2011 QCCQ 7138, 2011 QCCQ 7138
Opinion
SL finition de parquets inc. c. Sico inc. 2011 QCCQ 7138 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE LONGUEUIL « Chambre civile » N° : 505-22-015252-085 DATE : 14 avril 2011 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE L’HONORABLE VIRGILE BUFFONI, J.C.Q. ______________________________________________________________________ S.L. FINITION DE PARQUETS INC.
Partie demanderesse c. SICO INC.
Partie défenderesse ______________________________________________________________________ JUGEMENT ______________________________________________________________________ [ 1 ] La demanderesse S.L.
Finition de Parquets inc. (SL) réclame à la défenderesse Sico inc. (Sico) la somme de 28 273,27 $ en dommages parce que Sico lui a fourni de l'adhésif à plancher vicié ou inapproprié. [ 2 ] Sico plaide que le dommage résulte d'une mauvaise application de l'adhésif et plus particulièrement de l'utilisation par SL d'une truelle non conforme aux spécifications du fabricant. les faits [ 3 ] SL est une entreprise qui vend des matériaux, des produits et des services reliés aux planchers de bois franc. [ 4 ] Sico est une entreprise qui fabrique et distribue des produits de peinture, des adhésifs et des produits connexes pour la restauration et la finition des biens meubles et immeubles.
Sico fabrique notamment un adhésif pour parqueterie sous le nom de Mulco #766 (Mulco 766). [ 5 ] À l'automne 2004, SL obtient un contrat pour l'installation de planchers en parqueterie dans deux immeubles à Varennes.
L'un des immeubles est situé sur la rue L'Amadou et contient six unités de copropriété; l'autre immeuble est situé sur la rue Lie-Hébert et contient huit unités. [ 6 ] Habituellement, SL utilise un adhésif à plancher d'un concurrent de Sico, Polycol, connu sous le nom de Polycol Pro 766. [ 7 ] En décembre 2004, monsieur Michel Gauvin, représentant de Sico, rencontre monsieur Serge Latour, président de SL, sur un chantier de construction.
Monsieur Gauvin lui vante les qualités de la Mulco 766 et en recommande l'utilisation. [ 8 ] Sur la foi de ces recommandations, SL achète la Mulco 766 et la pose sur des substrats de béton dans six unités de copropriété. Parallèlement, il pose la Polycol Pro 766 sur les huit autres unités. [ 9 ] Une fois la parqueterie posée, SL débute en mars 2005 le sablage des planchers. Il constate rapidement un décollement de la parqueterie par l'effet du sablage dans certaines unités où SL avait utilisé la Mulco 766. [ 10 ] Croyant à un problème de colle, SL en avise immédiatement monsieur Gauvin.
Ce dernier se présente sur le chantier le 18 mars 2005 et constate lui aussi le décollement de la parqueterie. [ 11 ] Il retourne à deux reprises dans les trois unités de copropriété affectées, cette fois, accompagné de monsieur Denis Boulet, chimiste à l'emploi de Sico.
Ce dernier rapporte des échantillons de parqueterie et d'adhésif utilisés par SL pour fin d'expertise. [ 12 ] L'analyse comparative par spectroscopie infrarouge des échantillons effectuée par Sico montre que l'adhésif d'un échantillon n'est pas la Mulco 766 et que la Mulco 766 utilisée par les deux autres échantillons ne présente pas de défectuosité. [ 13 ] Sico note par ailleurs que la truelle « artisanale » utilisée par SL n'est pas conforme aux spécifications du fabricant indiquées sur l'étiquette du contenant de la Mulco 766 et laisse moins d'adhésif au pied carré.
Selon Sico, l'utilisation de cette truelle par SL est la cause probable du décollement de la parqueterie.
