2014 QCCQ 7745, 2014 QCCQ 7745
Opinion
Protection de la jeunesse — 14544 2014 QCCQ 7745 JR-1635 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE […] « Chambre de la jeunesse » N° : 150-41-000600-061 DATE : 13 février 2014 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE L'HONORABLE SONIA ROULEAU, J.C.Q. ______________________________________________________________________ [INTERVENANTE 1], Intervenante sociale, Centre jeunesse A, bureau A, district A; REQUÉRANTE; c. X née le […] 1997; ADOLESCENTE; -et- A MÈRE; -et- B PÈRE. ______________________________________________________________________
MOTIFS DE LA DÉCISION RENDUE ORALEMENT LE 14 JANVIER 2014 SUR LA REQUÊTE EN RÉVISION ET EN PROLONGATION (Art. 95 L.P.J.) ______________________________________________________________________ MISE EN GARDE : La
Loi sur la protection de la jeunesse interdit la publication ou la diffusion de toute information permettant d’identifier un enfant ou ses parents. Quiconque contrevient à cette disposition est passible d’une amende (art. 11.2, 11.2.1 et 135 L.P.J.). [ 1 ] La directrice de la protection de la jeunesse présente une requête en prolongation et révision d'une décision prononcée le 22 octobre 2012 confiant l'adolescente en famille d'accueil.
Les conflits dans son milieu familial sont à l'origine de ce placement puisqu'ils ont une incidence nocive sur la santé psychologique de l'adolescente. [ 2 ] La requérante demande maintenant que l'adolescente soit hébergée dans un centre de réadaptation (ressource intermédiaire) considérant ses troubles de comportement importants et son refus de retourner à son foyer d'accueil. [ 3 ] La mère et l'adolescente sont en accord avec les conclusions recherchées. [ 4 ] Le père est absent et dûment convoqué. Contexte [ 5 ] Le centre jeunesse intervient auprès de l'adolescente depuis 2007.
Elle a vécu depuis en famille d'accueil la majorité de cette période d'intervention. [ 6 ] La dernière année témoigne d'une évolution positive. Elle est plus tolérante à la frustration et exprime plus facilement ses sentiments. Elle est toujours rigide et colérique mais adopte des comportements plus acceptables. Elle vit de la frustration de vivre en famille d'accueil puisqu'elle désire être autonome.
Elle tend à victimiser sa situation et à juger l'intervention du centre jeunesse et de sa mère inadéquatement, se croyant ostracisée. [ 7 ] Depuis le 17 octobre 2013, l'adolescente est en ressource intermédiaire suite à une ordonnance pour hébergement provisoire obligatoire. À cette date, l'adolescente présente une désorganisation importante dans son milieu d'accueil. Elle est violente et réclame de quitter l'endroit malgré son souhait exprimé quelques jours avant d'y demeurer jusqu'à sa majorité. Sa tolérance à l'autorité est faible.
L'adolescente se désorganise à nouveau le 19 décembre dernier et elle est confiée en centre de réadaptation. [ 8 ] L'adolescente est en quête de son indépendance. Elle a fait plusieurs démarches afin de dénicher un emploi qui se sont soldées par des échecs. Elle garde occasionnellement son filleul et participe à des ateliers de cuisine positivement. [ 9 ] Selon l'intervenante, elle est de personnalité serviable, a de belles valeurs et est agréable à côtoyer.
Elle est d'apparence soignée et ne consomme aucune drogue. [ 10 ] Elle est atteinte d'un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité et d'un trouble d'opposition qui nécessitent la prise de médication pour favoriser le sommeil. [ 11 ] L'adolescente fréquente l'école dans un groupe à effectif réduit. Elle a échoué certaines matières l'an dernier mais le début d'année scolaire à l'automne 2013 est encourageant; elle est autonome et gère correctement ses obligations scolaires. Toutefois, en octobre dernier, la situation se dégrade et plusieurs absences sont constatées.
La motivation décline et elle désire maintenant abandonner pour aller travailler. [ 12 ] Selon l'intervenante, actuellement, sa relation est difficile avec son professeur et elle espère quitter cette classe. [ 13 ] Au plan social, elle se montre plus sélective bien qu'il lui semble difficile de maintenir des liens relationnels positifs à plus long terme. Son réseau social se limite plutôt à sa famille pour laquelle elle ressent un sentiment d'appartenance bien qu'elle se croit la source de la discorde familiale actuelle.
Cette ambivalence l'affecte et provoque ce sentiment de solitude et d'abandon, d'autant plus qu'une tante maternelle s'est désistée d'un projet visant à l'accueillir chez elle si le placement en famille d'accueil échouait. [ 14 ] Peu d'options s'offrent à l'adolescente puisqu'elle refuse le projet de vivre en appartement et le retour en famille d'accueil est voué à l'échec puisqu'elle ne l'accepte pas. Elle se dit indépendante et incapable de faire la concession de vivre avec d'autres.
