2013 QCCQ 9393, 2013 QCCQ 9393
Opinion
Protection de la jeunesse — 132633 2013 QCCQ 9393 COUR DU QUÉBEC CANADA PROVINCE DE QUÉBEC DISTRICT DE [...] LOCALITÉ DE [...] « Chambre de la jeunesse »
N° : 200-41-006727-069 DATE : 29 avril 2013 ______________________________________________________________________ SOUS LA PRÉSIDENCE DE MADAME LA JUGE JUDITH LANDRY (JL-3330) ______________________________________________________________________ [INTERVENANT 1] Personne désignée par la directrice de la protection de la jeunesse Requérante et X Adolescent et A Père ______________________________________________________________________ JUGEMENT ______________________________________________________________________ [ 1 ] X est né le [...] .
La directrice de la protection de la jeunesse (DPJ) demande la révision et la prolongation d'une ordonnance concernant l'adolescent prononcée par la soussignée le 17 septembre 2012. [ 2 ] Selon les termes de ce dernier jugement, X était confié à un centre de réadaptation pour une période de six (6) mois. [ 3 ] Ce jour, l’intervenante sociale recommande que l’adolescent soit maintenu en centre de réadaptation pour une période additionnelle de six (6) mois. [ 4 ] Le litige porte sur la durée du placement de X en centre de réadaptation.
L’adolescent souhaite que l’ordonnance arrive à échéance lorsqu’il aura complété sa thérapie au Centre de réadaptation A , soit le 14 août 2013. [ 5 ] Le père est absent à l’audience bien que la procédure lui a régulièrement été signifiée. [ 6 ] L’adolescent est donc maintenu en centre de réadaptation depuis le prononcé de la dernière ordonnance.
Précisons qu’il a périodiquement été hébergé en foyer de groupe. [ 7 ] Pendant la période automnale 2012, la situation de X a évolué de façon chaotique en raison des comportements problématiques qu’il a adoptés. [ 8 ] D’abord, il refusait de collaborer aux mesures d’aide que lui proposait la DPJ. [ 9 ] Pendant cette période, il a adopté des comportements impulsifs, voire agressifs. Il a aussi maintenu ses habitudes de consommation de drogue.
Il a également commis des infractions criminelles dont il a été reconnu coupable (introduction par effraction, possession simple de marijuana). [ 10 ] En cours de suivi, il a bénéficié d’un suivi dispensé par le Centre de réadaptation en dépendance A aux fins de résoudre son problème de consommation. [ 11 ] Il s’est par ailleurs soumis à une évaluation psychologique de sa dynamique personnelle. Madame [intervenante 2] a procédé à cette évaluation.
Elle conclut ainsi au terme de l’exercice [D-14, p. 6 et 7] : « En conclusion, les résultats de cette évaluation confirment que X ne présente actuellement aucun trouble de santé mentale. Il est en mesure de se mobiliser pour se présenter positivement et il est très agréable à côtoyer. Il semble intelligent, honnête et motivé à se prendre en main dans l’objectif premier d’améliorer ses relations avec les autres, mais surtout avec son père.
Toutefois, X a connu une histoire de vie difficile pendant l’enfance et semble ne pas avoir toujours reçu le support nécessaire pour intégrer ce traumatisme. Le décès soudain de sa mère et l’absence de son père au long cours ont laissé des traces importantes et ont certainement contribué à sa faible estime personnelle. Cette situation familiale, conjuguée à des prédispositions génétiques probables, ont pu contribuer au développement du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité et d’un tempérament difficile.
Comme enfant, X aurait été agité et opposant en réaction à la perte de sa mère et ses difficultés de comportements ont malheureusement pu mettre à distance les personnes qui devaient le sécuriser. Il aurait donc vécu du rejet non seulement de la part de son père, mais aussi de la part de certaines familles d’accueil. Les déplacements qui en ont résulté ont contribué au développement d’une représentation de soi et du monde extérieur négative et d’un sentiment fondamental d’impuissance face à sa situation.
X semble avoir reçu trop peu de renforcement pour développement une estime personnelle positive et les traits de délinquance semble plus égo-syntones pour lui. De plus, les traumatismes infantiles vécus ont causé une douleur extrême difficile à gérer.
Malgré qu’il semble avoir une certaine conscience de cette douleur, X manque de ressources et craint d’être submergé par celle-ci. En réaction à cette réalité difficile, X semble avoir recours à l’idéalisation non seulement des mois passés avec sa mère étant bébé, mais aussi de la relation future espérée avec son père. Ce mécanisme de défense vise à conserver un espoir que les choses s’améliorent, mais la manière d’y arriver relève de la pensée magique. Le jeune désire le développement de cette relation, mais ne sait comment y arriver.