[ 14 ] SL s'en défend bien. Le plancher des unités collé avec l'adhésif Polycol Pro 766 n'a pas décollé. SL utilise les mêmes truelles depuis longtemps, sans problèmes. [ 15 ] Vu l'aménagement imminent des acheteurs des unités de copropriété, SL doit reprendre les travaux d'installation des planchers au coût de 28 273,27 $. Elle en réclame le remboursement à Sico. [ 16 ] Cette dernière nie sa responsabilité, d'où le présent litige. analyse [ 17 ] Le présent litige met en débat l'application de l'
article 1729 du Code civil du Québec : «
En cas de vente par un vendeur professionnel, l'existence d'un vice au moment de la vente est présumée, lorsque le mauvais fonctionnement du bien ou sa détérioration survient prématurément par rapport à des biens identiques ou de mêmes espèces; cette présomption est repoussée si le défaut est dû à une mauvaise utilisation du bien par l'acheteur. » [ 18 ] Les avocats des parties sont d'accord pour affirmer que cet
article s'applique au cas sous étude. L'avocat de Sico prétend avoir réussi à repousser la présomption de l'
article 1729 C.c.Q. précité et fait la preuve prépondérante de la mauvaise utilisation du produit par SL. L'avocat de SL prétend le contraire. Qu'en est-t'il ? [ 19 ] Sico plaide que le décollement de la parqueterie est dû aux mauvaises conditions préalables à la pose de parqueterie, aux piétinements de la parqueterie par les ouvriers peu après la pose, au sablage de parqueterie par SL et principalement, à l'utilisation de truelles artisanales de SL qui ne répandent pas suffisamment, et adéquatement, d'adhésif sur la surface. [ 20 ] Puisque Sico doit repousser la présomption légale de l'
article 1729 C.c.Q , le fardeau de la preuve lui incombe. [ 21 ] La preuve non contredite a établi que SL a acheté quatorze contenants de Mulco 766 de 18,9 litres chacun.
Trois commandes d'adhésif Mulco 766 ont été effectuées par SL entre le mois de décembre 2004 et le 3 mars 2005. [ 22 ] Sur chaque contenant sont apposées deux étiquettes avec les instructions du fabricant sur l'application recommandée de l'adhésif Mulco 766. [ 23 ] Sur l'étiquette, on peut lire la mention « Truelle : Dents en V de 5 mm (3/16 po.) » [1] . [ 24 ] L'étiquette apposée sur la face latérale du contenant prescrit ce qui suit : « Utiliser une truelle à dents en V de 5 mm (3/16 po.) » [2] . [ 25 ] Les instructions de la fiche technique de la Mulco 766 [3] soulignent davantage l'importance d'utiliser la truelle recommandée par le fabricant : « APPLICATION Étendre l'adhésif avec une truelle à dents en V de 5 mm (3/16 po.).
L'utilisation d'une autre truelle donnera des résultats de qualité douteuse. Presser la parqueterie sur l'adhésif avec une pression uniforme. (…) » [ 26 ] Il n'est pas contesté non plus que monsieur Latour et les autres employés de SL, se fiant sur leur expérience, n'ont pas lu les étiquettes sur les contenants ni les instructions mentionnées sur la fiche technique de la Mulco 766 et n'ont pas utilisé la truelle recommandée par le fabricant [4] . [ 27 ] SL a plutôt utilisé, comme elle le fait habituellement, ses propres truelles.
Ce sont des truelles dites « artisanales », c'est-à- dire des truelles conçues pour l'application de composés à joint qui sont limées manuellement avec une lime et un étau. Les truelles de SL sont limées par les employés au fur et à mesure de leur usure. [ 28 ] Les truelles de SL produites en preuve montrent des variations notables entre elles quant aux « aires de creux », soit l'espace entre chacune des extrémités des pointes en V de la truelle.
Ainsi, une truelle utilisée par SL compte 13 aires de creux [5] . alors qu'une autre truelle de SL compte 18 aires de creux [6] . [ 29 ] En comparaison, la truelle Richard recommandée par Sico sur les contenants compte 36 aires de creux. Les dents sont d'une largeur de 1/8 pouce et sont distantes de 1/8 pouce. [ 30 ] Sico fabrique et distribue la Mulco 766 depuis 1990. L'adhésif est fabriqué par cuvées. Une cuvée contient 450 gallons ou 1790 litres d'adhésif.
Le produit est homogène. [ 31 ] Chacune des cuvées fait l'objet d'un contrôle de qualité, notamment sur la viscosité, le ph (le degré d'acidité), l'aspect visuel et l'aspect sur le contreplaqué. Un rapport de qualité est préparé à la suite de ces contrôles de qualité. [ 32 ] Selon le témoignage non contredit de monsieur Boulet, l'adhésif utilisé par SL provient d'un minimum de deux cuvées. La Mulco 766 n'a jamais fait l'objet de plaintes, à
part la présente plainte de SL. [ 33 ] Les experts divergent d'opinion sur la cause du décollement de la parqueterie. [ 34 ] Sico a fait entendre un expert chimiste, monsieur Denis Boulet, assistant directeur, information technique des produits, technologie appliquée pour Sico.
