2015 QCCQ 8645, 2015 QCCQ 8645
Opinion
Protection de la jeunesse — 15615 2015 QCCQ 8645 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] LOCALITÉ DE [...] « Chambre de la jeunesse » N° : 700-41-009444-133 DATE : 15 avril 2015 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE L’HONORABLE MARIE-PIERRE BELLEMARE, J.C.Q. ______________________________________________________________________ Dans le dossier de : X Né le […] 1999 ______________________________________________________________________ JUGEMENT En vertu de l’article 95 de la
Loi sur la protection de la jeunesse ______________________________________________________________________ MISE EN GARDE : La
Loi sur la protection de la jeunesse interdit la publication ou la diffusion de toute information permettant d'identifier un enfant ou ses parents.
Quiconque contrevient à cette disposition est passible d'une amende (art. 11.2, 11.2.1 et 135 L.P.J.). [ 1 ] L’adolescente est née le […] 1999, elle est âgée de 15 ans. [ 2 ] Le 31 janvier 2014, le Tribunal déclare compromis la sécurité et le développement de l’adolescente et confie cette dernière en centre de réadaptation pour une période d’une année. [ 3 ] Aujourd’hui, le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) présente une requête en prolongation d’ordonnance et recherche les mêmes mesures qu’initialement ordonnées pour une période supplémentaire de six mois. [ 4 ] Lors de l’audition, la mère est absente bien que dûment convoquée, mais elle exprime son accord aux mesures recherchées à l’intervenante sociale. [ 5 ] De son côté, l’adolescente est présente et représentée par avocat.
Elle exprime également son accord aux mesures recherchées.
LES FAITS : [ 6 ] Depuis le prononcé de la dernière ordonnance, la situation de l’adolescente s’est détériorée de façon importante. [ 7 ] L’adolescente manifeste des comportements inquiétants qui ont nécessité à plus d’une reprise son déplacement vers une ressource plus encadrante : elle entend des voix, elle s’automutile à répétition, elle cache des objets pouvant servir à l’automutilation, elle réagit par des pleurs et par la colère, elle tient des propos suicidaires réguliers, elle a un comportement d’opposition, elle manifeste son mécontentement de diverses façons, elle arrête de se laver, de changer ses vêtements, d’aller à l’école, de prendre sa médication. [ 8 ] X demeure une jeune adolescente qui nécessite énormément d’attention par les propos suicidaires qu’elle tient et par les gestes d’automutilation qu’elle présente de façon régulière. [ 9 ] Elle reçoit les services d’une psychologue de même que d’une intervenante de [l’organisme A] sur une base hebdomadaire jumelés à son suivi avec son pédopsychiatre, le docteur Patenaude. [ 10 ] Souvent, l’adolescente réussit à déjouer le plan de protection mis en place lors de ses sorties et rapporte des objets servant à l’automutilation en centre de réadaptation. [ 11 ] Le 24 mars 2014, le docteur Patenaude augmente la médication prescrite car l’adolescente est trop anxieuse. [ 12 ] Le diagnostic émis par le docteur Patenaude est celui d’un état limite sévère avec possibilité d’épisodes psychotiques. [1] Cette dernière confirme que ce diagnostic est en voie de se cristalliser. [ 13 ] La pédopsychiatre explique également que l’adolescente est en recherche d’attention par ses agissements négatifs, mais conclut qu’elle est à haut risque de passage à l’acte chronique compte tenu de ses comportements autodestructeurs.
[ 14 ] Depuis le prononcé de la dernière ordonnance, X a fait l’objet de nombreuses hospitalisations, soit le 4 novembre 2014, du 5 au 9 novembre 2014, du 11 au 13 novembre 2014, du 15 au 17 novembre 2014 et du 18 au 19 novembre 2014. [ 15 ] Lors de l’audition, l’intervenante sociale assignée au dossier témoigne que depuis le mois de février 2015, X a été orientée pas moins de six fois vers l’hôpital après avoir ingéré divers objets dont le dernier, une lame de rasoir qui aurait fait certains dommages à l’intestin. [ 16 ] Cette dernière témoigne que X est maintenant en opposition face au docteur Patenaude et qu’elle souhaite changer de pédopsychiatre. [ 17 ] L’intervenante confirme que la mère est très impliquée auprès de sa fille.
