. [ 8 ] X habite chez sa mère dans la communauté de A. Il est le plus âgé d'une fratrie de cinq enfants et fréquente l'école secondaire A à Ville A.
C'est un adolescent généralement respectueux et calme, il démontre une belle ouverture aux autres, mais dispose de peu de moyens pour gérer son stress et ses frustrations. [ 9 ] Depuis sa dernière crise en octobre 2012 où ses émotions négatives accumulées ont éclaté en colère, il semble avoir trouvé le moyen de gérer ses frustrations.
Il a débuté un suivi avec [intervenante 2], intervenante au service A en février 2013 qui devrait l'aider à consolider ses acquis en gestion de la colère. [ 10 ] L'adolescent se soucie beaucoup du bien-être de sa mère et va jusqu'à dénigrer son père devant celle-ci, mentionnant qu'il n'est jamais là pour lui. Cette affirmation n'est pas tout à fait exacte, car il a des contacts avec B deux fois la semaine, soit par téléphone ou par Internet. [ 11 ] Le père travaille comme contremaître au chantier de A depuis plusieurs années.
Il entretient des contacts téléphoniques et Internet avec son fils, et envoie de l'argent à sa famille sur une base régulière. [ 12 ] Il collaborait bien avec l'intervention jusqu'en février 2013, mais depuis il refuse de communiquer le numéro de téléphone pour le rejoindre chez sa nouvelle conjointe et ne répond plus aux messages envoyés à son lieu de travail. [ 13 ] À deux reprises, les activités qui étaient prévues avec ses enfants n'ont pas été concrétisées à la suite d'un désistement de sa part à la dernière minute. [ 14 ] La mère, qui a une bonne relation avec ses enfants, s'est généralement montrée disponible pour eux malgré ses problèmes et elle collabore bien avec les services. [ 15 ] Elle a de bonnes aptitudes parentales, mais a de la difficulté à répondre seule aux besoins de ses enfants depuis le départ du père, malgré l'aide des plus vieux dans les tâches ménagères. [ 16 ] Son instabilité psychologique amène les enfants à se préoccuper de leur mère, notamment face aux problèmes suicidaires et aux difficultés conjugales.
X est porté à s'occuper alors davantage des difficultés de sa mère que de sa propre situation. [ 17 ] L'adolescent a un développement physique, intellectuel et affectif normal, mis à part qu'il a de la difficulté à exprimer ce qu'il vit et est porté à accumuler les frustrations qui finissent par s'évacuer dans la colère ou l'agressivité. [ 18 ]
Malgré une amélioration, la sécurité ou le développement de X demeure compromis, et autant l'adolescent que ses parents ont encore besoin d'être supportés par un suivi psychosocial. [ 19 ] Cette mesure d'aide pour une période de six mois devrait permettre de solidifier les acquis de l'adolescent en ce qui concerne sa gestion du stress, et aider la famille à retrouver un certain équilibre et une stabilité à la suite de la rupture des parents.
PAR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : ACCUEILLE la requête en révision et en prolongation; RÉVISE et PROLONGE l’ordonnance antérieure; DÉCLARE que la sécurité ou le développement de X demeure compromis; ORDONNE le maintien de X chez sa mère A; ORDONNE à X et aux parents A et B de participer activement aux mesures ordonnées dans le but de régler leurs difficultés personnelles; ORDONNE qu’une personne travaillant pour un établissement ou un organisme apporte aide, conseils et assistance à X et à sa famille pour les six prochains mois; CONFIE la situation de X au Directeur de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance. __________________________________ GABRIEL de POKOMÁNDY, J.C.Q.
M e Lyne Monger, avocate du Directeur de la protection de la jeunesse M e Pierre Paradis, avocat de l'adolescent Domaine du droit : Protection de la jeunesse
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