[ 35 ] Monsieur Boulet a produit deux rapports, l'un daté du 13 mai 2005 [7] et un autre daté du 22 octobre 2008 [8] . Ce deuxième rapport est accompagné d'une
annexe photographique [9] . [ 36 ] Son rapport du 13 mai 2005 fait état de ses observations lors de ses visites de trois sites avec Michel Gauvin et des analyses en laboratoire des échantillons prélevés sur les sites. Le rapport du 22 octobre 2008 commente le rapport de l'expert de SL. [ 37 ] Durant son témoignage, l'expert Boulet a expliqué avec moult détails les conclusions de son rapport du 13 mai 2005 : (sic) « Causes probables du problème observé Les causes du problème rapporté par le client sont reliées à des conditions externes au produit.
Ce problème peut avoir été occasionné par une cause précise comme il peut avoir été occasionné par la combinaison de différentes causes. La liste exhaustive des différentes causes pouvant avoir contribuées au problème serait longue.
Toutefois, sans se limiter aux causes suivantes, notre expérience nous montre que les causes les plus probables sont: ⇨ application inadéquate du produit; une application qui n'a pas été faite avec la truelle prescrite; les observations faites sur le site ainsi que celles faites à l'endos des échantillons montrent que la truelle utilisée par l'applicateur avaient des dents de dimensions différentes (largeur, hauteur et espacement) de la truelle prescrite sur notre étiquette. si l'application a été faite par un applicateur qui tenait sa truelle d'une manière trop inclinée sur la surface, la quantité d'adhésif était encore moindre et le risque de décollement en conséquence augmenté; la truelle utilisée par le client laisse 73 % de la quantité qui aurait dû être laissé sur le plancher .
Diminuant d'autant la force d'adhérence de la parqueterie au plancher; la truelle utilisée par le client laisse des traits d'adhésif qui sont 14 % mois élevé que les traits de la truelle prescrite. De plus l'écart type nous montre que beaucoup de traits sont encore moins élevés. Des traits moins élevés risque de mal assurer le lien «plancher- parqueterie».
De plus puisque les traits d'adhésif laissé par la truelle du client sont plus larges que les traits d'adhésif laissé par la truelle prescrite, chaque trait d'adhésif qui n'assure pas un bon lien «plancher-parqueterie» contribue dans une proportion plus grande qu trait de truelle de la truelle prescrite qui n'aurait pas eu une hauteur suffisante. ¬ la hauteur, la largeur et l'espacement des traits de truelle donneront la quantité d'adhésif au pied carré.
Moins la truelle applique de colle au pied carré d'un adhésif particulier, moindre sera l'adhérence; ¬ la hauteur des traits d'adhésif permet de combler les dénivellations du plancher, Il est rare qu'un plancher soit parfaitement linéaire, si les traits des la truelle choisie sont moins haut que celle spécifiée, il est possible qu'à certains endroits l'adhésif ait de la difficulté à rejoindre la parqueterie qui est mis en place. Le choix de la truelle est prépondérant pour l'adhérence de parqueterie.
En effet, la truelle détermine la quantité d'adhésif appliqué par pied carré, ainsi que la hauteur du trait d'adhésif. Pour une adhérence parfaite, il doit y avoir suffisamment d'adhésif par pied carré et les traits d'adhésif fait à l'aide de la truelle, doivent être d'une hauteur supérieure aux irrégularités de la surface et être déformés par la mise en place. Les étiquettes des adhésifs stipule la ou les truelles qui peuvent être utilisés avec le produit. Dans le cas de l'adhésif MULCO 766, seule la truelle à dents en V de 3/16 pouces peut être utilisé pour obtenir des résultats performants.