Cette impasse la frustre puisqu'elle souhaite le retrait du centre jeunesse de sa vie avant sa majorité. [ 15 ] Par ailleurs, le retour de l'adolescente chez la mère n'est toujours pas envisageable bien que cette dernière démontre une nette amélioration quant à sa capacité d'encadrement. Elle est ouverte, transparente et impose davantage ses limites. Elle est de bonne influence sur sa fille et n'hésite pas à communiquer avec l'intervenant en cas de difficulté. Sa collaboration est positive, elle suit les conseils et n'hésite pas à solliciter l'intervention au besoin.
Cette attitude d'ouverture influence positivement l'acceptation de l'intervention auprès de sa fille. [ 16 ] Le père ne collabore pas et effectue des visites impromptues auprès de l'adolescente sans en aviser le centre jeunesse. Il n'est pas
toujours adéquat dans ses propos, mais l'adolescente est en mesure d'exprimer son mécontentement et d'imposer ses limites. Analyse [ 17 ] L'adolescente vit d'importants troubles d'opposition. Elle peine à gérer ses émotions qui se traduisent par de la frustration, de la colère et de l'agressivité. Des distorsions cognitives sont également présentes et nécessitent une expertise plus approfondie afin de connaître la source de celles-ci. [ 18 ]
Malgré l'aide offerte en psychologie, elle la refuse. L'adolescente craint d'être jugée et elle refuse le soutien offert. Elle demeure sur ses gardes, se méfie de tout et demeure rigide dans ses positions sans ouverture à l'introspection. [ 19 ] Depuis peu, elle accepte de rencontrer un médecin, ce qui ne peut qu'être salutaire pour elle afin de dispenser l'aide appropriée à ses besoins. [ 20 ] L'autonomie et l'indépendance de l'adolescente sont favorisées dans l'intervention sociale, mais la tolérance à la contrainte demeure toujours problématique.
Dès qu'un milieu répond adéquatement à ses besoins, elle devient opposante et réclame un changement. Pourtant, la dernière année a réuni tous les outils afin d'atteindre un sain équilibre pour elle. [ 21 ] Le retour en centre d'accueil devient donc inévitable et répond aux besoins de l'adolescente. Il ne demande aucun investissement émotif. Dans ce milieu, elle fonctionne généralement bien, se conforme et se plie aux exigences. [ 22 ] Dans quelques semaines, un retour en ressource intermédiaire sera tenté. Cette alternative s'avère favorable à sa quête d'indépendance et d'autonomie.
Mais elle devra composer avec la vie en groupe et se soumettre aux règles de vie que cela implique. En cas d'échec, le retour au centre de réadaptation deviendra inévitable. [ 23 ] Le Tribunal croit que la sécurité et le développement de l'adolescente sont compromis puisque ses comportements problématiques récidivent malgré les différentes mesures mises en place depuis plusieurs années et ne peuvent être contrôlées dans un milieu familial.
Le placement en centre d'accueil est donc la seule option adaptée à sa situation. [ 24 ] L'adolescente vient tout juste d'avoir 17 ans et elle démontre une autonomie intéressante, ce qui laisse croire qu'un projet visant à renforcer celle-ci risque de répondre mieux à ses besoins. [ 25 ] POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL: [ 26 ] ACCUEILLE la requête; [ 27 ] RÉVISE et PROLONGE l'ordonnance rendue le 22 octobre 2012; [ 28 ] DÉCLARE que la sécurité et le développement de l'adolescente sont toujours compromis; [ 29 ] ORDONNE à l'égard de l'adolescente, pour une période de six mois, les mesures suivantes: [ 30 ] QU'elle soit hébergée en centre de réadaptation; [ 31 ] PREND ACTE du plan d'intégration en ressource intermédiaire, si la situation le permet; [ 32 ] QUE l'adolescente bénéficie d'un suivi médical et que soient suivies les recommandations du professionnel consulté, notamment quant à la médication prescrite; [ 33 ] QUE l'adolescente bénéficie d'une évaluation en pédopsychiatrie et que soient suivies les recommandations du professionnel consulté; [ 34 ] QUE les contacts de l'adolescente avec son père et sa mère soient supervisés par la personne autorisée par la directrice de la protection de la jeunesse; [ 35 ] QU'une personne travaillant pour le Centre jeunesse A apporte aide, conseils et assistance à l'adolescente et à ses parents; [ 36 ] QUE l'adolescente et ses parents collaborent avec les intervenants sociaux; [ 37 ] CONFIE la situation de l'adolescente à la directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution de la présente ordonnance; [ 38 ] ORDONNE aux personnes visées par l'ordonnance de s'y conformer. ____________________________ SONIA ROULEAU, JUGE C.Q.
Centre jeunesse Me Dominic Riverin (adolescente) Mère Père Me Kathy Beaumont (DPJ) Date d’audience : 14 janvier 2014 /ss
Loading document…