La démarche de thérapie pour la dépendance pourrait l’amener à avoir accès aux émotions refoulées suite aux traumatismes grâce au support et à l’encadrement offert et ainsi, l’aider à intégrer ces événements en créant des représentations plus réalistes de lui-même et des autres. Finalement, X semble attribuer une grande importance à ses relations avec les pairs, mais aussi manquer d’habiletés pour établir des relations saines avec ceux-ci. Dans la dernière année, il semble avoir été influencé négativement et avoir accepté de commettre certains délits dans l’objectif inconscient d’être accepté par le groupe.
Cet élément pourrait expliquer en plus de son tempérament impulsif, pourquoi X aurait commis les mêmes erreurs à répétition. » [ 12 ] En janvier 2013, X a accepté de participer à une thérapie visant à s’affranchir de son problème de dépendance à la drogue. [ 13 ] Le 14 février 2013, l’adolescent a été admis au Centre de réadaptation A aux fins de se soumettre à une thérapie d’une durée de six (6) mois. X participe étroitement aux mesures de réhabilitation que lui proposent les intervenants.
Il déploie les efforts qui s’imposent pour compléter avec succès cette thérapie. [ 14 ] En ce qui concerne le père, la preuve révèle que sa situation a peu évolué au cours des derniers mois. [ 15 ] Monsieur manifeste toujours le souhait d’assumer éventuellement la garde de X . Cependant, au moment de tenir la présente enquête, ses conditions de vie et ses comportements l’empêchent d’actualiser ce projet. D’abord, le père est toujours sans domicile fixe. Depuis le mois de mars dernier, il occupe un emploi ce qui permet d’espérer qu’il pourra s’établir dans un logement dans un proche avenir.
D’autre part, la preuve démontre que le père a tendance à minimiser l’ampleur des problèmes de X . Finalement, la collaboration du père aux mesures de protection apparaît mitigée. [ 16 ] X souhaite ardemment être confié à son père et vivre auprès de lui de façon durable. [ 17 ] L’adolescent déploie des efforts afin d’améliorer ses comportements afin de lui permettre d’intégrer son milieu familial paternel.
Il est souhaitable que, de son côté, le père puisse lui aussi faire le nécessaire afin d’assumer la garde de l’adolescent. [ 18 ] L’analyse de l’ensemble de la preuve convainc le tribunal du bien-fondé de la demande de la DPJ. [ 19 ] Il serait, à mon avis, imprudent de confier X à son père dès qu’il aura complété sa thérapie au Centre A. Si le retour de l’adolescent en milieu paternel peut être envisagé, cela exige une planification et une préparation.
Et si cette option doit être abandonnée, il faudra établir un autre projet de vie pour l’adolescent. [ 20 ] La requête est bien fondée; elle est dans l'intérêt de l’adolescent et respecte ses droits. POUR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL: [ 21 ] ACCUEILLE la présente requête; [ 22 ] DÉCLARE que la sécurité ou le développement de l'adolescent toujours compromis; [ 23 ] RÉVISE et PROLONGE l'ordonnance rendue le 17 septembre 2012; [ 24 ] ORDONNE l'exécution des mesures suivantes pour une période de six (6) mois:
a) Que l'adolescent soit confié à un établissement qui exploite un centre de réadaptation choisi par l'établissement qui exploite le centre de protection de l'enfance et de la jeunesse;
b) Qu'une personne qui travaille pour un établissement ou un organisme apporte aide, conseils et assistance à l'adolescent et à son père;
c) Que le père fasse rapport périodiquement à la directrice de la protection de la jeunesse sur les mesures qu'ils appliquent à lui-même ou à son adolescent pour mettre fin à la situation qui compromet la sécurité ou le développement de l'adolescent;
d) Que l'adolescent et son père participent activement à l'application des mesures qui ont pour but de corriger la situation; AUTORISE l'exécution de la mesure suivante:
e) Que les contacts entre l'adolescent et son père s'effectuent selon entente entre les parties; RECOMMANDE l'exécution des mesures suivantes:
f) Que l'adolescent poursuive sa thérapie en lien avec sa problématique de consommation;
g) Que l'adolescent respecte les recommandations faites par son psychologue à la suite de son évaluation;
h) Que l'adolescent autorise la personne chargée du suivi social à entrer en contact avec les professionnels consultés afin d'en recevoir des rapports-bilan; [ 25 ] CONFIE la situation de l'adolescent à la directrice de la protection de la jeunesse pour l'exécution des présentes mesures; [ 26 ] ORDONNE aux personnes visées par la présente ordonnance de s'y conformer. __________________________________ JUDITH LANDRY, JCQ Me Pascal Bérubé pour la directrice de la protection de la jeunesse Me Benoît Gingras pour l'adolescent Monsieur A , père de l'adolescent Date d’audience : 29 avril 2013
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