Pour le site #3, 101 Liebert, nos produits ne sont pas en cause. Toutefois même si nous ne faisons pas d'évaluation de problème relié avec des produits compétiteurs, il est évident qu'un espace libre pour l'expansion du bois n'a pas été laissé. Le bois prend du volume lorsque son humidité augmente, s'il n'y a pas d'espace libre pour son expansion, il manquera de place et se soulèvera peu importe l'adhésif utilisé.
Le produit utilisé n'est nullement en cause. » (souligné par le Tribunal) [ 38 ] Pour sa part, SL a fait entendre un chimiste, monsieur Fred Ablenas, spécialisé dans l'étude des propriétés et du comportement des matériaux, tels le bois, le béton et les adhésifs. [ 39 ] L'expert Ablenas a examiné la performance de la Mulco 766 en rapport avec l'utilisation de la truelle de SL et produit un rapport sur les causes de décollement de la parqueterie [10] . [ 40 ] L'expert Ablenas conclut de son évaluation comparative des truelles que le choix de la truelle n'a que peu d'influence sur le lien entre le parquet et le substrat en conséquence de la qualité aqueuse de cet adhésif [11] . [ 41 ] Voici les conclusions de son rapport : (sic) « En vertu de notre révision des documents et de nos essais avec l'étendeur d'adhésif (utilisé par S.L.) et l'adhésif Mulco 766, nous sommes d'avis que : 7-1 SICO ne donne pas des instructions précises pour l'utilisation du Mulco 766 pour la pose de parquet non-fini (qui doit être sablé).
7-2 SICO ne donne d'instructions pour aider l'utilisation à déterminer si le lien (entre le parquet et le substrat) est suffisant. 7-3 Nous sommes d'avis que l'utilisation de l'étendeur fabriqué par S.L. n'a joué aucun rôle direct dans le problème parce que cet étendeur a posé assez d'adhésif pour faire un lien sur 45 – 50 %, ou plus, de la surface du parquet, et probablement sur une aire de surface légèrement inférieure à l'aire obtenue avec un étendeur commercial. 7-4 Le manque de durcissement de l'adhésif n'avait aucun lien avec l'étendeur utilisé. 7-5 Il n'y a aucune information pour nous permettre de conclure qu'un lien optime fait avec l'adhésif Mulco résisterait aux conditions de sablage mécanique et il n'y a aucune justification évidente pour la recommandation faite par le représentant de SICO. 7-6 Il est probable que l'adhésif Mulco n'est pas approprié pour poser le parquet non-fini (soit du parquet qui doit être sablé) où certains lots d'adhésifs ont été affectés par un vice de fabrication. » [ 42 ] Compte tenu de l'ensemble de la preuve, le Tribunal préfère les conclusions de l'expert de Sico à celui de SL pour les principaux motifs suivants. [ 43 ] L'expert Boulet a démontré durant son témoignage sa connaissance approfondie du produit en litige, ses propriétés, ses caractéristiques, ses conditions d'application et tous ses aspects techniques et les notions théoriques qui soutiennent ses explications précises et appuyées par la preuve, particulièrement les échantillons produits à la Cour et les preuves photographiques. [ 44 ] L'expertise de monsieur Boulet est plus fiable notamment parce que l'expert de SL n'a pas effectué ses tests avec la truelle de SL utilisée dans le cours des travaux, comportant 13 aires de creux [12] mais une autre truelle de SL qui elle comporte 18 aires de creux [13] .
Or, cette seule variable implique une différence d'adhésif laissé au sol, en présumant une aire de creux moyenne constante, d'environ 38 % entre ces deux truelles artisanales, de l'admission même de l'expert Ablenas. [ 45 ] Les analyses spectrographiques des échantillons effectuées par Sico n'ont pas montré une défectuosité quelconque de la Mulco 766. L'expert Ablenas n'a pas effectué de telles analyses. [ 46 ] Des échantillons de parqueterie produits en preuve [14] montrent des surfaces importantes sans aucune trace d'adhésif.
D'autres surfaces montrent une aire de contact minime alors que d'autres montrent un adhésif plus répandu mais moins large et moins haut. Le simple examen visuel des photographies et des échantillons produits corrobore le témoignage de monsieur Boulet. [ 47 ] L'expert Ablenas n'a examiné que des photographies alors que l'expert Boulet a examiné les échantillons réels provenant des sites du chantier.