Par ailleurs, elle coupe les contacts de fin de semaine lorsque X a des comportements autodestructeurs durant la semaine. [ 18 ] Depuis le mois de décembre 2014, l’adolescente présente davantage d’automutilation et d’opposition ce qui conduit même à des manœuvres de contention de la part du personnel du centre de réadaptation. [ 19 ] Deux jours avant la présente audition, l’adolescente a de nouveau été hospitalisée et à ce moment, les pédopsychiatres ont changé sa médication tout en recommandant une surveillance un à un. ANALYSE : [ 20 ] X est une jeune fille au prise avec des difficultés importantes.
Lorsqu’elle vit de l’anxiété, elle pose des gestes qui peuvent la mettre en danger. [ 21 ] Bien que certains gestes soient reliés à des troubles de comportement, une grande part de ses difficultés repose sur le diagnostic de trouble d’état limite sévère qu’elle a reçu. [ 22 ] X est en grande recherche d’attention et peut manipuler les gens qui l’entourent pour arriver à ses fins. [ 23 ] Par ailleurs, ses comportements autodestructeurs la mettent à un haut niveau de risque. [ 24 ] Tous doivent demeurer très vigilants car l’adolescente cherche par tous les moyens à se faire du mal. [ 25 ] Actuellement, une demande d’encadrement intensif a été faite afin d’assurer la sécurité de X en centre de réadaptation. [ 26 ] Ses comportements nécessitent un encadrement très serré.
Il est urgent que l’adolescente apprenne et utilise d’autres moyens pour vivre les émotions qu’elle ressent et qu’elle s’implique dans un processus de changement. [ 27 ] Tous ces comportements la marquent non seulement au niveau physique, mais également au niveau psychologique et affectif. [ 28 ] Il est important que le DPJ offre un suivi serré à cette adolescente de même qu’à sa mère. Les mesures actuellement recherchées par le DPJ apparaissent dans le plus grand intérêt de l’adolescente.
POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : [ 29 ] ACCUEILLE la requête en prolongation ; [ 30 ] DÉCLARE la sécurité et le développement de X toujours compromis ; [ 31 ] ORDONNE que X soit hébergée en centre de réadaptation pour la prochaine période de six (6) mois ; [ 32 ] ORDONNE que les parents fassent rapport périodiquement au Directeur de la protection de la jeunesse des mesures qu’ils appliquent à eux-mêmes et à leur enfant dans le but de mettre fin à la situation de compromission ; [ 33 ] ORDONNE que l’adolescente et ses parents participent activement à l’application des mesures qui ont pour but de mettre fin à la situation de compromission, notamment en collaborant à l’élaboration et à l’actualisation du plan d’intervention ; [ 34 ] ORDONNE que les contacts entre X et sa famille soient établis de concert entre toutes les parties, soit la mère, l’adolescente et le Directeur de la protection de la jeunesse ; [ 35 ] ORDONNE que l’adolescente et ses parents se présentent à intervalles réguliers auprès du Directeur pour lui faire part de l’évolution de la situation ; [ 36 ] ORDONNE que X reçoive tous les soins et services de santé requis par son état, mais notamment qu’elle poursuive son suivi en pédopsychiatrie et son suivi à [l’organisme A]; [ 37 ] ORDONNE qu’aide, conseils et assistance soient apportés à X et sa famille pour la prochaine période d’une (1) année ; [ 38 ] CONFIE la situation de X au Directeur de la protection de la jeunesse du Centre jeunesse A qui verra à l’exécution de la présente ordonnance.
MARIE-PIERRE BELLEMARE, J.C.Q. Me Benoit Lemire Procureur du DPJ Me Pierre Dowd Procureur de l'adolescente Mère non représentée Date d’audience : 15 avril 2015 MPB/ch
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