Le résultat de l'analyse effectuée par Boulet s'avère donc plus probant et plus fiable. [ 48 ] Les photographies examinées par l'expert Ablenas montrent elles-mêmes des surfaces importantes sans adhésif ou avec peu d'adhésif. Ainsi, la photographie 1 annexée au rapport de l'expert Ablenas montre un contact de l'adhésif au bois sur environ 45 à 50 % de la surface disponible. La photographie 2 montre un contact variable de 30 à 50 %.
Les photographies 3, 4 et 8 montrent un contact sur environ 45 à 50 % de la surface alors que la photographie 6 montre un contact de 50 à 95 % de l'aire de surface disponible. [ 49 ] Durant son témoignage, l'expert Ablenas admet qu'il n'avait pu trouver un adhésif répandu de façon à produire un contact de l'ordre de 90 % de la surface disponible alors qu'il a lui-même constaté un contact d'environ 90 % de la surface disponible en appliquant la Mulco 766 au moyen de la truelle Richard. [ 50 ] Il est plus vraisemblable de conclure que l'utilisation des truelles artisanales avec des aires de creux variant de 13 à 18 aires de creux permet une application inégale de l'adhésif sur la surface à couvrir. [ 51 ] Outre la quantité d'adhésif appliqué, il faut considérer la hauteur, la largeur et l'espacement des traits de truelle qui donnent une quantité d'adhésif au pied carré.
Il s'ensuit que moins la truelle applique de colle au pied carré d'un adhésif particulier, moindre sera l'adhérence. Il faut donc en conclure que l'utilisation de la truelle artisanale de SL donnera vraisemblablement un niveau d'adhérence moindre que la truelle Richard recommandée par Sico. [ 52 ] L'expert Boulet est crédible lorsqu'il affirme que le choix de la truelle est un facteur prépondérant pour l'adhérence de la parqueterie. « ( e)n effet, la truelle détermine la quantité d'adhésif appliqué par pied carré, ainsi que la hauteur du trait d'adhésif.
Pour une adhérence parfaite, il doit avoir suffisamment d'adhésif par pied carré et les traits d'adhésif à l'aide de la truelle doivent être d'une hauteur supérieure aux irrégularités de la surface et être déformés par la mise en place. » [15] [ 53 ] L'expert Boulet a calculé que la truelle artisanale de SL à 18 aires de creux laissait 72,7 % de la quantité d'adhésif laissé par la truelle Richard et que la truelle artisanale de SL à 13 aires de creux laissait 52,5 % de la quantité d'adhésif par rapport à la truelle Richard.
Même si l'expert Ablenas estime qu'une quantité de 50 % de la surface recouverte d'adhésif est suffisante pour procurer une adhérence adéquate, le Tribunal préfère le témoignage plus convaincant de l'expert Boulet qui estime cette norme à 90 %, comme il le constate habituellement sur les surfaces recouvertes de la Mulco 766 appliquée avec la truelle Richard. [ 54 ] Il est peu probable que le contenu de toute la cuvée de production de la Mulco 766 ait été affecté d'un vice de fabrication. Ainsi, la preuve a révélé que la Mulco 766 est un adhésif fabriqué par cuvée homogène de 1790 litres.
Ce nombre de litres correspond à plus de 28 000 pieds carrés de parqueterie collée lorsque l'applicateur utilise la truelle Richard et respecte le taux de recouvrement inscrit sur l'étiquette et la fiche technique. Les contenants d'adhésif utilisés par SL proviennent d'au moins deux cuvées de production [16] . Le produit est homogène. [ 55 ] Une cuvée défectueuse aurait généré un nombre considérable de réclamations compte tenu que les cuvées auraient permis de recouvrir 56 000 pieds carrés de parqueterie.
Or, il n'y a eu aucune plainte à l'égard de ce produit, sauf celle de SL. [ 56 ] L'avocat de SL plaide que ce produit était utilisé principalement pour des planchers finis, ne requérant aucun sablage. Il est
peu vraisemblable de croire que tout le contenu des deux cuvées ait servi exclusivement à cette fin. [ 57 ] Pour tous ces motifs, le Tribunal considère, selon la preuve prépondérante, que le choix de la truelle de SL utilisée pour l'application de la Mulco 766 sur les sites a constitué un facteur prépondérant expliquant le décollement de l'adhésif lors du sablage. [ 58 ] Sico a ainsi renversé la présomption de l'existence d'un vice de l'
article 1729 C.c.Q . [ 59 ] La preuve n'a pas déterminé de façon concluante et satisfaisante les raisons pour lesquelles l'application de la Polycol Pro 766 avec les truelles artisanales de SL a fourni une adhérence adéquate. Les caractéristiques propres à la Mulco 766, notamment sa viscosité ou sa thixotropie, expliquent peut-être la différence de rendement. [ 60 ] Une fois la présomption de vice renversée, il n'incombe pas à la défenderesse Sico d'établir ces raisons. De plus, les conditions d'application de l'adhésif sont trop variables pour conclure à l'existence de faits graves, précis et concordants au sens de l'
article 2849 C.c.Q . [ 61 ] En effet, le degré d'humidité ambiant, le temps de séchage avant le piétinement de la parqueterie par les ouvriers sur le plancher installé, la méthode de sablage sont autant de facteurs qui peuvent contribuer en tout ou en
partie au décollement de la parqueterie. [ 62 ] Même si la Mulco 766 n'est pas viciée comme telle, l'expert de SL est d'avis qu'elle pourrait ne pas être appropriée pour le plancher de parqueterie de bois naturel nécessitant un sablage préalable à son vernissage. La lecture du rapport de monsieur Ablenas montre que cette opinion repose sur une hypothèse et non sur une analyse du produit. [ 63 ] De toute façon, l'expert Boulet réfute cette opinion. Il a témoigné que la Mulco 766 est conçue pour les parquets préfinis et pour les parquets non finis qui requièrent un sablage.
Pour les mêmes motifs que déjà mentionnés, le Tribunal préfère retenir l'opinion de monsieur Boulet. [ 64 ] De plus, l'avocat de SL plaide que monsieur Gauvin a faussement représenté à monsieur Latour que la Mulco 766 était du même type de colle que la Polycol Pro 766 en terme de produit et de consistance. Aussi, monsieur Gauvin aurait vu monsieur Latour utiliser une truelle artisanale lorsqu'il l'a rencontré sur le chantier. [ 65 ] Monsieur Gauvin a nié ces affirmations. Il dit avoir recommandé la Mulco 766, en spécifiant l'utilisation de la truelle en V 3/16 po.
Il ne se souvient pas avoir vu la truelle artisanale qu'utilisait alors monsieur Latour sur le chantier. [ 66 ] La preuve prépondérante ne permet pas de conclure à de fausses représentations par monsieur Gauvin. [ 67 ] En tout état de cause, il eut été prudent de la part de monsieur Latour et de ses employés de lire les étiquettes sur les contenants, lesquelles recommandaient l'utilisation de la truelle Richard. La grande expérience de monsieur Latour et de ses employés en matière de pose d'adhésif de plancher ne peut permettre de présumer qu'un nouveau produit possède les mêmes caractéristiques d'application.
Monsieur Latour et ses employés ne pouvaient en effet présumer que la formule chimique, les propriétés d'adhérence et les conditions d'application de la Mulco 766 soient en tous points identiques à celles d'une colle concurrente. [ 68 ] Considérant l'ensemble de la preuve, l'utilisation des truelles artisanales par SL est tout à fait convenable pour l'application de la Polycol Pro 766 et possiblement d'autres adhésifs.
Cependant, elles ne convenaient manifestement pas à l'application de la Mulco 766. [ 69 ] Le Tribunal est d'avis que, appliquant le test dans Miger [17] , l'utilisation des truelles par SL a eu une incidence réelle, de cause à effet, sur le vice apparu par suite du sablage des planchers. [ 70 ] En conséquence, Sico a réfuté par une preuve prépondérante la présomption de l'
article 1729 C.c.Q . en établissant la « mauvaise installation du bien par l'acheteur ». [ 71 ] En conséquence, le Tribunal ne peut accueillir la réclamation de SL. POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL : [ 72 ] REJETTE l'action de la demanderesse; [ 73 ] LE TOUT , avec dépens. __________________________________ VIRGILE BUFFONI, J.C.Q M e Mathieu Rollet Procureur de la demanderesse M e Bernard P. Quinn Ogilvy Renault, s.e.n.c.r.l. Procureur de la défenderesse
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